Compte rendu, opéra. Marseille, Opéra, le 15 juin 2016. Verdi : Macbeth. Steinberg / Bélier-Garcia

Compte rendu, opĂ©ra. Marseille, OpĂ©ra, le 15 juin 2016. Verdi : Macbeth. Steinberg / BĂ©lier-Garcia. Triomphale fin de saison Ă  l’OpĂ©ra de Marseille. L’OEUVRE. Contexte théâtral : théâtre de l’horreur. Tout en s’en dĂ©marquant quelque peu, la tragĂ©die de William Shakespeare (1564-1616), Macbeth (entre 1603 et 1607), demeure, par sa brutalitĂ©, les scènes de meurtre, dans la veine d’un théâtre europĂ©en de l’horreur Ă  cheval sur les XVIe et XVIIe siècles dont, en France, Les Juives de Robert Garnier (1583), par leur violence imprĂ©gnĂ©e de celle des Guerres de religion, demeurent un exemple. Shakespeare, avec son Titus Andronicus (vers 1590/1594), ne dĂ©roge pas Ă  cette inspiration barbare des pièces Ă©lisabĂ©thaines de la fin des annĂ©es 1580, prodigues en scènes atroces (cannibalisme, mutilation, viol, folie). Il y renchĂ©rit mĂŞme sur les Ĺ“uvres plus que violentes de ses rivaux, tels Christopher Marlowe qui porte Ă  la scène avec cruditĂ© la Saint-BarthĂ©lemy (Massacre de Paris, 1593) et la cuve d’huile bouillante de son Juif de Malte (1589) ou Thomas Kyd et sa TragĂ©die espagnole. Macbeth fut le plus grand succès public de Shakespeare, longtemps rejouĂ©e, traduite en allemand par des compagnies itinĂ©rantes. Mais ce mĂ©lange d’horreur et de pathĂ©tique, dĂ©rogeant aux règles de la biensĂ©ance classique s’imposant au milieu du XVIIe siècle, la pièce sera relĂ©guĂ©e après avoir rĂ©galĂ© le grand public.

 
 
 

MACBETH, un théâtre de l’horreur

 
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Le dramaturge anglais s’inspire librement d’une chronique médiévale relatant des événements historiques, la vie de Macbeth, roi des Pictes, qui régna en Écosse de 1040 à 1057 ; il monte sur le trône en assassinant Duncan, le roi légitime. Mais de cet événement, un régicide, le meurtre d’un roi, somme toute banal dans l’histoire, Shakespeare tire la peinture, le portrait d’un assassin ambitieux certes, mais timoré, freiné puis tourmenté par des scrupules moraux. Cependant, il est incité par sa machiavélique femme, Lady Macbeth, qui le pousse dans la marche au pouvoir qui ne se soutient que par l’enchaînement inexorable de crime en crime. Le couple maudit, rongé par la crainte d’être découvert et le remords, acculé à la surenchère criminelle pour se maintenir au sommet de la puissance, dans son escalade criminelle, trouve son expiation, son châtiment, lui, saisi d’abord d’hallucinations croyant voir même dans un banquet, au milieu des courtisans, le fantôme de Banquo, l’ami qu’il a fait assassiner, elle, Lady Macbeth, son âme damnée, sombrant dans le somnambulisme qui la trahit, dans la folie, lavant sans cesse des mains tachées du sang du régicide, avant de périr.
Shakespeare ajoute au drame historique une dimension surnaturelle : ce sont des sorcières, qui, après une glorieuse bataille, saluant Macbeth, seigneur de Glamis, du titre supéarieur de seigneur de Cawdor, seront les agents de sa fulgurante ascension politique et de sa chute. En prophétisant ce titre inattendu de seigneur de Cawdor, que lui décerne sur le champ le roi Duncan pour prix de sa victoire sur les Norvégiens envahisseurs, et en lui prédisant qu’il sera également roi d’Écosse, les sorcières enclenchent la mécanique de l’ambition, qui déclenche la tragédie. Elles sont peut-être la manifestation de son inconscient. À son ami, l’autre général, Banquo, elles prédisent également que, sans régner lui-même, il sera l’origine d’une lignée de roi. Quoiqu’il en soit, Macbeth écrit ces prédictions à sa femme et met en route en elle l’ambition fatale qui les perdra tous deux.
Sentences cĂ©lèbres de Macbeth : « Ce qui est fait, est fait… », « Qui aurait dit que le corps de ce vieillard pouvait contenir autant de sang ? », dit la femme fatale, « Notre vie est une pièce de théâtre pleine de bruit et de fureur racontĂ©e par un idiot, et qui n’a pas de sens » , conclut le hĂ©ros maudit.
Le livret de Francesco Maria Piave est remarquable de concision, supprimant des scènes qui s’Ă©loignent du noyau du drame qu’il resserre, notamment celle, comique, du portier ivre, contraste nĂ©cessaire du drame baroque anti-aristotĂ©licien qui mĂŞle les registres. Le massacre de la femme et des enfants de Macduff est rĂ©duit Ă  la plainte dĂ©chirante de l’Ă©poux et père, qui se dressera en vengeur valeureux. De la première version de Florence en 1847 Ă  celle de de Paris en 1865, Verdi a aussi resserrĂ© et intensifiĂ© la musique d’un opĂ©ra qui, dĂ©rogeant aux conventions de l’opĂ©ra romantique qui exalte l’amour, en fait un drame lyrique nouveau oĂą règne seul l’amour du pouvoir ou la voluptĂ© dans le crime et le vertige du remords dans un couple maudit.

