LOHENGRIN 2016 : Anna Netrebko chante ELSA

wagner lohengrin dresde dvd deutsche grammophon anna netrebko piotr beczala par classiquenewsarte_logo_2013ARTE, lun 9 mars 2020, 5h. LOHENGRIN. Anna Netrebko chante Elsa, aux côtés de Piotr Beczala en Lohengrin, tendre, ardent, d’un format wagnérien plutôt convaincant.  A Dresde en 2016 sous la direction tendue, carrée de Thielemann, le timbre charnel de Netrebko réussit sa prise de rôle d’Elsa. Quand ANNA NETREBKO chante Elsa dans Lohengrin de Wagner, c’est toute la planète opéra qui retient son souffle, curieuse de suivre les prises de rôles de la chanteuse. Après ses Verdi qu’on a déclarés dangereux, et qui furent enivrants (Leonora du Trouvère puis Lady Macbeth, de Salzbourg au Metropolitan de New York), la voici en mai 2016 (juste avant son disque PUCCINI où elle osera incarner Liù et surtout Turandot… (cd Vérisme, CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2016) là encore enivrante), à Dresde sous la baguette de Christian Thielemann dans Elsa…
Pour l’anniversaire de Wagner, ce 22 mai, l’Opéra de Dresde, d’ordinaire si Straussien, retransmet ce Lohengrin sur la place de l’Opéra, en grands écrans; Les 2 prises de rôles méritaient bien ce focus médiatique et populaire : Lohengrin et Elsa, soit Piotr Beczala et Anna Netrebko, prêts à relever les défis de leurs personnages respectifs. Précisément, que donnent deux Verdiens avérés chez le jeune et romantique Wagner inspiré par la légende Arthurienne et Parsifalienne ?
D’emblée voilà une Elsa moins mièvre qu’à l’ordinaire, trouvant la juste balance entre passivité romantique et autodétermination digne quoique blessée. En robe blanche, – celle d’une princesse accusée et martyr, Anna Netrebko forge un personnage crédible et indiscutablement profond. Ce qui prime et saisit chez la soprano austrorusse qui multiplie depuis 3 saisons les prises de rôles plutôt surprenantes, c’est l’incandescente sincérité de son chant, porté par un timbre sensuel et tendre, aux aigus charnels et ronds, toujours aussi percutants et irrésistibles. Ce, malgré une ligne parfois en déséquilibre, une intonation pas toujours égale, et un souffle incertain… autant de limites qui avaient atténué ses Quatre derniers lieder de Strauss sous la direction de Barenboim. Mais l’allemand de son Wagner a progressé. Conférant au personnage d’Elsa, une intériorité poétique plus évidente. D’autant que la soprano ne manque pas d’intensité et d’ardeur radicale (comme une Mirella Freni), son angélisme pouvant rugir aussi… aussi fort et intensément que la manipulatrice qui finalement la soumet peu à peu, Ortrud (Evelyn Herlitzius).
Piotr Beczala a le timbre ardent lui aussi et tendre de l’élu descendu sur terre, mais la voix peine à couvrir les ensembles et le style se durcit, avec aigus claironnants pas réellement nuancés, en particulier dans son grand air de révélation : cf le récit du Graal / In fernem Land, dans lequel le fils de Parsifal dévoile son identité quasi divine et prétendument salvatrice…).

Lohengrin : Piotr Beczala
Elsa von Brabant : Anna Netrebko
Heinrich der Vogler : Georg Zeppenfeld
Friedrich von Telramund: Tomasz Konieczny
Ortrud : Evelyn Herlitzius
Chœurs de l’Opéra d’Etat de Saxe
Staatskapelle de Dresde
Direction musicale : Christian Thielemann
Mise en scène : Christine Mielitz
Dresde, Semperoper, enregistré en mai 2016

arte_logo_2013ARTE, lun 9 mars 2020, 5h. LOHENGRIN. Anna Netrebko chante Elsa… Quand ANNA NETREBKO chante Elsa dans Lohengrin de Wagner, c’est toute la planète opéra qui retient son souffle, curieuse de suivre les prises de rôles de la chanteuse. Après ses Verdi qu’on a déclarés dangereux, et qui furent enivrants, voici sa première héroïne wagnérienne Elsa, dans la droite ligne de sa lecture si contestée aussi des Quatre derniers lieder de Strauss / Vier Lietzte Lieder, sous la direction de Daniel Barenboim (1 cd DG – 2015)...

LIRE aussi notre critique du dvd WAGNER : LOHENGRIN (Netrebko, Beczala, Thielemann, Dresde 2016, 2 dvd Deutsche Grammophon).
https://www.classiquenews.com/dvd-compte-rendu-critique-wagner-lohengrin-netrebko-beczala-thielemann-dresde-2016-2-dvd-deutsche-grammophon/

LIVRE événement, annonce. CHARLES LAMOUREUX par Yannick Simon : « Chef d’orchestre et directeur musical au XIXe siècle » / Actes Sud / Palazzetto Bru Zane

LAMOUREUX livre yannick simon critique livre actes sud edition critique classiquenews-Charles-Lamoureux-chef-dorchestre-et-directeur-musical-au-XIX-636x1024LIVRE événement, annonce. CHARLES LAMOUREUX par Yannick Simon : « Chef d’orchestre et directeur musical au XIXe siècle » / Actes Sud / Palazzetto Bru Zane, 2020. Dans le dernier tiers du XIXè « romantique », le chef d’orchestre Charles Lamoureux (1834-1899), hyperactif et militant marque la vie musicale parisienne : fondateur d’un Quatuor, d’une société de musique chorale participant à l’exhumation des grandes pages du passé (Société française de l’Harmonie sacrée fondée en 1873, une chorale d’amateurs avec laquelle il joue les grands oratorios de Haendel et les Passions de JS Bach…), le maestro légendaire fonde en 1881, la Société des nouveaux concerts, c’est à dire les fameux « Concerts Lamoureux ». Jusqu’en 1899, Lamoureux dirige un collectif de musiciens au service de ses goûts orchestraux, en particulier les opéras de Wagner (quand les institutions de concerts concurrentes : Pas de loup ou Colonne… jouent plutôt Berlioz).

 

 

 

Quand Lamoureux diffusait Wagner à Paris…

 

 

lamoureux-charles-portrait-chef-Charles_Lamoureux-chef-maestro-classiquenews-livre-yannick-simon-critique-classiquenewsNé à Bordeaux, il étudie au Conservatoire de Paris, et y obtient un 1er prix de violon (en 1854). Il doit son solide métier instrumental puis de direction d’orchestre grâce à ses fonctions successives : violoniste dans l’orchestre de l’Opéra (1853), puis au sein de la Société des concerts du Conservatoire (1863), où il devient chef d’orchestre adjoint en 1872. Le geste visionnaire de Charles Lamoureux, comme directeur de sa propre société de concerts, sait outrepasser le contexte géopolitique en France depuis 1870, où parce que l’Allemagne menace et défie les Gaulois, toutes les musiques d’Outre-Rhin sont suspectes, en premier lieu Wagner. Directeur musical, chef d’orchestre, entrepreneur, administrateur, programmateur, on doit à Charles Lamoureux la diffusion la plus large et constante des pages wagnériennes à Paris, comme Habeneck au sein de la Société des concerts du Conservatoire avait dans la première moitié du siècle, fait connaître les symphonies de Beethoven.

Lamoureux ne désarme pas contre les défenseurs de la musique franco-française : il dirige Lohengrin (le 3 mai 1887, à l’Éden-Théâtre, avec d’Indy qui prépare les chœurs), puis en 1891 à l’Opéra, mais aussi Tristan und Isolde, au Nouveau Théâtre en 1899 (l’année de sa mort, à 65 ans) ; tout en jouant les compositeurs hexagonaux. La musique nouvelle est sa spécialité. En dehors des antagonismes partisans dont aime à se délecter le petit milieu musical parisien, Lamoureux voit grand et large, allemand ET français ; en une période où les patriotismes sont exacerbés de part et d’autre des frontières, où il est de bon ton de montrer dans quel camp l’on est. Lamoureux permet finalement à Wagner l’occasion de prendre sa revanche après l’échec cuisant de son Tannhäuser, objet d’une cabale après ses 3 représentations parisiennes de 1861. Le wagnérisme devient total, 20 ans plus tard, grâce à Lamoureux, partisan infatigable (dans le sillon de Baudelaire). L’auteur analyse les jalons d’une activité musicale unique à Paris, celle du chef et producteur Charles Lamoureux. Il montre en particulier la volonté et l’ambition d’un musicien, entrepreneur courageux pour lesquels le succès et les revenus furent aussi précaires que le public, volatile. Critique à venir dans le mag cd dvd livres de classiquenews.

