LA BELLE HELENE (Paris, 1864) / Jacques Offenbach : vaudeville sublimé

offenbach jacques portrait opera operette 1704981-vive-offenbachLA BELLE HELENE (Paris, 1864) / Jacques Offenbach : vaudeville sublimé. Davantage encore qu’Orphée aux enfers (18580 véritable triomphe qui assoit sa célébrité et son génie sur les boulevards parisiens, La Belle Hélène est plus encore symptomatique de la société insouciante, flamboyante, un rien décadente du Second Empire : créé au Théâtre des Variétés le 17 déc 1864, l’ouvrage sous couvert d’action mythologique, est une sévère et délirante critique de la société d’alors, celle des politiques corrompus (ici le devin Calchas vénal), des cocottes alanguies, des sbires insouciants, irresponsables et doucereux (Oreste, Agamemnon)… l’humour voisine souvent avec le surréalisme et le fantasque, mais toujours Offenbach sait cultiver un minimum d’élégance qui fait basculer le fil dramatique dans l’onirisme et une certaine poésie de l’absurde ; même ses profils, pour caricaturaux qu’ils sont, ont une certaine profondeur : le berger Pâris rencontre l’épouse du roi de Sparte, Ménélas : Hélène ; les deux sont foudroyés par l’amour et fuient à Troie : l’Iliade a commencé et la guerre des grecs contre les troyens est déclenchée. Les deux rôles tendres de Paris et d’Hélène ont été abondamment incarnés par de grands chanteurs d’opéra. Sur les traces d’Hortense Schneider, diva adulée (et plus) par Offenbach, Jessye Norman a chanté le rôte-titre, révélant sous la charge comique et parodique, une grâce et un raffinement délectables. Parmi les personnages hauts en couleurs, citons Achille en héros niais, Agamemnon (roi de Mycènes et frère de Ménélas), goujat bien épais, d’une conformité ennuyeuse ; Ménélas, petit bourgeois étriqué, très lâche, d’une niaiserie phénoménale ; Oreste en prince dispendieux et futile… La vacuité et l’arrogance sont à tous les étages…idéalement manipulée par le couple de complices inattendus : Jupiter et Pâris. En somme une critique de la société parisienne, toujours aussi respectable aujourd’hui. La verve du geste critique, l’élégance et la séduction des mélodies (d’une rare sensualité…nostalgique), la place du choeur, souvent mordant, sagace, l’esprit d’Offenbach pour l’action millimétrée (il n’a jamais lésiné sur le temps des répétitions de son vivant pour régler la réalisation en détail) font ce chef d’oeuvre qui unit exceptionnellement satire et poésie, profondeur et délire cocasse, tendresse et absurde. Subtile comme peu, le compositeur renouvelle le vaudeville, transplante en milieu lyrique, sa séduction linguistique, sa conversation fluide dans le chant revivifé. Cultivé, Offenbach sait son affaire : Rossini, Gluck et même Wagner (qu’il connaît totalement dont Tannhaüser) sont tous épinglés, parodiés méticuleusement : l’hymne à la nuit de Pâris et Hélène plonge dans les eaux extatiques et nocturnes de Tristan und Isolde (quasi contemporain : 1865). Les flons flons et la mécanique comique souvent mis en lumière chez lui, sont les moindres effets d’un Offenbach particulièrement expert. L’opéra bouffe français gagne ses lettres de noblesse avec l’écriture d’un Offenbach, fin connaisseur, maître des genres.

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Hervé : Les Chevaliers de la Table Ronde, 1866. Recréation

herve opera chevaliers table ronde critique annonce review classiquenews 1 20151122-chevaliers-4Bordeaux. Hervé : Les Chevaliers de la table ronde : à partir du 22 novembre 2015. Création lyrique de novembre. La Table ronde d’Hervé réunit une galerie de portraits déjantés qui égratigne le profil des vertueux soldats du Graal… Pour faire rire, Hervé en vrai rival d’Offenbach n’hésite pas à parodier, détourner, mais avec finesse et subtilité. Les Chevaliers de la Table ronde, créé en 1866, est le premier volet des opérettes / opéra bouffes d’Hervé ; suivront L’Œil crevé, Chilpéric et Le Petit Faust. L’ouvrage prend prétexte des aventures arturiennes, de Lancelot ou Merlin pour déployer tout un nouvel imaginaire fortement inspiré par le fantastique et l’esprit de féérie dans le style médiéval. Hervé inaugure un comique délirant et potache, surréaliste et féerique dont la veine poétique annonce « Sacré Graal » des Monty Python.

Hervé : le vrai rival d’Offenbach

herve chevaliers table ronde opera herve critique review annonceEn vrai rival d’Offenbach dont Hervé connaît bien les ficelles pour en avoir chanter les rôles, l’ouvrage ainsi révélé, souligne la force et la cohérence d’une écriture dramatique souvent irrésistible : les nombreux personnages secondaires (dont les quatre chevaliers « ridicules ») impose sur la scène un spectacle ambitieux, capable de rivaliser avec les productions de l’Opéra-Comique contemporaines. Hervé s’y montre maître des quatre registres familiers à l’Opéra-Comique : la parodie (des genres sérieux, de la musique étrangère), la vitalité rythmique, une virtuosité décalée, une grande richesse mélodique immédiatement.

Dans la suite du style troubadour, depuis le Second moire qui s’intéresse aux citations historicistes dont le néogothique (souvent assimilé au registre sacré ou mystique), le Moyen Age est une forte source de fascination et de créativité musicale : chez Hervé, aux côtés des chevaliers souvent potaches ou parodiés (Rodomont, Roland et même le « sage » Merlin y sont fragilisés, et bien peu responsables), se distingue à l’inverse, l’intelligence des femmes :  Mélusine, Totoche, Angélique qui chacune à sa manière, incarne les caractères de l’expressivité féminine: l’amour, la jalousie, la cupidité, la sensualité. La production est la première mise en scène du machinsite et décorateur d’Olivier Py, Pierre-André Weitz.

En génie de l'opérette romantique : Hervé ressuscite

 

 

 

 

 

boutonreservationLes Chevaliers de la table ronde d’Hervé à Bordeaux
Création le 22 novembre 2015 à l’Opéra National de Bordeaux
Du 22 au 27 novembre à l’Opéra National de Bordeaux
Les 22 (15h), 23, 25, 26, 27 novembre 2015, 20h
Opéra-bouffe en 3 actes créé en 1866
Paroles de Henri Chivot & Alfred Duru
Musique de Florimond Ronger dit Hervé (1825-1892)
Version pour treize chanteurs et douze instrumentistes

 

 

et dans de nombreuses salles en France, à l’occasion d’une tournée événement : 35 dates en France, Belgique et Italie, jusqu’en mars 2016.

Direction musicale : Christophe Grapperon
Mise en scène : Pierre-André Weitz
Assisté de Victoria Duhamel

 

Avec Damien Bigourdan (le Duc Rodomont), Antoine Philippot (Sacripant), Arnaud Marzorati (Merlin), Manuel Nuñez Camelino (le jeune ménestrel Médor), Ingrid Perruche (la duchesse Totoche), Lara Neumann (Angélique), Chantal Santon-Jeffery (la magicienne Mélusine), Clémentine Bourgoin (Fleur de neige), Rémy Mathieu (Roland), David Ghilardi (Amadis),Théophile Alexandre (Lancelot), Jérémie Delvert (Renaud), Pierre Lebon (le Danois Ogier)…

Compagnie LES BRIGANDS
(avec les musiciens de l’Orchestre National de Bordeaux Aquitaine du 22 au 27 novembre)