CD, compte rendu critique. Belle Époque. Emmanuel Ceyson, harpe. Concerto de Henriette Renié, Pièces de Dubois, Pierné, Saint-Saëns. Orch. Régional Avignon Provence. Samuel Jean, direction. 1 cd Naïve. Enregistrement réalisé en septembre 2014 (Avignon).

ceysson emmanuel harpe belle epoque henriette renie, pierne, dubois saint-saens cd critique review, compte rendu CLASSIQUENEWSCD, compte rendu critique. Belle Époque. Emmanuel Ceyson, harpe. Concerto de Henriette Renié, Pièces de Dubois, Pierné, Saint-Saëns (1 cd Naïve, 2014). Il incarne le top en matière musicale : beauté, talent, réussite. Emmanuel Ceysson apporte en plus de tout cela, grâce à son nouveau cd, l’affirmation d’une sensibilité unique au service d’un choix audacieux qui met en avant des œuvres rares et aujourd’hui peu jouées : partitions Belle Epoque donc, signées Henriette Renié, Saint-Saëns, Pierné. Il fallait attendre un tempérament technicien et artiste de sa trempe pour les revoir à l’affiche… Harpe solo de l’Orchestre de l’Opéra de Paris depuis 10 ans (à 22 ans), Emmanuel Ceysonn poursuit une carrière exceptionnelle : il vient d’intégrer l’orchestre du Metropolitan de New York (mai 2015) et a inauguré son poste (Harpe solo du Metropolitan), avec une œuvre qu’il a déjà joué dans la fosse parisienne, Tannhaüser de Wagner (septembre 2015). Pour l’heure, enregistrée en septembre 2014, le programme de ce disque dévoile une perle inédite : le Concerto en ut mineur de Renié, élève du trop classique Dubois, aux côtés de l’éblouissant morceau de concert de Saint-Saint et des plus convenus voire sirupeux Pierné, surtout Dubois. Le sujet est ce romantisme début de siècle : hommage d’abord à Renié, artiste et interprète phare des années 1900 (le Concerto est créé avec l’Orchestre Lamoureux en 1901) et affirme la place exceptionnelle de la harpe dans l’imaginaire parisien et français grâce aussi aux oeuvres de Saint-Saëns et de Pierné, tout autant captivantes.

Le Concerto de Melle Henriette Renié met en avant les limites de l’orchestre : d’une âpreté parfois raide, d’autant que la haute technicité digitale du soliste est particulièrement mise en avant (avec une prise trop proche qui contredit et dénature l’équilibre naturel soliste/orchestre telle qu’elle émane d’une salle de concert depuis le point d’écoute d’un auditeur lambda). En mars 1901, date de création parisienne du Concerto de et par la harpiste, Henriette Renié, prodige de la harpe s’impose indiscutablement à un époque où la maîtrise de l’instrument était affaire de femmes. L’élève de Théodore Dubois au Conservatoire se révèle bavarde et loquace, précisément inspirée dans une partition qui cultive les contrastes de climats avec une réelle intelligence dramatique : son souci de la structure et sa solidité étant particulièrement vifs ici. Tessiture grave sollicitée dès le début, larges et amples accords, la harpe orchestrale de Madame Renié est douée d’une saisissante palette expressive : associant tempérament affirmé et recherche de sonorités intérieures exigeant davantage de style et de phrasés de la part du soliste. Entre suavité et surtout douceur tendre, le second mouvement Adagio met en relief l’attention du soliste pour l’expression de climats ténus d’une irrésistible pudeur expressive, d’autant que Renié s’y montre très mélodiquement fauréenne. Une intériorité recueillie que dément l’allant surexpressif de caractère fantastique du  Scherzo écrit bien après les deux premiers mouvements, plein d’éclairs et de traits contrastés proche d’un tempérament hautement narratif.
ceysson 582 emanuel ceysson harpe solo review cd comptre rendu critique cd CLASSIQUENEWSPeu après la création du Concerto de Henriette Renié, soit en 1903, Dubois et Pierné livrent leur copie : Pierné (Concertstück) éblouit littéralement par son génie de l’orchestration en un point supérieur à la facilité pourtant réelle de Renié ; Dubois, maître de la dite Renié, retrouve une séduction mélodique suave et même voluptueuse, pourtant atténuée, pour ne pas dire gâchée par des effets d’une facilité parfois lourde (violon, cors très exposés). Le métier est là mais l’inspirationsur la durée faiblit de part en part. Par comparaison, le Renié retient nettement l’attention par sa diversité de climats et son caractère expressif.  Pierné comme Dubois, use(et abuse peut-être) des cuivres et du cor lointain, si suggestif et onirique ; mais tous deux, sans être eux-même harpiste, affirment une connaissance de l’instrument qui n’a rien à envier à la foisonannte pièce de Saint-Saëns d’une séduction virtuose et de sa dernière période créatrice (Morceau de concert, 1918), que l’orchestre ne parvient pas ici à exprimer dans sa légèreté voire sa facétie. Le geste de Samuel Jean paraît bien rustre: bien moins suggestif et léger que dans le récital récent de Julie Fuchs (YES!), également dédié à la Belle Époque (il est vrai que tout chef ne donne que ce qu’il peut en fonction de l’orchestre qu’il dirige…).  Dommage car ce que réalise Emmanuel Ceysson sur sa harpe relève d’une éloquence emperlée, fine, précise néanmoins puissante et autrement plus variée dans ses dynamiques allusives.

