Cd, coffret. Nikolaus Harnoncourt : Brahms (Symphonies 1, 2, 3, 4, concertos pour piano 1 et 2, 1996-1999, 5 cd Warner classics)

CLIC_macaron_2014Cd, coffret. Nikolaus Harnoncourt : Brahms (Symphonies 1,harnoncourt brahms 5 cd warner classics review critique cd classiquenews compte rendu critique cd 2, 3, 4, concertos pour piano 1 et 2, 1996-1999, 5 cd Warner classics). Ce q’un baroqueux peut apporter dans la tenue des orchestres modernes et dans le répertoire romantique… Warner classics nous régale le premier, parmi les labels classiques historiques à célébrer l’héritage du Maître regretté (décédé en mars 2016 : décès de Nikolaus Harnoncourt), en dévoilant ce souci particulier sur le métier romantique : avec les instrumentistes de l’Orchestre Philharmonique de Berlin (en 1996, 1997) et pour les Concertos pour piano avec ceux du Royal Concertgebouw Amsterdam (live de 1999, dans une prise de son idéale); voici 5 cd étapes majeures pour un Brahms symphonique et concertant, dépoussiéré. 5 cd pour évaluer tout ce que peut apporter un chef historiquement informé, et l’un des plus aguerris, libre, inventif, visionnaire en la matière, soit Nikolaus Harnoncourt au travail, dévoilant de nouveaux trésors d’exécution et de réalisation souple, articulée, – avec les musiciens sur instruments modernes du Berliner Philharmoniker : la démarche est d’autant plus légitime que s’agissant de Johannes, – dernier romantique, et si proche de Schumann, il s’agit d’une écriture qui regardent toujours vers le passé, Beethoven (son dieu) et au delà, bien avant, le raffinement inédit qu’apporte le chef Baroqueux, pionnier de la Révolution sur instruments d’époque, et auteur d’un intégrale Beethoven sur instruments d’époque (Orchestre de chambre d’Europe-, toujours indépassée, chez Teldec) se révèle porter d’une énergie affûtée renouvelée, avec un rapport bois, cordes repensé dan sel sens de la clarté concertante (ce dès le début des variations sur un thème de Joseph Haydn cd1). De même le début de la Symphonie n°1 portée pressée par un flux incandescent d’une urgence inéluctable brille singulièrement par l’équilibre instrumental et la balance nouvellement élaborée qui met en avant les vents et les bois (flûtes et hautbois), jaillissement de l’harmonie qui colore spécifiquement l’énergie vitale de cette entrée en matière qui résonne et s’enfle avec en une sorte d’extase tragique… (Live réalisée à la Philharmonie de berlin en décembre 1996). Tout est dit dans cette fabuleuse narration jamais démonstrative mais intérieure dont l’acuité des timbres, et une nouvelle motricité entre le pupitres soulignent la filiation beethovénienne qui structure de l’intérieur et de façon organique, les 4 Symphonies de Brahms. Toujours en 1996, les Symphonie 2 et l’Ouverture tragique (live de 1996) souligne ce travail spécifique sur la couleur et l’intensité des bois et des vents sur des cordes résolument transparentes : d’ailleurs, Harnoncourt a beaucoup travailler avec les instrumentistes la résolution des phrases en une seul tenue d’archet. L’agilité de la main droite a été un point fondamentale de cette approche régénérative.
Eblouissant HarnoncourtUn an plus tard (cd 3, 1997), les mêmes réalisent le dramatisme tellurique de la n°3 : le chant des bois et de cuivres sur la mer des cordes, cette intelligibilité des pupitres allège considérablement l’allant de texture, fonde l’acuité d’une direction soucieuse d’articulation (clarinette, basson, hautbois…) et aussi d’élégance dans la tenue générale des cordes. La ligne de la clarinette (en dialogue avec le cor…) est particulièrement soignée, prête vive d’une sensibilité suprême au timbre. L’Allégretto qui ouvre telle une aurore pleine de promesses et de plénitudes éphémères, l’admirable n°4 opus 98, confirme le raffinement instrumental qu’apporte la vision de Harnoncourt (même détail et vibration dans l’Andante moderato qui suit) quand l’Allegro giocoso est porté au pieds de la lettre, vif, palpitant, d’une nervosité réjouissante. Enfin le cd 4, ajoute le bénéfice de ce geste aéré, précis, nerveux dans la forme concertante, celle du Concerto n°1 opus 15, taillé comme un diamant vif argent ; où l’ouverture est saisissante d’acuité expressive, un lever de rideau qui impressionne et bouleverse par sa sincérité ; d’autant que la prise de son est d’une richesse de restitution remarquable (jusqu’aux bruits des instruments, et des partitions que l’on feuillète sur les pupitres !) : enregistré en décembre 1999, à Amsterdam avec le Concertgebouw d’Amsterdam, le geste d’Harnoncourt séduit par ses temps ralentis, la profondeur qui s’en dégage aussitôt, une équilibre entre plénitude et urgence, langueur, désespoir (Adagio); un bouillonnement et une tendresse mêlés formant un superbe bain d’émotions et de sentiments qui déferlent, affleurent, se déploient avec un naturel irrésistible : l’orchestre ainsi dirigé compose un tapis et un écrin idéal pour le piano certes sensible mais moins inspiré, habité du soliste Rudolf Buchbinder (beaucoup moins nuancé et suggestif que le chef). Ce que parvient à réaliser le chef avec les instrumentistes reste saisissant. Réellement impressionnant. Dans le cd 5, le Concerto pour piano n°2 y cultive les mêmes qualités : vibration superlative de l’orchestre, d’une hauteur poétique irrésistible, d’un dramatisme attentif et contrasté, auquel répond le jeu parfois épais et percussion à outrance du soliste. Harnoncourt chez Brahms fut captivant : ces 5 cd le démontrent sans réserve. Magistrale révélation ou confirmation s’agissant du Baroqueux chez le plus romantique des Romantiques germaniques. Incontournable.

Cd, coffret. Nikolaus Harnoncourt. BRAHMS : Symphonies, Concertos pour pianos, Variations, Ouvertures. Berliner Philharmoniker (1996-1997), Royal Concertgebouw Orchestra Amsterdam (Live de 1999). 5 cd Warner classics. 0190295 975104. CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2016.

CD événement, compte rendu critique. Beethoven : Missa Solemnis : Nikolaus Harnoncourt (2015, 1 cd Sony classical)

harnoncourt beethoven missa solemnis ete 2015 2 cd sony classical review presentation annonce CLASSIQUENEWS critique cdCD événement, compte rendu critique. Beethoven : Missa Solemnis : Nikolaus Harnoncourt (2015, 1 cd Sony classical). La Missa Solemnis de Beethoven : L’adieu à la vie d’Harnoncourt. On connaît évidemment la référence de l’Å“uvre, monument discographique indépassable par sa fièvre, sa poésie, son souffle collectif comme ses incises individuelles: la Missa Solemnis de Karajan enregistrée en 1985 (là aussi véritable testament artistique du maître autrichien) qui reste le sommet de l’esthétique Karajan de l’enregistrement. Un autre immense chef qui nous a donc quitté après l’avoir livrée, Nikolaus Harnoncourt l’intrépide (né berlinois en 1929, décédé en mars 2016), nous offre sa propre vision de la Solemnis (dans cet album qui serait donc son dernier enregistrement chez Sony). Pour celui qui utilise les instruments d’époque pour non plus ressusciter les partitions du passé mais bien les électriser, le défi de la Solemnis, arche morale et spirituelle est un but toujours ciblé, un Graal. Or dès 1954, la fondation de son propre ensemble Concentus Musicus à Vienne indique désormais la voie de la résurrection musicale. Jouer dans la joie. Recréer par la rhétorique et l’éloquence servie, le mouvement de l’échange, l’expressivité mordante, titillante du dialogue… Non plus divertir, mais déranger le public et les interprètes, et les secouer même s’il le faut. La direction toute d’atténuation sidérante dans la résolution finale de cette Solemnis, au rebondissement conclusif digne d’un opéra, atteint un degré de cohérence et d’extrême fragilité à couper le souffle. Harnoncourt y invite le silence et le mystère, inscrivant la fine ciselure instrumentale et collective dans l’ombre. Le dernier accord en ce sens est inscrit dans le silence, comme une révérence depuis le début présente, enfin exprimée. L’effet relève du miracle.

