CD, critique. STRAUSS : lieder / DIANA DAMRAU / MARISS JANSONS (1 cd ERATO, janv 2019)

diana-damrau-strauss-lieder-cd-critique-opera-critique-classiquenews-richard-strauss-vier-letzte-liederCD, critique. STRAUSS : lieder / DIANA DAMRAU / MARISS JANSONS (1 cd ERATO, janv 2019). D’abord, analysons la lecture des lieder avec orchestre : Diana Damrau, soprano allemande, mozartienne et verdienne, au sommet de son chant charnel et clair, parfois angélique, se saisit du testament spirituel et musical du Strauss octogénaire, le plus inspiré, qui aspire alors à cette fusion heureuse, poétique, du verbe et de la musique en un parlé chanté, « sprechgesang » d’une absolue plasticité. Une lecture extrêmement tendre à laquelle le chef Mariss Jansons (l’une de ses dernières gravures réalisées en janvier 2019 avant sa disparition survenue en nov 2019) sait apporter des couleurs fines et détaillées ; une profondeur toute en pudeur.

Née en Bavière comme Strauss, Diana Damrau réalise et concrétise une sorte de rêve, d’évidence même en chantant le poète compositeur de sa propre terre. Strauss était marié à une soprano, écrivant pour elle, ses meilleures partitions. Celle qui a chanté Zerbinette, figure féminine aussi insouciante que sage, Sophie, autre visage d’un angélisme loyal, Aithra du moins connu de ses ouvrages Hélène d’Egypte / Die Ägyptische Helena, se donne totalement à une sorte d’enivrement vocal qui bouleverse par sa sincérité et son intensité tendre comme on a dit.

Des Quatre derniers lieders / Ver Letzte Lieder, examinons premièrement « Frühling » : éperdu, rayonnant voire incandescent grâce à l’intensité ardente et pourtant très claire des aigus, portés par un souffle ivre. Cependant, la ligne manque parfois d’assise, comme si la chanteuse manquait justement de soutien. Puis, « September » s’enivre dans un autre extase, celle d’une tendresse infinie dont le caractère contemplatif se fond avec son sujet, un crépuscule chaud, celui enveloppant d’une fin d’été ; la caresse symphonique y atteint, en ses vagues océanes gorgées de volupté, des sommets de chatoyance melliflue, – cor rayonnant obligé, pour conclure, où chez la chanteuse s’affirme cette fois, la beauté du timbre au legato souverain.

« Beim Schlafengehen » d’après Hermann Hesse, plonge dans le lugubre profond d’une immense lassitude, celle du poète éprouvé par le choc de la première guerre et le déclin de son épouse : impuissance et douleur ; la sincérité et cet angélisme engagé qu’exprime sans affect la diva, bouleversent totalement. En particulier dans sa réponse au solo de violon qui est l’appel à l’insouciance dans la candeur magique de la nuit. Cette implication totale rappelle l’investissement que nous avons pu constater dans certains de ses rôles à l’opéra : sa Gilda, sa Traviata… consumées, ardentes, brûlantes. Presque wagnérienne, mais précise et mesurée, la soprano au timbre ample et charnel reste, -intelligence suprême, très proche du texte, faisant de cette fin, un déchirement troublant.

« Im Abendrot » : malgré l’émission première de l’orchestre, trop brutale, épaisse et dure, le soprano de Damru sait s’élever au dessus de la cime des cors et des cordes. La qualité majeure de Diana Damrau reste la couleur spécifique, mozartienne que son timbre apporte à l’articulation et l’harmonisation des Lieder orchestraux : irradié, embrasé, et pourtant sincère et tendre, transcendé et humain, le chant de Diana Damrau convainc totalement : il s’inscrit parmi les lectures les plus personnelles et abouties du cycle lyrique et symphonique.

La flexibilité des registres aigus, l’accroche directe des aigus, la présence du texte, rendent justice à l’écriture de Richard Strauss qui signe ici son testament musical et spirituel, un accomplissement musical autant qu’un adieu à toute vie.
Le reste du programme enchaîne les lieder avec la complicité toute en fluidité et délicatesse du pianiste Helmut Deutsch, à partir de Malven… qui serait donc le 5è dernier lieder d’un Strauss saisi par l’inspiration et d’un sublime remontant à nov 1948, « dernière rose » pour sa chère diva Maria Jeritza… laquelle, comme soucieuse et trop personnelle, révéla l’air en 1982 ! Le soprano de Damrau articule, vivifie les 4 Mädchenblumen dont la coupe et le verbe malicieux, enjoué rappelle constamment le caractère de Zerbinette. Ce caractère de tendresse voluptueuse quasi extatique appelant à un monde pacifié, idyllique qui n’existera jamais, semble dans le pénultième Befreit, chef d’oeuvre à l’énoncé schubertien, traversé par la mort et la perte, le deuil d’une ineffable souffrance bientôt changée en bonheur final, que la diva incarne embrasée dans le moelleux d’aigus irrisés et calibrés, son timbre éprouvé, attendri.