 

 

 

 
 

 

 

 

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DVD, critique. WAGNER : Lohengrin – 1 dvd DEUTSCHE GRAMMOPHON (Thielemann, Beczala, Meier… Bayreuth juillet 2018)

WAGNER LOHENGRIN THIELEMANN YUVAL SHARON DVD DEUTSCHGE GRAMMOPHON juillet 2019 bayreuth critique opera classiquenews review dvd classiquenews Waltraud meier, harteros beczala zeppenfeld critique dvd critique opera classiquenews dg0735621DVD, critique. WAGNER : Lohengrin – 1 dvd DEUTSCHE GRAMMOPHON (Thielemann, Beczala, Meier… Bayreuth juillet 2018). Le petit milieu lyrique avait fait des gorges chaudes pour cette production de Bayreuth, inaugurant une nouvelle mise en scène de Lohengrin, le chevalier céleste descendu des cintres pour sauver l’humanité indigne… Ce devait être aussi une prise de rôle en juillet 2018 pour Alagna. Patatras le Français abandonna et ce fut Piotr Beczala qui reprit le défi, quasi in extremis. Dans une réalisation tout à fait convenable, même… globalement convaincante.
D’autant que le parti est assez audacieux et contrevient à l’idéalisation fantasmatique qui est le propre du héros messianique : Yuval Sharon détruit le mythe du chevalier ici, sans cygne, mais anti héros, indécis, instable. Pire, d’un glaciale indifférence aux désirs de la princesse de Brabant, Elsa dont l’autorité est menacée par le couple noir Telramund / Ortrud. Il y a même du sadisme chez celui qui de Chevalier libérateur et protecteur, devient un demi bourreau, souhaitant faire payer à la naïve Elsa, celle qui pose la question interdite (dévoilant du même coup osons le dire, sa stupidité et son manque de confiance) : au III, Lohengrin n’a rien d’un époux aimant et compréhensif pour la jeune oie imbécile.
certes, l’heure médiatique et l’actualité étaient au mouvement pour la protection des femmes et contre le harcèlement professionnel (#balancetonporc)… d’où des scènes de supplices infligés aux femmes en second plan ; trop opportuniste, la mise en scène a pêché en voulant à tous prix faire coïncider la trame du livret avec cette honte internationale. L’équation actualité et opéra aurait pu être mieux réussi, en finesse comme en références maîtrisées : n’est pas directeur d’acteurs-chanteurs ni metteur en scène, qui veut (présence de la centrale électrique, pour le moins incongrue ; de même, quel sens donner à la présence des petites ailes aux dos des personnages, que gagne Lohengrin à l’issue de son combat vainqueur, contre Telramund ?… ).

BECSALA, HARTEROS, MEIER, ZAPPENFELD…
Quatuor gagnant pour le nouveau LOHENGRIN de Bayreuth

Sous la baguette, toujours active et caractérisée de Christian Thielemann (dont le teutonisme sied bien au relief néogothique du Romantique Wagner), saluons la langue contrastée, bondissante de l’orchestre, selon les tableaux) ;
Venu sauver ce qui pouvait l’être, le ténor polonais Piotr Beczala assume cette quasi prise de rôle à Bayreuth (il avait chanté le rôle à Dresde déjà) : en dépit d’aigus parfois mal couverts, tendus, imprécis, le chanteur séduit en Lohengrin, se hisse jusqu’aux traces du champion actuels (à Bayreuth) : Klaus Florian Vogt, d’autant que le nouveau n’a pas la maîtrise naturelle de l’allemand. Face à son angélisme vocal (malgré le sadisme souhaité par le metteur en scène), l’Elsa de Anja Harteros sonne presque trop sombre, révélant dans la puissance de réelles aptitudes à nuancer son personnage (pourtant de godiche manipulée par Ortrud).
La production de ce Lohengrin 2018 gagne aussi de la présence du mezzo noble et grave, trouble et fulgurant de l’immense Waltraud Meier (laquelle aura chanter tous les grands rôles féminins de Wagner, d’Ortrud à Isolde). Son retour à Bayreuth où elle a chanté dès 1983 (Parsifal, Kundry anthologique), affirme son charisme vocal, une présence dramatique surtout qui souligne l’art de l’actrice et de la tragédienne, fauve analytique, jaugeant chaque partenaire avec un appétit et une tension, ultimes. Les ressources sont réduites car sa carrière est derrière elle, mais quelle intonation, quelle intelligence dramatique, quelle diseuse capable de faire scintiller le théâtre wagnérien. Même autorité et évidence musicales pour le Roi Heinrich de Georg Zeppenfeld, devenu depuis quelques années, un familier de Bayreuth.
Saluons enfin le chœur préparé par Eberhard Friedrich qui fait mouche par sa plasticité et son engagement : un modèle dans le genre et la confirmation qu’ils sont pour chaque spectacle local, un pilier garant de réussite scénique.

Malgré les incohérences de la mise en scène, la solidité du cast vocal sauve cette nouvelle production de Lohengrin : le quatuor principal demeure quasi exemplaire.

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DVD, critique. WAGNER : Lohengrin – 1 dvd DEUTSCHE GRAMMOPHON – Ref. N°0735621 – Bayreuth juillet 2018 / Parution le 5 juillet 2019.
Op̩ra romantique en trois actes РLivret du compositeur
Créé à Weimar le 28 août 1850
BAYREUTH, juillet 2018
Direction musicale : Christian Thielemann
Mise en scène : Yuval Sharon
Décors et costumes : Néo Rauch et Rosa Loy
Lumières : Rainhard Traub

Lohengrin : Piotr Beczala
Elsa : Anja Harteros
Ortrud : Waltraud Meier
Telramund : Tomasz Konieczny
Le Roi Henri : Georg Zeppenfeld
Le Héraut du Roi : Egils Silins
Les quatre nobles : Michael Gniffke, Eric Laporte, Kay Stiefermann, Timo Riihonen

Choeurs et Orchestre du Festival de Bayreuth
Chef des choeurs : Eberhard Friedrich

 

 

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CD, critique. Wagner: Lohengrin (Nelsons, Vogt, Zeppenfeld. Bayreuth 2011, 2 cd Opus Arte)

wagner lohengrin bayreuth 2011 zeppenfeld vogt dasch rasilainen lang youn andris nelssons cd reviex critique cd par classiquenews cd opus arte 1533641746133687_resize_265_265CD, critique. Wagner: Lohengrin (Nelsons, Vogt, Zeppenfeld. Bayreuth 2011, 2 cd Opus Arte)… Retransmis sur Arte dès août 2011, la production mise en scène par Neuenfels ne brillait pas par son onirisme mais un schématisme radical à grand renfort d’images objets gadgets, peu esthétiques mais très compréhensibles. Heureusement la réalisation musicale sous la baguette nerveuse d’Andris Nelsons, qui depuis a démontré sa valeur pour DG chez Bruckner et Mahler, sauve le spectacle d’un vrai naufrage visuel…
Voici la critique de notre confrère Lucas Irom, rédigé au moment de la transmission du direct de Bayreuth, le 14 août 2011, sur Arte :

D’abord, critique de la réalisation scénique … Plateau froid comme un glaçon (où plutôt comme un laboratoire aseptisé) où pullulent des rats numérotés, noirs ou blancs selon qu’ils se rangent du côté de l’un des partis opposés, … le constat est sans appel face une une mise en scène délirante et hors sujet, au déroulement incompréhensible : « Lohengrin dénaturé… Dans Lohengrin (créé à Dresde en 1848), Wagner traite de la rencontre improbable mais fantasmatique: celle de l’humain faillible et vulnérable, et du divin, exceptionnellement incarné. Or qu’avons nous sur la scène de Bayreuth? une foire aux gadgets, des mouvements de choeurs inexistants et sans précisions, un jeu d’acteurs convenu, d’une frontalité statique si ennuyeuse… Et ces rats qui envahissent la scène affichant enfin leurs visages humains en présence du héros providentiel
que doivent-ils réellement apporter à la révélation de l’oeuvre?, écrit notre confrère. LIRE ici la critique complète de Lohengrin à Bayreuth, avec témoignage de la mise en scène (direct Arte août 2011) :
http://www.classiquenews.com/bayreuth-direct-arte-le-14-aot-2011-wagner-lohengrin-klaus-florian-vogt-lohengrin-georg-zeppenfeld-choeurs-et-orchestre-du-festival-de-bayreuth-andris-nelsons-direction-nbs/