 

 

 

 

Enregistrée live en juillet 2015, la Missa Solemnis comporte le dernier Harnoncourt à son sommet…

Testament spirituel de Nikolaus Harnoncourt

 

Harnoncourt_maestro nikolaus harnoncourt johann strauss coffret 7 cd Warner classicsC’est ce que nous enseigne et diffuse ce dernier enregistrement dédié à Beethoven. Ainsi conclut Harnoncourt le défricheur visionnaire. Son irrespect tous azimut, sa détestation des postures, ont aiguisé un esprit expérimentateur, foncièrement, viscéralement libre dont CLASSIQUENEWS a mesuré par un CLIC de mai 2016, l’excellence poétique, dans les Symphonies de Beethoven (n°4 et n°5, CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2016 : lire notre critique complète des Symphonies de Beethoven par Nikolaus Harnoncourt) ; à croire qu’après Mozart, Harnoncourt au final n’a respiré que par le génie de Bonn après avoir approfondi comme peu, la gravité innocente de Wolfgang. On sait que Beethoven fut une source d’immense admiration et peut-être l’origine de sa vocation musicale, découvrant ce qu’en tirait Furtwängler : le feu de la vie, la source primordial du désir fraternel, la volonté humaniste. Le dernier Harnoncourt a rebours de bien des lectures molles et consensuelles nous apporte la preuve des bienfaits de l’audace, de la critique ; l’illumination qui naît de la révélation : le maestro sait le monde ; son défaitisme et son pessimisme en ont témoigné. Ils ont exprimé une expérience de la vie humaine : tout n’est qu’un vide criant, nourri par la bêtise et la barbarie ordinaire ; il n’y a que l’art qui puisse nous sortir de la pensée réaliste, hideuse, incontournable. On y retrouve le regard parfois exorbité du maître (nyctalope ?), d’une sincérité irrésistible. Une clairvoyance décuplée, déposée dans chacun de ses gestes, de ses phrases pour un orchestre miroir (révélateur de ses propres visions, terreurs, espoirs). On s’y délecte surtout de sa lecture féline et suave, éruptive, prête à toutes les (re)découvertes sur une partition dont le Maître ne cesse de révéler l’âpreté expressive, la justesse poétique, la profonde humanité.

Harnoncourt au sommet !Voici donc le testament artistique (et sacré) du Maître Harnoncourt, enregistré sur le vif lors du dernier festival Styriarte fondé par le chef à Graz (Autriche), en juillet 2015. On y retrouve le même pouvoir sidérant détecté dans ses dernières Symphonies de Beethoven (4 et 5), complément de la Solemnis, composant un dernier témoignage avant sa mort. Le souffle, la grandeur, une éloquence ciselée qui ralentit volontiers les tempi, laisse s’épanouir le sentiment collectif d’une pleine conscience, comme le relief des instruments anciens (flûte, cors, hautbois) attestent évidemment d’une réflexion sur la partition menée depuis des décennies. Abordée dès 1988, au moment de son premier Fidelio à Hambourg, la Solemnis est une cathédrale impressionnante dont le maestro restitue et soigne constamment l’esprit de clarté, et aussi la sérénité “impénétrable” (ce choeur fraternel semble nous renvoyer le miracle d’une humanité enfin réconciliée, plus irréelle que possible). Les séquences solistes et choeurs sont bouleversantes : cf l’”Amen” du finale de l’Et resurrexit ; traitées avec une tendresse intérieure nouvelle.

Eblouissant HarnoncourtL’oeuvre écrite pour l’élévation d’un ascendant du chef lui-même, l’archiduc Rodolphe d’Autriche (un ancien élève de Beethoven) au titre d’Archevêque d’Olomouc, est conçue sur un long terme de 1817 à 1823. Sa grandeur n’écarte pas son profond et grave questionnement : la concentration recueillie des solistes (début du Sanctus); l’approfondissement spectaculaire et d’une majesté qui reste secrète dans le mystère d’une révélation silencieuse du Praeludium et du bouleversant Benedictus qui lui succède, traduisent cette humanisme d’un Beethoven qui parle au cÅ“ur, — instant de suspension ultime, où comme si à l’orchestre murmurant, caressant, il s’agissait des eaux qui se retirent pour découvrir / envisager un monde nouveau ; le compositeur / le chef exprime(nt) sa/leur plus touchante prière dans l’énoncé du violon solo (dialoguant avec les bois veloutés et suaves – basson, clarinette…, puis les solistes et le choeur) : prière pour une humanité libérée de ses entraves. Le quatuor vocal réunit par Harnoncourt est irrésistible (la basse et ses phrasés : Ruben Drole saisit) : voilà qui nous parle d’humanité, que d’humanité, en une effusion d’une sensibilité adoucie, rassérénée… à pleurer.
Ce testament de Nikolaus Harnoncourt est un événement, incontournable à écouter, mesurer, comprendre ; d’une vérité sincère qui est souvent le propre des ultimes témoignages des maestros en leur fin sublime et déclinante (LIRE ici l’enregistrement sur le vif de la Symphonie n°9 de Bruckner par Claudio abbado avec l’Orchestre du festival de Lucerne, captée en août 2013 quelques mois avant sa disparition, publié par DG en 2015, elle aussi gravure superlative couronnée par le CLIC de CLASSIQUENEWS). La profonde acuité des accents, l’équilibre, la transparence et la clarté, l’éloquence chambriste de cette lecture saisissent. Harnoncourt est un architecte qui construit une dramaturgie d’une cohérence absolue : la dernière séquence Dona nobis, imprécation énoncée par la basse et le choeur d’une atténuation grave, inspirée par le renoncement en une couleur wagnérienne- étend dans sa première phase, une langueur de sépulcre. Sans omettre l’unité recueillie, tendre et sereine du choeur et des solistes d’un bout à l’autre, le crépitement permanent du geste, la quête de vérité dans la sincérité (quel style et quelle intonation chez les solistes ainsi “accordés”), la concentration continue frappent et singularisent une lecture qui deviendra légendaire à n’en pas douter (finale porté par une espérance d’une sincérité retenue, pudique, franche). La vérité est beauté : elle naît du risque assumée, portée avec une grâce inouïe, sous la direction d’un chef qui donne tout.. puis s’enfonce dans le mystère. Bouleversant. CLIC de CLASSIQUENEWS de juin 2016.

 

 

CLIC_macaron_2014CD événement, compte rendu critique : Beethoven, Missa Solemnis opus 123 (1823). Laura Aikin, Bernarda Fink, Johannes Chum, Ruben Noble. Arnold Schoenberg Chor, Concentus Musicus Wien. Nikolaus Harnoncourt, direction. 1 cd Sony classical. Enregistré à Graz (Autriche) en juillet 2015. CLIC de CLASSIQUENEWS.COM

 

LIRE aussi les dernières Symphonies de Mozart, n°39,41 et 41, “oratorio instrumental” par Nikolaus Harnoncourt (Sony classical, 2014)

Nikolaus Harnoncourt s’est éteint samedi 5 mars 2016

harnoncourt nikolausDECES. Le chef d’orchestre autrichien Nikolaus Harnoncourt, au moment de ses 86 ans, avait mis fin à sa carrière en décembre dernier. Le maestro défricheur, pilier de la révolution baroqueuse apportant un regard neuf sur les Å“uvres et la façon de les interpréter nous a quitté samedi 5 mars 2016. Dans un prochain article, CLASSIQUENEWS retracera l’itinéraire et surtout l’apport d’une direction affûtée, critique, et pourtant gourmande et d’une exceptionnelle activité expressive : chez Monteverdi, surtout Mozart et récemment Beethoven… (qu’il devait dirigé à Salzbourg cet été, pour la 9ème Symphonie après avoir publié en janvier les Symphonies 4 et 5 :”CLIC de CLASSIQUENEWS” de février 2016).  Voici notre communiqué au moment de l’annonce de sa retraite en décembre 2015. Le chef inoubliable se sera éteint trois mois plus tard.

