Cendrillon de Noureev Ă  l’OpĂ©ra Bastille

nourrev-cendrillon-prokofiev-ballet-critique-danse-paquette-dec-2018-opera-bastille-classiquenewsARTE, Prokofiev : Cendrillon, ballet, le mardi 24 déc 2019, 23h30.  Le célèbre conte de Charles Perrault est mis en musique par le russe Sergueï Prokofiev en 1944, en un ballet de 3 actes. Prokofiev est alors un auteur adulé, depuis m’immense succès de son précédent ballet, Roméo et Juliette, écrit dans un style postclassique. Dédié à Tchaikovsky, le nouveau ballet reste la partition la plus occidentale de son auteur. Ici le ballet à l’affiche de l’Opéra de Paris (encore en janvier et juin 2019) développe l’action dans un décor de cinéma où dans la mise en scène de Rudof Noureev, paraissent plusieurs citations des héros du 7e art américain propre aux années 1930. Voilà donc Cendrillon sous le prisme hollywoodien, revivifée sous les spotlights de La La Land. La fée marraine est le producteur et le prince charmant, un acteur vedette, star du cinéma. La pauvre servante chez elle, voit ses rêves s’accomplir. Une histoire qui rappelle celle de Noureev : jeune Tatar devenu star internationale. Dans le choix de cette production, le Ballet de l’Opéra de Paris rend hommage à Rudolf Noureev qui fut son directeur de 1983 à 1989. Au moment des 350 ans de l’institution lyrique et chorégraphique parisienne, c’est aussi un rappel de l’une des écritures chorégraphiques qui a marqué son histoire au XXè. Conductor / chef : Vello Pähn  -  Orchestre Pasdeloup.

 

En replay sur ARTE concert jusqu’au 21 mai 2020.

 

 

 

arte_logo_2013Ballet de l’Opéra de Paris : Valentine Colasante (Cendrillon), Karl Paquette (la star), Ludmila Pagliero, Dorothée Gilbert (les deux soeurs), Aurélien Houette (la mère), Alessio Carbone (Le producteur), Paul Marque (le professeur de danse), Marion Barbeau (le printemps), Émilie Cozette (l’été), Sae Eun Park (l’automne), Fanny Gorse (l’hiver), Nicolas Paul (le réalisateur), Francesco Mura (son assistant), Pierre Rétif (le père).  Chorégraphie : Rudolf Noureev d’après Charles Perrault  -  Durée : 2h50 (deux deux entractes)  -  Filmé sur le vif , Opéra Bastille, Paris, Déc 2018

 

 

 

 

Livres. Les Grandes Étoiles du XXème siècle (Buchet Chastel)

Livres. Les Grandes Étoiles du XXème siècle (Buchet Chastel). La vie d’une ” Ă©toile ” de la danse (le terme a Ă©tĂ© crĂ©Ă© pendant l’occupation par Serge Lifar), au sommet de ses possibilitĂ©s, ne dure guère plus de 30 ans : c’est un papillon magnifique qui transcende l’instant avec cette habile combinaison entre haute technicitĂ©, style, Ă©lĂ©gance, et parfois une puissante expressivitĂ© celle plus rare, d’un vrai tempĂ©rament tragique ou pathĂ©tique. Les rĂ´les des ballets romantiques surtout offrent en effet des possibilitĂ©s rĂ©elles pour les danseurs qui sont aussi acteurs.

