CD. Compte rendu critique. Verdi : Requiem (Lorin Maazel,février 2014, 1 cd Sony classical)

Maazel verdi messa da requiem 1 cd classical sonyCLIC D'OR macaron 200CD. Compte rendu critique. Verdi : Requiem (Lorin Maazel,fĂ©vrier 2014, 1 cd Sony classical). L’adage veut que parvenus au soir de leur carrière, les artistes offrent le meilleur d’eux-mĂŞmes, faisant surgir un je ne sais quoi de sublime et de supĂ©rieur sans forcer leur nature. Ce disque comme le dernier Abbado (9ème Symphonie de Bruckner, DG) ne dĂ©roge pas Ă  la règle. Le Maazel de Munich vaut bien l’Ababdo de Lucerne… des prophètes qui semblent nous parler depuis l’autre monde. Heureuse fin, bouleversante et d’une gravitĂ© qui suscite l’admiration. EnregistrĂ© en fĂ©vrier 2014 soit quelques mois avant sa disparition (juillet 2014 Ă  84 ans), ce Requiem verdien peut ĂŞtre vĂ©cu comme le chant du cygne du chef Lorin Maazel. De fait Ă  Munich, le maestro exprime avec les qualitĂ©s que nous lui connaissons l’ample ferveur incarnĂ©e si dramatique de la Messe des morts de Giuseppe Verdi. Nous sommes bel et bien Ă  l’opĂ©ra ici, tant la violence juste des chĹ“urs (superbes vagues chorales des basses surtout), l’engagement des solistes, l’orchestre très expressif et souple Ă  la fois (cuivres flamboyantes et mordantes) tissent une lecture vive, parfois attendrie donc intĂ©rieure, Ă  mille lieues de bien des approches plus pĂ©remptoires et purement dĂ©monstratives. Le chef n’oublie pas le sens du recueillement, le souffle des tĂ©moignages en particulier dans le Recordare, suite d’interventions pour les quatre solistes : le tĂ©nor corĂ©en seul montre d’abord d’Ă©videntes faiblesses dans la tenue de la ligne, avec une propension malgrĂ© la beautĂ© du timbre Ă  surjouer et en faire trop. Heureusement, il se reprend en cours de flux, s’accordant progressivement Ă  la ligne d’humilitĂ© de ses partenaires. L’unitĂ© de ton entre les solistes est donc Ă  souligner grâce Ă  la baguette scrupuleuse du chef.

 

 

 

En fĂ©vrier 2014, Lorin Maazel enregistre Ă  Munich le Requiem de Verdi, avant de dĂ©cĂ©der 5 mois plus tard…

Testament spirituel de Maazel

 

 

maazel-lorin-582-594-maestro-verdi-messa-da-requiem-sony-classical-clic-de-classiquenews-avril-2015L’Offertoire qui ouvre le cd 2 saisit par son introspection tendre, presque innocente : Hostias remarquablement tenu et d’une douceur surprenante. La basse (Georg Zeppenfeld) comme l’alto (Daniela Barcellona) sont irrĂ©prochables : exaltĂ©s, vivants, humains avec humilitĂ©. Idem pour Le lux aeternam : autre moment d’effusion dans la communion. Le ton est constamment justes. Le soprano parfois vibrĂ© et instable d’Anja Harteros, malgrĂ© elle aussi la distinction du timbre, faiblit en cours de cycle mais dans le cd 2 rĂ©vèle ses qualitĂ©s expressives en particulier dans le Libera me final, vraie confession panique d’une âme pĂŞcheresse en quĂŞte de salut comme de paix : comment ne pas penser ici Ă  la Desdemona d’Otello, et aussi dans sa prière exacerbĂ©e enivrĂ©e Ă  la Tosca de Puccini. De toute Ă©vidence, avec son nez lĂ©gendaire, au dĂ©part, Maazel rĂ©unit de très solides solistes. L’ultime section Ă  l’Ă©noncĂ© du Requiem par la soprano atteint une puretĂ© d’intention rĂ©ellement jubilatoire, d’autant que les chĹ“urs sont prĂ©sents, murmurĂ©s, palpitants eux aussi (superbe prise de son spacialisĂ©e).
En maĂ®tre lyrique incontestĂ©, Maazel mène ses troupes avec une tension somptueuse, soulignant les arĂŞtes vives d’essence opĂ©ratiques de la partition. Les passages et les transitions sont ciselĂ©es dans le sens de l’intĂ©rioritĂ© suave. Cet hĂ©donisme qui puise ses racines dans l’opĂ©ra ravira les amateurs du Verdi opĂ©ratique, de fait si prĂ©sent dans son Requiem : les puristes pour des voix plus angĂ©liques moins Ă©paisses maintiendront d’Ă©videntes rĂ©serves. Pourtant la cohĂ©rence du style, l’Ă©quilibre de l’intention sans dĂ©bordement composent une lecture prenante, dĂ©veloppe un juste accord entre expressivitĂ© et ferveur. VoilĂ  qui laisse un tĂ©moignage plutĂ´t convaincant s’agissant du dernier Maazel. Par sa sincĂ©ritĂ© rayonnante qui s’affirme peu Ă  peu la Missa da Requiem du dernier Maazel mĂ©rite le meilleur accueil, c’est donc un CLIC de classiquenews d’avril 2015. In memoriam maestro.

