ARTE, ven 9 juillet 2021, 22h30. MOZART : Le Nozze di Figaro, L de Beer, Th Hengelbrock (Aix 2021)

Mozart Wolfgang portrait par classiquenews -by-Croce-1780-81ARTE, ven 9 juillet 2021, 22h30. MOZART : Le Nozze di Figaro, L de Beer, Th Hengelbrock (Aix 2021). Depuis le ThĂ©Ăątre de l’ArchevĂȘchĂ©, l’opĂ©ra de Mozart mis en scĂšne par Lotte de Beer et dirigĂ© par Thomas Hengelbrock,  est prĂ©sentĂ© comme « l’évĂšnement du festival d’Aix 2021 ». Il est vrai que depuis ses dĂ©buts, Aix qui a souhaitĂ© devenir le Salzbourg français, programme chaque annĂ©e au moins un opĂ©ra mozartien. Avec la soprano Julie Fuchs (Susanna), le trĂšs convaincant AndrĂš Schuen (baryton dans le rĂŽle titre de Figaro), la mezzo-soprano venue du baroque, Lea Desandre (dans le rĂŽle travesti de Cherubino, bouleversante incarnation du dĂ©sir).

SYNOPSIS : la Rosine du Barbier de SĂ©ville (Rossini) est devenue la comtesse Almaviva. Libertin et volage voire amoral, son mari poursuit de ses assiduitĂ©s Barberina, la fille de son jardinier, mais Ă©galement la camĂ©riste de son Ă©pouse, Susanna que Figaro, le valet du comte, s’apprĂȘte Ă  Ă©pouser
 pourtant la gouvernante Marcellina compte bien empĂȘcher ces Noces annoncĂ©es, en vertu d’une promesse d’épousailles que lui fit jadis le mĂȘme Figaro
 Jamais l’esprit subversif de Beaumarchais (auteur de la piĂšce originelle) n’avait trouver meilleure mise en musique que chez Mozart.

MOZART : les Nozze di Figaro
OPERA BUFFA EN QUATRE ACTES
LIVRET DE LORENZO DA PONTE INSPIRÉ DE LA COMÉDIE DE BEAUMARCHAIS, LE MARIAGE DE FIGARO
CRÉÉ LE 1ER MAI 1786 AU BURGTHEATER DE VIENNE

Direction musicale : Thomas Hengelbrock
Mise en scĂšne : Lotte de Beer
AprĂšs AĂŻda de Verdi, prĂ©sentĂ© Ă  l’OpĂ©ra de Paris en fĂ©vrier 2021, Lotte de Beer aborde ainsi Mozart, faisant ainsi ses dĂ©buts Ă  Aix.
ARTE, ven 9 juillet 2021, 22h30. MOZART : Le Nozze di Figaro, à l’antenne et sur arteconcert.com

Distribution

Il Conte di Almaviva : Gyula Orendt
La Contessa Almaviva : Jacquelyn Wagner
Cherubino : Lea Desandre*
Marcellina : Monica Bacelli
Il Dottor Bartolo : Maurizio Muraro
Don Basilio / Don Curzio : Emiliano Gonzalez Toro*
Barbarina : Elisabeth Boudreault
Antonio : Leonardo Galeazzi

*ancien et anciennes artistes de l’AcadĂ©mie
Nouvelle production à l’affiche du festival d’Aix 2021, du 30 juin au 16 juil 2021
https://festival-aix.com/fr/evenement/les-noces-de-figaro

James GRAY met en scĂšne les Nozze de Mozart

Mozart Wolfgang portrait par classiquenews -by-Croce-1780-81PARIS, TCE. MOZART: Nozze par James GRAY, 1er nov – 8 dĂ©c 2019. Le cinĂ©aste amĂ©ricain James Gray, bien connu pour soigner en particulier le profil psychologique de ses personnages, comme le tableau final qui les abandonne Ă  leur destin, rĂ©ussira-t-il Ă  renouveler notre perception des Nozze de Figaro de Mozart et Da Ponte, eux-mĂȘme inspirĂ©s par Beaumarchais ? Dans le trop court film d’annonce, Ă©ditĂ© sur le site du TCE, James Gray explique pourquoi il a dit oui Ă  cette aventure qui l’éloigne du cinĂ©ma, son territoire naturel. Lunettes d’intellos, faux air de mal rasĂ© sorti de son lit, – en rĂ©alitĂ© trĂšs new-yorkais, mais passionnĂ© par l’opĂ©ra, le rĂ©alisateur veut rendre hommage Ă  une partition et une piĂšce lyrique qu’il trouve « presque parfaite » 

GRAY, de l’espace Ă  l’opĂ©ra
NĂ© en 1969 (il a eu donc 50 ans en avril 2019), l’amĂ©ricain (d’origine ukrainienne) nĂ© Ă  New York, James Gray met en scĂšne Les Noces de Figaro du do mythique Mozart et Da Ponte. Adolescent, il a dĂ©sertĂ© les bancs de l’école pour occuper la rangĂ©e de fauteuil au cinĂ©ma, connaissant toutes l’histoire du genre et se passionnant aussi pour la littĂ©rature russe (Dostoievski en particulier et aussi Tolstoi) : il adapte au cinĂ©ma le sens d’une narration souvent Ă©pique, mais a le souci de la psychologie intime : ce qui le place comme le plus europĂ©en des rĂ©alisateurs amĂ©ricains.

