DVD, critique. WAGNER : Lohengrin – 1 dvd DEUTSCHE GRAMMOPHON (Thielemann, Beczala, Meier… Bayreuth juillet 2018)

WAGNER LOHENGRIN THIELEMANN YUVAL SHARON DVD DEUTSCHGE GRAMMOPHON juillet 2019 bayreuth critique opera classiquenews review dvd classiquenews Waltraud meier, harteros beczala zeppenfeld critique dvd critique opera classiquenews dg0735621DVD, critique. WAGNER : Lohengrin – 1 dvd DEUTSCHE GRAMMOPHON (Thielemann, Beczala, Meier… Bayreuth juillet 2018). Le petit milieu lyrique avait fait des gorges chaudes pour cette production de Bayreuth, inaugurant une nouvelle mise en scène de Lohengrin, le chevalier cĂ©leste descendu des cintres pour sauver l’humanitĂ© indigne… Ce devait ĂŞtre aussi une prise de rĂ´le en juillet 2018 pour Alagna. Patatras le Français abandonna et ce fut Piotr Beczala qui reprit le dĂ©fi, quasi in extremis. Dans une rĂ©alisation tout Ă  fait convenable, mĂŞme… globalement convaincante.
D’autant que le parti est assez audacieux et contrevient à l’idéalisation fantasmatique qui est le propre du héros messianique : Yuval Sharon détruit le mythe du chevalier ici, sans cygne, mais anti héros, indécis, instable. Pire, d’un glaciale indifférence aux désirs de la princesse de Brabant, Elsa dont l’autorité est menacée par le couple noir Telramund / Ortrud. Il y a même du sadisme chez celui qui de Chevalier libérateur et protecteur, devient un demi bourreau, souhaitant faire payer à la naïve Elsa, celle qui pose la question interdite (dévoilant du même coup osons le dire, sa stupidité et son manque de confiance) : au III, Lohengrin n’a rien d’un époux aimant et compréhensif pour la jeune oie imbécile.
certes, l’heure médiatique et l’actualité étaient au mouvement pour la protection des femmes et contre le harcèlement professionnel (#balancetonporc)… d’où des scènes de supplices infligés aux femmes en second plan ; trop opportuniste, la mise en scène a pêché en voulant à tous prix faire coïncider la trame du livret avec cette honte internationale. L’équation actualité et opéra aurait pu être mieux réussi, en finesse comme en références maîtrisées : n’est pas directeur d’acteurs-chanteurs ni metteur en scène, qui veut (présence de la centrale électrique, pour le moins incongrue ; de même, quel sens donner à la présence des petites ailes aux dos des personnages, que gagne Lohengrin à l’issue de son combat vainqueur, contre Telramund ?… ).

BECSALA, HARTEROS, MEIER, ZAPPENFELD…
Quatuor gagnant pour le nouveau LOHENGRIN de Bayreuth

Sous la baguette, toujours active et caractérisée de Christian Thielemann (dont le teutonisme sied bien au relief néogothique du Romantique Wagner), saluons la langue contrastée, bondissante de l’orchestre, selon les tableaux) ;
Venu sauver ce qui pouvait l’être, le ténor polonais Piotr Beczala assume cette quasi prise de rôle à Bayreuth (il avait chanté le rôle à Dresde déjà) : en dépit d’aigus parfois mal couverts, tendus, imprécis, le chanteur séduit en Lohengrin, se hisse jusqu’aux traces du champion actuels (à Bayreuth) : Klaus Florian Vogt, d’autant que le nouveau n’a pas la maîtrise naturelle de l’allemand. Face à son angélisme vocal (malgré le sadisme souhaité par le metteur en scène), l’Elsa de Anja Harteros sonne presque trop sombre, révélant dans la puissance de réelles aptitudes à nuancer son personnage (pourtant de godiche manipulée par Ortrud).
La production de ce Lohengrin 2018 gagne aussi de la présence du mezzo noble et grave, trouble et fulgurant de l’immense Waltraud Meier (laquelle aura chanter tous les grands rôles féminins de Wagner, d’Ortrud à Isolde). Son retour à Bayreuth où elle a chanté dès 1983 (Parsifal, Kundry anthologique), affirme son charisme vocal, une présence dramatique surtout qui souligne l’art de l’actrice et de la tragédienne, fauve analytique, jaugeant chaque partenaire avec un appétit et une tension, ultimes. Les ressources sont réduites car sa carrière est derrière elle, mais quelle intonation, quelle intelligence dramatique, quelle diseuse capable de faire scintiller le théâtre wagnérien. Même autorité et évidence musicales pour le Roi Heinrich de Georg Zeppenfeld, devenu depuis quelques années, un familier de Bayreuth.
Saluons enfin le chœur préparé par Eberhard Friedrich qui fait mouche par sa plasticité et son engagement : un modèle dans le genre et la confirmation qu’ils sont pour chaque spectacle local, un pilier garant de réussite scénique.

Malgré les incohérences de la mise en scène, la solidité du cast vocal sauve cette nouvelle production de Lohengrin : le quatuor principal demeure quasi exemplaire.

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DVD, critique. WAGNER : Lohengrin – 1 dvd DEUTSCHE GRAMMOPHON – Ref. N°0735621 – Bayreuth juillet 2018 / Parution le 5 juillet 2019.
OpĂ©ra romantique en trois actes – Livret du compositeur
Créé à Weimar le 28 août 1850
BAYREUTH, juillet 2018
Direction musicale : Christian Thielemann
Mise en scène : Yuval Sharon
DĂ©cors et costumes : NĂ©o Rauch et Rosa Loy
Lumières : Rainhard Traub

Lohengrin : Piotr Beczala
Elsa : Anja Harteros
Ortrud : Waltraud Meier
Telramund : Tomasz Konieczny
Le Roi Henri : Georg Zeppenfeld
Le HĂ©raut du Roi : Egils Silins
Les quatre nobles : Michael Gniffke, Eric Laporte, Kay Stiefermann, Timo Riihonen

Choeurs et Orchestre du Festival de Bayreuth
Chef des choeurs : Eberhard Friedrich

 

 

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WAGNER LOHENGRIN THIELEMANN YUVAL SHARON DVD DEUTSCHGE GRAMMOPHON juillet 2019 bayreuth critique opera classiquenews review dvd classiquenews Waltraud meier, harteros beczala zeppenfeld critique dvd critique opera classiquenews dg0735621

CD, critique. Wagner: Lohengrin (Nelsons, Vogt, Zeppenfeld. Bayreuth 2011, 2 cd Opus Arte)

wagner lohengrin bayreuth 2011 zeppenfeld vogt dasch rasilainen lang youn andris nelssons cd reviex critique cd par classiquenews cd opus arte 1533641746133687_resize_265_265CD, critique. Wagner: Lohengrin (Nelsons, Vogt, Zeppenfeld. Bayreuth 2011, 2 cd Opus Arte)… Retransmis sur Arte dès aoĂ»t 2011, la production mise en scène par Neuenfels ne brillait pas par son onirisme mais un schĂ©matisme radical Ă  grand renfort d’images objets gadgets, peu esthĂ©tiques mais très comprĂ©hensibles. Heureusement la rĂ©alisation musicale sous la baguette nerveuse d’Andris Nelsons, qui depuis a dĂ©montrĂ© sa valeur pour DG chez Bruckner et Mahler, sauve le spectacle d’un vrai naufrage visuel…
Voici la critique de notre confrère Lucas Irom, rédigé au moment de la transmission du direct de Bayreuth, le 14 août 2011, sur Arte :

D’abord, critique de la réalisation scénique … Plateau froid comme un glaçon (où plutôt comme un laboratoire aseptisé) où pullulent des rats numérotés, noirs ou blancs selon qu’ils se rangent du côté de l’un des partis opposés, … le constat est sans appel face une une mise en scène délirante et hors sujet, au déroulement incompréhensible : « Lohengrin dénaturé… Dans Lohengrin (créé à Dresde en 1848), Wagner traite de la rencontre improbable mais fantasmatique: celle de l’humain faillible et vulnérable, et du divin, exceptionnellement incarné. Or qu’avons nous sur la scène de Bayreuth? une foire aux gadgets, des mouvements de choeurs inexistants et sans précisions, un jeu d’acteurs convenu, d’une frontalité statique si ennuyeuse… Et ces rats qui envahissent la scène affichant enfin leurs visages humains en présence du héros providentiel
que doivent-ils réellement apporter à la révélation de l’oeuvre?, écrit notre confrère. LIRE ici la critique complète de Lohengrin à Bayreuth, avec témoignage de la mise en scène (direct Arte août 2011) :
http://www.classiquenews.com/bayreuth-direct-arte-le-14-aot-2011-wagner-lohengrin-klaus-florian-vogt-lohengrin-georg-zeppenfeld-choeurs-et-orchestre-du-festival-de-bayreuth-andris-nelsons-direction-nbs/