 

 

Maazel verdi messa da requiem 1 cd classical sonyVerdi : Messa da Requiem. Anja Harteros, Daniela Barcellona, Wookyung Kim, Georg Zeppenfeld. Münchner Philharmoniker. Philharmonischer Chor München. Lorin Maazel, direction. Enregsitrement réalisé à Munich en février 2014. 1 cd Sony classical

 

 

CD. Coffret Lorin Maazel : the complete early recordings on Deutsche Grammophon (18 cd Deutsche Grammophon)

maazel-lorin-complete-early-recordings-for-deutsche-grammophon-18-cd-deutsche-grammophon-box-coffret-compte-rendu-critique-classiquenewsCD. Coffret Lorin Maazel : the complete early recordings on Deutsche Grammophon (18 cd Deutsche Grammophon). Et de deux ! DĂ©cĂ©dĂ© en juillet 2014, le chef amĂ©ricain Lorin Maazel est le sujet d’un dĂ©jĂ  2ème coffret, preuve de son appĂ©tit discographique. Le premier coffret Decca regroupait tous ses enregistrements comme directeur musical du Cleveland Symphony orchestra soit pendant une dĂ©cennie de 1972 Ă  1982 (nommĂ© Ă  la mort de George Szell). Voici des archives complĂ©mentaires, celles enregistrĂ©es plus tĂ´t encore avec divers orchestres dont les orchestre berlinois ou l’O(n)rtf français… Notons sa contribution ici avec l’Orchestre de la Radio Symphonique de Berlin (dont il devient après ces bandes ici publiĂ©es le chef principal entre 1964 et 1975). La collaboration de Maazel avec le Philharmonique de Berlin est plus chaotique : prometteuse en ces annĂ©es de conquĂŞte et d’appropriation, elle n’aboutira pas comme il le souhaitait Ă  sa nomination comme chef principal Ă  la suite de Karajan (1989), les musiciens lui prĂ©fèreront alors Claudio Abbado. Et traversant l’Atlantique, Maazel pilotera le Philharmonique de New York, non moins prestigieux (2002-209).

 

 

 

Archives de Lorin Maazel des années 1950-1960

Maazel légendaire : la trentaine charismatique

 

 

maazel-lorin-maestro-30-ans-dossier-discographique-582-390Le coffret DG met l’accent sur le tempĂ©rament du jeune prodige de la baguette (invitĂ© par Toscanini Ă  11 ans !) qui autour de 30 ans, – il est nĂ© en 1930 Ă  Neuilly sur Seine-, soit Ă  la fin des annĂ©es 1950 (circa 1957) et jusqu’en 1961, enregistre entre autres avec le Philharmonique de Berlin. Un sens du dĂ©tail pas encore trop lissĂ© (c’est Ă  dire moins mĂ©canisĂ© que par la suite), un nerf intact, une caractĂ©risation hĂ©doniste savent ici faire toute la diffĂ©rence en particulier rĂ©aliser d’authentiques accomplissements symphoniques comme en 1965, deux lectures Ă©blouissantes : ce Falla Ă  la fois âpre et rugueux (l’Amour Brujo avec la divine Grace Bumbry et l’Orchestre de la Radio Symphonique de Berlin – Radio Symphonie Orchester Berlin) ; et bien sĂ»r, L’Enfant et les sortilèges de Ravel, intĂ©grale fleuron de ce florilège lĂ©gendaire (lire notre commentaire ci après).