Réalisation et interprétation
Théâtre baroque du monde, mais une scène au fond d’une salle classique livide aux rigiditĂ©s linĂ©aires de froid Ă©difice d’architecture fasciste, Ă©clairĂ©e de deux suspensions Arts DĂ©co. Pilastres engagĂ©s, rainurĂ©s, accentuant l’angoisse des raides verticales, trumeaux aveugles au-dessus des portes latĂ©rales (scĂ©nographie, Jacques Gabel). DĂ©coupĂ©es en carreaux Ă©gaux  impĂ©nĂ©trables, les mystĂ©rieuses portes frontales seront celles par oĂą se glisse insidieusement Ă  tour de rĂ´le le couple meurtrier, lui, pour tuer le roi, elle, plus froidement, pour assassiner les serviteurs et leur faire porter le poids du rĂ©gicide. La lumière glaciale (Roberto Venturi) tombe d’entrĂ©e, progressivement, d’une verrière gĂ©omĂ©trique aux vitres brisĂ©es sur l’ombre des murs : quelque chose de pourri, sinon dans le royaume du Danemark d’Hamlet, dans celui d’Écosse de Macbeth. Ombre et lumière comme clair-obscur de la luciditĂ© trouant les tĂ©nèbres de l’âme, indĂ©cise pĂ©nombre de la conscience morale assoupie comme le sommeil goyesque de la raison qui engendre des monstres. Les Ă©clairages seront ensuite plus gĂ©nĂ©raux qu’individuels, comme Ă  l’Ă©poque baroque,  avec ces fonds opaques et glauques de cloaque oĂą grouille un cauchemar de choses inconnues, les sorcières consultĂ©es par Macbeth, incarnation objective d’une conscience subjective gagnĂ©e par le mal, mais ici surgies en nombre de l’ombre, scène intĂ©rieure extĂ©riorisĂ©e, dĂ©mons intimes matĂ©rialisĂ©s, pour peupler une sorte d’asile d’aliĂ©nĂ©s Ă  la Michel Foucault, théâtre oĂą figure aussi, avec un poussah misĂ©rable, le Pape et le Roi près du gueux, image encore d’une vanitĂ© baroque de l’inanitĂ© des richesses, de la puissance face Ă  l’Ă©galitĂ© de tous devant la mort. Peuple « idiot » qui, s’il ne raconte pas cette « histoire de bruit et de fureur » qu’il a mise en branle, sera, tout au long, l’implacable spectateur, tĂ©moin de la farce tragique du pouvoir qui se joue devant lui. Lueurs de l’abondance du sang du meurtre et sa fatale multiplication.
Une colossale colonne gagnĂ©e de mousse ou de pourriture, descendra lourdement des cintres pour s’encastrer, au centre, reliant ciel et terre, objet lascif d’enlacements de Lady Macbeth, phallique symbole de la puissance du mâle dont s’empare cette virile femme face Ă  un Ă©poux veule et vil, peut-ĂŞtre impuissant, copulation monstrueuse Ă  l’Ă©chelle de son ambition et de la voluptĂ© du pouvoir qui la hante et qu’elle chante, ou anticipation de l’Ă©crasement du couple monstrueux sans descendance.
Les sombres costumes (Catherine et Sarah Leterrier), hors de longs manteaux en gĂ©nĂ©ral d’Ă©poque et les intemporelles robes des sorcières, pourpoints, hauts de chausses et bottes pour les hommes, s’ourlent au col d’une frise de fraises Ă  la Greco de l’Enterrement du Comte d’Orgaz, et, Ă©largis en dĂ©licate collerette au cou des enfants, progĂ©niture sauve de Banquo mais promise au massacre de Macduff, en dit d’avance la fragilitĂ© de papillons Ă©pinglĂ©s plus tard par les poignards des sbires de Macbeth : tĂŞtes comme sur le plateau des larges cols Ă  godrons de futurs dĂ©capitĂ©s. Les robes des dames Ă©claireront de gaies couleurs les scènes de cour mais jamais Ă©clairer la teinte obscure gĂ©nĂ©rale du drame. Les insolites fauteuils Louis XV sont-ils une mĂ©taphore de raffinement pervers dans la brutalitĂ© du reste du mobilier, d’intemporalitĂ© ou une coquetterie Ă  la mode usĂ©e de mĂŞler les Ă©poques? La table, un piano, renversĂ©s sont des signes connus de dĂ©cadence et chute, de rĂ©volution, chez FrĂ©dĂ©ric BĂ©lier-Garcia qui signe cette mise en scène.
On admire la qualitĂ© plastique, l’agencement pictural des groupes, de ce chĹ“ur pratiquement omniprĂ©sent et admirablement prĂ©parĂ© par Emmanuel Trenque, notamment les sorcières qui, sous la baguette nuancĂ©e et puissante de Pinchas Steinberg, passent du murmure sardonique au ricanement sarcastique, d’autant plus inquiĂ©tantes d’ĂŞtre traitĂ©es scĂ©niquement en femmes banales, presque en voisines : le mal est parmi nous. Le chef, dès le prĂ©lude, donne aux cordes un frĂ©missement de vol effarĂ© d’effroi d’oiseaux de mauvais augure, trilles angoissants, pincements aigus de flĂ»tes affutĂ©es et claquement effrayant de cuivres, un Ă©clair, un Ă©veil de cauchemar, glisse l’angoissante onirique et dĂ©solĂ©e de la scène du somnambulisme. Tout au long de l’Ĺ“uvre, il nous fera goĂ»ter les mĂŞmes qualitĂ©s de relief dĂ©licat pour les dĂ©tails des divers pupitres et de violence dĂ©chaĂ®nĂ©e sans jamais brouiller les lignes, les volumes d’une Ĺ“uvre polie par Verdi pendant près de vingt ans.

 
 
 

PLATEAU ADMIRABLE

 

Le plateau est admirable. Tour Ă  tour valet  servile de Macbeth, assassin Ă  gages asservi aux noirs desseins du maĂ®tre, une apparition puis mĂ©decin de Lady Macbeth, Jean-Marie Delpas, multiplie en peu de phrases une grande prĂ©sence dramatique et vocale, sombre en timbre mais limpide en diction. Fils du roi Duncan assassinĂ©, menacĂ© lui-mĂŞme, fuyant le danger et ne revenant que pour hĂ©riter de la couronne que lui ont conquise ses partisans, Malcolm est un personnage Ă©pisodique et falot, encore rĂ©duit par le librettiste, et l’on ne reprochera pas au tĂ©nor Xin Wang, timbre soyeux, un manque de prĂ©sence que le rĂ´le ne lui accorde pas. Beaucoup plus prĂ©sente par le travail scĂ©nique que lyrique, Vanessa Le Charlès, suivante de Lady Macbeth est traitĂ©e, cheveux courts et habits masculins, comme son obsĂ©dante ombre portĂ©e virile, dont les attouchements furtifs de mains avec sa maĂ®tresse laissent supposer une intimitĂ© plus grande que celle d’une simple femme (homme) de chambre. Lorsque on entend enfin les quelques phrases de son joli soprano le contraste est frappant.

 
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En Ă©poux et père douloureux, d’autant qu’on l’avait vu tendrement en scène avec son enfant, Ă©mouvante trouvaille, dĂ©couvrant au milieu de la masse persĂ©cutĂ©e l’horreur du massacre de sa famille, Stanislas de Barbeyrac est bouleversant, dĂ©chirant son timbre lumineux de tĂ©nor de la dĂ©chirure de sa chair, retrouvant en jeune hĂ©ros des accents vengeurs superbes pour terrasser le monstre. Autre père attentif, veillant sur sa progĂ©niture, son fils, et rĂ©ussissant Ă  la sauver dans la forĂŞt du piège, Banquo, auquel les sorcières ont prĂ©dit que, sans rĂ©gner, il aurait une lignĂ©e de rois, est incarnĂ© par la noble allure de Wojtek Smilek. Dans son grand air assailli de noirs pressentiments sur la mort qui le guette, il dĂ©ploie le sombre tissu de sa voix de basse, passant du murmure oppressĂ© Ă  son fils Ă  l’Ă©clat terrible de la rĂ©vĂ©lation lucide du complot jusqu’Ă  un Ă©clatant mi aigu final.
On sait que Verdi, toujours soucieux de vĂ©ritĂ© dramatique, voulait, pour sa Lady Macbeth, un timbre laid mais expressif, ce qui fut la chance de Callas selon son propre aveu quand elle fut choisie Ă  la Scala par Toscanini soucieux de respecter le vĹ“u du compositeur. On ne dira pas que la soprano dramatique hongroise Csilla Boross remplit le rĂ©quisit verdien de laideur vocale en revanche, mĂŞme si l’expression dramatique dans la scène du somnambulisme semble paradoxalement trop sommeiller, sa voix charnue, immense, remplit pleinement toutes les exigences du rĂ´le : largeur et couleur Ă©gale du timbre, passant avec aisance des notes les plus corsĂ©es de la tessiture terrible du rĂ´le aux sauts d’aigus pleins et triomphants. Un triomphe assurĂ©ment. Ă€ ses cĂ´tĂ©s, en Macbeth, scĂ©niquement et vocalement, le baryton Juan JesĂşs RodrĂ­guez, triomphe pareillement : Ă©gale aussi sur tout le registre, sa voix d’airain aux teintes bronzĂ©es se joue de la difficultĂ© de ce rĂ´le Ă©crasant sans en ĂŞtre Ă©crasĂ©. Homme du doute, Ă  peine entrĂ© dans le premier degrĂ© du crime, poussĂ© par sa femme, il traduit si sensiblement ses remords qu’il en deviendrait humain et touchant. Un grand artiste que l’on dĂ©couvre.  Triomphale fin de saison Ă  l’OpĂ©ra de Marseille.