CD, compte rendu critique. Belle Époque. Emmanuel Ceyson, harpe. Concerto de Henriette Renié, Pièces de Dubois, Pierné, Saint-Saëns. Orch. Régional Avignon Provence. Samuel Jean, direction. 1 cd Naïve. Enregistrement réalisé en septembre 2014 (Avignon).

CD. Coffret : 6 Quatuors dédiés à Haydn (Cambini-Paris, 3 cd Ambroisie)

cambini paris 6 quatuors de mozart dedies a Haydn 3 cd ambroisieCD. Coffret, compte rendu critique : 6 Quatuors dédiés à Haydn (Cambini-Paris, 3 cd Ambroisie). Les instrumentistes du Quatuor Cambini sont déjà très expérimentés, participants aux formations connues tel Le Cercle de l’Harmonie (dont le violoniste Julien Chauvin a été premier violon), la plus récente Loge Olympique (dont il est l’instigateur) ou Les Talens lyriques; c’est dire leur appétit et leur facilité dans l’interprétation informée sur instruments d’époque. Dès les premières notes, l’écoute fait entendre la cohérence sonore, l’élégance et aussi la suavité amusée d’un Mozart particulièrement … viennois (en cela ils sont proches de leurs confrères du Quatuor Mosaïque) c’est à dire, courtois, éduqué, raffiné; effectivement admirateur de Haydn auquel il rend hommage mais déjà porteur de ses propres idiomes, profond et palpitant.

La précision dynamique, la richesse des intonations et la ciselure agogique permettent de caractériser chaque mouvement saisi dans sa coupe et son rythme propre. Les 6 Quatuors mozartiens gagnent une ampleur, une profondeur, une sincérité (élément central voire essentiel chez Mozart). Informés, les instrumentistes sont donc complets et offrent toutes les reprises, ce qui ajoute au dévoilement de l’architecture de chaque opus : on y relève une amplification du geste proche de la pensée mozartienne, … déjà prébeethovénienne ; ainsi les Quatuors La Chasse ou Les Dissonances, entre grâce, profondeur voire gravité (déjà romantique : n’oublions jamais que son opéra sedia de jeunesse Lucio SIlla est contemporain des Souffrances du jeune Werther de Goethe !), sont l’arête structurante du génie mozartien qui sait ainsi transcender la forme quatuor.  L’allant lumineux (l’esprit des Lumières) porte tout le développement final des Dissonances, d’un souffle irrésistible. Aucun doute ce coffret s’impose par sa maturité, sa vision aiguisée, profonde, expressive. Le sentiment en reste le souci moteur. Juste et magistral. C’est donc un CLIC de classiquenews d’avril 2015.