Les grandes étoiles du XXe siècle. Gérard Mannoni
grandes_etoiles_XXeme_siecleVoici donc le trop court portrait de 50 artistes mĂ©morables ayant marquĂ© l’histoire de la danse au XXème siècle soit par le seul pouvoir de leur interprĂ©tation soit aussi comme maĂ®tres de ballet et comme chorĂ©graphes… Tous, russes, français, britanniques, italiens… ont Ă©bloui sur la scène du monde chorĂ©graphique Ă  la Scala de Milan, au Royal ballet de Londres, au Palais Garnier et Ă  Bastille Ă  Paris… 
Pour chaque hommage Ă©vocation, comportant le portrait photographique des intĂ©ressĂ©s, l’auteur retrace les principales Ă©tapes de sa vie et de sa carrière, tout en analysant les spĂ©cificitĂ©s de son art.
Parmi les anciens, souvent devenus lĂ©gendaires : Carlotta Zambelli nĂ©e en 1875, qui bissait avec quel Ă©clat, les pizziccati de Sylvia, sommet de la musique chorĂ©graphique et romantique française signĂ©e Delibes ; Isadora Duncan nĂ©e en 1877, pionnière absolue d’une modernitĂ© dont sont redevables aussi LoĂŻe Fuller, Martha Graham… ; les divinitĂ©s russes Pavlova, surtout Karsavina nĂ©e en 1885 (muse poĂ©tique qui fit la grandeur des Ballets Russes de Diaghilev) ; mais aussi les hommes eux aussi acteurs d’une modernitĂ© encore admirable, souvent danseurs ET chorĂ©graphes tel Vaslav Nijinski (nĂ© en 1889 dont la carrière fut aussi brĂŞve que gĂ©nial, entre autres au sein des Ballets Russes…) ; Fred Astaire (nĂ© en 1899 : un dieu plus du cinĂ©ma que de la danse classique mais adulĂ© des grands du XXè tel Roland Petit); les anglais racĂ©s Ă©lĂ©gantissimes  Anton Dolin (nĂ© en 1904) ou Anthony Dowell (nĂ©e en 1943, le partenaire de Noureev dans le film Valentino); Serge Lifar (1905-1986) qui choisi par RouchĂ© en 1930, assura Ă  Paris, la gloire toujours vacillante du Ballet parisien pendant l’occupation ; ce sont Ă©videmment les Russes triomphants comme Noureev ou Barychnikov… sans omettre Yvette ChauvirĂ©, Margot Fonteyn, et plus proches de nous encore, Patrick Dupont nĂ© 1959 (et sa carrière fulgurante Ă©courtĂ©e), Charles Jude, Agnès Letestu, Elizabeth Platel, Laurent Hilaire, Nicolas Le Riche … c’est Ă  dire les plus grand danseurs solistes du ballet de l’OpĂ©ra de Paris. MĂŞme si la place manque toujours pour un panthĂ©on aussi abondant en stars et Ă©toiles, il est inimaginable qu’une danseuse de l’importance de Marie-Agnès Gillot ne figure pas ici. Un autre volume s’impose Ă©videmment tant celui ci, Ă©crit par un passionnĂ© accessible de la danse classique, stimule l’imaginaire et suscite l’envie d’en connaĂ®tre davantage sur chaque interprète ainsi Ă©voquĂ©. Publication incontournable.

Liste exhaustive des artistes prĂ©sents, par ordre d’apparition (et de date de naissance) dans le livre : Carlotta Zambelli – Isadora Duncan - Anna Pavlova - Tamara Karsavina – Vaslav Nijinski - La Argentina - Olga Spessivtseva - Fred Astaire - Anton Dolin - Serge Lifar - Kazuo Ohno - Galina Oulanova – Alicia Markova - Yvette ChauvirĂ©. – Margot Fonteyn – Rosella Hightower – Alicia Alonso – Serge Golovine - Zizi Jeanmaire – MaĂŻa PlissetskaĂŻa - Eric Bruhn – Claude Bessy - Antonio Gades - Carla Fracci - Rudolf Noureev – Natalia Makarova - Vladimir Vassiliev - Cyril Atanassoff – Ghislaine Thesmar – Anthony Dowell - NoĂ«lla Pontois – Suzanne Farrell – Peter Martins - Jorge Donn – MikhaĂŻl Barychnikov - Dominique Mercy - Charles Jude - Elisabeth Platel - Patrick Dupond – Isabelle GuĂ©rin - Laurent Hilaire - Alessandra Ferri – Manuel Legris – Sylvie Guillem - Julio Bocca - JosĂ© Martinez - Agnès Letestu - Tetsuya Kamakawa - Nicolas Le Riche - Uliana Lopatkina - AurĂ©lie Dupont - Roberto Bolle – Svetlana Zakharova