Opéra de Marseille,
Macbeth de Verdi
Livret de Francesco Maria Piave  d’après la tragédie de Shakespeare
Coproduction Opéra Grand Avignon
7, 10, 12, 15 juin 2016

Orchestre et chĹ“ur (Emmanuel Trenque) de l’OpĂ©ra de Marseille sous la direction de
Pinchas Steinberg. Mise en scène : Frédéric Bélier-Garcia. Scénographie : Jacques Gabel ; costumes : Catherine et Sarah Leterrier.  Lumières : Roberto Venturi.

Distribution
Macbeth : Juan Jesús Rodriguez ; Lady Macbeth : Csilla Boross ; Banquo : Wojtek Smilek : Macduff : Stanislas de Barbeyrac ; suivante de Lady Macbeth :   Vanessa Le Charlès ; Malcolm : Xin Wang ; serviteur de Macbeth, un sicaire, une apparition, le médecin : Jean-Marie Delpas ; un hérault : Frédéric Leroy.

Photo : © Christian Dresse / Opéra de Marseille 2016

 
 

Macbeth barbare de Brett Bailey Ă  POITIERS

Brett Bailey Macbeth 2 DR OpĂ©ra de RotterdamPoitiers, TAP. Macbeth, les 17 et 18 fĂ©vrier 2016. D’après l’opĂ©ra de Verdi, sommet fantastique et hallucinĂ© (lui mĂŞme inspirĂ© du drame de Shakespeare), Macbeth est un spectacle d’opĂ©ra rĂ©alisĂ© par le metteur en scène sud-africain Brett Bailey qui avait marquĂ© les esprits de Poitiers au TAP Ă©galement l’annĂ©e dernière avec le splendide Exhibit B (dĂ©diĂ© Ă  la dĂ©nonciation des crimes racistes commis dans l’Afrique coloniale et dans l’Europe actuelle). Dans ce nouveau spectacle fort qui tourne depuis 2013 en Europe, une Ă©tape est franchie : celle d’un geste antiraciste et de l’opĂ©ra romantique. En fĂ©vrier 2016 pour le TAP, Brett Bailey propose de relire le drame lyrique de Verdi (avec cette ivresse mĂ©lodique et âpre propre au grand opĂ©ra romantique italien), mais dans une transposition au Congo (prĂ©cisĂ©ment au Congo-Kinshasa pendant la guerre du Kivu), et sous un prisme satirique : l’homme de théâtre dĂ©veloppe un message anticolonialiste saisissant.
Pour fournir au monde dĂ©veloppĂ©, les ressources naturelles dont il dispose, le pays est ainsi en proie Ă  la guerre entre seigneurs de guerre et sociĂ©tĂ© d’exploitation minière : un seul but les motivent jusqu’Ă  la mort, l’argent et le pouvoir. La troupe sud africaine s’investit sur la scène (soit 24 chanteurs et musiciens), exprimant dans une exaltation physique millimĂ©trĂ©e la passion dĂ©vorante du pouvoir : ici, le couple Macbeth mène les jeux de l’arène, jusqu’Ă  la mort et la folie. On reste souvent dubitatif face aux adaptations prĂ©tendument digestes, rythmĂ©es, vĂ©hĂ©mentes… plus accessibles qu’un opĂ©ra original, souvent d’une durĂ©e impressionnante de plus de 3h de musique et de chant.
Mais le spectacle imaginĂ© par Brett Bailey – nĂ© en 1967, heureux dĂ©fenseur d’une rĂ©appropriation flamboyante (grâce Ă  son scĂ©nario d’une prĂ©cision extrĂŞme, donc d’un impact calibrĂ© irrĂ©sistible), a Ă©tĂ© minutieusement pensĂ©, rĂ©duit Ă  l’essentiel, visant le relief spectaculaire des passions humaines et aussi l’Ă©clat moderne voire polĂ©mique de l’action qui s’y dĂ©roule : tout cela nous renvoie Ă  des situations politiques et sociĂ©tales très rĂ©elles.. TĂ©moin du racisme organisĂ©, Ă©tatifiĂ© (par l’apartheid), Bailey qui est nĂ© et a Ă©tĂ© Ă©levĂ© dans la haine de l’autre, dĂ©nonce toutes les formes d’oppression et de violence ; exit les airs de Macduff et plusieurs scènes originelles, ce Macbeth a la force expressive des films inspirĂ©s par le thème, et dans un arrangement musical (aux cordes frissonnantes et terrifiantes) inspirĂ© de l’opĂ©ra verdien, conçu par Fabrizio Cassol pour son excellent ensemble de 12 instrumentistes, les musiciens transbalkaniques du No Borders Orchestra. Une version de chambre, intimiste et mordante qui rĂ©gĂ©nère le sens de la fulgurance dramatique du grand Giuseppe Verdi.

Macbeth de Verdi, satire barbare de Brett Bailey

04.JPGMacbeth est alors le commandant d’une armĂ©e de mercenaires au Congo, rongĂ© par la superstition, la corruption, la vĂ©nalitĂ©, la lâchetĂ© collective… Très inspirĂ© (manipulĂ©e?) par sa femme d’une rare cruautĂ© dĂ©guisĂ©e, le gĂ©nĂ©ral magnifique devient tyran psychotique, potentat terrorisant une armĂ©e d’esclaves qu’il fait travailler dans les mines d’or… Le drame intimiste se concentre sur les 3 personnages clĂ©s de ce huit-clos grinçant et magnifique : Macbeth et sa femme, monstre dĂ©vorĂ© par le pouvoir et le crime, leur ami puis rival Banquo. Toute la conception visuelle et dramaturgique (nombreuses projections en fond de scène) dĂ©nonce plusieurs rĂ©gimes politique de l’Afrique noire subsaharienne, un terrain minĂ© et sulfureux, politiquement explosif que le scĂ©nographe blanc sud-africain a choisi d’interroger tout au long de ses spectacles. La production a Ă©tĂ© montrĂ©e auparavant Ă  Avignon et Ă  Paris (Centquatre) en 2013, dans le cadre du festival d’Automne 2014 Ă  Montreuil et Ă  la Ferme du Buisson… RĂ©cemment, en Barbican Center de Londres, – preuve que la question coloniale et le racisme souterrain continuent d’agir, – septembre 2014-, le spectacle a Ă©tĂ© dĂ©programmĂ© sous la pression d’une partie du public qui s’Ă©tait offusquĂ©e que les spectacles de Brett Bailey s’identifiaient aux “zoos humains” du XIXème siècle… comme on pouvait le lire sous la plume d’un critique anglais. Pourtant quand on connaĂ®t l’oeuvre du Sud-Africain, pas haineux pour un sou, force est de constater son profond humanisme, et sa volontĂ© de dĂ©noncer la haine et le racisme… Aux spectateurs du TAP de Poitiers de juger sur pièces, les 17 et 18 fĂ©vrier prochains.

