LIVRE, événement, annonce. D. E. INGHELBRECHT (1880-1965) : MOUVEMENT CONTRAIRE, SOUVENIRS D’UN MUSICIEN (La Coopérative)

ingelbrecht mouvement contraire editions la cooperative souvenir d'un chef critique annonce livre classiquenews DE Inghelbrecht critique livre classiquenews operLIVRE, événement, annonce. D. E. INGHELBRECHT (1880-1965) : MOUVEMENT CONTRAIRE, SOUVENIRS D’UN MUSICIEN (La Coopérative). Dans Mouvement contraire ressuscite le Paris légendaire de Pelléas, des Ballets Russes de Diaghilev puis des Ballets Suédois de Rolf de Maré, de la création parisienne jalonnant les deux guerres du XXè. Les (très inspirées) éditions de La Coopérative réédite un texte majeur (et jusque là oublié) dans l’histoire de la musique à Paris au XXè, les souvenirs du chef Désiré-Émile Inghelbrecht, né en 1880, mort en 1965 et acteur principal à l’Opéra-Comique, au TCE, à la salle Pleyel, etc…, fondateur du National de France. Une personnalité du milieu musical à Paris, proche de Debussy et de Ravel : un défenseur zélé et inspiré de la création musicale dans la première moitié du XXè siècle, soit pendant la révolution esthétique orchestrée par Ravel et Debussy. Ses souvenirs édité à la maturité et après guerre en 1947, jette un regard amusé, dans un style littéraire original, sur les années de jeunesse et de formations, les rencontres et les œuvres clés découvertes alors, le milieu des artistes à l’époque d’un « âge d’or » de la création musicale en France et surtout à Paris. Sa position est privilégiée : le gendre du peintre des chats Steinlen, et l’époux de la danseuse et chorégraphe suédoise Carina Ari (1897-1970) côtoie naturellement le tout Paris artistique, la ruche bouillonnante des planches et des salles de concerts. Du présent qui le concerne à la parution de l’ouvrage (au mitemps des années 1940), Inghelbrecht remonte le fil de son histoire personnelle et artistique jusqu’à l’enfance. C’est une écriture rétrospective, du présent aux origines. A rebours.

En 29 chapitres et un essai discographique, le texte révèle un observateur plein d’humour, d’une perspicacité honnête et fidèle, un esprit libre à la critique affûtée, à l’analyse facile et souvent juste sur les histoires humaines et le jeu du goût, sur les humeurs et les tendances du Paris « branché «  d’alors ; on y goûte en particulier, les citations et commentaires concernant les génies approchés, Debussy et Ravel (dont les éléments sur la vie sont des plus rares).

En couverture l’ancien Conservatoire de Musique de Paris, rue Bergère, en 1900, longuement évoqué par Inghelbrecht. une quarantaine de document iconographique complètent cette riche et indispensable évocation du Paris musical, vécu en son coeur artistique.

 
 
 

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LIVRE, événement, annonce. D. E. INGHELBRECHT (1880-1965) : MOUVEMENT CONTRAIRE / SOUVENIRS D’UN MUSICIEN (La Coopérative) – ISBN 979-10-95066-26-2 – 320 pages, broché, sous jaquette illustrée, 21 €.

PLUS D’INFOS sur le site des éditions de La Coopérative :

https://www.editionsdelacooperative.com/découvrez-nos-auteurs/d-e-inghelbrecht/

 
 
 

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CD, événement, critique. Maurice Ravel : 1875-1937 : Ma mère l’Oye / Shéhérazade / Le Tombeau de Couperin, Orchestre Les Siècles, FX Roth – (1 CD – Harmoni mundi / – Avril 2018)

ravel mamere loye oye critique cd review cd les siecles fx roth maestro clic de classiquenews compte rendu critique cd classqiue news musique classique newsCD, événement, critique. Maurice Ravel : 1875-1937 : Ma mère l’Oye / Shéhérazade / Le Tombeau de Couperin, Orchestre Les Siècles, FX Roth – (1 CD – 56 mn – Harmoni mundi / HMM905281 – Avril 2018). Ma Mère L’Oye, ici, dans sa version complète est ce ballet féerique dont chef et instrumentistes soulignent la richesse inouïe, appelant le rêve, l’innocence et l’émerveillement total ; les interprètes montrent combien Ravel inscrit la fable instrumentale dans l’intimité et la pudeur les plus ciselées, dans cette sensibilité active dont il a le secret. Rien n’est dit : tout est suggéré et nuancé avec le goût le plus discret mais le plus précis.
La partition de 1912 marque une révolution dans l’esthétique symphonique française, – marquante par la cohérence et l’ambition du langage instrumental, marquante surtout par l’extrême raffinement de l’écriture qui explore et réinvente, après Rameau, Berlioz, les notions de couleurs, de nuances, de phrasés. Ravel est un peintre, d’une éloquence vive, soucieux de drame comme de sensualité dans la forme. Il veille aussi à la spatialité des pupitres, imagine de nouveaux rapports instrumentaux : c’est tout cela que l’étonnante lecture des Siècles et de leur chef fondateur François-Xavier Roth nous invite à mesurer et comprendre.