Dans un communiqué diffusé par le bureau du festival Styriate qu’il a créé à Graz (Autriche), le pionnier de la révolution baroque et l’interprète le plus inspiré et le plus audacieux des répertoires des XVIIè et XVIIIè (avec William Christie), Nikolaus Harnoncourt (né Comte à Berlin en décembre 1929), confirme sa décision de se retirer des salles de concerts et des studios d’enregistrement.  Affûté, sans a priori, en quête de nouveaux mondes musicaux, révélant la puissante magie des timbres sur instruments d’époque, Nikolaus Harnoncourt a révolutionné l’interprétation des répertoires (pilotant entre autres, son ensemble spécialisé Concentus Musicus de Vienne) avec une acuité expérimentale et défricheuse qui va du XVIè aux romantiques et aux modernes du XXème siècle.

Défricheur et pionnier, Harnoncourt met fin à sa carrièreSes récents enregistrements parus chez Sony classical dont un inoubliable geste intérieur, spirituel dédié aux 3 dernières Symphonies de Mozart (triptyque conçu comme un “oratorio instrumental”),  confirment une vision unique et personnelle dont les qualités sont toujours restées sobriété, vérité, analyse, profondeur. Son Mozart, éclairé aussi à Salzbourg – Les Noces, Don Giovanni, Cosi, éblouissants par leur noirceur et leur sincérité humaine-, est son offrande la plus bouleversante. Bonne retraite maestro.

 

 

 

 

Les derniers cd Mozart de Nikolaus Harnoncourt

harnoncourt mozart symphonies last symphonies 39, 40, 41 instrumental oratorium concentus musicus wien cd sony classicalCD. Mozart : 3 dernières Symphonies n°39,40, 41. Nikolaus Harnoncourt, Concentus Musicus Wien, décembre 2012, 2 cd Sony classical. Parues le 25 août 2014, les 3 dernières Symphonies de Mozart (n°39,40, 41) synthétisent ici, pour Nikolaus Harnoncourt et dans cet enregistrement réalisé avec ses chers instrumentistes du Concentus Musicus Wien, l’expérience de toute une vie (60 années) passée au service du grand Wolfgang : sa connaissance intime et profonde des opéras, les plus importants dirigés à Salzbourg entre autres (la trilogie Da Ponte, La Clémence de Titus, La Flûte enchantée…), suffit à enrichir et nourrir une vision personnelle et originale sur l’écriture mozartienne ; s’appuyant sur le mordant expressif si finement coloré et intensément caractérisé des instruments anciens, le chef autrichien réalise un accomplissement dont l’absolue réussite était déjà préfigurée dans son cd antérieur dédié au Mozart Symphoniste (Symphonie n°35 Haffner, édité en janvier 2014, « CLIC » de classiquenews)  ou encore aux Concertos pour piano n°25 et 23. Dans cette réalisation particulièrement attendue, Harnoncourt envisage les 3 Symphonies non plus comme une trilogie orchestrale – ce qui est aujourd’hui défendu par de nombreux musicologues et chefs- mais comme un « oratorio instrumental en 12 mouvements », subtilement enchaînés, en un tout inéluctablement organique. Par oratorio, Harnoncourt voudrait-il jusqu’à évoquer une partition touchée par la grâce divine, dont la ferveur sincère nous touche évidemment par sa justesse poétique et les moyens mis en œuvre pour en exprimer le sens ?

 

 

mais aussi….

CD. Nikolaus Harnoncourt. Johann Strauss II (7 cd Warner classics)

Johann-Strauss-II-par-Nikolaus-Harnoncourt_Nikolaus Harnoncourt. Johann Strauss II (7 cd Warner classics) coffret boxCD. Nikolaus Harnoncourt. Johann Strauss II (7 cd Warner classics). Harnoncourt s’est expliqué longuement sur le sujet : né allemand mais viennois jusqu’au bout de la baguette, le chef berlinois, 85 ans en 2015, porte en lui cette élégance autrichienne, fine combinaison entre élégance et danses populaires, raffinement et … rusticité. Inspiré par les mélodies de la rue comme les danses traditionnelles, Johann II Strauss (1825-1899), roi de la valse, s’inscrit dans la tradition d’un Schubert, et avant lui de Haydn et de Mozart. Le maestro si convaincant chez Monteverdi et nombre de compositeurs baroques dont il aura renouvelé l’approche avec ses musiciens du Concentus Musicus,- mais aussi Mozart ou Beethoven : Harnoncourt depuis toujours défend un Strauss concrètement… rustique et élégantissime.

 

 

Livres. Nikolaus Harnoncourt : La Parole musicale (Actes Sud)

actes Sud harnoncourt la parole musicale propos sur la musique romantique actes sud livres clic de classiquenews octobre 2014Livres. Nikolaus Harnoncourt : La Parole musicale (Actes Sud). Coquille sur la couverture : contrairement à ce qui est indiqué, les propos recueillis ici ne concernent pas uniquement les compositeurs romantiques… A moins que Mozart (et ses ultimes Symphonies dont la centrale K550 en sol mineur) soit lui aussi romantique… ce qui nous comblerait de joie (!), car sa modernité et sa sensibilité visionnaire ne peuvent selon nous être rangées dans aucune case… trêve d’observations de détail : car c’est bien de plusieurs textes décisifs et lumineux dont il est question dans ce nouvel opus à propos de Beethoven, Schubert, Schumann, Brahms, Bruckner et même Bizet et Verdi (mais pas de Strauss ni de Mahler : Harnoncourt n’a jamais caché qu’il les jugeait l’un et l’autre « trop bavards »). Comme directeur musical de son festival Styriarte en Autriche, Nikolaus Harnoncourt a pu aborder nombre de compositeurs, lyriques et symphoniques auxquels il a consacré des discours et présentations très détaillés, surtout très militants. Le texte liminaire le plus pertinents demeure celui sur Mozart et le sens profond de sa Symphonie axiale / centrale au sein de la trilogie des trois dernières : 39, 40 et 41 « Jupiter ». La K 550 en sol mineur résonne comme une déflagration, par sa sonorité inédite et inclassable qui fait imploser la forme elle-même et le tissu mélodique comme harmonique. Sa signification profonde s’entend avec les deux autres qui l’encadrent. Jamais Harnoncourt, exceptionnel mozartien (il a dirigé les opéras majeurs à Salzbourg) n’a été ici plus argumenté, mieux inspiré, dans un texte rédigé pour les 250 ans de Mozart au Mozarteum de Salzbourg (2006). Pour passer des intentions à la pratique le lecteur se reportera à l’excellent double cd édité simultanément chez Sony classical, dédié justement au 3 dernières Symphonies conçu comme «  un oratorio instrumental », CLIC de classiquenews du mois de septembre 2014.

 

 

Nikolaus Harnoncourt s’est éteint samedi 5 mars 2016

harnoncourt nikolausDECES. Le chef d’orchestre autrichien Nikolaus Harnoncourt, au moment de ses 86 ans, avait mis fin à sa carrière en décembre dernier. Le maestro défricheur, pilier de la révolution baroqueuse apportant un regard neuf sur les Å“uvres et la façon de les interpréter nous a quitté samedi 5 mars 2016. Dans un prochain article, CLASSIQUENEWS retracera l’itinéraire et surtout l’apport d’une direction affûtée, critique, et pourtant gourmande et d’une exceptionnelle activité : chez Monteverdi, surtout Mozart et récemment Beethoven… Voici notre communiqué au moment de l’annonce de sa retraite en décembre 2015. Le chef inoubliable se sera éteint trois mois plus tard.

Dans un communiqué diffusé par le bureau du festival Styriate qu’il a créé à Graz (Autriche), le pionnier de la révolution baroque et l’interprète le plus inspiré et le plus audacieux des répertoires des XVIIè et XVIIIè (avec William Christie), Nikolaus Harnoncourt (né Comte à Berlin en décembre 1929), confirme sa décision de se retirer des salles de concerts et des studios d’enregistrement.  Affûté, sans a priori, en quête de nouveaux mondes musicaux, révélant la puissante magie des timbres sur instruments d’époque, Nikolaus Harnoncourt a révolutionné l’interprétation des répertoires (pilotant entre autres, son ensemble spécialisé Concentus Musicus de Vienne) avec une acuité expérimentale et défricheuse qui va du XVIè aux romantiques et aux modernes du XXème siècle.