Opéra
Macbeth de Verdi, adapté par Brett Bailey
Poitiers, TAP. Les 17 et 18 février 2016
Mercredi 17 février 2016, 20h30
Jeudi 18 février 2016, 19h30

musique : Fabrizio Cassol
d’après Macbeth de Verdi
direction : Premil Petrovic

avec Owen Metsileng, Nobulumko Mngxekeza, Otto Maidi et les chanteurs d’opéra Sandile Kamle, Jacqueline Manciya, Monde Masimini, Siphesihle Mdena, Bulelani Madondile, Philisa Sibeko, Thomakazi Holland avec le No Borders Orchestra.
Durée : 1h40

Concert sandwich avec les chanteurs d’opĂ©ra de Macbeth
Airs d’opĂ©ra, lundi 15 fĂ©vrier 2016, 12h30
Entrée libre.

POITIERS. Le Macbeth de Verdi, version Brett Bailey

Brett Bailey Macbeth 2 DR OpĂ©ra de RotterdamPoitiers, TAP. Macbeth, les 17 et 18 fĂ©vrier 2016. D’après l’opĂ©ra de Verdi, sommet fantastique et hallucinĂ© (lui mĂŞme inspirĂ© du drame de Shakespeare), Macbeth est un spectacle d’opĂ©ra rĂ©alisĂ© par le metteur en scène sud-africain Brett Bailey qui avait marquĂ© les esprits de Poitiers au TAP Ă©galement l’annĂ©e dernière avec le splendide Exhibit B (dĂ©diĂ© Ă  la dĂ©nonciation des crimes racistes commis dans l’Afrique coloniale et dans l’Europe actuelle). Dans ce nouveau spectacle fort qui tourne depuis 2013 en Europe, une Ă©tape est franchie : celle d’un geste antiraciste et de l’opĂ©ra romantique. En fĂ©vrier 2016 pour le TAP, Brett Bailey propose de relire le drame lyrique de Verdi (avec cette ivresse mĂ©lodique et âpre propre au grand opĂ©ra romantique italien), mais dans une transposition au Congo (prĂ©cisĂ©ment au Congo-Kinshasa pendant la guerre du Kivu), et sous un prisme satirique : l’homme de théâtre dĂ©veloppe un message anticolonialiste saisissant.
Pour fournir au monde dĂ©veloppĂ©, les ressources naturelles dont il dispose, le pays est ainsi en proie Ă  la guerre entre seigneurs de guerre et sociĂ©tĂ© d’exploitation minière : un seul but les motivent jusqu’Ă  la mort, l’argent et le pouvoir. La troupe sud africaine s’investit sur la scène (soit 24 chanteurs et musiciens), exprimant dans une exaltation physique millimĂ©trĂ©e la passion dĂ©vorante du pouvoir : ici, le couple Macbeth mène les jeux de l’arène, jusqu’Ă  la mort et la folie. On reste souvent dubitatif face aux adaptations prĂ©tendument digestes, rythmĂ©es, vĂ©hĂ©mentes… plus accessibles qu’un opĂ©ra original, souvent d’une durĂ©e impressionnante de plus de 3h de musique et de chant.
Mais le spectacle imaginĂ© par Brett Bailey – nĂ© en 1967, heureux dĂ©fenseur d’une rĂ©appropriation flamboyante (grâce Ă  son scĂ©nario d’une prĂ©cision extrĂŞme, donc d’un impact calibrĂ© irrĂ©sistible), a Ă©tĂ© minutieusement pensĂ©, rĂ©duit Ă  l’essentiel, visant le relief spectaculaire des passions humaines et aussi l’Ă©clat moderne voire polĂ©mique de l’action qui s’y dĂ©roule : tout cela nous renvoie Ă  des situations politiques et sociĂ©tales très rĂ©elles.. TĂ©moin du racisme organisĂ©, Ă©tatifiĂ© (par l’apartheid), Bailey qui est nĂ© et a Ă©tĂ© Ă©levĂ© dans la haine de l’autre, dĂ©nonce toutes les formes d’oppression et de violence ; exit les airs de Macduff et plusieurs scènes originelles, ce Macbeth a la force expressive des films inspirĂ©s par le thème, et dans un arrangement musical (aux cordes frissonnantes et terrifiantes) inspirĂ© de l’opĂ©ra verdien, conçu par Fabrizio Cassol pour son excellent ensemble de 12 instrumentistes, les musiciens transbalkaniques du No Borders Orchestra. Une version de chambre, intimiste et mordante qui rĂ©gĂ©nère le sens de la fulgurance dramatique du grand Giuseppe Verdi.

Macbeth de Verdi, satire barbare de Brett Bailey

04.JPGMacbeth est alors le commandant d’une armĂ©e de mercenaires au Congo, rongĂ© par la superstition, la corruption, la vĂ©nalitĂ©, la lâchetĂ© collective… Très inspirĂ© (manipulĂ©e?) par sa femme d’une rare cruautĂ© dĂ©guisĂ©e, le gĂ©nĂ©ral magnifique devient tyran psychotique, potentat terrorisant une armĂ©e d’esclaves qu’il fait travailler dans les mines d’or… Le drame intimiste se concentre sur les 3 personnages clĂ©s de ce huit-clos grinçant et magnifique : Macbeth et sa femme, monstre dĂ©vorĂ© par le pouvoir et le crime, leur ami puis rival Banquo. Toute la conception visuelle et dramaturgique (nombreuses projections en fond de scène) dĂ©nonce plusieurs rĂ©gimes politique de l’Afrique noire subsaharienne, un terrain minĂ© et sulfureux, politiquement explosif que le scĂ©nographe blanc sud-africain a choisi d’interroger tout au long de ses spectacles. La production a Ă©tĂ© montrĂ©e auparavant Ă  Avignon et Ă  Paris (Centquatre) en 2013, dans le cadre du festival d’Automne 2014 Ă  Montreuil et Ă  la Ferme du Buisson… RĂ©cemment, en Barbican Center de Londres, – preuve que la question coloniale et le racisme souterrain continuent d’agir, – septembre 2014-, le spectacle a Ă©tĂ© dĂ©programmĂ© sous la pression d’une partie du public qui s’Ă©tait offusquĂ©e que les spectacles de Brett Bailey s’identifiaient aux “zoos humains” du XIXème siècle… comme on pouvait le lire sous la plume d’un critique anglais. Pourtant quand on connaĂ®t l’oeuvre du Sud-Africain, pas haineux pour un sou, force est de constater son profond humanisme, et sa volontĂ© de dĂ©noncer la haine et le racisme… Aux spectateurs du TAP de Poitiers de juger sur pièces, les 17 et 18 fĂ©vrier prochains.

Opéra
Macbeth de Verdi, adapté par Brett Bailey
Poitiers, TAP. Les 17 et 18 février 2016
Mercredi 17 février 2016, 20h30
Jeudi 18 février 2016, 19h30

musique : Fabrizio Cassol
d’après Macbeth de Verdi
direction : Premil Petrovic

avec Owen Metsileng, Nobulumko Mngxekeza, Otto Maidi et les chanteurs d’opéra Sandile Kamle, Jacqueline Manciya, Monde Masimini, Siphesihle Mdena, Bulelani Madondile, Philisa Sibeko, Thomakazi Holland avec le No Borders Orchestra.
Durée : 1h40

Concert sandwich avec les chanteurs d’opĂ©ra de Macbeth
Airs d’opĂ©ra, lundi 15 fĂ©vrier 2016, 12h30
Entrée libre.