 

 

Mozart : 6 Quatuors dédiés à Haydn. Quatuor Cambini-Paris. 3 cd Ambroisie. Enregistré en 2013, 2014. Durée : 3h32.

CD. Franco Fagioli, contre ténor. Porpora il maestro (1 cd Naïve, juin 2013).

fagioli franco porpora cd naive il maestro porporaCD. Franco Fagioli, contre ténor. Porpora il maestro (1 cd Naïve, juin 2013). En moins de 5 ans, – un micro intervalle dans l’histoire d’une carrière, le contre ténor Franco Fagioli dit “monsieur Bartoli”, parce qu’il partage avec la diva romaine, le tempérament dramatique, le feu éruptif, l’intensité et jusqu’à la couleur du timbre…-, est devenu un phénomène – osons le dire, beaucoup plus intéressant que Philippe Jaroussky qui se cantonne par exemple et de dépuis le début de son parcours musical et lyrique toujours au même registre (larmoyant et langoureux : cette réserve n’ôte rien à son talent). en revanche dans le cas de Fagioli, l’étendue des possibilités expressives est indiscutablement plus large, l’étoffe vocale comme le tempérament, plus novateurs et audacieux.

Parmi les contre ténors de la nouvelle génération (avec David Hansen, autre personnalité saisissante mais lui sopraniste), Fagioli fait figure de modèle par son audace, sa volonté d’en découdre à chaque récital ou rôle lyrique … comme s’il jouait sa vie sur l’instant.  En abordant à ce moment de sa carrière, pourtant encore courte, l’immense dieu de la voix et du chant napolitain, Niccolo Porpora (1686-1768), maître et mentor des Farinelli, Senesino, ou Cafarelli (soit les plus grands castrats du XVIIIème)-, Fagioli s’inscrit d’emblée très haut dans l’intention et l’interprétation : ses moyens sont certes très grands. De fait, le résultat satisfait la promesse qu’il a laissé suspendue, tant par l’intelligence stylistique, que l’audace surtout, et l’imagination des moyens vocaux: le chanteur affirme ici un sacré tempérament.

Dans son hommage à Porpora, Franco Fagiolo affirme un tempérament vocal irrésistible

Monsieur Bartoli embrase la lyre porporienne…

CLIC D'OR macaron 200Comme galvanisé par l’écriture elle-même pyrotechnique et acrobatique du compositeur napolitain, Fagioli se dépasse lui-même (trilles, coloratoure, ligne vocale illimitée, sauts d’intervalles, passages entre les registres, agilité comme expressivité, projection comme intonation…) tout relève chez Fagioli d’un interprète au calcul millimétré qui rétablit la pure virtuosité technicienne avec la profondeur et la vérité poétique. alliance auparavant incertaine, désormais réalisable, c’est un exemple pour tout.
Fagioli semble faire renaître par son intensité et cette couleur si habitée ce bel canto spécifique incarnée au XVIIIè par Cafarelli ou Farinelli, divinis, diseurs et acrobates capables ne l’oublions pas d’enchanter et d’apaiser la torpeur mélancolique du Roi d’Espagne Philippe V. Le plus grand maître de chant à son époque … on veut bien le croire à l’écoute du seul premier air de Valentiniano extrait d’Ezio (un standard de l’opéra seria métastasien mis  en musique par tous les grands dont Handel ; Porpora rétablit immédiatement la pure virtuosité avec les inflexions intérieures d’une âme agitée conquérante qui exprime sa vision de l’aigle victorieux… Agité et même inquiet, l’air de Scitalce (vorrei spiegar l’affanno) de Semiramide riconosciuta développe à travers un air long (plus de 6mn), la panique intérieure d’une âme touchée, en pleine effloresence émotive que le timbre épanoui, flexible, agile du contre ténor argentin embrase littéralement.

