RIGOLETTO de VERDI

Vague verdienne en juin 2014France Musique, dim 8 dĂ©c 2019, 16h : RIGOLETTO de Verdi. La tribune des critiques de disques : et vous, quelle est la meilleure versions enregistrĂ©e de l’OpĂ©ra de Verdi, Rigoletto ? Il y faut un quatuor de superbes chanteurs, Ă  la fois puissants et dramatiques, mais aussi nuancĂ©s et subtils. A savoir, d’abord une Gilda, soprano coloratoure, agile, angĂ©lique, mais ardente. Un baryton vrai acteur, dense, profond, intĂ©rieur, fin (le fameux baryton verdien) qui est le rĂŽle titre : Rigoletto,, pĂšre de la dite Gilda ; un tĂ©nor aĂ©rien, souple, suave, aristocratique : le Duc de Mantoue, ĂȘtre sans morale ni scrupule dont est tombĂ©e amoureuse Gilda (pour sa perte), enfin une basse profonde, noire, hallucinĂ©, Sparafucile : le tueur engagĂ© par Rigoletto pour sa terrible vengeance (qui tourne quand mĂȘme au fiasco)
 VoilĂ  du beau monde lyrique. Sans omettre un chef lui aussi veillant Ă  l’architecture et au souffle dramatique, comme Ă  la finesse de chaque portrait psychologique
 Parmi les grands verdiens qui ont marquĂ© le rĂŽle : Leo Nucci, Renato Bruson


Le compositeur d’opĂ©ras romantiques, Giuseppe Verdi a longtemps et toujours chercher de bons livrets pour mettre en musique ses ouvrages lyriques : dans Rigoletto, – le nom du bouffon Ă  la Cour du Duc de Mantoue, Verdi utilise et adapte la piĂšce de Victor Hugo, Le Roi malgrĂ© lui. De Hugo, Verdi transpose et magnifie en musique, le rĂ©alisme brĂ»lant de la vie de cour : haine et jalousie Ă  tous les Ă©tages, surtout complot pour affaiblir la figure du bouffon trop influent ; sa fille pourtant prĂ©servĂ©e et tenue Ă  l’écart de la barbarie courtisane, sera in fine sacrifiĂ©e ; elle est mĂȘme la victime consentante d’un assassinat qui se retourne contre celui qui l’a commanditĂ©. En croyant se venger de tous, en pilotant l’assassinat du Duc, Rigoletto creuse sa propre tombe et se prĂ©cipite dans la gueule d’une horrible et infecte tragĂ©die.
Voici donc un drame gothique noir, dans l’Italie des Romantiques, celle des trahisons, tueries, meurtres et intrigues au parfum Ă©cƓurant, dĂ©lĂ©thĂšre.
À Mantoue, au XVIe siĂšcle, Rigoletto, bouffon Ă  la cour du duc de Mantoue, – sĂ©ducteur dĂ©pravĂ©, pense protĂ©ger sa fille Gilda Ă  l’abri des regards et des convoitises. Mais Gilda est dĂ©couverte et enlevĂ©e par des courtisans qui la mĂšnent jusqu’à la chambre du duc obscĂšne, irresponsable. Trop naĂŻve, la jeune vierge s’enflamme pour son amant volage, son premier amour. Que fera le pĂšre pour se venger ? Que peut le bouffon Rigoletto contre la tribu courtisane, vĂ©ritable horde sauvage et cynique ?
A travers la chute et le deuil de Rigoletto, s’accomplit la malĂ©diction dont le bouffon Ă©tait l’objet ; au dĂ©but du drame, le comte de Monterone maudit le vil serpent qui le raille, alors qu’il est exilĂ© par le Duc
 A travers le drame hugolien, Verdi traite un thĂšme qui lui est cher : l’amour paternel, celui d’un bouffon humiliĂ© qui souhaite protĂ©ger sa fille, bien vainement.

