COMPTE-RENDU, critique, opéra. NANCY, le 17 oct 2019. REYER : Sigurd. Frédéric Chaslin (version de concert).

SIGURD-REYER-opera-de-nancy-production-nouvelle-annonce-critique-opera-classiquenewsCompte-rendu, opéra. Nancy, Opéra national de Lorraine, le 17 octobre 2019. Reyer : Sigurd. Frédéric Chaslin (version de concert). Pour fêter le centenaire de la construction de son théâtre actuel, idéalement situé sur la place Stanislas à Nancy, l’Opéra de Lorraine a eu la bonne idée de plonger dans ses archives pour remettre au goût du jour le rare Sigurd (1884) d’Ernest Reyer (1823-1909) – voir notre présentation détaillée de l’ouvrage http://www.classiquenews.com/sigurd-de-reyer-a-nancy/ Qui se souvenait en effet que le chef d’oeuvre du compositeur d’origine marseillaise avait été donné en 1919 pour l’ouverture du nouveau théâtre nancéien ? Cette initiative est à saluer, tant le retour de ce grand opéra sur les scènes contemporaines reste timide, de Montpellier en 1994 à Genève en 2013, à chaque fois en version de concert. On notera que Frédéric Chaslin et Marie-Ange Todorovitch sont les seuls rescapés des soirées données à Genève voilà six ans.

D’emblée, la fascination de Reyer pour Wagner se fait sentir dans le choix du livret, adapté de la saga des Nibelungen : pour autant, sa musique spectaculaire n’emprunte guère au maître de Bayreuth, se tournant davantage vers les modèles Weber, Berlioz ou Meyerbeer. La présence monumentale des choeurs et des interventions en bloc homogène traduit ainsi les influences germaniques, tandis que l’instrumentation manque de finesse, se basant principalement sur l’opposition rigoureuse des pupitres de cordes, avec une belle assise dans les graves et des bois piquants en ornementation. La première partie guerrière tombe ainsi dans le pompiérisme avec les mélodies faciles des nombreux passages aux cuivres, il est vrai aggravé par la direction trop vive de Frédéric Chaslin, … aux attaques franches et peu différenciées. Le chef français se rattrape par la suite, dans les trois derniers actes, lorsque l’inspiration gagne en richesse de climats, tout en restant prête à s’animer de la verticalité des inévitables conflits. Malgré quelques parties de remplissage dans les quelques 3h30 de musique ici proposées, Reyer donne à son ouvrage un souffle épique peu commun, qui nécessite toutefois des interprètes à la hauteur de l’événement.

SIGURD à Nancy
un souffle épique peu commun
un superbe plateau…

 

 

C’est précisément le cas avec le superbe plateau entièrement francophone (à l’exception du rôle-titre) réuni pour l’occasion : le ténor britannique Peter Wedd (Sigurd) fait valoir une diction très satisfaisante, à l’instar d’un Michael Spyres (entendu dans un rôle équivalent cet été pour Fervaal https://www.classiquenews.com/compte-rendu-opera-montpellier-le-24-juil-2019-dindy-fervaal-spyres-schonwandt). Les quelques passages en force, bien excusables tant le rôle multiplie les difficultés, sont d’autant plus compréhensibles que  Peter Wedd multiplie les prises de risque, en un engagement dramatique constant. On lui préfère toutefois le Gunter de Jean-Sébastien Bou, toujours impeccable dans l’éloquence et l’intelligence des phrasés. Des qualités également audibles chez Jérôme Boutillier (Hagen), avec quelques couleurs supplémentaires, mais aussi un manque de tessiture grave en certains endroits dans ce rôle.

Vivement applaudie, Catherine Hunold (Brunehild) fait encore valoir toute sa sensibilité et ses nuances au service d’une interprétation toujours incroyable de vérité dramatique, bien au-delà des nécessités requises par une version de concert. On ne dira jamais combien cette chanteuse aurait pu faire une carrière plus éclatante encore si elle avait été dotée d’une projection plus affirmée, notamment dans les accélérations. L’une des grandes révélations de la soirée nous vient de la Hilda de Camille Schnoor, dont le velouté de l’émission et la puissance ravissent tout du long, en des phrasés toujours nobles. A l’inverse, Marie-Ange Todorovitch (Uta) fait valoir son tempérament en une interprétation plus physique, en phase avec son rôle de mère blessée, faisant oublier un léger vibrato et une ligne parfois hachée par un sens des couleurs et des graves toujours aussi mordants. On soulignera enfin les interventions superlatives de Nicolas Cavallier et Eric Martin-Bonnet dans leurs courts rôles, tandis que les choeurs des Opéras de Lorraine et d’Angers Nantes se montrent très précis tout du long, surtout coté masculin.