LIRE aussi la critique du dvd édité par Opus Arte dans la foulée de l’enregistrement à Bayreuth en août 2011
http://www.classiquenews.com/wagner-lohengrin-vogt-nelsons-bayreuth-20112-dvd-opus-arte/

ET SUR LE PLAN VOCAL ET ORCHESTRAL ? Si l’on se place sur le plan vocal et musical que vaut cette production si attendue et qui déçoit tant visuellement et scéniquement? Evidemment il fallait fixer le souvenir de la distribution… proche de l’idéal.
Le roi Henri (Georg Zeppenfeld) et son héraut (Samuel Youn) sont très engagés vocalement, voire impeccables; passons le Telramund souvent outré et sans guère de subtilité de Tómas Tómasson; la déception vient évidemment de l’Elsa d’Annette Dasch: petite voix serrée, justesse vacillante, aucune lumière ni magnétisme: on comprend hélas que cette âme omantique soit dépassée par l’ampleur du héros venu la sauver…
Car, pendant et strict opposé de Jonas Kaufmann qui pourtant a marqué le
rôle ici même, Klaus Florian Vogt irradie par la pureté angélique de son timbre: le ténor allemand est un Lohengrin fin et captivant, dans lequel le divin et l’humain fusionnent. Saluons la force démoniaque, vraie entité du mal et rivale manupulatrice d’Elsa qu’incarne avec style Petra Lang dans le rôle si captivant d’Ortrud (la sorcière qui est l’origine de tout le drame)… Les choeurs sont à la hauteur du festival comme l’orchestre d’ailleurs, grâce à la direction très enflammée d’Andris Nelssons.

 

 

 

 

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Wagner: Lohengrin. Avec : Klaus Florian Vogt (Lohengrin), Georg Zeppenfeld (Henri l’Oiseleur), Annette Dasch (Elsa von Brabant), Tómas Tómasson (Friedrich von Telramund), Petra Lang (Ortrud), Samuel Youn (Le héraut d’armes du roi). Choeurs et orchestre du Festival de Bayreuth. Direction musicale : Andris Nelsons. Mise en scène : Hans Neuenfels. Bayreuth août 2011. 2 cd OPUS ARTE.

Compte rendu, opéra. Nantes, Cité des Congrès, le 18  septembre 2016. Wagner : Lohengrin, version de concert. Daniel Kirch, Catherine Hunold,… Orch. nat. des Pays de la Loire. Pascal Rophé, direction.

lohengrin- vignette 160 ANO-16-18-20-septembre-2016-ano-lohengrin-skryscraper-160-600Compte rendu, opéra. Nantes, Cité des Congrès, le 18  septembre 2016. Wagner : Lohengrin, version de concert. Daniel Kirch, Catherine Hunold,… Orch. nat. des Pays de la Loire. Pascal Rophé, direction. Plateau solide et efficace, surtout orchestre dans la puissance et la nuance. … ce Lohengrin made in Nantes, de surcroît en version de concert …. vaut bien des Bayreuth;  inutile de bouder votre plaisir, Jean-Paul Davois, directeur bien inspiré d’Angers Nantes Opéra, confirme une belle intuition : en programmant sur la scène de la Cité des Congrès de Nantes, ce Wagner sans décors ni costumes, le directeur général nous offre une immersion dans la grande forge wagnérienne ; car c’est bien le chef et l’orchestre qui en sont les vedettes;  instruments acteurs, au verbe foisonnant et aux accents millimétrés, tant la direction du chef Pascal Rophé nous satisfait, et même nous comble par une sobriété soucieuse de couleurs ; habile et ductile dans l’enchaînement des épisodes dramatiques ; très convaincante dans l’équilibre des pupitres, jouant sur le relief  des cuivres omniprésents  (l’enjeu ici à travers de nombreux passages militaires est bien là préservation de l’Empire allemand); jouant tout autant de la rutilante harmonie des bois…  d’un magicien angélisme quand paraît à chaque fois la trop candide Elsa (flûtes aériennes, évanescentes).

davois et maestro rophe lohengrin nantes angers opera critique classiquenewsPascal Rophé se saisit du drame wagnérien où triomphe supérieur, souverain, le venin haineux d’Ortrud, seule capable de chasser l’unique chevalier venu de Montsalvat pour sauver la jeune ( et si démunie) duchesse de Brabant, et surtout le succès des armées impériales. Malgré la lumière que convoque chaque apparition du  chevalier au cygne, Lohengrin, Wagner conçoit un opéra viscéralement noir, et sans issue, soulignant combien aimer en confiance est impossible, combien les hommes ne méritent pas la chance de salut qui leur est, une fois dans leur vie, accordé. La féerie médiévale est conduite par une vision désespérée d’un compositeur qui est lui-même, à l’époque de la conception de son opéra, inquiété, pourchassé, rendu fugitif en Europe. Photo ci contre : Jean-Paul Davois et le maestro Pascal Rophé (DR), nouvelle coopération prometteuse, déjà riche en arguments convaincants grâce à ce Lohengrin de début de saison 2016-2017… 

 

 

 

Angers Nantes Opéra réussit à réunir chanteurs, chœurs, orchestre et chef en une production convaincante

Une offre wagnérienne à Nantes et à Angers qui ne se refuse pas…

 

 

Dès l’ouverture, la direction de Pascal Rophé affirme une conception volontaire et très précise du drame ; la clarté du geste saisit ; la construction réalise ce prodigieux rêve d’Elsa dont l’éclat (premier coup des timbales) marque l’implosion prodigieuse qui se transmet jusqu’au chevalier qui ayant entendu sa prière, descendra du ciel, pour la sauver… Directeur musical de l’Orchestre national des Pays de la Loire depuis 2014, Pascal Rophé tout au long de la soirée se montre un wagnérien captivant ; on suit le chef sans sourciller, le laissant nous conduire d’un acte à l’autre avec une subtilité sobre réellement habile et très juste. La coopération entre le chef, son orchestre et Angers Nantes Opéra se révèle en ce sens positive, et … prometteuse.

 

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HUNOLD catherine-hunold1Vocalement, c’est l’Ortrud magnétique de Catherine Hunold qui vole la vedette : l’acte II – acte où la sirène manipulatrice sème dans l’esprit d’Elsa le poison du doute, est son acte;  port de magicienne implacable et majestueuse dans la lignée des Médée et des Armide, des opéras baroques et préclassiques, la mezzo voluptueuse sait injecter sa suffisance impériale quitte dans un rapport sadique à dominer voire humilier ses proies trop complaisantes : évidemment Telramund le prince accusateur d’Elsa dont elle fait le bras armé de sa vengeance  (très convaincant Robert Hayward qui façonne et nuance lui aussi son personnage : sa grande aisance scénique ajoute à sa crédibilité); et quand la sorcière noire invoque l’esprit de Wotan et de Freia – claire préfiguration du Ring à venir,  Catherine Hunold fait valoir la souplesse lohengrin angers nantes opera tenor telramund xQwnPoCliLHGVlwXm5aDyhoc_Rwabpz8-z21pnh5zb0jamais forcée de ses graves vénéneux en somptueuse déité wagnérienne;  on lui doit cet aplomb convaincant qui avait fait la réussite de sa Bérénice de Magnard à l’Opéra de Tours (avril 2014) comme la valeur de sa flamboyante Sémélé, cantate de Dukas Prix de Rome, qui lui doit d’avoir été ainsi remarquée au disque (CLIC de classiquenews, octobre 2015).

kirch daniel ohengrin nantes angersChez les hommes, le roi Henri l’oiseleur de Jean Teitgen, impose une belle ardeur de juge médiateur malgré la raideur de son jeu d’acteur : c’est bien le seul qui ne regarde jamais ses partenaires pendant le spectacle ni ne se retourne vers le choeur qui assure pourtant nombre de ses entrées. Le Lohengrin de Daniel Kirch (photo ci contre) fait valoir les mêmes qualités que son Paul dans La Ville Morte de Korngold, somptueuse production présentée par Angers Nantes Opéra, et pour nous fleuron de sa saison 2015 – 2016 (mars 2015) : le ténor allemand qui chante depuis longtemps et Lohengrin et Parsifal, possède l’exacte couleur du caractère, même si parfois quand se déploient les tutti de l’orchestre, la voix couverte devient inaudible. Mais son “In fernem Land“, quand le Chevalier dévoile son identité divine et miraculeuse, le ténor sur un tapis orchestral murmuré, se fait diseur, d’une sincérité qui touche (saluons dans ce sens, l’intelligence nuancée du chef). Familier des productions baroques et préromantiques, de Rameau à Salieri et jusqu’à Méhul, le baryton Philippe-Nicolas Martin réussit toutes ses déclarations déclamées en Héraut bien chantant et naturellement puissant. D’abord un peu terne voire trop lisse, l’Elsa de Juliane Banse dont le mérite est justement de s’être économiser depuis le début, réussit incontestablement sa dernière scène (de jeune épousée) dans laquelle celle qui doit tout au Chevalier se dévoile agitée, en panique, insistant lourdement auprès de Lohengrin, exigeant que son sauveur lui révèle enfin son nom et d’où il vient. Elle avait pourtant juré de ne jamais poser la question. En se parjurant ainsi, la pauvre oie blanche perd tout et permet à celle qui l’a manipulée, de vaincre définitivement.