PremiĂšre au TCE, Paris

James Gray met en scĂšne MOZART

De la psychologie autant que de l’action. Le rĂ©alisateur s’est taillĂ© une trĂšs solide rĂ©putation au cinĂ©ma avec des films devenus cultes : Little Odessa conçu Ă  25 ans en 1994 et qui remporte le lion d’argent de Venise (chronique noire et familiale dans un quartier dont il a parfaitement connu l’ambiance et les dangers ; The Yards (2000, autre Ă©pisode noir qui dĂ©crit la maffia newyorkaise) ; la nuit nous appartient (2007), Two lovers (2008), surtout The Immigrant (2013 dont l’hĂ©roĂŻne incarnĂ©e par Marion Cotillard Ă©voque la lente descente aux enfers d’une jeune polonaise dĂ©barquant Ă  New York) ; puis c’est le chef d’Ɠuvre absolu, illustration d’un rĂȘve personnel et esthĂ©tique qui adapte The Lost City of Z (2016), dramaturgie progressive qui comme dans The Immigrant, converge peu Ă  peu vers l’éblouissement saisissant du dernier tableau, vĂ©ritablement composĂ© comme une peinture d’histoire. Aucun doute alors, James Grey est non seulement un grand narrateur, c’est aussi un esthĂšte. Puis en 2019, le cinĂ©aste renouvelle le genre SF depuis Alien, avec Ad Astra (vers l’étoile). Moins connu (et compris) aux USA qu’en Europe, James Gray a la passion de l’opĂ©ra. RĂ©ussira-t-il son premier coup Ă  Paris en dĂ©cembre prochain ? A t il la fibre mozartienne ?

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PARIS, TCEboutonreservation
29 nov , 1er, 3, 5, 7, 8 décembre 2019
6 représentations
Infos et réservations
https://www.theatrechampselysees.fr/la-saison/opera-mis-en-scene/les-noces-de-figaro

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DISTRIBUTION
Glysleïn Lefever: chorégraphie
Christian Lacroix: costumes
Bertrand Couderc: lumiĂšre
Anna Aglatova: Suzanne
Robert Gleadow: Figaro
Stéphane Degout: Le Comte Almaviva
Vannina Santoni: La Comtesse Almaviva
Eléonore Pancrazi: Chérubin
Carlo Lepore: Bartolo
Jennifer Larmore: Marceline
Florie Valiquette: Barberine
Mathias Vidal: Basilio
Matthieu LĂ©croart: Antonio
Rodolphe Briand: Curzio

Le Cercle de l’Harmonie
Unikanti :  Gaël Darchen, direction

Jérémie Rhorer: direction
James Gray: mise en scĂšne
Santo Loquasto: scénographie

Opéra chanté en italien, surtitré en français et en anglais
DurĂ©e de l’ouvrage 2h40 environ

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mozart wolfgangMozart suit les pas de Beaumarchais : il n’oublie rien des enjeux de chaque protagoniste, 5 entitĂ©s parfaitement caractĂ©risĂ©es ; ni le contexte français de la RĂ©volution qui couve : un climat de rĂ©bellion et de libertĂ© Ă  tout craint qui exalte les dĂ©sirs et les pulsions de chacun
 VoilĂ  pourquoi tout tend ici Ă  l’implosion, en particulier des codes d’une sociĂ©tĂ© (celle monarchiste) passablement inĂ©galitaire et injuste. Tous sans exception souffre : les valets, Suzanne et Figaro, soumis Ă  des rĂšgles Ă©culĂ©es qui les renvoient toujours Ă  leur « bassesse » sociale ; le Comtesse jouisseur invĂ©tĂ©rĂ© qui comme Don Giovanni, « tourne en rond » ; la Comtesse son Ă©pouse, aussi frustrĂ©e, abandonnĂ©e que nĂ©gligĂ©e


Outre les dĂ©fis et les attentes que suscitent le choix d’un metteur en scĂšne de cinĂ©ma dans la rĂ©alisation de cette nouvelle production, le chef requis, mozartien diversement apprĂ©ciĂ© chez Mozart, JĂ©rĂ©mie Rhorer poursuit son approche du thĂ©Ăątre mozartien au TCE (aprĂšs Idomeneo, La ClĂ©mence de Titus, Cosi fan tutte et Don Giovanni, ces nouvelles Nozze sont donc le cinquiĂšme opus dirigĂ© avenue Montaigne, avec son ensemble Le Cercle de L’Harmonie sur instruments d’époque). Mais autant « d’expĂ©rience » saurait-elle Ă©galer l’excellente et rĂ©cente maĂźtrise mozartienne d’un autre chef Mathieu Herzog et son fabuleux collectif Appassionnata (rĂ©vĂ©lĂ©s dans une fabuleuse triologie symphonique, porutant trĂšs dĂ©licate; les 38, 39 et 40Ăšmes symphonies de Mozart, cimes orchestrales pour tout chef digne de ce nom ?
Parmi les chanteurs Ă  suivre particuliĂšrement, la Comtesse de la soprano Vannina Santoni, dĂ©jĂ  remarquĂ©e Ă  l’OpĂ©ra de Tours (XX), dans un rĂ©cital Beethoven et Mozart avec le Palais royal (le temps des hĂ©ros)
 La chanteuse saura-t-elle exprimer toute le dĂ©sarroi et la solitude de Rosina, hier courtisĂ©e par Belfiore, aujourd’hui devenue Ă©pouse dĂ©laissĂ©e ? De mĂȘme, le Cherubin de la pĂ©tillante ElĂ©onore Pancrazi dans le rĂŽle de Cherubin


Vendredi 22 novembre 2019, 18h30
Rencontre avec Erik Orsenna, auteur de Beaumarchais, un aventurier de la liberté, Jérémie Rhorer, directeur musical, James Gray, cinéaste et metteur en scÚne, Frédéric Bonnaud, directeur général de la CinémathÚque française.

EntrĂ©e libre – Inscription obligatoire ICI
https://billetterie.theatrechampselysees.fr/selection/event/date?productId=101500458435

France Musique diffuse cet opéra le 28 décembre à 20h

Compte-rendu, opéra. Toulouse, Capitole, le 17 avril 2016. Mozart : Les Nozze di Figaro. Attilio Cremonesi, direction. Marco Arturo Marelli, mise en scÚne.

