Compte-rendu, opéra. Avignon, Opéra. Maria Stuarda de Donizetti, le 27 janvier 2016. Ciofi, Deshayes, Pertusi

MARIE-STUART-francois-clouet-portrait-François_ClouetCRÉATION DE MARIE STUART A l’OPERA D’AVIGNON. De Marie Stuart, on pourrait dire que sa fin tragique lui a laissĂ© une place dans l’Histoire que son histoire ne lui aurait pas accordĂ©e. Et pourtant
 reine d’Écosse Ă  quelques jours de sa naissance, de 1542 Ă  1567, reine de France Ă  dix-sept ans de 1559 Ă  1560, considĂ©rĂ©e par les catholiques, reine lĂ©gitime d’Angleterre et d’Irlande contre sa cousine Élisabeth (1533-1603) reine « bĂątarde » car nĂ©e d’Anne Boleyn aprĂšs l’irrecevable divorce pour eux d’Henry VIII d’avec Catherine d’Aragon, et Ă©cartĂ©e de la succession par son pĂšre qui fit dĂ©capiter sa mĂšre puis par son frĂšre Édouard VI. Tout pour une grande vie de reine multiple. ÉlevĂ©e dĂšs l’ñge de six ans dans la cour de France, parĂ©e de toutes grĂąces et d’une belle culture pour une femme de son temps, Ă  la mort du jeune roi François, catholique fervente, elle rentre Ă  dix-huit ans dans son royaume d’Écosse protestant, rĂ©gi par son demi-frĂšre en son absence.

 À partir de lĂ , de moins de tĂȘte que de cƓur, malgrĂ© de bonnes intentions, elle ne fait que de mauvais choix : sans consulter personne, jetant dans la rĂ©volte son demi-frĂšre et les nobles, elle Ă©pouse, son cousin germain, catholique. Son mari la trompe et maltraite, fait assassiner son favori musicien Rizzio sous ses yeux. Un mari tueur, Ă  tuer
 Il le sera par son amant, l’aventurier Bothwell. Il organise un attentat dont on croit qu’elle a donnĂ© l’ordre ou l’accord : il Ă©trangle le roi consort et fait exploser une bombe, et le scandale, pour camoufler —mal— le meurtre. Marie le fait acquitter du crime sacrilĂšge de rĂ©gicide, confirmant les prĂ©somptions contre elle et, un mois aprĂšs l’attentat, Ă©pouse en troisiĂšmes noces l’assassin de son mari, protestant, s’aliĂ©nant, cette fois Ă  la fois les catholiques, les nobles et sa cousine Élisabeth de neuf ans son aĂźnĂ©e, la Reine Vierge, cĂ©libataire, rĂ©tive Ă  l’hymen : il est vrai que l’exemple lĂ©guĂ© par son pĂšre Henry VIII, avec ses familles recomposĂ©es, ou plutĂŽt dĂ©composĂ©es, trois enfants de trois mĂšres diffĂ©rentes, six mariages, deux divorces et deux femmes dĂ©capitĂ©es, n’incitait guĂšre Ă  donner confiance en l’institution conjugale. Élisabeth, choquĂ©e par la dĂ©sinvolture matrimoniale et ce divorce Ă  l’écossaise, Ă  la dynamite, de sa jeune cousine et rivale tranquillement dĂ©clarĂ©e pour son trĂŽne d’Angleterre, n’osant un procĂšs sur le rĂ©gicide, fera instruire une enquĂȘte sur l’assassinat du roi consort, son cousin aussi.

Création à Avignon, de Maria Stuarda de Donizetti...

À PERDRE LA TÊTE


DĂ©faite par les lords rĂ©voltĂ©s menĂ©s par son demi-frĂšre, emprisonnĂ©e —dĂ©jà— Marie s’évade  et va chercher refuge auprĂšs d’Élisabeth, la prudente anglicane : elle a les Écossais sur le dos et se jette dans les bras des Anglais. Embarrassant cadeau pour Élisabeth qui enferme de rĂ©sidence surveillĂ©e en prison de plus en plus sĂ©vĂšre son encombrante cousine, soutenue par la France et la trĂšs catholique Espagne, pour empĂȘcher, vainement, ses conspirations contre son trĂŽne et sa vie. Le dernier complot, de Babington, dans lequel on l’implique, Ă  tort ou a raison, signera son arrĂȘt de mort. On portera au crĂ©dit d’Élisabeth au moins d’avoir hĂ©sitĂ© dix-huit ans Ă  se dĂ©barrasser de l’empĂȘcheuse de rĂ©gner en rond car les Tudor ont la hache facile : son pĂšre a fait dĂ©capiter deux de ses femmes, Anne Boleyn et Catherine Howard, son frĂšre Edouard VI fait dĂ©capiter la gouvernante de leur demi-sƓur Marie Tudor et celle-ci, Jeanne Grey, mise sur le trĂŽne Ă  sa place. DerniĂšre de cette charmante famille, Élisabeth tranche finalement dans le vif du sujet,  royal, mais aprĂšs un procĂšs qui condamne Marie Ă  l’unanimitĂ©. À quarante-cinq ans, dont dix-neuf de captivitĂ© avec la prison Ă©cossaise, la triple reine, nĂ©e apparemment pour les plaisirs, meurt atrocement : le bourreau, ivre, s’y reprend Ă  trois fois pour la dĂ©capiter. Sans laisser une Ɠuvre politique comme reine, elle sort de l’Histoire pour entrer dans la lĂ©gende.

