Exposition & catalogue : « Un air d’Italie » – célébration des 350 ans de l’Opéra national de Paris, jusqu’au 1er septembre 2019

exposition catalogue paris bibliotheque musee de l opera garnier paris critique annonce classiquenews un-air-d-italie-opera-de-paris-de-louis-XIV-a-la-revolution-catalogue-critique-annonce-exposition-opera-par-classiquenews-mai-sept-2019Exposition & catalogue : « Un air d’Italie » – célébration des 350 ans de l’Opéra national de Paris, jusqu’au 1er septembre 2019. Enfin une réelle mise au point sur la relation complexe, ambivalente de l’Italie et de la France sur le registre des arts du spectacle. L’une et l’autre s’influencent, se répondent souvent, mais osons dire sans chauvinisme que c’est la France qui semble synthétiser une histoire tricentenaire (depuis le début du XVIIè et les premiers essais réussis d’opéras / fabulas in musica, à Florence). A partir de Lully, au début des années 1670, c’est la France qui prend et sait intégrer les éléments étrangers à sa culture pour mieux enrichir son théâtre lyrique. Paris et la Cour de Versailles imposent un modèle bientôt repris dans l’Europe entière, où les costumes, la danse et évidemment cette déclamation particulière du français demeurent des caractères spécifiques. Lié au parcours muséographique de l’exposition présentée au Palais Garnier cet été (Bibliothèque-Musée), le catalogue explicite les évolutions de cette influence croisée en 11 chapitres / thématiques dont certains éclairent pour la première fois de façon claire et accessible, ce qui relève effectivement de la tradition baroque franco-française.

 

 

 

Exposition, catalogue

Pour les 350 ans de l’Opéra de Paris…
UN AIR D’ITALIE…

 

On y suit pas à pas les évolutions majeures du spectacle lyrique en France, depuis la fin de la Renaissance jusqu’à la Révolution, 2 siècles (XVIIè et XVIIIè) baroques traversés par des régimes successifs et toujours, la confrontation de deux esthétiques florissantes dans l’Europe qui se construit : L’Italie, mère des arts depuis le XVè (avec la première Renaissance) puis la France, état émergeant, et bientôt première puissance en Occident, avec l’avènement du Roi artiste, Louis XIV.
Ainsi de 1581 (Beaujoyeux : Ballet comique de la Reine) à 1791 (abolition du privilège de l’Opéra comme une activité exclusive)… se dessinent les rapports entre France et Italie, l’une puisant dans l’innovation de l’autre, et vice versa ; chacune exacerbant peu à peu ses propres arguments, affirmant de plus en plus ce qui les distingue : drame, mélodie, virtuosité chez Monteverdi, Cavalli, … essor du théâtre total incluant ballet et intermèdes, divertissements aux côtés d’une déclamation spécifique chez Lully puis Rameau. Ici mélange des genres comiques et héroïques, puis distinction entre buffa et seria ; avènement de la tragédie en musique, sœur de plus en plus sophistiquée et supérieure du théâtre parlé (de Corneille et Racine) ; ainsi se précise l’identité culturelle et l’imaginaire artistique de deux nations parmi les plus créatives de l’Europe moderne. Les contributions n’oublient pas les formidables interprètes qui ont su attiser les foules et renforcer l’impact de l’opéra français dans la société, véritable pop stars avant l’heure, en particulier les chanteuses qui trouvent alors des rôles à la mesure de leur talent, tant dramatique que vocal : ainsi en couverture du catalogue, la Médée de Rosalie DUPLAN lors de la reprise à l’époque de Gluck, du Thésée de Lully (en 1770 et 1778), baguette de sorcière enchanteresse à la main droite, héritage des déités baroques…

Le catalogue permet de repérer les éléments de cette évolution déterminante.