 

CLIC_classiquenews_2014La valeur de ce coffret imprĂ©vu est d’autant plus grande qu’elle dĂ©voile ce feu, ce charme, ce chic qui on le comprend dès lors, ont pu au moment de la trentaine, convaincre toutes les institutions et les musiciens tĂ©moins de ce charisme Ă©vident. Le Maazel lĂ©gendaire, digne rival des Karajan et Kleiber se profile ici, au crĂ©dit de ces 18 cd, propres aux annĂ©es 1950 – 1960, d’un esthĂ©tisme souvent ahurissant. L’Ă©lĂ©gance de la baguette, une virtuositĂ© souple et racĂ©e accrĂ©ditent cette lecture au dĂ©braillĂ© chic d’une incontestable tension. Avec le mĂŞme orchestre radiophonique, Maazel enregistre la fameuse et immense Symphonie de CĂ©sar Franck en 1961 : une lecture lĂ  encore plus approfondie, inquiète, ciselĂ©e comparĂ©e Ă  ses lectures plus tardives : le meilleur Maazel pourrait bien ĂŞtre condensĂ© ici, Ă  la fin des annĂ©es 1950 et dans le courant des annĂ©es 1960 : la finesse de l’Ă©noncĂ©, la transparence, la clartĂ© (des bois : les clarinettes dans le premier mouvement) font la valeur de cette inestimable lecture.
Avec le Berliner Philharmoniker soulignons d’autres rĂ©alisations très convaincantes : les extraits de la Symphonie dramatique RomĂ©o et Juliette ; le mĂŞme thème mis en musique par Prokofiev ; L’oiseau de feu de Stravinksy (tous enregistrements de 1957) ; puis la 5ème de Beethoven (1858), 3ème de Brahms; 4ème et 8ème de Schubert (passionnantes et jamais ennuyeuses comme après, 1959).  Mais encore, la 4ème Symphonie de Tchaikovski, articulĂ©e et ciselĂ©e avec ce mordant dĂ©taillĂ© qui flatte tant les bois et les vents. Outre la clartĂ©, Maazel trentenaire y impose une nervositĂ© et une fièvre très dĂ©lectable, soulignant tout ce qui fonde dans la Symphonie opus 36 de Piotr Illiytch, sa nature grimaçante et terrifiĂ©e. Un fleuron majeur de cette pĂ©riode qui rappelle que depuis les Nikkish, les Berlinois n’avaient plus Ă©tĂ© ainsi dirigĂ© par un chef violoniste… La sonoritĂ© des cordes s’en ressent… presque aussi filigranĂ©e que leurs confrères viennois.
 

 

MAAZEL orin-maazel-in-1961-1405279299-article-1En 1960, la trentaine passĂ©e, – l’annĂ©e oĂą il dĂ©fraie la chronique comme premier chef juif Ă  diriger Ă  Bayreuth-,  Maazel enregistre avec l’Orchestre national de la Radio TĂ©lĂ©vision Française : un rĂ©pertoire pour lequel il est lĂ©gitimement apprĂ©ciĂ© : Ravel (L’Enfant et les sortilèges enregistrĂ© en novembre 1060 Ă  la MutualitĂ©) : une leçon de raffinement instrumental et de chambrisme symphonique accordĂ© au format des voix (avec entre autres Françoise OgĂ©as, L’Enfant). InĂ©dit car jamais publiĂ© depuis leur enregistrement en 1960 : les Symphonies Mozart avec l’orchestre français Ă©galement, dont les 28 et 41, rĂ©alisĂ©es en janvier 1960 : clartĂ©, nervositĂ©, suprĂŞme Ă©lĂ©gance; et aussi une distanciation dĂ©jĂ  qui pointe mais compensĂ©e par une finesse princière. C’est cette Ă©lĂ©gance native qui lui vaudra de s’imposer après Willi Boskovsky (comme lui excellent violoniste) lors des Concerts du Nouvel An du Philharmonique de Vienne (Ă  partir de 1980, au grand regret de Karajan).

