CD critique. RAMEAU : Dardanus, 1744 (Orfeo Orchestra, Vashegyi, 2 cd Glossa, 2020)

rameau dardanus vashegyi orfeo orchestra cd critique classiquenews cyrille duboisCD critique. RAMEAU : Dardanus, 1744 (Orfeo Orchestra, Vashegyi, 2 cd Glossa, 2020) — EnregistrĂ© au MÜPA, le principal centre de concerts de Budapest, en mars 2020, cette nouvelle lecture de Dardanus de Rameau, opĂ©ra hĂ©roĂŻque et fantastique du gĂ©nie Baroque français (crĂ©Ă© en nov 1739 avec le lĂ©gendaire JĂ©lyotte dans le rĂŽle-titre, futur crĂ©ateur de PlatĂ©e en 1745
), confirme Ă©videmment le souffle dramatique du chef György Vasgeyi dont classiquenews suit pas Ă  pas les rĂ©alisations discographiques : aucun doute le maestro maĂźtrise la veine ardente, noble, expressive de Rameau sans omettre son sens premier de l’orchestre, son goĂ»t des timbres instrumentaux, surtout la vitalitĂ© organique des divertissements et des ballets qui leur sont associĂ©s :  lourre, rigaudons, menuets, tambourins des Phrygiens qui occupent et ferment l’action du III / menuet, musette, contredanse enfin chaconne finale, dans la tradition de Lully depuis le XVIIĂš, qui concluent le V
);

Maestro Vashegyi insuffle à  l’ouverture une ampleur symphonique dĂ©voilant le Rameau dramaturge, le grand architecte de la scĂšne lyrique, le magicien des sons qui outrepasse le prĂ©texte narratif du livret (en particulier quand paraĂźt IsmĂ©nor qui commande aux forces infernales Ă  l’acte II) et explore une palette de couleurs et de rythmes jamais conçus Ă  son Ă©poque. La version retenue est celle de 1744.

rameau jean philippe rameauLa lecture bĂ©nĂ©ficie d’une distribution virile solide : Teucer /IsmĂ©nor (Thomas DoliĂ©), AntĂ©nor (Tassis Christoyannis) et surtout Dardanus auquel le timbre brillant du tĂ©nor Cyrille Dubois apporte une tendresse vaillante. Ouvrant l’acte IV et marquant ainsi toute la partition, sa plainte comme prisonnier exprimant le gouffre de la douleur atteint une sincĂ©ritĂ© directe grĂące au style dĂ©pouillĂ© du soliste français ; dommage cependant que le chant s’ Ă©paissit d’un maniĂ©risme pathĂ©tique parfois trop appuyĂ© (Ă©cart plus romantique que baroque) qui rend ainsi le texte souvent inintelligible : cette scĂšne est pourtant l’une des plus saisissante de tout l’opĂ©ra français du XVIIIĂš, entre dĂ©sespoir, hallucination, cauchemar Ă©veillé  RAMEAU y glisse une claire critique contre l’enfermement dĂ©cidĂ© par l’arbitraire, la dĂ©fense de cette libertĂ© absolue qu’il chĂ©rit en digne fils des LumiĂšres (un sujet qu’il traite jusque dans son dernier opĂ©ra Les BorĂ©ades oĂč il dĂ©nonce la torture
). Le duo qui suit avec Ismenor, exprimant Le triomphe de la lumiĂšre sur les tĂ©nĂšbres de la geĂŽle prolonge cette quĂȘte libertaire. D’ailleurs tout l’acte IV tend vers la lumiĂšre, direction quasi maçonnique. Ce qu’approfondit encore et dĂ©ploie l’enchaĂźnement des Ă©pisodes de l’acte V quand VĂ©nus fait rĂ©gner l’empire de l amour, transformant le lieu carcĂ©ral en rive de CythĂšre.

Dardanus, hĂ©ros des LumiĂšres, sait pardonner Ă  son rival tutĂ©laire Teucer, grĂące Ă  l’amour qu’éprouve pour lui la fille de ce dernier, Iphise (dĂ©cevante Judith van Wanroij Ă  la voix mĂ©tallisĂ©e, Ă  l’articulation poussive, bien peu naturelle). Pour le reste, l’élĂ©gance et le sens du dĂ©tail comme le geste imaginatif du chef atteint un haut niveau artistique qui inscrit la rĂ©alisation parmi les meilleures versions discographiques, ce malgrĂ© les faiblesses des autres solistes. Ici l’orchestre fait tout, en particulier dans la succession des tableaux chorĂ©graphiques de conclusion.

