James GRAY met en scène les Nozze de Mozart

Mozart Wolfgang portrait par classiquenews -by-Croce-1780-81PARIS, TCE. MOZART: Nozze par James GRAY, 1er nov – 8 déc 2019. Le cinéaste américain James Gray, bien connu pour soigner en particulier le profil psychologique de ses personnages, comme le tableau final qui les abandonne à leur destin, réussira-t-il à renouveler notre perception des Nozze de Figaro de Mozart et Da Ponte, eux-même inspirés par Beaumarchais ? Dans le trop court film d’annonce, édité sur le site du TCE, James Gray explique pourquoi il a dit oui à cette aventure qui l’éloigne du cinéma, son territoire naturel. Lunettes d’intellos, faux air de mal rasé sorti de son lit, – en réalité très new-yorkais, mais passionné par l’opéra, le réalisateur veut rendre hommage à une partition et une pièce lyrique qu’il trouve « presque parfaite »…

GRAY, de l’espace à l’opéra
Né en 1969 (il a eu donc 50 ans en avril 2019), l’américain (d’origine ukrainienne) né à New York, James Gray met en scène Les Noces de Figaro du do mythique Mozart et Da Ponte. Adolescent, il a déserté les bancs de l’école pour occuper la rangée de fauteuil au cinéma, connaissant toutes l’histoire du genre et se passionnant aussi pour la littérature russe (Dostoievski en particulier et aussi Tolstoi) : il adapte au cinéma le sens d’une narration souvent épique, mais a le souci de la psychologie intime : ce qui le place comme le plus européen des réalisateurs américains.

Première au TCE, Paris

James Gray met en scène MOZART

De la psychologie autant que de l’action. Le réalisateur s’est taillé une très solide réputation au cinéma avec des films devenus cultes : Little Odessa conçu à 25 ans en 1994 et qui remporte le lion d’argent de Venise (chronique noire et familiale dans un quartier dont il a parfaitement connu l’ambiance et les dangers ; The Yards (2000, autre épisode noir qui décrit la maffia newyorkaise) ; la nuit nous appartient (2007), Two lovers (2008), surtout The Immigrant (2013 dont l’héroïne incarnée par Marion Cotillard évoque la lente descente aux enfers d’une jeune polonaise débarquant à New York) ; puis c’est le chef d’œuvre absolu, illustration d’un rêve personnel et esthétique qui adapte The Lost City of Z (2016), dramaturgie progressive qui comme dans The Immigrant, converge peu à peu vers l’éblouissement saisissant du dernier tableau, véritablement composé comme une peinture d’histoire. Aucun doute alors, James Grey est non seulement un grand narrateur, c’est aussi un esthète. Puis en 2019, le cinéaste renouvelle le genre SF depuis Alien, avec Ad Astra (vers l’étoile). Moins connu (et compris) aux USA qu’en Europe, James Gray a la passion de l’opéra. Réussira-t-il son premier coup à Paris en décembre prochain ? A t il la fibre mozartienne ?

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PARIS, TCEboutonreservation
29 nov , 1er, 3, 5, 7, 8 décembre 2019
6 représentations
Infos et réservations
https://www.theatrechampselysees.fr/la-saison/opera-mis-en-scene/les-noces-de-figaro

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DISTRIBUTION
Glysleïn Lefever: chorégraphie
Christian Lacroix: costumes
Bertrand Couderc: lumière
Anna Aglatova: Suzanne
Robert Gleadow: Figaro
Stéphane Degout: Le Comte Almaviva
Vannina Santoni: La Comtesse Almaviva
Eléonore Pancrazi: Chérubin
Carlo Lepore: Bartolo
Jennifer Larmore: Marceline
Florie Valiquette: Barberine
Mathias Vidal: Basilio
Matthieu Lécroart: Antonio
Rodolphe Briand: Curzio

Le Cercle de l’Harmonie
Unikanti :  Gaël Darchen, direction

Jérémie Rhorer: direction
James Gray: mise en scène
Santo Loquasto: scénographie

Opéra chanté en italien, surtitré en français et en anglais
Durée de l’ouvrage 2h40 environ

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mozart wolfgangMozart suit les pas de Beaumarchais : il n’oublie rien des enjeux de chaque protagoniste, 5 entités parfaitement caractérisées ; ni le contexte français de la Révolution qui couve : un climat de rébellion et de liberté à tout craint qui exalte les désirs et les pulsions de chacun… Voilà pourquoi tout tend ici à l’implosion, en particulier des codes d’une société (celle monarchiste) passablement inégalitaire et injuste. Tous sans exception souffre : les valets, Suzanne et Figaro, soumis à des règles éculées qui les renvoient toujours à leur « bassesse » sociale ; le Comtesse jouisseur invétéré qui comme Don Giovanni, « tourne en rond » ; la Comtesse son épouse, aussi frustrée, abandonnée que négligée…