fagioli franco opera magazine Porpora_04Les deux airs les plus longs de ce récital porporien (qui donne la mesure du génie virevoltant éclatant d’un Porpora, – vrai rival de Haendel à Londres dans les années 1730, donne la pleine idée du talent dramatique de Fagioli et de sa souplesse vocale dans des cascades de vocalises et des aigus étourdissants, couverts et longs, soutenus avec une intensité égale (une performance admirable!) : d’abord: l’air d’Adalgiso extrait de Carlo il Calvo : Spesso di nubi cinto (plus de 7mn45) : un air qui use de la métaphore solaire avec une finesse éloquente et une caractérisation scintillante à laquelle Fagioli maître absolu des vocalises en mitraillette apporte une sincérité de ton, irrésistible. L’ultime séquence est la plus longue (presque 10 mn : air de Vulcain de Vulcano, cantate a voce sola : non lasciar chi t’ama tanto… il exprime avec pudeur et subtilité le désarroi d’un Vulcain impuissant, démuni, épris de l’inaccessible Venus (qui lui préfère Mars): jouant moins sur l’acrobatie, l’écriture offre des variations de couleurs sur la tenue de la voix dont le vibrato et l’accentuation doivent être millimétrés. Imaginer un Vulcain en contre-ténor et non plus en basse ou bayrton profond relève d’une sensibilité juste : la couleur même de la voix trahit l’émotion et l’impuissance du dieu amoureux…  Ici rien d’affecté ni d’artificiel grâce à la maîtrise exemplaire du souffle et de la ligne, des trilles tenues, des passages sur la durée.. en un arc tendu, souverrain d’un esprit funambulesque. La voix exprime l’intensité de l’âme éprouvée avec un tact et une élégance étonnante… qui font le brio et l’éclat intérieur de ce style galant dont Porpora est passé maître depuis Venise dans les années 1720, puis qu’il a ensuite développé à Londres.
Evidemment, l’ombre du grand Farinelli, l’élève et la créature favorite du système Porpora, est évoqué dans l’air de Polifemo (1735), composé à Londres  pour le castrat légendaire : dans le 2 airs sélectionnés (Nell’attendere il mio bene puis alto Giove…), le berger Acis chante son émoi nouveau à l’idée de l’apparition de la belle Galatée… il remercie ensuite Jupiter / Giove en un air de gratitude, littéralement irradié. L’ivresse, l’extase qui se dégagent du chant d’un Fagioli ému, pudique (bien à rebours de la soi disante artificialité d’un Porpora rien que performant et creux) emportent toute réserve : la franchise et l’intensité du timbre, l’égalité du souffle, la couleur du timbre s’imposent d’eux mêmes. Jamais démonstratifs ou surexpressifs, les instrumentistes de l’Academia Montis Regalis dirigés par Alessandro de Marchi savent s’inscrire au diapason de ce chant mesurée, fin, subtil. Voici l’affirmation d’un immense vocaliste et d’un interprète au chant irrésistible.

fagioli franco porpora cd naive il maestro porporaFranco Fagioli, contre-ténor. Propora il maestro : airs d’opéras de Niccolo Porpora : Carlo il calvo, Didone abbandonnata, Ezio, Il ritiro, il verbo in carne, Meride e Selinunte, Polifemo, Semiramide riconosciuta, Vulcano (cantate). Academia Montis Regalis. Alessandro De Marchi, direction. Enregistrement réalisé en juin 2013 à Mondovi (Italie). 1 cd Naïve V 5369.

CD. Vivaldi : L’incoronazione di Dario (Dantone, 2013)

CD. Vivaldi : L’incoronazione di Dario (Dantone, 2013). L’agilité esthétisante qu’apporte le geste fluide et dramatique d’Ottavio Dantone fait heureusement palpiter le continuo et l’orchestre, révélant avant toute chose (dont la très cohérente distribution vocale réunit ici) cette frénésie miraculeuse du Pretre Rosso, ses alanguissements aussi. La cohérence sonore est irrésistible, confirmant à nouveau ce que nous aimons penser : aux côtés de Haendel et Rameau, Vivaldi est l’un des très grands génies de l’opéra baroque du premier XVIIIème.

