VIDEO, opéra. DEGAS ET MOI, de Arnaud des Pallières

VIDEO, opéra. DEGAS ET MOI… L’Opéra National de Paris diffuse sa nouvelle fiction DEGAS ET MOI, réalisée par Arnaud des Pallières dont le contenu dévoile plusieurs pans délicats de la personnalité du peintre… Degas despote antisémite. Présentation et critique du film, diffusé sur le site de la 3ème Scène, à partir du 30 octobre 2019. Le film fait écho à l’exposition actuellement présentée au Musée d’Orsay à Paris : Degas à l’Opéra (jusqu’en janvier 2020).

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le nouveau film de la 3è Scène

DEGAS ET MOI

dès le 30 octobre 2019

 

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Degas et moi. Le réalisateur Arnaud des Pallières ne s’intéresse pas à l’œuvre du peintre ni à sa manière de peindre les jeunes danseuses ; il n’interroge pas non plus sa relation (pourtant fascinante) à l’Opéra de Paris (Salle Le Peletier d’abord, puis Opéra Garnier ensuite).
Il questionne plutôt plutôt l’homme, vieux : rattrapé par l’âge et par l’effondrement physique (fatigué, quasi aveugle et d’autant plus solitaire) ; à sa personnalité, soulignant ses engagements « douteux », c’est à dire son antisémitisme radical au moment de l’affaire Dreyfus. Il en découlera sa rupture avec la famille Halévy, second foyer, et dont les entrées à l’Opéra, lui avaient permis d’approcher les coulisses (c’est à dire les séances de répétitions du corps de ballet) et le cercle fermé des abonnés.

 

 

 

 

Portrait d’Edgar Degas

DEGAS vieux, despotique, antisémite

 

 

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Ainsi, chez lui, vieux, amaigri, DEGAS paraît ici en vagabond, vieillard, voûté, seul, diminué (très plausible Michael Lonsdale). C’est d’abord une silhouette qui ne parle pas ; se souvient des séances sur le motif quand il dessinait au crayon, les jeunes danseuses, adolescentes aux corps souples et réguliers ; ainsi Degas (jeune) dessine.
Pourtant l’ambiance générale est funèbre : « C’est fini la vie » déclare le peintre ; alors que se déroule la musique au piano de Schubert (adaptation de la Sonate D 939). C’est une lente marche vers la mort, sans paroles jusqu’à 4’30, où Michael Lonsdale parle (enfin) comme s’il se filmait lui-même et s’adressait à son dernier visiteur.

Il se rappelle les séances de répétitions, celles des jeunes danseuses, en robes blanches et rubans de couleurs ; figures disciplinées à la barre, obéissant au maître de ballet… « Il faut remettre au dessin et au pastel 100 fois le même sujet : les danseuses, de bas en haut ; commencer par les pieds, remonter la forme plutôt que la descendre… » Et jusque dans la musique du piano, dans ce balancement presque hypnotique, s’impose, presque gênante, la répétition des gestes : les pieds balaient le sol ; la main trace sur le papier.

Dans le cas de la petite danseuse en cire, « je m’acharne à la ressemblance et à quelque chose de plus… c’est l’œuvre d’un aveugle qui veut faire croire qu’il voit… »

De fait le peintre devient aveugle ; le film souligne le cynisme de ce désarroi intime ; comme Beethoven est sourd. Le pastel, gras, pourtant trace. Il y a donc de l’éphémère et du fragile dans ce constat des choses. Ce qui rend le travail du peintre, observateur et poète, d’autant plus singulier.

DEGAS DEMANDE PARDON…
Puis Degas fait acte de confession et d’humilité. En particulier vis à vis de son jeune modèle, Marie van Goethem (qui a posé pour sa statue de la petite danseuse de 14 ans).

« Tout vieillit en moi à part le cœur.
Je suis fatigué d’être seul.  Célibataire et vieux.
J’ai accepté un entraînement à la brutalité qui venait de mes doutes »
Contrit, Degas demande pardon. A 88 ans. Ainsi ce qui pourrait être la clé du film, est finalement dévoilée à 14’15, en privilégiant non plus le parti du peintre, mais la vision du modèle ; cette jeune danseuse éprouvée, éreintée voire humiliée après la séance de pose…

LE CAS DE LA JEUNE MODELE, MARIE… A l’atelier de Mr Degas n’a que faire du corps épuisé ; de la souffrance qu’impose la tenue de la pose ; de sa nudité surtout, impudeur éprouvante… malgré son air charmant, Degas creuse la ligne et la pose de la jeune fille, « à coups de poings dans le dos ».

Le portrait devient à charge : Degas marche dans la rue
comme un vieillard qui se néglige mais farouchement antidreyfusard comme pas un à Paris. Degas contre les juifs moleste son jeune modèle… Il dénonce la place qu’occupent les juifs partout. « Jamais je ne vais dans un magasin tenu par un juif… ». Le portrait est sans appel et suscite la consternation.

Désespérée d’avoir été congédié par Degas qui la prit pour une juive, et donc a été chassée sans être payée. « Que vais je dire à Maman ? ».

Pas sûr que les admirateurs du peintre apprécient ce portrait subjectif, plutôt sombre et négatif du génie de la peinture française. Mais la 3è Scène confirme sa place à part, celle d’un lieu de création artistique, libre et original. A n’en pas douter, ce film partial donc discutable, suscite le débat sur la personnalité du peintre et sculpteur… A chacun de se faire son opinion. A la fin de la fiction, on ne cesse de s’interroger. A voir incontestablement.

