Versailles : le petit théâtre de la Reine, 1780

versailles_Theatre_de_la_Reine_-_cĂ´tĂ©_jardinThéâtre mythique. Le Petit Théâtre de la Reine Ă  Versailles. Elève de Gluck Ă  Vienne, la jeune Reine de France Marie-Antoinette cultive son goĂ»t de la musique Ă  Versailles, en particulier dans le domaine privĂ© que le roi lui a offert, Trianon. Si elle hĂ©rite du Petit Trianon (Ă©tĂ© 1774), Ă©difiĂ© sous le règne de Louis XV pour sa maĂ®tresse La Pompadour (en 1762 par Jacques Ange Gabriel, l’architecte de l’OpĂ©ra dans le château), Marie-Antoinette commande Ă  Richard Mique un nouveau site, idĂ©alement discret (façade Ă  peine perceptible identifiable par un fronton simple et deux colonnes ioniques). Le théâtre est fabriquĂ© Ă  l’Ă©conomie (bois et plâtre imitent le marbre et permettent le dĂ©ploiement d’un dĂ©cor abondant et cependant luxueux).
C’est une salle de plan ovale qui peut accueillir une centaine d’intimes, spectateurs proches des Souverains, prenant place dans les 2 baignoires, le parterre et le balcon (sans omettre les loges grillagĂ©es comme dans l’OpĂ©ra de Gabriel).

 

 

 

Théâtre mythique à  Versailles

le Petit Théâtre de la Reine à Trianon

1780

 

 

MalgrĂ© la fragilitĂ© et la simplicitĂ© des matĂ©riaux, le Petit Théâtre de la reine Ă©tonne par l’Ă©quilibre de ses proportions, le raffinement propre au règne de Marie-Antoinette, d’inspiration antique et florale (cascades et guirlandes de fleurs portĂ©es par nymphes et enfants). Mique redessine aussi les jardins du Petit Trianon, dans le style anglais avec fabriques et hameau…

La scène est plus importante en surface et comprend une machinerie d’Ă©poque conçue par Pierre Bouillet : c’est l’un des tĂ©moignages prĂ©servĂ©s de la technologie utilisĂ©e pour les arts du spectacle au XVIIIè, permettant le changement des dĂ©cors grâce aux panneaux peints qui pivotent sur un axe ou coulissent surun rail (pour les changements de tableaux) et qui sont Ă©clairĂ©s sur la scène.
Ce théâtre de poche, en or et bleu, est inaugurĂ© en 1780, vĂ©ritable manifeste du style nĂ©oclassique : la Reine harpiste de talent, y joue la comĂ©die (celle de Beaumarchais, parfois dĂ©guisĂ©e en bergère…) et chante dans les oeuvres de GrĂ©try, Sedaine, Monsigny… GrĂ©try est apprĂ©ciĂ© par la Reine comme il Ă©tait dĂ©jĂ  depuis 1771, favorisĂ© par la du Barry (pour elle, le compositeur crĂ©e Ă  Fontainebleau, ZĂ©mir et Azor, merveille rocaille et classique d’après La Belle et la bĂŞte de Perrault).

Petit_Trianon,_theatre_entree_portique_de_la_Reine,_entrĂ©eReine Ă  Versailles, femme intime et hĂ´tesse aimable proche de ses amis Ă  Trianon, Marie-Antoinette favorise le charme et la poĂ©sie dans son domaine. Avant l’inauguration de son théâtre, Marie-Antoinette produit des spectacles dans la galerie du Grand Trianon, ou dans l’ancienne orangerie du domaine ; pendant 5 ans, la jeune reine se passionne pour la comĂ©die, offrant des rĂ´les Ă  ses proches au sein de la compagnie qu’elle a crĂ©Ă© : ” la troupe des seigneurs ” (avec la complicitĂ© du frère du roi, le comte d’Artois). Les reprĂ©sentations s’achèvent Ă  9h du soir puis sont suivies d’un diner. Au théâtre de la Reine, les compositeurs qu’elle aime (entre autres ceux qu’elle a fait venir Ă  Paris, allemands, italiens…), sont favorisĂ©s : Gluck (IphigĂ©nie en Tauride), Piccinni (Le dormeur Ă©veillĂ©), Sacchini (Dardanus), GrĂ©try (l’indĂ©modable ZĂ©mir et Azor), sans omettre l’auteur engagĂ© Rousseau (Le devin du village), comme aussi les pièces Ă  la mode dont on se demande pour certaines si les aristocrates interprètes avaient bien mesurĂ© la teneur sulfureuse comme c’est le cas du Barbier de SĂ©ville de Beaumarchais. Aujourd’hui le Petit Théâtre de la Reine n’accueille pas de spectateurs pour des raisons de sĂ©curitĂ© mais il se visite sur rĂ©servation.

 

 

 

Versailles : le petit théâtre de la Reine

Un théâtre pour Marie-AntoinetteMarie-Antoinette insuffle Ă  la Cour de France un nouveau vent musical en liaison directe avec ses goĂ»ts d’active mĂ©lomane : harpiste, chanteuse et pianofortiste, la jeune Reine au dĂ©but des annĂ©es 1770 fait venir son professeur de musique Ă  Vienne, Gluck. Le Chevalier ne fait pas qu’investir l’opĂ©ra français : il en rĂ©forme dans le bon sens le cadre, le langage, les finalitĂ©s. Le drame, la cohĂ©rence gĂ©nĂ©rale, l’expressivitĂ© plutĂ´t que la virtuositĂ©, les caprices des chanteurs… Après Gluck, Marie-Antoinette accueille les Italiens, Piccinni puis Sacchini, mais aussi GrĂ©try et Gossec, sans omettre Johann Christian Bach et Salieri. Juste avant la RĂ©volution, jamais la scène française ne fut aussi riche et prolyxe, inventive et audacieuse.

Théâtre de poche, 1780

Au moment oĂą Gluck rĂ©volutionne les planches lyriques, la Reine reçoit en 1774 comme cadeau de son Ă©poux Louis XVI, le domaine et le palais du Trianon : Ă  l’origine, il s’agissait de la demeure de La Pompadour, elle aussi si protectrice des arts, prĂ©sent de Louis XV Ă  sa maĂ®tresse et son amie. Par la suite l’architecte Jacques Anges Gabriel Ă©difiera l’OpĂ©ra royal de Versailles dans le pur style Louis XVI …

Pour assurer l’activitĂ© artistique qu’elle a connu Ă  Vienne, Marie-Anotinette fait Ă©difier par Richard Mique, un théâtre miniature dans son domaine : il est inaugurĂ© en 1780.
De l’extĂ©rieur, l’Ă©crin du petit théâtre offre une façade sĂ©vère nĂ©o antique assez neutre : sa discrĂ©tion se rĂ©vĂ©lera dĂ©cisive pour sa prĂ©servation pendant la RĂ©volution. A l’intĂ©rieur, une centaine d’invitĂ©s de la Reine assiste aux reprĂ©sentations théâtrales et aux concerts dans un dĂ©cor or, bleu et blanc d’un raffinement discret, conçu avec des matĂ©riaux Ă©conomiques : les statues sont de stuc, les marbres, peints en trompe l’oeil.  Une vingtaine de musiciens assurent le soutien musical des soirĂ©es lyriques ; et la scène, plus dĂ©veloppĂ©e que la salle, accueille toujours une machinerie demeurĂ©e intacte depuis le XVIIIème.
Pour sa royale mécène, Richard Mique dessine le parc de Trianon version Marie-Antoinette : un hameau et ses bergers, un lac et son phare, sertis par des jardins anglais.