Au XVIIè, se détachent particulièrement, les jalons de cette lente mais progressive maturation du genre lyrique en France à partir du terreau italien exporté à la Cour de France : Orfeo de Rossi (1647, premier opéra italien donné à Paris) ; tragédie à machine de Corneille (Andromède de 1650) ; essor du ballet Louis XIV (ballet royal de la nuit, 1653) ; présence de Cavalli à Paris (Xerse, 1660 ; Ercole Amante, 1662) ; avènement de Lully (1673 : Cadmus, premier essai de tragédie en musique) ; Armide (1686), sommet Lullyste après l’installation de la Cour à Versailles (1682) ; L’Europe Galante, premier opéra-ballet de Campra (1697) ; puis Le carnaval de Venise du même Campra (1699) qui fusionne style français et chant italien… On voit bien comment l’opéra français comparé à son homologue italien est d’abord un acte politique : culturel, poétique, et de propagande (surtout dans le contexte versaillais au XVIIè), puis comme porté par l’abstraction des ballets (qui parfois n’ont guère de lien direct avec la trame lyrique : « divertissement »), plutôt que rompre le fil du spectacle, l’exalte plutôt, et fonde dès les XVIIIè, le principe d’un spectacle total, comptant autant pour ses décors, machineries, chanteurs, action et drame, que ballets et qualités spectaculaires d’émerveillement. Une vision universelle et hautement esthétique alors que l’opéra demeure un fait monarchique quand l’Italie, cultivant la virtuosité, les voix aiguës, agiles, et l’ivresse mélodique, a déjà en 1637, inventé l’opéra payant et publique.

Seule réserve et qui ne concerne que l’édition du catalogue, les sections thématisées imprimées sur un fond chamois qui rend la lecture du texte noir trop fin, assez illisible. L’iconographie en revanche composée de gravures, dessins, relevés d’époque est en tout point remarquable.

Parmi les thématiques pertinentes à notre avis, relevons précisément : le genre des parodies d’opéras (1672 – 1749) avec deux perles originales Ragonde et Platée ; le cas de la Forlane, une danse vraiment italienne ? ; une phalange renommée : l’orchestre de l’Opéra de Paris ; les habillements français … Et l’on comprend mieux ainsi que la confrontation des styles et des esthétiques a favorisé l’émergence et l’essor d’un art authentiquement et spécifiquement français du spectacle musical. Passionnant.

 

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CLIC_macaron_2014PARIS, Exposition & catalogue : « Un air d’Italie » – célébration des 350 ans de l’Opéra national. Bibilothèque Musée de l’Opéra, Palais Garnier de PARIS, jusqu’au 1er septembre 2019 — éditions BNF – 39 euros – N° ISBN 978 2 7118 7400 2. CLIC de CLASSIQUENEWS de l’été 2019 – 192 pages.

 

 

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LIVRE, événement. Fr. Le Roux : L’Opéra français : une question de style (Hermann, Musique)

HERMANN livres critique annonce francois le roux romain raynaldy livre critique annonce clic de classiquenews l-opera-francais-une-question-de-styleLIVRE événement, annonce. L’Opéra français : une question de style / De l’interprétation lyrique par LE ROUX François, RAYNALDY Romain (Hermann, Musique). Baryton diseur, d’une intelligibilité exemplaire, chanteur accompli c’est à dire acteur fin et habité, François Le Roux témoigne de l’intérieur : 25 opéras français qu’il a interprétés, trouvent ici un commentaire, une analyse, un regard pertinent qui s’appuie sur l’expérience. Après Le chant intime (2004), le baryton français exprime sa passion d’un certain opéra, celui sublimé quand le style est défendu, juste, naturel, pertinent (selon une prosodie naturelle). Il pose la question : comment chanter l’opéra français ? Et tente (et réussit) d’y répondre. Un témoignage d’autant plus précieux que, aujourd’hui, le style en question se perd, en particulier au sein de la nouvelle génération chez laquelle, y compris dans les plus récentes réalisations d’opéras baroques, le français devient inintelligible. Une tendance qu’il faut corriger…

 

 

 

Le chanteur François Le Roux
expose sa conception du beau chant français…

Quel style pour l’opéra français ?

 

 

 