LIRE aussi la critique du dvd édité par Opus Arte dans la foulée de l’enregistrement à Bayreuth en août 2011
http://www.classiquenews.com/wagner-lohengrin-vogt-nelsons-bayreuth-20112-dvd-opus-arte/

ET SUR LE PLAN VOCAL ET ORCHESTRAL ? Si l’on se place sur le plan vocal et musical que vaut cette production si attendue et qui déçoit tant visuellement et scéniquement? Evidemment il fallait fixer le souvenir de la distribution… proche de l’idéal.
Le roi Henri (Georg Zeppenfeld) et son héraut (Samuel Youn) sont très engagés vocalement, voire impeccables; passons le Telramund souvent outré et sans guère de subtilité de Tómas Tómasson; la déception vient évidemment de l’Elsa d’Annette Dasch: petite voix serrée, justesse vacillante, aucune lumière ni magnétisme: on comprend hélas que cette âme omantique soit dépassée par l’ampleur du héros venu la sauver…
Car, pendant et strict opposé de Jonas Kaufmann qui pourtant a marqué le
rôle ici même, Klaus Florian Vogt irradie par la pureté angélique de son timbre: le ténor allemand est un Lohengrin fin et captivant, dans lequel le divin et l’humain fusionnent. Saluons la force démoniaque, vraie entité du mal et rivale manupulatrice d’Elsa qu’incarne avec style Petra Lang dans le rôle si captivant d’Ortrud (la sorcière qui est l’origine de tout le drame)… Les choeurs sont à la hauteur du festival comme l’orchestre d’ailleurs, grâce à la direction très enflammée d’Andris Nelssons.

 

 

 

 

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Wagner: Lohengrin. Avec : Klaus Florian Vogt (Lohengrin), Georg Zeppenfeld (Henri l’Oiseleur), Annette Dasch (Elsa von Brabant), Tómas Tómasson (Friedrich von Telramund), Petra Lang (Ortrud), Samuel Youn (Le héraut d’armes du roi). Choeurs et orchestre du Festival de Bayreuth. Direction musicale : Andris Nelsons. Mise en scène : Hans Neuenfels. Bayreuth août 2011. 2 cd OPUS ARTE.

Compte rendu, opéra. Nantes, Cité des Congrès, le 18  septembre 2016. Wagner : Lohengrin, version de concert. Daniel Kirch, Catherine Hunold,… Orch. nat. des Pays de la Loire. Pascal Rophé, direction.

lohengrin- vignette 160 ANO-16-18-20-septembre-2016-ano-lohengrin-skryscraper-160-600Compte rendu, opĂ©ra. Nantes, CitĂ© des Congrès, le 18  septembre 2016. Wagner : Lohengrin, version de concert. Daniel Kirch, Catherine Hunold,… Orch. nat. des Pays de la Loire. Pascal RophĂ©, direction. Plateau solide et efficace, surtout orchestre dans la puissance et la nuance. … ce Lohengrin made in Nantes, de surcroĂ®t en version de concert …. vaut bien des Bayreuth;  inutile de bouder votre plaisir, Jean-Paul Davois, directeur bien inspirĂ© d’Angers Nantes OpĂ©ra, confirme une belle intuition : en programmant sur la scène de la CitĂ© des Congrès de Nantes, ce Wagner sans dĂ©cors ni costumes, le directeur gĂ©nĂ©ral nous offre une immersion dans la grande forge wagnĂ©rienne ; car c’est bien le chef et l’orchestre qui en sont les vedettes;  instruments acteurs, au verbe foisonnant et aux accents millimĂ©trĂ©s, tant la direction du chef Pascal RophĂ© nous satisfait, et mĂŞme nous comble par une sobriĂ©tĂ© soucieuse de couleurs ; habile et ductile dans l’enchaĂ®nement des Ă©pisodes dramatiques ; très convaincante dans l’Ă©quilibre des pupitres, jouant sur le relief  des cuivres omniprĂ©sents  (l’enjeu ici Ă  travers de nombreux passages militaires est bien lĂ  prĂ©servation de l’Empire allemand); jouant tout autant de la rutilante harmonie des bois…  d’un magicien angĂ©lisme quand paraĂ®t Ă  chaque fois la trop candide Elsa (flĂ»tes aĂ©riennes, Ă©vanescentes).

davois et maestro rophe lohengrin nantes angers opera critique classiquenewsPascal RophĂ© se saisit du drame wagnĂ©rien oĂą triomphe supĂ©rieur, souverain, le venin haineux d’Ortrud, seule capable de chasser l’unique chevalier venu de Montsalvat pour sauver la jeune ( et si dĂ©munie) duchesse de Brabant, et surtout le succès des armĂ©es impĂ©riales. MalgrĂ© la lumière que convoque chaque apparition du  chevalier au cygne, Lohengrin, Wagner conçoit un opĂ©ra viscĂ©ralement noir, et sans issue, soulignant combien aimer en confiance est impossible, combien les hommes ne mĂ©ritent pas la chance de salut qui leur est, une fois dans leur vie, accordĂ©. La fĂ©erie mĂ©diĂ©vale est conduite par une vision dĂ©sespĂ©rĂ©e d’un compositeur qui est lui-mĂŞme, Ă  l’époque de la conception de son opĂ©ra, inquiĂ©tĂ©, pourchassĂ©, rendu fugitif en Europe. Photo ci contre : Jean-Paul Davois et le maestro Pascal RophĂ© (DR), nouvelle coopĂ©ration prometteuse, dĂ©jĂ  riche en arguments convaincants grâce Ă  ce Lohengrin de dĂ©but de saison 2016-2017… 

 

 

 

Angers Nantes Opéra réussit à réunir chanteurs, chœurs, orchestre et chef en une production convaincante

Une offre wagnérienne à Nantes et à Angers qui ne se refuse pas…

 

 

Dès l’ouverture, la direction de Pascal RophĂ© affirme une conception volontaire et très prĂ©cise du drame ; la clartĂ© du geste saisit ; la construction rĂ©alise ce prodigieux rĂŞve d’Elsa dont l’Ă©clat (premier coup des timbales) marque l’implosion prodigieuse qui se transmet jusqu’au chevalier qui ayant entendu sa prière, descendra du ciel, pour la sauver… Directeur musical de l’Orchestre national des Pays de la Loire depuis 2014, Pascal RophĂ© tout au long de la soirĂ©e se montre un wagnĂ©rien captivant ; on suit le chef sans sourciller, le laissant nous conduire d’un acte Ă  l’autre avec une subtilitĂ© sobre rĂ©ellement habile et très juste. La coopĂ©ration entre le chef, son orchestre et Angers Nantes OpĂ©ra se rĂ©vèle en ce sens positive, et … prometteuse.

 

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HUNOLD catherine-hunold1Vocalement, c’est l’Ortrud magnĂ©tique de Catherine Hunold qui vole la vedette : l’acte II – acte oĂą la sirène manipulatrice sème dans l’esprit d’Elsa le poison du doute, est son acte;  port de magicienne implacable et majestueuse dans la lignĂ©e des MĂ©dĂ©e et des Armide, des opĂ©ras baroques et prĂ©classiques, la mezzo voluptueuse sait injecter sa suffisance impĂ©riale quitte dans un rapport sadique Ă  dominer voire humilier ses proies trop complaisantes : Ă©videmment Telramund le prince accusateur d’Elsa dont elle fait le bras armĂ© de sa vengeance  (très convaincant Robert Hayward qui façonne et nuance lui aussi son personnage : sa grande aisance scĂ©nique ajoute Ă  sa crĂ©dibilitĂ©); et quand la sorcière noire invoque l’esprit de Wotan et de Freia – claire prĂ©figuration du Ring Ă  venir,  Catherine Hunold fait valoir la souplesse lohengrin angers nantes opera tenor telramund xQwnPoCliLHGVlwXm5aDyhoc_Rwabpz8-z21pnh5zb0jamais forcĂ©e de ses graves vĂ©nĂ©neux en somptueuse dĂ©itĂ© wagnĂ©rienne;  on lui doit cet aplomb convaincant qui avait fait la rĂ©ussite de sa BĂ©rĂ©nice de Magnard Ă  l’OpĂ©ra de Tours (avril 2014) comme la valeur de sa flamboyante SĂ©mĂ©lĂ©, cantate de Dukas Prix de Rome, qui lui doit d’avoir Ă©tĂ© ainsi remarquĂ©e au disque (CLIC de classiquenews, octobre 2015).