Outre les défis et les attentes que suscitent le choix d’un metteur en scène de cinéma dans la réalisation de cette nouvelle production, le chef requis, mozartien diversement apprécié chez Mozart, Jérémie Rhorer poursuit son approche du théâtre mozartien au TCE (après Idomeneo, La Clémence de Titus, Cosi fan tutte et Don Giovanni, ces nouvelles Nozze sont donc le cinquième opus dirigé avenue Montaigne, avec son ensemble Le Cercle de L’Harmonie sur instruments d’époque). Mais autant « d’expérience » saurait-elle égaler l’excellente et récente maîtrise mozartienne d’un autre chef Mathieu Herzog et son fabuleux collectif Appassionnata (révélés dans une fabuleuse triologie symphonique, porutant très délicate; les 38, 39 et 40èmes symphonies de Mozart, cimes orchestrales pour tout chef digne de ce nom ?
Parmi les chanteurs à suivre particulièrement, la Comtesse de la soprano Vannina Santoni, déjà remarquée à l’Opéra de Tours (XX), dans un récital Beethoven et Mozart avec le Palais royal (le temps des héros)… La chanteuse saura-t-elle exprimer toute le désarroi et la solitude de Rosina, hier courtisée par Belfiore, aujourd’hui devenue épouse délaissée ? De même, le Cherubin de la pétillante Eléonore Pancrazi dans le rôle de Cherubin…

Vendredi 22 novembre 2019, 18h30
Rencontre avec Erik Orsenna, auteur de Beaumarchais, un aventurier de la liberté, Jérémie Rhorer, directeur musical, James Gray, cinéaste et metteur en scène, Frédéric Bonnaud, directeur général de la Cinémathèque française.

Entr̩e libre РInscription obligatoire ICI
https://billetterie.theatrechampselysees.fr/selection/event/date?productId=101500458435

France Musique diffuse cet opéra le 28 décembre à 20h

Compte-rendu, opéra. Toulouse, Capitole, le 17 avril 2016. Mozart : Les Nozze di Figaro. Attilio Cremonesi, direction. Marco Arturo Marelli, mise en scène.

Cette admirable production datant de 2008 trouve sa plénitude grâce à une distribution d’une équilibre proche de la perfection entre beauté vocale et jeux scénique, vivant et naturel. L’esprit buffa si particulier à Mozart et Da ponte trouve son apogée lors de ces représentations. Il est rare de bénéficier à l’opéra d’un tel sens théâtral y compris durant les airs. Tout est vie et mouvement dans cette folle journée. Grâce à un travail en profondeur, chaque personnage est campé avec humour et tendresse. Les décors sont sobres, les costumes flamboyants et les éclairages sculptent l’espace avec un lever et coucher de soleil sur les deux airs de la comtesse, puis la lune dans le jardin, délimitant le nycthémère.

 

Admirable équilibre entre musique et théâtre

 

 

 

Mozart noces nozze capitole toulouse avril 2016 review critique classiquenews

 

 

Le Comte de Lucas Meachem est peut être le plus réussi car ce personnage est trop souvent ingrat. La haute stature du chanteur, son charme personnel, une sorte d ‘énergie canalisée mais pas toujours lissée en font un noble aussi irritant qu’attachant. Ses maladresses sont pleines de charmes et l’élégance est toujours là. La voix est magnifique de projection, large et puissante quand il le veut et la tenue de sons pianos très souples, donne beaucoup d‘émotion à ses prières à la Comtesse. L’humour de son jeux lui permet de toujours gagner la sympathie du public ce qui est assez rare dans ce rôle. En filigrane se devine un futur Baron Ochs, du Chevalier à La Rose qui devrait être passionnant. Il forme avec la Comtesse de Nadine Koutchner un couple cohérent. Même large stature vocale, même qualité de timbre, et chez elle, un legato et des pianissimi qui tiennent du rêve éveillé. La grâce de cette Comtesse, mais aussi sa capacité à s’animer et s’encanailler avec Suzanne est pleine de jeunesse. Son regret de ses amours n’est pas plaintif mais récrimination d’un fort tempérament amoureux frustré.