Livres. Les Grandes Étoiles du XXème siècle (Buchet Chastel). Série : Les Grands Interprètes. Date de parution : 16 janvier 2014. Format :14 x 20,5 cm, 360 p., 23.00 €. ISBN 978-2-283-02713-4

Compte-rendu : Paris. Palais des Congrès, le 1er juin 2013. Gala Noureev & Friends. Orchestre Pasdeloup. Olga Jegunova, piano. Valery Ovsianikov, direction

Nureyev portraitLe Palais des Congrès annonce une soirĂ©e vraiment extraordinaire. ” Noureev & Friends ” est un gala de danse sous le patronage de la Fondation Rudolf Noureev, cĂ©lĂ©brant le 75e anniversaire de la naissance du danseur icĂ´nique. Pour l’Ă©vĂ©nement, une quinzaine d’Étoiles des meilleures compagnies de ballet dans le monde interprètent des extraits de chorĂ©graphies liĂ©es Ă  Noureev. L’Orchestre Pasdeloup assure  la partie musicale sous la direction du chef Russe Valery Ovsianikov.

 

 

Souvenirs de Noureev

 

Charles Jude, actuel directeur du Ballet de l’OpĂ©ra National de Bordeaux crĂ©e le programme de la soirĂ©e avec David Makhateli, ancien danseur Étoile du Royal Ballet. Le programme très complet prĂ©sente les diffĂ©rent facettes de l’art de Noureev ; le chorĂ©graphe, certes, mais aussi le danseur lĂ©gendaire, reprĂ©sentant par excellence de l’hĂ©ritage classique ainsi que l’artiste assoiffĂ© de modernitĂ©. Les prestations sont entrecoupĂ©es par des tĂ©moignages vidĂ©os d’une beautĂ© rare et particulièrement touchants. Ainsi Mikhail Baryshnikov partage avec un public Ă©mu, le fait que Rudolf lui manque et qu’il pense Ă  lui tous les jours de sa vie… Nous partageons ce sentiment Ă  100%.

Les danseurs du Ballet National de Bordeaux commencent la soirĂ©e avec la Petite Mort de JirĂ­ Kylián. Nous avons vu et apprĂ©ciĂ© la reprise du ballet lors des Quatre Tendances ce printemps Ă  l’OpĂ©ra National de Bordeaux.

Ce soir, nous avons le plaisir d’entendre un Orchestre Pasdeloup immaculĂ© et le piano sensible d’Olga Jegunova dans les mouvements lents des concertos pour piano n° 21 et 23 de Mozart. Dans ce sens, l’ambiance est encore plus sensuelle et les danseurs paraissent plus expressifs et cohĂ©sifs.

CohĂ©sion et complicitĂ© s’accordent Ă  l’entrain et Ă  l’athlĂ©tisme de Maia Makhateli et Remi Wörtmeyer du Ballet National de Hollande, dans Two pieces for Het du chorĂ©graphe Hollandais Hans Van Manen. Ils font preuve d’un tempĂ©rament Ă  la fois imposant et dĂ©contractĂ© dans les deux pièces ; lui avec une sensualitĂ© et une virtuositĂ© trĂ©pidante ; elle, avec une personnalitĂ© Ă©lectrique.

Puis paraĂ®t non sans dĂ©lices, un pas de deux de La Sylphide, dans la chorĂ©graphie d’August Bournonville rarement programmĂ©e en France. Rudolf Noureev affectionnait particulièrement ce ballet de l’École Danoise. Iana Salenko et Marian Walter du Ballet de l’OpĂ©ra d’État de Berlin l’interprètent. La grâce infinie du couple se distingue très nettement, et notamment les beaux sauts et les impeccables entrechats de Marian Walter en James. Si Paris est peu habituĂ©e aux galas, elle est moins encore habituĂ©e aux ballets de Bournonville. Nous aimerions voir davantage les merveilles du style Bournonville en France, avec son Ă©paulement singulier, sa pantomime raffinĂ©e, sa batterie exquise.