France Musique, dim 8 déc 2019, 16h : RIGOLETTO de Verdi. La tribune des critiques de disques

Vidéo, reportage. CD. MANTOVA : Livres 4,5,6 de madrigaux de Monteverdi par Paul Agnew et Les Arts Florissants

MANTOVA-mantoue-cd-livres-4-5-6-Paul-agnew-Les-Arts-Florissants-cd-400CD Ă©vĂ©nement. Prolongement d’une tournĂ©e internationale, le CD MANTOVA (Mantoue) est le volume II de l’intĂ©grale des Madrigaux par Les Arts Florissants et Paul Agnew. Le programme enregistrĂ© offre un florilĂšge des plus beaux Madrigaux composĂ©s pour les Livres 4,5 et 6 par le compositeur baroque nĂ© Ă  CrĂ©mone et qui fut aussi avant Venise, le crĂ©ateur le plus douĂ© de la Cour de Vincent de Gonzague Ă  … Mantoue. Vertiges, Ă©clats entre ombre et lumiĂšre d’un nouveau scintillement Ă©motionnel. Le jeune compositeur rĂ©alise une alliance inĂ©dite, convergence et dialogue, entre climats sonores et images poĂ©tiques. Il sublime les accents sincĂšres du texte en ciselant l’Ă©criture musicale : la sensualitĂ© souveraine, non dĂ©nuĂ©e d’humour, dĂ©montrent une connaissance aiguĂ« de chaque poĂšme, et sa propension Ă  Ă©tablir de nouvelles situations dramatiques.

FidĂšle Ă  la ligne Ă©ditoriale du nouveau label des Arts Florissants (qui mĂȘle musique et littĂ©rature), le coffret comprend la collection de madrigaux mais aussi un texte inĂ©dit du romancier et Ă©crivain RenĂ© de Ceccatty : La Sibylle ou la chambre des illusions, claire rĂ©fĂ©rence Ă  la chambre des Ă©poux dĂ©corĂ©e par Mantegna dans le palais ducal de Mantoue.  Les 2 autres coffrets cd Ă  venir : CREMONA (vol.I) puis VENEZIA (vol.III) comprendront Ă©galement une nouvelle inĂ©dite du mĂȘme auteur.

Reportage vidĂ©o : pourquoi Paul Agnew et les solistes des Arts Florissants ont choisi cette collection de piĂšces d’une fascinante expressivitĂ©? C’est pour le chef associĂ© des Arts Florissants, aux cĂŽtĂ©s de William Christie, un retour Ă  la source primordiale de l’esthĂ©tique baroque, une immersion dans l’antichambre des grandes rĂ©alisations musicales, dramatiques et lyriques : dĂ©jĂ  dans les Livres 4,5 et 6, Monteverdi opĂšre une rĂ©volution esthĂ©tique oĂč la note articule le verbe, oĂč le chambrisme puissant et Ă©lĂ©gant des interprĂštes Ă©claire toutes les nuances poĂ©tiques du texte du Tasse ou de Guarini : Monteverdi accompagne la musique dans son passage de la Polyphonie au sentiment dispersĂ© (aux voix multiples) Ă  la passion individualisĂ©e (incarnĂ©e par un seul chanteur et dĂ©sormais, dans le lIvre V, sur un tapis instrumental)… Reportage vidĂ©o CLASSIQUENEWS.COM 2014. Le cd est paru le 7 octobre 2014

Monteverdi : les Madrigaux des Livres IV, V & VI (1603-1614)

Claudio+Monteverdi+monteverdiMonteverdi : les Madrigaux des Livres IV, V & VI  (1603-1614). Chaque publication des QuatriĂšme (1603), CinquiĂšme (1605) et SixiĂšme Livres (1614) marque un jalon de l’esthĂ©tique baroque naissante. C’est la pĂ©riode clĂ© oĂč Monteverdi Ă©crit son  premier opĂ©ra- en un coup de maĂźtre : Orfeo (1607), puis L’Arianna, en 1608. Les deux ouvrages signent la fin du madrigal Ă  5 voix. Les trois Livres sont tous publiĂ©s Ă  Mantoue, cour ducale extrĂȘmement active sur le plan artistique depuis le XVĂšme siĂšcle. Le patron de Monteverdi, Vincent de Gonzague encourage les recherches nouvelles des musiciens Ă  son service : l’émulation profite au jeune chanteur et instrumentiste qui comme compositeur, devenu maĂźtre de chapelle en 1602, Ă©labore Ă  Mantoue, sa langue musicale, expressive, sensuelle, rĂ©aliste grĂące Ă  ses madrigaux, qui composent comme le laboratoire de ses avancĂ©es propres. Le nouveau disque des Arts Florissants, sous la direction artistique du chanteur Paul Agnew, concrĂ©tise et prolonge un cycle de concerts dĂ©diĂ©s Ă  l’intĂ©grale des Madrigaux de Monteverdi, initiĂ©e en 2011. Le choix du chef associĂ© des Arts florissants se porte sur un florilĂšge des madrigaux des Livres Ă©ditĂ©s Ă  Mantoue (Livres IV, V, VI) oĂč s’affirme l’exceptionnel tempĂ©rament novateur d’un Monteverdi surtout soucieux d’intelligibilitĂ© linguistique. Il a fixĂ© les rĂšgles de l’écriture monodique, assurĂ© la caractĂ©risation de plus en plus individuelle de l’écriture, et bientĂŽt composera le premier opĂ©ra assurĂ©ment baroque de l’histoire de la musique
  La pĂ©riode est donc dĂ©cisive : elle souligne l’Ɠuvre rĂ©formatrice et rĂ©volutionnaire de Monteverdi. L’équivalent en musique du peintre Caravage, lui-mĂȘme rĂ©formateur du langage pictural Ă  l’extrĂȘme fin du XVIĂšme Ă  Rome