Les Noces de Figaro ne comprend pas vraiment de personnage principal; c’est l’équilibre entre tous qui fait le succès de l’opéra. En mettant en scène un couple comtale plus jeune, plus sympathique et plus vif, tout le théâtre semble rehaussé d’un cran. Ainsi Figaro est particulièrement latin et intelligent. Toujours en mouvement. Le Jeune Dario Solari peut compter sur une énergie peu commune. La voix est ronde, le jeu de l’acteur est virtuose et son charme à quelque chose de  félin. L’étoffe d’un Don Juan se fait jour. Anett Fritsch, sa Suzanne, est du vif argent. La tendresse et la passion l’habitent avec une rare intensité. Le timbre est clair et beau. Son jeu est admirable. Elle a tout d’une très grande Suzanne, d’ailleurs elle sera Suzanne au festival de Salzbourg cet été.

Ingborg Gillebo est une Cherubin délicat et séduisant. Le jeu est suffisamment vivant pour être sinon naturel du moins très convaincant. La voix est bien conduite et le timbre agréable. Un Chérubin adolescent encore fragile et pas encore certain de sa séduction pourtant réelle. La Marcelline de Jeanette Fischer est remarquable. Elle campe vocalement et scéniquement un personnage inoubliable et attachant. Son air au milieu du public est un moment d’anthologie. La large voix de Dimitry Ivashchenko (Bartolo) et son jeux extraverti lui permettent de donner corps et présence à son rôle. Il arrive avec humour a le rendre sympathique. Le Don Basile de Gregory Bonfatti est crédible et très présent vocalement dans les ensembles. Elisandra Melian en Barberine est un peu sous employée. Le timbre est un corsé pour le rôle et le tempérament scénique un peu trop énergique loin de l’ingénue habituelle. Tiziano Braci campe un Antonio cauteleux à souhait. Il ressort de l’admirable travail de Marco Arturo Marelli une sympathie pour chaque rôle. Chaque personnage va vers son bonheur à sa manière et partant d’un état va se trouver changé en une journée. Il n’y a pas de vrai « méchant », belle leçon d’ humanité en somme!

Le choeur du Capitole a est admirable de présence vocale et scénique. Le soin apporté aux costumes par Dagmar Niefind et crées  au théâtre Real de Madrid  est incroyable jusque dans celui des choeurs.
L’orchestre en cordes et bois baroques est très présent. Le chef adopte des tempi plutôt vifs et la théâtralité se déroule comme par évidence . Le temps est suspendu et le spectacle avance avec beaucoup de vie. Les couleurs de l’orchestre sont très belles surtout les bois et les cuivres. Le tandem Robert Gonella au pianoforte et Christopher Waltham au violoncelle forme un  continuo vivifiant . Le fait de monter les musiciens hauts dans la fosse a l’avantage de renforcer la cohésion scène/fosse qui est parfaite mais provoque une trop forte présence des cordes graves au détriment des violons, du moins au parterre. Cette forte présence de l’orchestre qui équilibre à mon sens la théâtralité bouillonnante de la mise en scène n’a pas été du gout de certains. Pour ma part l’orchestre mozartien et un vrai partenaire et parfois un personnage à part entière et j’ai beaucoup aimé l’équilibre obtenu par Attilio Cremonesi. Les Noces est à mon avis l’opéra du Trio Da Ponte qu’il a dirigé au Capitole  celui qui lui réussi le mieux.
Ce chef d ‘œuvre a fait salle comble avec refus de spectateurs potentiels. Le respect et la vitalité de cette production, son équilibre rare entre chant et théâtre, le travail d ‘équipe exemplaire qui est perceptible, en fait un des plus beaux spectacles du Capitole. Cette reprise est bienvenue et n’ayant pas pris une ride je me réjouis d’imaginer revoir un jour cette belle production. .

 

 

 

Compte-rendu, opéra. Toulouse, Capitole, le 17 avril 2016. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Les Nozze di Figaro. Opera buffa en quatre actes de Lorenzo Da Ponte, d’après La Folle Journée ou le Mariage de Figaro de Beaumarchais ; créé le premier mai 1786 à Vienne. Coproduction avec l’Opéra de Lausanne (2008). Avec :  Lucas Maechem, le Comte Alamaviva. Nadine Koutchner, La Comtesse Almaviva. Dario Solari, Figaro. Anett Fritsch, Susanna. Ingeborg Gillebo, Cherubino. Jeanette Fischer, Marcellina. Dimitry Ivaschenko, Bartolo. Gregory Bonfatti, Don Basilio. Mikeldi Atxalandabaso, Don Curzio. Elisandra Melian, Barberina. Tiziano Bracci, Antonio. Zena Baker, Marion Carroué, deux dames. Choeur du Capitole, direction : Alfonso Caiani. Orchestre  National du Capitole de Toulouse. Attilio Cremonesi, direction musicale. Mise en scène et scénographie : Marco Arturo Marelli. Collaborateur à la mise en scène, Enrico de Feo. Costumes, Dagmar Niefind. Lumières, Friedrich Eggert. Photo : David Herrero

