CD, coffret événement, annonce. BERLIOZ ODYSSEY : LSO / The complete Sir COlin Davis recordings (15 cd LSO, 2000-2013)

berlioz-ODYSSEY-box-set-10-CD-critique-cd-review-cd-CLIC-de-CLASSIQUENEWS-2019-dossier-BERLIOZ-150-ans-classiquenewsCD, coffret événement, annonce. BERLIOZ ODYSSEY : LSO / The complete Sir COlin Davis recordings (15 cd LSO, 2000-2013). Berliozien, Sir Colin Davis l’est avant tout autre. Et bien avant les français, tant le chef britannique a démontré non sans argument sa passion pour la musique romantique française, exploitant toutes les ressources du LSO LONDON SYMPHONY ORCHESTRA, orchestre chatoyant et dramatique, d’une rare efficacité et plus encore, à la fois élégant et nerveux, dans les pages les plus méritantes de notre Hector national… si peu compris, et évalué à sa juste mesure par ses compatriotes qui encore en 2019, continueront de le bouder : un musicien humainement détestable et jamais content, à l’aune du compositeur, plus spectaculaire que poète. Le désaccord entre notre pays et Berlioz ne date pas d’hier et se poursuit. On veillera à suivre les célébrations de l’année BERLIOZ 2019.

Or à BERLIOZ revient le mérite après Rameau, avant Debussy et Ravel, de réinventer l’orchestre français, doué d’une sensibilité inouïe pour la couleur, le timbre, l’orchestration. DAVIS nous indique tout cela, grâce à une baguette infiniment ardente, articulée, détaillée… amoureuse de la couleur berliozienne. Voilà qui avant l’année 2019, nous comble déjà. Le disque satisfait notre attente, car avouons le, nous n’attendons rien de l’année Berlioz à venir. A voir.
Le coffret BERLIOZ 2019 édité par le LSO dès ce mois de décembre, ouvre officiellement l’année BERLIOZ 2019, celle des 150 ans de la mort (1869), composant à partir des enregistrements de Colin Davis et du LSO, une somme discographique incontestable. Certes, les chanteurs maîtrisent diversement l’éloquence et l’articulation française… mias souvent la justesse du style, de l’intonation, le caractère… sont majoritairement respectés, voire sublimés.
Le coffret de 15 cd comprend les enregistrements live réalisés au Barbican Center par le LSO et Colin Davis, bon nombre en 2000 (Symphonie Fantastique, La Damnation de Faust, Les Troyens, Béatrice et Bénédicte, …) puis 2003 (Harold en Italie), 2006 (L’Enfance du Christ), 2007 (Benvenuto Cellini), 2012 (Requiem)…jusqu’à novembre 2013 (Roméo et Juliette).

CLIC D'OR macaron 200Parmi les réussites (nombreuses) de ce coffret événement, distinguons netre autres, la Juliette d’Olga Borodina (pour son timbre velouté, sensuel si soyeux – mais au français bien perfectible) ; L’enfance du Christ pour le trio vocal réuni en décembre 2006 (Yann Beuron / Le Narrateur ; Kenneth Tarver / Joseph – Susan Gritton / Marie) ; le sublime Requiem de 2012 (enregistré en la Cathédrale Saint-Paul, avec Barry Banks, en ténor illuminé pour le Sanctus)…
Pour le reste, toutes les réalisations ont en partage cette élégance racée, nerveuse qui fait la spécificité anglaise de l’approche Davis. Coffret événement. CLIC de CLASSIQUENEWS de novembre 2018, donc cadeau idéal pour NOËL 2018.

CD, compte rendu critique. Rachmaninov : Symphonie n°3. Valery Gergiev, novembre 2014 (1 cd LSO Live)