 

pascalrophe-ouestfrance-3La vivacité dramatique du chef s’avère une grande réussite ; l’implication des instrumentistes et des choeurs  (engagés, nerveux, dans l’action), la prestation globalement convaincante des solistes font toute la  valeur de ce Wagner à voir absolument à Angers le 20 septembre prochain au Centre de Congrès  (19h), ultime représentation. Quand Bayreuth continue de décevoir soit par l’absence des grands chanteurs, soit par l’indigence ou l’outrance de mises en scènes trop décalées, Angers Nantes Opera vous propose un Wagner de grande classe qui à juste titre place chanteurs et instrumentistes sur le plateau et au devant de la scène… une invitation en ouverture de sa nouvelle saison 2016 – 2017 qui ne se refuse pas.

 

 

 

 

Compte rendu, opéra. Nantes, Cité des Congrès, le 18  septembre 2016. Wagner : Lohengrin, version de concert. Daniel Kirch, Catherine Hunold, Robert Hayward, Juliane Banse, Jean Teitgen, Philippe Nicolas Martin.., choeurs d’Angers Nantes Opéra, de l’Opéra de Montpellier, Orchestre national des Pays de la Loire. Pascal Rophé, direction.

Illustrations : Catherine Hunold (Ortrud) et Pascal Rophé (DR)

 

 

Lohengrin de Wagner à Nantes et à Angers

lohengrin-angers-nantes-opera-582-390NANTES, ANGERS : Lohengrin, 16,18,20 septembre 2016. En version de concert. Lohengrin, opéra conçu en 1848 à l’époque des révolutions européennes, sera créé après le tumulte, en 1850 à Weimar grâce à l’engagement de son ami et bientôt beau-père, Franz Liszt. Wagner est alors un compositeur fugitif, pourchassé en Allemagne, à cause de ses positions auprès des révolutionnaires. Fuyant Dresde (à l’issu des journées de mai 1849), Wagner rejoint Paris puis Zurich, où il se fixe jusqu’en 1860 : c’est là que désespéré et suicidaire, il ébauche le projet de son grand Å“uvre, La Tétralogie. Fresque déjà cinématographique d’une conception inouïe et inédite alors dont la réalisation sera possible après Tristan und isolde, au moment de sa double rencontre, – toutes deux miraculeuses dans sa vie, Cosima, la fille de Liszt, qu’il épousera, et surtout Louis II de Bavière, jeune monarque possédé par la poésie héroïque et médiévale du compositeur, lequel avec Tannhäuser, créé à Dresde en 1845, et Lohengrin, a définitivement élaboré l’opéra romantique germanique. Avec Genoveva de Schumann, exactement contemporaine de… Lohengrin, et comme ce dernier, créé après les révoltes de 1848.

 

 

 

L’échec d’Elsa, la perte de Lohengrin

 

Rienzi de WagnerDans Tannhäuser, Wagner précise la place du héros artiste, c’est à dire lui-même, incompris mais porteur d’avenir, qui est sauvé par l’amour d’une femme pure (Elisabeth). Avec Lohengrin, le héros est toujours porteur d’une mission salvatrice : sauver l’humanité mais sa rencontre avec une mortelle, Elsa (princesse de Brabant qu’il vient défendre chevaleresquement), se conclut par un échec : la jeune femme choisie par l’élu (descendu du ciel) se montre indigne de l’amour de Lohengrin… lequel, après avoir dévoilé son identité messianique et divine, rejoint le ciel. LIRE NOTRE PRESENTATION COMPLETE DE LOHENGRIN de WAGNER à NANTES et à ANGERS 

 

 

Wagner : Lohengrinboutonreservation
version de concert — opéra romantique en 3 actes
d’après Parzival de Wolfram von Eschenbach, et Lohengrin de Nouhuwius

NANTES, La Cité : vendredi 16, dimanche 18 septembre 2016

ANGERS, Centre de Congrès : mardi 20 septembre 2016

Semaine à 19h, le dimanche à 14h30

Avec Daniel Kirch, Lohengrin
Juliane Banse, Elsa
L’excellente mezzo française : Catherine Hunold, Ortrud
Robert Hayward, Telramund…
Orchestre national des Pays de La Loire
Pascal Rophé, direction

 

 

Réservations, infos, présentation sur le site d’ANGERS NANTES OPERA

 

DAVOIS-jean-paul-angers-nantes-opera-CARRE-portraitVOIR aussi notre entretien avec Jean-Paul Davois, directeur d’Angers Nantes Opéra / présentation de la nouvelle saison et de la production en version de concert de LOHENGRIN de Richard Wagner

 

 

 

Lohengrin de Wagner à Nantes et à Angers

lohengrin-angers-nantes-opera-582-390NANTES, ANGERS : Lohengrin, 16,18,20 septembre 2016. En version de concert. Lohengrin, opéra conçu en 1848 à l’époque des révolutions européennes, sera créé après le tumulte, en 1850 à Weimar grâce à l’engagement de son ami et bientôt beau-père, Franz Liszt. Wagner est alors un compositeur fugitif, pourchassé en Allemagne, à cause de ses positions auprès des révolutionnaires. Fuyant Dresde (à l’issu des journées de mai 1849), Wagner rejoint Paris puis Zurich, où il se fixe jusqu’en 1860 : c’est là que désespéré et suicidaire, il ébauche le projet de son grand Å“uvre, La Tétralogie. Fresque déjà cinématographique d’une conception inouïe et inédite alors dont la réalisation sera possible après Tristan und isolde, au moment de sa double rencontre, – toutes deux miraculeuses dans sa vie, Cosima, la fille de Liszt, qu’il épousera, et surtout Louis II de Bavière, jeune monarque possédé par la poésie héroïque et médiévale du compositeur, lequel avec Tannhäuser, créé à Dresde en 1845, et Lohengrin, a définitivement élaboré l’opéra romantique germanique. Avec Genoveva de Schumann, exactement contemporaine de… Lohengrin, et comme ce dernier, créé après les révoltes de 1848.

 

 

 

L’échec d’Elsa, la perte de Lohengrin

 

Rienzi de WagnerDans Tannhäuser, Wagner précise la place du héros artiste, c’est à dire lui-même, incompris mais porteur d’avenir, qui est sauvé par l’amour d’une femme pure (Elisabeth). Avec Lohengrin, le héros est toujours porteur d’une mission salvatrice : sauver l’humanité mais sa rencontre avec une mortelle, Elsa (princesse de Brabant qu’il vient défendre chevaleresquement), se conclut par un échec : la jeune femme choisie par l’élu (descendu du ciel) se montre indigne de l’amour de Lohengrin… lequel, après avoir dévoilé son identité messianique et divine, rejoint le ciel. L’opéra porteur d’un amour romantique pur, pourtant prometteur, s’achève sur la perte de l’harmonie et l’échec du divin et de l’humain, de l’artiste et de la société. Il est vrai qu’Elsa, pourtant sincère, se laisse passivement manipuler par le couple noir Ortrud / Telramund.