 

 

 

Compte rendu, opéra. La Rochelle. La Coursive, le 18 novembre 2015. Mozart : Le nozze di Figaro, opéra en quatre actes sur un livret de Lorenzo Da Ponte tiré de la pièce d’Auguste Caron de Beaumarchais : Le mariage de Figaro ou la folle journée. Yuri Kissin, Figaro ; Camille Poul, Susanna ; Thomas Dolié, il conte d’Almaviva ; Diana Axentii, la contessa d’Almaviva… Orchestre Les Ambassadeurs. Alexis Kossenko, direction

Mozart : Les Noces de Figaro. L'opéra des femmes ?Ayant migré de l’hôtel Saint-Nicolas, où nous avons rencontré deux des chanteurs de la distribution, vers La Coursive, le théâtre de La Rochelle, nous avons pris place dans la grande salle où, à notre arrivée, les musiciens s’installaient dans la fosse l’un après l’autre pour accorder leurs instruments. La représentation de ce mercredi 18 novembre est la quatrième d’une tournée qui compte vingt quatre dates dont plusieurs à l’étranger. Pour ce début de tournée, Emmanuelle De Negri initialement invitée pour chanter le rôle de Susanna est remplacée par la jeune soprano Camille Poul.

Noces pétillantes à La Rochelle

La mise en scène de ces Noces de Figaro a été confiée au bulgare Galin Stoev. S’il transpose l’action dans une Séville qui se situe quelque part au XXe siècle, la direction d’acteurs et la scénographie sont décortiqués scène par scène. Ainsi le caractère et la personnalité de chaque personnage apparaît dans leurs gestes et attitudes. Ainsi les sentiments contradictoires du quatuor principal ne transparaissent pas seulement dans leur chant mais aussi sur leurs visages; Les personnages secondaires ne sont pas oubliés pour autant. La volonté d’ingérence de Basilio dans les affaires d’autrui est plus visible que de coutume, le bégaiement de Curzio est exagérément accentué. Quant au couple Marcellina/Bartolo, il est à la fois parfaitement retors et totalement humain; et si Chérubin est un incorrigible dragueur, il n’oublie pas de rester un adolescent ; il en est de même pour Barberine. Pour autant la scène du mariage a telle bien sa place dans une piscine, aussi factice soit elle ? Si certains costumes, comme le pantalon orange de Basilio ou l’ensemble détonnant de Marcellina, sont parfois un peu voyants, ils correspondent plutôt bien aux personnages (costume/cravate, robe et tablier de soubrette, ensemble bleu …).

Les décors sont assez réussis et les cabines en plexiglass amovibles qui permettent d’accentuer encore les situations en permettant aux personnages d’aller et venir à volonté : le comte qui court après tout ce qui a une jupe, Chérubin incorrigible garnement, Susanna rangeant le linge de sa patronne, la comtesse languissante et révoltée, secouée par le récit de sa servante se fondent bien dans l’ensemble… Pendant toute la soirée, on voit que l’intense travail de répétition avec les chanteurs de la distribution porte ses fruits. Quant aux vidéos qui jalonnent la production, elles ne sont pas toujours très heureuses : quelle étrange idée d’associer Chérubin à une gymnaste réalisant un exercice au ruban pendant le «Non so piu cosa son, cosa faccio». Un peu étonnante aussi l’idée de reprendre des images du mariage du prince Charles et de lady Diana lorsque la comtesse chante «Porgi Amor»; en effet, quitte à reprendre des images de grand mariage, il en existe sans doute de plus appropriées qu’un mariage royal.

