COMPTE-RENDU, critique, opéra. PARIS, Opéra-Comique, le 12 déc 2019. MESSAGER : FORTUNIO. Cyrille Dubois. Langrée / Podalydès…

fortunio-opera-comique-paris-critique-opera-cyrille-dubois-bandeau-opera-comiqueCOMPTE-RENDU, critique, opéra. PARIS, Opéra-Comique, le 12 déc 2019. MESSAGER : FORTUNIO. Cyrille Dubois. Langrée / Podalydès… Malgré la grève (et la pluie), battant le pavé parisien mais équipé de bonnes chaussures, l’espoir d’assister à un Fortunio réussi, nous porte. En particulier s’agissant des voix car le spectacle lui, a déjà été créé ici même en 2009, il a 10 ans déjà. Rien à dire donc sur la (première alors) mise en scène à l’opéra de Denis Podalydès (décors d’ Eric Ruf) : sobre, forte, jouant sur la gravitas rentrée d’un destin contrarié, sur l’étouffant huis-clos d’un drame bourgeois avec uniforme. Le mouvement des personnages et la direction d’acteurs revendique les choix de Podalydès, homme de théâtre avant tout et qui sait déplacer les profils, fixer des attitudes sans que jamais le chant ne s’en trouve minimisé. Le livret de Caillavet et Flers d’après Alfred de Musset (Le Chandelier) relève du drame bourgeois voire du vaudeville assez routinier (avec la chambre et son armoire) que rehaussent les costumes Belle-Époque de Christian Lacroix. La vérité des sentiments et des situations qui s’y révèlent d’une justesse absolue, touchent au cœur des pulsions et intentions de chaque protagoniste. L’analyse y est décapante et permet de distinguer ce qui relève du masque artificiel comme du désir premier, primitif, viscéral qui pilote chacun. Finalement dans un chassé croisé de figures superficielles, se détache la sincérité de Fortunio dont l’amour touche au cœur Jacqueline, l’infidèle, prétendue insouciante.

 

 

Superbe distribution pour la reprise de Fortunio

 

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Habité autant que diseur, et d’une articulation qui colle parfaitement aux situations, Cyrille Dubois affirme son excellence parmi les meilleurs ténors français de l’heure : ils ne sont pas nombreux à un tel degré d’intelligibilité. Homme blessé mais digne dans son ineffable douleur à la quelle il sait proposer une incarnation à la fois tendre et naturelle. Avec ses couleurs romantiques évidentes, une gravitas comme filigranée qui rappelle en particulier dans les actes III et IV, le tragique noir de Werther de Massenet que le chef Messager a beaucoup dirigé. D’autant que la Jacqueline de la soprano, cristalline elle aussi, Anne-Catherine Gillet, beauté courtisée par tous, fait surgir peu à peu et tout en subtilité cette attraction magique qui l’aimante à Fortunio. La cantatrice et actrice articule, habite, incarne, colorant chaque mot avec une attention juste, exemplaire. Nous l’avions remarqué à l’Opéra de Tours en Juliette dans Roméo et Juliette de Gounod : même intensité ardente, même angélisme grave, un naturel qui éblouit par sa sincérité. Jean-Sébastien Bou, en partenaire idéal, fait un impeccable capitaine Clavaroche : avisé, inspiré, déterminé sans arrogance ni supériorité. Il connaît son personnage, celui de l’amant sûr de lui, un rien conquérant, d’autant mieux qu’il assurait cette partie dès la création de 2009.
Tel un Don Pasquale maladroit, finalement attendrissant, le mari trompé, incarné par Franck Leguérinel affirme aussi une évidente crédibilité. Comme le Landry, séducteur et en verve de Philippe-Nicolas Martin. Comme ses partenaires, son profil offre un contrepoint marquant à la profondeur solitaire du personnage de Fortunio.
Aux nuances dramatiques et scéniques des chanteurs, tous impeccables acteurs, répond la finesse de l’orchestre sur instruments anciens, l’Orchestre des champs élysées fondé par Philippe Herreweghe : de la légèreté digne de l’opérette façon Paris, et du wagnérisme dans les résonances plus ambivalentes des sentiments de Jacqueline pour Fortunio et vice versa… De sorte qu’on ne saurait écouter meilleur Messager, ainsi révélé à nouveau dans ses accents intimistes, ses troubles expressifs qui fusionnent chant et théâtre.

 

 

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COMPTE-RENDU, critique, opéra. PARIS, Opéra-Comique, le 12 déc 2019. MESSAGER : FORTUNIO.