Cette admirable production datant de 2008 trouve sa plĂ©nitude grĂące Ă  une distribution d’une Ă©quilibre proche de la perfection entre beautĂ© vocale et jeux scĂ©nique, vivant et naturel. L’esprit buffa si particulier Ă  Mozart et Da ponte trouve son apogĂ©e lors de ces reprĂ©sentations. Il est rare de bĂ©nĂ©ficier Ă  l’opĂ©ra d’un tel sens thĂ©Ăątral y compris durant les airs. Tout est vie et mouvement dans cette folle journĂ©e. GrĂące Ă  un travail en profondeur, chaque personnage est campĂ© avec humour et tendresse. Les dĂ©cors sont sobres, les costumes flamboyants et les Ă©clairages sculptent l’espace avec un lever et coucher de soleil sur les deux airs de la comtesse, puis la lune dans le jardin, dĂ©limitant le nycthĂ©mĂšre.

 

Admirable équilibre entre musique et théùtre

 

 

 

Mozart noces nozze capitole toulouse avril 2016 review critique classiquenews

 

 

Le Comte de Lucas Meachem est peut ĂȘtre le plus rĂ©ussi car ce personnage est trop souvent ingrat. La haute stature du chanteur, son charme personnel, une sorte d â€˜Ă©nergie canalisĂ©e mais pas toujours lissĂ©e en font un noble aussi irritant qu’attachant. Ses maladresses sont pleines de charmes et l’élĂ©gance est toujours lĂ . La voix est magnifique de projection, large et puissante quand il le veut et la tenue de sons pianos trĂšs souples, donne beaucoup dâ€˜Ă©motion Ă  ses priĂšres Ă  la Comtesse. L’humour de son jeux lui permet de toujours gagner la sympathie du public ce qui est assez rare dans ce rĂŽle. En filigrane se devine un futur Baron Ochs, du Chevalier Ă  La Rose qui devrait ĂȘtre passionnant. Il forme avec la Comtesse de Nadine Koutchner un couple cohĂ©rent. MĂȘme large stature vocale, mĂȘme qualitĂ© de timbre, et chez elle, un legato et des pianissimi qui tiennent du rĂȘve Ă©veillĂ©. La grĂące de cette Comtesse, mais aussi sa capacitĂ© Ă  s’animer et s’encanailler avec Suzanne est pleine de jeunesse. Son regret de ses amours n’est pas plaintif mais rĂ©crimination d’un fort tempĂ©rament amoureux frustrĂ©.

Les Noces de Figaro ne comprend pas vraiment de personnage principal; c’est l’équilibre entre tous qui fait le succĂšs de l’opĂ©ra. En mettant en scĂšne un couple comtale plus jeune, plus sympathique et plus vif, tout le thĂ©Ăątre semble rehaussĂ© d’un cran. Ainsi Figaro est particuliĂšrement latin et intelligent. Toujours en mouvement. Le Jeune Dario Solari peut compter sur une Ă©nergie peu commune. La voix est ronde, le jeu de l’acteur est virtuose et son charme Ă  quelque chose de  fĂ©lin. L’étoffe d’un Don Juan se fait jour. Anett Fritsch, sa Suzanne, est du vif argent. La tendresse et la passion l’habitent avec une rare intensitĂ©. Le timbre est clair et beau. Son jeu est admirable. Elle a tout d’une trĂšs grande Suzanne, d’ailleurs elle sera Suzanne au festival de Salzbourg cet Ă©tĂ©.

Ingborg Gillebo est une Cherubin dĂ©licat et sĂ©duisant. Le jeu est suffisamment vivant pour ĂȘtre sinon naturel du moins trĂšs convaincant. La voix est bien conduite et le timbre agrĂ©able. Un ChĂ©rubin adolescent encore fragile et pas encore certain de sa sĂ©duction pourtant rĂ©elle. La Marcelline de Jeanette Fischer est remarquable. Elle campe vocalement et scĂ©niquement un personnage inoubliable et attachant. Son air au milieu du public est un moment d’anthologie. La large voix de Dimitry Ivashchenko (Bartolo) et son jeux extraverti lui permettent de donner corps et prĂ©sence Ă  son rĂŽle. Il arrive avec humour a le rendre sympathique. Le Don Basile de Gregory Bonfatti est crĂ©dible et trĂšs prĂ©sent vocalement dans les ensembles. Elisandra Melian en Barberine est un peu sous employĂ©e. Le timbre est un corsĂ© pour le rĂŽle et le tempĂ©rament scĂ©nique un peu trop Ă©nergique loin de l’ingĂ©nue habituelle. Tiziano Braci campe un Antonio cauteleux Ă  souhait. Il ressort de l’admirable travail de Marco Arturo Marelli une sympathie pour chaque rĂŽle. Chaque personnage va vers son bonheur Ă  sa maniĂšre et partant d’un Ă©tat va se trouver changĂ© en une journĂ©e. Il n’y a pas de vrai « mĂ©chant », belle leçon d’ humanitĂ© en somme!