De la tragĂ©die Ă  l’opĂ©ra. AprĂšs une piĂšce française du XVIIe siĂšcle, c’est la lĂ©gende que cultive la tragĂ©die de Schiller que Donizetti et son librettiste ont vue dans la traduction italienne de 1830. RĂ©duisant Ă  six le nombre de personnages, contraintes dĂ©jĂ  Ă©conomiques de l’opĂ©ra baroque et romantique qui emploie tout de mĂȘme un vaste chƓur, condensant en un seul, Leicester, le personnage de Mortimer, l’amoureux et celui qui complote l’évasion de Marie.
Contrairement Ă  la piĂšce de thĂ©Ăątre qui commence aprĂšs le procĂšs alors que Marie connaĂźt dĂ©jĂ  sa condamnation, l’Ɠuvre en Ă©tire habilement l’angoissante attente jusqu’au dernier acte, en mĂ©nage le suspense aprĂšs une montĂ©e dramatique qui culmine jusqu’au paroxysme de l’affrontement entre les deux femmes ; l’opĂ©ra Ă©lude le procĂšs prĂ©alable et fait porter sur la seule reine Élisabeth la responsabilitĂ© de  la sentence finale de mort, et non pour des raisons de justice et de politique, mais plus humainement passionnelles : la jalousie. Élisabeth dispute Ă  Marie l’amour de Leicester qui a jurĂ© de la dĂ©livrer, et tente vainement de rĂ©concilier les deux femmes et d’éviter l’issue fatale, qu’il ne fait que prĂ©cipiter comme DesdĂ©mone plaidant pour Cassio et le perdant aux yeux du jaloux Othello, tout ce qu’il dit en faveur de la reine d’Écosse se retourne contre elle.

