TOURCOING. Jean-Claude Malgoire dirige L’Italienne à Alger

TOURCOING italienne a alger malgoire opera presentation compte rendu classiquenews italienneTOURCOING, ALT : Rossini : L’Italienne à Alger, les 20, 22, 24 mai 2016. Nouveau Rossini subtil et facétieux à Tourcoing, pour lequel Jean-Claude Malgoire retrouve le metteur en scène Christian Schiaretti, soit 10 ans de coopération inventive, colorée, poétique. La production de l’Atelier Lyrique de Tourcoing est présentée telle une “création prometteuse” : Malgoire retrouve ainsi la verve rossinienne, après l’immense succès de son Barbier de Séville qui en 2015 avait souligné la 30ème saison de l’ALT (Atelier Lyrique de Tourcoing). Pour le chef Fondateur de La Grande Ecurie et la Chambre du Roy, revenir à Rossini c’est renouer avec l’adn de sa fine équipe de musiciens et de chanteurs : Cyrus à Babylone, Tancrède / Tancredi (2012) L’échelle de soie en marquent les jalons précédents. Pour L’Italienne à Alger (créé en 1813 à Venise par un jeune auteur de … 21 ans), le chef aborde une nouvelle perle théâtrale et lyrique qui diffuse le goût exotique pour le Moyen Orient et les Indes, un monde lointain et fantasmatique qui fascine et intrigue à la fois… curiosité tenace depuis l’Enlèvement au Sérail de Mozart et avant, Les Indes Galantes de Rameau, pour le XVIIIè, sans compter Indian Queen, ultime opéra (laissé inachevé) de Purcell à la fin du XVIIè. On voit bien que l’orientalisme à l’opéra fait recette, mais Rossini le traite avec une finesse jubilatoire et spirituelle de première qualité. Jean-Claude Malgoire a à cœur de caractériser la couleur comique et poétique de l’ouvrage (bien audible dans la banda turca, les instruments de percussion métalliques : cymbale, triangle, etc…). Délirant et souverainement critique, Rossini produit un pastiche oriental – comme Ingres dans sa Grande Odalisque, mais revisité sous le prisme de sa fabuleuse imagination. Avec Schiaretti, précédent partenaire de L’Echelle de soie, Jean-Claude Malgoire ciblera l’intelligence rossinienne, faite d’économie et de justesse expressive. Soulignons dans le rôle centrale d’Isabella, la jeune mezzo Anna Reinhold et son velouté flexible déjà applaudie au jardin des Voix de William Christie, et récemment clé de voûte du cd / programme intitulé Labirinto d’Amore d’après Kapsberger (CLIC de classiquenews de juillet 2014)

L’italienne à Alger
Opéra — création
Opéra bouffe en deux actes de Gioachino Rossini (1792-1868)
Livret d’Angelo Anelli
Créé le 22 mai 1813 au Teatro San Benedetto à Venise

Direction musicale : Jean Claude Malgoire
Mise en scène : Christian Schiaretti

Isabella, Anna Reinhold
Lindoro, Artavazd Sargsyan
Taddeo, Domenico Balzani
Mustafa, Sergio Gallardo
Elvira, Samantha Louis-Jean
Haly, Renaud Delaigue
Zulma, Lidia Vinyes-Curtis

Ensemble vocal de l’Atelier Lyrique de Tourcoing
La Grande Ecurie et la Chambre du Roy

Vendredi 20 mai 2016, 20h
Dimanche 22 mai 2016, 15h30
Mardi 24 mai 2016, 20h
TOURCOING, Théâtre Municipal Raymond Devos

Mercredi 8 juin 2016 19h30
Vendredi 10 juin 2016 19h30
PARIS, Théâtre des Champs Elysées

Représentation du vendredi 20 mai en partenariat avec EDF
Représentation du mardi 24 mai en partenariat avec la Banque Postale
Tarifs de 33 à 45€ / 6€ – 18 ans /10€ – 26 ans / 15€ demandeurs d’emploi

RENSEIGNEMENTS /RÉSERVATIONS
03.20.70.66.66
www.atelierlyriquedetourcoing.fr

 

 

SYNOPSIS. Orient / occident : une sexualité pimentée, renouvelée, terreau fertile aux rebondissements comiques. Si Rossini dans sa musique recherche des couleurs orientalisantes (percussions et cuivres très présents), le bey d’Alger, Mustafa (basse) s’étant lassé de son épouse en titre (Elvira) recherche plutôt une nouvelle compagne italienne (Isabella, alto) afin de pimenter son quotidien domestique / érotique. Mais cette dernière aime Lindoro (ténor) qui comme elle, est prisonnier de l’oriental. Au sérail, les deux amants italiens parviennent à s’échapper grâce à la confusion d’une mascarade fortement alcoolisée : après avatars divers et moult quiproquos, en fin d’action, Mustafa revenu à la raison, retrouve sa douce Elvira, délaissée certes, mais toujours amoureuse…

La verve comique, la saveur trépidante, l’esprit et la finesse sont les qualités d’une partition géniale, où le jeune et précoce Rossini sait mêler le pur comique bouffon, souvent délirant et décalé (trio truculent de la grosse farce du trio “Pappatacci”), et la profondeur psychologique qui approche le seria tragique. Le profil d’Isabella, à la féminité noble, les airs virtuoses pour ténor (Lindoro) saisissent par leur profondeur et leur justesse, d’autant que les couleurs de l’orchestre rossinien, touchent aussi par leur raffinement nouveau. Après l’Italienne, Rossini affirme son jeune génie et la précocité de ses dons lyriques versatiles dans l’ouvrage suivant Il Turco in Italia (1813), autre bouffonnerie d’une élégance irrésistible. Toujours en avance sur les tendances du goût, la musique marque ainsi une curiosité que Delacroix (Les femmes d’Alger, 1834) ou Ingres (Le Bain turc, 1864), illustreront à leur tour selon leur goût, mais des décennies plus tard.