Degas et moi  -  Film réalisé par Arnaud des Pallières, interprété par Michael Lonsdale et Bastien Vivès. Visible gratuitement dès le 30 octobre sur la 3e Scène. D’après la correspondance de Degas, lettre imaginaire à son ami abonné de l’Opéra, Daniel Halévy.

 

 

 

 

VISITEZ, DECOUVREZ le site de la 3è scène / Opéra National de PARIS
https://www.operadeparis.fr/3e-scene

 

 

 

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Quelques rappels sur la 3e Scène…

> Un espace de création numérique
Créée en 2015 par l’Opéra national de Paris, la 3e Scène invite des artistes de tous horizons à s’exprimer dans des genres différents : fiction, documentaire, animation, performance. Ces œuvres, disponibles gratuitement sur la plateforme 3e Scène et la chaîne Youtube, ont déjà enregistré plus de 4 millions de vues.

> D’Apichatpong Weerasethakul à Bret Easton Ellis ou Fanny Ardant
La 3e Scène offre la possibilité à des cinéastes, artistes contemporains, chorégraphes ou écrivains, de réaliser une œuvre en lien avec l’univers de la danse, de la musique ou de l’opéra. Parmi ces artistes : Abd Al Malik, Mathieu Amalric, Fanny Ardant, Bertrand Bonello, Hiroshi Sugimoto, Jean-Stéphane Bron, Clément Cogitore, Bret Easton Ellis, William Forsythe, Sébastien Laudenbach, Claude Levêque, Benjamin Millepied, Clémence Poésy, Eric Reinhardt, Xavier Veilhan, Jhon Rachid, Ramzi Ben Sliman, Apichatpong Weerasethakul….

 

 

> Chiffres-clés
• 54 créations originales
• 4 prix reçus par la plateforme 3e Scène à son lancement
• 49,7% de vues des films sur smartphones et tablettes
• 4,4 millions de vues depuis le lancement
• 49% de visiteurs âgés entre 15 et 34 ans
• 44% d’audience étrangère
• Plus de 20 projections « hors les murs » dont le Château de Versailles, la Gaîté Lyrique, les Rencontres d’Arles et le Centre Pompidou-Metz…
• Plus de 70 sélections officielles dans des festivals de cinéma en France et à l’étranger
> Retrouvez très prochainement les créations originales de Michel Ocelot, Marie Amachoukeli, Hugo Arcier, Blaise Harrison, Sergei Loznitsa et Jafar Panahi.

 

 

Exposition & catalogue : « Un air d’Italie » – célébration des 350 ans de l’Opéra national de Paris, jusqu’au 1er septembre 2019

exposition catalogue paris bibliotheque musee de l opera garnier paris critique annonce classiquenews un-air-d-italie-opera-de-paris-de-louis-XIV-a-la-revolution-catalogue-critique-annonce-exposition-opera-par-classiquenews-mai-sept-2019Exposition & catalogue : « Un air d’Italie » – célébration des 350 ans de l’Opéra national de Paris, jusqu’au 1er septembre 2019. Enfin une réelle mise au point sur la relation complexe, ambivalente de l’Italie et de la France sur le registre des arts du spectacle. L’une et l’autre s’influencent, se répondent souvent, mais osons dire sans chauvinisme que c’est la France qui semble synthétiser une histoire tricentenaire (depuis le début du XVIIè et les premiers essais réussis d’opéras / fabulas in musica, à Florence). A partir de Lully, au début des années 1670, c’est la France qui prend et sait intégrer les éléments étrangers à sa culture pour mieux enrichir son théâtre lyrique. Paris et la Cour de Versailles imposent un modèle bientôt repris dans l’Europe entière, où les costumes, la danse et évidemment cette déclamation particulière du français demeurent des caractères spécifiques. Lié au parcours muséographique de l’exposition présentée au Palais Garnier cet été (Bibliothèque-Musée), le catalogue explicite les évolutions de cette influence croisée en 11 chapitres / thématiques dont certains éclairent pour la première fois de façon claire et accessible, ce qui relève effectivement de la tradition baroque franco-française.

 

 

 

Exposition, catalogue

Pour les 350 ans de l’Opéra de Paris…
UN AIR D’ITALIE…

 

On y suit pas à pas les évolutions majeures du spectacle lyrique en France, depuis la fin de la Renaissance jusqu’à la Révolution, 2 siècles (XVIIè et XVIIIè) baroques traversés par des régimes successifs et toujours, la confrontation de deux esthétiques florissantes dans l’Europe qui se construit : L’Italie, mère des arts depuis le XVè (avec la première Renaissance) puis la France, état émergeant, et bientôt première puissance en Occident, avec l’avènement du Roi artiste, Louis XIV.
Ainsi de 1581 (Beaujoyeux : Ballet comique de la Reine) à 1791 (abolition du privilège de l’Opéra comme une activité exclusive)… se dessinent les rapports entre France et Italie, l’une puisant dans l’innovation de l’autre, et vice versa ; chacune exacerbant peu à peu ses propres arguments, affirmant de plus en plus ce qui les distingue : drame, mélodie, virtuosité chez Monteverdi, Cavalli, … essor du théâtre total incluant ballet et intermèdes, divertissements aux côtés d’une déclamation spécifique chez Lully puis Rameau. Ici mélange des genres comiques et héroïques, puis distinction entre buffa et seria ; avènement de la tragédie en musique, sœur de plus en plus sophistiquée et supérieure du théâtre parlé (de Corneille et Racine) ; ainsi se précise l’identité culturelle et l’imaginaire artistique de deux nations parmi les plus créatives de l’Europe moderne. Les contributions n’oublient pas les formidables interprètes qui ont su attiser les foules et renforcer l’impact de l’opéra français dans la société, véritable pop stars avant l’heure, en particulier les chanteuses qui trouvent alors des rôles à la mesure de leur talent, tant dramatique que vocal : ainsi en couverture du catalogue, la Médée de Rosalie DUPLAN lors de la reprise à l’époque de Gluck, du Thésée de Lully (en 1770 et 1778), baguette de sorcière enchanteresse à la main droite, héritage des déités baroques…