Maria Stuart de Donizetti Ă  l’OpĂ©ra d’Avignon

L’histoire sublimĂ©e par une vocalitĂ© sublime

donizetti maria stuarda marie stuart opera avignon ciofi CanavaggiaEn musique et trĂšs beau chant, ces amĂ©nagements dramatiques ont l’intĂ©rĂȘt d’opposer des personnages antithĂ©tiques, contraires (Talbot) ou dĂ©favorables (CĂ©cil) Ă  Marie, des duos parallĂšles trĂšs intenses entre les deux reines et leur commun amour Leicester, l’un avec des apartĂ©s dĂ©pitĂ©s ou rageurs d’Élisabeth qui tente et sonde les sentiments de celui qu’elle aime en secret mais aime Marie, comme AmnĂ©ris testant et dĂ©couvrant l’amour d’AĂŻda, l’autre, entre espoir et dĂ©tresse, entre Marie et Leicester, enfin, le climax, le sommet, le duo entre les deux reines oĂč Marie, tout humilitĂ© d’abord, prĂ©cipite sa chute en traitant Élisabeth de « bĂątarde ». Les ensembles s’inscrivent en toute logique et avec une grande efficacitĂ© dramatique comme tĂ©moins impuissants, intercĂ©dant en sentiments opposĂ©s entre les deux femmes. Le chƓur exprime joie, pitiĂ© du sort de Marie et, dans sa derniĂšre intervention, Ă©voque l’échafaud, l’apprĂȘt du supplice, rendant inutile leur prĂ©sence scĂ©nique.
Et, on ne devrait pas le dire trop haut en ces temps oĂč l’opĂ©ra, par force, se fait concert, le spectacle disparaissant par la pĂ©nurie, c’est l’un des intĂ©rĂȘts de cette version « concertante », « concentrante », concentrĂ©e sur la musique et les voix. Mais quelles voix, et quels artistes ! On oserait dire que tout parut plus fort, plus intense dans cet alignement des chanteurs ne diluant, pas dans une scĂšne en mouvement et un jeu spatialisĂ©, la puissance de leur expression vocale et dramatique. Et, si le mot n’était aujourd’hui aussi galvaudĂ©, on oserait dire aussi qu’ils nous offrirent une reprĂ©sentation oĂč le tragique de l’Histoire Ă©tait sublimĂ©, au vrai sens d’‘idĂ©alisé’, ‘purifié’, par la beautĂ© sublime de leur voix et de leur interprĂ©tation.
Concentration dynamique, haletante, du chef, Luciano Accocella, qui ne dĂ©laye jamais la trame orchestrale toujours un peu lĂąche de Donizetti, la resserrant par un tempo qui participe de ce drame qui court vertigineusement vers son inĂ©luctable fin, que l’on connaĂźt tout en la rĂȘvant diffĂ©rente, sachant tamiser en clair-obscur le chƓur (Aurore Marchand) jubilant du dĂ©but, passant Ă  l’ombreuse priĂšre Ă  mi-voix de la requĂȘte de pitiĂ©. Contenant l’orchestre ou le stimulant, mais toujours attentif aux chanteurs, Ă  leur souffle, au texte qu’il module silencieusement.
3 M S . Muriel Roumier jpgEn majestĂ©, Karine Deshayes, dans le personnage ingrat, ici simplifiĂ© d’Élisabeth, dĂ©ploie la gĂ©nĂ©rositĂ© de son mezzo, qui semble s’ĂȘtre Ă©toffĂ© et unifiĂ© en tissu somptueux du grave Ă  l’aigu facile, prĂȘtant la voluptĂ© du velours de la voix Ă  une virginale reine dont elle nous fait sentir, dans ce chant ardent, que toute cette glace sensuelle est prĂȘte Ă  fondre, contrainte de confondre un Ă©vasif objet d’amour qui glisse entre ses doigts. Ses regards sur Leicester disent le dĂ©pit amoureux, la jalousie, la haine de l’autre, l’humiliation de la reine, la douleur de la femme : tout le rugissement d’un fauve Ă  peine contenu par la politesse et politique de cour : la passion dĂ©vorante contrĂŽlĂ©e apparemment par les tours et dĂ©tours policĂ©s du bel canto. Face Ă  elle, face Ă  face, affrontĂ©e et mĂȘme effrontĂ©e malgrĂ© le danger, Patrizia Ciofi, sur une tessiture moins vertigineuse que nombre de ses rĂŽles habituels, un mĂ©dium corsĂ©, onctueux, assombri, fait planer des aigus rĂȘveurs dans son Ă©vocation mĂ©lancolique des jours heureux de France, donnant un sens Ă  chaque ornement, gruppetti Ă©grenĂ©s telles des images vocales, des pĂ©tales effeuillĂ©s du bonheur d’autrefois : comme Ă©trangĂšre dĂ©jĂ  Ă  elle-mĂȘme, elle dĂ©noue avec une Ă©lĂ©gance nostalgique les rubans des vocalises comme elle dĂ©lierait des liens qui l’entravent dans son ascension spirituelle vers la liberté : son adieu aux autres et un adieu Ă  soi, elle fait poĂ©sie de la rondeur et douceur de son timbre mais, ses grands yeux bleus lançant des flammes, devant les provocations insultantes de la reine d’Angleterre, ose le dĂ©chirer du cri de l’injure impardonnable qu’elle sait payer de sa vie, dĂ©faite mais non vaincue.
Entre ces deux femmes, une qui l’aime, l’autre qu’il aime,  tentant vainement de mĂ©nager et de flĂ©chir la reine triomphante, vouant Ă  la reine prisonniĂšre un amour digne Ă  la fois de la courtoisie troubadouresque et du dĂ©sir hĂ©roĂŻque sacrificiel chevaleresque, IsmaĂ«l Jordi est un Leicester juvĂ©nile, perdu, Ă©perdu, entre ces deux grands fauves politiques, et tout son visage, son corps autant que sa voix expriment son dĂ©chirement. Sa voix riche de tĂ©nor flexible, dĂ©jouant en virtuose tous les piĂšges vertigineux de la partition, traduit avec une Ă©mouvante expressivitĂ© le drame vĂ©cu par ce tĂ©moin impuissant devant le conflit passionnel Ă  en perdre la tĂȘte qui prend le pas sur la raison des deux femmes.
Michele Pertusi prĂȘte sa grande et belle voix de basse, son Ă©lĂ©gance, sa noblesse, Ă  un Talbot confident et confesseur Ă©mu mais non complaisant d’une Marie qu’il exhorte Ă  mourir chrĂ©tiennement en avouant ses fautes qu’elle ne peut cacher Ă  un dieu vengeur. À l’opposĂ©, ennemi politique de la reine d’Écosse, Cecil, est chantĂ© par le baryton Yann Toussaint qui en aiguise l’implacable Raison d’état d’une inflexible voix aux Ă©clats d’acier qui en appellent Ă  ceux de la hache. Dans le rĂŽle sacrifiĂ© de la suivante dĂ©sespĂ©rĂ©e, Anna Kennedy, qui bandera les yeux de la reine martyre, Ludivine Gombert, avec peine quelques phrases et des ensembles Ă©mouvants, fait entendreun soprano d’une puretĂ© diamantine dans la pourriture politique et passionnelle.
EmprisonnĂ©e en mai 1568 par Élisabeth qui, en rĂ©alitĂ©, se refusera toujours Ă  la rencontrer, Marie Stuart, poĂ©tesse Ă©galement, avait brodĂ© sur sa robe cette devise : « En ma Fin gĂźt mon Commencement ». La lĂ©gende, sinon l’Histoire lui donnent raison.