Sur le plateau, la distribution réunie est jeune, dynamique, soudée. Dans le rôle de Figaro c’est le jeune Yuri Kissin qui a été invité par les responsables de la tournée; d’origine russe, Yuri Kissin possède une voix ronde, chaude, large, chaleureuse, à la tessiture large qui correspond parfaitement au rôle. Le jeune baryton assume crânement un rôle difficile comprenant trois grands airs chantés avec une assurance et une maîtrise remarquables. La Susanna de Camille Poul est une jeune femme de caractère; déterminée à ne pas se laisser mener par le bout du nez, que ce soit par Figaro ou par le comte, elle n’hésite pas à s’allier avec sa patronne puis avec Marcellina, après que cette dernière ait reconnu en Figaro, son fils enlevé quand il était bébé; Susanne est une femme de caractère qui agit pour obtenir ce qu’elle veut : épouser l’homme qu’elle aime. On ne peut que saluer la très belle performance de la jeune soprano qui remplaçant Emmanuelle de Negri au pied levé ; elle a appris le rôle et la mise en scène quasiment en une dizaine de jours. La voix de la jeune femme est ferme et parfaitement maîtrisée aussi bien dans l’air des pins que dans les ensembles. La découverte de la soirée est bien Diana Axentii dans le rôle de la Comtesse; l’artiste d’origine moldave qui avait jusqu’à tout récemment mené une belle carrière de mezzo (elle a déjà chanté le rôle de Chérubin dans d’autres productions), change de tessiture et de répertoire. Il s’agit donc pour elle d’une prise de rôle très importante, plutôt réussie dans l’ensemble même s’il y a quelques micro-coupures dans les airs et des aigus pas toujours très nets. Néanmoins la jeune femme affronte avec beaucoup d’aplomb un rôle qui lui correspond. Un jeune talent à suivre. Face à la comtesse d’Axentii se trouve un autre jeune baryton : Thomas Dolié; lui aussi montre une santé insolente et son comte est arrogant. Son désir fou pour la servante de son épouse et sa morgue en diable le conduisent cependant droit dans le piège que les deux femmes lui tendent pour se venger de son outrecuidance. Si dans les ensembles, il s’impose aisément, Dolié chante l’air qui lui est dévolu «Hai gia vinta la causa? … Vedro mentr’io sospiro» sans la moindre faiblesse, à l’égal des plus grands : finesse, puissance, nuances. Dans les rôles secondaires, saluons le Chérubin juvénile d’Ambroisine Bré (toujours étudiante au Conservatoire de Musique et de Danse de Paris). Salomé Haller et Frédéric Caton campent de très beaux Marcellina et Bartolo; quant à Eric Vignau, dont nous avons à plusieurs reprises salué le talent de comédien, il est inénarrable en Don Basilio et Don Curzio. Hélène Walter est une Barberine à la fois pétillante et émouvante; son «L’ho perduta» est joliment chanté.

Dans la fosse, l’orchestre Les Ambassadeurs avec son chef et fondateur Alexis Kossenko se distinguent. Excellent musicien, le chef a fait travailler ses chanteurs et son orchestre avec une précision et une rigueur inégalables; chaque mesure, chaque page de la partition est décortiquée, étudiée et reprise sans répit jusqu’à ce que le chef obtienne le résultat souhaité. En effet, ainsi que nous le disait Eric Vignau dans le courant de l’après midi, Alexis Kossenko est très attaché au respect de la partition et «nous faisait travailler et retravailler jusque dans les silences de nos personnages.». Le résultat dépasse les espérances du jeune chef dont les musiciens suivent la battue précise, claire, dynamique.

La réunion de tous ces talents autour des Noces de Figaro donne naissance à une production très réussie : de belles et jeunes voix prometteuses associées aux vétérans que sont Eric Vignau et Frédéric Caton, un chef exigeant et talentueux et une mise en scène menée tambour battant par Galin Stoev qui réalise là sa première approche d’un opéra.

Compte rendu, opéra. La Rochelle. La Coursive, le 18 novembre 2015. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Le nozze di Figaro, opéra en quatre actes sur un livret de Lorenzo Da Ponte tiré de la pièce d’Auguste Caron de Beaumarchais Le mariage de Figaro ou la folle journée. Yuri Kissin, Figaro, Camille Poul, Susanna, Thomas Dolié, il conte d’Almaviva, Diana Axentii, la contessa d’Almaviva, Ambroisine Bré, Cherubino, Frédéric Caton, Bartolo/Antonio, Salomé Haller, Marcellina, Eric Vignau, Don Basilio/Don Curzio, Hélène Walter, Barbarina. Orchestre Les Ambassadeurs. Alexis Kossenko, direction. Galin Stoev, mise en scène, Alban Ho Van, scénographie, Dephine Brouard, costumes, Elsa Revel, lumières, Clément Debailleul, vidéo.