Le choeur du Capitole a est admirable de présence vocale et scénique. Le soin apporté aux costumes par Dagmar Niefind et crées  au théùtre Real de Madrid  est incroyable jusque dans celui des choeurs.
L’orchestre en cordes et bois baroques est trĂšs prĂ©sent. Le chef adopte des tempi plutĂŽt vifs et la thĂ©ĂątralitĂ© se dĂ©roule comme par Ă©vidence . Le temps est suspendu et le spectacle avance avec beaucoup de vie. Les couleurs de l’orchestre sont trĂšs belles surtout les bois et les cuivres. Le tandem Robert Gonella au pianoforte et Christopher Waltham au violoncelle forme un  continuo vivifiant . Le fait de monter les musiciens hauts dans la fosse a l’avantage de renforcer la cohĂ©sion scĂšne/fosse qui est parfaite mais provoque une trop forte prĂ©sence des cordes graves au dĂ©triment des violons, du moins au parterre. Cette forte prĂ©sence de l’orchestre qui Ă©quilibre Ă  mon sens la thĂ©ĂątralitĂ© bouillonnante de la mise en scĂšne n’a pas Ă©tĂ© du gout de certains. Pour ma part l’orchestre mozartien et un vrai partenaire et parfois un personnage Ă  part entiĂšre et j’ai beaucoup aimĂ© l’équilibre obtenu par Attilio Cremonesi. Les Noces est Ă  mon avis l’opĂ©ra du Trio Da Ponte qu’il a dirigĂ© au Capitole  celui qui lui rĂ©ussi le mieux.
Ce chef d ‘Ɠuvre a fait salle comble avec refus de spectateurs potentiels. Le respect et la vitalitĂ© de cette production, son Ă©quilibre rare entre chant et thĂ©Ăątre, le travail d â€˜Ă©quipe exemplaire qui est perceptible, en fait un des plus beaux spectacles du Capitole. Cette reprise est bienvenue et n’ayant pas pris une ride je me rĂ©jouis d’imaginer revoir un jour cette belle production. .

 

 

 

Compte-rendu, opĂ©ra. Toulouse, Capitole, le 17 avril 2016. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Les Nozze di Figaro. Opera buffa en quatre actes de Lorenzo Da Ponte, d’aprĂšs La Folle JournĂ©e ou le Mariage de Figaro de Beaumarchais ; crĂ©Ă© le premier mai 1786 Ă  Vienne. Coproduction avec l’OpĂ©ra de Lausanne (2008). Avec :  Lucas Maechem, le Comte Alamaviva. Nadine Koutchner, La Comtesse Almaviva. Dario Solari, Figaro. Anett Fritsch, Susanna. Ingeborg Gillebo, Cherubino. Jeanette Fischer, Marcellina. Dimitry Ivaschenko, Bartolo. Gregory Bonfatti, Don Basilio. Mikeldi Atxalandabaso, Don Curzio. Elisandra Melian, Barberina. Tiziano Bracci, Antonio. Zena Baker, Marion CarrouĂ©, deux dames. Choeur du Capitole, direction : Alfonso Caiani. Orchestre  National du Capitole de Toulouse. Attilio Cremonesi, direction musicale. Mise en scĂšne et scĂ©nographie : Marco Arturo Marelli. Collaborateur Ă  la mise en scĂšne, Enrico de Feo. Costumes, Dagmar Niefind. LumiĂšres, Friedrich Eggert. Photo : David Herrero

 

 

 

Compte rendu, opĂ©ra. La Rochelle. La Coursive, le 18 novembre 2015. Mozart : Le nozze di Figaro, opĂ©ra en quatre actes sur un livret de Lorenzo Da Ponte tirĂ© de la piĂšce d’Auguste Caron de Beaumarchais : Le mariage de Figaro ou la folle journĂ©e. Yuri Kissin, Figaro ; Camille Poul, Susanna ; Thomas DoliĂ©, il conte d’Almaviva ; Diana Axentii, la contessa d’Almaviva
 Orchestre Les Ambassadeurs. Alexis Kossenko, direction

Mozart : Les Noces de Figaro. L'opĂ©ra des femmes ?Ayant migrĂ© de l’hĂŽtel Saint-Nicolas, oĂč nous avons rencontrĂ© deux des chanteurs de la distribution, vers La Coursive, le thĂ©Ăątre de La Rochelle, nous avons pris place dans la grande salle oĂč, Ă  notre arrivĂ©e, les musiciens s’installaient dans la fosse l’un aprĂšs l’autre pour accorder leurs instruments. La reprĂ©sentation de ce mercredi 18 novembre est la quatriĂšme d’une tournĂ©e qui compte vingt quatre dates dont plusieurs Ă  l’Ă©tranger. Pour ce dĂ©but de tournĂ©e, Emmanuelle De Negri initialement invitĂ©e pour chanter le rĂŽle de Susanna est remplacĂ©e par la jeune soprano Camille Poul.

Noces pétillantes à La Rochelle

La mise en scĂšne de ces Noces de Figaro a Ă©tĂ© confiĂ©e au bulgare Galin Stoev. S’il transpose l’action dans une SĂ©ville qui se situe quelque part au XXe siĂšcle, la direction d’acteurs et la scĂ©nographie sont dĂ©cortiquĂ©s scĂšne par scĂšne. Ainsi le caractĂšre et la personnalitĂ© de chaque personnage apparaĂźt dans leurs gestes et attitudes. Ainsi les sentiments contradictoires du quatuor principal ne transparaissent pas seulement dans leur chant mais aussi sur leurs visages; Les personnages secondaires ne sont pas oubliĂ©s pour autant. La volontĂ© d’ingĂ©rence de Basilio dans les affaires d’autrui est plus visible que de coutume, le bĂ©gaiement de Curzio est exagĂ©rĂ©ment accentuĂ©. Quant au couple Marcellina/Bartolo, il est Ă  la fois parfaitement retors et totalement humain; et si ChĂ©rubin est un incorrigible dragueur, il n’oublie pas de rester un adolescent ; il en est de mĂȘme pour Barberine. Pour autant la scĂšne du mariage a telle bien sa place dans une piscine, aussi factice soit elle ? Si certains costumes, comme le pantalon orange de Basilio ou l’ensemble dĂ©tonnant de Marcellina, sont parfois un peu voyants, ils correspondent plutĂŽt bien aux personnages (costume/cravate, robe et tablier de soubrette, ensemble bleu 
).