Compte-rendu, opĂ©ra. Avignon, OpĂ©ra. Maria Stuarda de Donizetti, le 27 janvier 2016 (version de concert). Maria Stuarda : Patrizia Ciofi . Elisabetta : Karine Deshayes ; Anna Kennedy : Ludivine Gombert. Leicester : IsmaĂ«l Jordi, Anna Kennedy : Ludivine Gombert ; Talbot : Michele Pertusi ; Cecil : Yann Toussaint. Orchestre RĂ©gional Avignon-Provence. ChƓur de l’OpĂ©ra Grand Avignon. Direction musicale : Luciano Acocella. Direction des choeurs : Aurore Marchand. Etudes musicales : Kira Parfeevets.

Illustrations :
1. Les saluts : Gombert, Pertusi, Ciofi, Accocella, Deshayes, Jordi, Toussaint © Jean-François Canavaggia
2. Ciofi, Deshayes © Muriel Roumier

MARIA STUARDA, 1834
Drame lyrique en trois actes de Gaetano Donizetti
Livret de Giuseppe Bardari
D’aprùs la piùce de Schiller (1801)

Maria Stuarda de Donizetti

maria-stuarda-clouet-opera-de-donizetti-tce-paris-classiquenews-presentation-et-critique-de-l'opera-maria-stuardaParis, TCE. Donizetti : Maria Stuarda, 18>27 juin 2015. AprĂšs Bellini avant Verdi, Donizetti en traitant sous forme d’une trilogie opĂ©ratique la chronique des Tudor en particulier,  l’histoire d’Élisabeth 1Ăšre, affirme une rĂ©elle maĂźtrise dramatique prĂ©cisĂ©ment dans le profil psychologique des deux hĂ©roĂŻnes royales,  dessinĂ©es avec un mĂȘme souci de vraisemblance psychologique. Le compositeur qui commence sa carriĂšre Ă  Naples, ne connaĂźt le succĂšs que tardivement, justement gra^ce Ă  son triptyque tudorien : Anna Bolena ouvre le bal en 1830, puis Maria Stuarda (1835) enfin Roberto Devereux en 1837. Les 3 ouvrages relĂšvent donc de l’esthĂ©tique romantique italien, affirmant aprĂšs Rossini et au moment oĂč s’Ă©teint l’Ă©blouissant et dernier Bellini (Les Puritains, Paris, 1835), l’Ăąge d’or du bel canto. A la puretĂ© et au raffinement du style vocal, Donizetti apporte aussi ce rĂ©alisme expressif, annonciateur direct du Verdi Ă  venir.

 

 

 

Marie d’Ecosse, Elisabeth d’Angleterre
La Catholique et l’Anglicane : 2 portraits de femmes

 

Les deux reines sont finement brossĂ©es : Élisabeth souffre de la rivalitĂ© de Marie qui a failli perdre Ă  cause de la Stuart son cher Robert Dudley, comte de Leicester ; c’est sur l’insistance de celui-ci qu’elle consent Ă  la faveur d’une chasse Ă  revoir celle qui l’a fait languir : Marie l’Ă©cossaise catholique,  rĂȘve exaltĂ©e de la campagne de sa chĂšre France cependant qu’elle exprime un orgueil blessĂ© dĂ» Ă  l inflexible Reine vierge : Elisabeth, autoritĂ© anglicane plutĂŽt distante …
MalgrĂ© le contexte politique et confessionnel qui les oppose, on sent dĂšs le dĂ©but que les deux femmes sont de la mĂȘme veine : fiĂšres, dignes mais blessĂ©es …. leurs profils aiguisĂ©s,  subtilement portraiturĂ©s et dĂ©fendues par deux interprĂštes de bout en bout convaincantes laissent prĂ©sager que leur confrontation n’en laissera aucune indemne. Et de fait Donizetti dĂ©voile de façon inĂ©dite la double face de la reine Marie,  angĂ©lique et colĂ©rique,  amoureuse passionnĂ©e capable contre toute biensĂ©ance y compris pour le compositeur contre tout usage sur une cĂšne de thĂ©Ăątre de la rendre … haineuse,  insultant mĂȘme sa cousine Élisabeth : ” vile bĂątarde impure qui a profanĂ© le sol anglais “, il n’en fallait pas davantage pour que la Reine Tudor qui a du partager avec sa rivale son aimĂ© Leicester,  se dĂ©cide enfin Ă  signer la dĂ©capitation de sa cousine offensante Marie l’inflexible,  lorgueilleuse, l’ennemie politique et aussi la rivale amoureuse.