CD Ă©vĂ©nement, critique. GRAUN / BACH / TELEMANN : Passion pasticcio, c 1750. Purcell Choir, Orfeo Orchestra / György Vashegyi (2 cd GLOSSA – Budapest, janvier 2020)

graun passio oratorio vashegyi glossa review critique cd classiquenews CLIC de classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, critique. GRAUN / BACH / TELEMANN : Passion pasticcio, c 1750. Purcell Choir, Orfeo Orchestra / György Vashegyi (2 cd GLOSSA – Budapest, janvier 2020). VoilĂ  la redĂ©couverte d’une Ɠuvre Ă©clectique mais puissante, retable disparate pourtant incontestablement unitaire qui tĂ©moigne aussi d’une pratique musicale familiĂšre Ă  l’époque de JS BACH : l’art des assemblages musicaux hĂ©tĂ©rogĂšnes

Par « Pasticcio » / « pĂątisserie » en Italien, il faut entendre amalgame : comme Bach a modifiĂ© pour chacune des 4 rĂ©alisations de sa Passion selon Saint-Jean, le choix des airs et des sĂ©quences (1724,1725, 1732 puis 1749), les auditeurs du XVIIIĂš avaient davantage coutume d’entendre et de chanter de la musique (chorals) que d’écouter religieusement – au sens du XXĂš, une Ɠuvre cohĂ©rente et unitaire. L’ordre et la succession des airs restent donc mobiles et l’usage d’utiliser des sĂ©quences diverses, voire de compositeurs diffĂ©rents ne surprend pas. Ce pasticcio sacrĂ© / « oratorio de la Passion », jouĂ© du vivant de Bach et qui regroupe les Ă©critures de Graun, Telemann et probablement JS Bach, dirigĂ© par son fils CPE Carl Philipp Emanuel saisit par sa force expressive, sa grande sĂ©duction formelle et la cohĂ©rence qui s’en dĂ©gage, tant l’inspiration malgrĂ© les mains diffĂ©rentes, reste constante, visiblement inscrite dans l’esthĂ©tique « galante », d’une dĂ©licatesse de ton continue, d’emblĂ©e tournĂ©e vers la lumiĂšre d’une foi sereine, apaisĂ©e, confiante, 
 Les chƓurs y sont magistraux, l’écriture fuguĂ©e de haut vol ; certes le matĂ©riel majoritaire est redevable Ă  la main de CH Graun (1704-1759), compositeur officiel de la cour de FrĂ©dĂ©ric II (dĂšs 1740), contemporain es mĂ©rite de Haendel et de JS Bach, dont la cantate de la Passion (« Ein LĂ€mmlein geht und trĂ€gt die chuld » de 1730) forme la structure matriciel du cycle ainsi amplifiĂ© et Ă©laborĂ© vers 1750, et selon la tradition des ouvrages destinĂ©s au Vendredi Saint, organisĂ©s en 2 parties.
CLIC D'OR macaron 200MĂȘme mobile, l’ordre des sĂ©quences ainsi agencĂ©es, de Telemann Ă  Graun sans omettre JS Bach, Ă©difie une architecture puissante et majestueuse, au souffle dramatique et spirituel irrĂ©sistible, que les interprĂštes portent avec un engagement communicatif, surtout un naturel en partage, qu’il s’agisse des chƓurs ou des solistes rĂ©unis autour du chef György Vashegyi. On sait la maĂźtrise de sa direction dans l’opĂ©ra français baroque (de Rameau Ă  Mondonville) : Ă©loquence, fluiditĂ©, Ă©lĂ©gance, articulation du texte s’écoutent ici, sans que jamais l’effet ne l’emporte sur le recueillement. VoilĂ  qui plaide en faveur d’une redĂ©couverte de ses Ɠuvres dont Der Tod Jesu (1755), Passion la plus jouĂ©e au XVIIIĂš pendant la Semaine Sainte. Superbe redĂ©couverte. CLIC de CLASSIQUENEWS printemps 2021.