Excellent Dario de Dantone

vivaldi_dario_naive_dantone_cd_naiveLe début de l’intrigue persane commençant par un superbe duo d’altos féminins, celui des deux sœurs Statira et Argene, les filles du grand Cyrus, recèle bien des trésors lyriques.
Soutenu par les satrapes pour succéder à Cyrus et épouser sa fille Statira (qui l’aime sans ciller), Darius trouve un excellent interprète en la personne de l’excellent ténor Anders Dahlin (d’ailleurs très bon ramiste). La flexibilité tendre et bien chantante de la voix offre une saisissante présence au héros de l’opéra : viril mais enivré, déterminé mais humain. Belle musicalité ardente également pour les deux femmes dressées de part et d’autre de ce Dario fringuant de haute voltige : Delphine Galou et Sara Mingardo composent de superbes portraits féminins des deux sœurs, la malicieuse et hypocrite autant que jalouse Argene ; la noble et droite, lumineuse et ardente Statira. Dommage que l’Oronte de la mezzo Lucia Cirillo paraisse si peu impliquée par son personnage, contredisant par exemple les contrastes dynamiques de l’orchestre dans son air du II, le plus long de l’opéra (plus de 5mn30).
L’Arpago de Sofia Soloviy est un peu étroit. L’Alinda de la soprano Roberta Mameli a un tout autre tempérament, ardent lui aussi, et d’un engagement sans failles (superbe air du II : Io son quell’augelletto…). La soprano palpitante, au diapason du continuo et de l’orchestre, finement ciselé comme son chant, est la surprise et la révélation de cette production. Un nom à suivre.

Pour beaucoup encore (trop), les opéras de Vivaldi sont une série mécanique d’airs da capo, certes avec variations, et tout de même grand raffinement instrumental : écoutez l’air de Statira au III (Sentiro fra ramo e ramo : où le chant des cordes et du violon solo ressuscitent l’extase printanière : l’auteur des Quatre Saisons n’est pas loin…). Dantone sait nous démontrer sans démonstration que l’invention formelle suit les rebonds de l’action, révélant les personnalités de chaque protagoniste : la couleuvre Argene, le couple lumineux Dario/Statira…

CLIC_macaron_2014Grâce au piquant raffiné de L’Incoronazione di Dario (Couronnement de Darius), créé durant l’hiver 1717, sur la scène de son théâtre à Venise, le San Angelo, Vivaldi allait gagner les faveurs du gouverneur autrichien de Mantoue, Philipp von Hesse-Darmstadt (présent à la première) qui l’invite dans la foulée comme maestro di capella, au lieu même où brilla Monteverdi. Le chef d’oeuvre prémantouan de Vivaldi ne pouvait ici trouver meilleurs interprètes : agiles, caractérisés, d’une ivresse musicale dépassant la seule exécution honnête. Il faut du sang et du nerf chez Vivaldi : Ottavio Dantone et son ensembre très affûté, Accademia Bizantina, nous en dispense avec force et intelligence.

Vivaldi : L’incoronazione di Dario. Venise, San Angelo 1717. Anders Dahlin, TENOR: DARIO. Sara Mingardo, CONTRALTO: STATIRA. Delphine Galou, CONTRALTO: ARGENE. Riaccardo Novaro, BARYTON: NICENO
Sofia Soloviy, SOPRANO: ARPAGO. Lucia Cirillo, MEZZO SOPRANO: ORONTE. Giuseppina Bridelli, MEZZO SOPRANO: FLORA. Roberta Mameli, SOPRANO: ALINDA. Accademia Bizantina.
Ottavio Dantone, direction. 3 cd Naïve. Enregistrement réalisé en septembre 2013 en Allemagne.

Livres, jeunesse. Les Petits oiseaux (Naïve)

les_oiseaux_petits_oiseaux_naive_livres_FontanelLivres de jeunesse. Les petits oiseaux. Dans le bestiaire d’un monde enchanté et surtout très inspirant, règnent sans partage les petits volatiles, ceux les mieux chantants, à la différence des grands spécimens : hirondelle et mésange, rouge-gorge et pinson pour les plus connus ; sittelle, verdier, tarin, bouvreuil ou bruant… leurs noms ne s’inventent pas et c’est tout un univers délicieusement sonore qui a charmé d’abord les compositeurs de toute époque… Ravel, Messiaen, Stravinsky, Français et Britten, sans omettre les plus fameux, ici les plus anciens c’est à dire ces baroques prêts à exprimer le miracle d’une nature toujours surprenante : Vivaldi, Rameau, d’Aquin, François Couperin…

