STREAMING opĂ©ra. R. STRAUSS : Ariadne auf Naxos en direct d’ANVERS

Richard Strauss, un "gĂ©nie contestĂ©"STREAMING, opĂ©ra chez soi. STRAUSS : Ariadne auf Naxos, OpĂ©ra des Flandres, dim 14 fĂ©v 2021, 20h. Mais pourquoi Ariane se dĂ©sespère sur son rocher de l’Ă®le de Naxos ?Celle qui fut aimĂ©e par ThĂ©sĂ©e, lequel lui doit d’avoir pu s’Ă©chapper du labyrinthe et de son monstre, le minautore, est comme Armide et Alcina, une amoureuse loyale, trahie et abandonnĂ©e. L’OpĂ©ra d’Anvers diffuse en live streaming, l’opĂ©ra nĂ©o baroque de Richard Strauss, Ariane Ă  Naxos, inspirĂ© de la mythologie, mais dans sa première partie, le prologue (avant le drame antique proprement dit) prĂ©sente sur la scène la troupe des artistes en rĂ©pĂ©tition et en divagation : troupe mĂŞlĂ©e de comĂ©diens buffons italiens et solistes très sĂ©rieux choisis pour tenir les rĂ´les d’Ariane, l’amante dĂ©laissĂ©e par ThĂ©sĂ©e et qui se morfond, suicidaire, dĂ©sespĂ©rĂ©e sur l’île de Naxos, jusqu’à ce qu’elle rencontre le pĂ©tillant Bacchus / Dyonisos, dieu du vin et des plaisirs qui par son ivresse irrĂ©sistible permet la mĂ©tamorphose qui sauvera Ariane…
Dans le prologue, Strauss et son librettiste Hugo von Hoffmansthal imaginent le compositeur en proie aux doutes de la crĂ©ation, qui revĂŞt ici les habits d’un Mozart juvĂ©nile, d’une ardente Ă©nergie comme un jeune dĂ©miurge, conquĂ©rant, enthousiaste mais trop inexpĂ©rimentĂ©, Ă  l’Ă©nergie irrationnelle voire trop naĂŻve… (superbe rĂ´le pour une mezzo hofmannsthal Hugo_von_Hofmannsthal richard strausstravesti). De surcroĂ®t, la partition imaginĂ©e par Richard Strauss et son librettiste le poète Hugo von Hofmmansthal, abordent le dĂ©fi de l’opĂ©ra, Ă  la fois théâtre et chant, oĂą les disciplines convoquĂ©es ballet, orchestre, chanteurs et comĂ©diens, entre comĂ©die et tragĂ©die, sont repensĂ©es, rĂ©Ă©valuĂ©es. Musique ou paroles, orchestre ou texte, chant ou théâtre ? Qu’est ce qui prime rĂ©ellement ? L’Ă©quilibre est fragile et les deux crĂ©ateurs, dans l’esprit prĂ©servĂ© des baroques français, surtout de Molière, renouvellent l’approche de l’opĂ©ra au dĂ©but du XXè siècle.

La production aversoire, annulée sur les planches, revit ici grâce à sa proposition en streaming, diffusée dès 20h

 

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ARIANE A NAXOS / Ariadne auf Naxos
STRAUSS / HOFMANNSTHAL
Opéra en un acte avec prologue, 1916

LIVE STREAMINGstrauss richard
Dimanche 14 février 2021
Opera Ballet Vlaanderen / Anwerpt
Opéra des Flandres à Anvers
En version de concert
Alejo PĂ©rez, direction
Orchestre Symphonique de l’Opéra des Flandres
Opera Ballet Vlaanderen Symphony Orchestra
A VOIR sur le site de l’Opéra de Flandres
www.operaballet.be

 

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PRIMADONNA, ARIADNE : Carla Filipcic-Holm
DER TENOR, BACCHUS : Michael Weinius
ZERBINETTA : Lisa Mostin
HARLEKIN : Leon Košavić
SCARAMUCCIO : Stefan Adriaens*
TRUFFALDIN : Goran Jurić
BRIGHELLA : Daniel Arnaldos°
DER KOMPONIST : Raehann Bryce-Davis
EIN MUSIKLEHRER : Werner Van Mechelen
DER TANZMEISTER/BRIGHELLA : Denzil Delaere
DER HAUSHOFMEISTER : Freek De Craecker
DER PERRĂśCKENMACHER : Thierry Vallier*
LAKAI : Onno Pels*
DER OFFIZIER : Davy Smets*
NAJADE : Elisa Soster° / DRYADE : Raphaële Green / ECHO : Chia Fen Wu*

°Member young ensemble Opera Ballet Vlaanderen
*Chorus member Opera Ballet Vlaanderen