 

CD Ă©vĂ©nement, critique. GRAUN / BACH / TELEMANN : Passion pasticcio, c 1750. Purcell Choir, Orfeo Orchestra / György Vashegyi (2 cd GLOSSA – Budapest, janvier 2020).  PLUS d’INFOS sur le site de l’ensemble ORFEO ORCHESTRA Ă  BUDAPEST / György Vashegyi

 

 

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CD prĂ©cĂ©dents dirigĂ©s par le chef hongrois GYÖRGY VASHEGYI et critiquĂ©s sur CLASSIQUENEWS :

mondonville grands motets pircell choir orfeo orchestra Gyorgy vashegyi glossa cd critique review cd CLCI de classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, compte rendu critique. Mondonville : Grands Motets. György Vasgheyi (2 cd Glossa, 2015). Le geste des baroqueux essaime jusqu’en Hongrie : György Vashegyi est en passe de devenir par son implication et la sĂ»retĂ© de sa direction, le William Christie Hongrois
 C’est un dĂ©fricheur au tempĂ©rament gĂ©nĂ©reux, surtout Ă  la vision globale et synthĂ©tique propre aux grands architectes sonores. C’est aussi une affaire de sensibilitĂ© et de goĂ»t : car le chef hongrois goĂ»te et comprend comme nul autre aujourd’hui, Ă  l’égal de nos grands Baroqueux d’hier, la subtile alchimie de la musique française.

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rameau-cd-fetes-de-polymnie-1745-orfeo-orchestra-gyorgy-Vashegyi-2-cd-glossa-clic-de-classiquenewsCD. Rameau : Les FĂȘtes de Polymnie, 1745. Orfeo Orchestra, György Vashegyi (2 cd Glossa). Voici le premier cd dĂ©coulant de l’annĂ©e Rameau 2014. Le prĂ©sent titre est d’autant plus mĂ©ritoire qu’il dĂ©voile la qualitĂ© d’une partition finalement trĂšs peu connue et qui mĂ©rite ce coup de projecteur car elle incarne le sommet de l’inspiration du Dijonais, ces annĂ©es 1740 qui marquent assurĂ©ment la plĂ©nitude de son gĂ©nie 
 1745 est une annĂ©e faste pour Rameau.  Aux cĂŽtĂ©s de PlatĂ©e, ces FĂȘtes de Polymnie soulignent une inventivitĂ© sans limites. Le compositeur mĂȘle tous les genres,  renouvelle profondĂ©ment le modĂšle officiel et circonstanciel dĂ©jĂ  conçu et dĂ©veloppĂ© par Lully. En guise d’une Ɠuvre qui fait l’apologie de Louis XV comme l’a fait Lully s’agissant de Louis XIV au siĂšcle prĂ©cĂ©dent, Rameau livre un triptyque d’une flamboyante diversitĂ© de formes et de genres poĂ©tiques.  Les titres de chaque EntrĂ©e indiquent ainsi les dĂ©veloppements musicaux libres et originaux : histoire,  fable,  fĂ©erie.  Un prodige de renouvellement des modes dramatiques d’autant plus qu’il n’est pas uniquement question de mythologie : Ă  ce titre l’argument et le climat de la troisiĂšme dĂ©passe tout ce qui a Ă©tĂ© entendu jusque lĂ  tant le dernier volet dĂ©veloppe singuliĂšrement le thĂšme fĂ©erique qui le porte


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BOISMORTIER GLOSSA voyages de l amour vashegyi 2 cd critique review cd classiquenews CLIC de classiquenewsCD Ă©vĂ©nement. BOISMORTIER : Les voyages de l’Amour, 1736 (Orfeo orchestra, G Vashegyi, sept 2019 – 2 cd Glossa) – CLIC dĂ©couverte / hiver 2020. En 1736, 3 ans aprĂšs le choc du scandaleux Hippolyte et Aricie de Rameau, Boismortier aborde Ă  son tour l’opĂ©ra ballet dans le sillon de Campra, Leclair, Rebel et
 Rameau Ă©videmment dont Les Indes galantes marquent le contexte de crĂ©ation des Voyages de l’amour. Mais ce premier coup d’essai dans ce genre pathĂ©tique et tendre, pastoral et langoureux est un coup de maĂźtre. Le compositeur bĂ©nĂ©ficie d’un livret solide, produit d’un jeune « prodige » (de 20 ans) : La BruĂšre.