CLIC D'OR macaron 200Morgen l’ultime lied orchestré, d’après le poème de Mackay, se cristalise en une ivresse éperdue qui aspire au renoncement immatériel, à l’évanouissement, à la perte de toute chose : legato, flexibilité, beauté du timbre, associé à l’élégie du violon solo font un miracle musical pour ce programme d’une évidente musicalité. Splendide récital, élégant, tendre, musical. Bravo Diana.

 

 

 

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CD, critique. STRAUSS : lieder / DIANA DAMRAU / MARISS JANSONS (1 cd ERATO, janv 2019). Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks / Mariss Jansons. L’heure n’est pas aux comparaisons déraisonnables tant leurs timbres et moyens respectifs sont très différents mais le hasard des parutions fait que ERATO publie en janvier le même programme des Quatre derniers lieder, par Diana Damrau donc (orchestre) et par la franco-danoise Elsa Dreisig (piano), cette dernière interprète hélas moins convaincante et naturelle que sa consœur allemande… d’autant que la chanteuse française intercale diverses mélodies françaises et russes entre chaque lied de Strauss, au risque d’opérer une césure dommageable…

 

 

 

VIDEO : Diama DAMRAU chante September de Richard Strauss

 

 

 

 LIRE aussi notre dépêche MORT DU CHEF MARISS JANSONS, nov 2019

Mort du chef d’orchestre letton Mariss Jansons (1943 – 2019)

Jansons_mariss 2624018bMort du chef d’orchestre letton Mariss Jansons. Il nous avait convaincu lors du Concert du Nouvel an à Vienne 2012 : racé, nerveux, dramatique et d’une souplesse féline, Mariss Jansons, est mort à l’âge de 76 ans, d’une insuffisance cardiaque, dans la nuit du 30 novembre 2019, dans sa maison de Saint-Petersbourg. Il avait dirigé entre autres phalanges, le Philharmonique de Vienne à 3 reprises.

Il avait déjà été victime d’un infarctus passé, dont une occurrence en plein concert à Oslo en 1996, alors qu’il dirigeait La Bohème de Puccini. En 2010, il annulait plusieurs concerts pour raison de santé, devant respecter une pause de plusieurs mois, comme cet été, où le maestro a du interrompre tout engagement.

Né à Riga (Lettonie), le 14 janvier 1943, le fils du chef d’orchestre Arvid Jansons, a reçu les conseils de Herbert von Karajan et surtout du maître russe Yevgueny Mravinsky (1903-1988). Mariss Jansons a étudié le violon, le piano et la direction au conservatoire de Leningrad. Il était directeur musical depuis 2003 de l’Orchestre symphonique de la Radio bavaroise après avoir dirigé l’orchestre philharmonique d’Oslo (1979- 2000), l’orchestre symphonique de Pittsburgh (1997-2004), le Concertgebouw d’Amsterdam (2004-2015). Charismatique et pourtant humble, le chef a su séduire nombre d’orchestres. Sa lecture de La Dame de pique de Tchaikovski aura entre autres réusites marqué l’édition 2018 du festival estival de Salzbourg.
Les instrumentistes du Philharmonique de Vienne l’ont appelé à diriger le Concert du Nouvel An, sorte de Graal et d’adoubement ultime dans la carrière, en 2006, 2012 et 2016.

 

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VOIR la direction de Mariss Jansons : Malher, Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks

 

 

 

 

 

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L’un des derniers concerts de MARISS JANSONS en juin 2019 à HAMBOURG (Schumann, surtout BERLIOZ, Symphonie fantastique) / Wiener Philharmoniker :

 

 

https://www.youtube.com/watch?v=GDFA5a5Qpfo

 

 

CD événement. Concert du Nouvel An 2016 à Vienne. Neujahrskonzert / New Year’s concert 2016. Vienna Philharmonic / Wiener Philharmoniker / orchestre philharmonique de Vienne. Mariss Jansons, direction (2 cd Sony classical).