DVD, compte rendu critique. Verdi : Macbeth. Anna Netrebko (DG, 2014)

verdi macbeth anna netrebko rene pape fabio luisi metropolitan opera deutsche grammophon review critique dvd CLASSIQUENEWS presentation and account of review dvd classiquenewsDVD, compte rendu critique. Verdi : Macbeth. Anna Netrebko (DG, 2014). Anna Netrebko incarne une Lady Macbeth très convaincante. Dans son album Deutsche Grammophon Ă©ditĂ© en 2013 (Verdi album), Anna Netrebko chantait les tiraillements amoureux (Leonora) et les ambitions meurtrières (Lady Mabeth) des hĂ©roĂŻnes qu’elle allait ensuite incarner sur scène. Programme prĂ©monitoire en rĂ©alitĂ©, le cd Ă©vĂ©nement faisait donc office de feuille de route pour la cantatrice actrice.  De fait elle a chantĂ© dans la foulĂ©e de cet album important Leonora du Trouvère (Ă  Berlin et Salzbourg), puis Lady Macbeth … Voici la fameuse production shakespearienne captĂ©e en 2014 au Metropolitan Opera de New York. Les grands Ă©vĂ©nements lyriques de la planète savent faire un tapage mĂ©diatique d’autant plus lĂ©gitime quand il s’agit de prises de rĂ´le attendues et rĂ©ussies. Dans le cas de la soprano incandescente Anna Netrebko, contre l’avis de certains qui annonçaient une dĂ©bâcle car elle n’avait pas la voix suffisante, le pari est relevĂ© ; les attentes, couronnĂ©es de dĂ©lices.

SignĂ©e par le britannique Adrian Noble, grand connaisseur du théâtre Ă©lisabethain,  la mise en scène permet surtout de dĂ©couvrir Anna Netrebko en icĂ´ne blonde dĂ©corĂ©e par l’ambition fut-elle  sanguinaire rappellant… en plus calculatrice et plus prĂ©datrice, Marylin Monroe. Verdi souhaitait une cantatrice expressive capable avec le baryton chantant son Ă©poux, de rĂ©ussir et l’amplitude vocale et le sentiment de la ligne sans oublier l’esprit londonien qui inscrit le drame dans un fantastique mĂ©diĂ©val, psychologique et hallucinĂ©, des plus noirs. Le vrai sujet de Macbeth reste la descente aux enfers d’un couple d’ambitieux, prĂŞts Ă  tout y compris au crime en sĂ©rie pour assoir son pouvoir. On retrouve aux cĂ´tĂ©s de la soprano vedette, le tĂ©nor maltais Joseph Calleja (Macduff), la basse RenĂ© Pape (Banco), et le baryton Zeljko Lucie, qui fait un Macbeth transformĂ© peu Ă  peu en criminel fou, sous l’emprise du pouvoir. L’ambition irrationnelle rend fou et criminel.

netrebko anna macbeth classiquenews review account ofDès les premières reprĂ©sentations (mi ocotobre 2014) et malgrĂ© les mises engarde de ses proches, Anna Netrebko s’empare du rĂ´le dont elle exprime toutes les facettes avec cette intelligence Ă©motionnelle qui a fait la rĂ©ussite de ses rĂ´les antĂ©rieurs : Leonora chez Verdi  (princesse amoureuse enivrĂ©e Ă©perdue et finalement sacrifiĂ©e) ou tout autant aboutie avec le diamant complĂ©mentaire de sa langue natale (Iolantha de Tchaikovski : ardente Ă©nergie tournĂ©e vers le miracle d’une rĂ©surrection individuelle ; inspirĂ© par le Moyen âge français, le dernier ouvrage du Russe, trouve en Anna Netrebko une icĂ´ne troublante qui rend palpitant les modalitĂ©s de l’Ă©mancipation d’une jeune fille hors du joug paternel): aucun doute outre la beautĂ© d’une voix corsĂ©e et suprĂŞmement sensuelle, la chanteuse sait aussi construire un personnage sur la durĂ©e, rĂ©vĂ©lant dans leur finesse singulière, chaque portrait de femme, dĂ©voilant une intelligence psychologique qui se rĂ©vèle passionnante au disque comme sur scène. Avec des moyens vocaux moins impressionnants que certaines autres cantatrice familières du personnage verdien, Netrebko Ă©claire  la noirceur de Lady Macbeth avec une Ă©paisseur rare, finement caractĂ©risĂ©e. Sa plasticitĂ© naturelle tend Ă  basculer la rĂ©alisation new yorkaise vers le cinĂ©ma ; mais un format que la rĂ©alisation en dvd ne renforce pas hĂ©las. Pourtant sous l’oeil des camĂ©ras, la formidable photogĂ©nie de l’actrice chanteuse perce l’Ă©cran.

En fosse, Fabio Luisi dĂ©fend avec clartĂ© l’avancĂ©e du drame : un drame qui s’affirme Ă  grands coups de tableaux visuellement mĂ©morables mais qui sacrifient parfois la prĂ©cision et le dĂ©tail des profils et des mouvements (McVicar en cela est plus perfectionniste).

Tout autant convaincants sont ses partenaires hommes, surtour RenĂ© Pape en Banquo et Joseph Calleja en Macduff. Le Macbeth de Zeljko Lucic aux moyens certes Ă©vidents, mais il n’a pas le charme de sa consĹ“ur ni son intelligence ni sa fragilitĂ© Ă©motionnelles dans la caractĂ©risation progressive du caractère ; comme Netrebko, on aurait souhaitĂ© plus d’ambivalence,  plus de trouble plutĂ´t que ce chant uniteinte et monocorde, dĂ©pourvu de toutes les nuances requises. Verdi en shakespearien inspirĂ© a pourtant Ă©crit deux portraits de criminels particulièrement profonds et captivants, les rendant mĂŞme d’une certaine façon sympathiques et touchants par leurs tiraillements incessants, leur sincĂ©ritĂ© noire, leur faiblesse barbare. La production compte dans la carrière de la diva planĂ©taire : la voix fĂ©minine de l’heure comme est incontournable aujourd’hui, le tĂ©nor irrĂ©sistible Jonas Kaufmann (hĂ©las passĂ© de Decca chez Sony).

Prochains grands rĂ´les pour Anna Netrebko : Manon Lescaut de Puccini (Munich, novembre 2015) puis  surtout Elsa, dans Lohengrin de Wagner Ă  Bayreuth (juillet 2016 : mais alors qui sera son chevalier : Klaus Florian Voigt ou justement Jonas Kaufmann, les deux champions actuels de ce rĂ´le idĂ©al ?…

DVD, compte rendu critique. Verdi : Macbeth.  Anna Netrebko · Zeljko Lucic. René Pape · Joseph Calleja. The Metropolitan Opera Orchestra, Chorus and Ballet. Fabio Luisi, direction. Adrian Noble, mise en scène.