Ravel enchante les contes de Perrault
Magie des instruments historiques

 

ravel-maurice-portrait-compositeur-dossier-ravel-classiquenewsDès le début, l’orchestre chante l’onirisme par ses couleurs détaillés, la pudeur des secrets par des nuances infimes et murmurées ; cette élégance dans l’intonation qui fait de Maurice Ravel, le souverain français du récit et du conte. La douceur magicienne se dévoile avec une puissance d’évocation irrésistible (par la seule magie des bois : Pavane puis Entretiens de la Belle et de la Bête) ; ainsi se précise cette énigme poétique qui est au coeur de la musique, dans les plis et replis d’une Valse, claire et immédiate évocation d’un passé harmonique révolu ?, en sa volupté languissante et dansante.
Le geste du chef, les attaques des instrumentistes cultivent la transparence, la clarté, un nouvel équilibre sonore qui transforment le flux en musical en respirations, élans, désirs caressés, pensées, souvenirs… FX Roth sur le sillon tracé par Ravel fait surgir l’activité des choses enfouies qui ne demandaient qu’à ressusciter sous un feu aussi amoureusement sculpté. Même tendresse et mystère ineffable de « Petit Poucet » (hautbois puis cor anglais nostalgiques, précédant les bruits de la nature la nuit,… très court tableau qui préfigure ce que Ravel développera dans L’Enfant et les sortilèges). Même climat du rêve pour « Laideronnette, impératrice des Pagodes », autre songe enivré dont la matière annonce la texture de Daphnis et Chloé…
Voici assurément une page emblématique de cet âge d’or des la facture française des instruments à vents (Roussel écrit à la même période Le Festin de l’Araignée ; et Stravinksyn bientôt son Sacre printanier, lui aussi si riche en couleurs et rythmes mais dans un caractère tout opposé à la pudeur ravélienne).

La direction de François-Xavier Roth éblouit par sa constance détaillée, murmurée, enveloppante et caressante : un idéal de couleurs sensuelles et de nuances ténues, d’une pudeur enivrante.
D’un tempérament suggestif et allusif, Ravel atteint dans la version pour orchestre et dans le finale « Apothéose / le jardin féerique », un autre climat idéal, berceau d’interprétations multiples, entre plénitude et ravissement. La concrétisation d’un rêve où l’innocence et l’enfance s’incarnent dans le solo du violon… céleste, d’une tendresse enfouie (avant l’explosion de timbres en une conclusion orgiaque).

Magistral apport des instruments d’époque. A tel point désormais que l’on ne peut guère imaginer écouter ce chef d’œuvre absolu, sans le concours d’un orchestre avec cordes en boyau, bois et cuivres historiques.

Plus onctueuse encore et d’une légèreté badine qui enchante par la finesse de son intonation, la suite d’orchestre « Le Tombeau de Couperin », saisit elle aussi par la justesse du geste comme de la conception globale. L’orchestre se fait aussi arachnéen et précis qu’un… clavecin du XVIIIè français, mais avec ce supplément de couleurs et d’harmonies qui sont propres à un orchestre raffiné, d’autant plus suggestif sur instruments historiques. Le caractère de chaque danse héritée du siècle de Rameau (Forlane, Menuet, surtout le Rigaudon final qui est révérence à Charbier et sa Danse villageoise…) s’inscrit dans une étoffe filigrané, intensifiant le timbre et l’élégance dans la suggestion. Là encore, exigence esthétique de Ravel, le retour aux danses baroques s’accompagnent aussi d’une révérence aux amis décédés, comme un portrait musical et caché : à chaque danse, l’être auquel pense Ravel. D’où l’orthodoxie musicale du compositeur vis à vis du genre : le Tombeau est bien cet hommage posthume au défunt estimé (« tombé sur le champs de bataille »). On peine à croire que ces pièces initialement pour piano, trouve ainsi dans la parure orchestrale, une nouvelle vie. Leur identité propre, magnifiée par le chatoiement nuancé des instruments historiques. Magistrale réalisation. Avec le cd Daphnis et Chloé, l’un des meilleurs (également salué par un CLIC de CLASSIQUENEWS).

