Compte rendu, concert. Liège. Salle Philharmonique. Orchestre philharmonique royal de Liège. Rameau symphonique : ouvertures et ballets des opéras Zoroastre, Naïs, Castor et Pollux, Acante et Céphise… Bruno Procopio, direction.

Maestro surprenant. Rameau : une Ă©preuve dĂ©cisive pour les orchestres modernes ? Alors que s’impose peu Ă  peu l’orthodoxie des instruments anciens, nouveaux jalons pour une sonoritĂ© historique des orchestres, Bruno Procopio, spĂ©cialiste de l’approche historiquement informĂ©e, propose de jouer Rameau sur instruments … modernes. Une vision ouverte, curieuse, audacieuse qui ouvre de nouvelles perspectives et favorise surtout l’enrichissement musical et technique des musiciens d’orchestre. Non tout ne dĂ©pend pas uniquement des instruments : il en suffit pas de jouer Rameau, Bach, Haendel avec des cordes en boyaux pour rĂ©ussir immĂ©diatement un concert… le style, la rĂ©alisation technique, le jeu et d’autres questions relevant de l’esthĂ©tique, font aussi une vision.

 

 

 

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En 2012, Ă  Caracas (VĂ©nĂ©zuela) avec l’orchestre de Gustavo Dudamel (Simon Bolivar Symphony Orchestra), Bruno Procopio avait dĂ©montrĂ© une Ă©tonnante maĂ®trise de l’écriture et de l’énergie ramĂ©liennes en un concert offrant, sur instruments modernes donc, un florilège d’extraits d’ouvertures et de danses du Dijonais. L’expĂ©rience valait dĂ©fi : comment rĂ©ussir (comme ici) Ă  faire jouer aujourd’hui un orchestre moderne dans les Ĺ“uvres de Rameau, compositeur parmi les plus difficiles du baroque français ? Le rĂ©sultat (inouĂŻ) peut s’Ă©couter Ă  prĂ©sent grâce au disque Ă©ditĂ© dans le prolongement de cette aventure “Rameau in Caracas” (1 cd Paraty) : Ă©loquente dĂ©monstration que l’on peut interprĂ©ter et exprimer le gĂ©nie orchestral de Rameau avec des instruments modernes… – C’est aussi ce que rĂ©ussit Sir Simon Rattle avec le Philharmonique de Berlin !
Pour fĂŞter Ă  son tour les 250 ans de la disparition de Rameau, l’Orchestre Philharmonique royal de Liège indique une curiositĂ© mĂ©ritante et aussi un goĂ»t exemplaire du risque en invitant Bruno Procopio Ă  faire de mĂŞme : jouer Rameau sur instruments modernes mais avec la culture et la connaissance de la pratique d’époque, des traitĂ©s historiques prĂ©cisant la manière de rĂ©aliser les attaques, les ornements, la dynamique et l’hagogique, la succession dĂ©concertante des rythmes divers… Bref, un dĂ©fi rare pour un orchestre qui n’a pas l’habitude d’une syntaxe et d’une langue parmi les plus Ă©prouvantes de la musique baroque.

 

 

 

L’orchestre Ă  l’Ă©cole de Rameau

Rameau électrisé sur instruments modernes

 

C’est pour l’Orchestre, une occasion unique d’apprendre d’un jeune chef passĂ© maĂ®tre dans l’art symphonique ramĂ©lien ; c’est pour ce dernier, une expĂ©rience humaine et artistique aux vertus pĂ©dagogiques inestimables. Rien de mieux pour dĂ©poussiĂ©rer et dynamiser, rĂ©gĂ©nĂ©rer et surtout enrichir la vie d’un orchestre, que ce type d’expĂ©rience musicale aux bĂ©nĂ©fices multiples.
Bruno Procopio a donc passĂ© 3 jours (seulement) avec les instrumentistes du Philharmonique royal de Liège, les pilotant dans le jeu savant et très technique, si exigeant aussi dans la rĂ©alisation motorique, d’un Rameau d’une complexe mais gĂ©niale inspiration.
Le programme reprend pour partie celui de Caracas (cf. le programme du cd Rameau in Caracas prĂ©citĂ©), faisant se succĂ©der plusieurs Ouvertures et Suites de danses dont le choc des contrastes, l’Ă©clat martial pour certaines (comme NaĂŻs) – timbales et trompettes en diable-, rappelaient non sans opportunitĂ©, la thĂ©matique de la saison symphonique de l’OPRL : “guerre(s) et paix”.

