COMPTE-RENDU, critique, concert. Toulouse, le 22 nov 2019. CLYNE, CHOSTAKOVITCH, ELGAR. S. GABETTA. Orch Nat du Capitole. B. GERNON.

ben-gernon-maestro-chef-dorchestre-maestro-critique-review-concert-classiquenews-opera-critique-classiquenewsCOMPTE-RENDU, critique, concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le 22 Novembre 2019. A. CLYNE. D. CHOSTAKOVITCH. E. ELGAR. S. GABETTA. ORCH. NAT. CAPITOLE / B. GERNON. En dĂ©but de concert le jeune chef britannique Ben Gernon a choisi une composition de la jeune et talentueuse compositrice britannique Anna Clyne. La beautĂ© de cette partition est un hommage passionnĂ© au poĂšme de Baudelaire “Harmonie du soir”. BeautĂ© sulfureuse au charme prenant, l’Orchestre du Capitole au grand complet participe Ă  cet envoĂ»tement paisible. Une trĂšs belle partition abordĂ©e avec clartĂ© et prĂ©cision par le jeune chef. Elle mĂ©rite vraiment d’entrer au rĂ©pertoire des orchestres symphoniques car une telle plĂ©nitude, un tel charme qui est bien trop rare dans les premiĂšres piĂšces des programmes, permet d’entrer avec voluptĂ© dans toutes les beautĂ©s du monde sonore de la musique symphonique.

 

 

Le pur plaisir de la musique partagée

 

   

 

‹Puis, la violoncelliste Sol Gabetta dĂšs ses premiers pas sur scĂšne, irradie d’une prĂ©sence lumineuse et chaleureuse. Le Concerto de Chostakovitch est une partition complexe dĂ©diĂ©e Ă  Mtislav Rostropovitch, grand ami du compositeur. ComposĂ© dans un environnement dangereux et en proie Ă  une hostilitĂ© politique pouvant ĂȘtre fatale, cette composition en demi teinte suggĂšre plus qu’elle n’affirme. Ainsi le thĂšme introduit d’emblĂ©e par le violoncelle est sous les doigts lĂ©gers de Sol Gabetta, plus goguenard que vĂ©ritablement moqueur. Toute l’interprĂ©tation sera donc placĂ©e dans cette dĂ©licatesse et cette prĂ©cision de phrasĂ©. A la pointe de l’archet, pour ne pas dire Ă  la pointe de l’épĂ©e, afin de faire mouche Ă  chaque coup. On sort comme hypnotisĂ© du Concerto. La dĂ©licate violoncelliste, avec un art consommĂ© des couleurs et des nuances trĂšs affirmĂ©es, ne cherche jamais l’affrontement ou la provocation, elle nous ensorcĂšle. En ce sens une toute autre interprĂ©tation que celle de Rostropovitch plus directe et sensible aux dangers imminents. Comme Ă  distance, l’intelligence du jeux de Sol Gabetta trouve une autre voie et elle trouve dans le jeune chef Ben Gernon un partenaire attentif, prĂ©cis et lui aussi, inventif. L’Orchestre avec une immĂ©diatetĂ© gĂ©nĂ©reuse suit dans cette recrĂ©ation du chef d’oeuvre avec d’autres propositions. La magie du final avec le cĂ©lesta est pure magie irrĂ©elle. Ces grands musiciens nous offrent un trĂšs grand moment de fine musicalitĂ© partagĂ©e. En bis, comme pour rendre Ă©vidente cette osmose musicale peu commune, la soliste trĂšs applaudie revient avec le chef. Ils interprĂštent un arrangement particuliĂšrement Ă©mouvant du sublime air mĂ©lancolique de Lenski, avant son duel avec OnĂ©guine dans l’opĂ©ra EugĂšne OnĂ©guine de TchaĂŻkovski. Il est habituel de dire que le violoncelle est l’instrument le plus proche de la voix humaine. Ce soir Sol Gabetta est encore plus Ă©mouvante que le tĂ©nor le plus douĂ©. Il a Ă©tĂ© difficile de ne pas pleurer Ă  l’écoute de cette osmose totale entre le chef, l’orchestre et la soliste qui chante Ă  perdre l’ñme. ‹La deuxiĂšme partie du concert est dĂ©diĂ©e aux Variations Enigma du compositeur anglais Edward Elgar. Cette riche et belle partition permet Ă  l’orchestre de briller ; de nombreux moments solistes sont tout Ă  fait dĂ©lectables. L’écriture trĂšs nuancĂ©e avec de longues phrases sublimes permet au chef de proposer une vision personnelle car il faut doser entre romantisme, hĂ©donisme, et musique de film. Ben Gernon avec des gestes sans baguette et d’une grande Ă©lĂ©gance obtient de l’orchestre un son moelleux et une pĂąte qu’il malaxe avec gĂ©nie. Le rubato est assumĂ©, les nuances trĂšs affirmĂ©es, le caractĂšre trĂšs diffĂ©rent de chaque variation est indĂ©niable, pourtant il se dĂ©gage de la direction du chef, tout du long, une clartĂ© des plans, une beautĂ© des phrasĂ©s, une libertĂ© de jeu qui sont la marque d’un grand chef. Les musiciens jouent avec plaisir et les solo sont magiques : cor, alto, bois en particulier. Un trĂšs agrĂ©able concert dans lequel le plaisir de la musique partagĂ©e a Ă©tĂ© total. Le public a su applaudir avec vivacitĂ© ces trĂšs beaux moments.
 
 

 

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Ben Gernon (DR) 

 

   

 

 

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COMPTE-RENDU, critique, concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 22 novembre 2019. Anna Clyne (née en 1980) : this midnight hour ; Dimitri Chostakovitch ( 1906-1075) : Concerto pour violoncelle n° 1 en mi bémol majeur Op. 107 ; Edward Elgar (1857-1934) : Variations Enigma Op. 36 ; Sol Gabetta, violoncelle ; Orchestre National du Capitole ; Ben Gernon, direction.