Les madrigaux de Monteverdi
Un laboratoire musical qui mĂšne Ă  l’opĂ©ra baroque

monteverdi cremona ingegneri Primeiro_retrato_de_MonteverdiLivre IV. Dan le IVĂšme Livre, Monteverdi alors Ă©tabli Ă  Mantoue rend hommage aux compositeurs modernes et intrĂ©pides de Ferrare dont le duc de Mantoue, Vincent de Gozague, aux goĂ»ts avantgardistes pourrait bien avoir Ă©tĂ© le patron et le protecteur. En un faux bourdon classique, « Sfogava con le stelle «  [ plage 1] exige des chanteurs une Ă©coute collective supĂ©rieure afin de restituer la force poĂ©tique du texte en une rĂ©citation libre et naturelle. “Anima dolorosa” [4] commencĂ©e en trio, requiert ensuite les 5 voix en une homophonie de plus en plus implorante. La clartĂ© intelligible du texte servi par l’Ă©criture homophonique, Ă©claire aussi le puissant Ă©rotisme langoureux de “SĂŹ ch’io vorrei morire” [2], dont les soupirs et spasmes sur le mot “morire” (“mourir”), dissonances millimĂ©trĂ©es, et Ă©voquent l’ultime souffle vital comme la jouissances sensuelle atteinte. « Piagn’ e sospira », le dernier madrigal affirme la trĂšs forte caractĂ©risation du texte tragique dans le sens d’une dĂ©ploration sensuelle oĂč l’amante gravant les vers sur l’Ă©corce d’un arbre se lamente, coeur esseulĂ©, naufragĂ© impuissant au cƓur de la tempĂȘte de la guerre d’amour.

monteverdi claudio bandeauLivre V. Le CinquiĂšme Livre (1605) tĂ©moigne d’une avancĂ©e dĂ©cisive deux ans avant Orfeo, premier opĂ©ra de l’histoire et premiĂšre gĂ©niale sous la plume de Monteverdi (1607). Le nouveau Livre publiĂ© Ă  Mantoue fixe l’usage moderne de la basse continue sollicitant dĂ©sormais l’Ă©criture monodique avec instruments. Le principe est dĂ©jĂ  rĂ©alisĂ© dĂšs 1600 par Salomon Rossi  Ă©galement actif Ă  Mantoue, et par Luzzaschi.  Mais l’Ă©criture de Monteverdi s’avĂšre d’une originalitĂ© et d’une justesse poĂ©tique inĂ©galĂ©e. Les voix enfin libĂ©rĂ©es du simple accompagnement peuvent dĂ©sormais incarner un personnage, s’individualiser plus intensĂ©ment. Les dialogues entre solistes peuvent dĂ©sormais s’Ă©panouir comme en tĂ©moigne le premier madrigal, conversation entre Amarillis et Mirtilomlo, extrait d’Il Pastor fido de Guarini. De mĂȘme, les deux autres dialogues, Ecco, Silvio, en cinq parties, et Ch’io t’ami en trois provenant de Il Pastor Fido, attestent d’une conception thĂ©ĂątralisĂ©e des passions amoureuses peut ĂȘtre dans la perspective d’une reprĂ©sentation du poĂšme de Guarini en 1598.