Défricheur et pionnier, Harnoncourt met fin à sa carrièreSes récents enregistrements parus chez Sony classical dont un inoubliable geste intérieur, spirituel dédié aux 3 dernières Symphonies de Mozart (triptyque conçu comme un “oratorio instrumental”),  confirment une vision unique et personnelle dont les qualités sont toujours restées sobriété, vérité, analyse, profondeur. Son Mozart, éclairé aussi à Salzbourg – Les Noces, Don Giovanni, Cosi, éblouissants par leur noirceur et leur sincérité humaine-, est son offrande la plus bouleversante. Bonne retraite maestro.

 

 

 

 

Les derniers cd Mozart de Nikolaus Harnoncourt

harnoncourt mozart symphonies last symphonies 39, 40, 41 instrumental oratorium concentus musicus wien cd sony classicalCD. Mozart : 3 dernières Symphonies n°39,40, 41. Nikolaus Harnoncourt, Concentus Musicus Wien, décembre 2012, 2 cd Sony classical. Parues le 25 août 2014, les 3 dernières Symphonies de Mozart (n°39,40, 41) synthétisent ici, pour Nikolaus Harnoncourt et dans cet enregistrement réalisé avec ses chers instrumentistes du Concentus Musicus Wien, l’expérience de toute une vie (60 années) passée au service du grand Wolfgang : sa connaissance intime et profonde des opéras, les plus importants dirigés à Salzbourg entre autres (la trilogie Da Ponte, La Clémence de Titus, La Flûte enchantée…), suffit à enrichir et nourrir une vision personnelle et originale sur l’écriture mozartienne ; s’appuyant sur le mordant expressif si finement coloré et intensément caractérisé des instruments anciens, le chef autrichien réalise un accomplissement dont l’absolue réussite était déjà préfigurée dans son cd antérieur dédié au Mozart Symphoniste (Symphonie n°35 Haffner, édité en janvier 2014, « CLIC » de classiquenews)  ou encore aux Concertos pour piano n°25 et 23. Dans cette réalisation particulièrement attendue, Harnoncourt envisage les 3 Symphonies non plus comme une trilogie orchestrale – ce qui est aujourd’hui défendu par de nombreux musicologues et chefs- mais comme un « oratorio instrumental en 12 mouvements », subtilement enchaînés, en un tout inéluctablement organique. Par oratorio, Harnoncourt voudrait-il jusqu’à évoquer une partition touchée par la grâce divine, dont la ferveur sincère nous touche évidemment par sa justesse poétique et les moyens mis en œuvre pour en exprimer le sens ?

 

 

mais aussi….

CD. Nikolaus Harnoncourt. Johann Strauss II (7 cd Warner classics)

Johann-Strauss-II-par-Nikolaus-Harnoncourt_Nikolaus Harnoncourt. Johann Strauss II (7 cd Warner classics) coffret boxCD. Nikolaus Harnoncourt. Johann Strauss II (7 cd Warner classics). Harnoncourt s’est expliqué longuement sur le sujet : né allemand mais viennois jusqu’au bout de la baguette, le chef berlinois, 85 ans en 2015, porte en lui cette élégance autrichienne, fine combinaison entre élégance et danses populaires, raffinement et … rusticité. Inspiré par les mélodies de la rue comme les danses traditionnelles, Johann II Strauss (1825-1899), roi de la valse, s’inscrit dans la tradition d’un Schubert, et avant lui de Haydn et de Mozart. Le maestro si convaincant chez Monteverdi et nombre de compositeurs baroques dont il aura renouvelé l’approche avec ses musiciens du Concentus Musicus,- mais aussi Mozart ou Beethoven : Harnoncourt depuis toujours défend un Strauss concrètement… rustique et élégantissime.

 

 

Livres. Nikolaus Harnoncourt : La Parole musicale (Actes Sud)

actes Sud harnoncourt la parole musicale propos sur la musique romantique actes sud livres clic de classiquenews octobre 2014Livres. Nikolaus Harnoncourt : La Parole musicale (Actes Sud). Coquille sur la couverture : contrairement à ce qui est indiqué, les propos recueillis ici ne concernent pas uniquement les compositeurs romantiques… A moins que Mozart (et ses ultimes Symphonies dont la centrale K550 en sol mineur) soit lui aussi romantique… ce qui nous comblerait de joie (!), car sa modernité et sa sensibilité visionnaire ne peuvent selon nous être rangées dans aucune case… trêve d’observations de détail : car c’est bien de plusieurs textes décisifs et lumineux dont il est question dans ce nouvel opus à propos de Beethoven, Schubert, Schumann, Brahms, Bruckner et même Bizet et Verdi (mais pas de Strauss ni de Mahler : Harnoncourt n’a jamais caché qu’il les jugeait l’un et l’autre « trop bavards »). Comme directeur musical de son festival Styriarte en Autriche, Nikolaus Harnoncourt a pu aborder nombre de compositeurs, lyriques et symphoniques auxquels il a consacré des discours et présentations très détaillés, surtout très militants. Le texte liminaire le plus pertinents demeure celui sur Mozart et le sens profond de sa Symphonie axiale / centrale au sein de la trilogie des trois dernières : 39, 40 et 41 « Jupiter ». La K 550 en sol mineur résonne comme une déflagration, par sa sonorité inédite et inclassable qui fait imploser la forme elle-même et le tissu mélodique comme harmonique. Sa signification profonde s’entend avec les deux autres qui l’encadrent. Jamais Harnoncourt, exceptionnel mozartien (il a dirigé les opéras majeurs à Salzbourg) n’a été ici plus argumenté, mieux inspiré, dans un texte rédigé pour les 250 ans de Mozart au Mozarteum de Salzbourg (2006). Pour passer des intentions à la pratique le lecteur se reportera à l’excellent double cd édité simultanément chez Sony classical, dédié justement au 3 dernières Symphonies conçu comme «  un oratorio instrumental », CLIC de classiquenews du mois de septembre 2014.

 

 

CD. Nikolaus Harnoncourt. Johann Strauss II (7 cd Warner classics)

Johann-Strauss-II-par-Nikolaus-Harnoncourt_Nikolaus Harnoncourt. Johann Strauss II (7 cd Warner classics) coffret boxCD. Nikolaus Harnoncourt. Johann Strauss II (7 cd Warner classics). Harnoncourt s’est expliqué longuement sur le sujet : né allemand mais viennois jusqu’au bout de la baguette, le chef berlinois, 85 ans en 2015, porte en lui cette élégance autrichienne, fine combinaison entre élégance et danses populaires, raffinement et … rusticité. Inspiré par les mélodies de la rue comme les danses traditionnelles, Johann II Strauss (1825-1899), roi de la valse, s’inscrit dans la tradition d’un Schubert, et avant lui de Haydn et de Mozart. Le maestro si convaincant chez Monteverdi et nombre de compositeurs baroques dont il aura renouvelé l’approche avec ses musiciens du Concentus Musicus,- mais aussi Mozart ou Beethoven : Harnoncourt depuis toujours défend un Strauss concrètement… rustique et élégantissime.

Nouvelle Chauve Souris à l'Opéra de ToursC’est toute la valeur du coffret de 7cd Warner : premier hommage à celui qui reste à plus de 80 ans, d’une audace et d’une exigence absolues, infiniment plus visionnaire encore que bon nombre de ses héritiers et disciples, « suiveurs » de la 2,3è et 4è générations d’interprètes. Les Gustav Leonhardt et Frans Brüggen sont partis ; reste Harnoncourt (et ses cadets parmi lesquels le plus actif William Christie), véritables détenteurs d’un regard sans concession, – et depuis plus de 30 ans-, argumenté, original, légitime et constamment critique sur les répertoires choisis. Harnoncourt, Christie n’incarnent pas seulement une sonorité, un héritage musical fabuleux, ils transmettent aussi une esthétique et un mode de travail désormais inévitable, dont la justesse devrait mieux inspirer la plupart des orchestres modernes (si routiniers, si pépères et sans surprise…).