jansons-mariss-concert-du-nouvel-an-2016CD événement. Concert du Nouvel An 2016 à Vienne. Neujahrskonzert / New Year’s concert 2016. Vienna Philharmonic / Wiener Philharmoniker / orchestre philharmonique de Vienne. Mariss Jansons, direction (2 cd Sony classical). Chaque 1er janvier c’est un rituel bien rodé et depuis des lustres, unanimement plébiscité au point d’être Le concert symphonique le plus médiatisé au monde. Les happy few se pressent jusqu’au fond de la salle, dans les bas côtés de l’estrade qui accueille les musiciens du Wiener, pour avoir leurs fauteuils et ressentir de près, l’excitation collective d’un bain de raffinement musical… Car c’est confirmé d’année en année et cette édition ne déroge pas à la règle : le Wiener Philharmoniker est bien l’orchestre le plus enchanteur du monde, délivrant ainsi en début de nouveau cycle annuel, cette bénédiction par la musique : une onction quasi sainte qui réconforte les âmes les plus sensibles, artistes et mélomanes, unis dans l’espérance d’un monde meilleur. Le jour des vÅ“ux d’heureuse année, impose une trêve mondiale pour se recueillir et espérer de fait, une année nouvelle plus bienheureuse que celle écoulée. Et en France comme en Europe, cela n’est guère difficile… sauf à croire les plus sceptiques qui pensent que le pire est devant nous.

Nonobstant gardons espoir et savourons ce formidable moment de recueillement et de ferveur collective grâce aux valeurs qu’expriment ici le Philharmonique de Vienne en 1er janvier en direct depuis la Philharmonie viennoise, transfiguré par la direction élégantissime et finement caractérisée d’un maestro déjà habitué de l’occasion et d’une subtilité à toute épreuve, Mariss Jansons.
Pour ceux et celles souhaitant revivre l’ensemble du programme télévisé (avec l’adjonction des séquences dansées), nous les invitons à consulter notre compte rendu du Concert du 1er janvier 2016 par Mariss Jansons diffusé sur France 2 (et aussi se reporter au DVD du Concert du Nouvel An à Vienne 2016, édité également par Sony classical).

 

 

 

L’Onction philharmonique

 

 

mariss_jansons_0Ici, sans aucune “distraction visuelle”, l’écoute se focalise sur les vertus d’une direction détaillée et dramatique, d’un allant et d’un charme irrésistibles ; la direction de Jansons confirmant la très forte empathie du chef pour la légèreté claire, la séduction ciselée, s’appuyant en particulier sur la virtuosité enchantée de chaque soliste de l’orchestre philharmonique. En particulier dans la seconde partie (cd2), c’est un festival de nuances et de phrasés millimétrés, éclairant la délicatesse du collectif dans chaque épisode sélectionné par le chef et les membres de la phalange : Espana de Waldteufel étincelle par son panache séducteur, son feu solaire et méditerranéen de grande classe (d’autant plus apprécié et spectaculaire à Vienne, que c’est la première fois que l’oeuvre est jouée au Konzerthaus), hymne à la fois tapageur, débridé et aussi finement calibré ; La Libellule de Josef Strauss est d’une suavité aérienne où les cordes rayonnent par la perfection articulée et habitée de leur unisson ; superbe noblesse pour la Valse de l’Empereur et … après les voeux cérémoniels et rituels énoncés par le chef et ses instrumentistes (après avoir amorcé les premières mesures), la divine onction du Beau Danube bleu d’une grâce poétique infinie. Mais le succès populaire et entier du programme ne serait pas accompli sans une interactivité directe entre musiciens, chef et spectateurs ; dispositif réalisé grâce à La Marche de Radetzky de Strauss père, festival où l’esprit de parade et de nation rassemblée fraternelle s’exprime librement, le chef battant la mesure et indiquant au public quand il est invité à claquer des mains pour souligner le tempo. Inutile de souligner combien Sony classical a eu le nez creux et l’intuition juste d’enregistrer pour notre plus grand plaisir ce concert du Nouvel An 2016 à Vienne, des plus enivrants. Les instrumentistes étaient-ils d’autant plus inspirés qu’ils fêtaient alors les 75 ans du Concert le plus attendu de l’année ? Probablement car leur sens de la performance et de l’excellence incarnée, avec même pour les téléspectateurs participation scénographiée, est ici indiscutable. Incontournable.

CLIC_macaron_2014CD événement. Concert du Nouvel An 2016 à Vienne. Neujahrskonzert / New Year’s concert 2016. Vienna Philharmonic / Wiener Philharmoniker / orchestre philharmonique de Vienne. Mariss Jansons, direction. 2 cd Sony classical. Enregistré le 1er janvier 2016.
CLIC de CLASSIQUENEWS de janvier 2016.