Au fil de la narration, le jeune lecteur comme l’adulte découvre ces chants envoûtants à la simplicité désarmante et si onirique, miroirs d’une nature préservée, intacte … dont on rêve de l’accès secret quelque part au hasard des partitions réunies dans le cd de l’ouvrage.  A travers l’histoire d’une ferme saisie par l’hiver, le lecteur et l’auditeur suit les saisons et apprend à reconnaître par le dessin et l’image, par le chant spécifique aussi de chaque volatile, tous les acteurs de cette histoire lue et joliment illustrée.

Les petits oiseaux. Béatrice Fontanel, Antoine Guilloppé.  Éditions Naïve livres. ISBN : 978-2-35021-317-0. Parution : décembre 2013.

 

CD. Ravel, Debussy : Ochestre de chambre de Paris (1 cd Naïve)

CD. Ravel, Debussy : Ochestre de chambre de Paris (1 cd Naïve). Thomas Zehetmair favorise d’emblée une expressivité parfois rugueuse dans Tzigane, en une approche parfaitement caractérisée… la formule est bien connue des abonnés de l’Orchestre de chambre de Paris : selon le principe du ” joué / dirigé “, le chef est aussi supersoliste, relevant sans failles les défis de ce double emploi. On reste sur notre fin en revanche s’agissant des Ravel suivants: malgré une évidente virtuosité instrumentale, très mise en avant par l’enregistrement comme le jeu des balances interprétatives, chef et musiciens manquent cette hypersensibilité nostalgique  (citant l’esprit baroque d’une subtile suggestivité, en particulier dans le Tombeau de Couperin), alchimie ténue dont Ravel en horloger orfèvre détient le secret.

 

 

 

zehetmair_ravel_debussy_naive_orchestre_chambre_parisLes Debussy (Petite Suite dans l’orchestration validée par l’auteur de Henri Büssler), plus coulants, expression d’une jeunesse apparemment  bienheureuse vont mieux aux musiciens, associant élégance et désinvolture, frappées par le sceau d’une très belle transparence (superbe Menuet).  Les Danses profane et sacrée défendues par la harpe puissante et charpentée (à pédales) du soliste très en verve (Emmanuel Ceysson) se distinguent nettement par la franchise du jeu et la fermeté de la sonorité. Comme pour la Suite, et d’une façon générale,  l’allant chorégraphique s’accorde idéalement au style fouillé et articulé de l’orchestre.
Sous la direction ferme du chef ( un brin trop sage certainement), les instrumentistes affirment un niveau superlatif. De toute évidence, au service d’un programme symphonique francais des plus réjouissants, voici l’un des meilleurs disques récent de l’Orchestre de chambre de Paris.  Une carte de visite et davantage : l’affirmation d’une belle implication collective en devenir qui invite à retrouver les musiciens au concert.

 

 

Debussy, Ravel : Orchestre de chambre de Paris. Thomas Zehetmair, violon et direction. 1 cd Naïve V 5345. Enregistré en 2013. Parution fin octobre 2012. Le programme du disque est donné en concert avec la Symphonie n°5 de Beethoven, le 12 novembre 2013 au TCE, Paris.

 

 

agenda

Orchestre de chambre de Paris
saison 2013-2014

 

Beethoven
Symphonie n°5

Ravel

Tzigane
Pavane pour une infante défunte
Le Tombeau de Couperin

Debussy
Sarabande

Orchestre de chambre de Paris
Thomas Zehetmair, violon et directionParis, TCE
Mardi 12 novembre 2013, 20h

 

CD. Vivaldi : Catone in Utica (Curtis, 2012)

