Compte-rendu, Opéra. Barcelone, Liceu, le 19 oct 2018. BELLINI : I Puritani. Camarena, Yende, Miksimmon / Franklin.

Compte-rendu, Opéra. Liceu de Barcelone, le 19 octobre 2018. Vincenzo Bellini : I Puritani. Camarena, Yende, Kwicein, Mimica… Miksimmon / Franklin. En réunissant Pretty Yende et Javier Camarena en têtes d’affiche, I Puritani au Gran Teatre del Liceu de Barcelone était sans aucun doute l’un des spectacles les plus attendus de la saison européenne. Pour ce qui est de la partie vocale, les attentes n’ont pas été déçues…

 
 
 

Grande soirée belcantiste au Liceu !

 
 
 

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Pour le reste, on sait que I Puritani est un opéra extrêmement difficile à mettre en scène, son livret accusant d’évidents déséquilibres, et ce n’est pas la mise en scène confiée à l’irlandaise Annilese Miskimmon qui viendra résoudre la difficile équation, puisqu’elle complexifie un peu plus une histoire déjà passablement alambiquée. Car elle voir un parallèle entre l’époque de Cromwell à laquelle se passe l’histoire et la guerre de religion qui ensanglanta Belfast au milieu des années 70. Mais à la simple transposition, Miksimmon préfère juxtaposer les deux époques, et dans le (misérable et affreux) décor d’une salle des fêtes de la banlieue de Belfast, ce sont des personnages habillés en costumes du XVIIe qui y évoluent… L’intrigue apparaît encore plus opaque qu’elle ne l’est déjà, et l’on pardonnera encore moins cette nouvelle habitude de modifier les « happy ends » en drame : ici Arturo ne convole pas vers un juste bonheur mais est assassiné par les protestants, Elvira n’ayant d’autre choix que de sombrer à nouveau dans la folie…

De son côté, la direction musicale de Christopher Franklin alterne hauts et bas, commençant sous le signe de l’épure avant de basculer dans un ouragan sonore de proportions presque wagnériennes. On portera néanmoins à son crédit sa manière d’accompagner les chanteurs et de préserver la continuité musicale de la partition, ce qui n’est pas une tâche facile dans I Puritani…

Par bonheur, la distribution vocale rachète tout. L’Arturo de Javier Camarena Ă©tait, bien entendu, la principale attraction de la soirĂ©e, et le tĂ©nor mexicain s’est jouĂ© de cette tessiture suraigĂĽe avec son aisance coutumière, y ajoutant une puretĂ© dans le legato, une lumière dans le timbre, une suavitĂ© dans les accents, et une intensitĂ© dans le phrasĂ© sans rivales aujourd’hui dans ce rĂ©pertoire. Tour Ă  tour tendre et ardent, le personnage convainc de bout en bout, mĂŞme s’il « se contente » d’un contre-RĂ© en lieu et place du contre-Fa attendu dans le fameux « Credeasi misera ». PropulsĂ©e vers les sommets depuis qu’elle a remportĂ© le prestigieux Concours Operalia, la soprano sud-africaine Pretty Yende ne dĂ©mĂ©rite pas en Elvira, dĂ©livrant un chant techniquement irrĂ©prochable, et faisant preuve d’une capacitĂ© Ă  contrĂ´ler superbement l’émission de ses notes aigĂĽes, claires et timbrĂ©es sans jamais ĂŞtre criĂ©es, mais l’actrice peine en revanche Ă  convaincre dans les moments les plus dramatiques de la partition. Devant l’enthousiasme gĂ©nĂ©rĂ© par leur duo du III, Camarena et Yende bissent le cĂ©lèbre « Vieni fra queste braccia », qui rĂ©colte bien 5mn d’applaudissements… Le baryton polonais Mariusz Kwicein offre un magnifique portrait de Riccardo, en ajoutant Ă  la noblesse du phrasĂ© bellinien une incroyable souplesse dans les ornements. Quant Ă  la basse croate Marko Mimica, il possède tous les atouts pour ĂŞtre un Giorgio d’exception : splendeur du timbre, puissance vocale, legato racĂ© et prestance scĂ©nique. Les comprimari n’appellent aucun reproche, avec une mention pour l’Enrichetta de Lidia Vinyes-Curtis, tandis que le ChĹ“ur du Gran Teatre del Liceu s’avèrent Ă©galement d’une très belle tenue.

 
 
 

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Compte-rendu, Opéra. Liceu de Barcelone, le 19 octobre 2018. Vincenzo Bellini : I Puritani. Camarena, Yende, Kwicein, Mimica… Miksimmon / Franklin. Illustration © A. Bofill

 
 
 

Compte-rendu, opéra. Barcelone, Gran Teatre del Liceu, le 25 avril 2016. Giuseppe Verdi : Simon Bocccanegra. Massimo Zanetti, direction musicale. José Luis Gomez, mise en scène.

De tous les opĂ©ras de la « seconde pĂ©riode » de Verdi, Simon Boccanegra reste le plus mĂ©connu. Son intrigue passablement compliquĂ©e et les invraisemblances de son livret – associĂ©es Ă  une musique qui est presque continue, d’oĂą ne se dĂ©tachent quasiment pas d’airs destinĂ©s Ă  servir les chanteurs – en font une Ĺ“uvre encore difficile pour le grand public. Pourtant, derrière la couleur sombre dans laquelle baigne tout le drame – et par delĂ  les rebondissements rocambolesques de l’intrigue- perce une lumière humaniste qui est parfaitement reprĂ©sentative de son auteur.