La sélection des ouvrages permet d’établir comme un jardin idéal qui forme les piliers de ce que peut être le chant français dont la clarté, l’articulation, le sens des nuances et du phrasé, le naturel et la mesure, seraient les qualités essentielles. On y goûte comme peu, l’intelligence des analyses, la précision et la finesse des valeurs défendues, à travers des thématiques identifiées, à travers des ouvrages qui demeurent d’une richesse stimulantes pour l’interprète : « qui sont les librettistes ? », « le couple librettiste-compositeur »…
Parmi les opéras analysés, soulignons l’intérêt des présentations et commentaires dédiés à Alceste de Lully (Lully enfin rétabli, jamais trop) ; Tancrède de Campra ; Castor et Pollux de Rameau ; trois opéras de Berlioz (effet de l’année du centenaire ?) en tout cas beau rétablissement de l’écriture du grand Hector (Benvenuto Cellini, Damnation de Faust, Béatrice et Bénédicte) ; deux de Gounod (Faust, Roméo et Juliette) ; les Contes d’Hoffmann d’Offenbach ; évidemment les marronniers et les affiches qui rassurent et qui séduisent toujours (Manon et Werther de Massenet, Carmen de Bizet…) ; côté opéras du XXè, évidemment saluons le choix de Pelléas et Mélisande de Debussy (François Le Roux a chanté Pelléas puis Golaud), L’Heure espagnole et l’Enfant et les Sortilèges de Ravel ; Dialogues des carmélites et La Voix humaine de Poulenc… et aussi, perles modernes à découvrir de toute urgence, Le château des Carpates de Philippe Hersant et Verlaine Paul de Georges Boeuf… Les œuvres choisies forment ainsi comme un panthéon d’oeuvres piliers et fétiches que l’on (ré)estime avec une nouvelle acuité et un très grand plaisir.
Si le style, c’est « l’art d’ennoblir le vrai », il est surtout question de mettre en forme le verbe : seul défi du chanteur. Incarner un texte, le rendre vivant et transmettre l’émotion que l’interprète éprouve, … tout cela François Le Roux nous le rend tangible, concret, mesurable. Celui qui milite aujourd’hui pour la défense du style donc du chant français, s’inquiète des options artistiques, des compromis, des imprécisions navrantes qui dénaturent l’art au profit du spectaculaire et du divertissement… jusque sur les planches des plus grandes salles de la planète lyrique. Voici le texte d’un artiste engagé, porté par un idéal admirable. Le combat continue. Lecture incontournable.

 

 

 

 

 

 

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CLIC D'OR macaron 200LIVRE événement, annonce. L’Opéra français : une question de style / De l’interprétation lyrique par LE ROUX François, RAYNALDY Romain (Hermann, Musique).

 

 

 

http://www.editions-hermann.fr/5500-l-opera-francais-une-question-de-style-9782705694982.html

 

 

 

 

 

 

ENTRETIEN VIDEO : Roselyne Bachelot présente le coffret 3CD Salut à la France (Erato)

ENTRETIEN VIDEO avec ROSELYNE BACHELOT à propos du coffret de 3 cd “Salut à la France!” (Paru au printemps 2016 chez Erato / Warner Classics). Présentation, contenu, enjeux… Roselyne Bachelot a conçu le contenu du triple coffret édité par Erato : Salut à la France ! Un florilège de tubes et de perles qui s’adresse à tous les publics, amateurs ou connaisseurs, soucieux comme l’ex Ministre, de redécouvrir l’opéra français, majoritairement romantique, sur le seul mode du plaisir et du partage. Entretien spécial avec Roselyne Bachelot à travers l’expérience qui s’offre ainsi à l’auditeur : Propos recueillis par Philippe Alexandre PHAM © studio CLASSIQUENEWS.TV 2016

 

 

SUJET et SOMMAIRE de l’entretien avec ROSELYNE BACHELOT :

CD1 / On se donne de grands airs (1’52). De Carmen de Bizet à Fisch Ton Kan de Chabrier. La tonalité de ce premier volet est le romantisme. Et s’il fallait isoler un seul air, cela serait Le Spectre de la Rose des Nuits d’été de Berlioz (4’04).

CD2 / On s’aime (duos d’amour ou d’amitié) (6’18). Un duo se distingue ici celui de deux hommes : Carlo et Rodrigo de Don Carlo de Verdi. Leur air donne la tonalité générale de ce second volet : l’ambivalence.

CD3 / On fait la fête! (7’44). La joie est l’élément moteur de ce dernier volet, où brille le génie du plus parisien des allemands, Jacques Offenbach. Roselyne Bachelot isole un air dans cette nouvelle collection de perles lyriques : l’air de Monsieur Choufleury par Jean-Philippe Lafont (9’32).

En CONCLUSION (10’18) : le triple coffret propose une expérience de plaisir avec laquelle la conceptrice Roselyne Bachelot a souhaité selon ses goûts, réconcilier l’opéra avec les Français.