VOIR. Bande annonce video Lady Macbeth par Anna Netrebko

 

 

Berlin : Domingo chante son premier Macbeth (février 2015)

domingo placido verdi macbeth staatsoper berlinBerlin, Staatsoper. Domingo chante Macbeth: 7>28 février 2015. Prise de rôle pour Placido Domingo : né en 1941, à 73 ans, le ténor légendaire devenu baryton poursuit dans sa nouvelle tessiture une carrière captivante, avec l’énergie et l’audace d’un jeune premier. De Verdi, il aura tout chanté, d’autant que le théâtre de Shakespeare lui permet toujours de nuancer encore une prise de rôle.  Macbeth est surtout un être qui suit les annonces des trois sorcières comme l’ambition de son épouse, Lady Macbeth : un monstre d’orgueil et d’arrogance comme rarement sur la scène lyrique ; puis, personnage shakespearien, Macbeth parvenu roi doute, s’effondre sous le poids de la culpabilité ; le ténor madrilène apporte l’épaisseur de son expérience : une vérité scénique et une présence émotionnelle naturelle qui font aussi la valeur de ses Simon Boccanegra, Rigoletto, Amonasro, Germont père : autant de rôles de barytons verdiers qui s’offrent ainsi à lui avec une aisance et même une … évidence. On l’a vu encore cet été à Salzbourg dans Le Trouvère qui voyait l’incandescent angélisme de La Netrebko dans le rôle de Leonora : à ses côtés, Domingo faisait un comte de Luna ardent, habité par son désir non partagé, un soupirant encore vert mais écarté : une personnalité bouillonnante. La profondeur de l’acteur, le chant ciselé toujours proche du verbe accomplissent de rôle en rôle une carrière exemplaire. Pour son premier Macbeth à Berlin sous la direction de Daniel Barenboim, Placido Domingo entend éclairer la part humaine de ce bourreau malgré lui : son duo avec Banco (Due vaticini), le cri déchirant du solitaire rongé (Pieta, rispetto) au dernier acte compose une métamorphose progressive qui est une chute et une déchéance bouleversante. A voir et à écouter sur la scène du Staatsoper de Berlin, du 7 au 28 février 2015 (18h,19h30).

A Berlin, aux côtés du premier Macbeth de Domingo, les autres chanteurs promettent tout autant : René Pape (Banquo), Rolando Villazon (Macduff), Liudmyla Monastyrska (Lady Macbeth)… Daniel Barenboim (direction).

Visiter le page dédiée à Macbeth avec Placido Domino sur le site du Sataatsoper de Berlin.

 

 

 

 

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Compte rendu, opéra. Toulon. Opéra, le 25 avril 2014. Verdi : Macbeth. Giuliano Carella, direction.

Passion Verdi sur ArteL’œuvre originelle. Contexte théâtral : théâtre de l’horreur. Tout en s’en dĂ©marquant quelque peu, la tragĂ©die de William Shakespeare (1564-1616), Macbeth (entre 1603 et 1607), demeure, par sa brutalitĂ©, les scènes de meurtre, dans la veine d’un théâtre europĂ©en de l’horreur Ă  cheval sur les XVIe et XVIIe siècles dont, en France, Les Juives de Robert Garnier (1583), par leur violence imprĂ©gnĂ©e de celle des Guerres de religion, demeurent un exemple. Shakespeare, avec son Titus Andronicus (vers 1590/1594), ne dĂ©roge pas Ă  cette inspiration barbare des pièces Ă©lisabĂ©thaines de la fin des annĂ©es 1580, prodigues en scènes atroces (cannibalisme, mutilation, viol, folie). Il y renchĂ©rit mĂŞme sur les Ĺ“uvres plus que violentes de ses rivaux, tels Christopher Marlowe qui porte Ă  la scène avec cruditĂ© la Saint-BarthĂ©lemy (Massacre de Paris, 1593) et la cuve d’huile bouillante son Juif de Malte (1589) ou Thomas Kyd et sa TragĂ©die espagnole. Macbeth fut le plus grand succès public de Shakespeare, longtemps rejouĂ©e, traduite en allemand par des compagnies itinĂ©rantes. Mais ce mĂ©lange d’horreur et de pathĂ©tique, dĂ©rogeant aux règles de la biensĂ©ance classique, la pièce sera relĂ©guĂ©e après avoir rĂ©galĂ© le grand public.
Le dramaturge anglais s’inspire librement d’une chronique médiévale relatant des événements historiques, la vie de Macbeth, roi des Pictes, qui régna en Écosse de 1040 à 1057 ; il monte sur le trône en assassinant Duncan, le roi légitime. Mais de cet événement, un régicide, le meurtre d’un roi, somme toute banal dans l’histoire, Shakespeare tire la peinture, le portrait d’un assassin ambitieux certes, mais timoré, freiné puis tourmenté par des scrupules moraux. Cependant, il est incité par sa machiavélique femme, Lady Macbeth, qui le pousse dans la marche au pouvoir qui ne se soutient que par l’enchaînement inexorable de crime en crime. Le couple maudit, rongé par la crainte d’être découvert et le remords, acculé à la surenchère criminelle pour se maintenir au sommet de la puissance, dans son escalade criminelle, trouve son expiation, son châtiment, lui, saisi d’abord d’hallucinations croyant voir même dans un banquet, au milieu des courtisans, le fantôme de Banco, l’ami qu’il a fait assassiner, elle, Lady Macbeth, son âme damnée, sombrant dans le somnambulisme qui la trahit, dans la folie, lavant sans cesse des mains tachées du sang du régicide.
Shakespeare ajoute au drame historique une dimension surnaturelle : ce sont des sorcières, qui, après une glorieuse bataille, saluant Macbeth, seigneur de Glamis, du titre de seigneur de Cawdor, seront les agents de sa fulgurante ascension politique et de sa chute. En prophétisant ce titre inattendu de seigneur de Cawdor, que lui décerne sur le champ le roi Duncan pour prix de sa victoire sur les Norvégiens envahisseurs, et en lui prédisant qu’il sera également roi d’Écosse, les sorcières enclenchent la mécanique de l’ambition, qui déclenche la tragédie. Elles sont peut-être la manifestation de son inconscient. À son ami, l’autre général, Banquo, elles prédisent également que, sans régner lui-même, il sera l’origine d’une lignée de roi. Quoiqu’il en soit, Macbeth écrit ces prédictions à sa femme et met en route en elle l’ambition fatale qui les perdra tous deux.

RĂ©alisation
L’opéra de Toulon présentait la magnifique production venue de Bordeaux et de Lorraine de l’opéra Macbeth de Verdi (1813-1901) sur un livret de Francesco Maria Piave (1810-1876). Première représentation eut lieu avec un grand succès à Florence en 1847. En 1865, Verdi remania son œuvre pour la version française de Paris, qui, retraduite en italien, s’imposa dans le monde.
On saluera d’entrée la mise en scène efficace et effectiste de Jean-Louis Martinoty qui rend à cette œuvre, parfois édulcorée, toute la violence visuelle à la fois de la pièce de Shakespeare et de l’opéra de Verdi dont on connaît le soin maniaque, tout moderne, qu’il portait à la réalisation théâtrale : d’un si grand mélodiste et musicien, on peut s’étonner du primat qu’il donnait à l’action scénique sur la musique. Par souci de théâtralité, il voulait une Lady Macbeth à la voix laide mais expressive et l’on sait, de son propre aveu, que Maria Callas dut son premier rôle à la Scala grâce à Toscanini qui voulait, pour ce rôle, une soprano au timbre ingrat selon le vœu du compositeur. Ainsi, rien n’est déguisé de l’horreur des crimes, du massacre même des enfants de Macduff mais poétisé par un expressionnisme impressionnant et l’estompe onirique des lumières obscures, à peine livides parfois, de François Thouret, qui font hésiter, comme dans un rêve entre veille et sommeil, de la réalité de ce que nous entrevoyons plus que nous ne voyons : des images mentales d’un chaotique cauchemar impossible à quitter.
Ce décor de Bernard Arnould, autant que les personnages, enferme le spectateur dans ce confus et pourtant géométrique dédale, une minérale et angoissante forêt de colonnes rigides mais toujours mouvantes, aux pâles reflets de miroirs, où toute action, où tout groupe se démultiplie, telles les sorcières, omniprésentes, instigatrices et spectatrices du drame, vagues nonnes blanches de face, images de la mort de dos, revers devenant avers dans le miroir, dans un univers baroque à l’envers comme l’arbre humain pendant des cintres, où tout est réversible, le vrai et le faux, où la vérité est le plus grand des mensonges. Les vidéos Gilles Papain, celle de Jacques Brissot de la confuse bataille, le magmas glapissant des sorcières, l’amas de corps désarticulés des morbides poupées de Bellmer, comme issu d’un charnier concentrationnaire dont notre temps est prodigue, tissent, entassent un grouillement fantasmagorique grandguignolesque, gore et mandragore maléfique pesant du ciel comme une épée de Damoclès : résidus fatal de la scène sanglante. Dans cette pénombre des consciences rayées par les éclairs obscurs des miroirs pivotants, les costumes somptueux de Daniel Ogier, rouge foncé, aux éclats satinés d’acier et de bronze, semblent les sombres et vains vêtements évanouis d’un funèbres carnaval. Le bliaut, le fourreau de Lady Macbeth est d’un vert acide vénéneux pour la reine venimeuse, déteignant sur d’autres.
Les rideaux de scène projetés de Ronan Barrot sont beaux mais d’une esthétique coloriste tendant vers l’abstrait, où l’on devine, parfois, des ombres goyesques car l’œil, pour bien les percevoir, est trop sollicité par le clair-obscur des citations en anglais, puis en français, de quelques sentences de la pièce : « Ce qui est fait est fait et ne peut être défait » de Lady Macbeth et, de sopn royal et régicide époux : «  [La vie] est un récit conté par un idiot, plein de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien. »