LSO rachmaninov symphony n3 balakirev russia cd valery gergiev cd review critique cd compte rendu classiquenews novembre 2015CD, compte rendu critique. Rachmaninov : Symphonie n°3. Valery Gergiev, novembre 2014 (1 cd LSO Live). L’opus 44 de Rachmaninov en la mineur accuse et la présence occidentale dans l’oeuvre du symphonisme, le plus ardent parmi les créateurs russes après Tchaikovski, défendant toujours une active énergie de la nostalgie dans un langage flamboyant qui l’affirme comme un immense créateur pour l’orchestre. La Symphonie n°3 combine idéalement tentation panique du repli mélancolique, voire dépressif, et esprit de conquête intérieur sur des démons personnels. Gergiev comprend parfaitement cette ambiguité inhérente à la sensibilité d’un Rachmaninov tiraillé : pulsion de vie et effondrement amer… Ecrite en 1936 aux USA, créée en novembre 1936, sous la direction de Leopold Stokowski à Philadelphie, la 3ème clame ses humeurs sombres, âpres, toujours suractive. Rachmaninov le déraciné, fait chanter avec force (particulièrement l’allegro moderato du premier mouvement) son amour pour sa patrie avec une intensité rare qui renoue avec la partition purement instrumentale antérieure (L’ÃŽle des morts de 1909), avant la grand Å“uvre des Danses Symphoniques de 1940.

Le raffinement de l’orchestration, incises trépidantes et toujours très actives des cordes, cors majestueux, flûtes et hautbois dansants et insinueux, scintille avec mesure sous la baguette d’un Gergiev très scrupuleux, toujours parfaitement allant et précisément dramatique. L’Adagio exprime une douceur attendrie recueillie qui se recentre dans le chant du violon solo, avec des couleurs et accents typiquement américains (sentimentalisme… que Gergiev sait tempérer en russe qu’il est, évitant le pathos démonstratif et appuyé dans lequel trop de chefs s’embourbe).

Dans le dernier mouvement, vif, dont l’énergie chorégraphique éperdue et conquérante rappelle Borodine, Gergiev se montre très attentif à mille nuances qui écarte à qui sait les percevoir, l’étoffe du clinquant Rachmaninov de la pleine maturité américaine, d’une démonstration hollywoodienne. La mise en place très précise des pupitres (déjà parfaite dans l’intervention du contrebasson et du célesta dans le second mouvement, produit les mêmes bénéfices : Rachmaninov y semble parcourir et fouiller toutes ses émotions les plus ténues, recomposant sa propre légende personnelle avec une finesse instrumentale et une cohérence dans son déroulement qui souligne la sincérité de la construction. La pâte du LSO London Symphony Orchestra évite toute lourdeur, révélant une superbe finesse instrumentale, une sensualité ardente et souple (6’27 du 3ème mouvement) tout en marquant chaque jalon de la formidable énergie finale. Tout cela va dans le sens d’une caractérisation scintillante de l’écriture instrumentale, moins, et c’est une tendance légitime et juste, vers une approche contrastée par masses. De sorte que malgré les soubresauts rythmiques, Gergiev fait souffler une langueur noble et simplement chantante, magistralement nostalgique. En définitive, ne voudrait-il pas nous confirmer ce qui demeure le caractère le plus emblématique de Rachmaninov, son romantisme éperdu, viscéral, jusqu’au boutiste qui en fait le dernier des grands symphonistes russes tendances classiques, aux côtés des Stravinsky, Prokofiev, Chostakovitch, eux aussi bien trempés mais plus perméables à la modernité musicale.

Gergiev valery LSO maestro chef d orchestreLe patriote Balakirev exprime une passion explicite pour la Russie historique et éternelle dont Russia manifeste clairement l’orgueil, une certaine fierté enivrée. Le pilier du Groupe des Cinq y évoque l’histoire russe à travers les 3 volets représentatifs : paganisme, gouvernements populaires, empire moscovite, chacune correspondant à une mélodie populaire spécifique. Créée à Saint-Pétersbourg en 1864, révisée en 1887, la partition offre un véritable condensé d’inspiration russe noble, très inspirée par le folklore populaire. Malgré la grandeur épique, le chef sait construire l’ouverture sur l’intériorité, la suggestion, le raffinement là encore d’une orchestration fine et qui conclue la pièce dans un murmure. Une élégance rare, une subtilité de ton font toute la saveur de cette approche qui respire et s’enflamme sans contraintes ni effets superfétatoires. En somme, un chant musical qui sous la baguette du chef s’écoule et se déploie comme une seconde langue.

CD, compte rendu critique. Rachmaninov (1873-1943) : Symphonie n°3 opus 44, 1935-1936. Mily Balakirev (1837-1910) : Russia, seconde ouverture d’après 3 thèmes populaires russes, 1864, révision de 1907. LSO Londons SYmphony Orchestra. Valery Gergiev, direction.  Enregistrement réalisé au Barbican Center de Londre en novembre 2014. 1 cd LSO Live.