La force du livret exploite la confrontation des deux tempĂ©raments fĂ©minins (qui a aussi suscitĂ© de fameuses rivalitĂ©s rĂ©elles entre divas)… de fait les manuscrits autographes ne prĂ©cisent pas les deux tessitures respectives :  cette imprĂ©cision originelle laisse une grande libertĂ© interprĂ©tative : ce qui autorise un soprano angĂ©lique pour Marie, gĂ©nĂ©ralement prĂ©sentĂ©e comme la victime,  or la reine Élisabeth  est loin d’ĂȘtre aussi dure et froide : c’est toute la valeur de l’opĂ©ra que d’avoir brosser deux portraits de femmes. MĂȘme si la Reine anglicane s’impose par son autoritĂ©, son orgueil de femme qui peut tout avoir, Donizetti glisse des pointes subtiles de l’impuissance aussi, voire de l’inquiĂ©tude car Elisabeth sent bien qu’elle ne possĂšde pas totalement et comme elle le voudrait le cƓur de son beau Leicester… Cet amour lui Ă©chappe : voilĂ  qui la rend humaine, faillible, sensible.

On est loin des portraits compassĂ©s et lisses voire prĂ©visibles de reines dignes mais trop schĂ©matiques, soit figures sacrifiĂ©es soit vierges impassibles : avant Verdi, Donizetti fouille la psychologie de ses deux protagonistes auxquelles de façon Ă©gale,  il sait prĂ©server  les accents d’une touchante et juste sincĂ©ritĂ©. De quoi pour chacune d’elle, chanter et jouer comme au thĂ©Ăątre. RĂ©cemment l’ouvrage a permis entre autres Ă  Vienne, la confrontation de deux divas glamour parmi les plus convaincantes de l’heure : Anna Netrebko (le brune dans le rĂŽle de maria) et l’incandescente mezzo blonde Elina Garanca (dans le rĂŽle d’Elisabeth)…

 

 

 

Maria Stuarda de Donizetti au TCE, Paris
Les 18,20,23,25,27 juin 2015 Ă  19h30
5 représentations
Production déjà créée au Royal Opera Covent Garden de Londres, en juin 2014

Drame lyrique en deux actes (1835)‹Livret de Giuseppe Bardari, d’aprĂšs la tragĂ©die Ă©ponyme de Friedrich von Schiller
Daniele Callegari,  direction‹Moshe Leiser et Patrice Caurier,  mise en scùne‹‹Aleksandra Kurzak, Maria Stuarda, reine d’Ecosse‹Carmen Giannattasio, Elisabeth, reine d’Angleterre‹Francesco Demuro, Robert Dudley‹Carlo Colombara, Talbot‹Christian Helmer, Cecil‹Sophie Pondjiclis, Anna Kennedy
Orchestre de chambre de Paris‹ChƓur du ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es

Mercredi 10 juin 2015 à 18h‹
ConfĂ©rence-projection : ‹Les Borgia et les Tudor dans les drames de Victor Hugo et dans leurs adaptations Ă  l’opĂ©ra par Arnaud Laster – EntrĂ©e libre – ‹Inscription conseillĂ©e : conferences@theatrechampselysees.fr

 

 

DVD.Donizetti: Maria Stuarda. Joyce DiDonato (Erato , Metropolitan Opera, janvier 2013)

maria stuarda joyce di donato ERATO DVD Metropolitan opera new york 2 dvdDVD.Donizetti: Maria Stuarda. Joyce DiDonato (Erato , Metropolitan Opera, janvier 2013). AprĂšs Bellini avant Verdi, Donizetti en traitant sous forme d’une trilogie opĂ©ratique singuliĂšre, la chronique des Tudor en particulier,  l’histoire d’Élisabeth 1Ăšre, affirme une rĂ©elle maĂźtrise dramatique prĂ©cisĂ©ment dans le profil psychologique des deux hĂ©roĂŻnes,  dessinĂ©es avec un mĂȘme souci de vraisemblance psychologique. Les deux reines sont finement brossĂ©es : Élisabeth souffre de la rivalitĂ© de Marie car elle a failli perdre Ă  cause de la Stuart son cher Robert Leicester (excellent Matthew Polenzani, jamais exubĂ©rant, sachant toujours s’accorder Ă  chacune des deux femmes dans ses duos d’effusion…) ; c’est sur l’insistance de celui-ci pourtant qu’Elisabeth consent Ă  la faveur d’une chasse Ă  revoir celle qu’elle a fait incarcĂ©rĂ©e : dans la mise en scĂšne new yorkaise de janvier 2013, Marie par une astucieuse ouverture des dĂ©cors,  rĂȘve exaltĂ©e de la campagne de sa chĂšre France cependant qu’elle exprime un orgueil blessĂ© dĂ» Ă  l inflexible Reine blanche. Au centre de cette joute fĂ©minine, Donizetti et son librettiste ont placĂ© Leicester, l’aimĂ© d’Elisabeth qui demeure liĂ© Ă  Marie : trio tendu tout au long de l’opĂ©ra, et auquel la musique et l’Ă©criture de leur profil psychologique apporte plutĂŽt doutes et troubles, l’une vis Ă  vis de l’autre (Elisabeth / Marie), l’une vis Ă  vis de l’un (Elisabeth / Leicester).