Interprétation
Pas une faiblesse à déplorer dans, ni dans la fosse ni dans ce plateau homogène. Des chœurs très engagés, maîtrisés par Christophe Bernollin, des comparses bien en place, des rôles épisodiques bien choisis, Aurélie Ligerot en dame d’honneur qu’on aimerait réentendre, Antoine Abello, bon soliste et choriste.
Dans cet opéra qui rompt avec la convention de son temps, avec un rôle muet, le roi Duncan, pas d’histoire d’amour entre soprano et ténor, mais pacte haineux de mort entre les deux maléfiques héros, elle soprano dramatique d’agilité, lui baryton Verdi, voix corsées et sombres. À leur noirceur s’ajoute celle, vocale de Banco, la basse géorgienne Mikhail Kolelishvili, profonde et immense voix  dont on craint un peu, au début l’instabilité slave de la ligne mais qui, dans son air avant son assassinat, plein de tendresse angoissée pour son fils et de sombres pressentiments, il est impressionnant dans des graves nourris et un mi aigu pleinfort sans perte de couleur.
Cependant, deux voix claires masculines illuminent la partition, essentiellement au dernier acte, comme un horizon qui s’éclaire dans l’éclair de la douleur pour Macduff dont la femme et les enfants ont été assassinés, interprété avec une vérité et une force touchantes par le ténor russe Roman Shulackoff, et dans le ciel dégagé de Malcolm, qui regagnera le trône d’Écosse de son père, chanté par l’Italien lumineux Giorgio Trucco.
Le couple maudit est formé de deux chanteurs de trempe exceptionnelle eu égard à ce qu’exige d’eux Verdi. Notamment pour sa Lady Macbeth, à laquelle il impose une tessiture infernale du si grave au ré bémol aigu avec un médium corsé, dramatique, et l’obligation de coloratures agiles, notamment dans la scène du banquet. La soprano suédoise Ingela Brimberg n’est certes pas une voix méditerranéenne mais, si la musique de Verdi l’est assurément, son héroïne, écossaise, ne l’est pas et l’on sait que le compositeur était davantage attaché à la crédibilité de ses personnages, à l’émotion du rôle qu’ils dégageaient qu’à la simple beauté de l’émission vocale. En cela, cette grande artiste se tire avec honneur de cette partition terrible, passant avec aisance et puissance du grave aux aigus enchaînés en sauts périlleux (où l’on peut encore voir filmés les ratages sublimes de Callas qui affrontait sans tricher cette tessiture diabolique). Physiquement, elle a de l’allure, une belle figure, un jeu crédible, elle est émouvante même de l’arrogante voracité de sa première apparition en rousse qui sent le roussi, à la dégradation progressive, cheveux courts et noirs, implacable, écharpe et gant rouges du sang versé, puis cette somnambule hagarde regardant ses mains, pitoyable, aux longs cheveux gris : subtile marque du passage du temps, de la chronologie, par le corps de la femme.
À ses côtés, avec une voix sonore, chaude, large, égale sur toute le tessiture, d’une rondeur humaine prête à arrondir tous les angles, le Macbeth de Giovanni Meoni, velléitaire sinon veule, sans avoir la grandeur farouche de sa femme, a la dimension tragique su criminel d’emblée conscient de son crime. Il murmure ses scrupules, ses craintes, de façon très dramatique, avec une vocalité d’une conduite exemplaire tant dans la force brutale que dans la confidence finalement humaine.
À la tête de l’Orchestre et Chœur de l’Opéra de Toulon, son chef et directeur Giuliano Carella, comme chez lui, joue à plein des contrastes et des couleurs de cette partition : des murmures aux flots déchaînés d’une musique expressive, oppressante dans les scènes intimistes, déchaînée dans le bruit et la fureur qui, ici, font sens.
À quelques broutilles près d’un soir de première, une réussite à la hauteur de Shakespeare et Verdi.

Macbeth, de G. Verdi. Livret de Francesco Maria Piave d’après la tragédie de Shakespeare. Opéra de Toulon, 25, 27 et 29 avril, Coproduction de l’Opéra National de Bordeaux et de l’Opéra National de Lorraine. Orchestre et Chœur de l’Opéra de Toulon. Direction musicale : Giuliano Carella. Mise en scène : Jean-Louis Martinoty. Décors : Bernard Arnould. Costumes : Daniel Ogier. Lumières François Thouret.Vidéos : Gilles Papain.
Distribution : Lady Macbeth : Ingela Brimberg ; Macbeth : Giovanni Meoni ; Banco : Mikhail Kolelishvili ; Une dame d’honneur Aurélie Ligerot ; Macduff : Roman Shulackoff ; Malcolm : Giorgio Trucco.

Tours. Grand Théâtre OpĂ©ra, le 11 mai 2012. Verdi: Macbeth. Avec Enrico Marrucci, … Choeurs de l’OpĂ©ra de Tours, Orchestre symphonique RĂ©gion Centre Tours. Jean-Yves Ossonce, direction. Gilles Bouillon, mise enscène

“Laide”,”mĂ©chante”, avec une voix “âpre”, “voilĂ©e”, “sombre”, “diabolique”... Quand Verdi Ă©voque ce que doit ĂŞtre le personnage de Lady Macbeth (fameuse lettre Ă©crite Ă  Paris en novembre 1848 Ă  l’adresse de Salvatore Cammarano, quand la cantatrice trop angĂ©lique Mademoiselle Tadolini reprend le rĂ´le), le compositeur insiste sur le caractère théâtral de l’opĂ©ra, soulignant dans ce sens les deux scènes capitales dans le dĂ©roulement de l’action, le grand duo de Macbeth et de son Ă©pouse au II, puis la scène de somnambulisme de Lady Macbeth, qui doivent ĂŞtre jouĂ©es et dĂ©clamĂ©es, en rien chantĂ©es… C’est Ă  ce jeu scĂ©nique particulier que l’opĂ©ra verdien captive depuis don dĂ©but, s’inscrit idĂ©alement dans l’univers dont il prolonge la couleur fantastique et tragique: le drame shakespearien.