 
BACHELOT Roselyne - Salut à la France
 

CD, compte rendu critique. Félicien David : Herculanum, 1859. Deshayes, Courjal, Niquet (2 cd Palazzetto Bru Zane, 2014)

Herculanum felicien david annonce presentation critique review classiquenews aout 2015 critiqueCD, compte rendu critique. Félicien David : Herculanum, 1859. Deshayes, Courjal, Niquet (2 cd Palazzetto Bru Zane, 2014). L’opéra de Félicien David, Herculanum, fusionne spectaculaire antique, souffle épique hérité des grands oratorios chrétiens, et aussi souvenir des opéras du premier romantisme français, signés Meyerbeer, Auber, Halévy. Sans avoir l’audace visionnaire et fantastique de Berlioz (Damnation de Faust), lequel témoin de la création a regretté malgré d’évidentes qualités expressives, musicales, dramatiques, l’orchestration plutôt terne de la partition (non sans raison d’ailleurs), Herculanum méritait absolument cette recréation par le disque. Tout en servant son sujet chrétien, l’ouvrage est aussi sur la scène un formidable spectacle : riche en péripéties et en effets de théâtre (Berlioz toujours a loué le luxe des décors, aussi convaincants/impressionnants que les talents de la peinture d’histoire dont le peintre Martin, auteur fameux alors de La destruction de Ninive). Ici l’irruption du Vésuve est favorisée par Satan qui tout en fustigeant l’indignité humaine, et favorisant / condamnant le règne décadent de la reine d’Herculanum, Olympia, ne peut empêcher la pureté exemplaire des deux élus, martyrs chrétiens par leur abnégation extrêmiste, Hélios et la chrétienne Lilia. Le tableau final qui est celui de la destruction de la ville par les laves et les fumées (-un moment qui nourrit le suspens et qu’attend chaque spectateur), est aussi l’apothéose dans la mort, des deux martyrs chrétiens.

Créé en 1859, après le succès de son oratorio, Le Désert (précisément étiquetté « ode symphonique »), Félicien David accède à une notoriété justifiée que soulignera encore sa nomination à l’Institut, en 1869, à la succession de… Berlioz justement.

david felicienQue pensez d’Herculanum donc à la lueur de ce double cd ? Evacuons d’abord ce qui reste faible. Dans le déroulement de l’action, David se laisse souvent tenté par des formules standards, guère originales, ainsi le style souvent pompeux du choeur statique et pontifiant sans vrai finesse, soulignant la solennité des ensembles et des finaux… on veut bien que l’auteur précédemment stimulé pour le rituel saint simonien pour lequel il a écrit maints choeurs, se soit montré inspiré, pourtant force est de constater ici, sa piètre écriture chorale. Ainsi dans le pur style du grand opéra signé Meyerbeer, Halévy, Auber. .. David n’est pas un grand orchestrateur et malgré des duos amoureux, de grandes scènes sataniques, plusieurs situations d’intense confrontation, la plume du compositeur cherche surtout l’effet dramatique moins les scintillements troubles d’une partition miroitante. N’est pas l’égal de Berlioz  qui veut et tout orientaliste qu’il soit même ayant comme Delacroix approché, – et vécu,  de près les suaves soirées d’orient  (surtout égyptiennes), l’exotisme antique de monsieur David n’a guère de gènes en commun avec les sublimes Troyens du grand Hector. De ce point de vue, la fin spectaculaire où le Vésuve fait son éruption, est campée à grands coups de tutti orchestraux sans guère de nuances : c’est un baisser de rideau sans prétention instrumentale mais dont la déflagration monumentale convoque de fait les effets les plus rutilants de la peinture d’histoire.

 

 

 david felicien herculanum

 

 

Paris, 1859. Quand Gounod créée son Faust, David affirme sa théâtralité lyrique dans Herculanum… 

Noir et somptueux Nicolas Courjal, Satan de braise

Voilà pour nos réserves. Concrètement cependant, en véritable homme de théâtre, David se montre plus convaincant dans duos et trios, nettement plus intéressants. Celui ou la reine Olympia séduit et envoûte Helios sous la houlette de Satan (III) n’est pas sans s’identifier -similitude simultanée- au climat mephistophélien de la séduction et de l’hypnose cynique  tels qu’ils sont traités et magnifiés dans Faust de Gounod (également créé en mars 1859). Postérieur à Berlioz, le satanisme de David s’embrouille cependant par une écriture souvent formellement académique : là encore, le génie fulgurant du grand Hector ou l’intelligence de transitions dramatique de Gounod lui manquent.