Le catalogue permet de repérer les éléments de cette évolution déterminante.

Au XVIIè, se détachent particulièrement, les jalons de cette lente mais progressive maturation du genre lyrique en France à partir du terreau italien exporté à la Cour de France : Orfeo de Rossi (1647, premier opéra italien donné à Paris) ; tragédie à machine de Corneille (Andromède de 1650) ; essor du ballet Louis XIV (ballet royal de la nuit, 1653) ; présence de Cavalli à Paris (Xerse, 1660 ; Ercole Amante, 1662) ; avènement de Lully (1673 : Cadmus, premier essai de tragédie en musique) ; Armide (1686), sommet Lullyste après l’installation de la Cour à Versailles (1682) ; L’Europe Galante, premier opéra-ballet de Campra (1697) ; puis Le carnaval de Venise du même Campra (1699) qui fusionne style français et chant italien… On voit bien comment l’opéra français comparé à son homologue italien est d’abord un acte politique : culturel, poétique, et de propagande (surtout dans le contexte versaillais au XVIIè), puis comme porté par l’abstraction des ballets (qui parfois n’ont guère de lien direct avec la trame lyrique : « divertissement »), plutôt que rompre le fil du spectacle, l’exalte plutôt, et fonde dès les XVIIIè, le principe d’un spectacle total, comptant autant pour ses décors, machineries, chanteurs, action et drame, que ballets et qualités spectaculaires d’émerveillement. Une vision universelle et hautement esthétique alors que l’opéra demeure un fait monarchique quand l’Italie, cultivant la virtuosité, les voix aiguës, agiles, et l’ivresse mélodique, a déjà en 1637, inventé l’opéra payant et publique.

Seule réserve et qui ne concerne que l’édition du catalogue, les sections thématisées imprimées sur un fond chamois qui rend la lecture du texte noir trop fin, assez illisible. L’iconographie en revanche composée de gravures, dessins, relevés d’époque est en tout point remarquable.

Parmi les thématiques pertinentes à notre avis, relevons précisément : le genre des parodies d’opéras (1672 – 1749) avec deux perles originales Ragonde et Platée ; le cas de la Forlane, une danse vraiment italienne ? ; une phalange renommée : l’orchestre de l’Opéra de Paris ; les habillements français … Et l’on comprend mieux ainsi que la confrontation des styles et des esthétiques a favorisé l’émergence et l’essor d’un art authentiquement et spécifiquement français du spectacle musical. Passionnant.

 

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CLIC_macaron_2014PARIS, Exposition & catalogue : « Un air d’Italie » – célébration des 350 ans de l’Opéra national. Bibilothèque Musée de l’Opéra, Palais Garnier de PARIS, jusqu’au 1er septembre 2019 — éditions BNF – 39 euros – N° ISBN 978 2 7118 7400 2. CLIC de CLASSIQUENEWS de l’été 2019 – 192 pages.

 

 

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Opéra national de Paris, saison 2016 – 2017. Temps forts

opera-national-de-paris-saison-lyriue-temps-forts-2016-2017-eliogabalo-owen-windgrave-tosca-sancta-susanna-lohengrin-jonas-kaufmann-highlights-opera-paris-classiquenews-582OPERA NATIONAL DE PARIS, nouvelle saison lyrique 2016 – 2017. Souhaitons tout d’abord une nouvelle saison à l’Opéra de Paris, moins chahutée que la saison dernière où les mouvements de grève ont produit un déficit historique contre lequel le directeur Stéphane Lissner s’est exprimé en tirant la sonnette d’alarme. La nouvelle saison lyrique à Paris laisse rêveur et suscite de facto l’impatience d’être déjà à septembre prochain pour découvrir les promesses annoncées. Au total en 2016-2017, la nouvelle saison lyrique 2016-2017 totalise 11 nouvelles productions et 8 reprises (ou productions déjà vues, mais dans de nouvelles distributions, ce qui les rend tout autant désirables).