kirch daniel ohengrin nantes angersChez les hommes, le roi Henri l’oiseleur de Jean Teitgen, impose une belle ardeur de juge mĂ©diateur malgrĂ© la raideur de son jeu d’acteur : c’est bien le seul qui ne regarde jamais ses partenaires pendant le spectacle ni ne se retourne vers le choeur qui assure pourtant nombre de ses entrĂ©es. Le Lohengrin de Daniel Kirch (photo ci contre) fait valoir les mĂŞmes qualitĂ©s que son Paul dans La Ville Morte de Korngold, somptueuse production prĂ©sentĂ©e par Angers Nantes OpĂ©ra, et pour nous fleuron de sa saison 2015 – 2016 (mars 2015) : le tĂ©nor allemand qui chante depuis longtemps et Lohengrin et Parsifal, possède l’exacte couleur du caractère, mĂŞme si parfois quand se dĂ©ploient les tutti de l’orchestre, la voix couverte devient inaudible. Mais son “In fernem Land“, quand le Chevalier dĂ©voile son identitĂ© divine et miraculeuse, le tĂ©nor sur un tapis orchestral murmurĂ©, se fait diseur, d’une sincĂ©ritĂ© qui touche (saluons dans ce sens, l’intelligence nuancĂ©e du chef). Familier des productions baroques et prĂ©romantiques, de Rameau Ă  Salieri et jusqu’à MĂ©hul, le baryton Philippe-Nicolas Martin rĂ©ussit toutes ses dĂ©clarations dĂ©clamĂ©es en HĂ©raut bien chantant et naturellement puissant. D’abord un peu terne voire trop lisse, l’Elsa de Juliane Banse dont le mĂ©rite est justement de s’ĂŞtre Ă©conomiser depuis le dĂ©but, rĂ©ussit incontestablement sa dernière scène (de jeune Ă©pousĂ©e) dans laquelle celle qui doit tout au Chevalier se dĂ©voile agitĂ©e, en panique, insistant lourdement auprès de Lohengrin, exigeant que son sauveur lui rĂ©vèle enfin son nom et d’oĂą il vient. Elle avait pourtant jurĂ© de ne jamais poser la question. En se parjurant ainsi, la pauvre oie blanche perd tout et permet Ă  celle qui l’a manipulĂ©e, de vaincre dĂ©finitivement.

 

pascalrophe-ouestfrance-3La vivacitĂ© dramatique du chef s’avère une grande rĂ©ussite ; l’implication des instrumentistes et des choeurs  (engagĂ©s, nerveux, dans l’action), la prestation globalement convaincante des solistes font toute la  valeur de ce Wagner Ă  voir absolument Ă  Angers le 20 septembre prochain au Centre de Congrès  (19h), ultime reprĂ©sentation. Quand Bayreuth continue de dĂ©cevoir soit par l’absence des grands chanteurs, soit par l’indigence ou l’outrance de mises en scènes trop dĂ©calĂ©es, Angers Nantes Opera vous propose un Wagner de grande classe qui Ă  juste titre place chanteurs et instrumentistes sur le plateau et au devant de la scène… une invitation en ouverture de sa nouvelle saison 2016 – 2017 qui ne se refuse pas.

 

 

 

 

Compte rendu, opĂ©ra. Nantes, CitĂ© des Congrès, le 18  septembre 2016. Wagner : Lohengrin, version de concert. Daniel Kirch, Catherine Hunold, Robert Hayward, Juliane Banse, Jean Teitgen, Philippe Nicolas Martin.., choeurs d’Angers Nantes OpĂ©ra, de l’OpĂ©ra de Montpellier, Orchestre national des Pays de la Loire. Pascal RophĂ©, direction.

Illustrations : Catherine Hunold (Ortrud) et Pascal Rophé (DR)

 

 

Lohengrin de Wagner Ă  Nantes et Ă  Angers

lohengrin-angers-nantes-opera-582-390NANTES, ANGERS : Lohengrin, 16,18,20 septembre 2016. En version de concert. Lohengrin, opĂ©ra conçu en 1848 Ă  l’époque des rĂ©volutions europĂ©ennes, sera crĂ©Ă© après le tumulte, en 1850 Ă  Weimar grâce Ă  l’engagement de son ami et bientĂ´t beau-père, Franz Liszt. Wagner est alors un compositeur fugitif, pourchassĂ© en Allemagne, Ă  cause de ses positions auprès des rĂ©volutionnaires. Fuyant Dresde (Ă  l’issu des journĂ©es de mai 1849), Wagner rejoint Paris puis Zurich, oĂą il se fixe jusqu’en 1860 : c’est lĂ  que dĂ©sespĂ©rĂ© et suicidaire, il Ă©bauche le projet de son grand Ĺ“uvre, La TĂ©tralogie. Fresque dĂ©jĂ  cinĂ©matographique d’une conception inouĂŻe et inĂ©dite alors dont la rĂ©alisation sera possible après Tristan und isolde, au moment de sa double rencontre, – toutes deux miraculeuses dans sa vie, Cosima, la fille de Liszt, qu’il Ă©pousera, et surtout Louis II de Bavière, jeune monarque possĂ©dĂ© par la poĂ©sie hĂ©roĂŻque et mĂ©diĂ©vale du compositeur, lequel avec Tannhäuser, crĂ©Ă© Ă  Dresde en 1845, et Lohengrin, a dĂ©finitivement Ă©laborĂ© l’opĂ©ra romantique germanique. Avec Genoveva de Schumann, exactement contemporaine de… Lohengrin, et comme ce dernier, crĂ©Ă© après les rĂ©voltes de 1848.

 

 

 

L’échec d’Elsa, la perte de Lohengrin

 

Rienzi de WagnerDans Tannhäuser, Wagner précise la place du héros artiste, c’est à dire lui-même, incompris mais porteur d’avenir, qui est sauvé par l’amour d’une femme pure (Elisabeth). Avec Lohengrin, le héros est toujours porteur d’une mission salvatrice : sauver l’humanité mais sa rencontre avec une mortelle, Elsa (princesse de Brabant qu’il vient défendre chevaleresquement), se conclut par un échec : la jeune femme choisie par l’élu (descendu du ciel) se montre indigne de l’amour de Lohengrin… lequel, après avoir dévoilé son identité messianique et divine, rejoint le ciel. LIRE NOTRE PRESENTATION COMPLETE DE LOHENGRIN de WAGNER à NANTES et à ANGERS 

 

 

Wagner : Lohengrinboutonreservation
version de concert — opéra romantique en 3 actes
d’après Parzival de Wolfram von Eschenbach, et Lohengrin de Nouhuwius

NANTES, La Cité : vendredi 16, dimanche 18 septembre 2016

ANGERS, Centre de Congrès : mardi 20 septembre 2016

Semaine Ă  19h, le dimanche Ă  14h30

Avec Daniel Kirch, Lohengrin
Juliane Banse, Elsa
L’excellente mezzo française : Catherine Hunold, Ortrud
Robert Hayward, Telramund…
Orchestre national des Pays de La Loire
Pascal Rophé, direction

 

 

Réservations, infos, présentation sur le site d’ANGERS NANTES OPERA

 

DAVOIS-jean-paul-angers-nantes-opera-CARRE-portraitVOIR aussi notre entretien avec Jean-Paul Davois, directeur d’Angers Nantes Opéra / présentation de la nouvelle saison et de la production en version de concert de LOHENGRIN de Richard Wagner

 

 

 

Lohengrin de Wagner Ă  Nantes et Ă  Angers

lohengrin-angers-nantes-opera-582-390NANTES, ANGERS : Lohengrin, 16,18,20 septembre 2016. En version de concert. Lohengrin, opĂ©ra conçu en 1848 Ă  l’époque des rĂ©volutions europĂ©ennes, sera crĂ©Ă© après le tumulte, en 1850 Ă  Weimar grâce Ă  l’engagement de son ami et bientĂ´t beau-père, Franz Liszt. Wagner est alors un compositeur fugitif, pourchassĂ© en Allemagne, Ă  cause de ses positions auprès des rĂ©volutionnaires. Fuyant Dresde (Ă  l’issu des journĂ©es de mai 1849), Wagner rejoint Paris puis Zurich, oĂą il se fixe jusqu’en 1860 : c’est lĂ  que dĂ©sespĂ©rĂ© et suicidaire, il Ă©bauche le projet de son grand Ĺ“uvre, La TĂ©tralogie. Fresque dĂ©jĂ  cinĂ©matographique d’une conception inouĂŻe et inĂ©dite alors dont la rĂ©alisation sera possible après Tristan und isolde, au moment de sa double rencontre, – toutes deux miraculeuses dans sa vie, Cosima, la fille de Liszt, qu’il Ă©pousera, et surtout Louis II de Bavière, jeune monarque possĂ©dĂ© par la poĂ©sie hĂ©roĂŻque et mĂ©diĂ©vale du compositeur, lequel avec Tannhäuser, crĂ©Ă© Ă  Dresde en 1845, et Lohengrin, a dĂ©finitivement Ă©laborĂ© l’opĂ©ra romantique germanique. Avec Genoveva de Schumann, exactement contemporaine de… Lohengrin, et comme ce dernier, crĂ©Ă© après les rĂ©voltes de 1848.