Les dĂ©cors sont assez rĂ©ussis et les cabines en plexiglass amovibles qui permettent d’accentuer encore les situations en permettant aux personnages d’aller et venir Ă  volontĂ© : le comte qui court aprĂšs tout ce qui a une jupe, ChĂ©rubin incorrigible garnement, Susanna rangeant le linge de sa patronne, la comtesse languissante et rĂ©voltĂ©e, secouĂ©e par le rĂ©cit de sa servante se fondent bien dans l’ensemble… Pendant toute la soirĂ©e, on voit que l’intense travail de rĂ©pĂ©tition avec les chanteurs de la distribution porte ses fruits. Quant aux vidĂ©os qui jalonnent la production, elles ne sont pas toujours trĂšs heureuses : quelle Ă©trange idĂ©e d’associer ChĂ©rubin Ă  une gymnaste rĂ©alisant un exercice au ruban pendant le «Non so piu cosa son, cosa faccio». Un peu Ă©tonnante aussi l’idĂ©e de reprendre des images du mariage du prince Charles et de lady Diana lorsque la comtesse chante «Porgi Amor»; en effet, quitte Ă  reprendre des images de grand mariage, il en existe sans doute de plus appropriĂ©es qu’un mariage royal.

Sur le plateau, la distribution rĂ©unie est jeune, dynamique, soudĂ©e. Dans le rĂŽle de Figaro c’est le jeune Yuri Kissin qui a Ă©tĂ© invitĂ© par les responsables de la tournĂ©e; d’origine russe, Yuri Kissin possĂšde une voix ronde, chaude, large, chaleureuse, Ă  la tessiture large qui correspond parfaitement au rĂŽle. Le jeune baryton assume crĂąnement un rĂŽle difficile comprenant trois grands airs chantĂ©s avec une assurance et une maĂźtrise remarquables. La Susanna de Camille Poul est une jeune femme de caractĂšre; dĂ©terminĂ©e Ă  ne pas se laisser mener par le bout du nez, que ce soit par Figaro ou par le comte, elle n’hĂ©site pas Ă  s’allier avec sa patronne puis avec Marcellina, aprĂšs que cette derniĂšre ait reconnu en Figaro, son fils enlevĂ© quand il Ă©tait bĂ©bĂ©; Susanne est une femme de caractĂšre qui agit pour obtenir ce qu’elle veut : Ă©pouser l’homme qu’elle aime. On ne peut que saluer la trĂšs belle performance de la jeune soprano qui remplaçant Emmanuelle de Negri au pied levĂ© ; elle a appris le rĂŽle et la mise en scĂšne quasiment en une dizaine de jours. La voix de la jeune femme est ferme et parfaitement maĂźtrisĂ©e aussi bien dans l’air des pins que dans les ensembles. La dĂ©couverte de la soirĂ©e est bien Diana Axentii dans le rĂŽle de la Comtesse; l’artiste d’origine moldave qui avait jusqu’Ă  tout rĂ©cemment menĂ© une belle carriĂšre de mezzo (elle a dĂ©jĂ  chantĂ© le rĂŽle de ChĂ©rubin dans d’autres productions), change de tessiture et de rĂ©pertoire. Il s’agit donc pour elle d’une prise de rĂŽle trĂšs importante, plutĂŽt rĂ©ussie dans l’ensemble mĂȘme s’il y a quelques micro-coupures dans les airs et des aigus pas toujours trĂšs nets. NĂ©anmoins la jeune femme affronte avec beaucoup d’aplomb un rĂŽle qui lui correspond. Un jeune talent Ă  suivre. Face Ă  la comtesse d’Axentii se trouve un autre jeune baryton : Thomas DoliĂ©; lui aussi montre une santĂ© insolente et son comte est arrogant. Son dĂ©sir fou pour la servante de son Ă©pouse et sa morgue en diable le conduisent cependant droit dans le piĂšge que les deux femmes lui tendent pour se venger de son outrecuidance. Si dans les ensembles, il s’impose aisĂ©ment, DoliĂ© chante l’air qui lui est dĂ©volu «Hai gia vinta la causa? 
 Vedro mentr’io sospiro» sans la moindre faiblesse, Ă  l’Ă©gal des plus grands : finesse, puissance, nuances. Dans les rĂŽles secondaires, saluons le ChĂ©rubin juvĂ©nile d’Ambroisine BrĂ© (toujours Ă©tudiante au Conservatoire de Musique et de Danse de Paris). SalomĂ© Haller et FrĂ©dĂ©ric Caton campent de trĂšs beaux Marcellina et Bartolo; quant Ă  Eric Vignau, dont nous avons Ă  plusieurs reprises saluĂ© le talent de comĂ©dien, il est inĂ©narrable en Don Basilio et Don Curzio. HĂ©lĂšne Walter est une Barberine Ă  la fois pĂ©tillante et Ă©mouvante; son «L’ho perduta» est joliment chantĂ©.

Dans la fosse, l’orchestre Les Ambassadeurs avec son chef et fondateur Alexis Kossenko se distinguent. Excellent musicien, le chef a fait travailler ses chanteurs et son orchestre avec une prĂ©cision et une rigueur inĂ©galables; chaque mesure, chaque page de la partition est dĂ©cortiquĂ©e, Ă©tudiĂ©e et reprise sans rĂ©pit jusqu’Ă  ce que le chef obtienne le rĂ©sultat souhaitĂ©. En effet, ainsi que nous le disait Eric Vignau dans le courant de l’aprĂšs midi, Alexis Kossenko est trĂšs attachĂ© au respect de la partition et «nous faisait travailler et retravailler jusque dans les silences de nos personnages.». Le rĂ©sultat dĂ©passe les espĂ©rances du jeune chef dont les musiciens suivent la battue prĂ©cise, claire, dynamique.

La rĂ©union de tous ces talents autour des Noces de Figaro donne naissance Ă  une production trĂšs rĂ©ussie : de belles et jeunes voix prometteuses associĂ©es aux vĂ©tĂ©rans que sont Eric Vignau et FrĂ©dĂ©ric Caton, un chef exigeant et talentueux et une mise en scĂšne menĂ©e tambour battant par Galin Stoev qui rĂ©alise lĂ  sa premiĂšre approche d’un opĂ©ra.