7 spectacles à voir d’ici fin 2016

Cavalli_francescoNous ne présentons ici que les spectacles qui sont nos coups de coeur ou des productions incontournables (et l’on vous dit pour quelle raisons…). Grâce au musicologue Jean-François Lattarico (collaborateur sur classiquenews), les opéras de Cavalli connaissent un sursaut de réhabilitation. Justifié car le plus digne héritier de Monteverdi aura ébloui l’Europe entière au XVIIè, par son sens de la facétie, un cocktail décapant sur les planches alliant sensualité, cynisme et poésie, mêlés. Avec Eliogabalo, recréation et nouvelle production, voici assurément l’événement en début de saison, du 14 septembre au 15 octobre 2016, soit 13 représentations incontournables au Palais Garnier. Avec le Nerone de son maître Monteverdi dans Le couronnement de Poppée, Eliogabalo illustre cette figure méprisable et si humaine de l’âme faible, « effeminata », celle d’un politique pervers, corrompu, perverti qui ne maîtrise pas ses passions mais en est l’esclave clairvoyant et passif… Superbe production à n’en pas douter et belle affirmation du Baroque au Palais Garnier. Leonardo Garcia Alarcon, direction musicale. Thomas Jolly, mise en scène. Avec entre autres : Franco Fagioli dans le rôle-titre ; Valer Sabadus (Giuliano Gordie)… soit les contre ténors les plus fascinants de l’heure. Un must absolu.

La Tosca de Pierre Audi, nouveau directeur du festival d’Aix (en 2018), est l’autre nouvelle production à suivre : du 17 septembre au 18 octobre 2016 à Bastille. Avec la Tosca de Anja Harteros ou Liudmyla Monastyrska (voir les dates précises de leur présence), Marcelo Alvarez (Mario), Bryn Terkel (Scarpia)… 10 représentations.

Orchestralement flamboyant, vocalement irrésistible (- qui résiste à l’air Mon cœur s’ouvre à ta voix, immortalisé par Callas ?), l’opéra de Saint-Saëns, Samson et Dalila fera les beaux soirs de 11 dates, – du 1er octobre au 5 novembre 2016. Avec Anita Rachvelishvili et Aleksandrs Antonenko dans le couple-titre. Philippe Jordan, direction / Damiano Michieletto, mise en scène.

yende pretty review recital classiquenews pretty-yende_c_jpg_681x349_crop_upscale_q95Incandescente et rayonnante soprano sud africaine, Pretty Yende, lauréate, avant le Prix Operalia de Placido Domingo, du Concours Vincenzo Bellini (le must du bel canto international), chante Lucia di Lammermoor (attention uniquement les 14,17, 23 octobre puis 4, 8 et 16 novembre : vérifiez néanmoins les dates car un changement est toujours prévisible). Du 14 octobre au 16 novembre, Opéra Bastille. Riccardo Frizza, direction. Andrei Serban, mise en scène.

Jonas Kaufmann est RadamèsOn ne peut guère résister non plus, à l’Hoffmann de Jonas Kaufmann des Contes d’Hoffmann d’Offenbach dans la nouvelle mise en scène de Robert Carsen, lequel, c’est certain, fusionnera cynisme, poésie et raffinement visuel. Attention Jonas Kaufmann ne chante le rôle qu’à certaines dates (3,6,9,12,15,18 novembre 2016), entouré d’artistes français parmi les mieux chantant de l’heure (Sabine Devieilhe en Olympia; Stéphanie d’Oustrac, la muse ; Yann Beuron, François Liss… Philippe Jordan, direction. Du 31 octobre au 24 novembre 2016.

Superbe opéra chambriste de Benjamin Britten, inspiré par Henry James, Owen Windgrave (1971) est trop rare en France : l’intensité fantastique voire horrifique spécifiquement britannique y aborde le thème central viscéral pour Britten le pacifiste, de la résistance face à la guerre : le jeune héritier Owen s’opposant fermement à ses parents et à la tradition de sa famille, en refusant la carrière militaire qu’on veut lui imposer par continuité familiale… Il est seul face à tous. Nouvelle production signée Tom Creed, avec les jeunes chanteurs de l’Académie de l’Opéra de Paris. 5 représentations à l’Amphithéâtre Bastille, du 19 au 28 novembre 2016.

Elina GarancaUn diptyque lyrique accompagne les fêtes de fin d’année 2016, double représentation lyrique qui s’avère grâce à ses chanteuses protagonistes annoncées, irrésistibles. Qui peut aujourd’hui à Paris refuser l’invitation d’écouter la superbe mezzo Elina Garanca dans le rôle de Santuzza de Cavaliera rusticana de Mascagni, puis Anna Caterina Antonacci interprète de Santa Susanna de Paul Hindemith ? Deux caractères féminins de choc, deux œuvres denses et tragiques… 9 représentations, du 28 novembre au 23 décembre 2016. Carlo Rizzi, direction / Mario Martone, mise en scène.

Temps forts 2017

Les deux premiers temps forts en 2017 sont, de toute évidence, le nouveau Lohengrin (mis en scène par Claus Guth, avec Jonas Kaufmann pour les dates de janvier, auquel succède en février Stuart Skelton). 11 dates, du 18 janvier au 18 février 2017. Philippe Jordan, direction (excellente, millimétrée, chambriste)…

Et la nouvelle production de Cosi fan tutte de Mozart, scénographie, chorégraphie par la chorégraphe Anne Teresa De Keersmaesker et ses danseurs, avec Michèle Losier (Dorabella), Frédéric Antoun / Cyrille Dubois en alternance dans le rôle de Ferrando… Philippe Jordan, direction. Du 23 janvier au 16 février 2017.