 

 

 

L’échec d’Elsa, la perte de Lohengrin

 

Rienzi de WagnerDans Tannhäuser, Wagner précise la place du héros artiste, c’est à dire lui-même, incompris mais porteur d’avenir, qui est sauvé par l’amour d’une femme pure (Elisabeth). Avec Lohengrin, le héros est toujours porteur d’une mission salvatrice : sauver l’humanité mais sa rencontre avec une mortelle, Elsa (princesse de Brabant qu’il vient défendre chevaleresquement), se conclut par un échec : la jeune femme choisie par l’élu (descendu du ciel) se montre indigne de l’amour de Lohengrin… lequel, après avoir dévoilé son identité messianique et divine, rejoint le ciel. L’opéra porteur d’un amour romantique pur, pourtant prometteur, s’achève sur la perte de l’harmonie et l’échec du divin et de l’humain, de l’artiste et de la société. Il est vrai qu’Elsa, pourtant sincère, se laisse passivement manipuler par le couple noir Ortrud / Telramund.

 

A l’acte I, Telramund est vaincu… Wagner expose le contexte politique du Brabant chaotique : Telramund accuse la princesse Elsa de Brabant d’avoir assassiner son jeune frère Gottfried pour règne avec son mystérieux amant. Le Roi Henri l’oiseleur venu démêler l’intrigue demande à Elsa de choisir le héros qui saura défendre son honneur et se battre contre Telramund : un inconnu, étranger au Brabant s’avance alors et soumet Telramund.

Au II, la promesse d’Elsa… alors qu’il a acceptĂ© de dĂ©fendre Elsa si elle ne lui demande jamais qui il est, Lohengrin ne peut empĂŞcher que le doute et le soupçon gagner finalement le coeur de sa fiancĂ©e. C’est que le couple noir, celui de la sorcière Ortrud et de Telramund l’accusateur ne cesse de tirailler la princesse de Brabant… La noce qui s’annonce est voilĂ©e par le manque de confiance que la jeune femme rĂ©serve Ă  celui qui l’a pourtant sauvĂ©e.

Au III : L’Ă©chec d’Elsa, le dĂ©part de Lohengrin… Lohengrin tue Telramund mais Elsa a commis l’irrĂ©parable en posant la question Ă  son sauveur : qui est-il ? Lohengrin dĂ©voile devant tous son identitĂ© : il est le fils de Parsifal, gardien du sanctuaire contenant la Saint Graal Ă  Montsalvat ; mais le pouvoir magique qu’il dĂ©tient reste puissant tant qu’il demeure inconnu. En rompant la promesse qui les liait, Elsa a dĂ©truit leur avenir et provoque le retour de l’élu, Lohengrin,le chevalier blanc, au Ciel. AgenouillĂ©, Lohengrin ressuscite le jeune Gottfried (qu’Ortrud avait transformĂ© en cygne…) qui dès lors, incarne l’avenir encore incertain du Brabant, dĂ©sormais dĂ©muni, orphelin de la protection divine. Elsa trop fragile, s’évanouit et meurt dans les bras de son jeune frère ressuscitĂ©.

 

 

 

 

Wagner : Lohengrinboutonreservation
version de concert — opéra romantique en 3 actes
d’après Parzival de Wolfram von Eschenbach, et Lohengrin de Nouhuwius

NANTES, La Cité : vendredi 16, dimanche 18 septembre 2016

ANGERS, Centre de Congrès : mardi 20 septembre 2016

Semaine Ă  19h, le dimanche Ă  14h30

Avec Daniel Kirch, Lohengrin
Juliane Banse, Elsa
L’excellente mezzo française : Catherine Hunold, Ortrud
Robert Hayward, Telramund…
Orchestre national des Pays de La Loire
Pascal Rophé, direction

 

 

Réservations, infos, présentation sur le site d’ANGERS NANTES OPERA

 

DAVOIS-jean-paul-angers-nantes-opera-CARRE-portraitVOIR aussi notre entretien avec Jean-Paul Davois, directeur d’Angers Nantes Opéra / présentation de la nouvelle saison et de la production en version de concert de LOHENGRIN de Richard Wagner

 

 

 

Lohengrin Ă  Nantes et Ă  Angers

lohengrin-angers-nantes-opera-582-390NANTES, ANGERS : Lohengrin, 16,18,20 septembre 2016. En version de concert. Lohengrin, opĂ©ra conçu en 1848 Ă  l’époque des rĂ©volutions europĂ©ennes, sera crĂ©Ă© après le tumulte, en 1850 Ă  Weimar grâce Ă  l’engagement de son ami et bientĂ´t beau-père, Franz Liszt. Wagner est alors un compositeur fugitif, pourchassĂ© en Allemagne, Ă  cause de ses positions auprès des rĂ©volutionnaires. Fuyant Dresde (Ă  l’issu des journĂ©es de mai 1849), Wagner rejoint Paris puis Zurich, oĂą il se fixe jusqu’en 1860 : c’est lĂ  que dĂ©sespĂ©rĂ© et suicidaire, il Ă©bauche le projet de son grand Ĺ“uvre, La TĂ©tralogie. Fresque dĂ©jĂ  cinĂ©matographique d’une conception inouĂŻe et inĂ©dite alors dont la rĂ©alisation sera possible après Tristan und isolde, au moment de sa double rencontre, – toutes deux miraculeuses dans sa vie, Cosima, la fille de Liszt, qu’il Ă©pousera, et surtout Louis II de Bavière, jeune monarque possĂ©dĂ© par la poĂ©sie hĂ©roĂŻque et mĂ©diĂ©vale du compositeur, lequel avec Tannhäuser, crĂ©Ă© Ă  Dresde en 1845, et Lohengrin, a dĂ©finitivement Ă©laborĂ© l’opĂ©ra romantique germanique. Avec Genoveva de Schumann, exactement contemporaine de… Lohengrin, et comme ce dernier, crĂ©Ă© après les rĂ©voltes de 1848.

 

 

 

L’échec d’Elsa, la perte de Lohengrin

 

Rienzi de WagnerDans Tannhäuser, Wagner précise la place du héros artiste, c’est à dire lui-même, incompris mais porteur d’avenir, qui est sauvé par l’amour d’une femme pure (Elisabeth). Avec Lohengrin, le héros est toujours porteur d’une mission salvatrice : sauver l’humanité mais sa rencontre avec une mortelle, Elsa (princesse de Brabant qu’il vient défendre chevaleresquement), se conclut par un échec : la jeune femme choisie par l’élu (descendu du ciel) se montre indigne de l’amour de Lohengrin… lequel, après avoir dévoilé son identité messianique et divine, rejoint le ciel. L’opéra porteur d’un amour romantique pur, pourtant prometteur, s’achève sur la perte de l’harmonie et l’échec du divin et de l’humain, de l’artiste et de la société. Il est vrai qu’Elsa, pourtant sincère, se laisse passivement manipuler par le couple noir Ortrud / Telramund.

 

A l’acte I, Telramund est vaincu… Wagner expose le contexte politique du Brabant chaotique : Telramund accuse la princesse Elsa de Brabant d’avoir assassiner son jeune frère Gottfried pour règne avec son mystérieux amant. Le Roi Henri l’oiseleur venu démêler l’intrigue demande à Elsa de choisir le héros qui saura défendre son honneur et se battre contre Telramund : un inconnu, étranger au Brabant s’avance alors et soumet Telramund.