Compte rendu, opĂ©ra. La Rochelle. La Coursive, le 18 novembre 2015. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Le nozze di Figaro, opĂ©ra en quatre actes sur un livret de Lorenzo Da Ponte tirĂ© de la piĂšce d’Auguste Caron de Beaumarchais Le mariage de Figaro ou la folle journĂ©e. Yuri Kissin, Figaro, Camille Poul, Susanna, Thomas DoliĂ©, il conte d’Almaviva, Diana Axentii, la contessa d’Almaviva, Ambroisine BrĂ©, Cherubino, FrĂ©dĂ©ric Caton, Bartolo/Antonio, SalomĂ© Haller, Marcellina, Eric Vignau, Don Basilio/Don Curzio, HĂ©lĂšne Walter, Barbarina. Orchestre Les Ambassadeurs. Alexis Kossenko, direction. Galin Stoev, mise en scĂšne, Alban Ho Van, scĂ©nographie, Dephine Brouard, costumes, Elsa Revel, lumiĂšres, ClĂ©ment Debailleul, vidĂ©o.

Ce soir sur Arte, 20h45 : Dorothea Röschmann chante la Comtesse

arte_logo_2013Ce soir sur Arte, Dorothea Röschmann chante Mozart… Divine Mozartienne. Hier Ă©blouissante Susanna, ardente, juvĂ©nile, la soprano Dorothea Röschamnn consacrĂ©e Ă  Salzbourg comme subtile mozartienne, chante ce soir sur Arte, en direct de Berlin, la Comtesse des Noces de Figaro de Mozart. Rosina est devenue la Comtesse Almaviva : hier courtisĂ©e, aimĂ©e, dĂ©sirĂ©e, elle est dĂ©sormais une Ă©pouse respectable et rangĂ©e mais nĂ©gligĂ©e par son mari le Comte plus excitĂ© Ă  l’idĂ©e de conquĂ©rir sa soubrette Susanna justement… Ame tendre et nostalgique d’un temps rĂ©volu, la Comtesse Almaviva se dĂ©sespĂšre puis fomente un complot bien troussĂ© pour piĂ©ger l’inconstance de son Ă©poux… avec la complicitĂ© de Figaro et de sa future Ă©pouse Susanna, femme humiliĂ©e et serviteurs libertaires donnent une leçon d’humanisme et respect au despote domestique… les Noces sont morales… mais pour combien de temps ?

 

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Sous la baguette de l’impĂ©tueux vĂ©nĂ©zuĂ©lien Gustavo Dudamel que l’on connaĂźt moins en chef lyrique, la soprano Dorothea Röschmann chante la Comtesse des Noces de Figaro de Mozart en direct de Berlin.
dudamel-gustavo-maestro-classiquenews-presentation-review-critique-account-of-arte_logo_2013Arte. En direct : Les Noces de Figaro de Mozart. Vendredi 13 novembre 2015. Gustavo Dudamel, direction.  En direct du Staatsoper im Schiller Theater Unter der linden de Berlin, le vĂ©nĂ©zuĂ©lien actuel direction musical du Los Angeles Philharmonic, Gustavo Dudamel, l’élĂšve le plus douĂ© et le plus mĂ©diatisĂ© du Sistema vĂ©nĂ©zuĂ©lien s’essaie (enfin) Ă  la direction lyrique en pilotant la Staatskapelle de Berlin. AprĂšs ses rĂ©alisations rĂ©ussies, toutes enregistrĂ©es par Deutsche Grammophon (Symphonie de Mahler en particulier), le jeune maestro joue de la baguette opĂ©ratique dans le sommet sentimental de Mozart et da Ponte d’aprĂšs Beaumarchais. La Folle JournĂ©e mozartienne trĂ©pigne d’une indicible excitation, que rendent explicite les airs de ChĂ©rubin, jeune cƓur Ă©perdu bientĂŽt enrĂŽlĂ© (mais si troublĂ© par la Comtesse) … Lire notre prĂ©sentation complĂšte des Noces de Figaro de Mozart avec Dorothea Röschmann

 

 

 

Dorothea_Ro_schmann_Mozart_Arias_Sony_Classical_Daniel_HardingCD, compte rendu critique. Dorothea Röschmann : Mozart Arias (1 cd Sony classical). Le timbre mĂ»r, Ă©loquent, charnel et aussi trĂšs investi de la soprano allemande Dorothea Röschmann (nĂ©e en Allemagne, Ă  Flensbourg en juin 1967) nous touche infiniment : depuis sa coopĂ©ration avec RenĂ© Jacobs dans des rĂ©alisations qui demeurent Ă©blouissantes (Alessandro Scarlatti: Il Primo Omicidio, entre autres – pilier de toute discographie pour les amoureux d’oratorios et d’opĂ©ras baroques du XVIIĂš), la chanteuse sait colorer, phraser, nuancer et surtout articuler le texte comme peu, avec une intelligence de la situation qui Ă©claire son sens de la prosodie. Un chant intĂ©rieur, souvent embrasĂ© qui la conduit naturellement aux emplois lyriques Ă©videmment mozartiens. LIRE notre compte rendu critique du CD MOZART Arias par Dorothea Röschmann

 