Francesconi luca festival presences luca-francesconi1A l’affiche entre autres du dernier festival de Radio France, Présences en janvier 2016, l’italien Luca Francesconi livre en création mondiale son opéra «Trompe la mort » , d’après Balzac… Nouvel ouvrage en deux parties, sous la direction de Susanna Mälkki. Avec Julie Fuchs (Esther), Thomas Johannes Mayer (Vautrin, Trompe la mort), Cyrille Dubois (Lucien de Rubempré), Philippe Talbot (Eugène de Rastignac), Jean-Philippe Lafont (Le baron de Nucingen), Béatrice Uria-Monzon (la comtesse de Sérizy). La prose et l’intelligence balzaciennes se prêtent-elles naturellement à l’opéra ?… Incontestablement l’événement lyrique de la saison nouvelle, au registre de l’opéra contemporain. L’Opéra de Paris aurait-il peur néanmoins de ne pas remplir s’agissant d’une nouvelle partition contemporaine ? L’opéra inédit ne totalise que 7 représentations, du 13 mars au 5 avril 2017. Pourtant l’écriture de Francesconi n’a rien d’abstrait ni d’inaudible, ainsi que notre équipe du studio CLASSIQUENEWS a pu s’en rendre compte lors du Festival Présences en janvier 2016 où Luca Francesconi présentait face à la caméra, son cycle pour soprano, chœur et orchestre d’après les poèmes de Mandela (VOIR le reportage Luca Francesconi au Festival Présence de Radio France en janvier 2016)

La suite des événements lyriques à l’Opéra national de Paris en 2017, d’ici octobre 2016

 

 

 

INFOS, RESERVATIONS
sur le site de l’Opéra national de Paris, saison 2016 – 2017

 

 

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PARIS. Nouveau Lear à Garnier

LEAR-REIMANN-palais-garnier-bo-skovhus,-presentation-annonce-classiquenewsPARIS, Palais Garnier : LEAR d’Aribert Reimann : 23 mai-12 juin2016. Nouveau spectacle à partir du 23 mai au Palais Garnier. VIEILLARD DETRUIT… Le Palais Garnier à Paris, remonte un ouvrage qui n’y avait pas été produit depusi sa création en … 1982, soit il y a 34 ans… Lear impose chez Shakespeare, la figure d’un roi prêt à renoncer, pour qui le pouvoir n’est que vanité et dont la généreuse tendresse pour ses proches – ses trois filles aimées, aimantes- l’amène à offrir le pouvoir au risque de transformer ses propres enfants, en monstres dénaturés, parfaitement barbares, entre eux, et aussi contre celui qui leur a donné la puissance. C’est entendu, le pouvoir et la politique rendent fou : ils transforment ceux qui devraient servir les autres, en tortionnaires habiles et masqués. La politique crée des monstres cruels et sadiques, déshumanisés. Rien n’est comparable à la peine solitaire d’un père qui a malgré lui suscité la transformation infecte de ses descendants. ‘enfer est pavé de bonnes intentions et Shakespeare dévoile tout ce qui menace l’ordre social et la famille.

Les deux pères Lear et Gloucester qui a pris son parti se répondent dans leur impuissance : le premier est errant, en vain défendu par les français ; le second, déchiré et détruit par ses deux fils. Mais dans ce sombre tableau qui engage les morts sans compter, la figure d’Edgar, le fils illégitime se dresse contre l’ignominie. C’est lui quisauve son père du suicide et tue l’indigne frère Edmond qui était devenue l’amant et le général de l’odieuse fille ainée de Lear, Goneril. Le mythe du vieillard politique dévoilant l’infecte réalité humaine au soir de sa vie a suscité bien des envies musicales, surtout des velléités légendaires : Berlioz (ouverture), Debussy (essais de musique de scène pour André Antoine), surtout Verdi, habité, terrifié par le sujet (à Mascagni : ” je reste épouvanté par le tableau du vieillard détruit solitaire sur la lande…”), dès 1843, mais toujours désespéremment sec à son égard, comme dépassé par le souffle et la vérité shakespearienne qui s’en dégagent. C’était compter sans l’intuition visionnaire d’un baryton ayant mesuré l’épaisseur et la démesure troublante d’un personnage taillé pour son chant intérieur et racé : Dietrich Fischer Dieskau ; le diseur légendaire sollicite d’abord Britten, puis le pianiste qui depuis 1957 avait coutume d’accompagner de grands chanteurs, soit Aribert Reimann né en 1936, lequel se montre réservé, mais lui-même hanté par le sujet et saisi par la prose de Shakespeare, passe à la composition, en particulier lorsque l’Opéra de Munich par un hasard heureux, confirme en 1975 la nécessité d’écrire un nouvel opéra, en passant une commande officielle dans ce sens à Reimann. L’opéra sera créé en en juillet 1978 avec Dietrich Fischer Dieskau dans la mise en scène de Jean-Pierre Ponnelle.
A Paris, pour ce printemps où l’on fête les 400 ans de la mort de William Shakespeare, le metteur en scène fantasque et délirant catalan, Calixto Bieito aborde la figure du vieillard saisi par l’effroi, avec Bo Skovhus dans le rôle bouleversant de Lear. La production shakespearienne à Garnier est d’autant plus attendue que Bieito a fait ses débuts au Festival de Salzbourg avec une mise en scène de Macbeth, puis d’Hamlet au Festival international d’Edimbourg en 2003.