 

 

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D’une tenue rythmique impeccable, soucieux de la structure, exploitant de son mieux les ressources de l’orchestre en timbres et en accents, le jeune maestro convainc pas une franchise de ton, une sĂ»retĂ© Ă  la fois Ă©conome et efficace, une Ă©nergie dansante qui emportent le collectif. Sa battue d’une clartĂ© exemplaire rĂ©tablit les Ă©quilibres entre les pupitres, jouant de l’acoustique naturelle de la Salle Philharmonique qui rĂ©serve elle aussi bien des surprises pour celui qui la dĂ©couvre. C’est un guide d’une brillante fermetĂ© qui sait traverser un parcours semĂ© d’embĂ»ches avec d’autant plus de mĂ©rite que le temps de prĂ©paration a Ă©tĂ© rĂ©duit.
Le gain pour l’orchestre en termes de dĂ©passement, de risques assumĂ©s, d’enrichissements nouveaux dans le jeu proprement dit est indiscutable. Mais alors quels orchestres en Europe, en France oseraient une telle expĂ©rience ? C’est aussi Ă  l’aune de ce pari artistique et musical, pour ne pas dire strictement technicien- que se mesure l’intĂ©rĂŞt de la dĂ©marche. A tous les orchestres qui souhaitent enrichir encore leur approche des rĂ©pertoires, assimiler Rameau ainsi, pour mieux mieux jouer Gluck ou Mozart et Haydn, voilĂ  un sillon fertile en accomplissements inĂ©dits.  Pour l’annĂ©e de ses 250 ans, Rameau ne pouvait mieux ĂŞtre servi, rĂ©vĂ©lĂ©, rĂ©habilitĂ© : et si son Ă©criture Ă©tait une formidable Ă©cole pour tous les orchestres ? A mĂ©diter. Bruno Procopio nous en apporte dĂ©jĂ  la preuve. Gageons que le jeune maestro n’affirme bientĂ´t son intuition et son travail en visionnaire.

 

 

Liège. Salle Philharmonique. Dimanche 14 dĂ©cembre 2014. Concert “Rameau Symphonique”. Dans le cadre de la saison 2014-2015 de l’Orchestre philharmonique royal de Liège : “Guerre(s) et paix”. Rameau : Ouvertures et Ballets des opĂ©ras Zoroastre, NaĂŻs, Castor et Pollux, Acante et CĂ©phise, Les Indes Galantes… Bruno Procopio, direction.

 

 

Approfondir
LIRE notre critique intégrale du cd Rameau in Caracas par Bruno Procopio et les Soloists of the Simon Bolivar Symphony Orchestra of Venezuela (1 cd Paraty 2012)

 

Illustrations : photographies © CLASSIQUENEWS 2015

Bruno Procopio dirige Rameau à Liège

Liège, OPRL. Bruno Procopio joue Rameau. Le 14 dĂ©cembre 2014, 16h. Dans la Salle Philharmonique, voici un rĂ©cital symphonique qui cĂ©lèbre l’annĂ©e Rameau 2014 et sur instruments modernes. Faire jouer Rameau, le plus grand compositeur baroque français, en dirigeant des orchestres modernes ? C’est le choix audacieux du chef Bruno Procopio. Après l’Orchestre SimĂłn BolĂ­var de Caracas, le voici Ă  Liege ce 14 dĂ©cembre 2014,  16h pilotant l’OPRL, l’Orchestre philharmonique royal de Liège.

Il a osé ce que personne avant lui n'avait osé, renouant avec l'audace de premiers conquérants et pionniers baroqueux : jouer et enregistrer Rameau à Caracas sur instruments modernes ! Le résultat dépasse nos attentes...