Concert, compte rendu critique. Vienne, Concert du Nouvel An 2016. En direct sur France 2. Vendredi 1er janvier 2016. Wiener Philharmoniker, Mariss Jansons, direction. Valses de Strauss johann I, II; Josef ; Eduard. Waldtaufel…

mariss-jansons_c_jpg_681x349_crop_upscale_q95Concert, compte rendu critique. Vienne, Concert du Nouvel An 2016. En direct sur France 2. Vendredi 1er janvier 2016. En direct de la Philharmonie viennoise, le Konzerthaus, le concert du nouvel An réalise un rêve cathodique et solidaire : succès planétaire depuis des décennies pour ce rendez vous diffusé en direct par toutes les chaînes nationales du monde et qui le temps des fêtes, rassemblent toutes les espérances du monde, en une très large diffusion pour le plus grand nombre (les places sont vendues à un prix exorbitant destiné aux fortunés de la planète) pour un temps meilleur riche en promesses de bonheur. Cette année c’est le chef Mariss Jansons, maestro letton (résident à Saint-Pétersbourg), autant lyrique que symphonique bien trempé qui dirige les divins instrumentistes viennois, ceux du plus subtil des orchestres mondiaux et qui pour l’événement célèbre l’insouciance par la finesse et l’élégance, celle des valses des Strauss, Johann père et fils bien sûr, ce dernier particulièrement à l’honneur, et aussi Joef et Eduard ses frères (tout aussi talentueux que leur ainé), Eduard dont 2016 marque le centenaire. Affaibli par une maladie tenace, Jansons a récemment quitté le Concergebouw d’Amsterdam et a réduit considérablement la voilure, amenuisant le nombre de ses concerts annuels… Privilégiés, les Viennois le retrouvent ainsi, pour sa 3ème session à la tête des Wiener Philharmoniker, à l’occasion de ce 3ème Concert du Nouvel An avec lui. Pourtant lors de ce programme réjouissant où a résonné parmi l’effervescence straussienne, la frénésie mordante et nerveuse, racée et tendue de Chabrier (Espana remise en forme sous l’aspect d’une suite de Valse par Waldteufel), c’est un maestro très solide et d’une suggestivité dans les morceaux le plus poétiques qui s’est affirmé pour le plus grand plaisir de l’audience et des instrumentistes. Nerf, souplesse mais surtout de notre point de vue, retenue introspective et rêveuse, pourtant idéalement préservée (« pas de sucre sur le miel » selon le chef, très avisé, et donc à juste titre partisan d’un jeu sobre et d’un style économe).
Formé à Leningrad puis à Vienne, Mariss Jansons a derechef démontrer son étonnante maîtrise de la direction, dans un programme original, malgré le rituel et le déjà vu propre à la cérémonie cathodique diffusée en mondiovision, entre sensibilité sûre et finesse suggestive. Un modèle de direction.

C’est d’abord Robert Stolz (compositeur de musique légère port en 1975) et sa « Uno-Marsch », partition choisie pour célébrer les 70 ans des Nations Unies (la présence de Ben Kimoon a été remarqué par les caméras assurant la réalisation) : affirmation festive et martiale, esprit de parade,… et grâce au chef, d’emblée finesse d’orchestration (piccolo, triangle, cuivres et trompettes…). Surgit immédiatement par les couleurs et les rythmes de l’orchestre, le chatoiement dynamique d’une rue pavoisée, celle des célébrations populaires et collectives…

 

 

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De Johann Strauss fils (II), Jansons joue ensuite plusieurs morceaux plus dans le thème du concert et de l’occurence. Schatz-Walzer. opus 418 ou la Valse du trésor, extrait de Baron Tzigane : sonne comme une romance mélancolique (cordes aux rythmes entraînants). Le Concert du Nouvel mieux que dans la salle, se délecte à la télé (éventuellement coupe de champagne à la main) : le réalisateur comme chaque année s’en donne à cœur joie : osant des raccourcis, des vues vertigineusess, et toujours propre au kitsch viennois, la multitude des bancs de fleurs fraâiches (la rose est très exposée cette année), au premier plan… Sur le dvd du concert, déjà annoncé chez Sony classical le 9 janvier prochain, le spectateur pourra mesurer les vertus de la réalisation : vues serrées sur les cariatides de la salle, ou les caissons peints du plafond du splendide rectangle doré… Dans cette partition, le grotesque, le fantasque voisinent avec la finesse mélancolique de la valse en une succession d’épisodes intensément dramatiques car le morceau s’inscrit dans la continuité d’une opérette, comme peut l’être l’ouverture irrésistible de la Chauve Souris.