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CLIC D'OR macaron 200CD, événement, critique. Maurice Ravel : 1875-1937 : Ma mère l’Oye / Shéhérazade / Le Tombeau de Couperin. 1 CD – 56 mn – Harmoni mundi / HMM905281 – Avril 2018 – CLIC de CLASSIQUENEWS.COM de mars 2019.

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tracklisting :

Ma mère l’Oye
Ballet (1911-12)
1 – Prélude. Très lent / 3’05
2 – Premier tableau : Danse du rouet et scène. Allegro / 1’58
3 – Interlude. Un peu moins animé / 1’15
4 – Deuxième tableau : Pavane de la Belle au bois dormant. Lent / 1’38
5 – Interlude. Plus lent / 0’50
6 – Troisième tableau : Les Entretiens de la Belle et de la Bête. Mouvement de valse modéré / 4’00
7 – Interlude. Lent / 0’40
8 – Quatrième tableau : Petit Poucet. Très modéré / 3’32
9 – Interlude. Lent / 1’20
10 – Cinquième tableau : Laideronnette, impératrice des pagodes. Mouvement de marche / 3’24
11 – Interlude. Allegro / 1’07
12 – Apothéose : le jardin féerique. Lent et grave / 3’35

13 – Shéhérazade : Ouverture de féerie (1898) / 13’13

Le Tombeau de Couperin
Suite d’orchestre (1914-1917)
14 – I. Prélude. Vif : 3’00
15 – II. Forlane. Allegretto : 5’39
16 – III. Menuet. Allegro moderato : 4’42
17 – IV. Rigaudon. Assez vif : 3’16

CD, coffret : Un siècle de musique française (25 cd Sony classical)

un siecle de musique francaise berlioz saint saens sony classical 25 cd coffret review preview account of critique cd CLASSIQUENEWSCD, coffret, compte rendu critique : Un siècle de musique française (25 cd Sony classical). Sony classical réédite sous une thématique déjà passionnante plusieurs de ses bandes magiques… Attention bain de symphonisme français romantique et moderne : soit un condensé d’histoire musicale française en 10 cd, chacun dédié à un compositeur majeur, plus un recueil triple thématisé “escales symphoniques” : Berlioz, Saint-Saëns, Fauré, Debussy, Ravel, Poulenc (maître de la musique par Eric Lesage et partenaires), Satie (le seul ici à offrir son legs non orchestral mais pianistique sous les doigts de Philippe Entremont, Daniel Varsano, Gaby et Robert Casadesus…), Dutilleux, Boulez, Messiaen (Turangalila Symphonie par Y. Loriod et Seiji Ozawa). L’attrait du coffret de 25 cd rétablit de puissantes personnalités servies par des chefs de première qualité par leur engagement et leur somptueuse sensibilité, chacun dans le répertoire qu’il aima défendre : Munch, Ozawa, Boulez, Hans Graf (chez Dutilleux)… les baguettes sont prestigieuses et leur écoute confirme de saisissantes compréhensions de la musique française.

Munch-Charles-8Ici règne la nervosité orfèvre de Charles Munch, directeur musical du Boston Symphony (1949-192), ici d’une vivacité fauve et d’une motricité analytique irrésistible, capable de fièvre et d’incandescente folie : remarquable interprète de la musique française romantique (ses Berlioz – premier cd de la collection, sa Fantastique, si chère à son cœur, devient transe époustouflante de tension incisive), mais aussi du premier XXè : Milhaud, Honegger, surtout l’ivresse échevelée, organique et sensuelle de son Roussel (Suite 2 de Bacchus et Ariane, un coup d’essai captivant hélas trop court : que n’a t il enregistré l’intégrale du ballet!), sans omettre des incontournables, au chapitre romantisme français dont la trop rare Symphonie sur un chant montagnar de D’Indy, Escales d’Ibert, la Symphonie n°3 avec orgue de Saint-Saëns, et L’Apprenti sorcier de Dukas…

Pierre_BoulezDEBUSSY et RAVEL bouléziens, de référence. C’est aussi un fabuleux legs Pierre Boulez comme chef, interprète génial autant analytique que précis et dramatique, avec également des orchestres américains : New York Philharmonic et surtout Cleveland orchestra pour deux recueils, joyaux incontournables :  Ravel, Debussy (3 cd pour chacun) dont les œuvres essentielles sont ainsi révélées sous un filtre d’une exigence sonore irrésistible (Attention le coffret ne comprend pas, hélas, l’intégrale du ballet Daphnis et Chloé de Ravel mais heureusement Shéhérazade, Rapsodie Espagnole, Valses nobles et sentimentales, Ma mère l’Oye, Alborada del Gracioso, les Concertos pour la main gauche et en sol majeur par Philippe Entremont, piano,… sans omettre l’excellent Quatuor par les Juilliard). Vous l’aurez compris, nous tenons là la quasi intégrale du Ravel symphonique par Boulez. C’est dire.