 

A l’acte I, Telramund est vaincu… Wagner expose le contexte politique du Brabant chaotique : Telramund accuse la princesse Elsa de Brabant d’avoir assassiner son jeune frère Gottfried pour règne avec son mystérieux amant. Le Roi Henri l’oiseleur venu démêler l’intrigue demande à Elsa de choisir le héros qui saura défendre son honneur et se battre contre Telramund : un inconnu, étranger au Brabant s’avance alors et soumet Telramund.

Au II, la promesse d’Elsa… alors qu’il a accepté de défendre Elsa si elle ne lui demande jamais qui il est, Lohengrin ne peut empêcher que le doute et le soupçon gagner finalement le coeur de sa fiancée. C’est que le couple noir, celui de la sorcière Ortrud et de Telramund l’accusateur ne cesse de tirailler la princesse de Brabant… La noce qui s’annonce est voilée par le manque de confiance que la jeune femme réserve à celui qui l’a pourtant sauvée.

Au III : L’échec d’Elsa, le départ de Lohengrin… Lohengrin tue Telramund mais Elsa a commis l’irréparable en posant la question à son sauveur : qui est-il ? Lohengrin dévoile devant tous son identité : il est le fils de Parsifal, gardien du sanctuaire contenant la Saint Graal à Montsalvat ; mais le pouvoir magique qu’il détient reste puissant tant qu’il demeure inconnu. En rompant la promesse qui les liait, Elsa a détruit leur avenir et provoque le retour de l’élu, Lohengrin,le chevalier blanc, au Ciel. Agenouillé, Lohengrin ressuscite le jeune Gottfried (qu’Ortrud avait transformé en cygne…) qui dès lors, incarne l’avenir encore incertain du Brabant, désormais démuni, orphelin de la protection divine. Elsa trop fragile, s’évanouit et meurt dans les bras de son jeune frère ressuscité.

 

 

 

 

Wagner : Lohengrinboutonreservation
version de concert — opéra romantique en 3 actes
d’après Parzival de Wolfram von Eschenbach, et Lohengrin de Nouhuwius

NANTES, La Cité : vendredi 16, dimanche 18 septembre 2016

ANGERS, Centre de Congrès : mardi 20 septembre 2016

Semaine à 19h, le dimanche à 14h30

Avec Daniel Kirch, Lohengrin
Juliane Banse, Elsa
L’excellente mezzo française : Catherine Hunold, Ortrud
Robert Hayward, Telramund…
Orchestre national des Pays de La Loire
Pascal Rophé, direction

 

 

Réservations, infos, présentation sur le site d’ANGERS NANTES OPERA

 

DAVOIS-jean-paul-angers-nantes-opera-CARRE-portraitVOIR aussi notre entretien avec Jean-Paul Davois, directeur d’Angers Nantes Opéra / présentation de la nouvelle saison et de la production en version de concert de LOHENGRIN de Richard Wagner

 

 

 

Lohengrin à Nantes et à Angers

lohengrin-angers-nantes-opera-582-390NANTES, ANGERS : Lohengrin, 16,18,20 septembre 2016. En version de concert. Lohengrin, opéra conçu en 1848 à l’époque des révolutions européennes, sera créé après le tumulte, en 1850 à Weimar grâce à l’engagement de son ami et bientôt beau-père, Franz Liszt. Wagner est alors un compositeur fugitif, pourchassé en Allemagne, à cause de ses positions auprès des révolutionnaires. Fuyant Dresde (à l’issu des journées de mai 1849), Wagner rejoint Paris puis Zurich, où il se fixe jusqu’en 1860 : c’est là que désespéré et suicidaire, il ébauche le projet de son grand Å“uvre, La Tétralogie. Fresque déjà cinématographique d’une conception inouïe et inédite alors dont la réalisation sera possible après Tristan und isolde, au moment de sa double rencontre, – toutes deux miraculeuses dans sa vie, Cosima, la fille de Liszt, qu’il épousera, et surtout Louis II de Bavière, jeune monarque possédé par la poésie héroïque et médiévale du compositeur, lequel avec Tannhäuser, créé à Dresde en 1845, et Lohengrin, a définitivement élaboré l’opéra romantique germanique. Avec Genoveva de Schumann, exactement contemporaine de… Lohengrin, et comme ce dernier, créé après les révoltes de 1848.

 

 

 

L’échec d’Elsa, la perte de Lohengrin

 

Rienzi de WagnerDans Tannhäuser, Wagner précise la place du héros artiste, c’est à dire lui-même, incompris mais porteur d’avenir, qui est sauvé par l’amour d’une femme pure (Elisabeth). Avec Lohengrin, le héros est toujours porteur d’une mission salvatrice : sauver l’humanité mais sa rencontre avec une mortelle, Elsa (princesse de Brabant qu’il vient défendre chevaleresquement), se conclut par un échec : la jeune femme choisie par l’élu (descendu du ciel) se montre indigne de l’amour de Lohengrin… lequel, après avoir dévoilé son identité messianique et divine, rejoint le ciel. L’opéra porteur d’un amour romantique pur, pourtant prometteur, s’achève sur la perte de l’harmonie et l’échec du divin et de l’humain, de l’artiste et de la société. Il est vrai qu’Elsa, pourtant sincère, se laisse passivement manipuler par le couple noir Ortrud / Telramund.

 

A l’acte I, Telramund est vaincu… Wagner expose le contexte politique du Brabant chaotique : Telramund accuse la princesse Elsa de Brabant d’avoir assassiner son jeune frère Gottfried pour règne avec son mystérieux amant. Le Roi Henri l’oiseleur venu démêler l’intrigue demande à Elsa de choisir le héros qui saura défendre son honneur et se battre contre Telramund : un inconnu, étranger au Brabant s’avance alors et soumet Telramund.

Au II, la promesse d’Elsa… alors qu’il a accepté de défendre Elsa si elle ne lui demande jamais qui il est, Lohengrin ne peut empêcher que le doute et le soupçon gagner finalement le coeur de sa fiancée. C’est que le couple noir, celui de la sorcière Ortrud et de Telramund l’accusateur ne cesse de tirailler la princesse de Brabant… La noce qui s’annonce est voilée par le manque de confiance que la jeune femme réserve à celui qui l’a pourtant sauvée.

Au III : L’échec d’Elsa, le départ de Lohengrin… Lohengrin tue Telramund mais Elsa a commis l’irréparable en posant la question à son sauveur : qui est-il ? Lohengrin dévoile devant tous son identité : il est le fils de Parsifal, gardien du sanctuaire contenant la Saint Graal à Montsalvat ; mais le pouvoir magique qu’il détient reste puissant tant qu’il demeure inconnu. En rompant la promesse qui les liait, Elsa a détruit leur avenir et provoque le retour de l’élu, Lohengrin,le chevalier blanc, au Ciel. Agenouillé, Lohengrin ressuscite le jeune Gottfried (qu’Ortrud avait transformé en cygne…) qui dès lors, incarne l’avenir encore incertain du Brabant, désormais démuni, orphelin de la protection divine. Elsa trop fragile, s’évanouit et meurt dans les bras de son jeune frère ressuscité.

 

 

 

 

Wagner : Lohengrinboutonreservation
version de concert — opéra romantique en 3 actes
d’après Parzival de Wolfram von Eschenbach, et Lohengrin de Nouhuwius

NANTES, La Cité : vendredi 16, dimanche 18 septembre 2016

ANGERS, Centre de Congrès : mardi 20 septembre 2016

Semaine à 19h, le dimanche à 14h30

Avec Daniel Kirch, Lohengrin
Juliane Banse, Elsa
L’excellente mezzo française : Catherine Hunold, Ortrud
Robert Hayward, Telramund…
Orchestre national des Pays de La Loire
Pascal Rophé, direction

 

 

Réservations, infos, présentation sur le site d’ANGERS NANTES OPERA

 

DAVOIS-jean-paul-angers-nantes-opera-CARRE-portraitVOIR aussi notre entretien avec Jean-Paul Davois, directeur d’Angers Nantes Opéra / présentation de la nouvelle saison et de la production en version de concert de LOHENGRIN de Richard Wagner

 

 

 