Puis c’est Violetta, Polka française, op. 404 où le rythme trinaire fait place à une musique binaire ; cette première Polka est lente : rythmée astucieusement par la caisse claire. Redevable au geste clair et sans enflures de Jansons, les superbes ralentis stylés, où cuivres, vents et bois s’accordent aux cordes enivrées… avec l’éclat lumineux de la flûte au chant continu. Ce qui frappe d’emblée chez Johann II, c’est comme pour ses frères, le raffinement de la sonorité, dû à la richesse très réfléchie de l’orchestration. La seconde Polka du même (Vergnügungszug. Polka, schnell, op. 281) évoque le Train de plaisir ; polka plus rapide, l’entrain des instrumentistes exprime le galop de la machine, la loco vapeur, emblème de toute une société récemment industrielle, ivre de sensations nouvelles liées à la vitesse nouvellement maîtrisée.

Au chapitre des compositeurs moins connus, Carl Michael Ziehrer, mort en 1922, paraît avec sa Weaner Madl’n Walzer (Valse des jeunes filles de Vienne) op. 388. Pas sûr que les Strauss (surtout le plus menacé, Edi ou Eduard, le cadet de la fratrie) aient été flattés de voir le compositeur au programme de leur concert, car Ziehrer fut un rival redoutable pour le dernier Strauss à entretenir la flamme de l’orchestre familial… Ici l’art du sifflement par les musiciens eux-mêmes (sur un tapis de harpe) en est la composante – effet de surprise recherché-, principale : les jeunes filles de Vienne y sont donc sifflées avec un tact et une nuance comique irrésistible. La séduction de la partition s’impose dès le début en une aube instrumentale pleine de finesse entonnée d’abord par les clarinettes…

Rival de Ziehrer donc, Eduard Strauss reparaît avec Mit Extrapost. Galopp, op. 259 (le courrier express). C’est le frère le plus talentueux, et pourtant moins connu aujourd’hui que Johann ou Josef… : sa polka sur le courrier express, affirme une maîtrise éblouissante du galop en une finesse d’orchestration spécifique (qui avait été l’an dernier, la révélation du concert du Nouvel An 2015). Pour la réalisation visuelle du concert, les producteurs cultivent toujours un sens de la mise en scène pleine de facétie (parfois un rien potache) : avant que le chef n’entame les premières mesures, un postier apporte la baguette de Johann fils lui-même : finesse, subtilité, clarté, sens de l’élégance supérieure à tout ce qui a été écouté jusque là. Culminant par son entrain au sommet de l’orchestre, le chant du Piccolo indique un
tourbillon, une ivresse, une transe instrumentale jamais lourde ni appuyée. Du grand art.

Après l’entracte, retour à l’orchestration expressive et raffinée des Strauss père et fils.

De Johann Strauss II, les spectateurs savourent la diversité dramatique de l’Ouvertüre zu Eine Nacht in Venedig (Wiener Fassung) / Ouverture d’une nuit à Venise : scintillement dramatique lié au drame qui s’ouvre ici : marche entraînante puis carnaval bariolé où le génie de Johann II maîtrise l’art de chauffer à blanc tous les pupitres dans un galop de plus en plus entraînant avec un succession d’épisodes dramatiques, finement caractérisés, d’une allégresse soutenue, libérée, entre malice et nostalgie. Une combinaison poétique délicate dont Jansons comprend la subtilité mécanique.

D’Eduard Strauss, Ausser Rand und Band. Polka schnell, op. 168, chef et musiciens éclairent l’allant irrépressible de la Polka (mot à mot « déchainée »). L’orchestre atteint une ivresse et une transe lumineuse et scintillante … avec pour les téléspectateurs, les danseurs du ballet de l’Opéra de Vienne, qui exprime la frénésie de la vie industrielle dans l’hippodrome viennois.

 

 

 

Le 1er janvier 2016, le letton Mariss Jansons dirige le concert du Nouvel An à Vienne

Mariss Jansons,
un chef inspiré au sommet de l’élégance viennoise

 

 

JANSSONS-320-JANSONS-MARISS-nouvel-an-2016-konzert-wien-presentation-classiquenews-jansons1002_marco_borggreve_hochSphärenklänge.Walzer, op. 235 ou Musique des sphères de Josef Strauß est l’une des révélations de ce programme mêlant brio et poésie. La partition est un bijou joué en pianissimos, d’où jaillit une valse d’une finesse allusive, comme l’éveil d’une belle endormie. Jansons convainc par ses apports spécifiques, cette finesse naturelle dans la poésie du lointain, dirigée avec une intelligence des nuances et une sensibilité intérieure idéale. Le morceau est bien celle d’un esthète doué d’un goût très juste : Josef Strauss était ingénieur, poète, peintre, et donc compositeur comme ses frères, Johann et Eduard.Pour rompre avec la succession symphonique ordinaire, Jansons joue la carte de la complémentarité non sans pertinence : il a réclamé le concours des Petits chanteurs de Vienne, institution autrichienne qui chantent ici deux polkas. N’oublions pas que la mélodie du Beau Danube Bleue fut d’abord conçue comme un chant choral pour voix d’hommes avant de devenir la célèbre valse que l’on sait. Rien de plus naturel donc que de programmer les deux Polkas chantées : Johann Strauss II : Sängerslust. Polka francaise, op. 328, puis Josef Strauss : Auf Ferienreisen. Polka schnell, op. 133 / En voyage de vacances.