maria stuarda joyce didonato et elisabeth pendant chasse dvd ERATO donizetti clic de classiquenews septembre 2014On sent dĂšs le dĂ©but que les deux femmes sont de la mĂȘme veine : fiĂšres, dignes mais blessĂ©es …. leurs profils aiguisĂ©s,  subtilement portraiturĂ©s et dĂ©fendues par deux interprĂštes de bout en bout convaincantes laissent prĂ©sager que leur confrontation n’en laissera aucune indemne. Et de fait Donizetti dĂ©voile de façon inĂ©dite la double face de la reine Marie,  angĂ©lique et colĂ©rique,  amoureuse passionnĂ©e capable contre toute biensĂ©ance y compris pour le compositeur contre les usages de la scĂšne thĂ©Ăątrale, de la rendre haineuse,  insultant sa cousine Élisabeth : ” Souillure issue d’Anne Boleyn…“, ” bĂątarde impure qui a profanĂ© le sol anglais “, il n’en fallait pas davantage pour que la Reine Tudor qui a du partagĂ© avec sa rivale son aimĂ© Leicester, se dĂ©cide enfin Ă  signer la dĂ©capitation de Marie l’inflexible,  l’orgueilleuse, l’ennemie politique et aussi (surtout) la rivale amoureuse. Leur rencontre “improvisĂ©e” Ă  la faveur d’une chasse a tournĂ© Ă  la confrontation de deux lionnes et s’agissant de Marie, haineuse, n’Ă©cartant pas les pires insultes…

2 Reines jumelles, affrontées

CLIC D'OR macaron 200La force du livret exploite la confrontation des deux tempĂ©raments fĂ©minins (qui a aussi suscitĂ© de fameuses rivalitĂ©s rĂ©elles entre divas)… De fait les sources autographes ne prĂ©cisent pas de façon dĂ©finitive, les deux tessitures respectives laissant au choix du chef et du metteur en scĂšne, leur propre conception des personnages
 ce qui autorise aussi souvent, un soprano angĂ©lique pour Marie : La Reine Stuart est ainsi gĂ©nĂ©ralement prĂ©sentĂ©e comme la victime,  or son ennemie Tudor est loin d’ĂȘtre aussi dure et froide : c’est toute la valeur de l’opĂ©ra que d’avoir brosser deux portraits de femmes, deux sensibilitĂ©s exaltĂ©es, Ă©prouvĂ©es, atteintes dans leur dignitĂ© et identitĂ© profondes. Au fond, le dĂ©roulement de l’intrigue et la musique de Donizetti, trĂšs raffinĂ©e en vĂ©ritĂ©, montre Ă  quel point les deux destins sont proches, les deux personnalitĂ©s jumelles : leur carriĂšre est interchangeable et toute l’écriture dramatique dĂ©voile cette cohĂ©rence en miroir. Mais les identitĂ©s se prĂ©cisent aussi : affrontĂ©e Ă  son ennemi Tudor, Marie construit peu Ă  peu sa figure de martyre ; tandis que devant assumer le caractĂšre inviolable et incontestable de son pouvoir, Elisabeth apprend Ă  bĂątir sa propre autoritĂ© : elle devient cette machine politique, renonçant Ă  sa quĂȘte amoureuse de femme bouleversĂ©e… C’est d’ailleurs la composition trĂšs juste de Elza ven den Heever qui Ă©claire l’Ă©paisseur de son personnage. La transformation d’Elisabeth en Souveraine autoritaire maĂźtresse de ses passions s’affirme en cours d’action.