Cruda Amarilli [6] et O Mirtillo, Mirtill’ anima mia [7] ont suscitĂ©es les foudres du chanoine Artusi de Bologne, un dĂ©fenseur rĂ©actionnaire de l’ancienne esthĂ©tique de l’Ars Perfecta (Prima prattica). Trop d’audace, trop de rĂ©alisme, de dissonances expressives servent la vĂ©ritĂ© criante du texte : Monteverdi simultanĂ©ment Ă  la rĂ©volution picturale engagĂ©e par Caravage, rĂ©volutionne la musique de son Ă©poque. Les deux crĂ©ateurs partagent un sens dramatique incandescent colorĂ© de sensualitĂ© suggestive, marquĂ© par un rĂ©alisme saisissant des passions humaines.

Les deux autres dialogues, E cosĂŹ a poco a poco [10] et T’amo mia vita [9] confirment cette mĂȘme profondeur musicale rĂ©vĂ©lant sous l’Ă©noncĂ© des mots de nouveaux enjeux, une force intĂ©rieure jusque lĂ  inconnue : l’activitĂ© de la psychĂ© bouillonnante sous la surface du verbe. Le premier est un duo amoureux virtuose entre un tĂ©nor et une soprano, et, le second, un charmant tableau entre une soprano et l’homme aimĂ© reprĂ©sentĂ© par un trio de voix masculines. Enfin Questi vaghi concenti [22] laisse  la place initiale aux instruments (symphonie prĂ©alable Ă  5 instruments) prĂ©parant en nuances suaves, Ă©perdues, l’apothĂ©ose du madrigal Ă  9 voix. La piĂšce pourrait elle aussi avoir Ă©tĂ© conçue comme une pastorale enivrĂ©e pour une reprĂ©sentation ducale.

FETI Claudio_Monteverdi_1Livre VI. En 1612, Monteverdi est Ă  Venise oĂč il dĂ©croche le poste enviĂ©, prestigieux de maitre de chapelle Ă  San Marco. Deux ans plus tard en 1614, paraĂźt son Livre VI de madrigaux : beaucoup d’entre eux remontent Ă  son sĂ©jour Ă  Mantoue, Ă©tant liĂ©s aux Ă©vĂ©nements dynastiques de la Cour ducale. La sĂ©lection affirme la maturitĂ© dramatique et la sensibilitĂ© poĂ©tique du musicien alors au sommet de ses possibilitĂ©s. LĂ  encore, l’expression douloureuse de la passion amoureuse s’impose clairement. Deux lamentos dominent, soulignant la maĂźtrise de Monteverdi dans ce genre emblĂ©matique de l’opĂ©ra vĂ©nitien : le Lamento d’ Arianna [11- 14], et la Sestina [16-21]. Le Lamento d’Arianna est l’adaptation polyphonique du lamento originellement composĂ© pour l’opĂ©ra Ă©ponyme de 1608. Sur le mode plaintif, Arianna abandonnĂ©e par ThĂ©sĂ©e sur l’Ăźle de Naxos exprime sa dĂ©sespĂ©rance et sa solitude tragique : c’est une Ăąme dĂ©truite vouĂ©e Ă  la mort. ComparĂ© Ă  la trame monodique oĂč la soprano soliste (Arianne) dialogue avec les 3 hommes en Ă©cho de sa plainte, le lamento polyphonique pour 5 voix dĂ©montre le raffinement harmonique que permet l’écriture polyphonique. La Sestina est encore plus originale et plus intime voire secrĂšte qu’Arianna : le lamento convoque un Ă©pisode dramatique oĂč l’amour se dĂ©cline en geste dĂ©ploratif : Glaucus arrive sur la tombe de Corinna, sa bien-aimĂ©e. L’épisode Ă©voque le Giunto al la tomba de la Gerusalemme  Liberata du Tasse, mis en musique par le prĂ©dĂ©cesseur de Monteverdi Ă  la charge de maĂźtre de chapelle Ă  Mantoue, Giaches de Wert. Le Duc Vincent Gonzague commande cette piĂšce dĂ©chirante, d’une pudeur inĂ©dite, Ă  la mort d’une jeune soprano, Caterina Martinelli, qui devait crĂ©er le rĂŽle titre d’Arianna en 1608. La trĂšs jeune cantatrice, maĂźtresse du duc Ă©tait alors hĂ©bergĂ©e chez les Monteverdi, particuliĂšrement affectĂ©s par le deuil. « Zefiro torna » [15], la derniĂšre piĂšce du SixiĂšme Livre , emprunte Ă  la danse son dĂ©but et illustre en particulier Ă  la fin, les audaces harmoniques d’un Monteverdi, gĂ©nial dramaturge du sentiment. Avec le Livre VI, s’achĂšve l’extraordinaire Ă©popĂ©e du madrigal Ă  5 voix auquel Monteverdi en un geste rĂ©formateur et expĂ©rimental aura offert ses plus grands accomplissements. Les Livres suivants VII et VIII font Ă©clater la forme classique du madrigal, de sorte qu’avec le Livre VI se ferme le livre d’une expĂ©rimentation continue Ɠuvrant pour l’essor de l’opĂ©ra.