CD, coffret. André Cluytens à Bayreuth (Tannhäüser, Les Maitres Chanteurs, Lohengrin, 1955-1957-1958, 10 cd Membran)

cluytens bayreuth lohengrin tannhauser maitres chanteurs coffret 10 cd membran andre cluytens maestro wieland wagner 1956 1957 1958 critique compte rendu classiquenewsCD, coffret. André Cluytens à Bayreuth (Tannhäüser, Les Maitres Chanteurs, Lohengrin, 1955-1957-1958, 10 cd Membran). Quand le français André Cluytens était le maître de Bayreuth… Membran réédite une partie de l’héritage du maestro Cluytens, en 1956, 1957, 1958, période bénie sur la Colline verte qui depuis a bien décliné en qualité et en pertinence musicale. Le coffret de 4 opéras  wagnériens comprend la fameuse production des origines celle de 1955 : Tannhäuser donc qui inaugure la coopération du chef français et du festival de Baureuth où à la grande joie de celui qui l’a convié – Wieland Wagner, le premier maestro hexagonal dans la place saisit par un souffle  irrésistible : fièvre active et aussi surtout poétique qui permet l’expression tendre, âpre,  enivrée et sensuelle ; approfondissant avec passion et intelligence ce Wagner ardent, orchestralement voluptueux et flamboyant aux atmosphères si fabuleuses (en exploitant la configuration spécifique de la fosse semi enterrée, le chef obtient dans les lointains cette onde des cordes caractéristique, enveloppante et évanescente, idéalement onirique). Cluytens est un orfèvre-conteur exceptionnel qui cisèle le chant de l’orchestre, curieux et généreux en détails ; la maîtrise et la sensibilité éclairent comme peu le talent du Wagner orchestrateur. Le remarquable atmosphériste veille aussi  à l’équilibre chanteurs et fosse : et comme bientôt Karajan et son Ring sculpté chambriste pour le studio dès 1966 (mais à Berlin car comme Solti, autre immense wagénrien, Karajan ne fit pas carrière à Bayreuth!), Cluytens lui a le souci constant de l’intelligibilité du texte et donc de la clarification de chaque situation. Tout cela devait idéalement fonctionner en accord avec les mises en scène de Wieland Wagner elles-mêmes dépouillées jusqu’à l’épure.

cluytens andre un francais a bayreuth wagnerien es meriteArdent bien que n’ayant pas l’âge du rôle, le Tannhauser du quadra Wolfgang Windgassen exprime les désirs et la volonté de dépassement du chantre décadent (cf. son exhortation emportée aux plaisirs charnels, réminiscence de son séjour vénusien dit sa nature lascive), comme l’être culpabilisé à la fin du tournoi (fin du II), puis l’âme terrassée  en quête de purification. … Windgassen fait de Tannhäuser, figure de l’artiste Wagner en proie aux incompréhensions de son époque et de ses contemporain sur la mission salvatrice de son art, un être tiraillé, tendu, profondément agité (ce que confirme aussi sa prononciation spécifique : serpentine) ; sa confrontation initiale avec Vénus après le Prologue (très convaincante Herta  Wilfert) est contrastée et vive. Puis l’assemblée des chantres affirme une tendresse linguistique très bien définie que la prise live intensifie en ne gommant rien des déplacements sur la scène. L’Elisabeth de Gré Brouwenstjin affirme elle aussi une belle santé vocale sens de la ligne vocale), coeur ardent et reflechi aux belles inflexions chambristes, prêt à défendre le pêcheur Tannhäuser. Et le Wolfram de DF Dieskau éblouit pas sa finesse virile en témoin atteint mais impuissant et complice des amours d’Élisabeth et de Tannhäuser : le diseur rétablit avec justesse tout le travail spécifiquement de caractérisation théâtrale défendue par le maestro dans la fosse : du Wagner, articulé, naturel, fin et subtil comme nous l’aimons, et tel qu’il n’existe plus à Bayreuth.

 

 

 

Bayreuth 1955

Le Français André Cluytens conquiert Bayreuth

 

cluytens andre chef orchestre maestro classiquenewsAux côtés du Tannhäuser originel de 1955, le coffret comprend la fameuse nouvelle production des Maîtres Chanteurs que Wieland Wagner créa dès 1956 avec la complicité de son chef fétiche et qui fut reprise en 1957 (la présente bande) : l’idéal artistique s’y écoule avec tendresse et une ferveur dramatique inouïe là encore (dont les saillies et accents comiques si finement troussés par un Wagner décidément complet et inattendu). Cluytens instille une tension et une générosité humaine pour le trio béni : Eva, l’inspiratrice ; Walther, l’apprenti maître, mais aussi l’impétueux à l’insolence géniale et régénératrice, enfin évidemment Hans Sachs, modèle absolu pour tout artiste et donc double de Wagner. Comme dans Tannhäuser, le sens de l’intensité dans la ligne vocale, la justesse du chant, l’équilibre souverain entre la ciselure des instruments calibrés depuis la fosse et l’intonation de chaque air soliste… font merveille ici pour un Wagner intensément théâtral, jamais disproportionné, proche du texte, essentiellement poétique. L’instant de grâce étant accompli lors du sublime quintette (Selig, wie die Sonne) au III où le parti du bien, réceptacle de la mission sacrée et salvatrice de l’art communie (accord miraculeux entre Sachs, Walther et Eva – angélique Elisabeth Grümmer, diamant étincelant au-dessus des voix)… Des trois opéras intégraux, ce sont ces Maîtres Chanteurs qui retiennent surtout notre attention faisant la valeur première ce de coffret historique.

Ferme cette brillante trilogie Cluytens à Bayreuth, le Lohengrin de 1958. Fièvre jusqu’à l’incandescence (ouverture que n’aurait pas renier un Baudelaire épris de béatitudes célestes), surtout tempérament de feu et ardent pour une Elsa palpitante et subtile en tout point (Léonie Rysaneck, autre diamant à la fois étincelant et fébrile que polit avec une complicité amoureuse le chef Cluytens, exploitant sa fragilité lumineuse, son irradiante sensibilité). Les deux rôles noirs (Telramund et Ortrud sont finement ciselés eux aussi (ernest Blanc et Astrid Varnay).
Côté attention du chef, on y décèle une même ardeur et énergie millimétrée en particulier dans le III (cd3) : la direction à la fois fine et puissante du maestro français excelle à exprimer ce rêve amoureux entre Elsa et le chevalier élu, miraculeux,Lohengrin : leur effusion tendre que viendra bientôt détruire l’esprit du soupçon instillé par Ortrud dans l’âme trop fragile et manipulable d’Elsa. Cluytens veille toujours à la subtilité de l’articulation du texte et de la clarté de la situation : d’autant que le Lohengrin de Sandor Konya s’engage, voix peut-être courte parfois mais tendre, aux aigus tendus : il fait un chevalier descendu du ciel d’une séduction virile certaine : sa grande confession, révélation clé de l’ouvrage où il dévoile son identité comme fils de Parsifal et sauveur mandaté (In fernem Land…) affiche une détermination sobre, linguistiquement assurée. Les années Cluytens / W. Wagner font espérer pour l’actuel Bayreuth des jours meilleurs.

 

 

CD, coffret. André Cluytens à Bayreuth (Tannhäüser, Les Maitres Chanteurs, Lohengrin, 1955-1957-1958, 10 cd Membran)

 

 

Livres. Philippe Godefroid. Wagner et le juif errant : une hontologie (L’Harmattan)

godefroid_wagner_juif-errant-hontologie-donner-la-mort--l-harmattan-livre-mars-2014Livres. Philippe Godefroid. Wagner et le juif errant : une hontologie (L’Harmattan). Voici le troisième volet de la tétralogie dramaturgique (et critique) entreprise par l’auteur aux Editions l’Harmattan. Au centre de l’esthétique wagnérienne ici analysée et méticuleusement passée au crible, l’auteur met en lumière l’obsession du créateur de Bayreuth vis à vis de la corruption de l’art allemand par les tenants de la judéité. Idéalement documenté chaque entrée permet une immersion passionnante dans l’atelier et la pensée de Wagner, dans le fonctionnement du couple Richard-Cosima, dont le cerveau partagé exprime toujours et dans toutes les situations, une haine du juif assez terrifiante ; car ici, la posture tient d’un système politique tout à fait conscient de ses enjeux et de ses conséquences. L’auteur explique l’origine de ce phénomène, en particulier à travers le thème de l’errance et de la judéité : ont comprend ainsi que la pensée wagnérienne n’est pas née de rien mais synthétise et récapitule tout un pan de la conscience artistique et culturelle allemande, soucieuse d’affirmer sa prééminence et sa « pureté » sur l’ennemi français, face à toute l’Europe romantique.