 

Autre plaisir de l’Ă©coute dĂ©livrĂ© par ce coffret plus que recommandable, chaque enregistrement conserve son visuel d’Ă©poque. Dommage que l’Ă©diteur n’ait pas publiĂ© en complĂ©ment la notice et le texte complets sur la tranche verso de chaque pochette. Superbe rĂ©vĂ©lation d’un Maazel charismatique que l’on avait trop oubliĂ©. CLIC de classiquenews de fĂ©vrier 2015.

 

 

CD. Coffret Lorin Maazel : the complete early recordings on Deutsche Grammophon (18 cd Deutsche Grammophon). Berliner Philharmoniker, Orchestre national de la Radio Télévision Française, Radio Symphonie orchester Berlin. 1957-1965

 

 

CD. Coffret. Lorin Maazel, The Cleveland years, complete recordings (19 cd Decca)

Maazel cleveland years deccaCD. Coffret. Lorin Maazel, The Cleveland years, complete recordings (19 cd Decca). DĂ©cĂ©dĂ© en juillet dernier Ă  84 ans, Lorin Maazel (nĂ© en 1930 Ă  Neuilly sur Seine) laisse un hĂ©ritage important au disque, non pas un catalogue discographique tel que celui de Carlos Kleiber – mince mais essentiel et d’une finesse poĂ©tique rare-, ni comme celui de Karajan, celui d’un esthète qui a pensĂ© le son comme il a pensĂ© l’approche de chaque partition ; en comparaison, Maazel le virtuose et le surdouĂ© de la baguette, impose un profil plus artificiel, celui d’un consommateur frĂ©nĂ©tique, voire compulsif qui a enregistrĂ© … Ă  tout va : opĂ©ras, symphonies, Ĺ“uvres concertantes avec une ivresse parfois creuse qui n’empĂŞche pas certaines Ă©blouissantes rĂ©alisations comme son Don Giovanni, bande originale du film de Losey en 1979 : alors enregistrĂ© avec la crĂŞme des chanteurs vedettes mozartiens (te Kanawa, Berganza, Moser en tĂŞte, sans omettre Ruggero Raimondi dans le rĂ´le-titre et dans le rĂ´le de sa carrière…).

