CRITIQUE, concert. TOULOUSE, le 15 oct 2021. Lio KUOKMAN… Q. CHEN, MENDELSSOHN, MOUSSORGSKI, RAVEL.

200x200_photo-kuok-man-lio-okCRITIQUE, concert. TOULOUSE, le 15 oct 2021. Q. CHEN, MENDELSSOHN, MOUSSORGSKI, RAVEL. M. BAREMBOIM / Lio KUOKMAN. Je ne crois pas au hasard et pourtant. Il y a un an le concert du chef Lio Kuokman (laurĂ©at du Concours Svetlanov 2014 / NDLR), avait Ă©tĂ© le dernier avant la deuxiĂšme fermeture des salles de spectacles pour raisons d’épidĂ©mie. Pour moi le concert de ce soir est le retour Ă  la vie musicale aprĂšs des soucis de santĂ© dont le Coronavirus. Et quel concert ! Le chef Lio Kuok-man dĂ©gage dĂšs son entrĂ©e une Ă©nergie heureuse et communicative qui galvanise l’orchestre et subjugue le public. La courte partition de Qigang Chen crĂ©Ă©e en 1998 semble avoir Ă©tĂ© trĂšs apprĂ©ciĂ©e et a recueilli un grand succĂšs. Il faut dire que l’écriture est brillante et magnifique d’originalitĂ© de timbre, de rythme et de nuances subtiles.

 

 

KUOKMAN / M BARENBOIM : une association de musiciens
au sommet comme dans un rĂȘve

 

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Les trĂšs courts mouvements se complĂštent et se rĂ©pondent avec beaucoup de finesse, d’intelligence. Les solistes de l’Orchestre du Capitole sont superbement mis en valeur de mĂȘme que les subtilitĂ©s d’une orchestration aux limites de la tonalitĂ© avec beaucoup d’hĂ©donisme. La mise en place complexe est rĂ©alisĂ©e avec une simplicitĂ© dĂ©concertante par le chef dont les gestes sont limpides et souples. La difficultĂ© de la partition avec Lio Kuokman est comme un jeu et le public est subjuguĂ©. C’est bien davantage sur une piĂšce contemporaine qu’il est possible de dire combien Lio Kuokman est un fin musicien qui communique magnifiquement tant avec l’orchestre que le public.

AprĂšs ce beau succĂšs, l’entrĂ©e du violoniste Michael Barenboim est Ă©galement Ă©nergique et joyeuse. Le subtil 2Ăšme Concerto de Mendelssohn dĂ©bute comme un rĂȘve avec un legato du violon, un son plein et dĂ©licatement nuancĂ© qui est un vĂ©ritable ravissement. L’équilibre avec l’orchestre est parfait. Lio Kuokman est le tact mĂȘme permettant au violoniste de nuancer avec la plus grande dĂ©licatesse sans jamais risquer d’ĂȘtre couvert par l’orchestre (pourtant trĂšs prĂ©sent). Cette alchimie musicale si passionnante fonctionne Ă  merveille. Le deuxiĂšme mouvement plane haut et le final est une vĂ©ritable joie partagĂ©e. Dans le bis offert par le violoniste son humour se rĂ©vĂšle. Ce jeune musicien, fils de Daniel Barenboim et d’Elena Bashkirova, est nĂ© sous des Ă©toiles musicales Ă©blouissantes. Tout est musique en lui, tout lui est facile, Ă©vident et la plus grande virtuositĂ© n’est que pure Ă©motion musicale, sans jamais la moindre ostentation. Quelle relĂšve dans ces enfants de grands musiciens. Michael Barenboim n’a pas de difficultĂ© Ă  se faire un prĂ©nom et je rappelle cet Ă©tĂ© les immenses qualitĂ©s d’Alexandre Kantorow et de Paolo Rigutto Ă  la Roque d’ AnthĂ©ron, dignes fils musiciens de parents Ă©galement douĂ©s d’une gĂ©nĂ©ration Ă  l’autre.
AprĂšs une courte pause le jeune chef revient et dirige par cƓur les somptueux Tableaux d’une exposition de Moussorgski dans la sensationnelle orchestration de Ravel. DĂšs l’introduction de la promenade par la trompette solo, le ton est donnĂ© : libertĂ© et beautĂ© sonore. Le chef lĂąche la bride et le trompettiste joue magnifiquement dans un phrasĂ© de rĂȘve. Puis le chef prend toute la main pour obtenir de l’orchestre en trĂšs grande forme une interprĂ©tation remarquable. Le mĂ©lange de souplesse, de prĂ©cision et de gourmandise dans la direction de Lio Kuokman est passionnant Ă  observer pour le public tant il semble annoncer ce que l’oreille va entendre. L’écoute et le regard se rencontrent comme rarement en assistant Ă  un concert dirigĂ© par ce jeune chef sĂ©duisant.
Que dire de cette fin de soirĂ©e si ce n’est que la jubilation Ă©tait partout. La construction de chaque « tableau », de chaque « promenade » s’inscrit dans la totalitĂ© de l’Ɠuvre avec ce magnifique crescendo final dans la « Grande porte de Kiev ». Mais avant, le « Veccio Castello » permet une fusion parfaite du rare saxophone dans les sonoritĂ©s confortables du basson puis les bois : la poĂ©sie irradie. « Le ballet des poussins » est une horlogerie suisse parfaitement rĂ©glĂ©e. La magnificence des gros cuivres dans « Catacombes » est terrible et impressionnante. La puissance et la prĂ©cision des contrebasses dans « La cabane sur des pattes de poules » provoquent un effet dĂ©licieusement effrayant. Vraiment une trĂšs belle interprĂ©tation signant une vraie fusion musicale entre les musiciens de l’orchestre et le chef. Si Lio Kuokman n’était pas dĂ©jĂ  si engagĂ© dans de nombreux projets, il serait possible de penser Ă  lui pour l’avenir de l’Orchestre du Capitole. Du moins nous l’espĂ©rons comme chef rĂ©guliĂšrement invité !

 

 

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CRITIQUE, concert. TOULOUSE. Halle-aux-Grains, le 15 octobre 2021. Qigang Chen (nĂ© en 1951) : Wu Xing ; FĂ©lix Mendelssohn (1809-1847) : Concerto pour violon n°2 en mi mineur op.64 ; Modeste Moussorgski (1839-1881) / Maurice Ravel (1875-1937) : Les Tableaux d’une exposition ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Michael Barenboim, violon ; Lio Kuok-man, direction.

 

 

 

Approfondir :

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LIO KUOKMN est aussi chef principal du Hong-Kong Philharmonic, depuis déc 2020.
Photo : © TAT KENG TEY/ JAN REGAN

VOIR Lio Kuokman : https://www.youtube.com/watch?v=iLiDhqblAqs