Même ivresse “intellectuelle”, la maîtrise est de mise sous la baguette boulézienne-, mais quelle transparence millimétrée chez Debussy : Dans Prélude à l’après-midi d’un faune, l’enchantement s’invite ; Jeux est une extase façonnée telle un scintillement permanent, un miroitement à la fois introspectif et aérien ; Images pour orchestre affirme la précision analytique d’un chef qui conçoit tout en une succession organiquement enchaînée d’admirables séquences instrumentales d’un fini époustouflant (ivresse lascive d’Ibéria).Chaque épisode comme chez Ravel cultivant son propre univers. Les Danses sont des rituels d’une exquise nostalgie. Ces 2 coffrets Debussy et Ravel sont incontournables.

Ailleurs, l’amateur de raretés comme de plénitude orchestrale, à la française trouvera son compte dans les volumes : celui sur Saint-Saëns comporte ainsi les trois Concertos pour piano 2,4 et 5 (l’Egyptien), avec Philippe Entremont sous la direction de Michel Plasson. Tout autant intéressant le triple volume dédié à Fauré, comprenant en particulier le Requiem par Ozawa (Boston Symphony, Barbara Bonney, Hakan Hagegard, et le choeur du Festival de Tanglewood)…

La présence du violoncelliste Jean-Guilhen Queyras pour Tout un monde lointain fait la haute valeur du volume simple dédié à Dutilleux ; et coupe étant appréciée quand elle est dosée, le recueil dévolu au compositeur Pierre Boulez, – 1 seul cd, regroupe Le Marteau sans maître avec Yvonne Minton (au français bien peu intelligible sous la direction de Diego Masson), et plus intéressant, Livre pour cordes par Boulez le chef.

Notons l’habile programmation du triple volume intitulé “Escales symphoniques françaises” qui révèle sous le feu vif argent et d’une fantaisie jubilatoire de Charles Munch, l’éclectisme de la Symphonie sur un chant montagnard de D’Indy (25mn d’écriture concertante où le piano discute avec l’orchestre en une forme libre entre Concerto et Symphonie), sans omettre le Rouet d’Omphale de Saint-Saëns, superbe poème symphonique d’une pensée libre et fluide (précédé par le poème symphonique pour chœur et soprano La nuit, où le diamant un rien précieux de la jeune Natalie Dessay dialogue avec la flûte… Orchestre nat. d’Île de France, Jacques Mercier).

CLIC_macaron_2014Le coffret forme un cycle incontournable pour amoureux de musique symphonique et concertante française, de Berlioz à Boulez et Messiaen. Par sa diversité, l’intelligence et la cohérence des volumes réunis par compositeur ou thème, la figure d’excellents chefs – de Munch à Boulez, Ozawa et Ormandy (Danse macabre de Saint-Saëns), sans omettre les pianistes Philippe Entremont (Ravel, Saint-Saëns), Michel Dalberto (Debussy), JM Luisada (Fauré)… , l’édition Sony classical constitue une excellente entrée en matière ou l’enrichissement d’un fonds déjà existant. 25 cd à posséder en urgence pour étayer sa discographie de base, au registre musique française. Le volume Poulenc vient astucieusement compléter la collection en regroupant les fondamentaux de sa musique de chambre (Sonates, Concertos où s’affirme le tempérament en affinité du pianiste Eric Lesage et ses nombreux partenaires)…  Seule réserve : l’éditeur omet de mentionner pour chaque bande la date d’enregistrement, nous privant une juste appréciation de l’époque concernée et de l’esthétique atteinte (malgré l’absence pour le répertoire romantique, des instruments d’époque : or ni Boulez, ni Munch, malgré l’apport des orchestres et des chefs “historiquement informés”, ne se montrent défaillants, bien au contraire. Leur baguette enchanteresse montre aussi que la réussite d’une lecture ne dépend pas exclusivement du choix des instruments…

CD, coffret : Un siècle de musique française (25 cd Sony classical)

CLIC de classiquenews d’avril 2016.