 

VOIR notre reportage Les Grands Motets de Rameau Ă  Cuenca

 

 

L’Ă©lève au clavecin de Christophe Rousset qui a dirigĂ© et enregistrĂ© les Grands Motets,  les Pièces pour clavecin en concerts, n’en est pas Ă  un dĂ©fi près.  Jouer Rameau sur des instruments qui ne sont pas anciens peut paraĂ®tre contradictoire de la part d’un enfant de la rĂ©volution baroque.  Il n’en est rien bien au contraire car l’expĂ©rience pourrait s’avĂ©rer particulièrement formatrice pour le chef et les musiciens.  Nouvelle technique d’archet, rĂ©alisation des attaques,  ornements,  vibrato,  phrasĂ©s. .. tout le vocabulaire instrumental est ici reformulĂ© dans le sens de la lisibilitĂ© et de la clartĂ©. Bruno Procopio apprend pour sa part de nouvelles facettes de sa maĂ®trise pĂ©dagogique. Le style et l’esprit des oeuvres Baroques en particulier la vitalitĂ© rythmique et l’esprit chorĂ©graphique de Rameau, sa sensualitĂ© comme sa profondeur sont des clĂ©s redoutables pour rĂ©ussir une immersion dans l’esthĂ©tique baroque.

Bruno Procopio : maestro assoluto !

 

 

VOIR notre reportage Jouer Carl Philip Emanuel Bach Ă  Caracas

 
 

 
 

Jouer Rameau sur instruments modernes

Le Rameau symphonique de Bruno Procopio

 

 

De quoi faire encore et encore progresser les instrumentistes du Philharmonique de Liège. Bruno Procopio connaĂ®t d’autant mieux ce programme qu’il l’a enregistrĂ© dans les mĂŞmes conditions instrumentales et avec les mĂŞmes enjeux esthĂ©tiques Ă  Caracas au Venezuela, avec les musiciens du Simon Bolivar Orchestra,  l’orchestre si Ă©nergique et audacieux qu’ a pilotĂ© Gustavo Dudamel.  Du Venezuela Ă  Liège,  Bruno Procopio transmet la mĂŞme tension recrĂ©atrice, le mĂŞme Ă©lan dansant, un sens affĂ»tĂ© de la transmission et s’agissant de Rameau, un sens remarquable de la construction dramatique comme des respirations poĂ©tiques. .. un art de la direction d’autant mieux adaptĂ© pour les ouvertures et les ballets extraits des opĂ©ras de Rameau.

Rameau_Joseph_Aved-Portrait_de_Jean-Philippe_Rameau_vers_1728L’Orchestre Philharmonique Royal de Liège participe ainsi aux concerts-anniversaire de la mort de Jean-Philippe Rameau (1683-1764), inscrits au programme de l’annĂ©e Rameau 2014, en interprĂ©tant les suites des plus cĂ©lèbres opĂ©ras du compositeur. Des Indes galantes à Zoroastre en passant par Castor et Pollux, soit six opĂ©ras de Rameau que l’OPRL fait revivre le dimanche 14 dĂ©cembre Ă  16 heures dans l’extraordinaire Salle Philharmonique de Liège, cĂ©lèbre pour son acoustique Ă©lectrisante. C’est lĂ  il y a peu que classique news avait captĂ© plusieurs sĂ©quences de l’enregistrement du ThĂ©sĂ©e de Gossec remarquable opĂ©ra composĂ© Ă  la fin du règne de Marie-Antoinette, frappant par la couleur et l’Ă©nergie de son orchestration,  la noirceur des personnages en particulier celui de MĂ©dĂ©e, la construction très originale de choeurs ambitieux Ă  l’ampleur spatialisĂ©e…Bruno Procopio. Pour ce « best-of symphonique » baroque sur instruments modernes, l’OPRL fait appel Ă  la vedette du moment dans ce domaine, le claveciniste et chef brĂ©silien Bruno Procopio. De Paris Ă  Caracas. Bruno Procopio est avant tout claveciniste, formĂ© Ă  Paris auprès de Pierre HantaĂŻ et Christophe Rousset. En tant que chef, il dirige rĂ©gulièrement plusieurs orchestres sud-amĂ©ricains, dont le fameux Orchestre Symphonique SimĂłn BolĂ­var de Gustavo Dudamel (Venezuela), qu’il a initiĂ© au baroque français avec son projet« Rameau Ă  Caracas ». La presse a saluĂ© un talent rare au feu communicant : « Tant d’évidence avec un orchestre moderne aux cordes nombreuses relève du miracle. Cette expĂ©rience exotique rĂ©vèle comme rarement la fantaisie effrontĂ©e de Rameau » (Classica). « Vous n’en croirez pas vos oreilles » (Diapason)… le disque Ă©ditĂ© chez Paraty (Rameau Ă  Caracas) a Ă©tĂ© Ă©lu CLIC de classique news (il fait aussi partie des cd incontournables de notre bilan discographique Rameau 2014). Bruno Procopio explique qu’il a conçu son programme de manière Ă  valoriser les deux dimensions fondamentales de la musique de Rameau : la danse et le drame en une sĂ©lection subtile et remarquablement Ă©laborĂ©e des ballets et ouvertures des opĂ©ras.