Exquise est aussi la prestation de Tamara Rojo, Étoile incroyable du Royal Ballet et de l’English National Ballet, oĂą elle exerce aussi la direction artistique.  D’abord dans le pas de deux de la chambre du ballet Manon de MacMillian oĂą l’Orchestre Pasdeloup est rayonnant dans la musique somptueuse de Massenet. Tamara Rojo forme un couple ravissant avec son partenaire Federico Bonelli du Royal Ballet. Elle est tellement passionnĂ©e et passionnante dans sa performance… Son style captive par son engagement Ă©motionnel et son sens de l’abandon. Tout comme dans Marguerite et Armand, crĂ©Ă© spĂ©cialement pour Rudolf Noureev et Margot Fonteyn par le chorĂ©graphe Sir Frederick Ashton. L’occasion est rare et donc d’autant plus apprĂ©ciĂ©e de voir ce bijou chorĂ©graphique particulièrement Ă©mouvant. Le couple avec Robert Pennefather du Royal Ballet est de mĂŞme très beau, lui avec des lignes particulièrement Ă©lĂ©gantes.

L’Ă©lĂ©gance et l’excellence sont aussi au rendez-vous en ce qui concerne Myriam Ould-Braham et Mathias Heymann, Étoiles du Ballet de l’OpĂ©ra de Paris. Elle impressionne avec ses pointes irrĂ©prochables, une prĂ©sence et un charisme irrĂ©sistible dans le pas de deux de Raymonda, version Noureev. Ici ils dĂ©bordent de brio lors des variations et la coda n’est pas moins que gĂ©niale. Mathias Heymann interprète Ă©galement le solo Manfred, chorĂ©graphie rare et intense de Noureev. Le danseur français offre une prestation puissante et dramatique. Il tient l’audience en haleine avec son envol et ses sauts. La performance des deux est Ă  la hauteur de l’occasion et fait sans doute honneur au Ballet de l’OpĂ©ra de Paris.

Tout Ă  fait honorable est aussi Evgenia Obrazstova, Étoile du BolchoĂŻ. Pendant le pas de deux de La Belle au Bois dormant, elle est spectaculaire. Ses mouvements sont pleins de grâce, sa technique est parfaite ;  son expression d’une immense musicalitĂ©. Nous sommes totalement Ă©blouis par la majestĂ© et la subtilitĂ© de sa danse.

L’oeuvre qui clĂ´t le programme n’est autre que le fameux pas de deux du ballet de Petipa Le Corsaire (il s’agĂ®t Ă  l’origine d’un pas de trois). La pièce de bravoure et de virtuositĂ© est pour toujours liĂ©e Ă  Noureev, devenu cĂ©lèbre dans son adolescence en l’interprĂ©tant. Aleksandra Timofeeva du Ballet du Kremlin et Vadim Muntagirov de l’English National Ballet la dansent ce soir. Le jeune couple est Ă  couper le souffle. Lui avec ses manèges Ă©poustouflants, elle avec ses 29 fouettĂ©s enflammĂ©s. C’est la cerise de virtuositĂ© d’un gâteau d’art très bien pensĂ©.

Saluons l’initiative de la Fondation Rudolf Noureev, et l’engagement de son Ă©quipe artistique. Les danseurs extraordinaires, le programme gĂ©nĂ©reux et diversifiĂ©, l’orchestre Pasdeloup plus brillant que jamais, ont fait de cet hommage Ă  Noureev un moment inoubliable. Le dvd de ce gala mĂ©morable est annoncĂ© courant 2014.

Paris. Palais des Congrès, le 1er juin 2013. Gala Noureev & Friends. Orchestre Pasdeloup. Olga Jegunova, piano. Valery Ovsianikov, direction.

TchaĂŻkovski : Le Lac des Cygnes (Noureev, 1984)

cygnes_lac_noureev_tchaikovskiARTE. TchaĂŻkovski: le Lac des cygnes, le 29 dĂ©cembre 2013, 16h55. AchevĂ©e en 1876, la partition du ballet Le Lac des Cygnes de Tchaikovski tĂ©moigne de la volontĂ© du compositeur de confĂ©rer au ballet, une ampleur et un raffinement symphonique. S’inspirant des compositeurs spĂ©cialisĂ©s comme Adam (Giselle), Delibes (Coppelia) dont il connaĂ®t le gĂ©nie mĂ©lodique, TchaĂŻkovski apporte un souffle Ă©pique et tragique inĂ©dit au ballet romantique.

