Compte rendu, concert. Saintes. Abbaye aux Dames, le 9 juillet 2016. Couperin, Guillemain, Quentin, Télémann. Ensemble Nevermind (Anna Besson, traverso; Louis Creac’h, violon; Robin Pharo, viole de gambe; Jean Rondeau, clavecin).

nevermind-2Après une courte et nécessaire pause, nous passons de l’auditorium à l’église abbatiale de l’Abbaye aux Dames. Nous changeons aussi de période, laissant derrière nous, les percussions d’Ars Nova, pour l’ensemble Nevermind, installé en résidence depuis septembre 2015. Ce Quatuor instrumental, formé de quatre amis qui se sont rencontrés au CNSMD de Paris, se consacre à la découverte ou à la redécouverte de compositeurs méconnus, voire totalement inconnus, de la période baroque française. C’est ainsi que le programme de ce nouveau concert dévoile Louis-Gabriel Guillemain (1705-1770) et Jean-Baptiste Quentin (1690-vers1750); deux compositeurs inscrits au programme de leur dernier cd.

 

 

Nevermind en ascension : toujours plus haut, plus beau, plus vivant….

 

Pour débuter son concert, Nevermind présente une Å“uvre déjà connue du public : La Piémontoise (4ème Ordre : Les Nations) composée par François Couperin (1668-1733). Si la direction de Jean Rondeau, depuis son clavecin, est discrète et ferme, la complicité des quatre instrumentistes lui répond avec gourmandise : l’interprétation est rigoureuse, dynamique, entraînante ; les interprètes expriment ce voyage désigné vers le Piémont. Le
cÅ“ur du concert, concerne d’abord Louis-Gabriel Guillemain (1705-1770); violoniste prodige, nommé « violon ordinaire du Roi », Guillemain est aussi compositeur pour le violon, bien sûr, mais aussi pour des ensembles de musique de chambre et pour orchestre.

En ce début d’après midi, c’est la Sonate en quatuor n° 3 que nous propose Nevermind; l’écriture en est charmante, légère quoique hardie et exigeante préfigurant ce que sera celle de Mozart quelques années plus tard. Avec Jean-Baptiste Quentin (1690-vers1750), contemporain de Guillemain, nous entrons dans un univers plus mystérieux; l’oeuvre de Quentin est confidentielle mais dense : seulement une vingtaine de recueils dont le dernier date de 1750. S’il disparaît cette même année, sa mort elle-même reste inexplicable ; et on en ignore la date exacte ; Quentin n’en laisse pas moins des partitions qui gagnent à être connues. Compositeur vivant en plein cÅ“ur de la période baroque, il hérite des techniques de composition de ses prédécesseurs immédiats, Lully ou Marin Marais par exemple et de ses contemporains, Campra ou Rameau entre autres. Avec le Concert à quatre parties (Å“uvre XII, Largo) et la Sonate en quatuor n°3 (Å“uvre XV), Nevermind nous propose deux Å“uvres dont le style est très personnel; marqué par ses illustres contemporains, Quentin ne les copie pas pour autant. Sa musique est certes rigoureuse mais les quatre complices en donnent une lecture dynamique, vivante, sans lourdeur.
Pour terminer, Georg-Philipp Telemann (1681-1767) : un auteur emblématique de la formation car les Quatre instrumentistes se sont rencontrés autour de Telemann qui a composé pour leur formation précise (flûte, violon, viole de gambe, clavecin) ; avec le Nouveau quatuor parisien n°6 en mi mineur, composé lors de son séjour parisien, Nevermind revient à un répertoire certes plus traditionnel mais tout aussi intéressant, alliant raffinement, tension, dramatisme élégant. Les interprètes honorent ainsi un compositeur qui leur a permis dès leurs débuts de s’affirmer : ses Quatuors parisiens sont écrits pour leur formation instrumentale : violon, flûte, viole et clavecin.

Nevermind, nouveau quatuor sur instruments d'époqueLe geste est défricheur, éclairant ce qui se cache ainsi à l’ombre des plus connus : Lully, Campra, Rameau ou Marin Marais. Avec Louis-Gabriel Guillemain (1705-1770) et Jean-Baptiste Quentin (1690-vers1750), NeverMind met en lumière deux hommes dont la musique n’a rien à envier à celle de leurs contemporains. Avec Couperin et Telemann, les Quatre apportent une touche «sécuritaire» à un concert qui a le mérite de nous faire sortir des sentiers battus.