Il est des chapitres qui pris séparément se révèlent passionnants dont l’exception dans la vie et la carrière de Wagner, pied de nez à son système si méticuleusement formaté, conduit et piloté : le « cas » Hermann Levi, maestro virtuose qui se révéla interprète de Parsifal (après Lohengrin et Tannhäuser) comme personne avant lui et dont le seul défaut fut d’être… juif. Nonobstant ses origines, Wagner l’a bel et bien adoubé en 1881 le choisissant parmi tous les autres possibles, pour diriger la création de son dernier ouvrage à Bayreuth.

Wagner, artiste chrétien, nationaliste et antisémite allemand, a le souci de la pureté, le soupçon de la corruption des êtres et de la perversion du monde ; il est obsédé par la fin de l’Histoire (Le Crépuscule des dieux tout en ménageant une issue bien peu précise en définitive : quel sens donner au dernier monologue de Brunnhilde pour conclure le Ring ?) ; sous une plume qui démontre sa connaissance détaillée des opéras de Wagner, l’auteur dévoile des regards transversaux, analyse sous tous ses aspects l’identité profonde de chaque personnages et précise en conséquence, la relation qu’ils ont à l’autre. Le regard est prioritairement psychanalytique et s’il se perd parfois en conjectures obscures, les connections qu’il établit d’ouvrages en ouvrages, de personnages en personnages, dévoile in fine, la cohérence organique et souterraine d’une oeuvre universelle.

La place du père, la filiation père et fils, le questionnement des origines plongent au coeur du doute wagnérien : qui suis-je ? D’autant plus que le compositeur serait en définitive né d’un père juif… Principale est aussi le rôle de la Femme en ces affaires, énigmatique et angoissant , catalyseur et castrateur (le «  cas Kundry » concentre ici toutes les contradictions d’une problématique constante).

L’auteur analyse et problématise tous les livrets de Wagner comme une source essentielle dont la cohérence n’est plus à débattre : chaque personnage y détient la clé d’une compréhension plus vaste. Mais en dehors des considérations purement psychanalytiques, le texte fourmillant d’innombrables digressions et développements sur tel thème répondant à un autre, souligne l’importance de la question wagnérienne : si le monde des hommes est corruptible, comment puis-je être sauvé ?

Philippe Godefroid: Wagner et le juif errant : une hontologie. Qui est ce qui est allemand ? – Donner la mort.  ISBN : 978-2-343-02761-6 • Parution : février 2014 • 500 pages. Édition L’Harmattan.

CD. Wagner: the operas. Sir Georg Solti (Decca)

CD. Wagner: the operas. Sir Georg Solti (36 cd Decca)

le miracle Solti chez Wagner

Wagner_solti_ring_parsifal_lohengrin_wagnerAttention coffret miraculeux ! La voici enfin cette intégrale qui reste avec celle de Karajan chez DG (Der Ring des Nibelungen), le temple discographique qui contient l’un des messages wagnériens les plus pertinents du XXème siècle. Aux chefs du XXIè de nous éclairer et nous éblouir avec une même ardeur contagieuse ! Le Wagner du chef hongrois déborde de vie, de fureur, de vitalité enivrante… Orchestralement, la vision est des plus abouties; vocalement, comme toujours, les productions sont diversement pertinentes. Solti, bartokien, straussien, mozartien mais aussi verdien, occupe Decca dans des coffrets non moins indispensables. Mais, s’agissant de Wagner, l’apport est considérable.

Voici en 35 cd, 10 opéras parmi les plus connus (non pas les plus anciens , de jeunesse, encore meyerbeeriens et weberiens tels les Fées ou Rienzi): Le Hollandais volant (Chicago, 1976), Lohengrin (Vienne, 1985-1986), Les Maîtres Chanteurs (Vienne, 1975), Parsifal (Vienne, 1972), L’or du Rhin (Vienne, 1958), La Walkyrie (Vienne 1965), Siegfried (Vienne 1962), Le Crépuscule des dieux (Vienne 1964), Tannhäuser (Vienne 1970), Tristan und Isolde (1960). L’éditeur ajoute en bonus, répétition et extraits: une révélation quant à la vivacité et l’énergie du chef au pupitre (répétition de Tristan und Isolde avec John Culshaw en narrateur qui fut aussi le producteur entre autres accomplissements du Ring version Solti).

20 ans de studio avec le Wiener Philharmoniker

Le coffret comprend donc tout Wagner par Solti au studio chez Decca: soit une lecture wagnérienne de 1958 (L’or du Rhin, premier enregistrement de Wagner en stéréo et à ce titre, archive historique magnifiquement audible à ce jour!) jusqu’au dernier enregistrement: Lohengrin de 1986. Les 10 opéras ainsi enregistrés montrent la passion de Solti pour le théâtre de Wagner pendant près de 20 ans, au moment de l’essor du cd avant la vague du compact disc: l’esthétique sonore avec effets spatialisés si tentants dans les mondes imaginés par Wagner pour le Ring éclate aussi avec plus ou moins de réussite (exactement comme la Tétralogie de Wagner par Karajan chez DG): tout le tempérament volcanique, électrique, d’une précision exemplaire d’un Solti émerveillé par Wagner s’y réalise pleinement avec un orchestre désormais en vedette pour cette quasi intégrale: le Wiener Philharmoniker. C’est donc outre la valeur d’une interprétation historique à l’endroit de Wagner, le testament discographique d’un authentique wagnérien, habile narrateur pour le studio. Karajan avait le Berliner Philharmoniker et sa touche carrée, impétueuse; Solti réussit à Vienne avec une phalange réputée pour la splendeur de ses cordes, cuivres et bois. L’orchestre qui éblouit tant chez Strauss et Mozart, confère à Wagner, de fait, une couleur marquante par son élégance et sa fluidité, son sens des couleurs et peut-être moins son chambrisme si proche du théâtre chez Karajan; Solti convoque surtout la fresque, l’exaltation lumineuse et solaire.

Un Ring de légende

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Quand Solti et le producteur John Culshaw proposèrent au légendaire Walter Legge d’Emi le projet d’une intégrale Wagner au studio, le sollicité chassa d’un revers de la main l’audacieuse offre, arguant qu’il ne se vendrait pas plus de 50 exemplaires : c’est Decca qui hérita du projet, porté par le chef hongrois, odyssée qui reste à ce jour le plus grand succès discographique de tous les temps. Une vision, une cohérence théâtrale de premier plan avait lancé Culshaw quant il découvrait la direction de Solti dans La Walkyrie à Munich en 1950…
Clé de voûte du présent coffret Wagner, la Tétralogie s’écoute toujours autant avec le même intérêt: connaisseurs du profil évolutif de Wotan en cours d’action, les deux concepteurs Solti et Culshaw retiennent d’abord George London pour L’Or du Rhin puis surtout le mémorable Hans Hotter, Wanderer défait dans La Walkyrie et Siegfried, détruit pas à pas rongé par le poids et les conséquences de ses propres lois… Autres incarnations flamboyantes et justes: la Brunnhilde de Birgit Nilsson (qui sera aussi son Isolde en 1960), le Siegfried de Wolfgang Windgassen, l’éblouissante et si bouleversante Sieglinde de Régine Crespin en 1965, les Hunding et Hagen de Gottlob Frick… c’est à dire les voix les plus solides d’alors pour Wagner.
Celui qui ne brilla jamais à Bayreuth sauf une seule année en 1983 (avec Peter Hall pour une nouvelle Tétralogie) et qui dirigea un Ring avorté à Paris en 1976, trouve une éclatante coopération première à Vienne avec le Philharmoniker… sous la baguette du chef, instrumentistes comme chanteurs s’embrasent littéralement.
Aux côtés du Ring légendaire, ajoutons d’autres éloquentes approches: le baryton sud-africain Norman Bailey dans le rôle titre du Hollandais volant, abordé dans la continuité des 3 actes (ce que souhaitait Wagner et qu’il ne put jamais appliquer); le Tannhäuser de René Kollo; le Lohengrin de Placido Domingo, partenaire de Jessye Norman en Elsa; sans omettre un Parsifal lui aussi électrique, au dramatisme trépidant et intensément spirituel, regroupant en 1972, une distribution qui donne le vertige: Kollo (Parsifal), Amfortas (Dietrich Fischer -Dieskau), Christa Ludwig (Kundry), Gottlob Frick (Gurnemanz), Hans Hotter (Titurel)… Immense legs. Acquisition incontournable pour l’année Wagner 2013.