 

 

LEAR d’Aribert Reimann
OPÉRA EN DEUX PARTIES
Créé à Munich en 1978
MUSIQUE : Aribert Reimann (né en 1936)
LIVRET : Claus H. Henneberg
D’APRÈS William Shakespeare,
King Lear
En langue allemande
Surtitrage en français et en anglais

Fabio Luisi, direction musicale
Calixto Bieito, mise en scène

KÖNIG LEAR : Bo Skovhus
KÖNIG VON FRANKREICH : Gidon Saks
HERZOG VON ALBANY : Andreas Scheibner
HERZOG VON CORNWALL : Michael Colvin
GRAF VON KENT : Kor-Jan Dusseljee
GRAF VON GLOSTER : Lauri Vasar
EDGAR : Andrew Watts
EDMUND : Andreas Conrad
GONERIL : Ricarda Merbeth
REGAN : Erika Sunnegardh
CORDELIA : Annette Dasch
NARR : Ernst Alisch
BEDIENTER : Nicolas Marie
RITTER : Lucas Prisor

7 représentations du 23 mai au 12 juin 2016
(3h, dont un entracte)
En langue allemande, surtitrée en anglais et en français

lundi 23 mai 2016 – 19h30
jeudi 26 mai 2016 – 19h30
dimanche 29 mai 2016 – 14h30
mercredi 1er juin 2016 – 20h30
lundi 6 juin 2016 – 19h30
jeudi 9 juin 2016 – 19h30
dimanche 12 juin 2016 – 19h30

INFORMATIONS / RÉSERVATIONS
par Internet : www.operadeparis.fr
par téléphone : 08 92 89 90 90 (0,34€ la minute)
téléphone depuis l’étranger : +33 1 72 29 35 35
aux guichets : au Palais Garnier et à l’Opéra
Bastille tous les jours de 11h30 à 18h30 sauf dimanches et jours fériés

Concertini d’accueil
Dans les minutes qui précèdent le début des
représentations de Lear, des musiciens de l’Orchestre de l’Opéra national de Paris offrent de
petits concerts qui mettent à l’honneur Aribert
Reimann dans les espaces publics du Palais
Garnier (accès gratuit pour les spectateurs
de la représentation).

Radiodiffusion sur France Musique le 18 juin 2016 à 19h08 dans l’émission Samedi soir à l’opéra

 

 
 

Pour imaginer en fin d’action, son vieux héros, seul, errant sur la lande, abandonné et trahi par tous, Shakespeare imagine une action de très ancienne mémoire, se déroulant 800 ans avant l’ère chrétienne : il s’inspire notamment de L’Historia regum Britanniae, rédigée au XIIe siècle par l’historien gallois Geoffroy de Monmouth, surtout des Chroniques d’Angleterre, d’Écosse et d’Irlande (1587) de Raphael Holinshed. En terres celtiques, le roi de l’île de Bretagne, Leir, paraît tantôt en potentat, tantôt démuni, victime du pouvoir, père aimant pour des fils ingrats… La Tragédie du Roi Lear de Shakespeare est créée le 26 décembre 1606 au Palais de Whitehall à Londres en présence du Roi Jacques Ier d’Angleterre.
En 1977, les réalisateurs et metteurs en scène Peter Brook ou Roman Polanski (respectivement dans leur adaptation de Lear et de Macbeth au cinéma) ont souligné la puissance visionnaire du drame shakespeare, sa justesse et son discernement… ils soulignent combien le regard de Shakespeare sur la folie dérisoire des hommes les a conduit effectivement aux pires sévices barbares du XXè…

 

 

 

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Reimann se joue des écritures anciennes (classiques et tonales, primitive et dodécaphoniste) pour constituer à l’instar du polonais Krzysztof Penderecki, un drame théâtral en musique, où perce le chant spectaculaire et puissant des percussions, – ou le choc de blocs sonores, qui sont autant de jalons marquant l’avancée inéluctable du drame tragique. Ecriture prenante, houle instrumentale particulièrement saisissante par ses effets dramatiques, la partition de Lear convoque concrètement les tensions destructrices qui agissent et mènent le roi dépossédé, blessé sur les rives de la folie… (scène de la tempête où le Roi bascule dans le cri et la déchirure intérieure, quand à l’orchestre un bloc de 50 cordes s’effiloche graduellement en un chant solitaire, celui ultime de la contrebasse.
Ses deux dernières créations lyriques les plus marquantes, sont Bernarda Alba Haus (sur le texte de Garcia Lorca) en 2000 ; puis
Medea (d’après la pièce de Franz Grillparzer), commande du Staatsoper de Vienne en 2010, est consacré « World Première of the Year » par le magazine Opernwelt.

 

 

 

 

ARGUMENT

 

PREMIÈRE PARTIE. Le roi Lear convoque ses proches et les courtisans : il renonce au pouvoir en faveur de ses filles : Goneril, Regan et Cordelia, si elles lui témoignent leur affection et sont prêtes à partager le pouvoir. Seule Cordelia, la plus jeune, garde le silence : Lear l’exile et lui fait épouser le roi de France. Sa part échoit à ses ainées : Goneril et Regan. Lesquelles ne tardent pas à montrer leur vrai visage : une guerre pour concentrer le pouvoir se précise : le père encombrant est même chassé : errant sur la lande, en pleine tempête… Lear n’a plus que Kent et le fou comme fidèles amis. Reimann suit Shakespeare dans son évocation terrifique, gothique, fantastique d’un roi déchu, d’un père trahi et renié. Sauveur imprévu, Gloucester paraît pour sauver le roi.