Au II, la promesse d’Elsa… alors qu’il a acceptĂ© de dĂ©fendre Elsa si elle ne lui demande jamais qui il est, Lohengrin ne peut empĂŞcher que le doute et le soupçon gagner finalement le coeur de sa fiancĂ©e. C’est que le couple noir, celui de la sorcière Ortrud et de Telramund l’accusateur ne cesse de tirailler la princesse de Brabant… La noce qui s’annonce est voilĂ©e par le manque de confiance que la jeune femme rĂ©serve Ă  celui qui l’a pourtant sauvĂ©e.

Au III : L’Ă©chec d’Elsa, le dĂ©part de Lohengrin… Lohengrin tue Telramund mais Elsa a commis l’irrĂ©parable en posant la question Ă  son sauveur : qui est-il ? Lohengrin dĂ©voile devant tous son identitĂ© : il est le fils de Parsifal, gardien du sanctuaire contenant la Saint Graal Ă  Montsalvat ; mais le pouvoir magique qu’il dĂ©tient reste puissant tant qu’il demeure inconnu. En rompant la promesse qui les liait, Elsa a dĂ©truit leur avenir et provoque le retour de l’élu, Lohengrin,le chevalier blanc, au Ciel. AgenouillĂ©, Lohengrin ressuscite le jeune Gottfried (qu’Ortrud avait transformĂ© en cygne…) qui dès lors, incarne l’avenir encore incertain du Brabant, dĂ©sormais dĂ©muni, orphelin de la protection divine. Elsa trop fragile, s’évanouit et meurt dans les bras de son jeune frère ressuscitĂ©.

 

 

 

 

Wagner : Lohengrinboutonreservation
version de concert — opéra romantique en 3 actes
d’après Parzival de Wolfram von Eschenbach, et Lohengrin de Nouhuwius

NANTES, La Cité : vendredi 16, dimanche 18 septembre 2016

ANGERS, Centre de Congrès : mardi 20 septembre 2016

Semaine Ă  19h, le dimanche Ă  14h30

Avec Daniel Kirch, Lohengrin
Juliane Banse, Elsa
L’excellente mezzo française : Catherine Hunold, Ortrud
Robert Hayward, Telramund…
Orchestre national des Pays de La Loire
Pascal Rophé, direction

 

 

Réservations, infos, présentation sur le site d’ANGERS NANTES OPERA

 

DAVOIS-jean-paul-angers-nantes-opera-CARRE-portraitVOIR aussi notre entretien avec Jean-Paul Davois, directeur d’Angers Nantes Opéra / présentation de la nouvelle saison et de la production en version de concert de LOHENGRIN de Richard Wagner

 

 

 

CD, coffret. André Cluytens à Bayreuth (Tannhäüser, Les Maitres Chanteurs, Lohengrin, 1955-1957-1958, 10 cd Membran)

cluytens bayreuth lohengrin tannhauser maitres chanteurs coffret 10 cd membran andre cluytens maestro wieland wagner 1956 1957 1958 critique compte rendu classiquenewsCD, coffret. AndrĂ© Cluytens Ă  Bayreuth (Tannhäüser, Les Maitres Chanteurs, Lohengrin, 1955-1957-1958, 10 cd Membran). Quand le français AndrĂ© Cluytens Ă©tait le maĂ®tre de Bayreuth… Membran rĂ©Ă©dite une partie de l’hĂ©ritage du maestro Cluytens, en 1956, 1957, 1958, pĂ©riode bĂ©nie sur la Colline verte qui depuis a bien dĂ©clinĂ© en qualitĂ© et en pertinence musicale. Le coffret de 4 opĂ©ras  wagnĂ©riens comprend la fameuse production des origines celle de 1955 : Tannhäuser donc qui inaugure la coopĂ©ration du chef français et du festival de Baureuth oĂą Ă  la grande joie de celui qui l’a conviĂ© – Wieland Wagner, le premier maestro hexagonal dans la place saisit par un souffle  irrĂ©sistible : fièvre active et aussi surtout poĂ©tique qui permet l’expression tendre, âpre,  enivrĂ©e et sensuelle ; approfondissant avec passion et intelligence ce Wagner ardent, orchestralement voluptueux et flamboyant aux atmosphères si fabuleuses (en exploitant la configuration spĂ©cifique de la fosse semi enterrĂ©e, le chef obtient dans les lointains cette onde des cordes caractĂ©ristique, enveloppante et Ă©vanescente, idĂ©alement onirique). Cluytens est un orfèvre-conteur exceptionnel qui cisèle le chant de l’orchestre, curieux et gĂ©nĂ©reux en dĂ©tails ; la maĂ®trise et la sensibilitĂ© Ă©clairent comme peu le talent du Wagner orchestrateur. Le remarquable atmosphĂ©riste veille aussi  Ă  l’Ă©quilibre chanteurs et fosse : et comme bientĂ´t Karajan et son Ring sculptĂ© chambriste pour le studio dès 1966 (mais Ă  Berlin car comme Solti, autre immense wagĂ©nrien, Karajan ne fit pas carrière Ă  Bayreuth!), Cluytens lui a le souci constant de l’intelligibilitĂ© du texte et donc de la clarification de chaque situation. Tout cela devait idĂ©alement fonctionner en accord avec les mises en scène de Wieland Wagner elles-mĂŞmes dĂ©pouillĂ©es jusqu’Ă  l’Ă©pure.

cluytens andre un francais a bayreuth wagnerien es meriteArdent bien que n’ayant pas l’âge du rĂ´le, le Tannhauser du quadra Wolfgang Windgassen exprime les dĂ©sirs et la volontĂ© de dĂ©passement du chantre dĂ©cadent (cf. son exhortation emportĂ©e aux plaisirs charnels, rĂ©miniscence de son sĂ©jour vĂ©nusien dit sa nature lascive), comme l’ĂŞtre culpabilisĂ© Ă  la fin du tournoi (fin du II), puis l’âme terrassĂ©e  en quĂŞte de purification. … Windgassen fait de Tannhäuser, figure de l’artiste Wagner en proie aux incomprĂ©hensions de son Ă©poque et de ses contemporain sur la mission salvatrice de son art, un ĂŞtre tiraillĂ©, tendu, profondĂ©ment agitĂ© (ce que confirme aussi sa prononciation spĂ©cifique : serpentine) ; sa confrontation initiale avec VĂ©nus après le Prologue (très convaincante Herta  Wilfert) est contrastĂ©e et vive. Puis l’assemblĂ©e des chantres affirme une tendresse linguistique très bien dĂ©finie que la prise live intensifie en ne gommant rien des dĂ©placements sur la scène. L’Elisabeth de GrĂ© Brouwenstjin affirme elle aussi une belle santĂ© vocale sens de la ligne vocale), coeur ardent et reflechi aux belles inflexions chambristes, prĂŞt Ă  dĂ©fendre le pĂŞcheur Tannhäuser. Et le Wolfram de DF Dieskau Ă©blouit pas sa finesse virile en tĂ©moin atteint mais impuissant et complice des amours d’Élisabeth et de Tannhäuser : le diseur rĂ©tablit avec justesse tout le travail spĂ©cifiquement de caractĂ©risation théâtrale dĂ©fendue par le maestro dans la fosse : du Wagner, articulĂ©, naturel, fin et subtil comme nous l’aimons, et tel qu’il n’existe plus Ă  Bayreuth.