Saintes. Abbaye aux dames, le 9 juillet 2016. François Couperin (1668-1733) : La Piémontoise (4ème Ordre : Les Nations), Louis-Gabriel Guillemain (1705-1770) : Sonate en quatuor N°3, Jean-Baptiste Quentin (1690-vers1750) : concert à quatre parties, Å“uvre XII (largo), Sonate en quatuor n°3, Å“uvre XV (1747), Georg-Philipp Telemann (1681-1767) : Nouveau quatuor parisien n°6 en mi mineur. Ensemble Nevermind (Anna Besson, traverse / Louis Creac’h, violon / Robin Pharo, viole de gamme / Jean Rondeau, clavecin).

APPROFONDIR : VOIR le reportage vidéo dédié au jeune ensemble Nevermind en résidence à Saintes (février 2016, premier concert : jouer les Baroques allemands, français, italiens…)

 

Reportage. L’ensemble NEVERMIND en résidence à Saintes (février 2016)

logoSaintes_A3_noirReportage. L’ensemble NEVERMIND en résidence à Saintes (février 2016) — Le quatuor de solistes sur instruments d’époque  (formation originale à quatre voix égales : traverso, violo,, viole de gamme et clavecin) NEVERMIND est en résidence à l’Abbaye aux Dames, la cité musicale, à Saintes. Approche intensive du répertoire baroque, en particulier les Quatuors parisiens de Telemann, cycle emblématique dans la constitution du groupe, travail collectif à Saintes, relation aux publics, projets futurs et programmes pour le festival estival de Saintes… — réalisation : Philippe-Alexandre PHAM — © studio CLASSIQUENEWS.COM 2016

Compte-rendu, concert. Saintes, Auditorium, le 10 février 2016. Rameau, Couperin, Telemann… Ensemble Nevermind

Compte rendu, concert. Saintes, Auditorium. Le 10 février 2016. Ensemble Nevermind : Couperin, Rameau, Telemann… Acteurs d’une résidence à l’Abbaye aux Dames de Saintes, le jeune ensemble Nevermind (sur instruments d’époque) affirme l’entente musicale de quatre instrumentistes dont la complicité et le plaisir partagé scellent une nouvelle sonorité concertante. Après tout, les quatuors baroque ne sont pas légions et les quatre tempéraments ainsi accordés (flûte, violon, clavecin, viole de gambe) méritent bien une scène spécifique, qui résidence oblige, présente en ce soir du 10 février, dans l’Auditorium de Saintes, les fruits de leur travail réalisé sur quatre journées. Un travail de précision comme une mécanique subtile engage chaque instrumentiste pour la réalisation de cette conversation musicale où le jeu concertant est l’expression d’un équilibre collectif qui recherche l’éloquence harmonieuse des partis associés. Les instruments se chauffent et s’accordent dans le Marais d’ouverture (qui est certes sur le canevas d’un trio: en l’occurrence, un extrait du Trio n°5 des Pièces pour le coucher du Roi ; puis c’est surtout les 3 Pièces de clavecin en concert, celles sublimes du Concert V de Rameau, où le tissu si subtile cette fois à quatre voix égales, permet concrètement de réaliser ce jeu collectif où la somme des parties séparées engendre cet enchantement d’une ineffable poésie : La Cupis fait entendre pour la voix de dessus, le très beau son du violon de Louis Crea’ch, ex élève de l’orchestre maison, Jeune Orchestre de l’Abbaye (à l’époque de sa formation et de son apprentissage : “Jeune Orchestre Atlantique”) : la maîtrise des intentions, l’intelligence des phrasés, le style d’une pudeur fine et tendre à la fois, affirment nettement la sensibilité de l’instrumentiste ; un artiste d’une rare compréhension et d’une plénitude  stylistique manifeste dont l’Abbaye aux Dames peut être fière d’avoir ainsi favorisé l’éclosion et la maturation. D’une même sûreté de ton, carrure preste et technicité coulante, le clavecin de Jean Rondeau (que l’on ne présente plus car l’intéressé mène parallèlement une carrière de claveciniste remarqué – son dernier cd dédié à Rameau et surtout Royer affirme comme un nouveau jalon, cohérence et maturité de ses convictions artistiques).