Le coffret réunit deux opéras-opérettes : l’ineffable et si subtile Chauve souris enregistrée ici au Concertgebouw d’Amsterdam en juin 1987 (et donc avec l’orchestre local du royal Concertgebouw : Die Fledermaus, avec Gruberova, délectable comtesse hongroise et à la ville Madame Eisenstein, soit Rosalinde ; Barbara Bonney en Adèle / Olga… délicieusement insolente ; surtout Lipovsek en Orlofsky dépressif, suavement androgyne) ; Le baron Tzigane enregistré au Konzerthaus de Vienne en avril 1994 à la tête du Wiener Symphoniker (Der Zigeunerbaron) soit les 4 premiers cd ; suivent un important legs symphonique de danses : valses, polkas, galops, poème symphonique dont Le beau Danube bleu (cd5 : Nikolaus Harnoncourt y dirige le royal Concertgebouw d’Amsterdam : ouvertures du Baron Tzigane et de La Chauve souris, valses diverses… – Concertgebouw d’Amsterdam, mai 1986 et juin 1987).

Harnoncourt_maestro nikolaus harnoncourt johann strauss coffret 7 cd Warner classicsLes deux derniers cd comprennent deux programmes plus récents encore : « Johann Strauss à Berlin » (live capté avec le Philharmonique de Berlin en septembre 1998) et le dorénavant légendaire concert du Nouvel An au Konzerthaus de Vienne 2001, moment heureux d’une incontestable plénitude orchestrale : cycle de danses et valses de Johann II, complété par la Marche de Radetsky (signé par le père Johann I), et Die Schönbrunner de Joseph Lanner (de la même génération que Johann père… ). Outre l’affinité d’Harnoncourt avec l’élégance et la nostalgie johannesque, le programme à Vienne dévoile aussi le génie de l’autre Strauss, frère cadet de Johann II, Josef qui malgré sa passion de la mécanique et qui voulait être ingénieur, suivit les pas de aîné, affirmant une inspiration aussi puissante, originale et raffinée que celle de son frère (Halekin Polka, Dorfschwalben aux Österreich)

La réalisation est digne d’intérêt voire indispensable : rien ne saurait remplacer Harnoncourt dans un répertoire qu’il sert avec une sanguinité suave d’un raffinement contagieux : évidemment La Chauve souris de 1987, Baron Tzigane de 1994, et le dernier cd, comprenant Strauss abordé avec le Philharmonique de Vienne pour le concert du Nouvel 2001… sont les perles d’une sélection très conviancante… voire irrésistible. Coffret événement.

CD. Nikolaus Harnoncourt. Johann Strauss II (7 cd Warner classics).

 

 

 

 logos warner classics eratoCD 1 & 2 : Johann Strauss II : Die Fledermaus (La chauve-souris) : Werner Hollweg – Edita Gruberova – Christian Boesch – Marjana LipovÅ¡ek – Josef Protschka – Anton Scharinger – Waldemar Kmentt – Barbara Bonney – Elisabeth von Magnus. Chorus off De Nederlandse Opera – Orchestre du Royal Concertgebouw.

CD 3 & 4 : Johann Strauss II : Der Zigeunerbaron (Le Baron tzigane) : Herbert Lippert – Pamela Coburn – Rudolf Schasching – Julia Hamari – Wolfgang Holzmair – Christiane Oelze – Elisabeth von Magnus – Hans-Jürgen Lazar – Jürgen Flimm – Robert Florianschütz. Arnold Schoenberg Chor – Wiener Symphoniker.

CD 5 : Johann Strauss II : Ouverture du ‘Baron tzigane’ – Kreuzfidel – Leichtes Blut – Histoires de la forêt viennoise – Marche égyptienne – Wiener Bonbons – Pizzicato-Polka – Unter Donner und Blitz – Le Beau Danube bleu – Ouverture de ‘La chauve-souris’
Orchestre du Royal Concertgebouw, Amsterdam.


CD 6 : Johann Strauss II : Kaiserwalzer – Ouverture de ‘Une nuit à Venise’ – Die Tauben von San Marco – Voix du printemps – Ouverture de ‘La chauve-souris’ – Seid umschlungen, Millionen – Lob der Frauen – Simplicius-Walzer – Tritsch-Tratsch polka – Kaiser Franz Josef I. Rettungs-Jubel Marsch
Berliner Philharmoniker


CD 7 : Concert du Nouvel an 2001 (Vienne)
Johann Strauss I : Marche de Radetzky. Joseph Lanner : Die Schönbrunner – Jägers Lust – Steyerische Tänze. Johann Strauss II : Morgenblätter – Elektro-magnetische Polka – Electrofor – Ouverture de ‘Une nuit à Venise’ – Harlekin-Polka – Dorfschwalben aus Österreich – Vergnügungszug – Seid umschlungen, Millionen – Der Kobold – Luzifer-Polka
Wiener Philharmoniker. Coffret 7CD 0825646222391

DVD. Mozart : La flûte enchantée (Harnoncourt, Salzbourg 2012)

Die-Zauberflote-Sony-BD_155x225DVD. Mozart : La flûte enchantée (Harnoncourt, Salzbourg 2012). Confirmation : Nikolaus Harnoncourt est un immense mozartien. Il n’a cessé de le montrer à … Salzbourg. Cette Flûte en donne une nouvelle preuve tant par sa profondeur, son humanité, sa joie théâtrale aussi car il s’agit d’un opéra populaire dans la meillure acceptation du terme : accessible, enchanteur, où le charme et l’innocence font mouche. Le Tamino de Bernard Richter convainc dans une production qui rejoint les meilleures réalisations salzbourgeoises : pari réussi donc pour l’ouverture du festival 2012. Simultanément à la sortie de ce dvd miraculeux, Sony classical édite aussi une manière de testament musical et mozartien : les 3 dernières Symphonies conçues comme un « oratorio instrumental ». Lire notre critique des 3 dernières symphonies de Mozart par Nikolaus Harnoncourt, CLIC de classiquenews.

Divin Harnoncourt

Kleiter-Richter-Zauberflote-SalzburgDavantage que la réalisation scénique, c’est essentiellement l’interprétation musicale qui force l’admiration. Nikolaus Harnoncourt renouvelle le scintillement instrumental, souligne des combinaisons, des accents, rend compte d’une richesse d’écriture inouï que le chef régénère avec un appétit de premier venu, d’autant que la maestro pétillant et profond peut compter sur la complicité superlative des instrumentistes de son orchestre sur instruments anciens : le Concentus Musicus de Vienne, fondé en 1953-, modèle des ensembles baroques : le sens des phrasés, la précisions des attaques comme des ornements, le timbre, la couleur, le format original du son… tout œuvre à un nouveau spectre musical, plus caractérisé, plus nuancé ; certes moins puissant mais d’une teinte rare qui produit de nouvelles sonorités. Alexander Pereira a réussi à obtenir le retour du grand Nikolaus à Salzbourg car leur relation de travail remonte à Zurich quand le directeur du Festival était directeur de l’Opéra. Réinvestie par de tels orfèvres (et même des vétérans de la pratique « historiquement informée », réactualisant les coups d’archet entre autres-, Alice Harnoncourt, épouse de Nikolaus est comme lui … octogénaire-, la partition éblouit de nouveaux feux, frappant dans l’interaction entre musique et situations, par l’intelligence de l’écriture mozartienne. Harnoncourt s’entend à merveille à exprimer la part si humaine d’un Mozart touché par la grâce, ému aussi, surtout face au destin autant tragique que comique de ses personnages (Pamina, Papageno ne vont-ils pas tenté de sa donner la mort par dépit existentiel ?)…

Et le plateau vocal ? Bon Sarastro de Georg Zeppenfeld ; donc le Tamino (ardent, de plus en plus lumineux) de Bernard Richter, la Pamina de Julia Kleiter hélas tendue dans les aigus. Le Papageno de Markus Werba apporte une contribution sans défaillance, un peu raide (la Papagena est immédiatement mieux chantante, plus naturelle et exaltée), et la Reine de la nuit de Mandy Friedrich très engagée délivre un portrait éruptif d’une mère honteusement manipulatrice.