Opera Ballet Vlaanderen Symphony Orchestra

Live online from Opera Antwerp
Sun 14 feb 8 pm
and available until 28 february

Tickets : €10 | www.operaballet.be

R. Strauss : Ariadne auf naxos. Le portrait d’Ariane

Ariane_zerbinette_bacchus_785px-Bacchus_Ariane_and_Venus-Domenico_Tintoret_mg_9990Ariane : le miracle de la renaissance. LĂ  oĂą Elektra incarnait la tragĂ©die d’une âme solitaire pĂ©trifiĂ©e par son enchaĂ®nement Ă  l’image d’un seul ĂŞtre : Agamemnon, le père mort Ă  venger, Ariane est de la mĂŞme façon emprisonnĂ©e par le seul amour de sa vie (croĂ®t-elle), ThĂ©sĂ©e, qui l’obsède d’autant plus qu’il l’a abandonnĂ©e. Trahie, dĂ©truite, Ariane erre depuis la caverne des origines, rĂ©gression symbolique oĂą elle attend la mort. Sur l’Ă®le de Naxos, l’humiliĂ©e solitaire, sombre et impuissante, dĂ©sespère …
C’est en croisant la figure de Bacchus que l’amoureuse tragique renaĂ®t d’elle mĂŞme. Hofmannsthal exploite le symbolisme de l’ivresse bacchique comme l’Ă©noncĂ© et la rĂ©alisation de la mĂ©tamorphose : la promesse d’une nouvelle vie. La rencontre avec le dieu juvĂ©nil du vin marque dans la vie d’Ariane un miracle salavateur.
Pour accentuer encore l’Ă©tat vĂ©gĂ©tatif dans lequel demeurait Ariane, Strauss et Hofmannsthal imaginent la figure opposĂ©e (jusque dans sa tessiture) de Zerbinette, âme volage et mobile de soprano coloratoura, quand Ariane, tragique et esseulĂ©e est un soprano dramatique plus sombre.
Captivant, le duo fĂ©minin agit comme la double face d’une mĂŞme idĂ©al car chacune aspire finalement Ă  l’excellence morale : fusionner avec cet autre qui satisfasse leur attente psychique et spirituelle. Et fidèle Ă  ses thèmes chers, Hofmannsthal n’omet pas le pouvoir rĂ©dempteur de la rencontre : en croisant le chemin de Bacchus, le destin d’Ariane est profondĂ©ment modifiĂ©, comme Zerbinette elle aussi au contact du visage tragique d’Ariane se modifie : volage certes au I (face au compositeur, elle prĂ´ne l’oubli, le mouvement perpĂ©tuel et l’irresponsabilitĂ©), Zerbinette gagne une profondeur nouvelle ensuite dans son grand air de plus de 10 mn de flamboyantes vocalises : elle chante l’amour le plus pur tout en espĂ©rant rencontrer elle aussi celui qui lui inspirera une fidĂ©litĂ© totale… En dĂ©finitive l’itinĂ©raire d’Ariane prolonge le destin d’Elektra : lĂ  oĂą la fille d’Agamemnon ne pouvait concevoir de vivre pour elle-mĂŞme, Ariane apporte la preuve qu’il est possible de dĂ©passer ce qui semblait insurmontable. L’autre est un salut. Et la rencontre, l’expĂ©rience la plus exaltante qui puisse se prĂ©senter, que l’on puisse vivre.

 

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Illustrations : Ariane et Bacchus par le Tintoret (DR). Dans le second tableau de Tintoret, le peintre Ă  travers l’oeuvre de Bacchus, rend Ă  Ariane blessĂ©e, sa dignitĂ© psychique, honore sa beautĂ© et lui permet de renaĂ®tre Ă  elle mĂŞme. L’Ă©pisode peint les noces des deux ĂŞtres grâce Ă  l’entremise de Venus, volant dans le ciel, tandis que le dieu d’amour tient l’anneau de leur union.

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CHANTER ARIANE
jessye-norman-ariane-auf-naxos-diva-opera-classiquenews-critiqueFigure de la continuité, Ariane est pour Jessye Norman qui aura marqué le rôle par la finesse enivrée de son interprétation (Metropolitan opera 1984, James Levine), une amoureuse fidèle pour laquelle la mort (incarné à la fin de l’opéra, par Bacchus) n’est ni une fin ni une rupture mais un passage dans la continuité, d’une vie (celle avec Thésée) à l’autre (celle avec l’inouï de sa rencontre avec le beau et l’enivrant Bacchus). Jessye Norman a parlé de leur duo qui est un quiproquo inédit pour un couple d’amoureux : un terrible « malentendu » Ariane pense rencontré (retrouver) Thésée (celui qui l’a abandonnée), et Bacchus pense rencontré … Circé. De ce quiproquo découle un enchantement à deux voix où c’est moins la vérité de la rencontre qui compte que ce que chacun pense vivre individuellement. Qui suis je à moi-même ? Qui suis je pour l’autre ? La vérité est celle que j’incarne dans la durée malgré les doutes et les impressions de coupures. Ariane abandonnée par Thésée, se vouait à la mort par dépit, par désespoir : c’est le tableau initial d’Ariane sur son rocher à Naxos, démunie, endeuillée, détruite. Puis surgit dans la lumière d’une résurrection, la nouvelle Ariane, celle que « ressuscite » Bacchus, dieu du vin (donc de l’ivresse par laquelle la métamorphose se réalise). Personnage sincère, Ariane dans l’opéra incarne les valeurs défendues par le compositeur/Komponist (qui donc présent de cette façon, n’y apparaît pas) : du ariane-auf-naxos-jessye-norman-opera-critique-classiquenewsKomponist, Ariane prolonge les valeurs tendres d’amour et de loyauté. C’est pourquoi quand elle chantait dans la première partie, le personnage de la Prima donna, Jessye Norman veillait à caractériser différemment son interprétation de l’une à l’autre ; car ce sont bien deux personnalités qui n’ont rien à voir. La Prima Donna est une caricature parodique de la chanteuse capricieuse hystérique, égoïste ; Ariane est pur amour, pur désir, tourné vers l’autre. Rien à voir. Donc pour la diva invitée à les incarner toutes deux, un défi dramatique vertigineux.