 

 

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C’est surtout après le Couperin d’une grande finesse (superbes passages harmoniques, extraits de La Piémontaise des Nations), l’intensité dramatique et les somptueuses couleurs du Telemann moins connu (extraits du 6ème opus des Quatuors Parisiens : idéalement destinés pour la formation instrumentale en quatuor, les partitions de Telemann frappent par leur grand raffinement, leur caractère noble et évidemment italien, quand leur architecture puissante cultive aussi de superbes atmosphères déjà presque néoclassiques (or nous ne sommes que dans les années 1730…). A l’époque où Rameau fait sa révolution lyrique, le chant instrumental, cosmopolite et raffiné de Telemann n’a rien à lui envier. Et les solistes de Nevermind lui dédient leur travail d’horlogerie, précision et souffle expressif combinés. Un réel accomplissement qui confère au groupe sa légitimité instrumentale ; c’est d’ailleurs autour des Quatuors parisiens de Telemann que les quatre solistes se sont reconnus, accordés, combinés avec la réussite qui ce soir se révèle souvent irrésistible.

Fruit de la résidence à Saintes, ce Telemann prometteur laisse entrevoir un prochain enregistrement de la totalité des Quatuors parisiens ; mais il a su aussi nourrir un tout autre travail sur le jeu quasi improvisé (au prix de quelle maîtrise, en particulier sur le souffle et l’exactitude rythmique) d’un traditionnel irlandais (Port na bPúcaí), “un air de très ancienne mémoire” précise la flûtiste Anna Besson visiblement très inspiré par ce défi : le traverso emporte l’enthousiasme par ses sonorités intérieures et méditatives, en total accord avec le clavecin énigmatique de Jean Rondeau. On en redemande.

 

SAINTES, PEPINIERE DES JEUNES TEMPERAMENTS. Saintes jalonne ainsi sa saison musicale dans l’année par des rendez vous désormais incontournables : cette résidence Nevermind et l’offrande de ce concert du 10 février, composent les éléments d’un tremplin offert aux jeunes tempéraments, prometteurs et défricheurs. Les spectateurs peuvent retrouver les interprètes au moment du festival estival, dont le programme prolonge un cheminement artistique élaboré sur la durée. Cet été, en juillet 2016, les festivaliers pourront découvrir comme l’étape suivante de leur parcours musical à Saintes, ce travail spécifique sur le jeu concertant, fruit de l’écoute, de la complicité et du plaisir, composantes toujours irrésistible d’une nouvelle fraternité musicale qui s’écrit désormais de concert en concert. Jeune ensemble à suivre.

 

 

Vitalité concertante : Nevermind à Saintes

rondeau-jean-clavecin-poitiers-tap-classiquenewsSaintes. Concert Nevermind. Mercredi 10 février 2016. C’est un nouvel ensemble à quatre voix égales qui sait déployer une pétulante vitalité sur instruments d’époque : flûte ou plutôt traverso, violon, clavecin et viole de gambe. Le programme de ce 10 février est le prolongement finalisé et abouti d’une résidence de près de 4 jours, dans l’écrin inspirant de l’Abbaye aux Dames de Saintes. Comme l’ensemble de voix de femmes De Caelis – en résidence en 2015 pour l’enregistrement de leur programme en création dédié à Hildegard von Bigen : VOIR notre reportage vidéo sur le travail de De Caelis à Saintes en 2014 avec Zad Moultaka, “Jardin clos” puis Gemme en 2014), les quatre instrumentistes de Nevermind explorent à Saintes en 2016, de nouveaux champs musicaux : un Baroque revivifié au diapason de l’énergie collective. Sur instruments anciens, les 4 tempéraments innovent, surprennent, osent par un jeu concerté, concertant, virtuose et profond d’une indiscutable clarté expressive qui rend chaque interprétation captivante, par la précision rythmique et le souci de l’écoute partagée. De la fougue, une sensibilité ciselée, partagée par des partenaires complices qui cultivent le respect mutuel, le rebond, dans l’esprit si délicat d’une conversation musicale… Au programme quelques joyaux baroques français du Grand Siècle (Marais) et du XVIIIè (Couperin et Rameau), mis en regard avec deux monstres sacrés du XVIIIè germanique, JS Bach et Telemann…

 

 

 

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Programme : Marais, Couperin, Rameau, Bach, Telemann (extraits des Quatuors Parisiens)
Mercredi 10 février 2016, 20h30
Saintes, Auditorium de l’Abbaye

Anna Besson, traverso
Louis Creac’h, violon
Robin Gabriel Pharo, viole de gambe
Jean Rondeau, clavecin

 

 