 

   

 

Cyrille Dubois, Fortunio
Franck Leguérinel, Maître André (le mari trompé)
Anne-Catherine Gillet, Jacqueline (l’épouse infidèle)
Jean-Sébastien Bou, Clavaroche (l’amant)
Philippe-Nicolas Martin, Landry
Thomas Dear, Lieutenant de Verbois
Aliénor Feix, Madelon
Luc Bertin-Hugault, Maître Subtil
Pierre Derhet, Lieutenant d’Azincourt
Geoffroy Buffière, Guillaume
Stéphanie Daniel, Lumières

Chœur Les Eléments
Orchestre des Champs-Elysées
Louis Langrée, Direction
Denis Podalydès, Metteur en scène

Illustrations : © Stefan BRION

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Compte rendu, opéra. Marseille. Théâtre du Lacydon, le 16 novembre 2014. Messager : Véronique, 1898. Valérie Florac, piano et direction

Belle et bonne idée : créer une troupe d’artistes du cru et leur donner la possibilité de s’exprimer sur scène, en troupe. Belle et bonne troupe que celle de ces jeunes et beaux chanteurs menés tambour battant par le dynamique et enthousiaste Mikhael Piccone qui signe mise en scène et part de l’adaptation avec ses complices Gwennaelle Seiferer et Marion Gregori. Le résultat : un spectacle réjouissant, plein d’allant et de talent à partir d’une œuvre dont la musique résiste encore au temps, au moins deux airs, mais dont le texte est passablement vieillot.

 

 

 

La nouvelle VĂ©ronique : au poil !

 

messager andre220px-André_MessagerL’œuvre. Encore que peu originale mais courante à la scène, l’intrigue, le déguisement pour faire advenir la vérité, ici un travestissement de la fiancée incognito pour jouer et déjouer un Vicomte criblé de dettes et coureur de dot et jupons, pourrait être du Marivaux, du Da Ponte/Mozart. Mais la trame, sans frôler le drame (un adultère, une rupture, une aventure et mariage faussés), est desservie par un texte d’une fadeur bourgeoise qui, sans être tiré par les cheveux, est loin d’être ébouriffant, de décoiffer. Et c’est là que nos lascars, sans se faire des cheveux, ont saisi la fortune par un cheveu, par la chevelure, en ont fait des frisettes et des risettes, et même paré les personnages de perruques et de nouveaux noms qui sont un programme digne d’un salon, sinon de la haute, de coiffure. Dans ce monde bourgeois où prime l’intérêt, où Guizot, ministre de Louis-Philippe, sous le règne duquel se passe l’action, lançait le fameux « Enrichissez-vous ! », cette Nouvelle Véronique, sans que cela tienne à un cheveu, ou plutôt oui, tout se monnaie non en monnaie de songe mais de singe : au cheveu près ! On ne paie pas rubis sur l’ongle mais sous l’angle de sa chevelure, on ne paie pas sur sa mine, sur sa tête, mais sur sa crête : on paie sur la mine plus ou moins riche de ses cheveux plus ou moins fournis! Et de tant devoir, de tant de dettes, certains, sans un radis, ont les cheveux ras, sans être rasoir, menacés de calvitie totale par les remboursements.