discographie

CD. Mantova : Livres IV,V,VI de madrigaux de Monteverdi. Les Arts Florissants, Paul Agnew. A paraĂźtre le 23 septembre 2014. AprĂšs avoir donnĂ© en concert, les Livres I,II,III,IV, V et VI de Madrigaux de Claudio Monteverdi, Paul Agnew, chef associĂ© des Arts Florissants fait paraĂźtre (enfin) le premier volume d’une trilogie discographique dĂ©diĂ©e naturellement au Monteverdi madrigaliste. Le premier volume intitulĂ© «  Mantova «  (Mantoue) est annoncĂ© ce 23 septembre 2014 ; il offre un florilĂšge des madrigaux des Livre IV, V et VI. Le sujet est captivant : le choix des piĂšces ainsi enregistrĂ©es accompagne l’une des rĂ©volutions les plus dĂ©cisives de l’histoire de la musique en Europe ; il suit les Ă©volutions stylistiques de la Renaissance au Baroque, des entrelacs polyphoniques aux vertiges passionnels de la monodie nouvelle, quand Claudio, entre CrĂ©mone et Mantoue, avant Venise, Ă©labore sa propre langue dramatique, accordant comme nul autre avant lui, verbe poĂ©tique et harmonie sensuelle. Peu Ă  peu se prĂ©cise un chant de plus en plus incarnĂ© au service du texte : si les Livres IV et V (Ă©ditĂ©s Ă  Mantoue en 1603 et 1605) appartiennent encore Ă  l’esthĂ©tique de la Renaissance (certes colorĂ©e par les ultimes recherches expressives modernes liĂ©es Ă  la Cour du Duc Vincent de Gonzague Ă  Mantoue), le Livre VI Ă©ditĂ© en 1614, montre l’accomplissement de l’écriture montĂ©verdienne dans le domaine opĂ©ratique car les madrigaux y sont contemporains des opĂ©ras Orfeo (1607) et Arianna (1608). En lire +

Livres. Rigoletto (Avant ScÚne Opéra n°273)

Livres. Verdi : Rigoletto (Avant ScĂšne OpĂ©ra n°273) …

Il reste surprenant que l’opĂ©ra Rigoletto (crĂ©Ă© en 1850) comme sa source littĂ©raire (Le Roi s’amuse de Hugo, 1832) suscita un Ă©norme scandale et les foudres du public comme de la critique : est-il dĂ©cent sur un scĂšne lyrique de reprĂ©senter les vilĂ©nies d’un bouffon complexe, retors, laid, pernicieux, surtout dissimulateur, qui de surcroĂźt concentre toute l’attention d’un Verdi finement psychologue : jamais emploi de baryton n’avait suscitĂ© une Ă©criture aussi fouillĂ©e, ambivalente, d’une ĂąpretĂ© corrosive inouĂŻe et d’un rĂ©alisme exemplaire : si Falstaff est un rire, Rigoletto en serait la grimace la plus hideuse, cynique, mordante, barbare. Il renvoie Ă  la Cour et au milieu ducal, une image hideuse, dĂ©formĂ©e et pourtant … vraie. Les courtisans menĂ©s par l’ivresse immorale du Duc de Mantoue forment une clique Ă©cƓurante que Rigoletto aime Ă  Ă©pingler et moquer, et dont il sera aussi  indirectement la premiĂšre victime…   touchĂ© dans sa chair (sa fille est dĂ©masquĂ©e puis sacrifiĂ©e), le vilain nabot est la proie d’une dĂ©rapage schizophrĂ©nique qui menace de fait la biensĂ©ance du genre.