 

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Compte rendu, opéra. Paris. Palais Garnier, le 31 mars 2014. Gioacchino Rossini : L’Italiana in Algeri. Varduhi Abrahamyan, Antonino Siragusa, Ildebrando d’Arcangelo, Tassis Christoyannis. Riccardo Frizza, direction musicale. Andrei Serban, mise en scène

rossini_portraitLa première représentation pour une reprise est souvent risquée, la cohésion de l’équipe présente sur le plateau se faisant davantage durant les soirées suivantes que pendant les répétitions. Cette Italiana in Algeri ne fait pas exception à la règle, les différents éléments apparaissant en place, mais sans l’âme qui devrait les habiter. La production bien connue d’Andrei Serban fait moins rire ce soir, les choristes et figurants semblant peu convaincus par leur actions, elles-mêmes manquant de minutie dans leur réalisation. Plus encore, une certaine trivialité se fait soudain davantage sentir, le rire n’étant plus là pour la masquer ou la détourner. Vocalement, il en va de même : de bons professionnels, aux voix cependant trop petites pour remplir le vaste espace de Garnier, mais le vent de la folie rossinienne refuse obstinément de souffler. Aux côté de la Zulma corsée et bien chantante d’Anna Pennisi, l’Elvira de Jaël Azzaretti se révèle parfois acide de timbre, malgré des aigus faciles et un jeu prêtant à sourire.

Une Italienne de routine

Très beau Haly de Nahuel di Pierro, qui, avec sa présence scénique toujours évidente, paraît libérer peu à peu son aigu, l’instrument gardant tout son intérêt et l’interprète toute sa musicalité, même pour un seul air.

Le Mustafà d’Ildebrando d’Arcangelo déconcerte, tant son mimétisme vocal est grand avec les inflexions de Samuel Ramey dans le même rôle. Néanmoins, cette imitation millimétrée révèle vite ses limites, le chanteur italien ne possédant par l’arrogance vocale ni la souplesse dans les coloratures de son illustre aîné, l’aigu se détimbrant en outre souvent. C’est pourquoi il surprend d’autant plus dans ses « Pappataci » où il lance des sols parfaitement émis, semblant avoir trouvé la clef des notes hautes. Son jeu scénique de bellâtre se déroule pourtant sans conviction, et on rit peu de ce bey ridiculement amoureux.

Remplaçant Kenneth Tarver initialement prévu, Antonino Siragusa fait étalage de son humour et de son émission claironnante, mais semble avoir perdu en agilité et en aigu, les notes les plus hautes sonnant souvent forcées, instables et caricaturalement nasalisées. On admire l’artiste qui paie comptant et prend des risques, mais on déplore l’usure des moyens chez un ténor qu’on a toujours beaucoup apprécié pour sa sécurité technique et musicale, en espérant qu’il ne s’agisse là que d’une fatigue passagère.

Dans le rôle-titre, Varduhi Abrahamyan, grande habituée de la première scène française, vient à bout des vocalises du personnage sans encombre et se coule avec délice dans la nature dominatrice de cette femme. Toutefois, il faut attendre le lent balancement de « Per lui che adoro » pour que la mezzo devienne pleinement musicienne, et, pour clore un « Penso alla patria » bien négocié – mais manquant encore de liberté comme de fantaisie dans l’agilité – la chanteuse tente un aigu courageux mais qui n’était pas nécessaire.

Celui qui domine la distribution reste incontestablement le Taddeo de Tassis Christoyannis. Comme toujours admirablement chantant, à l’émission riche et naturelle, il croque son personnage avec une grande finesse, regards levés au ciel et moues boudeuses, absolument irrésistible costumé en Kaimakan.

Le chœur et l’orchestre maison assurent pleinement leurs parties, emmenées par un Riccardo Frizza qui prend la musique de Rossini très au sérieux, mais qui n’évite pas ce soir de nombreux décalages notamment dans les grands ensembles, dont l’efficacité implacable repose sur une précision absolue.

Gageons cependant que cette reprise trouvera son rythme de croisière au fil des représentations, c’est tout ce qu’on lui souhaite.

Paris. Palais Garnier, 31 mars 2014. Gioacchino Rossini : L’Italiana in Algeri. Livret d’Angelo Anelli. Avec Isabella : Varduhi Abrahamyan ; Lindoro : Antonino Siragusa ; Mustafà : Ildebrando d’Arcangelo ; Taddeo : Tassis Christoyannis ; Haly : Nahuel di Pierro ; Elvira : Jaël Azzaretti ; Zulma : Anna Pennisi. Chœur de l’Opéra National de Paris ; Chef de chœur : Alessandro di Stefano. Orchestre de l’Opéra National de Paris. Direction musicale : Riccardo Frizza. Mise en scène : Andrei Serban ; Décors et costumes : Marina Draghici ; Lumières : Guido Lievi, réalisées par Andrei Serban et Jacques Giovanangeli ; Chorégraphie : Niky Wolcz