La production tourangelle rĂ©ussit tout cela, avec une force et une cohĂ©rence…
exceptionnelles. Qui en font l’un des meilleurs spectacles vus au Grand théâtre OpĂ©ra de Tours. La vision du metteur en scène local, 
Gilles Bouillon (directeur du Centre dramatique rĂ©gional de Tours) y aide grandement: sans dilution dĂ©corative sans surexplication codĂ©e lourde mais avec un rare sens de l’efficacitĂ© scĂ©nique; les solos de Macbeth et de son Ă©pouse, ceux pĂ©riphĂ©riques de Banco puis Macduff, les duos hallucinĂ©s, les scènes collectives comme le banquet qui ferme le II, avec l’exposition de Duncan mort assassiné… s’imposent en clartĂ© terrible, en expression hĂ©roĂŻque, en nuance de l’inĂ©luctable et du sublime tragique; ici chaque option scĂ©nique, chaque mouvement des acteurs et du choeur (un choeur magnifiques en chanteurs parfaitement impliquĂ©s!) Ă©clairent les nĹ“uds de l’action; en particulier la relation du roi d’Ecosse Macbeth avec les sorcières; de mĂŞme, l’obsession du roi criminel et usurpateur dĂ©vorĂ© par son impuissance foncière: ne pas avoir de fils donc de descendance (ceci nous vaut un tableau fantastique et hĂ©roĂŻque oĂą alors qu’il a tuĂ© le père : Banco, Macbeth en un dĂ©lire hallucinĂ© voit chacun de ses 5 enfants rĂ©gner en … souverains lĂ©gitimes. Tableau fort et puissant qui rĂ©tablit avec quel Ă  propos ces tĂ©nèbres permanents qui dĂ©vorent un Macbeth de plus en plus Ă©branlĂ© et dĂ©truit.


L’impuissance suprĂŞme
L’unitĂ© et la cohĂ©rence visuelles de la production renforcent davantage cette singulière descente aux enfers ; et l’on comprend dès lors toute la justesse de la vision de Gilles Bouillon qui en homme de théâtre, maĂ®tre de sa vision, dĂ©fend un point de vue passionnant; quoi de plus insupportable et de plus honteux pour un homme rongĂ© par l’ambition et le pouvoir, – en cela poussĂ© jusqu’Ă  l’extrĂŞme par son Ă©pouse dĂ©moniaque comme il a Ă©tĂ© dit par Verdi soi-”mĂŞme,- de ne pas avoir d’enfants? Impuissance suprĂŞme et jamais dite explicitement mais qui scelle bel et bien la crise spirituelle d’un homme maudit/foudroyĂ© dans sa destinĂ©e.
A l’intelligence de la mise en scène rĂ©pond la cohĂ©rence du plateau vocal, en particulier chez les hommes: grâce Ă  une projection naturelle et fluide, une intonation franche et sans affectation, en cela idĂ©alement proche du texte, le Macbeth d’Enrico Marrucci convainc et captive.
Le baryton italo-amĂ©ricain dĂ©ploie une aisance scĂ©nique assez exceptionnelle; son jeu Ă©conome, superbement simple rĂ©tablit l’essence du rĂ´le qui est une figure surtout théâtrale, avant d’ĂŞtre vocale: il incarne cette Ă©vidence dramatique que Verdi Ă©voque dans ses lettres; le travail de l’acteur est exemplaire; son italien dĂ©clamĂ© avec nuances et virilitĂ©, est articulĂ© dans de somptueuses couleurs toujours justes et musicales. L’arrogance, la fiertĂ© puis les doutes et la folie hullulĂ©e : le chanteur Ă©claire tout ce qu’Ă  de terriblement humain, la figure du roi criminel et maudit, grâce Ă  un style tout en finesse; Jean Teitgen est un Banco puissant et mâle dont l’autoritĂ© rend tout leur poids Ă  son air avec son fils ; puis Ă  son apparition comme spectre titillant l’esprit dĂ©jĂ  dĂ©rangĂ© de Macbeth au banquet du II; puis, quel luxe d’écouter le timbre clair et vaillant de Luca Lombardo (chanteur familier de la scène tourangelle) en Macduff … pour le seul vĂ©ritable grand air de tĂ©nor de tout l’opĂ©ra: un air endeuillĂ© (l’Ă©poux et le père pleurent leurs proches massacrĂ©s par le couple Macbeth), et fougueux appelant et avec quel aplomb le peuple Ă©cossais Ă  la rĂ©volte!
Les chĹ“urs sont fabuleux, eux aussi en prĂ©sence et jeu scĂ©nique; du reste tous les finaux sont saisissants de vĂ©ritĂ© et de justesse. Les sorcières s’affirment visuellement ; leur apparition rĂ©currente au dĂ©but du I puis du III pour activitĂ© la machination criminelle des Macbeth, offre des tableaux graphiquement rĂ©ussis oĂą les couleurs, les costumes, dans cette boite fermĂ©e et sombre citent l’enfermement, l’inĂ©luctable, la course Ă  l’abĂ®me … La rouille qui ronge tout le dĂ©cor dit aussi cette dĂ©gradation gĂ©nĂ©rale (très belle rĂ©alisation de la dĂ©coratrice Nathalie Holt… qui n’en est pas a son premier travail avec Gilles Bouillon). Reste la Lady Macbeth de Jana Dolezilkova: si la voix n’a ni la puissance imprĂ©catrice du rĂ´le ni le soutien dans les aigus, le chant s’accorde en fusion chambriste, avec son partenaire, avec l’orchestre: son mĂ©dium est souple, riche, onctueux; son air de somnambulisme est stylistiquement irrĂ©prochable, vocalement tendu et habitĂ©; il offre avec le Macbeth d’Enrico Marrucci, un portrait bouleversant de barbarie coupable et finalement bouleversante

Dans la fosse, Jean-Yves Ossonce montre une passion verdienne exemplaire, sachant enflammer les chĹ“urs comme ciseler en couleurs chambristes chaque scène oĂą le couple Macbeth exprime la passion sanguinaire, l’ambition politique, la solitude crĂ©pusculaire qui les rongent peu Ă  peu. Les nuances dĂ©fendues par la direction respectent idĂ©alement ce théâtre millimĂ©trĂ© oĂą chaque accent, chaque inflexion restituĂ©e produit un miracle de dramatisme musical.

 

Tours. Grand Théâtre OpĂ©ra, le 11 mai 2012. Verdi: Macbeth, version 1865. Avec Enrico Marrucci, … Choeurs de l’OpĂ©ra de Tours, Orchestre symphonique RĂ©gion Centre Tours. Jean-Yves Ossonce, direction. Gilles Bouillon, mise en scène. Illustration: Macbeth et Lady Macbeth: Enrico Marrucci, Jana Dolezilkova © F.Berthon.

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En mai 2012, pour 3 dates, l’OpĂ©ra de Tours et Jean-Yves Ossonce, son directeur, prĂ©sente un nouveau Macbeth, d’autant plus prometteur qu’il sollicite la vision du metteur en scène Gilles Bouillon… Production Ă©vĂ©nement: 3 dates incontournables, les 11, 13 et 15 mai 2012.