CONVERSATION MUSICALE A QUATRE VOIX. Evolutive, souvent surprenante, l’écriture instrumentale à l’âge Baroque est l’une des plus inventives. Jean Rondeau et ses complices interrogent toutes les possibilités expressives du cadre concertant où 3 instruments solistes jouent de concert sur un continuo des plus subtiles. L’ensemble Nevermind met en lumière la partie éclatante et continue de la basse continue (continuo), assurée par le clavecin et la viole entre autres, qui sait nuancer sa partie lorsqu’il faut par exemple mettre en lumière les instruments concertants, comme c’est le cas de la Suite en trio n°5 en mi mineur de Marin Marais ou dans La Piémontoise, tirée du recueil Les Nations de François Couperin. Souple, agile, le continuo déploie un subtil tapis sonore sans couvrir les instruments solistes.
Plus déconcertant encore, la place que Rameau sait dédier au clavecin dès lors moins instrument du continuo que soliste de premier plan ; ainsi dans ses Pièces pour clavecin en concerts, le clavecin est l’instrument central autour duquel s’organise la conversation musicale. Le compositeur n’hésite pas à défier la virtuosité du soliste : un main assure la basse continue pendant que l’autre défend la partie concertante et soliste, dialoguant avec les autres instruments. Un défi pour l’interprète.
Jean-Sébastien Bach innove encore en associant deux flûtes, ou en dédiant sa partition uniquement à la viole ou au clavecin (Sonate in sol majeur BWV 1039). Mais l’un des plus grands génies européens de l’époque baroque, Telemann – plus célèbre encore de son vivant que Bach, publie à Paris, ses fameux Quatuors Parisiens dont la formation reste constante, et là encore, sujet de défis concertants permanents : flûte, violon, viole et clavecin…

Article actualisé le 13 février 2016 : le jeune ensemble Nevermind à Saintes.

Les 4 Nevermind : jubilation instrumentale à Saintes

rondeau-jean-clavecin-poitiers-tap-classiquenewsSaintes. Concert Nevermind. Mercredi 10 février 2016. C’est un nouvel ensemble à quatre voix égales qui sait déployer une pétulante vitalité sur instruments d’époque : flûte ou plutôt traverso, violon, clavecin et viole de gambe. Le programme de ce 10 février est le prolongement finalisé et abouti d’une résidence de près de 4 jours, dans l’écrin inspirant de l’Abbaye aux Dames de Saintes. Comme l’ensemble de voix de femmes De Caelis – en résidence en 2015 pour l’enregistrement de leur programme en création dédié à Hildegard von Bigen : VOIR notre reportage vidéo sur le travail de De Caelis à Saintes en 2014 avec Zad Moultaka, “Jardin clos” puis Gemme en 2014), les quatre instrumentistes de Nevermind explorent à Saintes en 2016, de nouveaux champs musicaux : un Baroque revivifié au diapason de l’énergie collective. Sur instruments anciens, les 4 tempéraments innovent, surprennent, osent par un jeu concerté, concertant, virtuose et profond d’une indiscutable clarté expressive qui rend chaque interprétation captivante, par la précision rythmique et le souci de l’écoute partagée. De la fougue, une sensibilité ciselée, partagée par des partenaires complices qui cultivent le respect mutuel, le rebond, dans l’esprit si délicat d’une conversation musicale… Au programme quelques joyaux baroques français du Grand Siècle (Marais) et du XVIIIè (Couperin et Rameau), mis en regard avec deux monstres sacrés du XVIIIè germanique, JS Bach et Telemann…

 

 

 

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Programme : Marais, Couperin, Rameau, Bach, Telemann (extraits des Quatuors Parisiens)
Mercredi 10 février 2016, 20h30
Saintes, Auditorium de l’Abbaye

Anna Besson, traverso
Louis Creac’h, violon
Robin Gabriel Pharo, viole de gambe
Jean Rondeau, clavecin

 

 

CONVERSATION MUSICALE A QUATRE VOIX. Evolutive, souvent surprenante, l’écriture instrumentale à l’âge Baroque est l’une des plus inventives. Jean Rondeau et ses complices interrogent toutes les possibilités expressives du cadre concertant où 3 instruments solistes jouent de concert sur un continuo des plus subtiles. L’ensemble Nevermind met en lumière la partie éclatante et continue de la basse continue (continuo), assurée par le clavecin et la viole entre autres, qui sait nuancer sa partie lorsqu’il faut par exemple mettre en lumière les instruments concertants, comme c’est le cas de la Suite en trio n°5 en mi mineur de Marin Marais ou dans La Piémontoise, tirée du recueil Les Nations de François Couperin. Souple, agile, le continuo déploie un subtil tapis sonore sans couvrir les instruments solistes.
Plus déconcertant encore, la place que Rameau sait dédier au clavecin dès lors moins instrument du continuo que soliste de premier plan ; ainsi dans ses Pièces pour clavecin en concerts, le clavecin est l’instrument central autour duquel s’organise la conversation musicale. Le compositeur n’hésite pas à défier la virtuosité du soliste : un main assure la basse continue pendant que l’autre défend la partie concertante et soliste, dialoguant avec les autres instruments. Un défi pour l’interprète.
Jean-Sébastien Bach innove encore en associant deux flûtes, ou en dédiant sa partition uniquement à la viole ou au clavecin (Sonate in sol majeur BWV 1039). Mais l’un des plus grands génies européens de l’époque baroque, Telemann – plus célèbre encore de son vivant que Bach, publie à Paris, ses fameux Quatuors Parisiens dont la formation reste constante, et là encore, sujet de défis concertants permanents : flûte, violon, viole et clavecin…