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CD Ă©vĂ©nement. BOISMORTIER : Les voyages de l’Amour, 1736 (Orfeo orchestra, G Vashegyi, sept 2019 – 2 cd Glossa)

BOISMORTIER GLOSSA voyages de l amour vashegyi 2 cd critique review cd classiquenews CLIC de classiquenewsCD Ă©vĂ©nement. BOISMORTIER : Les voyages de l’Amour, 1736 (Orfeo orchestra, G Vashegyi, sept 2019 – 2 cd Glossa) – CLIC dĂ©couverte / hiver 2020. En 1736, 3 ans aprĂšs le choc du scandaleux Hippolyte et Aricie de Rameau, Boismortier aborde Ă  son tour l’opĂ©ra ballet dans le sillon de Campra, Leclair, Rebel et
 Rameau Ă©videmment dont Les Indes galantes marquent le contexte de crĂ©ation des Voyages de l’amour. Mais ce premier coup d’essai dans ce genre pathĂ©tique et tendre, pastoral et langoureux est un coup de maĂźtre. Le compositeur bĂ©nĂ©ficie d’un livret solide, produit d’un jeune « prodige » (de 20 ans) : La BruĂšre.

En outre, la valeur de ce Boismortier lui inspire des personnages qui touchent par leur profondeur : ici l’Amour dĂ©semparĂ© malgrĂ© sa puissance, aimerait que l’on aime pour ce qu’il est et non pour sa nature divine. C’est tout l’enjeu de ses 3 sĂ©quences, au village, Ă  la ville, Ă  la cour. Contre le mensonge et la dĂ©loyautĂ©, les faux semblants et les serments inconstants, Boismortier caractĂ©rise un Cupidon ivre de vĂ©ritĂ© : qui Ă©prouve les sentiments de DaphnĂ© par le truchement de son travestissement en Sylvandre : Amour parviendra-t-il a touchĂ© le cƓur de son aimĂ©e pour ce qu’il est ? C’est tout le dĂ©fi du dernier tableau : « le retour » (Acte IV).

La musique affirme une claire ambition orchestrale Ă©gale au gĂ©nie ramĂ©lien, offrant de superbes caractĂ©risations que sert ici une assez bonne distribution, surtout fĂ©minine car il ne faut pas rater le trio de tĂȘte : Amour, ZĂ©phire, DaphnĂ© ; comme les seconds rĂŽles dont surtout ceux de BĂ©roĂ© (version 2 de l’Acte II), Julie (magnifiquement incarnĂ©es par l’excellente ElĂ©onore Pancrazi qui nous gratifie d’un chant souverain d’une fluiditĂ© enivrante, au texte mordant et impeccablement projetĂ© : un modĂšle du genre). AssurĂ©ment au jeu des cartes (qui s’affiche en couverture) c’est Ă©videment « La Pancrazi » dont le nom ne figure mĂȘme pas, qui reste le joker de la rĂ©alisation. On ne peut en dire de mĂȘme de ses consƓurs qui certes ont le caractĂšre de chaque personnage mais diluent le texte et restent continument inintelligibles. Chantal Santon (Cupidon ou l’Amour languissant, insatisfait) ; Katherine Watson (ZĂ©phire, suivant de l’Amour) Judith van Wanroij (DaphnĂ©, rĂ©sistant Ă  Apollon jusqu’à l’acte IV
) – un comble pour une restitution qui se veut Ă  la pointe du chant baroque français. C’est d’un coup le relief du texte qui est perdu.