Schwarz-Kleiter-Richter-WerbaSur les planches, Jens-Daniel Her­zog accumule des idées sans beaucoup de cohérence ni d’esthétisme : son approche théâtrale relève de l’atelier expérimental, un bazar illustré qui combine par fragments des séquences et des visuels plutôt éclectiques. Se fondant sur la volonté de Mozart de développer un opéra populaire, le scénographe garde un Å“il réducteur sur le fil de l’histoire, schématisant à l’extrême une histoire plus complexe entre le bien et le mal sur la manipulation au nom d’un idéal, où les vieilles haines générationnelles – Sarastro et sa secte (ici satanique) et la Reine de la nuit-, s’affrontent, sacrifiant leurs enfants dans un labyrinthe désenchanté, sans issue. La musique comme le sens du conte maçonnique expriment une toute autre réalité que cette lecture prosaïque et linéaire aux costumes laids (palmes de l’horreur pour les blouses et les uniformes en cosmonautes des prêtres de la fratrie de Sarastro ; passons par ailleurs, l’option des 3 garçons vieillis artificiellement, – ne sont-ils pas de vrais sages, guides utiles dans l’initiation de Tamino). Tout cela manque et d’humour léger et d’onirisme enchanteur. S’il n’était la musique divinement dirigée, le spectacle d’ouverture de Salzbourg 2012 manquerait singulièrement de poésie visuelle, d’enchantement. Après tout ne s’agit-il pas de la Flûte d’enchantée ?

Nouvelle production de la Flûte enchantée de Mozart dans une mise en scène de Jens-Daniel Herzog et sous la direction de Nikolaus Harnoncourt, festival de Salzbourg 2012.

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Die Zauberflöte, opéra en deux actes KV 620 (1791). Livret d’Emanuel Schikaneder d’après Lulu ou la Flûte enchantée d’August Jacob Liebeskind

Konzertvereinigung Wiener Staatsopernchor
Concentus Musicus Wien
Nikolaus Harnoncourt, direction
Jens-Daniel Herzog, mise en scène
décors & costumes : Mathis Neidhardt
éclairages : Stefan Bolliger
préparation des chœurs : Ernst Raffelsberger
Avec Georg Zeppenfeld (Sarastro), Bernard Richter (Tamino), Mandy Fredrich (Königin der Nacht), Julia Kleiter (Pamina), Sandra Trattnigg (Erste Dame), Anja Schlosser (Zweite Dame), Wiebke Lehmkuhl (Dritte Dame), Tölzer Knaben (Drei Knaben), Markus Werba (Papageno), Elisabeth Schwarz (Papagena), Rudolf Schasching (Manostatos), Martin Gantner (Sprecher), Lucian Krasznec (Erster Geharnischter / Erster Priester), Andreas Hörl (Zweiter Geharnischter). 2 dvd Sony classical. Parution : octobre 2014.

Livres. Nikolaus Harnoncourt : La Parole musicale (Actes Sud)

actes Sud harnoncourt la parole musicale propos sur la musique romantique actes sud livres clic de classiquenews octobre 2014Livres. Nikolaus Harnoncourt : La Parole musicale (Actes Sud). Coquille sur la couverture : contrairement à ce qui est indiqué, les propos recueillis ici ne concernent pas uniquement les compositeurs romantiques… A moins que Mozart (et ses ultimes Symphonies dont la centrale K550 en sol mineur) soit lui aussi romantique… ce qui nous comblerait de joie (!), car sa modernité et sa sensibilité visionnaire ne peuvent selon nous être rangées dans aucune case… trêve d’observations de détail : car c’est bien de plusieurs textes décisifs et lumineux dont il est question dans ce nouvel opus à propos de Beethoven, Schubert, Schumann, Brahms, Bruckner et même Bizet et Verdi (mais pas de Strauss ni de Mahler : Harnoncourt n’a jamais caché qu’il les jugeait l’un et l’autre « trop bavards »). Comme directeur musical de son festival Styriarte en Autriche, Nikolaus Harnoncourt a pu aborder nombre de compositeurs, lyriques et symphoniques auxquels il a consacré des discours et présentations très détaillés, surtout très militants. Le texte liminaire le plus pertinents demeure celui sur Mozart et le sens profond de sa Symphonie axiale / centrale au sein de la trilogie des trois dernières : 39, 40 et 41 « Jupiter ». La K 550 en sol mineur résonne comme une déflagration, par sa sonorité inédite et inclassable qui fait imploser la forme elle-même et le tissu mélodique comme harmonique. Sa signification profonde s’entend avec les deux autres qui l’encadrent. Jamais Harnoncourt, exceptionnel mozartien (il a dirigé les opéras majeurs à Salzbourg) n’a été ici plus argumenté, mieux inspiré, dans un texte rédigé pour les 250 ans de Mozart au Mozarteum de Salzbourg (2006). Pour passer des intentions à la pratique le lecteur se reportera à l’excellent double cd édité simultanément chez Sony classical, dédié justement au 3 dernières Symphonies conçu comme «  un oratorio instrumental », CLIC de classiquenews du mois de septembre 2014.

CLIC_macaron_2014Au-delà de l’exercice hommage (légitime), Harnoncourt argumente en faveur du sens profond de l’art dont les grandes œuvres doivent demeurées accessibles et vivantes pour le plus grand nombre. Ainsi se précisent les valeurs d’un chef « exemplaire » qui repousse toujours plus loin l’exercice collectif (chef et orchestre) de la musique, comme une expérience humaniste et spirituelle à partager avec les publics. . A travers les textes de conférence et de présentation liés aux éditions du festival Styriarte, mais aussi grâce à l’apport de plusieurs entretiens traduits, le chef Harnoncourt aborde des thèmes variés (De Beethoven à Berg, 1990 ; la rhétorique musicale chez Beethoven, la Missa Solemnis (Salzbourg 1992), les contrastes de Schubert redécouverts… Ainsi se profile aussi une connaissance aiguë de ce qu’est une certaine musique autrichienne typiquement viennoise, de Schubert à Johann Strauss (en passant par Bruckner) : une manière d’écrire la musique et aussi un regard sur la vie où se mêle musique populaire (danses traditionnelles), élégance, nostalgie… Pour comprendre une écriture, il faut évidemment revenir à ses origines et connaître absolument le manuscrit autographe : avant l’édition qui est la variation réductrice et tronquée, les notes manuscrites du compositeurs offrent un champs polysémantique d’une richesse inouïe :la preuve en est donnée chez Bruckner et aussi ici chez Bizet dont la Carmen présente une palette exceptionnellement détaillée de nuances et d’indications dynamiques (hauteur, intensité, durée, caractère de la note ou de la phrase…).  Ailleurs pour Harnoncourt, Genoveva de Schumann est un sommet dans le genre opéra psychologique et mental, et Aida de Verdi, de la pure musique de chambre, … même Brahms y paraît tel « un vieux garçon usé ».  L’esprit de Nikolaus Harnoncourt n’a jamais cessé d’être depuis ses débuts comme pionniers des relectures baroqueuses sur instruments anciens, d’une verve neuve, en défricheur et en révolutionnaire : depuis 60 ans de pratique musicale, il ne cesse de nous ouvrir des horizons originaux et passionnants sur les œuvres. Un modèle et une personnalité à part… en ses temps de standardisation et de fadeur. Lecture indispensable.