 

 

 

Bayreuth 1955

Le Français André Cluytens conquiert Bayreuth

 

cluytens andre chef orchestre maestro classiquenewsAux cĂ´tĂ©s du Tannhäuser originel de 1955, le coffret comprend la fameuse nouvelle production des MaĂ®tres Chanteurs que Wieland Wagner crĂ©a dès 1956 avec la complicitĂ© de son chef fĂ©tiche et qui fut reprise en 1957 (la prĂ©sente bande) : l’idĂ©al artistique s’y Ă©coule avec tendresse et une ferveur dramatique inouĂŻe lĂ  encore (dont les saillies et accents comiques si finement troussĂ©s par un Wagner dĂ©cidĂ©ment complet et inattendu). Cluytens instille une tension et une gĂ©nĂ©rositĂ© humaine pour le trio bĂ©ni : Eva, l’inspiratrice ; Walther, l’apprenti maĂ®tre, mais aussi l’impĂ©tueux Ă  l’insolence gĂ©niale et rĂ©gĂ©nĂ©ratrice, enfin Ă©videmment Hans Sachs, modèle absolu pour tout artiste et donc double de Wagner. Comme dans Tannhäuser, le sens de l’intensitĂ© dans la ligne vocale, la justesse du chant, l’Ă©quilibre souverain entre la ciselure des instruments calibrĂ©s depuis la fosse et l’intonation de chaque air soliste… font merveille ici pour un Wagner intensĂ©ment théâtral, jamais disproportionnĂ©, proche du texte, essentiellement poĂ©tique. L’instant de grâce Ă©tant accompli lors du sublime quintette (Selig, wie die Sonne) au III oĂą le parti du bien, rĂ©ceptacle de la mission sacrĂ©e et salvatrice de l’art communie (accord miraculeux entre Sachs, Walther et Eva – angĂ©lique Elisabeth GrĂĽmmer, diamant Ă©tincelant au-dessus des voix)… Des trois opĂ©ras intĂ©graux, ce sont ces MaĂ®tres Chanteurs qui retiennent surtout notre attention faisant la valeur première ce de coffret historique.

Ferme cette brillante trilogie Cluytens Ă  Bayreuth, le Lohengrin de 1958. Fièvre jusqu’Ă  l’incandescence (ouverture que n’aurait pas renier un Baudelaire Ă©pris de bĂ©atitudes cĂ©lestes), surtout tempĂ©rament de feu et ardent pour une Elsa palpitante et subtile en tout point (LĂ©onie Rysaneck, autre diamant Ă  la fois Ă©tincelant et fĂ©brile que polit avec une complicitĂ© amoureuse le chef Cluytens, exploitant sa fragilitĂ© lumineuse, son irradiante sensibilitĂ©). Les deux rĂ´les noirs (Telramund et Ortrud sont finement ciselĂ©s eux aussi (ernest Blanc et Astrid Varnay).
CĂ´tĂ© attention du chef, on y dĂ©cèle une mĂŞme ardeur et Ă©nergie millimĂ©trĂ©e en particulier dans le III (cd3) : la direction Ă  la fois fine et puissante du maestro français excelle Ă  exprimer ce rĂŞve amoureux entre Elsa et le chevalier Ă©lu, miraculeux,Lohengrin : leur effusion tendre que viendra bientĂ´t dĂ©truire l’esprit du soupçon instillĂ© par Ortrud dans l’âme trop fragile et manipulable d’Elsa. Cluytens veille toujours Ă  la subtilitĂ© de l’articulation du texte et de la clartĂ© de la situation : d’autant que le Lohengrin de Sandor Konya s’engage, voix peut-ĂŞtre courte parfois mais tendre, aux aigus tendus : il fait un chevalier descendu du ciel d’une sĂ©duction virile certaine : sa grande confession, rĂ©vĂ©lation clĂ© de l’ouvrage oĂą il dĂ©voile son identitĂ© comme fils de Parsifal et sauveur mandatĂ© (In fernem Land…) affiche une dĂ©termination sobre, linguistiquement assurĂ©e. Les annĂ©es Cluytens / W. Wagner font espĂ©rer pour l’actuel Bayreuth des jours meilleurs.

 

 

CD, coffret. André Cluytens à Bayreuth (Tannhäüser, Les Maitres Chanteurs, Lohengrin, 1955-1957-1958, 10 cd Membran)

 

 

Livres. Philippe Godefroid. Wagner et le juif errant : une hontologie (L’Harmattan)

godefroid_wagner_juif-errant-hontologie-donner-la-mort--l-harmattan-livre-mars-2014Livres. Philippe Godefroid. Wagner et le juif errant : une hontologie (L’Harmattan). Voici le troisième volet de la tĂ©tralogie dramaturgique (et critique) entreprise par l’auteur aux Editions l’Harmattan. Au centre de l’esthĂ©tique wagnĂ©rienne ici analysĂ©e et mĂ©ticuleusement passĂ©e au crible, l’auteur met en lumière l’obsession du crĂ©ateur de Bayreuth vis Ă  vis de la corruption de l’art allemand par les tenants de la judĂ©itĂ©. IdĂ©alement documentĂ© chaque entrĂ©e permet une immersion passionnante dans l’atelier et la pensĂ©e de Wagner, dans le fonctionnement du couple Richard-Cosima, dont le cerveau partagĂ© exprime toujours et dans toutes les situations, une haine du juif assez terrifiante ; car ici, la posture tient d’un système politique tout Ă  fait conscient de ses enjeux et de ses consĂ©quences. L’auteur explique l’origine de ce phĂ©nomène, en particulier Ă  travers le thème de l’errance et de la judĂ©itĂ© : ont comprend ainsi que la pensĂ©e wagnĂ©rienne n’est pas nĂ©e de rien mais synthĂ©tise et rĂ©capitule tout un pan de la conscience artistique et culturelle allemande, soucieuse d’affirmer sa prĂ©Ă©minence et sa « pureté » sur l’ennemi français, face Ă  toute l’Europe romantique.

Il est des chapitres qui pris séparément se révèlent passionnants dont l’exception dans la vie et la carrière de Wagner, pied de nez à son système si méticuleusement formaté, conduit et piloté : le « cas » Hermann Levi, maestro virtuose qui se révéla interprète de Parsifal (après Lohengrin et Tannhäuser) comme personne avant lui et dont le seul défaut fut d’être… juif. Nonobstant ses origines, Wagner l’a bel et bien adoubé en 1881 le choisissant parmi tous les autres possibles, pour diriger la création de son dernier ouvrage à Bayreuth.

Wagner, artiste chrĂ©tien, nationaliste et antisĂ©mite allemand, a le souci de la puretĂ©, le soupçon de la corruption des ĂŞtres et de la perversion du monde ; il est obsĂ©dĂ© par la fin de l’Histoire (Le CrĂ©puscule des dieux tout en mĂ©nageant une issue bien peu prĂ©cise en dĂ©finitive : quel sens donner au dernier monologue de Brunnhilde pour conclure le Ring ?) ; sous une plume qui dĂ©montre sa connaissance dĂ©taillĂ©e des opĂ©ras de Wagner, l’auteur dĂ©voile des regards transversaux, analyse sous tous ses aspects l’identitĂ© profonde de chaque personnages et prĂ©cise en consĂ©quence, la relation qu’ils ont Ă  l’autre. Le regard est prioritairement psychanalytique et s’il se perd parfois en conjectures obscures, les connections qu’il Ă©tablit d’ouvrages en ouvrages, de personnages en personnages, dĂ©voile in fine, la cohĂ©rence organique et souterraine d’une oeuvre universelle.

La place du père, la filiation père et fils, le questionnement des origines plongent au coeur du doute wagnĂ©rien : qui suis-je ? D’autant plus que le compositeur serait en dĂ©finitive nĂ© d’un père juif… Principale est aussi le rĂ´le de la Femme en ces affaires, Ă©nigmatique et angoissant , catalyseur et castrateur (le «  cas Kundry » concentre ici toutes les contradictions d’une problĂ©matique constante).

L’auteur analyse et problématise tous les livrets de Wagner comme une source essentielle dont la cohérence n’est plus à débattre : chaque personnage y détient la clé d’une compréhension plus vaste. Mais en dehors des considérations purement psychanalytiques, le texte fourmillant d’innombrables digressions et développements sur tel thème répondant à un autre, souligne l’importance de la question wagnérienne : si le monde des hommes est corruptible, comment puis-je être sauvé ?

Philippe Godefroid: Wagner et le juif errant : une hontologie. Qui est ce qui est allemand ? – Donner la mort.  ISBN : 978-2-343-02761-6 • Parution : fĂ©vrier 2014 • 500 pages. Édition L’Harmattan.

CD. Wagner: the operas. Sir Georg Solti (Decca)

CD. Wagner: the operas. Sir Georg Solti (36 cd Decca)

le miracle Solti chez Wagner

Wagner_solti_ring_parsifal_lohengrin_wagnerAttention coffret miraculeux ! La voici enfin cette intĂ©grale qui reste avec celle de Karajan chez DG (Der Ring des Nibelungen), le temple discographique qui contient l’un des messages wagnĂ©riens les plus pertinents du XXème siècle. Aux chefs du XXIè de nous Ă©clairer et nous Ă©blouir avec une mĂŞme ardeur contagieuse ! Le Wagner du chef hongrois dĂ©borde de vie, de fureur, de vitalitĂ© enivrante… Orchestralement, la vision est des plus abouties; vocalement, comme toujours, les productions sont diversement pertinentes. Solti, bartokien, straussien, mozartien mais aussi verdien, occupe Decca dans des coffrets non moins indispensables. Mais, s’agissant de Wagner, l’apport est considĂ©rable.