C’est lĂ  la seule rĂ©serve d’une lecture oĂč brille la ductilitĂ© chorĂ©graphique, la soie flexible de l’Orfeo Orchestra qui sous la direction de l’enchanteur Vasgeyi captive du dĂ©but Ă  la fin. L’articulation, la subtilitĂ©, l’expressivitĂ© sans aigreur ni tension, sont depuis ses premiers pas dans le Baroque français, sa marque de fabrique. Le chef hongrois maĂźtrise le sens de la grandeur (Boismortier semble dĂ©velopper l’opĂ©ra ballet dans un style hĂ©roĂŻque et tragique propre Ă  la tragĂ©die en musique).
Les liens avec Rameau sont d’autant plus manifestes quand on sait les dĂ©tails de la genĂšse et de la crĂ©ation des Voyages de l’Amour : ce sont deux interprĂštes familiers de Rameau qui crĂ©ent les personnages principaux imaginĂ©s par Boismortier : l’excellent Pierre JĂ©lyotte (haute-contre en Amour), Antoine Cuvillier (taille en ZĂ©phyre ; Adario dans les Indes Galantes). Dommage que ces deux tessitures n’ont guĂšre Ă©tĂ© maintenues pour cette lecture qui se veut rĂ©habiliter l’Ɠuvre. On aurait goĂ»ter ces nuances particuliĂšres qui font passer des suavitĂ©s d’un Watteau Ă  la sincĂ©ritĂ© d’un Fragonard.

CLIC_macaron_2014Le compositeur ainsi rĂ©vĂ©lĂ© maĂźtrise une Ă©criture et une orchestration proche de Rameau dont il n’a certes pas les vertiges dramatiques, mais partage dans la veine amoureuse, une nostalgie et une poĂ©sie, Ă©gales. Le Purcell Choir a la respiration juste, une Ă©lĂ©gance naturelle toujours aussi superlative. Ce nouvel apport rĂ©alisĂ© par György Vashegyi mĂ©rite donc des louanges et le CLIC dĂ©couverte de classiquenews.

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CD Ă©vĂ©nement. BOISMORTIER : Les voyages de l’Amour, 1736 (Orfeo orchestra, G Vashegyi, sept 2019 – 2 cd Glossa) – CLIC dĂ©couverte / hiver 2020.

COMPTE-RENDU, concert sacré. Paris, le 29 janv 2020. MOZART : Requiem. Barath, Wilder. Orfeo Orch, Purcell Choir. Gyorgy Vashegyi

 György Vashegyi : le Baroque Français au sommetCOMPTE-RENDU, concert sacrĂ©. Paris, TCE, le 29 janv 2020. MOZART : Requiem. Emoke Barath, Anthea Pichanick, Zachary Wilder, Istvan Kovacs. Orfeo Orchestra, Purcell Choir. Gyorgy Vashegyi, direction. Programme latin et sacrĂ© au ThĂ©Ăątre des Champs ElysĂ©es avec cette production des Grandes Voix autour du chef d’Ɠuvre liturgique de Mozart, son dernier opus, le Requiem en rĂ© mineur. L’orchestre hongrois Orfeo Orchestra avec le Purcell Choir sont par leur fondateur, figure importante du renouveau de la musique baroque en Hongrie, Gyorgy Vashegyi. Le maestro a Ă©tĂ© distinguĂ© Ă  plusieurs reprises sur classiquenews pour ses excellentes lectures des opĂ©ras baroques français de Rameau (  NaĂŻs, 2017  /  les Indes Galantes, 2018) Ă  Mondonville (Grands Motets, 2015). La distribution des solistes est rayonnante de talent, composĂ©e de la soprano Emoke Barath, la contralto Anthea Pichanick, le tĂ©nor Zachary Wilder et le baryton Istvan Kovacs.

Le Requiem de Mozart par Gyorgy Vashegyi

Une ferveur paisible…

La premiĂšre partie de la soirĂ©e rĂ©vĂšle trois Ɠuvres mĂ©connues dont les interprĂ©tations ont Ă©tĂ© tout Ă  fait Ă  la hauteur de l’heureuse dĂ©couverte. D’abord le motet de Mozart, Sancta Maria, mater Dei K.273, d’une gaĂźtĂ© Ă  la fois simple et profonde. Le Domine, secundum actum meum (1799) du viennois Albrechtsberger (contemporain de Haydn, maĂźtre de Beethoven), est si rare qu’il n’existe pas encore d’enregistrement de l’Ɠuvre. RĂ©pons de la Semaine Sainte, l’opus sollicite beaucoup les cuivres et les bois, pour notre plus grand bonheur. Les cordes sont pleines de caractĂšre et le chƓur a des passages tout Ă  fait ravissants ! La premiĂšre partie culmine avec le Requiem en do mineur de Gregor Joseph Werner (1763), connu surtout en tant que prĂ©dĂ©cesseur de Haydn comme maĂźtre de chapelle de la famille Esterhazy. L’Ɠuvre est riche et trĂšs souvent exubĂ©rante, avec un Kyrie pompeux, et un dialogue fulgurant, pyrotechnique mĂȘme, entre les cuivres et la soprano. Les parties vocales solo et la performances des vents sont tout particuliĂšrement dĂ©lectables.