En direct sur Arte. A Berlin, Gustavo Dudamel dirige les Noces de Figaro de Mozart

dudamel-gustavo-maestro-classiquenews-presentation-review-critique-account-of-arte_logo_2013Arte. En direct : Les Noces de Figaro de Mozart. Vendredi 13 novembre 2015. Gustavo Dudamel, direction.  En direct du Staatsoper im Schiller Theater Unter der linden de Berlin, le vĂ©nĂ©zuĂ©lien actuel direction musical du Los Angeles Philharmonic, Gustavo Dudamel, l’élĂšve le plus douĂ© et le plus mĂ©diatisĂ© du Sistema vĂ©nĂ©zuĂ©lien s’essaie (enfin) Ă  la direction lyrique en pilotant la Staatskapelle de Berlin. AprĂšs ses rĂ©alisations rĂ©ussies, toutes enregistrĂ©es par Deutsche Grammophon (Symphonie de Mahler en particulier), le jeune maestro joue de la baguette opĂ©ratique dans le sommet sentimental de Mozart et da Ponte d’aprĂšs Beaumarchais. La Folle JournĂ©e mozartienne trĂ©pigne d’une indicible excitation, que rendent explicite les airs de ChĂ©rubin, jeune cƓur Ă©perdu bientĂŽt enrĂŽlĂ© (mais si troublĂ© par la Comtesse) ; l’opĂ©ra souligne surtout le gĂ©nie de Mozart dans la peinture  de l’ñme fĂ©minine : La Comtesse (qui palpite et s’alanguit mĂ©lancoliquement au souvenir des annĂ©es perdues oĂč Almaviva l’aimait encore), Suzanne, vivace et pĂ©tillante, jeune Ă©pouse de Figaro ; sans omettre Barberine et son dĂ©licieux air au clair de lune, d’une Ă©motivitĂ© Ă  fleur de peau
 Il semble que Mozart et Da Ponte aient finalement produit un miracle de justesse psychologique dans chacun des portraits des femmes ici prĂ©sentes.

Le duo de la lettre entre Suzanne et La Comtesse y serait sans doute le point d’orgue, d’une vĂ©ritĂ© Ă©motionnelle, d’une justesse musicale, irrĂ©sistibles. Qu’en sera-t-il sous la baguette du jeune vĂ©nĂ©zuĂ©lien Gustavo Dudamel ? Le maestro que tout le monde attend, se revĂšlera-t-il brillant chef lyrique ? RĂ©ponse ce soir sur Arte en direct de Berlin.

LIRE aussi notre dossier spĂ©cial Les Nozze di Figaro, Les Noces de Figaro : l’opĂ©ra de femmes 

 

 

ARTE, Vendredi 13 novembre 2015, 20h45dudamel-gustavo-maestro-classiquenews-presentation-review-critique-account-of-
Mozart : Les Noces de Figaro – en direct de Berlin
A l’affiche du Staatsoper im Schiller Theater unter den Linden de Berlin
Les 7, 9, 11, 13, 15 novembre 2015

Direction musicale : Gustavo Dudamel
Mise en scĂšne : JĂŒrgen Flimm
Staatskapelle Berlin
Staatsopernchor sous la direction de Frank Flade

CinquiĂšme mise en scĂšne des Nozze di Figaro par JĂŒrgen Flimm, directeur-gĂ©nĂ©ral du Berliner Staatsoper Unter den Linden. La commedia mozartienne est ici transposĂ©e en Espagne Ă  Cadiz oĂč la bonne sociĂ©tĂ© se rafraichit en bord de mer au coeur de l’étĂ©.

Avec Ildebrando D’Arcangelo et Dorothea Röschmann en Comte et Comtesse Almaviva, Anna Prohaska en Susanne, Marianne Crebassa en Cherubino, Lauri Vasar en Figaro
 À la baguette, le trĂšs prisĂ© chef vĂ©nĂ©zuĂ©lien Gustavo Dudamel dirige le Staaskapelle Berlin.

LIRE la présentation des Noces de Figaro sur le site du Staatsoper de Berlin

 

 

Approfondir : dossier spécial

Les Noces de Figaro : partition des LumiÚres, opéra des femmes ?

Mozart : Les Noces de Figaro. L'opéra des femmes ?

Mozart / Da Ponte : modernitĂ© des Noces de Figaro. En pleine pĂ©riode dite des LumiĂšres, au moment oĂč Paris et la Cour de Versailles sous l’impulsion de Marie-Antoinette vivent leurs heures artistiques les plus glorieuses, Mozart et Da Ponte conçoivent en 1786, Les Noces de Figaro. Premier volet d’une trilogie exemplaire dans l’histoire de l’opĂ©ra, qui est l’enfant d’une collaboration Ă  quatre mains aux apports irrĂ©sistibles, l’ouvrage poursuit sa carrirĂše sur les scĂšnes du monde entier : c’est que sa musique berce l’ñme et son livret, excite l’esprit par leur justesse combinĂ©e, accordĂ©e, idĂ©alement associĂ©e. Un mariage parfait ? Figaro et Suzanne, c’est le couple de l’avenir … LIRE notre dossier complet Les Noces de Figaro

CD.Mozart : Les Noces de Figaro, Le Nozze di Figaro (Curentzis, 2013)

Mozart_currentzis_nozzeCD.Mozart : Les Noces de Figaro, Le Nozze di Figaro (Currentzis, 2013). On s’attendait Ă  une rĂ©vĂ©lation, de celle qui ont fait les grandes avancĂ©es musicologiques et philologiques s’agissant de Mozart sur instruments d’Ă©poque (Harnoncourt pour Idomeneo, plus rĂ©cemment Jacobs pour La ClĂ©mence), … avec l’option dĂ©licate complĂ©mentaire des (petites) voix au format “originel”, soitdisant agiles, non vibrĂ©es, d’une prĂ©cision exemplaire (plus adaptĂ©e Ă  la balance d’Ă©poque : voix/instruments)… Mais Mozart reste un mystĂšre et ce nouvel enregistrement malgrĂ© son investissement instrumental Ă©choue Ă  cause du choix hasardeux et finalement dĂ©favorable de certains solistes. C’est aussi une question de style concernant une direction survitaminĂ©e qui oublie de s’alanguir et de creuser les vertiges et ambivalences liĂ©s au trouble sensuel d’une partition oĂč pointe la crĂȘte du dĂ©sir. Le chef d’origine grec Teodor Currentzis multiplie les dĂ©clarations fracassantes, exacerbe souvent ses propos quant Ă  ses nouvelles lectures (dĂ©viations du marketing?)… souvent comme ici, l’effervescence annoncĂ©e pour les Nozze tourne court de la part du musicien qui extrĂ©miste, entend souvent jouer jusqu’Ă  l’orgasme.
Certes ici les instruments sont en verve : flĂ»tes, bassons et cors dĂšs l’ouverture avec des cordes et des percussions qui tempĂȘtent sec. Mais cette expressivitĂ© mordante, rĂȘche, -Ăąpre souvent-, fait-elle une version convaincante? La fosse rugit (parfois trop), et la plateau vocal reste dĂ©sĂ©quilibrĂ©. Dommage.