Ce soir sur Arte, 20h45 : Dorothea Röschmann chante la Comtesse

arte_logo_2013Ce soir sur Arte, Dorothea Röschmann chante Mozart… Divine Mozartienne. Hier éblouissante Susanna, ardente, juvénile, la soprano Dorothea Röschamnn consacrée à Salzbourg comme subtile mozartienne, chante ce soir sur Arte, en direct de Berlin, la Comtesse des Noces de Figaro de Mozart. Rosina est devenue la Comtesse Almaviva : hier courtisée, aimée, désirée, elle est désormais une épouse respectable et rangée mais négligée par son mari le Comte plus excité à l’idée de conquérir sa soubrette Susanna justement… Ame tendre et nostalgique d’un temps révolu, la Comtesse Almaviva se désespère puis fomente un complot bien troussé pour piéger l’inconstance de son époux… avec la complicité de Figaro et de sa future épouse Susanna, femme humiliée et serviteurs libertaires donnent une leçon d’humanisme et respect au despote domestique… les Noces sont morales… mais pour combien de temps ?

 

roschamnn-dorothea-soprano-comtesse-almaviva-rosina-nocs-de-figaro-dudamel-presentation-review-classiquenews-582-390

Sous la baguette de l’impétueux vénézuélien Gustavo Dudamel que l’on connaît moins en chef lyrique, la soprano Dorothea Röschmann chante la Comtesse des Noces de Figaro de Mozart en direct de Berlin.
dudamel-gustavo-maestro-classiquenews-presentation-review-critique-account-of-arte_logo_2013Arte. En direct : Les Noces de Figaro de Mozart. Vendredi 13 novembre 2015. Gustavo Dudamel, direction.  En direct du Staatsoper im Schiller Theater Unter der linden de Berlin, le vénézuélien actuel direction musical du Los Angeles Philharmonic, Gustavo Dudamel, l’élève le plus doué et le plus médiatisé du Sistema vénézuélien s’essaie (enfin) à la direction lyrique en pilotant la Staatskapelle de Berlin. Après ses réalisations réussies, toutes enregistrées par Deutsche Grammophon (Symphonie de Mahler en particulier), le jeune maestro joue de la baguette opératique dans le sommet sentimental de Mozart et da Ponte d’après Beaumarchais. La Folle Journée mozartienne trépigne d’une indicible excitation, que rendent explicite les airs de Chérubin, jeune cÅ“ur éperdu bientôt enrôlé (mais si troublé par la Comtesse) … Lire notre présentation complète des Noces de Figaro de Mozart avec Dorothea Röschmann

 

 

 

Dorothea_Ro_schmann_Mozart_Arias_Sony_Classical_Daniel_HardingCD, compte rendu critique. Dorothea Röschmann : Mozart Arias (1 cd Sony classical). Le timbre mûr, éloquent, charnel et aussi très investi de la soprano allemande Dorothea Röschmann (née en Allemagne, à Flensbourg en juin 1967) nous touche infiniment : depuis sa coopération avec René Jacobs dans des réalisations qui demeurent éblouissantes (Alessandro Scarlatti: Il Primo Omicidio, entre autres – pilier de toute discographie pour les amoureux d’oratorios et d’opéras baroques du XVIIè), la chanteuse sait colorer, phraser, nuancer et surtout articuler le texte comme peu, avec une intelligence de la situation qui éclaire son sens de la prosodie. Un chant intérieur, souvent embrasé qui la conduit naturellement aux emplois lyriques évidemment mozartiens. LIRE notre compte rendu critique du CD MOZART Arias par Dorothea Röschmann

 

En direct sur Arte. A Berlin, Gustavo Dudamel dirige les Noces de Figaro de Mozart

dudamel-gustavo-maestro-classiquenews-presentation-review-critique-account-of-arte_logo_2013Arte. En direct : Les Noces de Figaro de Mozart. Vendredi 13 novembre 2015. Gustavo Dudamel, direction.  En direct du Staatsoper im Schiller Theater Unter der linden de Berlin, le vénézuélien actuel direction musical du Los Angeles Philharmonic, Gustavo Dudamel, l’élève le plus doué et le plus médiatisé du Sistema vénézuélien s’essaie (enfin) à la direction lyrique en pilotant la Staatskapelle de Berlin. Après ses réalisations réussies, toutes enregistrées par Deutsche Grammophon (Symphonie de Mahler en particulier), le jeune maestro joue de la baguette opératique dans le sommet sentimental de Mozart et da Ponte d’après Beaumarchais. La Folle Journée mozartienne trépigne d’une indicible excitation, que rendent explicite les airs de Chérubin, jeune cœur éperdu bientôt enrôlé (mais si troublé par la Comtesse) ; l’opéra souligne surtout le génie de Mozart dans la peinture  de l’âme féminine : La Comtesse (qui palpite et s’alanguit mélancoliquement au souvenir des années perdues où Almaviva l’aimait encore), Suzanne, vivace et pétillante, jeune épouse de Figaro ; sans omettre Barberine et son délicieux air au clair de lune, d’une émotivité à fleur de peau… Il semble que Mozart et Da Ponte aient finalement produit un miracle de justesse psychologique dans chacun des portraits des femmes ici présentes.