MOZART-wolfgang-portrait-concerto-symphonie-jupiter-don-giovanni-mozart-critique-opera-sur-classiquenewsAprĂšs un tel dĂ©but de soirĂ©e les attentes sont grandes pour la suite. Avant l’oeuvre phare l’ensemble interprĂšte l’avant-derniĂšre Ɠuvre religieuse de Mozart, le trĂšs cĂ©lĂšbre Ave verum k.618 pour choeur et cordes. SynthĂšse sublime de l’art mozartien, avec sa polyphonie discrĂšte et le traitement exquis des voix, c’est beau, tout simplement.
Le monument-testament inachevĂ© de Mozart, le Requiem en rĂ© mineur (dans sa version traditionnelle terminĂ©e par SĂŒssmayr) commence avec un peu de tumulte au niveau des vents, un fait dissonant par rapport aux performances prĂ©cĂ©dentes, peut-ĂȘtre dĂ» Ă  la facture baroque des instruments. Si nous sommes loin de la ferveur habituelle pendant le Kyrie, les cordes sont tout Ă  fait assaillantes lors du Dies Irae, Ă©trangement plus puissantes que les voix masculines du chƓur, qui déçoivent. Lors du Tuba Mirum s’enchaĂźnent de magnifiques solos vocaux, saisissants, qui compensent la soudaine timiditĂ© des chƓurs. Au Rex Tremendae nous avons enfin l’impression que toutes les parties inĂ©gales s’harmonisent enfin dans la prestation chorale. Les cordes et les solistes surtout nous enivrent lors du Recordare, impressionnant. Puis le Confutatis est dramatique mais pas trop, et le sublime Lacrymosa poignant, ma non tanto. La dynamique s’amĂ©liore par la suite et nous retenons surtout les performances des solistes, irrĂ©prochable ; vĂ©ritables protagonistes, ils sont les piliers salvateurs de la prestation. L’orchestre se rattrape dans le Benedictus malgrĂ© tout et les artistes ont l’amabilitĂ© d’offrir l’Ave Verum en bis.

Une soirĂ©e riche en dĂ©couvertes du rĂ©pertoire latin du 18e siĂšcle ; elle nous permet de comprendre la difficultĂ© et l’exigence requises dans l’interprĂ©tation du chef d’Ɠuvre liturgique de Mozart, qui donne le titre Ă  l’évĂ©nement et dont les bijoux sont, comme d’habitude, les voix.

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COMPTE-RENDU, concert sacré. Paris, TCE, le 29 janv 2020. MOZART : Requiem. Emoke Barath, Anthea Pichanick, Zachary Wilder, Istvan Kovacs. Orfeo Orchestra, Purcell Choir. Gyorgy Vashegyi, direction.

CD. Rameau : Les FĂȘtes de Polymnie, 1745. Orfeo Orchestra, György Vashegyi (2 cd Glossa)

rameau-cd-fetes-de-polymnie-1745-orfeo-orchestra-gyorgy-Vashegyi-2-cd-glossa-clic-de-classiquenewsCD. Rameau : Les FĂȘtes de Polymnie, 1745. Orfeo Orchestra, György Vashegyi (2 cd Glossa). Voici le premier cd dĂ©coulant de l’annĂ©e Rameau 2014. Le prĂ©sent titre est d’autant plus mĂ©ritoire qu’il dĂ©voile la qualitĂ© d’une partition finalement trĂšs peu connue et qui mĂ©rite ce coup de projecteur car elle incarne le sommet de l’inspiration du Dijonais, ces annĂ©es 1740 qui marquent assurĂ©ment la plĂ©nitude de son gĂ©nie … 1745 est une annĂ©e faste pour Rameau.  Aux cĂŽtĂ©s de PlatĂ©e, ces FĂȘtes de Polymnie soulignent une inventivitĂ© sans limites. Le compositeur mĂȘle tous les genres,  renouvelle profondĂ©ment le modĂšle officiel et circonstanciel dĂ©jĂ  conçu et dĂ©veloppĂ© par Lully. En guise d’une Ɠuvre qui fait l’apologie de Louis XV comme l’a fait Lully s’agissant de Louis XIV au siĂšcle prĂ©cĂ©dent, Rameau livre un triptyque d’une flamboyante diversitĂ© de formes et de genres poĂ©tiques.  Les titres de chaque EntrĂ©e indiquent ainsi les dĂ©veloppements musicaux libres et originaux : histoire,  fable,  fĂ©erie.  Un prodige de renouvellement des modes dramatiques d’autant plus qu’il n’est pas uniquement question de mythologie : Ă  ce titre l’argument et le climat de la troisiĂšme dĂ©passe tout ce qui a Ă©tĂ© entendu jusque lĂ  tant le dernier volet dĂ©veloppe singuliĂšrement le thĂšme fĂ©erique qui le porte…