Article actualisé le 13 février 2016 : le jeune ensemble Nevermind à Saintes.

L’ensemble Nevermind à Saintes

rondeau-jean-clavecin-poitiers-tap-classiquenewsSaintes. Concert Nevermind. Mercredi 10 février 2016. C’est un nouvel ensemble à quatre voix égales qui sait déployer une pétulante vitalité sur instruments d’époque : flûte ou plutôt traverso, violon, clavecin et viole de gambe. Le programme de ce 10 février est le prolongement finalisé et abouti d’une résidence de près de 4 jours, dans l’écrin inspirant de l’Abbaye aux Dames de Saintes. Comme l’ensemble de voix de femmes De Caelis – en résidence en 2015 pour l’enregistrement de leur programme en création dédié à Hildegard von Bigen : VOIR notre reportage vidéo sur le travail de De Caelis à Saintes en 2014 avec Zad Moultaka, “Jardin clos” puis Gemme en 2014), les quatre instrumentistes de Nevermind explorent à Saintes en 2016, de nouveaux champs musicaux : un Baroque revivifié au diapason de l’énergie collective. Sur instruments anciens, les 4 tempéraments innovent, surprennent, osent par un jeu concerté, concertant, virtuose et profond d’une indiscutable clarté expressive qui rend chaque interprétation captivante, par la précision rythmique et le souci de l’écoute partagée. De la fougue, une sensibilité ciselée, partagée par des partenaires complices qui cultivent le respect mutuel, le rebond, dans l’esprit si délicat d’une conversation musicale… Au programme quelques joyaux baroques français du Grand Siècle (Marais) et du XVIIIè (Couperin et Rameau), mis en regard avec deux monstres sacrés du XVIIIè germanique, JS Bach et Telemann…

 

 

 

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Programme : Marais, Couperin, Rameau, Bach, Telemann (extraits des Quatuors Parisiens)
Mercredi 10 février 2016, 20h30
Saintes, Auditorium de l’Abbaye

Anna Besson, traverso
Louis Creac’h, violon
Robin Gabriel Pharo, viole de gambe
Jean Rondeau, clavecin

 

 

CONVERSATION MUSICALE A QUATRE VOIX. Evolutive, souvent surprenante, l’écriture instrumentale à l’âge Baroque est l’une des plus inventives. Jean Rondeau et ses complices interrogent toutes les possibilités expressives du cadre concertant où 3 instruments solistes jouent de concert sur un continuo des plus subtiles. L’ensemble Nevermind met en lumière la partie éclatante et continue de la basse continue (continuo), assurée par le clavecin et la viole entre autres, qui sait nuancer sa partie lorsqu’il faut par exemple mettre en lumière les instruments concertants, comme c’est le cas de la Suite en trio n°5 en mi mineur de Marin Marais ou dans La Piémontoise, tirée du recueil Les Nations de François Couperin. Souple, agile, le continuo déploie un subtil tapis sonore sans couvrir les instruments solistes.
Plus déconcertant encore, la place que Rameau sait dédier au clavecin dès lors moins instrument du continuo que soliste de premier plan ; ainsi dans ses Pièces pour clavecin en concerts, le clavecin est l’instrument central autour duquel s’organise la conversation musicale. Le compositeur n’hésite pas à défier la virtuosité du soliste : un main assure la basse continue pendant que l’autre défend la partie concertante et soliste, dialoguant avec les autres instruments. Un défi pour l’interprète.
Jean-Sébastien Bach innove encore en associant deux flûtes, ou en dédiant sa partition uniquement à la viole ou au clavecin (Sonate in sol majeur BWV 1039). Mais l’un des plus grands génies européens de l’époque baroque, Telemann – plus célèbre encore de son vivant que Bach, publie à Paris, ses fameux Quatuors Parisiens dont la formation reste constante, et là encore, sujet de défis concertants permanents : flûte, violon, viole et clavecin…

Article actualisé le 13 février 2016 : le jeune ensemble Nevermind à Saintes.