COMPTE-RENDU, opéra. TOULOUSE, le 22 fév 2019. BERLIOZ : Damnation de Faust. Laho, Relyea… Tugan Sokhiev.

COMPTE-RENDU, opéra. TOULOUSE, Capitole, le 22 fév 2019. BERLIOZ : Damnation de Faust (version de concert). Laho, Koch, Relyea, Véronèse. Chœur et Orchestre National du Capitole. T SOHIEV. C’est la troisième fois que Tugan Sokhiev dirige cette œuvre à la Halle-aux-Grains depuis 2010. Il aime la musique de Berlioz et cette Damnation tout particulièrement. Dans le cadre de cette première saison des Musicales Franco-Russes et pour en assurer l’ouverture « en grand », il nous était promis beaucoup…Et nous devons admettre que le pari fut tenu. Tugan Sokhiev a progressé encore dans sa compréhension de Berlioz. Il assume la richesse des parties orchestrées touffues, comme la délicatesse des moments magiques (les Sylphes).

 

 

 

 
Une Damnation grandiose

 

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Le discours dramatique était déjà là en 2010 dans un souffle puissant. Il est ce soir plus nuancé et plus subtilement construit. Chaque numéro conserve une conception dramatique s’articulant précisément avec le précédent comme le suivant. Le drame avance, l’humour est présent rendant plus pathétique, la mélancolie de Faust puis le désespoir de Marguerite. L’Orchestre du Capitole est royal. Les bois hallucinants de présence et de liberté (la flûte de Sandrine Tilly) , les cordes sublimes :  altos ambrés (et quel solo de Dominique Mujica), violons de lumière et violoncelles de mélancolie. Et le cor anglais de Gabrielle Zaneboni, double de l’âme de Marguerite, ne peut s’oublier. Le Chœur du Capitole et la Maîtrise sont d’une présence dramatique parfaite avec une puissance enviable et de très belles nuances. Juste une diction plus audible aurait été appréciable. Mais quelle présence dans chaque intervention !
La distribution, défi redoutable, est absolument parfaite. Marc Laho est un Faust noble et élégant (photo ci dessus) d’une ligne vocale princière. Le timbre est magnifique, rond et chaud. La terrible tessiture (dépassant le contre-ut ) ne se remarque pas, il est à l’aise sur tout son ambitus ! Et le texte est vécu avec beaucoup d’intensité ; il est dit avec beaucoup d’intelligence.  Méphistophélès est un rôle plus complexe encore car il a plusieurs facettes. Le canadien John Relyea a la présence attendue, et la voix parfaite. Longue tessiture et timbre riche en harmoniques, sa voix se déploie sans effort et sa diction est également un régal; il campe un diable tour à tour moqueur, séduisant et inquiétant. Le rôle très court de Brander exige pourtant un chanteur-diseur hors pair. Julien Véronèse est parfait lui aussi : voix sonore et texte clair. Sophie Koch que le public a eu le plaisir de retrouver n’était pas prévue et elle remplace la défaillance de sa consoeur. Le public toulousain connaît bien et aime Sophie Koch qui a offert nombres de personnages marquants au Capitole dont une Margaret du Roi d’Ys inoubliable, un Néron étonnant, un Octavian élégant, une Dorabella de rêve. Elle offre ce soir une extraordinaire Marguerite proche de l’idéal. D’abord une présence illuminée de l’intérieur et une sorte de modestie caractéristique du personnage. La voix est superbe de timbre, et surtout projetée avec naturel et élégance. La diction est absolument limpide. L’art du chant est délicat mais sans effets et toujours d’une musicalité délicieuse.
Le duo avec Marc Laho est une apothéose de naturel élégant. Son grand air «D’amour l’ardente flamme» est phrasé merveilleusement, habité jusqu’au bout des phrases et Tugan Sokhiev sait animer avec art comme assouplir la pulsation. Un grand moment de musique comme suspendu hors du temps.
Le final avec cette cavalcade diabolique, ces choeurs incroyablement puissants, est nuancé à souhait avec des contrastes terribles comme Berlioz les a souhaités. Orfèvre d’une puissance incroyable, Tugan Sokhiev maîtrise la construction saisissante en un crescendo que rien ne retient et qui aboutit sur des coups de boutoir. Méphisto constate son échec avant cette apothéose céleste que le chœur de femmes puis la maîtrise du Capitole avec une lumière délicate, nous offrent avec bonté et pureté. L’orchestration éthérée de Berlioz ainsi réalisée tient vraiment du miracle attendu.
Chef inspiré, orchestre somptueux, chœurs puissants, et solistes aussi bons chanteurs que parfaits diseurs, le sacre de Berlioz promis a bien eu lieu. Quelle œuvre somptueuse ! Vivat Berlioz, Vivat Toulouse, Vivat Sokhiev ! Cette saison Franco-Russe débute au firmament ! Et la suite est prometteuse… sera-t-elle à la hauteur de nos espérances ? A suivre.

 

 

 

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COMPTE-RENDU, opéra. TOULOUSE. Halle-aux Grains, le 22 février 2019. Hector Berlioz (1803-1869) : La Damnation de Faust, légende dramatique en 4 parties. Marc Laho, Faust ; Sophie Koch, Marguerite ; John Relyea, Méphistophélès ; Julien Véronèse, Brander ; Chœur et Maîtrise du Capitole, chef de chœur, Alfonso Caiani ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Tugan Sokhiev, direction. Photo : © P.Nin