maria stuarda joyce didonato prianteLa production du Met offre de facto deux belles incarnations dramatiques finement chantĂ©es…. la puretĂ© claire et articulĂ©e aux notes millimĂ©trĂ©es et prĂ©cises de la mezzo DiDonato certes n’est pas angĂ©lique mais sa prĂ©sence et son intensitĂ© rayonnent : humaine, inspirĂ©e, jamais strictement dĂ©monstrative vocalement, elle concentre une finesse,  de la sincĂ©ritĂ© intĂ©rieure, une justesse expressive qui profite Ă  toute la production, surtout Ă  ses duos avec Elisabeth, comme au personnage de Marie. Son aisance Ă  servir un bel canto proche du texte et finement dramatique saisit et captive : comme le montre aussi simultanĂ©ment son dernier disque Stella di Napoli, (Erato, septembre 2014) concentrĂ© de bel canto rare et donc napolitain qui l’impose dĂ©cidĂ©ment comme la belcantiste la plus inspirĂ©e de l’heure.  Face Ă  elle la soprano Elza van den Heever est loin de dĂ©mĂ©riter : finesse, ambivalence, autoritĂ© dramatique, l’interprĂšte s’affirme aussi aux cĂŽtĂ©s de DiDonato comme un interprĂšte et surtout une actrice qui a compris toutes les facettes troubles de son personnage, tiraillĂ© ente devoir et idĂ©al politique, dĂ©sir et amour individuel. Sa prĂ©sence et sa stature accrĂ©ditent la valeur de la production. McVicar signe une mise en scĂšne sobre, chromatiquement forte mais sans excĂšs, au dramatise mesurĂ©. Quant au chef Maurizio Benini, sans ĂȘtre d’une finesse au diapason des deux divas, sa direction reste elle aussi efficace. En conclusion, une production particuliĂšrement convaincante. Un dvd Ă  possĂ©der Ă©videmment tant l’intelligence des chanteuses s’impose Ă  nous.

Donizetti : Maria Stuarda (1834). 

Queen Elizabeth I: Elza van den Heever
Lord Talbot: Matthew Rose
Lord Cecil: Joshua Hopkins
Robert, Earl of Leicester: Matthew Polenzani
Hannah Kennedy: Maria Zifchak
Mary Stuart: Joyce DiDonato

Metropolitan Opera Orchestra and Chorus
Chorus Master: Donald Palumbo
Conductor: Maurizio Benini
Production: David McVicar
Set and Costume Design: John Macfarlane
Lighting: Jennifer Tipton

2 dvd Erato, 2h22 min, enregistré au Metropolitan de New York en janvier 2013.

 

didonato-joyce-stella-di-napoli-ERATO-cd-Pacini-MercadanteL’actualitĂ© de la diva Joyce DiDonato c’est aussi en septembre 2014, un nouvel album discographique intitulĂ© : Stella di Napoli, collection d’airs et de compositeurs mĂ©connus, superbement dĂ©fendus par une interprĂšte au sommet  de ses possibilitĂ©s vocales, dramatiques… LIRE notre critique complĂšte du cd Stella Di Napoli, Joyce DiDonato (1 cd Erato)

agenda
Au moment oĂč parait son disque napolitain, la mezzo Joyce Di Donato est en tournĂ©e en Europe dont une date passe par la France, le 27 septembre prochain, avec au programme, une bonne partie des arias enregistrĂ©s dans le cd Erato, ” Stella di Napoli ”.

Donizetti : Maria Stuarda Ă  l’OpĂ©ra royal de Wallonie, LiĂšge (16>24mai)

donizettiDonizetti : Maria Stuarda Ă  LiĂšge (16>24mai 2014). Contemporain de Bellini, sous-estimĂ© en comparaison Ă  Rossini auquel il succĂšde et Ă  Verdi qu’il prĂ©figure, Donizetti incarne cependant un style redoutablement efficace, comme en tĂ©moigne ses deux ouvrages inspirĂ©s de l’histoire des Tudor (Anna Bolena, 1830 et Maria Stuarda, 1834). Les deux opĂ©ras, cĂ©lĂšbres parce qu’ils osent confronter chacun deux portraits de femmes hĂ©roĂŻques et pathĂ©tiques (Anna Bolena, Giovanna Seymour – Maria Stuarda, Elisabetta), se rĂ©vĂšlent convaincants par la violence des situations comme le profil psychologique qu’ils convoquent sur la scĂšne. LiĂšge accueille Maria Stuarda et Bordeaux, Anna Bolena.

NommĂ© directeur musical des thĂ©Ăątre royaux de Naples, Gaetano Donizetti profite avant l’avĂšnement irrĂ©pressible de Verdi, de l’absence de Rossini en Italie (au profit de la France). Anna Bolena est son premier grand succĂšs en 1830 au Teatro Carcano avec le concours des vedettes du chant, Giuditta Pasta et Giovanni Battista Rubini. Son inspiration ne semble plus connaĂźtre de limites, produisant ouvrages sur ouvrages avec une frĂ©nĂ©sie diabolique, malgrĂ© ses ennuis de santĂ© liĂ©s Ă  la syphilis contractĂ©e peu auparavant
 Suivent de nouveaux jalons de sa carriĂšre lyrique dont surtout dans la veine comique pathĂ©tique, L’Elixir d’amorce (Milan, 1832 : le premier joyau annonçant dix annĂ©es avant l’autre sommet qui demeure Don Pasquale de 1843 pour le ThĂ©Ăątre-Italien de Paris), puis Lucrezia Borgia (sur le livre de Felice Romani, l’ex librettiste de Bellini)
 Comme un nouvel avatar de ce drame gothique anglais qu’il semble aimer illustrer, Donizetti compose aprĂšs Anna Bolena, Maria Stuarda crĂ©Ă© Ă  Naples en 1834. Marino Faliero triomphe ensuite en 1835 sur la scĂšne parisienne, la mĂȘme annĂ©e oĂč il produit aussi Lucia di Lammermoor, alors que son confrĂšre Bellini meurt aprĂšs avoir livrĂ© I Puritani. Donizetti souffre toujours d’une Ă©valuation suspecte sur son Ɠuvre : moins poĂšte que Bellini, moins virtuose et dĂ©lirant que Rossini, moins dramatique et efficace que Verdi
 l’artisan inspirĂ© synthĂ©tise en vĂ©ritĂ© toutes ses tendances de l’art lyrique, proposant de puissant portraits lyriques Ă  ses interprĂštes. Car il ne manque ni de finesse psychologique ni de sens thĂ©Ăątral propice aux situations prenantes.