Prolongement de l’annĂ©e Rameau 2014, le FĂȘtes de Polymnie sont une redĂ©couverte majeureDĂ©lices orchestraux et vocaux de Polymnie

Un Rameau mĂ©connu : Les FĂȘtes de PolymnieLe lien de tout cela est prĂ©servĂ© par un formidable orchestre qui palpite et bondit, s’enivre et s’alanguit, rĂ©ussissant la caractĂ©risation de chaque danse, revendiquant par une instrumentation miroitante et brillante (trompettes et cors sont tous mĂȘme spĂ©cifiquement honorĂ©s et sollicitĂ©s par Zimes dans le III),  la souverainetĂ© expressive de l’orchestre : la divine musique que nous sert Rameau en particulier dans cette entrĂ©e III, saisit par sa majestĂ© comme sa suavitĂ©. Orfeo Orchestra sous la baguette fine et nerveuse de György Vashegyi dĂ©cuple de saine inspiration dans La FĂ©erie : la puissance Ă©vocatrice de l’orchestre qui en guise de fond fĂ©Ă©rique imagine la clameur de la chasse et du motif cynĂ©gĂ©tique, captive : c’est un dĂ©ferlement d’invention mĂ©lodique, harmonique, rythmique, perpĂ©tuel… le tout attestant du gĂ©nie de Rameau et renouvellant de fait, la tradition de l’opĂ©ra ballet de circonstance.

La distribution convainc diffĂ©remment selon les tableaux.  Disons que les hommes se montrent Ă  la hauteur de la partition… Le soprano charnu d’AurĂ©lie Leguay pose un problĂšme d’intention poĂ©tique et de technique : le chant dĂ©borde souvent la dĂ©licatesse ramĂ©lienne : rĂ©serves soulevĂ©es par sa MnĂ©mosyne carrĂ©ment surjouĂ©e et peu intelligible (Prologue); puis dans son ArgĂ©lie,  carrĂ©ment ampoulĂ©e,  aux aigus Ă©tranglĂ©s pour le troisiĂšme volet (et une justesse bien alĂ©atoire) ; en revanche quel aplomb et quel panache linguistique affirme Mathias Vidal, Ă©nergie voire vĂ©hĂ©mence d’un engagement toujours parfaitement articulĂ© (voilĂ  qui prolonge ses rĂ©ussites exemplaires avec le CMBV : Atys de Piccinni,  et relevant de la mĂȘme annĂ©e Rameau 2014 : Bacchus surtout Trajan dans la trĂšs convaincante rĂ©crĂ©ation du Temple de la gloire, autre rĂ©vĂ©lation de cette annĂ©e de commĂ©moration avec donc cette Polymnie flamboyante. Un prochain disque du Temple de la Gloire est Ă©galement annoncĂ© d’ici la fin 2015.