CD, compte rendu. Scriabine : Le Poème de l’extase (Valery Gergiev. 1 cd LSO Live 2014)

Gergiev dirigeantCD, compte rendu. Scriabine : Symphonies 2 (Le Divin Poème) et 3 (Le Poème de l’extase). London Symphony Orchestra. Valery Gergiev. Enregistrement réalisé à Londres en mars et avril 2014. 1 cd LSO Live. Parfaitement structurée tel un vaste triptyque au souffle messianique, aux visions extatiques, le Divin Poème qui est la Symphonie n°2 de Scriabine doit sa séduction à l’étoffe riche, flamboyante, parfois péremptoire ou pompeuse (mouvements 1 et 3, respectivement intitulés “Lento-luttes” et “Jeu Divin”), mais d’une orchestration scintillante qui s’impose dans l’admirable second mouvement (“Voluptés”) aux langueurs vénéneuses idéalement équilibrées grâce à une sensibilité pour la couleur et le chromatisme d’une activité saisissante.

 

 

 

Divine extase, scintillante volupté

 

 

SCRIABINE---valery-gergiev-LSO-live-cd-review-critique-cd-compte-rendu-valery-gergiev-classiquenews-novembre-2015

 
 
CLIC D'OR macaron 200L’Opus 43 composé entre 1902 et 1904 déploie sa parure envoûtante qui combine mysticisme et sensualité en une totalité enivrante que Gerviev a parfaitement mesuré, il sait la colorer et l’habiter d’une réelle puissance organique. Son travail dans l’opulent et le charnel trouve un prolongement supérieur encore avec la Symphonie n°3 “Poème de l’extase” (opus 54 de 1908), où aux accents sardoniques et grimaçants (poison irrésistible des cuivres) répondent à l’ivresse extatique des cordes conduites par les trombones et les cors d’une lascivité croissante de plus en plus éloquente. Il semble ainsi qu’au parfait milieu de la partition de presque 21mn ici, – soit à 11mn, le parfum de l’abandon total (qui associe violon solo et harpe) se dévoile presque impudiquement (mais sans excès), explicitement mais avec une finesse sonore et une transparence de timbres que la prise magnifie encore (prise SACD idéalement maîtrisée et porteuse d’un superbe sens du détail). La réussite de Gergiev est totale et magicienne, sachant révéler ce que peu de chefs savent exprimer, au delà de l’incandescence orchestrale, la pudeur (flûte) qui suspend son vol et paraît dans un pépiement d’instruments embrasés (13mn) avant que l’ombre et la morsure là encore parfaitement calibrés des cuivres n’emportent le tout en une série de transes et de spasmes à l’irréversible ravissement (14mn14). Musique orgiaque mais chant de révélation.

scriabine_alexandre--centenaire-1915-2015Soucieux de transparence comme de clarté et de scintillement, Gergiev exprime l’intense volupté du Scriabine autant sensuel que mystique qui réalise dans sa 3ème Symphonie, conçue comme un tout ininterrompu de moins de 21 mn, la forme d’un envoûtement croissant. Complice et pilote poète des instrumentistes du London Symphony Orchestra LSO, Valery Gergiev signe un disque enchanteur, un sublime hommage à Scriabine, poète lui-même des univers invisibles et éthérés d’un mysticisme qui se révèle dans une forme riche et vénéneuse portée à incandescence. Le geste suit un itinéraire clairement jalonné, où chaque séquence est un point d’accomplissement progressif. Sublime réalisation, de surcroît enregistrée en live, au Barbican Center de Londres en mars et avril 2014. Logiquement CLIC de CLASSIQUENEWS de novembre 2015 et une nouveauté opportune en cette année 2015, qui marque le centenaire de la mort d’Alexandre Scriabine (1872-1915). LIRE aussi notre dossier spécial Alexandre Scriabine, centenaire 1915 – 2015

 

 

 

CD, compte rendu. Scriabine : Symphonies 2 (Le Divin Poème) et 3 (Le Poème de l’extase). London Symphony Orchestra. Valery Gergiev. Enregistrement réalisé à Londres en mars et avril 2014. 1 cd LSO Live (SACD). 1h04mn.