Néanmoins, musicalement la caractérisation des protagonistes saisit par sa justesse et sa profondeur. Olympia est un superbe personnage plein d’assurance séductrice : une sirène royale (c’est la reine d’Herculanum), instance arrogante mêlant pouvoir et magie : elle a jeté son dévolu sur Helios (voir sa grande scène de séduction)… conçu pour le contralto rossinien Borghi-Mamo, le rôle est avec Satan, le plus captivant de la partition : décadent, manipulateur, cynique. Ductile et habitée, la mezzo Karine Deshayes trouve la couleur du personnage central.

A contrario, la pure Lilia a l’intensité de la vierge chrétienne appelée aux grands sacrifices (son Credo est la vraie déclaration d’une foi sincère qui donne la clé du drame : après la mort, l’immortalité attend les croyants) : elle forme avec son fiancé Helios,  le couple héroïque exemplaire de cette fresque antique conçue comme une démonstration des vertus chrétiennes. Même usé, le timbre de la soprano Véronique Gens d’une articulation à toute épreuve, campe la vierge sublime avec un réel panache.

En Helios coule le sang des traîtres sympathique, c’est un pêcheur fragile et coupable trop humain pour être antipathique : sa faiblesse le rend attachant;  il a le profil idéal du pêcheur coupable, toujours prêt à expier, s’amender, payer la faute que sa faiblesse lui a fait commettre. C’est la proie idéale de la tentation, qui tombe dans les rets tendus par Olympia et Satan au III. Duo enflammé d’un très fort impact dramatique et contrepointant le couple des élus Helios / Lilia, le duo noir, Olympia/Satan est subtilement manipulateur, néfaste.  D’une articulation tendue et serrée, surjouant en permanence, le style du ténor Edgaras Montvidas finit par agacer car il semble expirer à chaque fin de phrase. … tout cela manque de naturel et d’intelligence dans l’architecture du rôle; du moins eût-il été plus juste de réserver tant de pathos concentré en fin d’action quand le traître coupable, terrassé, embrasé, exhorte Lilia à lui pardonner son ignominie.

COURJAL Nicolas-Courjal1-159x200Véritable révélation ou confirmation pour ceux que le connaissaient déjà, le baryton  basse rennais Nicolas Courjal (né en 1973) éblouit littéralement dans le double rôle de Nicanor (le proconsul romain, frère d’Olympia) puis surtout de Satan : métal clair et fin,  timbré et naturellement articulé, le chanteur sait nuancer toutes les couleurs du lugubre sardonique, trouvant ce cynisme dramatique glaçant et séducteur qui demain le destine à tous les personnages goethéens / faustéens, sa couleur étant idéalement méphistophélienne : une carrière prochaine se dessine dans le sillon de ce Satan révélateur  (évidemment Mephistopheles de La Damnation de Faust de Berlioz), sans omettre le personnage clé du Diable aux visages multiples comme chez David, dans Les Contes d’Hoffmann. Au début du IV, son monologue où Satan démiurge suscite ses cohortes d’esclaves marcheurs, démontre ici plus qu’un interprète intelligent et mesuré : un diseur qui maîtrise le sens du texte (“l’esclave est le roi de la terre. .. »). Magistrale incarnation et l’argument le plus convaincant de cette réalisation.

Vivante et nerveuse souvent idéalement articulée (Pas des Muses du III), la baguette d’Hervé Niquet démontre constamment  (écoutez cette musique méconnue comme elle est belle et comme j’ai raison de la ressusciter), et il est vrai que l’on se laisse convaincre mais il y manque une profondeur, une ivresse, de vraies nuances qui pourraient basculer de la fresque académique à la vérité de tableaux humainement tragiques. Maillon faible, le choeur patine souvent, reste honnête sans plus, certes articulé mais absent et curieusement timoré aux points clés du drame. Au final, un couple noir (Olympia et Satan) parfait, nuancé, engagé ; un chef et un orchestre trop poli et bien faisant ; surtout des choeurs et un Hélios (dont on regrette aussi le vibrato systématisé et uniformément appuyé pour chaque situation), trop absents. Néanmoins, malgré nos réserves, voici l’une des gravures les plus intéressantes (avec La mort d’Abel, Thérèse, les récentes Danaïdes) de la collection de déjà 10 titres « Opéra français / French opera » du Palazzetto Bru Zane.

 

 

CD, compte rendu critique. Félicien David : Herculanum, 1859. Karine Deshayes (Olympia), Nicolas Courjal (Nicanor / Satan), Véronique Gens (Lilia)… Flemish Radio Choir, Brussels Philhamronic. Hervé Niquet, direction (2 cd Palazzetto Bru Zane, 2014). Enregistré à Bruxelles en février et mars 2014.