Voici en 35 cd, 10 opĂ©ras parmi les plus connus (non pas les plus anciens , de jeunesse, encore meyerbeeriens et weberiens tels les FĂ©es ou Rienzi): Le Hollandais volant (Chicago, 1976), Lohengrin (Vienne, 1985-1986), Les MaĂ®tres Chanteurs (Vienne, 1975), Parsifal (Vienne, 1972), L’or du Rhin (Vienne, 1958), La Walkyrie (Vienne 1965), Siegfried (Vienne 1962), Le CrĂ©puscule des dieux (Vienne 1964), Tannhäuser (Vienne 1970), Tristan und Isolde (1960). L’Ă©diteur ajoute en bonus, rĂ©pĂ©tition et extraits: une rĂ©vĂ©lation quant Ă  la vivacitĂ© et l’Ă©nergie du chef au pupitre (rĂ©pĂ©tition de Tristan und Isolde avec John Culshaw en narrateur qui fut aussi le producteur entre autres accomplissements du Ring version Solti).

20 ans de studio avec le Wiener Philharmoniker

Le coffret comprend donc tout Wagner par Solti au studio chez Decca: soit une lecture wagnĂ©rienne de 1958 (L’or du Rhin, premier enregistrement de Wagner en stĂ©rĂ©o et Ă  ce titre, archive historique magnifiquement audible Ă  ce jour!) jusqu’au dernier enregistrement: Lohengrin de 1986. Les 10 opĂ©ras ainsi enregistrĂ©s montrent la passion de Solti pour le théâtre de Wagner pendant près de 20 ans, au moment de l’essor du cd avant la vague du compact disc: l’esthĂ©tique sonore avec effets spatialisĂ©s si tentants dans les mondes imaginĂ©s par Wagner pour le Ring Ă©clate aussi avec plus ou moins de rĂ©ussite (exactement comme la TĂ©tralogie de Wagner par Karajan chez DG): tout le tempĂ©rament volcanique, Ă©lectrique, d’une prĂ©cision exemplaire d’un Solti Ă©merveillĂ© par Wagner s’y rĂ©alise pleinement avec un orchestre dĂ©sormais en vedette pour cette quasi intĂ©grale: le Wiener Philharmoniker. C’est donc outre la valeur d’une interprĂ©tation historique Ă  l’endroit de Wagner, le testament discographique d’un authentique wagnĂ©rien, habile narrateur pour le studio. Karajan avait le Berliner Philharmoniker et sa touche carrĂ©e, impĂ©tueuse; Solti rĂ©ussit Ă  Vienne avec une phalange rĂ©putĂ©e pour la splendeur de ses cordes, cuivres et bois. L’orchestre qui Ă©blouit tant chez Strauss et Mozart, confère Ă  Wagner, de fait, une couleur marquante par son Ă©lĂ©gance et sa fluiditĂ©, son sens des couleurs et peut-ĂŞtre moins son chambrisme si proche du théâtre chez Karajan; Solti convoque surtout la fresque, l’exaltation lumineuse et solaire.

Un Ring de légende

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Quand Solti et le producteur John Culshaw proposèrent au lĂ©gendaire Walter Legge d’Emi le projet d’une intĂ©grale Wagner au studio, le sollicitĂ© chassa d’un revers de la main l’audacieuse offre, arguant qu’il ne se vendrait pas plus de 50 exemplaires : c’est Decca qui hĂ©rita du projet, portĂ© par le chef hongrois, odyssĂ©e qui reste Ă  ce jour le plus grand succès discographique de tous les temps. Une vision, une cohĂ©rence théâtrale de premier plan avait lancĂ© Culshaw quant il dĂ©couvrait la direction de Solti dans La Walkyrie Ă  Munich en 1950…
ClĂ© de voĂ»te du prĂ©sent coffret Wagner, la TĂ©tralogie s’Ă©coute toujours autant avec le mĂŞme intĂ©rĂŞt: connaisseurs du profil Ă©volutif de Wotan en cours d’action, les deux concepteurs Solti et Culshaw retiennent d’abord George London pour L’Or du Rhin puis surtout le mĂ©morable Hans Hotter, Wanderer dĂ©fait dans La Walkyrie et Siegfried, dĂ©truit pas Ă  pas rongĂ© par le poids et les consĂ©quences de ses propres lois… Autres incarnations flamboyantes et justes: la Brunnhilde de Birgit Nilsson (qui sera aussi son Isolde en 1960), le Siegfried de Wolfgang Windgassen, l’Ă©blouissante et si bouleversante Sieglinde de RĂ©gine Crespin en 1965, les Hunding et Hagen de Gottlob Frick… c’est Ă  dire les voix les plus solides d’alors pour Wagner.
Celui qui ne brilla jamais Ă  Bayreuth sauf une seule annĂ©e en 1983 (avec Peter Hall pour une nouvelle TĂ©tralogie) et qui dirigea un Ring avortĂ© Ă  Paris en 1976, trouve une Ă©clatante coopĂ©ration première Ă  Vienne avec le Philharmoniker… sous la baguette du chef, instrumentistes comme chanteurs s’embrasent littĂ©ralement.
Aux cĂ´tĂ©s du Ring lĂ©gendaire, ajoutons d’autres Ă©loquentes approches: le baryton sud-africain Norman Bailey dans le rĂ´le titre du Hollandais volant, abordĂ© dans la continuitĂ© des 3 actes (ce que souhaitait Wagner et qu’il ne put jamais appliquer); le Tannhäuser de RenĂ© Kollo; le Lohengrin de Placido Domingo, partenaire de Jessye Norman en Elsa; sans omettre un Parsifal lui aussi Ă©lectrique, au dramatisme trĂ©pidant et intensĂ©ment spirituel, regroupant en 1972, une distribution qui donne le vertige: Kollo (Parsifal), Amfortas (Dietrich Fischer -Dieskau), Christa Ludwig (Kundry), Gottlob Frick (Gurnemanz), Hans Hotter (Titurel)… Immense legs. Acquisition incontournable pour l’annĂ©e Wagner 2013.

Wagner: The operas. Georg Solti. Livret consistant comprenant notice de présentation sur Solti et Wagner: la carrière du chef, track listing, synopsis avec repères des places concernées pour chacun des 10 ouvrages wagnériens. Decca 36 cd 0289 478 3707 7 3.

Wagner. Les annĂ©es 1840 : Tannhäuser, Lohengrin…

Wagner: Les années 1840 à Dresde
Le Vaisseau fantĂ´me, Tannhäuser, Lohengrin… vers le Ring

Richard Wagner1843-1848: les opĂ©ras de la trentaine. En 1842, Rienzi avait marquĂ© une première synthèse indiscutable.  Mais mĂŞme s’il reste meyerbeerien, autant que beethovĂ©nien, Wagner change ensuite sa manière et la couleur de son inspiration avec Le Vaisseau fantĂ´me: il quitte l’histoire et ses rĂ©fĂ©rences naturellement pompeuses pour la lĂ©gende: Tannhäuser et surtout Lohengrin confirment cette direction poĂ©tique.Le Vaisseau FantĂ´me est crĂ©Ă© en 1843 Ă©galement Ă  Dresde et suscite un scandale: wĂ©bĂ©rien et surtout wagnĂ©rien, l’ouvrage prĂ©cise aux cĂ´tĂ©s du hĂ©ros maudit, la place d’une hĂ©roĂŻne amoureuse (Senta), dĂ©terminĂ©e, sacrificielle dont l’amour pur permet le salut du Hollandais errant. Avec le Wanderer navigateur, Wagner invente un nouveau type de dĂ©clamation, plus ample que le rĂ©citatif, mĂ©lodiquement structurĂ© sur le texte auquel il est Ă©troitement infĂ©odĂ©. Premier grand opĂ©ra romantique, Le Vaisseau FantĂ´me dĂ©passe les leçons de Weber et de Marschner; Wagner rĂ©alise dĂ©jĂ  son idĂ©al rĂŞvĂ© d’un opĂ©ra oĂą chant et musique fusionnent dans le seul but d’expliciter et de commenter le drame.Tannhäuser crĂ©Ă© Ă  Dresde en 1845 va plus loin encore: orchestration foisonnante et subtile, usant avec finesse des leitmotive (plus riche que dans Le Vaisseau FantĂ´me); surtout, si l’on retrouve la prĂ©sence d’une femme salvatrice (Elisabeth, opposĂ©e Ă  la vĂ©nĂ©neuse VĂ©nus), le rapport du poète hĂ©ros (Tannhäuser) avec la sociĂ©tĂ© des hommes n’est pas sans contradictions ni tensions conflictuelles: douĂ© d’une vision supĂ©rieure, le hĂ©ros affronte l’Ă©troitesse bourgeoise des classes dominantes. S’il est bien l’Ă©lu capable de rĂ©former le monde, son action reste totalement incomprise: dans le retour de Rome,  Tannhäuser invente un nouveau type de tĂ©nor, prolongement de Florestan de Fidelio de Beethoven. En relation avec sa propre expĂ©rience, la vie terrestre qu’y reprĂ©sente Wagner, n’est qu’Ă©preuves et souffrance, frustration et insatisfaction; la mort offre souvent une alternative, une dĂ©livrance finale (ce qui sera valable pour Tristan et le CrĂ©puscule des Dieux: Isolde et BrĂĽnnhilde meurent chacune en fin d’ouvrage en une extase amoureuse libĂ©ratrice). Du reste, l’hĂ©roĂŻne fĂ©minine esquissĂ©e par Senta dans Le Vaisseau FantĂ´me, se prĂ©cise avec BrĂĽnnhilde et Isolde.