Ariane Ă  Naxos de Strauss Ă  Toulon

toulon_582_ariane_toulonToulon, OpĂ©ra. Ariane Ă  Naxos : 14, 16, 18 mars 2014. Sur son rocher (sur l’Ă®le de Naxos), la belle mais tragique Ariane, abandonnĂ©e par ThĂ©sĂ©e (qu’elle a pourtant sauvĂ© du labyrinthe et des griffes du Minotaure) se lamente: coeur Ă©perdu, trahi, sans espoir, sans avenir ; âme vouĂ©e Ă  la mort.

 

 

Richard Strauss
Ariane Ă  Naxos
Toulon, Opéra
Les 14, 16, 18 mars 2014

Direction musicale :  Rani Calderon
Mise en scène  : Mireille Larroche
Décors :  Nicolas de Lajartre
Costumes :  Danièle Barraud
Lumières :  Jean-Yves Courcoux

Ariane,  Jennifer Check
Zerbinetta,  Julia Novikova
Le compositeur,  Christina Carvin
Naïade,  Léonie Renaud
Dryade,  Charlotte Labaki
Echo,  Marion Grange
Bacchus,  Kor-Jan Dusseljee
Arlequin / Le maître de musique,  Charles Rice
Truffaldino,  Pierre Bessière
Le maître de ballet / Brighella,  Cyrille Dubois
Scaramouche,  Loïc Félix
Un laquais,  Fabien Leriche
Un perruquier,  Jacques Catalayud
Le majordome,  Martin Turba

 

 

 

 

Amour tragique, amour comique

 

 

Strauss richardA ses cĂ´tĂ©s, Zerbinette sa suivante qui ne partage pas cette vision sombre et grave de la vie et s’amuse des peines amoureuses, prĂ©fĂ©rant cultiver les aventures, collectionne amants et rencontres d’un jour, avec cette lĂ©gèretĂ©, bouclier et masque contre l’angoisse et la dĂ©pression… Strauss et Hoffmansthal mĂŞlent les genres : sĂ©rieux, hĂ©roĂŻque et comique badin. Heureusement, Ariane rencontre Bacchus qui l’invite Ă  une ivresse salvatrice : la princesse affligĂ©e ressuscite enfin, illuminĂ©e par l’amour du jeune dieu du vin. Saine mĂ©tamorphose d’une amoureuse rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e.

Dans l’ouvrage, Strauss et son poète librettiste Hugo von Hoffmansthal, l’un des duos opĂ©ratiques les plus miraculeux de l’histoire de l’opĂ©ra, comme l’incarnent aussi Mozart et Da Ponte, ou avant au XVIIè, Monteverdi et Busenello; pour l’heure, Strauss et Hofmannsthal imaginent la reprĂ©sentation dans la maison du plus riche parti de Vienne : c’est la première partie de l’ouvrage, un théâtre dans l’opĂ©ra oĂą les trĂ©teaux sont plantĂ©s pour que, auprès des hĂ©ros antiques, s’aiment et rient les acteurs italiens de la Commedia dell’arte.

Jamais opĂ©ra ne fut plus subtil, plus riche, plus subtil et poĂ©tique: hommage aux comĂ©dies-ballets de Molière et de Lully, Ariane Ă  Naxos (Ariadne auf Naxos) est rĂ©visĂ©e après sa crĂ©ation, recoupĂ©e, retravaillĂ©e : au prĂ©lude, le compositeur imagine la prĂ©paration des acteurs et chanteurs pour la reprĂ©sentation proprement dite (agitation, heurts entre artistes, dĂ©lire et angoisse mais aussi manifeste esthĂ©tique du jeune compositeur sur la scène); puis, dans l’opĂ©ra proprement dit : action mythologique Ă  laquelle Strauss et Hoffmannsthal associent le rire rĂ©enchanteur des comĂ©diens comiques (Arlequin, Zerbinette, Truffaldino, Scaramuccio…) autant de gentils clowns dont le chant contraste avec le lamento d’une Ariane en crise dĂ©pressive…  mais heureusement pas pour longtemps car Hofmannsthal sait cultiver un thème particulièrement cher : la salut des âmes douloureuses, la mĂ©tamorphose qui peut encore sauver les hommes et le monde. Beau message humaniste. Le rĂ©sultat est Ă©clatant.