En liaison avec son dĂ©cès de cet Ă©tĂ©, Decca rĂ©Ă©dite pour lui rendre hommage ses annĂ©es glorieuses Ă  la tĂŞte de l’un des top five amĂ©ricains, le Symphonique de Cleveland dont il fut directeur musical pendant 10 ans, de 1972 Ă  1982, laissant après lui pour son successeur Christoph von Dohnanyi, une machine rutilante et souple… sans aucune identitĂ© artistique claire : tout est lĂ  ; Maazel fut un lyrique au geste facile et habile parfois strictement dĂ©coratif Pas de plan sur la comète, mais souvent un opportuniste qui fit feu de chaque instant avec un aplomb inouĂŻ. Ce manque de profondeur comme d’urgence est l’empreinte la plus significative de son style. C’est la dĂ©cennie des engagements internationaux : en 1977, il travaille très Ă©troitement avec le National de France dont il avait rĂ©ussi de superbes lectures de Ravel et de Debussy. La sensualitĂ© raffinĂ©e française lui va comme un gant : elle exalte mĂŞme ses qualitĂ©s d’orfèvre du son. C’est encore l’Ă©poque oĂą il est invitĂ© par le Phiharmonique de Vienne pour y diriger le Concert du nouvel An (1980 Ă  1986) : couronnĂ© par les Viennois, Maazel deviendra directeur musical de l’OpĂ©ra en 1982 ! Les noces seront de courtes durĂ©e cepandant car il restera simplement deux ans. Le charmeur pouvait ĂŞtre aussi arrogant voire mĂ©prisant : trop conscient de sa supĂ©rioritĂ© de musicien quasi parfait. DouĂ© artistiquement, l’homme Ă©tait discutable… il partira ensuite du cĂ´tĂ© du Symphonique de Pittsburgh jusqu’en 1996. Le coup de théâtre d’un esprit trop sĂ»r de lui reste en 1989 ce coup d’Ă©clat fugace, quand certain d’avoir Ă©tĂ© choisi par les instrumentistes du Berliner Philharmoniker pour ĂŞtre leur chef, Maazel convoque dĂ©jĂ  la presse pour les en remercier : gifle spectaculaire qui Ă©pingle son arrogance, l’Orchestre berlinois infirme la nouvelle et Maazel jure de ne plus jamais travailler avec la phalange laissĂ©e vacante Ă  la mort de Karajan… Jusqu’Ă  sa mort, Maazel Ă©tait devenu une icĂ´ne sans âge au style dispendieux mais sans âme, au sein de l’Orchestre de Valence en Espagne, depuis 2004 : une dĂ©cennie creuse et prĂ©tentieuse d’oĂą Ă©mergent cependant quelques rĂ©alisations personnelles : son opĂ©ra 1984 d’après Orwell montĂ© Ă  Londres au Covent Garden en 2005 en tĂ©moigne…
MĂ©canique et virtuose, Maazel savait cependant mais rarement ĂŞtre soudainement engagĂ© et inspirĂ© en rĂ©pĂ©tition ou en concert (jamais les deux Ă  la fois…).
Parmi les incontournables de ce coffret en 19 cd, on soulignera la valeur et la profondeur d’un chef français de grande classe comme en tĂ©moigne ses Ravel (intĂ©gral du ballet Daphnis et ChloĂ© de 1974, cd 2) et Debussy (La mer, Nocturnes, IbĂ©ria de 1977 et 1978, cd1). Ses gravures russes (Sheherazade de 1978, ou le poème de l’extase de Scriabine de 1979 font briller sa verve colorĂ©e et sensuelle ; notons surtout Ă©galement son Requiem de Berlioz (emphatique, noble, triomphal avec le tĂ©nor Kenneth Riegel de 1979, ce dernier fut Ă©galement engagĂ© pour Don Ottavio dans le Don Giovanni lĂ©gendaire de Losey Ă  la mĂŞme Ă©poque (1979), cd 6 et 7 ; le cd 8 promettait beaucoup sur le papier : L’ArlĂ©sienne, suites 1 et 2 et Jeux d’enfant de Bizet (finalement dĂ©monstratifs et assez creux), mĂŞme la Symphonie en rĂ© mineur de CĂ©sar Franck (1976), sommet du symphonisme français postwagnĂ©rien de 1889, est emmenĂ© sans fièvre (dernier mouvement et ses mĂ©tamorphoses sur tapis de harpe, sans rĂ©elleĂ©lĂ©vation spirituelle).

On note une âpretĂ© presque fiĂ©vreuse et dans un sens, dramatiquement plus approfondie dans son intĂ©grale du ballet de Prokofiev, RomĂ©o et Juliette (cd 9 et 10, 1973) ; Porgy and Bess de Gershwin reste d’une neutralitĂ© lisse sans tensions rĂ©elles, malgrĂ© une belle distribution , avec entre autre Willard White en Porgy…  (cd 11,12,13 de 1975) ; ses Brahms (les quatre Symphonies, 1976-1977) montrent une mise en place parfaite mais sans transe ni prise de risques lĂ  aussi : du Maazel pur jus, prĂ©visible, facile, aisĂ© mais sans implication. Enfin, les ballets de Verdi dĂ©montrent la belle mĂ©canique du Cleveland orchestra ; et mĂŞme avec la violoncelliste Lynn Harrel (Concerto d’Elgar et Variations Rococo de Tchaikovsky, de 1979, cd 19), orchestre et chef demeurent trop neutres lĂ  encore. N’est pas Kleiber fils ni Karajan ou Fricsay qui veut. En bien des points, ces derniers ont autrement plus de choses Ă  nous dire que le virtuose Lorin Maazel, fĂ»t-il prodige mais artistiquement trop correct.

Lorin Maazel. The Cleveland Years (1972-1982). Complete recordings, 19 cd Decca. 478 77 79.