Il en va tout autrement avec Lohengrin, composĂ© de 1845 Ă  1848. L’opĂ©ra n’est crĂ©Ă© qu’en 1850 et offre avec Genoveva de Schumann, strictement contemporaine de Lohengrin (et aussi crĂ©Ă©e après les rĂ©volutions de 1848), un premier aboutissement de l’opĂ©ra romantique allemand construit sur une trame lĂ©gendaire nourrie de plusieurs sources. Les Ă©vĂ©nements se prĂ©cipitent: proche de Bakounine, Wagner le rĂ©volutionnaire se range du cĂ´tĂ© des insurgĂ©s: poursuivi, il fuit Dresde jusqu’Ă  Weimar oĂą son admirateur et ami Liszt, l’aide Ă  gagner Zurich en Suisse. Le compositeur d’opĂ©ras se fait alors thĂ©oricien de la musique: il expose dans l’Art de la rĂ©volution (1849), OpĂ©ra et drame (1851), ses propres conceptions de la musique et du théâtre lyrique. Jamais art et vie n’ont Ă©tĂ© plus entremĂŞlĂ©s. Liszt crĂ©e Ă  Weimar Lohengrin en 1850. Grand air du tĂ©nor, choeurs omniprĂ©sents, couple noir (Telramund/Ortrud)… climat fĂ©erique mais d’une force rĂ©aliste manifeste, Lohengrin prĂ©cise davantage le système lyrique wagnĂ©rien: subtilitĂ© des leitmotive, suprĂ©matie du hĂ©ros dont l’offre de salut est incomprise par les hommes qui en sont indignes; surtout impossibilitĂ© de l’amour: Elsa trop naĂŻve, manipulĂ©e par Ortrud, se laisse guider par le poison du doute et perd l’amour que lui offrait l’Ă©lu Lohengrin, venu pourtant pour la sauver…

Les annĂ©es 1850: vers le Ring…
Wagner après Le Vaisseau, Tannhäuser, Lohengrin achève son second cycle stylistique. La force de son Ă©criture dans les annĂ©es dĂ©cisives de 1840 montre Ă  quelle point il est en accord avec les assauts rĂ©volutionnaires de son Ă©poque. Il rĂ©invente l’opĂ©ra au moment oĂą les sociĂ©tĂ©s et les rĂ©gimes politiques implosent. Le feu rĂ©volutionnaire semble mĂŞme nourrir la flamme crĂ©atrice.  Wagner se pose radicalement comme un solitaire dĂ©calĂ© (Ă  la diffĂ©rence de Verdi qui après 1848 est au sommet de sa gloire). Rien de tel chez Richard qui reste persona non grata, exilĂ© et poursuivi, Ă©tabli en Suisse; ses ouvrages sont tous interdits et les annĂ©es 1850 sont pourtant celles d’une production Ă©blouissante dont la justesse et la puissance dĂ©coulent d’un travail abstrait, dans le cabinet, en dehors des impĂ©ratifs de calendrier et des contraintes liĂ©es aux interprètes disponibles : tous les piliers de la future TĂ©tralogie : L’Or du Rhin (1854), La Walkyrie (1856), Siegfried (1857), mais aussi Tristan (1859) sont Ă©laborĂ©s sans idĂ©e des chanteurs prĂ©cis, sans confrontation aux interprètes, sans le contexte de commande Ă  livrer… Le temps de la conception s’est imposĂ©; il a prĂ©servĂ© la profonde unitĂ© de l’Ĺ“uvre lyrique de la maturitĂ©. A partir de 1848, le compositeur retient l’idĂ©e de mettre en musique la lĂ©gende des Nibelungen: la mort de Siegfried est d’abord Ă©crite, puis Wagner sur les traces de la Trilogie d’Eschyle (L’Orestie), songe Ă  Ă©crire un prĂ©lude sur…  la jeunesse de Siegfried: remonter aux sources, Ă  la genèse de l’histoire de Siegfried… en remontant le fil de l’action, Wagner pĂ©nètre dans la dimension psychologique, du manifeste Ă  l’inconscient, en sorte une dĂ©marche freudienne avant l’heure. Peu Ă  peu le projet se construit, s’Ă©toffe; le poème du Ring est fini en 1852; sa composition le sera en … 1874. Dès lors, l’auteur est sur le mĂ©tier de son Ĺ“uvre la plus aboutie (Der Ring), oĂą mĂŞme si la formulation poĂ©tique du livret est parfois pompeuse, rien n’Ă©gale la puissance des idĂ©es dĂ©sormais indissociables de la trame orchestrale. Verbe et musique s’unissent pour rĂ©aliser l’unitĂ© et l’accomplissement du drame, l’oeuvre de la mĂ©moire et l’Ă©paisseur des expĂ©riences vĂ©cues: aucun individu sur la scène n’Ă©chappe au dĂ©voilement de sa nature profonde ni au travail d’une lente mĂ©tamorphose.

calendrier Wagner 2013

les productions et événements  à ne pas manquer en 2013

Paris, Opéra Bastille
Le Ring 2013 par Philippe Jordan (direction) et GĂĽnter Krämer (mise en scène): reprise contestĂ©e et pourtant pour nous attendue, la production du Ring Ă  Bastille reste l’une des rĂ©alisations de l’ère Joel, parmi les plus rĂ©ussies, en particulier pour L’Or du Rhin puis La Walkyrie.
L’Or du Rhin, Ă  partir 29 janvier 2013
Le festival Wagner: Der Ring 2013, l’intĂ©gralitĂ© de la TĂ©tralogie en continu (ou presque): les 18, 19 puis 23 et 26 juin 2013

Monte Carlo, Opéra
récital lyrique Wagner
Auditorium Rainier III
les 8 et 10 février 2013
Jonas Alber, direction
Acte I de La Walkyrie
Acte II de Tristan und Isolde
Robert Dean Smith, Ann Petersen


Opéra du Rhin
Mulhouse et Strasbourg

Tannhäuser
Du 24 mars au 8 avril 2013

Constantin Trinks, direction
Keith Warner, mise en scène
Scott MacAllister (Tannhäuser)



coup de coeur classiquenews
Dijon, Opéra
Le Ring 2013 par l’excellent Daniel Kawka. On le savait wagnĂ©rien convaincu; son Tristan und Isolde (Oliver Py, mise en scène, juin 2009) prĂ©sentĂ© sur la scène du Théâtre Dijonais avait Ă©tĂ© saluĂ© par la rĂ©daction de classiquenews: aucun doute Daniel Kawka qui est aussi fondateur et chef principal de l’Ensemble Orchestral Contemporain reste le champion de cette annĂ©e Wagner Ă  venir en France: ne manquez chaque volet de sa TĂ©tralogie: une rĂ©alisation d’ores et dĂ©jĂ  passionnante voire historique si le plateau vocal est Ă  la hauteur de l’exigence du maestro.  A partir d’octobre 2013. Infos Ă  venir. Visiter le site de l’OpĂ©ra de Dijon.