Nikolaus Harnoncourt : La Parole musicale. Sélection de textes, conférences, entretiens, traduits de l’allemand par Sylvain Fort.  Actes Sud Beaux Arts, Hors collection. Septembre, 2014 / 10 x 19 / 240 pages. ISBN 978-2-330-03407-8. Prix indicatif : 22, 00€

CD. Mozart : 3 dernières Symphonies n°39,40, 41 (Nikolaus Harnoncourt, Concentus Musicus Wien, décembre 2012, 2 cd Sony classical)

harnoncourt mozart symphonies last symphonies 39, 40, 41 instrumental oratorium concentus musicus wien cd sony classicalCD. Mozart : 3 dernières Symphonies n°39,40, 41. Nikolaus Harnoncourt, Concentus Musicus Wien, décembre 2012, 2 cd Sony classical. Parues le 25 août 2014, les 3 dernières Symphonies de Mozart (n°39,40, 41) synthétisent ici, pour Nikolaus Harnoncourt et dans cet enregistrement réalisé avec ses chers instrumentistes du Concentus Musicus Wien, l’expérience de toute une vie (60 années) passée au service du grand Wolfgang : sa connaissance intime et profonde des opéras, les plus importants dirigés à Salzbourg entre autres (la trilogie Da Ponte, La Clémence de Titus, La Flûte enchantée…), suffit à enrichir et nourrir une vision personnelle et originale sur l’écriture mozartienne ; s’appuyant sur le mordant expressif si finement coloré et intensément caractérisé des instruments anciens, le chef autrichien réalise un accomplissement dont l’absolue réussite était déjà préfigurée dans son cd antérieur dédié au Mozart Symphoniste (Symphonie n°35 Haffner, édité en janvier 2014, « CLIC » de classiquenews)  ou encore aux Concertos pour piano n°25 et 23. Dans cette réalisation particulièrement attendue, Harnoncourt envisage les 3 Symphonies non plus comme une trilogie orchestrale – ce qui est aujourd’hui défendu par de nombreux musicologues et chefs- mais comme un « oratorio instrumental en 12 mouvements », subtilement enchaînés, en un tout inéluctablement organique. Par oratorio, Harnoncourt voudrait-il jusqu’à évoquer une partition touchée par la grâce divine, dont la ferveur sincère nous touche évidemment par sa justesse poétique et les moyens mis en Å“uvre pour en exprimer le sens ?

 

CLIC_macaron_2014La souple vivacité des instruments d’époque éclaire le raffinement et l’énergie d’un Mozart prébeethovénien… qui semble de facto dans ses 3 ultimes massifs symphoniques ouvrir un nouveau monde; son style prépare déjà l’éclosion du sentiment romantique : on demeure saisi par la sombre coloration si pudique et ténue de la symphonie intermédiaire et centrale la 40 en sol mineur, tissée dans une étoffe des plus intimes comme si Mozart s’y révélait personnellement entre les notes… Harnoncourt sait approfondir pour chaque épidode/mouvement, une irrésistible tension où propre à l’été 1788, à l’occasion d’une très courte période de productivité, Mozart accouche de ce cycle qui frappe par son intelligence trépidante, l’espoir coûte que coûte, même s’il est aussi capable de vertiges noirs et suffocants, par un sens du temps tragique et tendre qui ne s’embarrasse d’aucune formule européenne si commune à son époque : le langage qu’y développe Mozart n’appartient qu’à lui, et dans bien des mesures, il annonce tous les grands symphonistes romantiques du siècle suivant…

 

Harnoncourt en digne successeur de Bruno Walter qui dans les années 1950, il y a 60 ans, apportait lui aussi un témoignage et une compréhension décisifs chez Sony classical, marque de toute évidence l’interprétation mozartienne dans ce double cd incontournable. Outre la pertinence du propos, le chef, pionnier de la révolution baroque, montre avec quel feu juvénile et réformateur, il entend encore nous apprendre des choses sur Mozart ! Le geste est en soi exemplaire et admirable : d’une jeunesse exceptionnelle…A ce degré d’approfondissement, il partage une acuité artistique avec son pair en France, William Christie. En soulignant que la 40ème ne comporte pas de réelle entrée ni de finale, – comme la 39ème dont le finale en forme de destruction mélodique puis harmonique attend une résolution-, Harnoncourt qui distingue nettement l’immense portique finale de la 41 (Jupiter), apporte la preuve de l’unité interne associant les 3 volets en une triade inséparable. Ici chaque mouvement engendre la pulsion de celui qui s’enchaîne après lui, semble en découler naturellement… Réussir cette fluidité cyclique et d’une profonde cohérence organique est déjà en soi un défi méritant qui fait toute la valeur de cette nouvelle interprétation des Symphonies de Mozart.

 

 

harnoncourt nikolaus

 

 

 

Au centre du triptyque, la Symphonie centrale, la fameuse et irrésistible K550 en sol mineur (enregistrée en décembre 2012), est l’axe le plus prenant et le plus saisissant du cyle mozartien. Le sol mineur est la tonalité de la mort et de la tristesse… Dans le premier mouvement, Harnoncourt soigne la morsure des cors, l’ivresse de la construction façonnée comme une course à l’abîme… Du second mouvement (andante), il éclaire l’ombre caressante et plus mystérieuse d’une rêverie … (superbe horizon des cordes évanescentes et concrètes à la fois). Le travail sur le murmure coloré des bois (chant ciselé de la clarinette) est exceptionnel. Sa claire diction et les multiples éclairs de lumière telle la succession d’aubes d’une sereine espérance sont d’un ton déjà… beethovénien.  Dans le IIIè mouvement, l’éloquence de l’harmonie instrumentale se montre poussée à l’extrême : rondeur et fruité des bois, éclat nuancé des vents : c’est un idéal pastoral (cors profonds et caressants) qui annonce là encore tellement le grand Ludwig. Plus incisif encore, au bord de l’implosion, l’Allegro assai du IV se montre mordant et comme aspiré par une irrépressible force d’engloutissement. Et pourtant dans cette machine à coupe, l’écriture exacerbée semble émanciper la forme jusqu’à sa désintégration, Harnoncourt sait encore cultiver l’incomparabale nostalgie et la suave tendresse dont il a le secret. Le résultat final est un étourdissement qui réclame évidemment la résolution apporté par l’ut  majeur de la 41è, jupitérienne… vaste architecture de reconstruction progressive, particulièrement bienvenue après l’activité inouïe de la K550; quand il parle de cette opus axial et décisif dans l’éclaircissement de la passion mozartienne, Harnoncourt indique ouvertement le génie divin de Wolfgang… ce qui justifie donc l’usage du terme d’oratorio pour l’ensemble du cycle.
On savait que les trois dernières Symphonies étaient liées par une secrète cohérence : Harnoncourt nous en  dévoile toute la magie interne, le flux organique, le jeu des réponses de l’une à l’autre. Mais à travers sa sensibilité et sa justesse poétique, c’est essentiellement la sincérité de Mozart et sa modernité qui se dévoilent sans fards en une prodigieuse réalisation.La Seul K 550 en donne une irrésistible illustration.

Ainsi, la seule Symphonie en sol et l’écoute des morceaux les plus introspectifs (Andante et son questionnement fondamental et profond) puis du Finale (en forme de tourbillon irrésolu) confirme, entre classicisme et romantisme, l’étonnante modernité de Wolfgang : un explorateur visionnaire, un génie définitivement inclassable qui en 1788 ose l’inouïe, permet à tous les autres grands compositeurs après lui de poursuivre la grande histoire symphonique. Il ne s’agit pas seulement d’un jeu formel mais bien de traits singuliers aux résonances de l’ombre où Mozart pose continument la question du sens de la musique et des moyens propres au discours musical. Le dernier mouvement fait apparaître l’exténuation de la mélodie puis l’implosion du cadre harmonique. Jamais aucun symphoniste n’a été si loin dans le développement de la forme … une sorte de mise à plat du métier à laquelle Harnoncourt apporte un souci des timbres,  de chaque intention instrumentale veillant autant au relief qu’à l’équilibre des combinaisons entre pupitres.

La fuite en avant ou la course à l’abîme qui impose son rythme et son oeuvre de démantèlement laisse en fin de parcours l’auditeur littéralement déboussolé : Mozart ouvre des perspectives jamais explorées avant lui… l’éloquence millimétrée des instruments montre à quel degré de maturité linguistique le chef autrichien a conduit ses instrumentistes, proposant des sonorités jubilatoires inoubliables où cuivres, vents et bois caressants et remarquablement loquaces préparent à tous les langages et toutes les syntaxes des symphonistes après Mozart dont à Vienne, évidemment Beethoven et Schubert.