Puis après la musique pour entracte de Fürstin Ninetta – Entr’acte zwischen 2. und 3. Akt, d’une intériorité tendre pour laquelle le chef dirige mains nues comme pour donner plus de coeur (valse scintillante et pudique, frappante elle aussi par la magie de ses plans lointains d’une admirable expressivité, mélancolique), Mariss Jansons offre un beau contraste stylistique. Aux côtés des élégants Viennois, voici le meilleur représentant de la valse française, favori d el’Empereur Napoléon III, Émile Waldteufel, avec España, valse op. 236 : inspirée par les thèmes de Chabrier, la valse de Waldteufel impose une classe folle : dramatique, racée, nerveuse et pourtant elle aussi d’une élégance et d’un maintien héroïque, frétillant comme une parade enjouée, populaire, l’ivresse d’une tauromachie scintillante et même insolente… Nouvel épisode scénique : le cymbalier évente ses confrères et aussi une partie du public située derrière eux… Nerveuse, colorée, plein de caractère, la séquence éblouit par son chien et le tempérament que sait insuffler le maestro. L’énergie est brillante et le panache, somptueux.

Enfin, voici le volet final du programme, après deux courtes séquences, très contrastées l’une à l’autre : Seufzer-Galopp, op. 9 de Johann Strauss père (sa première incursion avant la marche de Radetzky) : galop vif et pétillant, plein d’un humour déjanté avec en contrepoint, les 4 phrases d’une mécanique endormie (entonné par les musiciens) : les soupirs justement de ce « galop des soupirs ».
Puis c’est la fameuse libellule de Josef Strauss (Die Libelle. Polka mazur, op. 204) : polka mesurée et rêveuse, expressive mais tendre, entre mélancolie, noblesse, où la vibration suspendue dominante vient des bois (clarinettes en particulier… qui tel un bourdonnement calibré exprime le vol frémissant et saccadé de la libellule). Là encore la finesse suggestive du chef d’une flexibilité poétique très convaincante, enchante.

Pour finir, le concert mêle le visuel et la musique, soit l’orchestre et les danseurs dans l’indémodable Valse de l’Empereur / Kaiser-Walzer, op. 437. Les danseurs de l’Opéra de Vienne sont à Schönnbrun. Dans les salons puis dans les jardins illuminés du Versailles autrichien, c’est un rêve éveillé (et donc dansé) ou une nuit d’ivresse amoureuse ; les 10 danseurs, hommes et femmes s’enivrent ; les couples se forment et se défend au gré du parcours… le blond dérobe aux autres toutes les belles dans un décapotable, le petit matin venu. Avec une vue sur le Belvédère des plus enchanteresses… La réalisation est particulièrement soignée demandant des danseurs, les vertus d’excellents acteurs. Avouons que nous aimons aussi chaque Concert du Nouvel An à Vienne pour la créativité affichée du Ballet de l’Opéra.

Enfin, après une ultime Polka (Auf der Jagd. Polka schnell, op. 373), c’est à dire « A la chasse » : polka très entraînante ou tomber de rideau plein de pétillante frénésie (et vrai hymne à l’ivresse collective), voici celui que l’on attend tous, morceau de bravoure pour l’orchestre et son chef invité, d’un charme fluvial et liquide inusable : Le Beau Danube Bleu de Johann II. Là encore le cérémoniel prend le dessus… Après avoir entonné les premières mesures, le chef s’arrête, se tourne vers le public et lance les vœux de bonne nouvelle année (entonné par tous les instrumentistes et fortissimo), pour un Beau Danube Bleu, parmi les plus enivrants jamais écoutés sous le plafond doré : allusive, nerveuse, palpitante, aux équilibres millimétrés, la direction éblouit par sa cohérence poétique et organique. Attentif aux couleurs et à aux scintillements de timbres, le chef s’est dépassé plus encore qu’en début et milieu de programme. Sa maîtrise personnelle des plans sonores, qui évidemment rappellent l’immense chef lyrique, réorganise la perception du paysage orchestral chez Strauss avec une stimulante excitation. C’est un feu d’artifice idéal pour cette conclusion symphonique (avec pour les téléspectateurs, des nombreuses vues des villes situées sur les rives du Danube).