RĂ©alisation et interprĂ©tation. La mise en scène de Piccone, sur ce postulat chevelu farfelu, fourmille de trouvailles, de dĂ©tails cocasses colorĂ©s oĂą l’on retrouve sa veine et sa verve comique, bien servie par les Ă©chos coloristes des costumes et des perruques du quatuor Agnès Pasqualini, Mireille Frayssinhes, Marie Pons, Marion Redoutey, qui bien attifent et affublent un quatuor de belles plantes du fleuriste, Alice Buro, Sabrina Kilouli, Marie Pons, Laura Stamboulis, de beaux tailleurs et de perruques platine d’abord, rousses ensuite pour la suite de demoiselles d’honneur de la noce qui font jeu mĂŞme avec la botte de carottes : un carrĂ© de dames bien sexy pour la sage robe virginale de mariĂ©e de la VĂ©ronique dĂ©voilĂ©e. On apprĂ©cie Ă©galement l’harmonie de la robe de la tante qui joue mĂŞme avec celle de son parapluie, et l’arc-en-ciel de la robe de la volage Agathe, la belle Émilie Cavallo Ă  la superbe voix. Jolie harmonie des couleurs et des ensembles vocaux.
Mais la trouvaille essentielle est d’avoir fait de Florestan, ci-devant Vicomte de Cheveux courts (Gilen Goicoechea) menacé, pour dettes, d’être rasé à zéro comme son compte en banque, un rocker, le rocker par excellence, un Elvis Presley en blouson de cuir et le cuir chevelu brillantiné pour ce brillant ténor —pardon— baryton brillantissime, timbre chaud de chaud lapin, voix sonore, ample et large comme ses épaules de rouleur de mécaniques et comme son ego, miroir en main pour vérifier sa rutilante dentition (« Cheese ! ») et sa coupe de cheveux soigneusement et amoureusement plaquée de sa main et de ce peigne qui ne le quitte pas.
Le destin de son compère Loustot, baron de Frisette sans un poil, tient Ă  lui par un cheveux pour rĂ©cupĂ©rer les siens si l’ami règle ses dettes grâce au mariage d’argent. Il est campĂ© avec drĂ´lerie par l’excellent tĂ©nor Guilhem Chalbos qui pourrait crier « Chauve qui peut ! » avec le cocu Coquenard, la basse sombre Guillaume Barralis, dont le manteau est aussi enrichi des scalps d’autrui, signe extĂ©rieur de richesse, que son crâne en est pauvre, et le front, ornĂ© par sa femme et Florestan, est nu comme un Ĺ“uf, le faisant rĂŞver de la promotion d’une perruque. On ajoutera Ă  ces bien chantants mâles en mal de cheveux ou mariage, le drolatique SĂ©raphin d’Angelo Citriniti, sorte de Napolitain frustrĂ© par sa femme, la jolie Alexia M’Basse, couple haut en couleur.
CĂ´tĂ©s dames de la high society, il faut saluer l’aisance scĂ©nique d’Annabelle Sodi-Thibault en Ermerance de Cheveux durs/Estelle, tante aristo et pincĂ©e qui en pince pour l’humble fleuriste Coquenard. VĂ©ronique —pour le dragueur Florestan— en grisante grisette (mais en robe vichy et non en grisaille ouvrière) HĂ©lène de Cheveux d’Ange dĂ©guisĂ©e, a l’angĂ©lique et fraĂ®che voix de Marion Rybaka, musicale et douce, mĂŞlĂ©e, sinon encore mariĂ©e, Ă  celle ardente du pendard Florestan de Gilen Goicoechea. Ils nous font goĂ»ter les duos au charme dĂ©suet attendrissant : « De-ci, de-lĂ , cahin-caha, /Va chemine, va, trottine !/ Le picotin te rĂ©compensera », de la balade et ballade en âne, et le fameux « Poussez, poussez, l’escarpolette ». Il faut dire que la fermetĂ© et la vivacitĂ© de la direction musicale, Ă  partir du piano, de ValĂ©rie Florac tient bien toute la remuante et juvĂ©nile troupe, en maintien le dynamique tempo sans faille avec le soutien feutrĂ© du violoncelle de Jean-Yves Poirier et de la flĂ»te parfois espiègle de Danilo de Luca.
Même les silhouettes (Fabienne Hua, Émilie Bernou, Jérémy Favret,  Jeong- Hyun Han) sont bien traitées. Mal traitée ? Une jolie Colombine muette, mime, danseuse, pendant tout le long spectacle, en contrepoint, se gondole, contorsionne, se tord et se distord joliment, sans un temps d’arrêt : Alessia Tomasello.
Un spectacle de jeunes qui pourraient en remontrer à des vétérans, qui a réjoui les uns et les autres dans cette salle pleine et vibrante.

 

 

 

La Nouvelle VĂ©ronique
Marseille, Théâtre du Lacydon, 16 novembre,
Cabriès, maison des Arts, 7 décembre, 15h

D’après Véronique (1898), opérette d’André Messager, libre livret adapté de l’original (Vanloo et Duval) par Mikhael Piccone en collaboration avec Gwennaelle Seiferer et Marion Gregori.

Direction musicale/piano : Valérie Florac ; violoncelle : Jean-Yves Poirier ; flûte : Danilo de Luca.
Mise en scène : Mikhael Piccone. Scénographie : Gwennaelle Seiferer ;
Costumes : Agnès Pasqualini, Mireille Frayssinhes, Marie Pons, Marion Redoutey.

Distribution :
HĂ©lène de Cheveux d’Ange/VĂ©ronique : Marion Rybaka ; Agathe Coquenard : Émilie Cavallo ; Ermerance de Cheveux durs/Estelle : Annabelle Sodi-Thibault ;
Denise : Alexia M’Basse ; vendeuses/ demoiselles d’honneur : Alice Buro, Sabrina Kilouli, Marie Pons, Laura Stamboulis ; Tante BenoĂ®t : Fabienne Hua ; cliente : Émilie Bernou.
Florestan/Vicomte de Cheveux courts : Gilen Goicoechea ; Loustot/baron de Frisette : Guilhem Chalbos ; Coquenard : Guillaume Barralis ; Séraphin : Angelo Citriniti ; un acheteur : Jérémy Favret ; Patron du tourne bride : Jeong- Hyun Han ; Colombine danseuse : Alessia Tomasello.