CD. Vivaldi: Catone in Utica (Curtis, 2012. 3 cd Naïve)    … Nouveau jalon de l’intégrale des opéras de Vivaldi chez Naïve. Après Scimone (1983), Malgoire (rétablissant l’acte I manquant en 1997), voici pour ce Caton in Utica de 1738 (créé au Filarmonico de Vérone dans les décors de Bibiena), le geste d’Alan Curtis dont l’arête vive, le style nerveux et sec soulignent la furià du Vénitien moins sa capacité à rompre la chaîne de la frénésie pour que enfin mais si rarement ici, s’affirme la lyre sensuelle voire extatique du divin Antonio.
Or tout cela est inscrit dans les actes parvenus II et III donc et s’il emprunte à l’Olimpiade sa formidable ouverture, le chef reste dans une tension certes dramatique dont l’âpreté à tout craint nous semble réductrice : où est ce Vivaldi poète enchanteur, celui des Quatre Saisons. Curtis réemboite le pas d’un Spinosi, tout muscles et rage, évitant de s’alanguir trop, mais sans disposer ici d’un plateau vocal totalement convaincant.

 

 

Apreté de Curtis …

 

vivaldi_catone_utica_naive_cd_naive_curtisParlons d’abord du Catone, en demi teintes, du ténor Topi Lehtipuu glaçant, tendu lui aussi, au rythme linguistique carnassier qui rehausse cependant la figure du rival de César : la ligne manque de clarté, tous les aigus sont engorgés et les vocalises patinent mais le mordant du personnage parvenu en fin de course, vieux sénateur incarnant l’idéal républicain face à l’ambition du jeune César (Roberta Mameli : âpre et trop droite, voire limitée dans les airs)  paraît suffisamment pour offrir du personnage un portrait ” à la romaine “, riche en vivacité mais d’un style parfois douteux (minaudant entre maniérisme et affectation de toutes sortes).
Plus nettement passionnante la figure d’Arbace dont la soprano Emöke Barath fait une sorte de Cherubino ardent et très impliqué (mais en soprano) dans récitatifs et arie ; grave et sombre, mûre avant l’âge, la fille de Catone, Marzia est campée par Sonia Prina, contralto à la profondeur sauvage et droite, souvent martiale : un vrai garçon manqué… qui pourtant malgré la fureur de son père (II) avoue son amour pour l’ennemi incarné : César (ici soprano métallique). C’est compter sans la fin stratège qu’est le vainqueur de Rome : là, l’intrigue de la veuve de Pompée, Emilia (formidable Anne Hallenberg), définitivement remontée contre César, tente d’exacerber (vainement) la haine plus récente de Caton : mais vaincu à Utica celui-ci tente de se suicider …

Au final dans ce jeu des identités fortes affrontées et, sur le plan des tessitures, inversées : unis dans la haine, Catone et Emilia sont remontés contre César ; propre à l’opéra baroque qui aime mêler les sexes, Cesare est un soprano vif voire cynique opposé par exemple à celle qu’il aime, Marzia (à l’inverse, profond contralto) ; d’emblée,  le travail théatral et psychologique est indiscutable : les récitatifs magnifiquement articulés s’imposent.

Pour l’Emilia d’Ann Hallenberg, l’Arbace d’Emöke Barath, et aussi le Fulvio de Romina Basso, cette nouvelle lecture du Catone vivaldien, version Curtis 2012, mérite absolument d’être écoutée. Dommage que Curtis s’entête à surligner l’expressivté vivaldienne en écartant toute langueur au profit d’une permanente tension. Après tout, Vivaldi valant bien Handel, il serait temps d’envisager chez le Vénitien un même théâtre : émotionnel, riche, palpitant, contrasté. Le défi des nouvelles générations ?

Antonio Vivaldi (1678-1741) : Catone in Utica, 1738. Topi Lehtipuu, Catone. Ann Hallenberg, Emilia. Roberta Mameli, Cesare. Sonia Prina, Marzia. Romina Basso, Fulvio. Emöke Baràth, Arbace. Il Complesso Barocco. Alan Curtis, direction. 3 cd Naïve. OP 30545.