Wagner: The operas. Georg Solti. Livret consistant comprenant notice de présentation sur Solti et Wagner: la carrière du chef, track listing, synopsis avec repères des places concernées pour chacun des 10 ouvrages wagnériens. Decca 36 cd 0289 478 3707 7 3.

Wagner. Les années 1840 : Tannhäuser, Lohengrin…

Wagner: Les années 1840 à Dresde
Le Vaisseau fantôme, Tannhäuser, Lohengrin… vers le Ring

Richard Wagner1843-1848: les opéras de la trentaine. En 1842, Rienzi avait marqué une première synthèse indiscutable.  Mais même s’il reste meyerbeerien, autant que beethovénien, Wagner change ensuite sa manière et la couleur de son inspiration avec Le Vaisseau fantôme: il quitte l’histoire et ses références naturellement pompeuses pour la légende: Tannhäuser et surtout Lohengrin confirment cette direction poétique.Le Vaisseau Fantôme est créé en 1843 également à Dresde et suscite un scandale: wébérien et surtout wagnérien, l’ouvrage précise aux côtés du héros maudit, la place d’une héroïne amoureuse (Senta), déterminée, sacrificielle dont l’amour pur permet le salut du Hollandais errant. Avec le Wanderer navigateur, Wagner invente un nouveau type de déclamation, plus ample que le récitatif, mélodiquement structuré sur le texte auquel il est étroitement inféodé. Premier grand opéra romantique, Le Vaisseau Fantôme dépasse les leçons de Weber et de Marschner; Wagner réalise déjà son idéal rêvé d’un opéra où chant et musique fusionnent dans le seul but d’expliciter et de commenter le drame.Tannhäuser créé à Dresde en 1845 va plus loin encore: orchestration foisonnante et subtile, usant avec finesse des leitmotive (plus riche que dans Le Vaisseau Fantôme); surtout, si l’on retrouve la présence d’une femme salvatrice (Elisabeth, opposée à la vénéneuse Vénus), le rapport du poète héros (Tannhäuser) avec la société des hommes n’est pas sans contradictions ni tensions conflictuelles: doué d’une vision supérieure, le héros affronte l’étroitesse bourgeoise des classes dominantes. S’il est bien l’élu capable de réformer le monde, son action reste totalement incomprise: dans le retour de Rome,  Tannhäuser invente un nouveau type de ténor, prolongement de Florestan de Fidelio de Beethoven. En relation avec sa propre expérience, la vie terrestre qu’y représente Wagner, n’est qu’épreuves et souffrance, frustration et insatisfaction; la mort offre souvent une alternative, une délivrance finale (ce qui sera valable pour Tristan et le Crépuscule des Dieux: Isolde et Brünnhilde meurent chacune en fin d’ouvrage en une extase amoureuse libératrice). Du reste, l’héroïne féminine esquissée par Senta dans Le Vaisseau Fantôme, se précise avec Brünnhilde et Isolde.

Il en va tout autrement avec Lohengrin, composé de 1845 à 1848. L’opéra n’est créé qu’en 1850 et offre avec Genoveva de Schumann, strictement contemporaine de Lohengrin (et aussi créée après les révolutions de 1848), un premier aboutissement de l’opéra romantique allemand construit sur une trame légendaire nourrie de plusieurs sources. Les événements se précipitent: proche de Bakounine, Wagner le révolutionnaire se range du côté des insurgés: poursuivi, il fuit Dresde jusqu’à Weimar où son admirateur et ami Liszt, l’aide à gagner Zurich en Suisse. Le compositeur d’opéras se fait alors théoricien de la musique: il expose dans l’Art de la révolution (1849), Opéra et drame (1851), ses propres conceptions de la musique et du théâtre lyrique. Jamais art et vie n’ont été plus entremêlés. Liszt crée à Weimar Lohengrin en 1850. Grand air du ténor, choeurs omniprésents, couple noir (Telramund/Ortrud)… climat féerique mais d’une force réaliste manifeste, Lohengrin précise davantage le système lyrique wagnérien: subtilité des leitmotive, suprématie du héros dont l’offre de salut est incomprise par les hommes qui en sont indignes; surtout impossibilité de l’amour: Elsa trop naïve, manipulée par Ortrud, se laisse guider par le poison du doute et perd l’amour que lui offrait l’élu Lohengrin, venu pourtant pour la sauver…

Les années 1850: vers le Ring…
Wagner après Le Vaisseau, Tannhäuser, Lohengrin achève son second cycle stylistique. La force de son écriture dans les années décisives de 1840 montre à quelle point il est en accord avec les assauts révolutionnaires de son époque. Il réinvente l’opéra au moment où les sociétés et les régimes politiques implosent. Le feu révolutionnaire semble même nourrir la flamme créatrice.  Wagner se pose radicalement comme un solitaire décalé (à la différence de Verdi qui après 1848 est au sommet de sa gloire). Rien de tel chez Richard qui reste persona non grata, exilé et poursuivi, établi en Suisse; ses ouvrages sont tous interdits et les années 1850 sont pourtant celles d’une production éblouissante dont la justesse et la puissance découlent d’un travail abstrait, dans le cabinet, en dehors des impératifs de calendrier et des contraintes liées aux interprètes disponibles : tous les piliers de la future Tétralogie : L’Or du Rhin (1854), La Walkyrie (1856), Siegfried (1857), mais aussi Tristan (1859) sont élaborés sans idée des chanteurs précis, sans confrontation aux interprètes, sans le contexte de commande à livrer… Le temps de la conception s’est imposé; il a préservé la profonde unité de l’Å“uvre lyrique de la maturité. A partir de 1848, le compositeur retient l’idée de mettre en musique la légende des Nibelungen: la mort de Siegfried est d’abord écrite, puis Wagner sur les traces de la Trilogie d’Eschyle (L’Orestie), songe à écrire un prélude sur…  la jeunesse de Siegfried: remonter aux sources, à la genèse de l’histoire de Siegfried… en remontant le fil de l’action, Wagner pénètre dans la dimension psychologique, du manifeste à l’inconscient, en sorte une démarche freudienne avant l’heure. Peu à peu le projet se construit, s’étoffe; le poème du Ring est fini en 1852; sa composition le sera en … 1874. Dès lors, l’auteur est sur le métier de son Å“uvre la plus aboutie (Der Ring), où même si la formulation poétique du livret est parfois pompeuse, rien n’égale la puissance des idées désormais indissociables de la trame orchestrale. Verbe et musique s’unissent pour réaliser l’unité et l’accomplissement du drame, l’oeuvre de la mémoire et l’épaisseur des expériences vécues: aucun individu sur la scène n’échappe au dévoilement de sa nature profonde ni au travail d’une lente métamorphose.

calendrier Wagner 2013

les productions et événements  à ne pas manquer en 2013

Paris, Opéra Bastille
Le Ring 2013 par Philippe Jordan (direction) et Günter Krämer (mise en scène): reprise contestée et pourtant pour nous attendue, la production du Ring à Bastille reste l’une des réalisations de l’ère Joel, parmi les plus réussies, en particulier pour L’Or du Rhin puis La Walkyrie.
L’Or du Rhin, à partir 29 janvier 2013
Le festival Wagner: Der Ring 2013, l’intégralité de la Tétralogie en continu (ou presque): les 18, 19 puis 23 et 26 juin 2013

Monte Carlo, Opéra
récital lyrique Wagner
Auditorium Rainier III
les 8 et 10 février 2013
Jonas Alber, direction
Acte I de La Walkyrie
Acte II de Tristan und Isolde
Robert Dean Smith, Ann Petersen


Opéra du Rhin
Mulhouse et Strasbourg

Tannhäuser
Du 24 mars au 8 avril 2013

Constantin Trinks, direction
Keith Warner, mise en scène
Scott MacAllister (Tannhäuser)



coup de coeur classiquenews
Dijon, Opéra
Le Ring 2013 par l’excellent Daniel Kawka. On le savait wagnérien convaincu; son Tristan und Isolde (Oliver Py, mise en scène, juin 2009) présenté sur la scène du Théâtre Dijonais avait été salué par la rédaction de classiquenews: aucun doute Daniel Kawka qui est aussi fondateur et chef principal de l’Ensemble Orchestral Contemporain reste le champion de cette année Wagner à venir en France: ne manquez chaque volet de sa Tétralogie: une réalisation d’ores et déjà passionnante voire historique si le plateau vocal est à la hauteur de l’exigence du maestro.  A partir d’octobre 2013. Infos à venir. Visiter le site de l’Opéra de Dijon.