 

 

 

Bruno Procopio dirige Rameau Ă  Caracas

 

 

 

 

Concert Rameau 2014 à la salle Philharmonique de Liège

Liège,  salle philharmonique. Bruno Procopio dirige l’OPRL,  Rameau 2014. Dimanche 14 dĂ©cembre 2014, 16h.

Jean-Philippe Rameau

Ouvertures et ballets de Zoroastre, Dardanus, NaĂŻs, Castor et Pollux, Acanthe et CĂ©phise, Les Indes galantes

Orchestre Philharmonique Royal de Liège

Bruno Procopio, direction

28/16 € – GRATUIT pour les moins de 16 ans

 

 

« Rencontre avec… » Bruno Procopio. Le mercredi 10 décembre à 18h30, au Foyer Ysaye, Stéphane  Dado (OPRL) anime une rencontre d’une heure avec Bruno Procopio : l’occasion de faire connaissance avec le musicien francobrésilien qui ne craint pas de sortir des sentiers battus (il est aussi fondateur du label de disques Paraty). Entrée gratuite.

 

 

 

approfondir :

Le site de Bruno Procopio :www.brunoprocopio.com

(extraits de presse : http://brunoprocopio.com/wp/fr/presse/)

Bruno Procopio dirige les Grands motets de Rameau au Festival de Cuenca 2014, critique sur  http://www.classiquenews.com/cuenca-2014/

Bruno Procopio explique son projet « Rameau à Caracas » avec l’Orchestre Symphonique Simón Bolívar, reportage Classiquenews : https://www.youtube.com/watch?v=Fnt4DlFE3_g

Extraits de presse : CD « Rameau à Caracas » :

Rameai in Caracas, Bruno Procopio« Vous avez bien lu : l’orchestre révélé par Gustavo Dudamel dans les mambos de Bernstein et de Marquez, l’énorme machine qui ne joue les symphonies de Mahler qu’à seize contrebasses et douze cors, réduit ses forces à cinquante et, sous la direction d’un jeune claveciniste brésilien formé à Paris, le méconnu Bruno Procopio, gambade dans le jardin réputé le plus épineux du répertoire. Est-ce d’avoir appris son métier par la danse ? Est-ce de porter plus haut le jeu collectif que la prouesse individuelle ? Vous n’en croirez pas vos oreilles. La fermeté des phrases, la justesse des ornements, l’économie du vibrato, la perfection des équilibres, la scansion des menuets, le tournoiement des passepieds, le naturel du style… Zoroastre est un miracle. »(Ivan Alexandre, Diapason, )

« Fin connaisseur de ce répertoire, le claveciniste Bruno Procopio a appris à l’orchestre le style, les gestes et le son idoines. Attaques précises, vibrato limité, notes inégales : la transformation est impressionnante. Ce voyage à Caracas se révèle un des meilleurs remèdes contre la morosité ambiante. » (Philippe Venturini, Les Echos, 12/2013)

« The Simón Bolívar Symphony Orchestra are known for bringing energy and vibrancy to their playing, and this album is no exception. Royal and regal, or lively and lilting, it’s a treat to hear the musicians bringing the dotted dance rhythms to life, and adding a sense of excitement to every note.  » (Classic FM, 12/2013)

 

 

LIRE aussi la critique complète du cd Rameau Ă  Caracas par notre rĂ©dacteur Carter Chris Humphray : “Rameau Ă©lectrisĂ©” (1 cd Paraty)