 

 

Le premier ballet symphonique russe

 

 

noureev_lac_cygnes_rudolf_noureevLe Lac des cygnes est le premier ballet du musicien russe qui Ă©crira ensuite Casse Noisette et La Belle au bois dormant avec une cohĂ©rence renforcĂ©e. A l’Ă©poque du Lac, le chorĂ©graphe pressenti Julius Reisinger, plutĂ´t classique et conservateur, ne travaille pas avec le compositeur : il est mĂŞme dĂ©concertĂ© par la modernitĂ© de la partition, son ampleur et son trop grand raffinement orchestral. Sans ĂŞtre un Ă©chec, la crĂ©ation de 1877 au BolchoĂŻ, reste une humiliation pour Tcha¨kovski, certainement trop en attente.
Les reprises au dĂ©but des annĂ©es 1880 confirme l’impact du Lac auprès des spectateurs. Après la mort de Piotr Illiytch (1893), la nouvelle chorĂ©graphie signĂ©e Petipa (et son adjoint Ivanov) en 1895 apporte un nouveau souffle au premier ballet symphonique russe.

Noureev chorégraphe
Rêve-cauchemar entre fantastique et féerie

La version de Noureev conçue en 1984 pour l’OpĂ©ra de Paris souligne la caractère hautement tragique du ballet : l’impuissance du prince Siegfried, la malĂ©diction du magicien Rothbart contre Odette, emprisonnĂ©e dans son corps de cygne.  La figure noire d’Odile offre aussi un contrepoint très dramatique (solo, duos et trios au III) Ă  l’intrigue. Noureev imagine Siegfried, possĂ©dĂ© par ses rĂŞves et fantasmes oĂą l’idĂ©al fĂ©minin reste inaccessible. Seul, dĂ©truit, vaincu par Rothbart en fin d’action, Siegfried tend une main impuissante face au spectacle des deux amants rĂ©ellement rĂ©unis : Odile qui l’a trompĂ© et Rothbart qui s’Ă©lèvent, libĂ©rĂ©s, dans le ciel…
C’est l’une des lectures du ballet les plus cohĂ©rentes et les plus captivantes. Elle s’inscrit mĂŞme dans le drame intime du compositeur qui homosexuel dĂ©chirĂ© a voulu croire dans l’espoir d’un mariage vouĂ© Ă  l’Ă©chec. De fait, TchaĂŻkovski ne se remettra jamais rĂ©ellement de ses noces ratĂ©es qui dĂ©bouche sur une course aux abĂ®mes… Odile le cygne blanc incarne une union rĂŞvĂ©e qui lui est interdite. Et dans la vision de Noureev, le prince ne peut que finir fou en fin d’action. EpurĂ© des figures non efficaces, rĂ©Ă©crit en particulier pour les solos des figures masculines (Siegfried et Rothbart), Le Lac version Noureev raconte un rĂŞve (les 2 tableaux des 32 cygnes blancs sur le lac : deux tableaux blancs qui synthĂ©tisent la tradition des tableaux illusoires Ă  la fois fantastiques et fĂ©eriques, au I et au III), rĂŞve qui tourne au cauchemar et Ă  la folie. La figure du prince est fatalement passive et impuissante : c’est la confession pour TchaĂŻkovski de la fatalitĂ© Ă  laquelle il se soumet malgrĂ©. C’est la clĂ© tragique de toute son oeuvre, perceptible dans la dramaturgie de ses opĂ©ras (OnĂ©guine) et de ses Symphonies.
 
TchaĂŻkovski
Le lac des Cygnes
1877, version Noureev, 1984

Arte, dimanche 29 décembre 2013, 16h55
OpĂ©ra de Paris, 2011 avec JosĂ© Martinez, Karl Paquette, Agnès Letestu dans les rĂ´les de Siegfried, Rothbart, Odile/Odette…). La version diffusĂ©e par Arte ne rĂ©unit pas la meilleure distribution possible Ă  Paris : certes les trois solistes ne manquent pas d’Ă©lĂ©gance ni de technique mais la virtuositĂ© souvent froide et mĂ©canique de Martinez et de Letestu n’empĂŞchent pas un caractère dĂ©sincarnĂ© qui Ă´te Ă  la vision essentiellement passionnĂ©e et introspective de Noureev sa troublante attractivitĂ©. De toute Ă©vidence, on attend une distribution plus fulgurante.