Le duo de la lettre entre Suzanne et La Comtesse y serait sans doute le point d’orgue, d’une vérité émotionnelle, d’une justesse musicale, irrésistibles. Qu’en sera-t-il sous la baguette du jeune vénézuélien Gustavo Dudamel ? Le maestro que tout le monde attend, se revèlera-t-il brillant chef lyrique ? Réponse ce soir sur Arte en direct de Berlin.

LIRE aussi notre dossier spécial Les Nozze di Figaro, Les Noces de Figaro : l’opéra de femmes 

 

 

ARTE, Vendredi 13 novembre 2015, 20h45dudamel-gustavo-maestro-classiquenews-presentation-review-critique-account-of-
Mozart : Les Noces de Figaro – en direct de Berlin
A l’affiche du Staatsoper im Schiller Theater unter den Linden de Berlin
Les 7, 9, 11, 13, 15 novembre 2015

Direction musicale : Gustavo Dudamel
Mise en scène : Jürgen Flimm
Staatskapelle Berlin
Staatsopernchor sous la direction de Frank Flade

Cinquième mise en scène des Nozze di Figaro par Jürgen Flimm, directeur-général du Berliner Staatsoper Unter den Linden. La commedia mozartienne est ici transposée en Espagne à Cadiz où la bonne société se rafraichit en bord de mer au coeur de l’été.

Avec Ildebrando D’Arcangelo et Dorothea Röschmann en Comte et Comtesse Almaviva, Anna Prohaska en Susanne, Marianne Crebassa en Cherubino, Lauri Vasar en Figaro… À la baguette, le très prisé chef vénézuélien Gustavo Dudamel dirige le Staaskapelle Berlin.

LIRE la présentation des Noces de Figaro sur le site du Staatsoper de Berlin

 

 

Approfondir : dossier spécial

Les Noces de Figaro : partition des Lumières, opéra des femmes ?

Mozart : Les Noces de Figaro. L'opéra des femmes ?

Mozart / Da Ponte : modernité des Noces de Figaro. En pleine période dite des Lumières, au moment où Paris et la Cour de Versailles sous l’impulsion de Marie-Antoinette vivent leurs heures artistiques les plus glorieuses, Mozart et Da Ponte conçoivent en 1786, Les Noces de Figaro. Premier volet d’une trilogie exemplaire dans l’histoire de l’opéra, qui est l’enfant d’une collaboration à quatre mains aux apports irrésistibles, l’ouvrage poursuit sa carrirèe sur les scènes du monde entier : c’est que sa musique berce l’âme et son livret, excite l’esprit par leur justesse combinée, accordée, idéalement associée. Un mariage parfait ? Figaro et Suzanne, c’est le couple de l’avenir … LIRE notre dossier complet Les Noces de Figaro

CD.Mozart : Les Noces de Figaro, Le Nozze di Figaro (Curentzis, 2013)

Mozart_currentzis_nozzeCD.Mozart : Les Noces de Figaro, Le Nozze di Figaro (Currentzis, 2013). On s’attendait à une révélation, de celle qui ont fait les grandes avancées musicologiques et philologiques s’agissant de Mozart sur instruments d’époque (Harnoncourt pour Idomeneo, plus récemment Jacobs pour La Clémence), … avec l’option délicate complémentaire des (petites) voix au format “originel”, soitdisant agiles, non vibrées, d’une précision exemplaire (plus adaptée à la balance d’époque : voix/instruments)… Mais Mozart reste un mystère et ce nouvel enregistrement malgré son investissement instrumental échoue à cause du choix hasardeux et finalement défavorable de certains solistes. C’est aussi une question de style concernant une direction survitaminée qui oublie de s’alanguir et de creuser les vertiges et ambivalences liés au trouble sensuel d’une partition où pointe la crête du désir. Le chef d’origine grec Teodor Currentzis multiplie les déclarations fracassantes, exacerbe souvent ses propos quant à ses nouvelles lectures (déviations du marketing?)… souvent comme ici, l’effervescence annoncée pour les Nozze tourne court de la part du musicien qui extrémiste, entend souvent jouer jusqu’à l’orgasme.
Certes ici les instruments sont en verve : flûtes, bassons et cors dès l’ouverture avec des cordes et des percussions qui tempêtent sec. Mais cette expressivité mordante, rêche, -âpre souvent-, fait-elle une version convaincante? La fosse rugit (parfois trop), et la plateau vocal reste déséquilibré. Dommage.