Nozze inégales

Si la fosse nous semble au diapason de la vivacitĂ© souvent furieuse du chef, les voix sont souvent… contradictoires Ă  cet esthĂ©tique de l’exacerbation expressive et de la palpitation souvent frĂ©nĂ©tique. L’Ă©ros qui soustend bien des scĂšnes reste …. saccades et syncopes, et mĂȘme Cherubino dans son fameux air de panique Ă©motionnelle manque singuliĂšrement de trouble (Non so piĂč cosa son, I)… Pire, mauvais choix : Figaro et le Comte manquent ici de caractĂ©risation : les deux voix sont interchangeables (avec pour le premier des problĂšmes de justesse) ; notre plus grande dĂ©ception va cependant Ă  la Comtesse de Simone Kermes, d’une asthĂ©nie murmurante, minaudante totalement hors sujet : elle paraĂźt pĂ©trifiĂ©e en un repli serrĂ© et Ă©troit. Son retrait s’oppose de fait Ă  l’engagement proclamĂ© et effectif du chef et de ses musiciens. Il n’ y a que finalement la Susanna de Fanie Antonelou qui se dĂ©tache du lot avec des abbellimenti (variations) vraiment assumĂ©es et investies, une Ă©volution du personnage qui suit avec plus de nuances et surtout de naturel comme d’humanitĂ©, le caractĂšre de la jeune mariĂ©e (trĂšs bel air au IV : Deh vieni non tardar… serenata mĂȘlĂ©e d’inquiĂ©tude et d’excitation comme lĂ  encore d’ivresse sensuelle…) ; idem pour le Basilio au legato souverain de Krystian Adam, vrai tĂ©nor di grazia dont les airs semblent enfin rĂ©tablir cette fluiditĂ© vocale qui manque tant Ă  ses partenaires : soudain chant et instruments se rĂ©concilient avec bĂ©nĂ©fice (trĂšs convaincant In quegl’anni Ă  l’acte IV…) . Le pianoforte envahissant dans rĂ©citatifs et airs finit par agacer par ses multiples ornementations. L’air de Figaro qui raille Cherubino et dont le chef nous vante un retour au rythme juste reste … mĂ©canique, de surcroĂźt avec la voix courte d’un Figaro qui patine et dont la justesse comme la ligne font dĂ©faut. Et souvent, cette prĂ©cision rythmique empĂȘche un rubato simple et naturel tant tout paraĂźt globalement surinvesti. Les claques de l’acte V sont elles aussi Ă©lectriques et mauvais trucs de studio, d’un factice artificiel : plus proches des volets qui claquent que d’une main vengeresse…

antonelou_fanie_soprano_susanna_nozze_mozart_currentzis_sony-classicalNous restons donc mitigĂ©s, et quelque peu rĂ©servĂ©s sur la cohĂ©rence du plateau vocal dont la plupart des solistes ne sont pas au format d’un projet dont on nous avaient vantĂ© la ciselure, l’expressivitĂ© supĂ©rieure. Vif et habile, le chef grec Teodor Currentzis n’a jamais manquĂ© d’Ă©nergique audace mais il sacrifie trop souvent la sincĂ©ritĂ© du sentiment sur l’autel de l’effet pĂ©taradant. Nous lui connaissons des opĂ©ras plus introspectifs (Ă©coutez son Din et EnĂ©e de Purcell par exemple, plus profond, plus pudique…).  Avoir choisi Kermes pour La Comtesse est une erreur regrettable qui ne pourra pas faire oublier les Margaret Price ou Kiri Te Kanawa ni plus rĂ©cemment les Dorothea Röschmann, infiniment plus nuancĂ©es et profondes. Nous attendons nĂ©anmoins avec impatience la suite de cette trilogie mozartienne dont le seul mĂ©rite reste parfois un travail assez Ă©tonnant rĂ©alisĂ© sur la texture orchestrale, rĂ©vĂ©lant des associations de timbres souvent passĂ©es sous silence, une nette ambition de clartĂ© et d’articulation instrumentale mais qui souvent se dĂ©veloppe au mĂ©pris de la justesse de l’intonation comme d’une rĂ©elle profondeur poĂ©tique. A trop vouloir en faire, le chef semble surtout dĂ©montrer plutĂŽt qu’exprimer. Qu’en sera-t-il Ă  l’automne prochain pour son Don Giovanni : on lui souhaite des choix de chanteurs plus judicieux.

Mozart : Le Nozze di Figaro, Les Noces de Figaro. Avec Simone Kermes, Fanie Antonelou, Mary-Ellen Nesi, Andrei Bondarenko, Christian Van Horn, Krystian Adam… Musicaeterna. Teodor Currentzis, direction. 3 CD Sony Classical. Enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  l’OpĂ©ra TchaĂŻkovski de Perm (Oural), 2013. A venir Ă  l’automne, Don Giovanni sous la direction de Teodor Currentzis.

Illustration : on dit oui à la Susanna de Fanie Antonelou, et définitivement non à la Comtesse de Simone Kermes.