  

Compte rendu, ballet. Paris. OpĂ©ra Bastille, le 5 dĂ©cembre 2013. « La Belle au bois dormant ». Rudolf Noureev / Nureyev, chorĂ©graphie et mise en scène (d’après Petipa). Piotr Tchaikovsky, musique. Mathieu Ganio

Le Ballet de l’OpĂ©ra National de Paris revisite le grand ballet classique La Belle au bois dormant, dans la somptueuse production de Rudolf Nureev d’après Petipa crĂ©Ă©e en 1989 et remaniĂ©e en 1997. C’est sur la scène de l’OpĂ©ra Bastille, un festin chorĂ©graphique luxueux et inoubliable.

 

 

Ĺ’uvre phare de la danse classique

 

Belle au bois dormant tchaikovski noureevRudolf Nureev (1938 – 1993), phĂ©nomène de la danse au XXe siècle et ancien directeur du ballet de l’OpĂ©ra de Paris, entreprend Ă  la fin de sa vie de faire rentrer au rĂ©pertoire parisien les grands ballets classiques qu’il a travaillĂ© en Russie. Nous pouvons aujourd’hui nous dĂ©lecter dans la grandeur acadĂ©mique de ces ballets grâce Ă  l’hĂ©ritage de Noureev. La Belle au bois dormant, deuxième ballet de Tchaikovsky et première collaboration avec le maĂ®tre de ballet Marius Petipa, est une Ĺ“uvre que Noureev connaissait très bien. Il s’agĂ®t non seulement du premier ballet qu’il interprète en France avant sa dĂ©fection, avec le ballet du Kirov (aujourd’hui Mariinsky), mais aussi le premier qu’il interprète après sa demande d’asile. Dans son souci de remonter les Ĺ“uvres de Petipa en Occident, il crĂ©e la Belle d’abord en Italie, au Canada, en Angleterre et puis en Autriche avant qu’elle n’arrive finalement Ă  Paris. La ville a dĂ» attendre pourtant jusqu’Ă  1997 pour une nouvelle production, dĂ©finitive, avec les somptueux dĂ©cors d’Ezio Frigerio et les bellissimes costumes de Franca Squarciapino. Ces talents concertĂ©s ont crĂ©Ă© un spectacle qui ensorcelle le public, incapable en l’occurrence de rester insensible et silencieux devant les tableaux qui s’enchaĂ®nent, certes d’une immense beautĂ©.

Le ballet en un prologue et trois actes est inspirĂ© du conte de Charles Perrault. Une princesse tombe dans un sommeil inĂ©luctable Ă  cause de la mĂ©chancetĂ© d’une fĂ©e. Seule le baiser d’un prince la rĂ©veillera. La narration est mince mais riche en couleurs, s’agissant en effet d’un ballet dĂ©monstratif. Occasion parfaite pour les solistes et le corps de ballet de l’OpĂ©ra de briller dans l’Ă©criture si parfaite et si exigeante de Noureev et Petipa. Le corps de ballet offre une performance spectaculaire. Que ce soit les serviteurs de la fĂ©e Carabosse au prologue, les fileuses mignonnes ou sujets du royaume au premier acte, oĂą encore les pierres prĂ©cieuses au dernier, ils sont tous charmants et conscients des subtilitĂ©s de l’œuvre… Une pantomime rĂ©ussie, une coordination impressionnante, les talents des danseurs du corps dans ce diamant de la danse classique fait rĂŞver !