 

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Donizetti : Maria Stuarda
Opéra royal de Wallonie, LiÚge
Du 16 au 24 mai 2014

Depuis plusieurs annĂ©es, Maria Stuarda, reine d’Ecosse, est prisonniĂšre et assignĂ©e Ă  rĂ©sidence au chĂąteau de Fortheringhay par sa cousine Elisabetta, la reine d’Angleterre. Celle-ci doit Ă©pouser le roi de France, mais elle aime en secret le comte de Leicester qui aime en secret… Maria Stuarda. Entre les deux femmes, le conflit politique se double d’un conflit amoureux : un affrontement spectaculaire et dramatique entre la reine souveraine et la reine dĂ©chue; autour d’elles, les intrigues de la cour, les complots, la cruautĂ©. Maria Stuarda finira dĂ©capitĂ©e


MARIE-STUART-francois-clouet-portrait-François_ClouetMaria Stuarda, la tragĂ©die de 1834, qui met en scĂšne les reines ennemies Marie Stuart et Elisabeth Ire, est l’oeuvre la plus connue de la trilogie de Donizetti sur les reines de l’époque Tudor (avec Anna Bolena et Roberto Devereux). DĂ©jĂ  Anna Bolena, ouvrage plus ancien, crĂ©Ă© en 1830, opposait deux femmes rivales (soprano et mezzo : Anna et Giovanna soit Anne Boleyn et Jane Seymour). Dans l’ouvrage de Donizetti, les deux femmes ne s’affrontent pas tant pour le pouvoir que pour l’amour d’un homme, le comte de Leicester. Leur altercation culmine au II.
Parmi les moments les plus poignants figurent le dialogue entre les deux reines Ă  l’acte II, le duo entre Maria et Talbot Ă  l’acte III, l’air dĂ©chirant de Maria avant son exĂ©cution (alors que Donizetti imagine un Ă©vanouissement fatal pour Anna Bolena). L’opĂ©ra fut interdit par le roi de Naples Ă  cause d’une dispute qui Ă©clata lors des rĂ©pĂ©titions entre les prime donne qui incarnaient les reines d’Ecosse et d’Angleterre. L’une traita l’autre de “vile bĂątarde”, conformĂ©ment au texte mais avec tellement de conviction, qu’il fallut les sĂ©parer de force

Outre l’anecdote, l’opĂ©ra qui rĂ©pond Ă  une commande du San Carlo de Naples fut crĂ©Ă© dans une version tronquĂ©e. C’est la Scala de Milan qui en 1835 accueillit Maria Stuarda avec Maria Malibran dans le rĂŽle-titre, laquelle en mĂ©forme chanta trĂšs mal. Qu’importe, la confrontation entre les deux reines opposĂ©es au II redouble d’impact et de surenchĂšre dramatique, dont Verdi se souviendra. Le dramatisme de Donizetti atteint lĂ  un paroxysme particuliĂšrement rĂ©ussi par ce qu’il dĂ©voile non deux types politiques, mais deux Ăąmes bataillant, Ă©chevelĂ©es, portĂ©es par une passion Ă©gale pour le mĂȘme homme (Roberto : Robert de Leicester). En traitant Elisabeth de « bĂątarde », Maria Stuarda signe son arrĂȘt de mort.

Direction musicale: Aldo Sisillo
Mise en scĂšne et costumes: Francesco Esposito
Chef des chƓurs: Marcel Seminara
Orchestre & ChƓurs: OpĂ©ra Royal de Wallonie-LiĂšge

Maria Stuarda: Martine Reyners*
Elisabetta: Elisa Barbero*
Roberto comte de Leicester: Pietro Picone
Talbot: Pierre Gathier
Cecil: Ivan Thirion
Anna Kennedy: Laura Balidemaj

* pour la premiĂšre fois Ă  l’OpĂ©ra royal de Wallonie, LiĂšge

5 dates événements
Les 16, 18, 20, 22, 24 mai 2014, Ă  15h ou 20h