Compte-rendu, concert. Montreux & Vevey, les 29, 30 & 31 aoĂ»t 2016. JS Bach, E Grieg, W. A. Mozart, L. van Beethoven… James Ehnes, MikhaĂŻl Pletnev, Midori, Orchestre des Jeunes de Bahia.

FĂŞtant cette annĂ©e ses 70 ans, le Septembre musical de Montreux-Vevey continue de s’imposer comme l’un des festivals majeurs de la Suisse Romande, et donc un rendez-vous incontournable pour le mĂ©lomane amateur de grands orchestres comme de grands solistes. L’Ă©dition 2017 a vu ainsi dĂ©filer des solistes de la trempe de Martha Argerich, Leonidas Kavakos, Daniil Trifonov, mais aussi – nous les avons entendus – James Ehnes, MikhaĂŻl Pletnev et Midori.

 

 

James Ehnes

 

 

Le premier s’est lancĂ© – au Temple Saint-Martin de Vevey – dans la folle aventure de l’intĂ©grale des Sonates et Partitas pour violon seul de J.S. Bach. Le violoniste canadien ne s’y avère pas qu’un simple exĂ©cutant de la partition, mais avant tout un traducteur et un acteur dont la maturitĂ© d’interprĂ©tation fait forte impression. Dans ces Ĺ“uvres fameuses, l’instrument entre dans une symbiose permanente, et sonne Ă  nos oreilles comme une dĂ©claration d’émotion, avec notamment de très beaux aigus. MĂŞme si certaines pièces accusent une certaine rapiditĂ© d’exĂ©cution – par exemple dans la fameuse Chaconne de la Partita n°2 -, il Ă©mane de son jeu une respiration artistique forte et une sensibilitĂ© Ă  fleur de peau qui font de cet artiste, l’un des plus talentueux et attachants de sa gĂ©nĂ©ration. Visiblement très Ă©mu par ce qu’il vient d’entendre, le public lui offre une vive ovation Ă  l’issue de sa performance.

 

Trois soirées au Septembre musical de Montreux-Vevey

 

Pletnev

 

Le second, assez rare en tant que concertiste depuis qu’il dirige l’Orchestre National de Russie, a offert – au Reflet-Théâtre de Vevey – un programme plus Ă©clectique, rĂ©unissant Bach, Grieg, Mozart. Dans le PrĂ©lude et Fugue en la mineur de Bach, le virtuose russe gratifie l’auditoire de sa technique hors pair : sens de la construction, clartĂ© du contrepoint, expressivitĂ©, capacitĂ© Ă  faire chanter l’instrument. Avec Grieg, on trouve des moments de poĂ©sie et d’apaisement dans la Ballade op. 24 et une sincère tentative de faire ressortir le romantisme Ă©chevelĂ© de la juvĂ©nile Sonate op. 7.  Après l’entracte, c’est Mozart qui est Ă  l’honneur au travers de trois de ses Sonates (les KV 311, 457 & 533). Pletnev – cela se voit et s’entend – vit dans l’intimitĂ© de Mozart, qu’il joue avec un respect et une affection touchantes, et son interprĂ©tation relève le dĂ©fi de ce grand voyage dans les trĂ©fonds de l’âme mozartienne avec beaucoup de finesse, d’élĂ©gance, de fraĂ®cheur. Avec un très beau sens des nuances et un jeu d’une grande clartĂ©, il retrouve la puretĂ© mĂ©lodique de ces Sonates, leur brillance et leur virtuositĂ©, en toute simplicitĂ©. Il offre, en bis, le fameux RĂŞve d’amour de Liszt puis le Scherzo de Borodine.

 

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Entre ces deux soirĂ©es, nous avons pu Ă©galement assistĂ© Ă  un concert qui affichait le Youth Orchestra of Bahia (YOBA), orchestre composĂ© de jeunes issus des quartiers dĂ©favorisĂ©s de la citĂ© brĂ©silienne (Ă  l’image du plus connu El Sistema vĂ©nĂ©zuĂ©lien fondĂ© par Gustavo Dudamel). DirigĂ©e par son fondateur et directeur musical Ricardo Castro, la jeune phalange s’Ă©chauffe d’abord avec une pĂ©tillante Ouverture de Candide de Leonard Bernstein avant d’accueillir en son sein la cĂ©lèbre violoniste japonaise Midori pour une exĂ©cution du Concerto pour violon de Beethoven. Dès le premier mouvement, l’interprète montre qu’elle est aujourd’hui en pleine maturitĂ© artistique et technique : la puissance et la beautĂ© du son, la fiabilitĂ© de la tenue d’archet, le contrĂ´le de l’interprĂ©tation dans ses moindres dĂ©tails, l’Ă©conomie du comportement (tout de concentration et d’intĂ©rioritĂ©) concourent Ă  crĂ©er un moment de musique vraiment mĂ©morable.