 

 

 

DEUXIÈME PARTIE. Le duc de Cornouailles et Regan torturent Gloucester qu’ils ont fait prisonnier. Ils lui arrachent les yeux. Aveugle, Gloucester comprend la réalité de l’espèce humaine : une bête vouée à la destruction collective. Il faut être dans le noir pour mieux voir. Son fils Edmond est devenu l’amant et le général de la reine Goneril. La France débarque à Douvres pour replacer sur le trône Lear qui accueilli par les français est soigné dans leur camp par Cordelia : Lear reconnaît sa fille et lui demande pardon. Edgar le fils illégitime de Gloucester, sauve son père qui voulait se suicider en se jetant d’une falaise. Mais Edmond bat les français : il fait assassiner Cordelia. Goneril empoisonne sa sœur Regan. Enfin Edgar, l’illégitime tue son frère Edmond en duel : Goneril se suicide et Lear paraît enfin, portant le cadavre de Cordelia…

 

 

 

L’Opéra national de Paris lance son opération estivale : “Opéra d’été 2014″

OPERA-DE-PARIS-logo-noir-2014-Logo_OnP_Noir_et_BlancFrance, “Opéra d’été 2014″. Pour l’été, l’Opéra national de Paris offre l’opéra aux vacanciers. L’opéra gratuit pour tous. Sous le titre “Opéra d’été 2014″, l’Opéra national de Paris par la voix de son actuel directeur Nicolas Joel, souhaite s’adresser à un nouveau public en particulier estival en proposant plusieurs projections gratuites dans toute la France.    « Avec Opéra d’été, l’Opéra national de Paris veut aller à la rencontre de nouveaux spectateurs, sur leurs lieux de vacances. L’Opéra de Paris appartient à chacun : c’est pourquoi nous voulons l’offrir à tous. Je me réjouis de l’enthousiasme des communes qui partagent avec nous la volonté de démocratiser toujours davantage la culture lyrique et chorégraphique » précise Nicolas Joel.

Pour se faire, l’Opéra remet gracieusement aux communes partenaires la captation de l’un de ses spectacles sur support numérique afin que ce dernier soit diffusé gratuitement sur grand écran et en plein air pendant l’été.

Lancé à titre expérimental à l’été 2013, Opéra d’été a remporté un vif succès et 5000 estivants avaient déjà pu assister gratuitement à des projections à La Baule le 10 août 2013 au Parc des Dryades, et à Bayonne le 16 août 2013 dans les Arènes de la ville.

 

Constatant l’accueil favorable de cette expérience, l’Opéra national de Paris renouvelle l’opération à l’été 2014. Soit près de dix communes nouvelles qui ont souscrit au projet Opéra d’été ; chacune offrira ainsi cet été aux estivants des projections gratuites. Au programme les opéras Carmen de Bizet ou Aida de Verdi, mais aussi le ballet romantique de Tchaikovsky : La Belle au bois dormant. C’est l’occasion inespérée et gratuite pour nombre de français de découvrir la magie des spectacles lyriques et chorégraphiques, dans les productions présentées à Paris, à l’Opéra Bastille ou au Palais Garnier :

 

 

 

 

Opéra d’été 2014

(Programme prévisionnel)

 

• Châtillon-sur-Seine (Côte-d’Or) : Carmen le 16 juillet dans les jardins de la  Mairie

• Mandelieu-la-Napoule (Alpes-Maritimes) : Aida le 28 juillet et Don Quichotte le 11 août au Théâtre en plein air Robinson

• Paimpol (Côtes-d’Armor) : Carmen  le 14 août sur son champ de foire

• Bayonne (Pyrénées-Atlantiques) : Aida  le 15 août sur les remparts de la ville

• Corbigny (Nièvre) : Aida  le 15 août et La Belle au bois dormant le 16 août dans la cour de son Abbaye

• Saint-Pierre (Saint-Pierre et Miquelon) : Aida  le 15 août et La Belle au bois dormant  le 23 août dans la cour de son espace culturel

• La Baule (Loire-Atlantique) : Aida  le 16 août au Parc des Dryades

• Allonnes (Sarthe) : Carmen le 22 août sur la plaine de Chaoué

• Reims (Marne) : Carmen les 22 et 23 août au Cryptoportique

 

 

 

Opéra de Paris saison 2014 – 2015 : le Baroque et Rameau, interdits de saison

RAMEAU_AVED_448_Joseph_Aved,_Portrait_de_Jean-Philippe_Rameau_vers_1728Rameau, interdit de saison … Opéra de Paris, nouvelle saison 2014-2015. 16 productions annoncées (dont 5 nouvelles productions) font le nouveau cycle lyrique de l’Opéra de Paris 2014-2015. Une saison décevante et même déséquilibrée : aucun opéra baroque à l’affiche de l’institution la plus subventionnée de France et qui recevant les subsides des Français se devrait quand même de refléter la richesse et la diversité du goût des contribuables. On avait pourtant compris que les institutions officielles devaient refléter tous les goûts en une offre équilibrée, ouverte, créative…

 

 

Le BAROQUE et RAMEAU, interdits de saison…

 