Autant la sol mineur déroute par sa palpitation envoûtante fondamentalement irrésolue,  autant dès son entrée magistrale par son allegro vivace,  la Jupiter affirme sa souveraine quiétude balisée à laquelle Harnoncourt apporte de superbe respirations sur un tempo plutôt (lui aussi) serein. Le Cantabile qui suit affirme mais sur le ton d’une tendresse franche, le sentiment de plénitude avec des pupitres (bois et vents) d’une fusion magique. Mozart n’évite pas quelques lueurs plus inquiétantes,  tentation de l’abîme bientôt effacée/atténuée par la somptuosité discursive de l’orchestre aux teintes et nuances d’une diversité étonnante. Mais on sent bien que la dynamique jaillissante et millimétrée, les mille nuances expressives et les mille couleurs qu’apporte Harnoncourt profite de sa connaissance très poussée de la vie et de l’écriture mozartiennes : Harnoncourt a en mémoire, l’expérience de Mozart dans l’oratorio haendelien et dans celui des grands compositeurs contemporains, en particulier CPE Bah dont il dirige l’oratorio La Résurrection et l’Ascension de Jésus, au printemps 1788 soit juste avant de composer le triptyque qui nous occupe : scintillement instrumental,  raffinement orchestral,  combinaisons jubilaire des solistes de chaque pupitre. … l’idée d’un rapprochement entre l’écriture hautement inspirée du fils Bach est évidemment tentante. Qu’il soit ou nom fondamentalement inspiré par un sujet sacré fondant sa religiosité expliquant sous la plume de Harnoncourt l’usage du terme « oratorio » …, l’éloquence très individualisée de chaque instrument ou de chaque pupitre rappelle évidemment par leur jeu concertant en dialogue permanent,  l’arène continue d’un vrai drame instrumental – nous ne dirions pas oratorio mais plutôt en première choix, opéra instrumental-, dont la souffle et comme le discours nous parlent constamment. La pulsation rayonnante du finale de la 41 (Jupiter) en marque la victoire finale, le point d’accomplissement,  et dans le cycle tripartite,  la résolution spectaculaire tournée vers la lumière… comme le final de La Flûte enchantée ou encore par son entrain d’une irrépressible activité,  le tourbillon conclusif des Noces. On y retrouve le même sentiment : même si cette fin rétablit l’équilibre qui a vacillé,  on sent nettement que la machine peut repartir affirmant toujours et encore l’oeuvre refondatrice d’un Mozart lumineux et bâtisseur. La vision est supérieurement approfondie,  superbement réalisée. On savait Harnoncourt immense Mozartien comme l’ont été hier Erich Kleiber ou Karl Böhm, ou Karajan, Giulini, Abbado… La trilogie symphonique pourrait bien être le point central de son testament artistique et musical.  Double cd magistral. Un accomplissement de tout l’édifice déjà abondamment documenté du Harnoncourt mozartien chez Sony classical.

 

 

CD. Mozart : 3 dernières Symphonies n°39,40, 41. Instrumental oratorium, Oratorio instrumental (Nikolaus Harnoncourt, Concentus Musicus Wien, décembre 2012, 2 cd Sony classical).

CD, annonce. Mozart : les 3 dernières Symphonies n°39,40, 41. Instrumental oratorium, Oratorio instrumental (Nikolaus Harnoncourt, Concentus Musicus Wien, décembre 2012, 1 cd Sony classical)

harnoncourt mozart symphonies last symphonies 39, 40, 41 instrumental oratorium concentus musicus wien cd sony classicalCD, annonce. Mozart : 3 dernières Symphonies n°39,40, 41. Instrumental oratorium, Oratorio instrumental (Nikolaus Harnoncourt, Concentus Musicus Wien, décembre 2012, 1 cd Sony classical). Parues le 25 août 2014, les 3 dernières Symphonies de Mozart (°39,40, 41) synthétisent ici, dans cet enregistrement réalisé avec ses chers instrumentistes du Concentus Musicus Wien, l’expérience de toute une vie (60 années) passée au service du grand Wolfgang : sa connaissance intime et profonde des opéras, le plus importants dirigés à Salzbourg entre autres, suffit à enrichir et nourrir une vision personnelle et originale sur l’écriture mozartienne ; s’appuyant sur le mordant expressif si finement coloré et intensément caractérisé des instruments anciens, le chef autrichien réalise un accomplissement dont l’absolue réussite était déjà préfigurée dans son cd antérieur dédié au Mozart Symphoniste (Symphonie n°35 Haffner, édité en janvier 2014, « CLIC » de classiquenews) ou encore aux Concertos pour piano n°25 et 23. Dans cette réalisation attendue, Harnoncourt envisage les 3 Symphonies non plus comme une trilogie orchestrale – ce qui est aujourd’hui défendu par de nombreux musicologues et chefs- mais comme un « oratorio instrumental en 12 mouvements », subtilement enchaînés, en un tout inéluctablement organique. Par oratorio, Harnoncourt voudrait-il jusqu’à évoquer une partition touchée par la grâce divine, dont la ferveur sincère nous touche évidemment par sa justesse poétique et les moyens mis en Å“uvre pour en exprimer le sens ?

harnoncourt nikolausLa souple vivacité des instruments d’époque éclaire le raffinement et l’énergie d’un Mozart prébeethovénien… qui semble de facto dans ses 3 ultimes massifs symphoniques ouvrir un nouveau monde; son style prépare déjà l’éclosion du sentiment romantique : on demeure saisi par la sombre coloration si pudique et ténue de la symphonie intermédiaire et centrale la 40, tissée dans une étoffe des plus intimes comme si Mozart s’y révélait personnellement entre les notes… Harnoncourt sait approfondir pour chaque épidode/mouvement, une irrésistible tension où propre à l’été 1788, à l’occasion d’une très courte période de productivité, Mozart accouche de ce cycle qui frappe par son intelligence trépidante, l’espoir coûte que coûte, même s’il est aussi capable de vertiges noirs et suffocants, par un sens du temps tragique et tendre qui ne s’embarrasse d’aucune formule européenne si commune à son époque : le langage qu’y développe Mozart n’appartient qu’à lui, et dans bien des mesures, il annonce tous les grands symphonistes romantiques du siècle suivant… Harnoncourt en digne successeur de Bruno Walter qui dans les années 1950, il y a 60 ans, apportait lui aussi un témoignage et une compréhension décisifs chez Sony classical, marque de toute évidence l’interprétation mozartienne dans ce double cd incontournable. Outre la pertinence du propos, le chef, pionnier de la révolution baroque, montre avec quel feu juvénile et réformateur, il entend encore nous apprendre des choses sur Mozart ! Le geste est en soi exemplaire et admirable : d’une jeunesse exceptionnelle… qui partage une acuité artistique avec pair en France, William Christie, comme si dans leurs deux cas, les années et l’expérience stimulaient davantage l’activité de deux cerveaux défricheurs. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)En soulignant que la 40ème ne comporte pas de réelle entrée ni de finale, – comme la 39ème dont le finale en forme de destruction mélodique et harmonique attend une résolution-, Harnoncourt qui distingue nettement l’immense portique finale de la 41 (Jupiter), apporte la preuve de l’unité interne associant les 3 volets en une triade inséparable. Triptyque orchestral d’une invention inédite à son époque, les 3 Symphonies révèlent ainsi un plan d’une rare cohérence : la 39ème emporte par son ardeur juvénile, printanière ; la 40ème frappe par sa conscience aiguisée, ses interrogations parfois paniques auxquelles la 41ème répond dans la lumière. Ici chaque mouvement engendre la pulsion de celui qui s’enchaîne après lui, semble en découler naturellement… Réussir cette fluidité cyclique et d’une profonde cohérence organique est déjà en soi un défi méritant qui fait toute la valeur de cette nouvelle interprétation des Symphonies de Mozart. Prochaine critique complète des 3 dernières Symphonies de Mozart par Nikolaus Harnoncourt et le Concentus Musicus de Vienne dans le mag cd de classiquenews. Elu « CLIC » de classiquenews de septembre 2014.