CD. Stravinsky: Le sacre du printemps (Jordan, 2012)

CD. Philippe Jordan fête avec volupté les 100 ans du Sacre de Stravinsky   …   Enregistré en mai 2012 à l’Opéra Bastille, ce nouvel album (le 2è déjà) de Philippe Jordan avec l’Orchestre de l’Opéra national de Paris confirme les préludes amorcés entre chef et musiciens : une entente évidente, un plaisir supérieur pour vivre la musique ensemble. Depuis leur Symphonie Alpestre de Strauss, montagne philharmonique d’une prodigieuse narration sonore frappée du sceau de l’imagination climatique, les interprètes se retrouvent ici en mai 2012 pour deux autres sommets de la musique symphonique française et spécifiquement parisienne. Dans l’histoire des Ballets Russes, le Prélude comme le Sacre du printemps indiquent clairement un point d’accomplissement pour les deux compositeurs : l’ivresse érotique et l’enchantement semi conscient s’impose à nous dans un Prélude d’une délicatese infinie; quant au Sacre, voilà longtemps que l’on n’avait pas écouté direction aussi parfaite et équilibrée entre précision lumineuse (détachant la tenue caractérisée et fortement individualisée de chaque instrument protagoniste) et expressionnisme symboliste !

Le Sacre enchanté de Philippe Jordan

stravinsky_debussy_prelude_faune_sacre_printemps_naive_cd_philippe_jordan_opera_de_parisLa baguette de Philippe Jordan aime ciseler dans la suggestion mais aussi ici, mordre dans l’ivresse libérée des timbres associés d’une infinie inventivité ; le chef s’appuie sur la manière et le style supraélégant des instrumentistes parisiens dont les prédécesseurs en mai 1913 dans la fosse du TCE avaient fait la réussite révolutionnaire de la partition. Jordan ajoute une précision électrique et incandescente, une vision de poète architecte aussi qui sait unifier, structurer, développer une dramaturgie supérieurement aboutie… et frappante par son relief, sa vivacité, comme des teintes plus délicatement nimbées et voilées.
Fureur et ivresse des timbres associés. Comparée à tant d’autres versions soit rutilantes, soient sèches, soit littéralement narratives, Philippe Jordan apporte aussi le mystère et l’enchantement, toute la poésie libre des instruments sollicités. Quelle maestria ! Quelle conviction dans la tension progressive… La volupté de chaque épisode est nourrie d’un onguent magicien ; l’expérience lyrique du chef, directeur musical de l’Opéra, en est peut-être pour beaucoup et l’on se dit que Nicolas Joel n’aura pas tout rater à Paris: nommer le fils du regretté Armin Jordan, capable de vrais miracles à Paris, Philippe à la tête de l’orchestre maison aura été un acte convaincant qui porte aujourd’hui des fruits éclatants.  Voici du Sacre du printemps et pour le centenaire de l’oeuvre, une nouvelle version de référence sur instruments modernes. Le champion et pionnier dans le domaine s’agissant de la partition de Stravinsky demeurant évidemment le geste du français François-Xavier Roth, d’une maîtrise incomparable sur instruments parisiens d’époque (1913) et révélateur en ce sens des formats sonores et des timbres instrumentaux originels… après la tournée 2013, le disque devrait sortir fin 2013/printemps 2014.

Sur instruments modernes, le chant des instruments fait tout ici, et renforce la réussite magistrale de cet enregistrement dont on ne saurait trop souligner avec admiration le miracle de la volupté instrumentale.

Inscrire enfin le Boléro ravélien après les deux chefs d’oeuvre Debussyste et Stravinskien est de la meilleure inspiration : une claire confirmation que l’orchestre et leur chef se montrent très inspiré par la lyre symphonique française postromantique : Du Prélude au Sacre en passant par le Boléro, soit de Debussy, Stravinsky à Ravel se joue ici tout le délirant apanage, bruyant et millimétré du symphonisme français. Lecture réjouissante.

Debussy: Prélude à l’après-midi d’un faune. Stravinsky: le Sacre du printemps. Ravel : Boléro. Orchestre de l’Opéra national de Paris. Philippe Jordan, direction. 1 cd Naïve, enregistré à Paris, Opéra Bastille en mai 2012. Durée : 57mn. Naïve V 5332.