Midori

La seconde partie de soirĂ©e propose une pièce aussi rare qu’originale avec le ChĂ´ros n°6 d’Heitor Villa-Lobos, le ChĂ´ro Ă©tant une tentative Ă©tonnante de fusionner la musique orchestrale et la musique des rues du BrĂ©sil. Le cycle des douze Choros composĂ©s par le compositeur brĂ©silien nĂ©cessite des effectifs instrumentaux variĂ©s de la guitare seule au grand orchestre, et c’est tout le BrĂ©sil avec ses percussions caractĂ©ristiques, sa lumière et sa joie intrinsèque qui s’exprime Ă  travers les instruments de l’orchestre classique. Et disons-le tout de go, le YOBA – en terme de richesse des timbres et de fini instrumental – n’a ici rien Ă  envier aux grandes phalanges europĂ©ennes sous la baguette de Ricardo Castro qui, de son cĂ´tĂ©, allie Ă©nergie et prĂ©cision. Bref, une double belle dĂ©couverte que cette partition et cet orchestre au Septembre Musical de Montreux-Vevey !

Compte-rendu, concert. Montreux & Vevey, les 29, 30 & 31 aoĂ»t 2016. JS Bach, E Grieg, W. A. Mozart, L. van Beethoven… James Ehnes, MikhaĂŻl Pletnev, Midori, Orchestre des Jeunes de Bahia.

Illustrations : JamesEhnes, Pletnev, Midori (DR)

Midori joue le Concerto pour violon de Brahms

MIDORI_VIOLON_midori_c_jpg_681x349_crop_upscale_q95Arte, le 30 juin 2013,19h. Concerto pour violon de Brahms par Midori   …   Pour ses trente ans de scène, la violoniste Midori interprète le Concerto pour violon de Brahms. En 1982 Ă  New York, elle fait ses dĂ©buts Ă  l’âge de 11 ans sous la direction de Zubin Mehta. Le chef d’orchestre indien est Ă  la tĂŞte de l’Orchestre philharmonique de Munich pour ce concert anniversaire.
Le talent exceptionnel de Midori a été repéré très tôt. Dans les années 1980, elle a commencé à se produire en public et a remporté de nombreux prix. Mais au milieu des années 1990, elle tourne le dos au monde des concerts. Son souci de perfection l’avait plongée dans une dépression dont elle a mis du temps à se remettre.
Elle ne délaisse toutefois pas totalement la scène. Mais elle se fixe d’autres priorités, notamment ses études de psychologie.
Midori s’engage dans des projets sociaux ayant pour finalité de favoriser l’accès à la musique. Ces activités lui ont valu bon nombre de distinctions. Le concert anniversaire qu’elle donne à Munich est l’occasion de jeter un pont vers le passé.Le Concerto opus 77 en ré majeur est la seule œuvre composée par Brahms pour violon et orchestre. A sa création en 1879 à Leipzig, l’œuvre a ravi les uns et irrité les autres. Le chef Hans von Bülow y voyait un morceau composé contre le violon et non pas pour le violon. En effet, dans ce concerto, le violon est une voix parmi d’autres, et de surcroît une voix confrontée à d’immenses difficultés techniques d’exécution.
Dans son traitement du concerto pour soliste, Brahms adopte une approche plutĂ´t symphonique. Il voulait que le violon se mette au service de la musique et non l’inverse. Les critiques souvent virulentes le dĂ©couragèrent d’écrire un second concerto pour violon. Pourtant, le jugement de l’histoire allait s’avĂ©rer bien diffĂ©rent. Aujourd’hui, cette Ĺ“uvre devenue incontournable est inscrite au rĂ©pertoire des plus grands violonistes. Un dĂ©fi indispensable et une oeuvre de rĂ©fĂ©rence qui dĂ©voile les maitres actuels de l’archet.

Direction : Zubin Mehta
Avec Midori et l’Orchestre philharmonique de Munich.                                         .