La grimace du bouffon

verdi_rigoletto_avant_scene_operaPour l’annĂ©e du bicentenaire Verdi 2013, l’Avant ScĂšne OpĂ©ra Ă©dite une nouvelle publication sur l’opĂ©ra phare de Verdi, un jalon dans sa maturitĂ©, premier volet d’une trilogie qu’on aime mettre en avant dans le processus crĂ©atif du maĂźtre, reliĂ© au TrouvĂšre et Ă  La Traviata, emblĂ©matiques d’un point d’accomplissement exceptionnel au dĂ©but des annĂ©es 1850 ; c’est que le compositeur y perfectionne sa quĂȘte d’efficacitĂ© et d’intensitĂ© dramatique (posizione ou plutĂŽt situazione), ne trahissant en rien l’esprit de la piĂšce de Hugo, d’un rĂ©alisme cynique rare… L’exhaustivitĂ© des chapitres, surtout la traduction annotĂ©e et commentĂ©e du livret original et intĂ©gral, le diversitĂ© complĂ©mentaire des regards font de ce Rigoletto 2013, un nouvelle bible verdienne incontournable.

Ce que nous avons aimé :
- la notion de posizione, rĂ©vĂ©latrice chez Verdi, d’un souci gĂ©nial de vĂ©ritĂ© et d’expressivitĂ© dramatique
- la dĂ©finition offerte du terme ” baryton Verdi “ : avec Rigoletto se prĂ©cise en effet l’emploi de baryton, un caractĂšre particuliĂšrement dĂ©veloppĂ© et fouillĂ© sur le plan psychologique : si Rigoletto annonce les Boccanegra ou Falstaff Ă  venir, le rĂŽle hugolien lui permet d’approfondir les personnages antĂ©rieurs de Macbeth et surtout de Stankar dans Stiffelio dont le profil, contemporain de Rigoletto, reste mĂ©connu du grand public. Chaque personnages (mis Ă  part Macbeth) met en lumiĂšre la relation spĂ©cifique du pĂšre Ă  sa fille, une facette clĂ© dans les ouvrages de Verdi.
- Ă©loquent, le dossier sur la discographie et les dvd aujourd’hui disponibles rend compte d’une dĂ©ferlente Rigoletto : tous les chefs d’envergure et les chanteurs majeurs se sont tĂŽt ou tard emparĂ©s du fascinant et complexe Rigoletto.

sommaire dĂ©taillĂ© du Rigoletto 2013 de L’Avant ScĂšne OpĂ©ras

points de repĂšre
Jean Cabourg : Argument
Emmanuel Reibel : Introduction et Guide d’Ă©coute
Francesco Maria Piave : Livret original intégral
Yvelaine Duault : Traduction française  (complĂ©tĂ©e par  E. Soldini et C. Cazaux)

regards sur l’Ɠuvre
Jean-Michel BrÚque : Du théùtre de Hugo au mélodrame lyrique
Victor Hugo : PrĂ©face au Roi s’amuse (extrait)
Michel Lehmann : Le Drame, la trilogie et les posizioni
Olivier RouviÚre : La controverse du baryton Verdi
Louis Bilodeau : La malédiction de la laideur
Victor Hugo : Le Crapaud

Ă©couter, voir, lire
Jean Cabourg : Discographie comparée
Pierre Flinois et Chantal Cazaux : Vidéographie comparée
Chantal Cazaux : Bibliographie

L’Ɠuvre Ă  l’affiche
La création : La Fenice, Venise 1851
Les grandes productions 2001-2013

SĂ©lection CD, DVD et Livres
par Louis Bilodeau, Jean Caboug, Alfred Caron, Chantal Cazaux, Pierre Flinois, Pierre Michot, Didier van Moere, Pierre RigaudiĂšre et Olivier RouviĂšre;

Bravi… Bravissimi !
Chantal Cazaux : La Petite Renarde rusĂ©e Ă  l’OpĂ©ra national du Rhin

‱ Parution : 28/02/2013
‱ 162 pages
‱ ISBN 978-2-84385-301-2
Editions L’Avant ScĂšne OpĂ©ra

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