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COMPTE-RENDU, critique, opéra. Nancy, Opéra national de Lorraine, le 17 octobre 2019. Reyer : Sigurd. Peter Wedd (Sigurd), Jean-Sébastien Bou (Gunter), Jérôme Boutillier (Hagen), Catherine Hunold (Brunehild), Camille Schnoor (Hilda), Marie-Ange Todorovitch (Uta), Nicolas Cavallier (Un prêtre d’Odin), Eric Martin-Bonnet (Un barde), Olivier Brunel (Rudiger), Chœur de l’Opéra national de Lorraine, Merion Powell (chef de chœur), Chœur d’Angers Nantes Opéra, Xavier Ribes (chef de chœur), Orchestre de l’Opéra national de Lorraine, Frédéric Chaslin (version de concert). A l’affiche de l’Opéra national de Lorraine les 14 et 17 octobre 2019. Photo : Opéra national de Lorraine.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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APPROFONDIR (NDLR)*
L’actuelle exposition à Paris : DEGAS à l’opéra a mis en lumière le goût musical du peintre indépendant qui a exposé avec les impressionnistes. Degas a applaudi éperdument la soprano ROSA CARON créatrice du rôlede Brunnhilde dans SIGURD  de REYER. L’enthousiasme du peintre, inventeur de l’art moderne en peinture à l’extrême fin du XIXè fut tel que Degas écrivit même un poème pour exprimer l’émotion qui lui procurait Sigurd (applaudi plus de 36 fois à l’Opéra de Paris)… Degas était partisan du grand opéra à la française quand beaucoup d’intellectuels parisiens préféraient alors l’opéra “du futur”, celui de Wagner…  LIRE notre présentation de l’exposition « DEGAS à l’opéra » jusqu’au janvier 2020 :

http://www.classiquenews.com/degas-a-lopera-presentation-de-lexposition-a-orsay/

* note / ajout de la Rédaction

Expo, livre. NANCY : « OPERA ! », exposition et catalogue par Pierre-Hippolyte Pénet

expo-opera-nancy trois siecles de creation classiquenews expo catalogue classiquenews annonce critique -708x350Expo, livre. NANCY : « OPERA ! », exposition et catalogue par Pierre-Hippolyte Pénet. Passionnant catalogue que celui qui accompagne l’exposition événement présentée par l’Opéra national de Lorraine à Nancy pour son tricentenaire en 2019 : « OPERA ! ». L’intérêt de cette publication haute en couleurs et riche en illustrations et documents photographiques est de restituer les grandes heures du spectacle à Nancy à travers les princes et politiques qui ont présidé à l’essor des arts du spectacle in situ ; chaque commanditaire en son époque manifeste de période en période, un goût et une conception du spectacle spécifique : le duc Léopold au début du XVIIIè (1708-1709) avec le concours des Bibiena (la fameuse « salle des machines » inaugurée par Le temple d’Astrée de Desmarest) ; la Comédie du roi Stanislas au plein XVIIIè (1755) sur la nouvelle Place royale (inaugurée par le divertissement Le Triomphe de l’Humanité, musique de Seurat ; le théâtre de Nancy au XIXè ; enfin le nouveau théâtre (au XXè, soit 1919, inauguré avec Sigurd de Reyer), et enfin l’Opéra national (depuis 2006) jusqu’à nos jours…
Jusqu’au début des années 1980, tous les genres et toutes les disciplines sont ainsi diffusés, sans répartition claire : comédie, tragédie, drame, mélodrame, vaudeville, opéra, opérette, opéra comique, féerie, ballet… Voilà qui place la cité ducale nancéenne au nombre des foyers artistiques parmi les plus anciens et riches de France, ce depuis 300 ans.