Rameau_Joseph_Aved-Portrait_de_Jean-Philippe_Rameau_vers_1728La musique baroque est qu’on le veuille ou non, l’un des actes majeurs survenus dans l’agenda des concerts, théâtres et festivals depuis 50 ans de vie culturelle hexagonale. Le fait de ne programmer aucun opéra baroque est une erreur ; c’est même, au moment de l’anniversaire Rameau, le plus grand créateur lyrique du XVIIIè pour la France, … une faute. Ne pas programmer d’opéras baroques à l’Opéra de Paris, c’est tout simplement ne pas prendre en compte le goût des mélomanes ni reconnaître ce que les oeuvres des XVIIè et XVIIIè ont apporté à la création lyrique. Regrettable omission. A tous ceux, parmi les nouveaux publics non initiés à l’opéra, qui découvriraient les oeuvres de Rameau à l’énoncé des programmations en cours et à venir, le Dijonais serait alors un faiseur de … comédies délirantes, style Platée (heureusement à l’affiche à Paris sous la direction de l’immense William Christie). Mais Rameau peut-il être réduit à cette simple équation ?  Quid de ses tragédies héroïques et pathétiques, Hippolyte et Aricie (même pas reprise à Garnier…), Castor et Pollux, Dardanus, Zoroastre, Les Boréades. Pour son 250ème  anniversaire, aucune tragédie lyrique ne sera présentée en version scénique : quelle indigence … pathétique. Seules ses oeuvres chorégraphiques sont plutôt bien mises en avant en 2014. Où les jeunes mélomanes ou les non connaisseurs pourront-ils découvrir la magie visuelle et théâtrale autant que vocale et orchestrale de Rameau en 2014 ? Nul part en vérité… sinon lire des témoignages de productions passées, ou écouter les versions disponibles au disque. Le plus grand faiseur de rêves, où la machinerie et le faste des décors (Zoroastre), le chant des éléments surgissant de la fosse la plus inventive à son époque, pèsent de tous leurs poids,  attendra encore son heure. Et que l’on ne nous dise pas qu’il s’agit d’un problème de budget : à voir les sommes consacrées à d’autres productions, l’affaire est bien politique. Pour nos décideurs, Rameau est has been. Il y a quelques années encore, John Eliot Gardiner et William Christie osaient programmer les opéras de Rameau en France et déclarer aux spectateurs français : ” voilà votre patrimoine, pourquoi reste-t-il oublié ? “.  Quarante années ont passé, la situation n’a pas changé : ni Lully ni Rameau, génies du Baroque français n’ont toujours leur place naturelle à l’Opéra.

Dans cette vision plutôt terne mais peu surprenante, les conservateurs auront plaisir à retrouver les piliers du répertoire : Traviata, Tosca, Bohème… L’opéra italien encore et toujours … avec un joyau vériste cependant : Adriana Lecouvreur de Cilea (nouvelle production en provenance de Londres – déjà éditée au dvd, et point d’orgue final de la saison : 23 juin > 15 juillet 2015. Angela Gheorghiu est annoncée mais sans l’irremplaçable Jonas Kaufmann, remplacé par Marcelo Alvarez).
Mozart tire son épingle du jeu avec trois ouvrages honnêtement défendus (L’Enlèvement au sérail, Don Giovanni, Le Flûte enchantée)… L’Enlèvement est une nouvelle production (mise en scène : Zabou Breitman : 16 octobre 2014 > 15 février 2015). Plus méritant, le choix (enfin un engagement audacieux!) de deux ouvrages français méconnus oubliés mais si captivants – donc deux nouvelles productions de fait incontournables : Le Cid de Massenet (27 mars > 21 avril 2015, avec une distribution prometteuse réunissant Anna Caterina Antonacci, Annick Massis, Roberto Alagna… sous la direction de Michel Plasson), et surtout, Le Roi Arthus de Chausson, le plus original des wagnériens français (16 mai > 14 juin 2015 avec Thomas Hampson dans le rôle titre sous la baguette de Philippe Jordan). L’opéra français est du reste le second gagnant de la nouvelle saison parisienne : reprise du Faust de Gounod, et de l’Alceste de Gluck (dans la mise en scène assez répétitive d’Olivier Py : 16 juin > 15 juillet 2015, avec Véronique Gens dans le rôle-titre), sans omettre le féerique et inusable Pelléas et Mélisande de Debussy version Bob Wilson (avec l’excellent Stéphane Degout dans le rôle de Pelléas). Et pour honorer le 150ème anniversaire de Richard Strauss en 2014, la maison reprend Ariane à Naxos : la distribution prometteuse comprenant Karita Mattila (Ariane), Sophie Koch (le compositeur), Klaus Florian Vogt (Bacchus) devrait compenser les faiblesses plus laides de la mise en scène signée Pelly (22 janvier > 17 février 2015). + d’infos sur le site de l’Opéra national de Paris saison 2014 – 2015

 

 

Layout 1Illustration : Jean-Philippe Rameau, dont 2014 marque le 250ème anniversaire de la disparition est le grand oublié ignoré de l’Opéra national de Paris … Heureusement d’autres mieux inspirés réparent l’oubli impardonnable : William Christie et Les Arts Florissants annoncent pour le printemps 2014, leur nouveau disque qui mettant en avant le tempérament des jeunes chanteurs du Jardin des Voix 2013, s’intitule avec pertinence Le Jardin de Monsieur Rameau : parcours musical et lyrique dans le domaine enchanté de l’amour et du désir à l’époque de Jean-Philippe Rameau ; programme musical composé d’extraits des opéras de Montéclair, Campra, Dauvergne, Gluck et Rameau, sans omettre la superbe cantate ” Rien du tout “de Grandval  (prochaine grande critique dans le mag cd de classiquenews)