CLIC D'OR macaron 200Au sommet d’une partition qui aurait pu seulement plaire et flatter – c’est Ă  dire polir et sculpter la solennitĂ© dĂ©corative au sacrifice de l’intĂ©rioritĂ©,  le baryton Thomas DoliĂ© se distingue nettement. La seconde entrĂ©e, L’histoire, impose un Ă©tonnant brio des cuivres, la rĂ©sonance des percus et le chƓur Ă  la fĂȘte, visiblement trĂšs engagĂ©s dans l’expression du retour de la gloire grĂące au hĂ©ros vertueux et clĂ©ment (SĂ©leucus) : Ă  nouveau la noblesse hĂ©roĂŻque de Thomas DoliĂ©, campe le vainqueur sublime SĂ©leucus ; dans sa somptueuse virilitĂ© chantante s’Ă©coule dĂ©jĂ  tous les souverains idĂ©alisĂ©s par Les LumiĂšres : roi magnanime et comprĂ©hensif, surtout pĂšre prĂ©occupĂ©, exemplaire… la richesse du timbre, la simplicitĂ© et le naturel de l’articulation, l’intelligibilitĂ© font ici un modĂšle de chant engagĂ©, prĂ©cis, d’une rare intelligence dramatique. Puis, le chanteur touche au sublime pathĂ©tique dans la solitude de Zimes au III… souci du verbe, justesse Ă©motionnelle,  simplicitĂ© et mesure du style (air : Que deviens je ?)… tant de grĂące noble et raffinĂ©e fait espĂ©rer demain un superbe ThesĂ©e (Hippolyte et Aricie) ou un non moins coeur foudroyĂ© idĂ©al pour le rĂŽle d’AnthĂ©nor dans Dardanus et son fameux air “Monstres affreux”…: que les directeurs n’oublient pas son formidable potentiel.

Lumineuse,  tendre,  d’un brio irrĂ©sistible,  le soprano d’EmƑke BarĂĄth est l’autre perle vocale de la distribution (Polymnie puis une syrienne dans le Prologue et le III). La prĂ©sence de VĂ©ronique Gens reste prĂ©cieuse mĂȘme si la voix hĂ©las n’offre plus rien dans les aigus Ă  peine soutenus et constamment confus.
Sa Stratonice a la distinction altiĂšre et royale (malgrĂ© ses aigus tirĂ©s, vibrĂ©s, confus) : elle fait une princesse tiraillĂ©e, dont l’amour pour son beau fils, Antiochus, fait une cougar, traĂźtresse au roi SĂ©leucus. Son “Triste recours des malheureux” partage avec PhĂšdre d’Hippolyte et Aricie, une souveraine gravitĂ©, digne des plus grandes tragĂ©dies de Rameau.DistinguĂ©e, racĂ©e, ainsi Gens / Stratonice parvient Ă  convaincre (n’a t elle pas l’Ăąge et la fatigue manifeste du rĂŽle?). Sachons donc reconnaĂźtre la finesse de sa diction toujours d’un port princier. .. qui fait mouche mĂȘme dans le rĂŽle de la mĂšre aux vertus magiciennes d’Oriane.

Thomas DoliĂ©,  Mathias Vidal,  EmƑke BarĂĄth font les dĂ©lices vocaux de cette rĂ©crĂ©ation attendue pour l’annĂ©e Rameau.  La tenue musicale,  fluide, ronde,  prĂ©cise de l’orchestre,  la qualitĂ© du chƓur ajoutent Ă  l’excellence artistique du prĂ©sent enregistrement : un autre fleuron Ă  possĂ©der d’urgence dans le prolongement du Rameau concertant et transposĂ© du jeune ensemble ZaĂŻs de BenoĂźt Babel (1 cd Parary)…. en attendant le ZaĂŻs avec la subtile et irrĂ©sistible Sandrine Piau dans le rĂŽle clĂ© de ZĂ©lidie (voir notre reportage vidĂ©o ZaĂŻs de Rameau,  recrĂ©ation de novembre 2014).

CD. Rameau : Les FĂȘtes de Polymnie, 1745. Ballet hĂ©roĂŻque en un Prologue et Trois actes : La Fable, L’Histoire, La FĂ©erie. Avec Thomas DoliĂ©, Mathias Vidal, Emoke Barath, VĂ©ronique gens, AurĂ©lia Legay, Marta Stefanik, Domonkos BlazsĂł… Purcell Choir, Orfeo Orchestra. György Vashegyi, direction. Enregistrement rĂ©alisĂ© en Hongrie, Palace des Arts, en avril 2014 (2 cd Glossa rĂ©f.: GCD 923502).

VIDEO : voir notre reportage exclusif Les FĂȘtes de Polymnie de Rameau, extraits musicaux de la production dirigĂ©e en Hongrie par György Vashegyi