JALONS… Parmi les temps forts de cette histoire tricentenaire, quelques jalons importants de la création et de l’essor du spectacle vivant dans la cité ducale nancéenne :
A l’époque napoléonienne, avec la nouvelle gestion des salles décrétées par l’Empereur, Nancy se retrouve dans l’ombre de … Metz.
En 1884, la nomination du comédien Albert Carré (futur administrateur de l’Opéra-Comique) comme directeur du Théâtre de Nancy.
L’incendie dévastateur de 1906, juste avant la représentation de Manon de Massenet…
L’implantation alors de la troupe à la Salle Poirel… jusqu’en 1919, le temps que le nouveau théâtre soit édifié et ses derniers aménagements acceptés ; le texte présente de façon très claire comme l’architecte désigné Joseph Hornecker dut réviser le volume final des plafonds et de la toiture couronnant le bâtiment (« verrue kolossale ») qui a menacé de défigurer l’équilibre des bâtiments sur la place royale…

 
 
 

NANCY, capitale lyrique

 
 
  
 
 

opera national de lorraine opera expo livre catalogue pierre hippolyte pernet annonce critique classiquenews fevrier 2019 Nancy_Place_Stanislas_BW_2015-07-18_13-49-20_1REALISATIONS RECENTES… On remarque quelques performances remarquables, comme celle de la très jeune nancéenne Christiane Stutzmann, en 1962 dans la création mondiale de l’opéra Cyrnos d’André Ameller ; et une évolution sensible de la programmation en particulier sous la direction d’Antoine Bourseiller, à partir de 1982, avec l’abandon progressif des opérettes et opéras comiques au profit des productions lyriques, souvent créations(création française de Boulevard solitude d’HW Henze ; Perséphone d’André Bon, 1987 ; La noche triste de Jean Prodomidès, 1989…, sans omettre tout un cycle de créations françaises d’ouvrages clés : Lady Macbeth de Chostakovitch, 1989 ; Fiançailles au couvent de Prokofiev, 1992 ; surtout Billy Bud de Britten en 1993), ou nouvelles productions (pastiche d’opéras baroques conçu par Bourseiller lui-même : Didon Abbandonnata en 1987, avec deux chanteuses totalement inconnues alors, Cecilia Bartoli et Natalie Stutzmann…).

 
 
  
 
 

CLIC D'OR macaron 200Totalement restaurée en 1994, devenue « Opéra national » (en 2006 sous la direction de Laurent Spielmann), la salle du nouveau Théâtre de Nancy peut fièrement revendiquer ainsi une histoire artistique et culturelle particulièrement riche. Plus récemment, ont compté la première mise en scène d’opéra d’Olivier Py (Der Freischutz de Weber, 1999), la création mondiale de Divorce à l’italienne de Giorgio Battistelli (2008), d’éblouissantes nouvelles productions comme La Ville Morte de Korngold (2010), Artaserse de Leonardo Vinci (2012, réunissant une brochette de contre ténors contemporains : Jarousski, surtout Cencic et Fagioli)… Aucun doute, Nancy fait partie des scènes lyriques d’Europe parmi les plus audacieuses et exigeantes. En 2019, pour le centenaire du Nouveau Théâtre Hornecker, un nouveau directeur Matthieu Dussouillez prendra la direction. Une nouvelle ère, de nouveaux accomplissements devraient se préciser. L’exposition et le catalogue présenté à Nancy jusqu’au 24 février 2019, permettent aujourd’hui de contextualiser cette prise de fonction attendue.

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Opera-Trois-siecles-de-creation catalogue exposition critique annonce classiquenewsNANCY : « OPERA ! », exposition et catalogue par Pierre-Hippolyte Pénet, commissaire et auteur (éditions Snoeck
, 160 pages – ISBN 978 94 6161 512 1 – prix indicatif : 25 € ) - « OPERA ! Trois siècles de création à Nancy », exposition présentée Galerie Poirel, Nancy, jusqu’au 24 février 2019.

 
 
 

+ d’infos :
https://www.opera-national-lorraine.fr/programme/3-siecles-de-creation-a-nancy
http://www.nancy-tourisme.info/2018/11/02/opera-trois-siecles-de-creation-a-nancy/
 
 
 

LIRE aussi notre annonce de l’exposition « OPERA ! Trois siècles de création à Nancy » :
http://www.classiquenews.com/nancy-opera-exposition-opera-3-siecles-de-creation-a-nancy-9-nov-2018-24-fev-2019/