Nozze inégales

Si la fosse nous semble au diapason de la vivacité souvent furieuse du chef, les voix sont souvent… contradictoires à cet esthétique de l’exacerbation expressive et de la palpitation souvent frénétique. L’éros qui soustend bien des scènes reste …. saccades et syncopes, et même Cherubino dans son fameux air de panique émotionnelle manque singulièrement de trouble (Non so più cosa son, I)… Pire, mauvais choix : Figaro et le Comte manquent ici de caractérisation : les deux voix sont interchangeables (avec pour le premier des problèmes de justesse) ; notre plus grande déception va cependant à la Comtesse de Simone Kermes, d’une asthénie murmurante, minaudante totalement hors sujet : elle paraît pétrifiée en un repli serré et étroit. Son retrait s’oppose de fait à l’engagement proclamé et effectif du chef et de ses musiciens. Il n’ y a que finalement la Susanna de Fanie Antonelou qui se détache du lot avec des abbellimenti (variations) vraiment assumées et investies, une évolution du personnage qui suit avec plus de nuances et surtout de naturel comme d’humanité, le caractère de la jeune mariée (très bel air au IV : Deh vieni non tardar… serenata mêlée d’inquiétude et d’excitation comme là encore d’ivresse sensuelle…) ; idem pour le Basilio au legato souverain de Krystian Adam, vrai ténor di grazia dont les airs semblent enfin rétablir cette fluidité vocale qui manque tant à ses partenaires : soudain chant et instruments se réconcilient avec bénéfice (très convaincant In quegl’anni à l’acte IV…) . Le pianoforte envahissant dans récitatifs et airs finit par agacer par ses multiples ornementations. L’air de Figaro qui raille Cherubino et dont le chef nous vante un retour au rythme juste reste … mécanique, de surcroît avec la voix courte d’un Figaro qui patine et dont la justesse comme la ligne font défaut. Et souvent, cette précision rythmique empêche un rubato simple et naturel tant tout paraît globalement surinvesti. Les claques de l’acte V sont elles aussi électriques et mauvais trucs de studio, d’un factice artificiel : plus proches des volets qui claquent que d’une main vengeresse…

antonelou_fanie_soprano_susanna_nozze_mozart_currentzis_sony-classicalNous restons donc mitigés, et quelque peu réservés sur la cohérence du plateau vocal dont la plupart des solistes ne sont pas au format d’un projet dont on nous avaient vanté la ciselure, l’expressivité supérieure. Vif et habile, le chef grec Teodor Currentzis n’a jamais manqué d’énergique audace mais il sacrifie trop souvent la sincérité du sentiment sur l’autel de l’effet pétaradant. Nous lui connaissons des opéras plus introspectifs (écoutez son Din et Enée de Purcell par exemple, plus profond, plus pudique…).  Avoir choisi Kermes pour La Comtesse est une erreur regrettable qui ne pourra pas faire oublier les Margaret Price ou Kiri Te Kanawa ni plus récemment les Dorothea Röschmann, infiniment plus nuancées et profondes. Nous attendons néanmoins avec impatience la suite de cette trilogie mozartienne dont le seul mérite reste parfois un travail assez étonnant réalisé sur la texture orchestrale, révélant des associations de timbres souvent passées sous silence, une nette ambition de clarté et d’articulation instrumentale mais qui souvent se développe au mépris de la justesse de l’intonation comme d’une réelle profondeur poétique. A trop vouloir en faire, le chef semble surtout démontrer plutôt qu’exprimer. Qu’en sera-t-il à l’automne prochain pour son Don Giovanni : on lui souhaite des choix de chanteurs plus judicieux.

Mozart : Le Nozze di Figaro, Les Noces de Figaro. Avec Simone Kermes, Fanie Antonelou, Mary-Ellen Nesi, Andrei Bondarenko, Christian Van Horn, Krystian Adam… Musicaeterna. Teodor Currentzis, direction. 3 CD Sony Classical. Enregistrement réalisé à l’Opéra Tchaïkovski de Perm (Oural), 2013. A venir à l’automne, Don Giovanni sous la direction de Teodor Currentzis.

Illustration : on dit oui à la Susanna de Fanie Antonelou, et définitivement non à la Comtesse de Simone Kermes.