jansons-mariss-concert-du-nouvel-an-2016Enfin, tout Concert du Nouvel An ne serait pas réussi s’il n’était… interactif. La Marche de Radetzki, de Johann Père permet au public de frapper des mains au rythme de l’orchestre et sous la conduite complice du chef : l’exercice est devenu un poncif du concert, particulièrement apprécié des spectateurs et idéalement télégénique. La partition de Johann père, célèbre la victoire autrichienne contre les Piémontais en 1848. Retour donc, en un mouvement symétrique qui rétablit l’équilibre du cycle, à l’esprit de marche militaire (mais ô combien sublimé) entonné au début, en hommage aux Nations unies. La frénésie d’une parade populaire, porté par l’enthousiasme de l’armée victorieuse s’épanouit…le chef s’est éclipsé un moment laissant tout l’orchestre joué seul, puis revient baguette en mains, salué par un public debout, ravi, conquis, énergisé pour l’année nouvelle 2016. Bravo maestro. DVD et CD du concert du Nouvel An à Vienne 2016 sont annoncés chez Sony classical le 9 janvier 2016.

Concert du Nouvel An à Vienne 2016

JANSSONS-320-JANSONS-MARISS-nouvel-an-2016-konzert-wien-presentation-classiquenews-jansons1002_marco_borggreve_hochfrance2 logo-france2France 2. Concert du Nouvel An 2016 à Vienne, le 1er janvier 2016, 11h. Après Barenboim (2014), Mehta (2015), Mariss Jansons dirige le concert orchestral le plus médiatisé et populaire de l’année : le Concert du Nouvel An à Vienne Neujahrskonzert 2016. Le maestro avait déjà piloté orchestre et concert festif à Vienne en 2006 puis 2012. C’est donc sa troisième édition à la tête du Philharmonique de Vienne pour le concert du Nouvel An. Au programme, sous la voûte dorée de la salle viennois légendaire, Grosser Saal du Musikverein, valses et œuvres symphoniques de Robert Stolz, Johann Strauss fils, Carl Michael Ziehrer, Eduard Strauss, Josef Strauss, Èmile Waldteufel, Josef Hellmesberger père, Johann Strauss père… Chaque année, au premier jour d’un nouveau cycle, le monde classique se met en queue de pie, compositions florales et vues touristiques (viennoise) à l’appui, dans ce style perçois kitch dont les Viennois entretiennent le secret et la flamme…. télégénique. En complément du somptueux Orchestre Philharmonique de Vienne, le meilleur orchestre au monde par sa fluidité et son élégance expressive, les danseurs de l’Opéra de Vienne participent aussi dans des décors de rêve.

musikverein saal concert du nouvel an 2016njk14_TRY_0497Au premier jour de l’an 2016, la culture et le fleuron du raffinement européen s’afficheront sur votre écran domestique – diffusé en direct sur France 2, avec la précision et le souci de la vitalité propre au chef letton Mariss Jansons né à Riga en 1943 (72 ans). Le fils du chef Arvid (assistant de Mravinsky en 1960), se forme à Riga, à Vienne puis Salzbourg (où il est assistant de Karajan en 1969). Nommé assistant de Mravinsky comme son père en 1973, au Philharmonique de Leningrad, Mariss Jansons devient directeur musical du Pittsburgh symphonique en 1997, à la succession de Lorin Maazel. En 2004, il succède à Riccardo Cahilly à la direction musicale du Concertgebouw d’Amsterdam.

france2 logo-france2France 2. Concert du Nouvel An 2016 à Vienne, le 1er janvier 2016, 11h

Programme du Concert du Nouvel An 2016 – Neuejahrskonzert Wien 2016 sous la direction de Mariss Jansons

Robert Stolz
Uno-Marsch

Johann Strauß (Sohn)
Schatz-Walzer. op. 418
Violetta. Polka francaise, op. 404
Vergnügungszug. Polka (schnell), op. 281

Carl Michael Ziehrer
Weaner Madl’n. Walzer op. 388

Eduard Strauß
Mit Extrapost. Galopp, op. 259

entracte

Johann Strauß (Sohn)
Ouvertüre zu Eine Nacht in Venedig (Wiener Fassung)