Mathieu Ganio, Etoile, est le Prince DĂ©sirĂ©. Le danseur d’une noblesse et d’une Ă©lĂ©gance saisissante est probablement le meilleur prince de la compagnie. Si nous devons patienter jusqu’au deuxième acte pour le voir rentrer sur scène, l’attente est sans doute bien rĂ©compensĂ©e. Très rapidement nous sommes conquis par la beautĂ© de sa ligne, sĂ©duits par son attitude aristocratique mais sensible et surtout impressionnĂ©s par la qualitĂ© de son ballon. S’il est juste un peu tremblant au pas de deux final, sa variation lente au deuxième acte (un des heureux ajouts de Noureev) est un sommet de poĂ©sie, d’expression, de tension. La nouvelle Etoile Eleonora Abbagnato est moins convaincante dans le rĂ´le de la Princesse Aurore. Nous nous demandons s’il Ă©tait peut-ĂŞtre prĂ©cipitĂ© de lui confier ce rĂ´le si technique et si difficile pour cette première? Ses traits caractĂ©ristiques, une vivacitĂ©, un piquant Ă  la fois moderne et mĂ©diterranĂ©en, sont pourtant absents. Si elle demeure quand mĂŞme charmante pendant les trois heures de reprĂ©sentation, l’adage Ă  la rose au premier acte, un des sommets de virtuositĂ© dans l’histoire de la danse classique, est malheureusement bancal. Elle se rattrape lĂ©gèrement pour le pas de deux final, surtout dans sa variation, mais le couple princier est bien inĂ©gal.

Remarquons l’Oiseau Bleu de l’Etoile Mathias Heymann, avec des sauts formidables et des impeccables entrechats, ou encore le premier danseur Audric Bezard, l’or des pierres prĂ©cieuses au dernier acte. Sa performance a Ă©tĂ© exemplaire, lui aussi avec de superbes entrechats et une allĂ©chante prĂ©sence sur scène. RĂ©vĂ©lation de l’annĂ©e 2014 ? Fayçal Karoui dirige l’orchestre de l’OpĂ©ra National de Paris avec aisance. La magnifique partition de Tchaikovsky est interprĂ©tĂ©e de façon magistrale et enjouĂ©e.

 

 

Un vĂ©ritable cadeau pour tous les sens ! Nous invitons nos lecteurs Ă  baigner dans la grandeur de ce « ballet des ballets » encore Ă  l’affiche Ă  l’OpĂ©ra Bastille les 10, 11, 13, 15, 16, 20, 21, 23, 25, 26, 27, 28 et 29 dĂ©cembre 2013 ainsi que les 2, 3, et 4 janvier 2014.

 

 

Paris. OpĂ©ra National de Paris (Bastille), le 5 dĂ©cembre 2013. « La Belle au bois dormant » ballet en un prologue et trois actes. Rudolf Nureyev, chorĂ©graphie et mise en scène (d’après Petipa). Piotr Tchaikovsky, musique. Mathieu Ganio, Myriam Ould-Braham, Mathias Heymann, Audric Bezard… Ballet de l’OpĂ©ra. Orchestre de l’OpĂ©ra. Fayçal Karoui, direction.

 

 

Télé,Arte, ce soir: Don Quichotte de Noureev, 20h45

Télé,Arte, ce soir: Don Quichotte de Noureev, 20h45

Ballet filmé

Le Don Quichotte de Noureev

Arte, vendredi 4 janvier 2013 Ă  20h50

O6ApuyjMRD_201313SKAU355K9TCervantès inspire Noureev. En 1981, Noureev qui danse le rĂ´le de Basile dans sa nouvelle chorĂ©graphie, entre autres dĂ©jĂ  applaudie alors Ă  l’OpĂ©ra de Vienne, fait entrer le ballet Don Quichotte Ă  l’OpĂ©ra de Paris: c’est un nouveau choc esthĂ©tique, alliant grâce, ardeur, souplesse, nervositĂ©. Dans les dĂ©cors inspirĂ© de Goya, les Ă©toiles 2012: Karl Paquette, DorothĂ©e Gilbert, Marie-Agnès Gillot et Ludmila Pagliero rĂ©activent la beautĂ© d’un spectacle devenu emblĂ©matique de l’art français de la danse, dĂ©fendu par le Corps de Ballet de l’OpĂ©ra national de Paris.

Don Quichotte. ChorĂ©graphie de Noureev d’après Petipa. OpĂ©ra Bastille, dĂ©cembre 2012. Musique Ludwig Minkus. Kevin Rhodes, direction musicale. En lire +