Eduard Strauß
Ausser Rand und Band. Polka schnell, op. 168

Josef Strauß
Sphärenklänge. Walzer, op. 235

Johann Strauß (Sohn)
Sängerslust. Polka francaise, op. 328

Josef Strauß
Auf Ferienreisen. Polka schnell, op. 133

Johann Strauß (Sohn)
Fürstin Ninetta – Entr’acte zwischen 2. und 3. Akt

Èmile Waldteufel
Espana. Walzer, op. 236

Josef Hellmesberger sen.
Ball-Szene

Johann Strauß (Vater)
Seufzer-Galopp, op. 9

Josef Strauß
Die Libelle. Polka mazur, op. 204

Johann Strauß (Sohn)
Kaiser-Walzer, op. 437
Auf der Jagd. Polka schnell, op. 373

 

 

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Joyeux Noël et bonnes fêtes

Mariss Jansons dirige le Concert du Nouvel An 2016

JANSSONS-320-JANSONS-MARISS-nouvel-an-2016-konzert-wien-presentation-classiquenews-jansons1002_marco_borggreve_hochfrance2 logo-france2France 2. Concert du Nouvel An 2016 à Vienne, le 1er janvier 2016, 11h. Après Barenboim (2014), Mehta (2015), Mariss Jansons dirige le concert orchestral le plus médiatisé et populaire de l’année : le Concert du Nouvel An à Vienne Neujahrskonzert 2016. Le maestro avait déjà piloté orchestre et concert festif à Vienne en 2006 puis 2012. C’est donc sa troisième édition à la tête du Philharmonique de Vienne pour le concert du Nouvel An. Au programme, sous la voûte dorée de la salle viennois légendaire, Grosser Saal du Musikverein, valses et œuvres symphoniques de Robert Stolz, Johann Strauss fils, Carl Michael Ziehrer, Eduard Strauss, Josef Strauss, Èmile Waldteufel, Josef Hellmesberger père, Johann Strauss père… Chaque année, au premier jour d’un nouveau cycle, le monde classique se met en queue de pie, compositions florales et vues touristiques (viennoise) à l’appui, dans ce style perçois kitch dont les Viennois entretiennent le secret et la flamme…. télégénique. En complément du somptueux Orchestre Philharmonique de Vienne, le meilleur orchestre au monde par sa fluidité et son élégance expressive, les danseurs de l’Opéra de Vienne participent aussi dans des décors de rêve.

musikverein saal concert du nouvel an 2016njk14_TRY_0497Au premier jour de l’an 2016, la culture et le fleuron du raffinement européen s’afficheront sur votre écran domestique – diffusé en direct sur France 2, avec la précision et le souci de la vitalité propre au chef letton Mariss Jansons né à Riga en 1943 (72 ans). Le fils du chef Arvid (assistant de Mravinsky en 1960), se forme à Riga, à Vienne puis Salzbourg (où il est assistant de Karajan en 1969). Nommé assistant de Mravinsky comme son père en 1973, au Philharmonique de Leningrad, Mariss Jansons devient directeur musical du Pittsburgh symphonique en 1997, à la succession de Lorin Maazel. En 2004, il succède à Riccardo Cahilly à la direction musicale du Concertgebouw d’Amsterdam.

 france2 logo-france2France 2. Concert du Nouvel An 2016 à Vienne, le 1er janvier 2016, 11h
 

Programme du Concert du Nouvel An 2016 – Neuejahrskonzert Wien 2016 sous la direction de Mariss Jansons

Robert Stolz
Uno-Marsch

Johann Strauß (Sohn)
Schatz-Walzer. op. 418
Violetta. Polka francaise, op. 404
Vergnügungszug. Polka (schnell), op. 281

Carl Michael Ziehrer
Weaner Madl’n. Walzer op. 388

Eduard Strauß
Mit Extrapost. Galopp, op. 259

entracte

Johann Strauß (Sohn)
Ouvertüre zu Eine Nacht in Venedig (Wiener Fassung)

Eduard Strauß
Ausser Rand und Band. Polka schnell, op. 168

Josef Strauß
Sphärenklänge. Walzer, op. 235

Johann Strauß (Sohn)
Sängerslust. Polka francaise, op. 328

Josef Strauß
Auf Ferienreisen. Polka schnell, op. 133

Johann Strauß (Sohn)
Fürstin Ninetta – Entr’acte zwischen 2. und 3. Akt

Èmile Waldteufel
Espana. Walzer, op. 236

Josef Hellmesberger sen.
Ball-Szene

Johann Strauß (Vater)
Seufzer-Galopp, op. 9

Josef Strauß
Die Libelle. Polka mazur, op. 204

Johann Strauß (Sohn)
Kaiser-Walzer, op. 437
Auf der Jagd. Polka schnell, op. 373

 

 

 

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