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ÉtrennĂ©e in loco en 2009 – avant d’ĂŞtre reprise l’annĂ©e d’après au Grand-Théâtre de Genève, maison coproductrice du spectacle – cette production signĂ©e de JosĂ© Luis Gomez nous a procurĂ© la mĂŞme satisfaction qu’Ă  sa crĂ©ation. L’homme de théâtre espagnol ne propose ici ni reconstitution passĂ©iste ni relecture risquĂ©e, mais un travail rigoureux, Ă  la fois sobre, Ă©purĂ© et efficace. En s’attachant principalement Ă  sa dimension politique, il n’oublie pas pour autant ce qui – dans cet opĂ©ra prĂ©sentĂ© dans sa version de 1881 – touche aux sentiments humains. Grâce Ă  ce processus gĂ©nĂ©ral de simplification – auquel rĂ©pond la scĂ©nographie simple et mobile de Carl Fillion, constituĂ©e de grands panneaux de miroirs -, JosĂ© Luis Gomez rend l’ouvrage de Verdi intelligible Ă  tous.

Parmi les images fortes, on se souviendra notamment du tableau final, en forme de PietĂ  (photo ci dessus).

Alternant avec les vĂ©tĂ©rans Leo Nucci et Placido Domingo, Giovanni Meoni campe un Simon d’un bel aplomb et d’une belle soliditĂ©. DotĂ© d’un timbre racĂ©, le baryton italien offre Ă©galement une belle musicalitĂ© qui lui permet de nombreuses nuances, mais surtout ce surplus d’humanitĂ© qui fait qu’il est pleinement le personnage. Face Ă  lui, la basse ukrainienne Vitalij Kowaljow rĂ©ussit la gageure d’offrir un adversaire de poids, composant un Fiesco plein de grandeur, avec une belle voix profonde d’Ă©mission Ă©minemment slave. Dans le rĂ´le d’Amelia, la soprano milanaise Barbara Frittoli déçoit quelque peu. Si son engagement et ses qualitĂ©s de musicienne la sauvent plus d’une fois, les sons flottĂ©s du magnifique air d’entrĂ©e « Come in quest’ora bruna » lui font complètement dĂ©faut. De son cĂ´tĂ©, le tĂ©nor italien Fabio Sartori incarne un Gabriele Adorno au timbre gĂ©nĂ©reux, Ă  l’aigu Ă©panoui, Ă  l’articulation claire et au phrasĂ© Ă©lĂ©gant, tandis que le baryton catalan Angel Odena campe un Paolo Albiani, conspirateur Ă  souhait. Remarquablement prĂ©parĂ© par Conxita Garcia, le ChĹ“ur du Gran Teatre del Liceu n’appelle que des Ă©loges. Enfin, si le chef italien Massimo Zanetti se montre extrĂŞmement attentif aux dĂ©tails de l’orchestration, en tirant de l’excellent Orchestre du Gran Teatre del Liceu de beaux effets instrumentaux, il ne se cantonne pas moins dans une approche malheureusement superficielle de la sublime partition de Verdi.

Compte-rendu, opéra. Barcelone, Gran Teatre del Liceu, le 25 avril 2016. Giuseppe Verdi : Simon Bocccanegra. Giovanni Meoni (Simon Boccanegra), Barbara Frittoli (Amelia Grimaldi), Fabio Sartori (Gabriele Adorno), Vitalij Kowaljow (Jacopo Fiesco), Angel Odena (Paolo Albiani). Massimo Zanetti, direction. José Luis Gomez, mise en scène

Compte-rendu, Opéra. Barcelone, Liceu, le 30 janvier,1er février 2016. Verdi : Otello. Carl Tanner, Philippe Auguin.

Vague verdienne en juin 2014Provenant de la Deutsche Oper de Berlin, la production d’Otello signĂ©e par Andreas Kriegenburg – actuellement Ă  l’affiche au Liceu de Barcelone – est un beau ratage auquel l’institution catalane ne nous a guère habituĂ© jusqu’Ă  prĂ©sent. Le metteur en scène allemand semble en effet se moquer complètement du drame de Shakespeare (et du livret d’Arrigo Boito), lui prĂ©fĂ©rant notre actualitĂ© la plus brĂ»lante, celle des rĂ©fugiĂ©s affluant en Europe, ici parquĂ©s dans une structure mĂ©tallique montant jusqu’aux cintres, aussi peu pratique qu’inesthĂ©tique. Les protagonistes passent ici au second plan, ce qui est une totale hĂ©rĂ©sie. Passons vite…
Contre toute attente aussi – mĂŞme si ce n’est finalement pas si inhabituel au Liceu – c’est la seconde distribution qui nous aura le plus enthousiasmĂ©e, alors que la première affichait rien moins que JosĂ© Cura (avec une voix qui a dĂ©sormais perdu toute puissance et brillance) et Ermonela Jaho (dont le timbre sonnait Ă©tonnamment mĂ©tallique le soir oĂą nous l’avons entendue…).
Cette seconde distribution, en alternance, mettait Ă  l’affiche, dans le rĂ´le-titre, le tĂ©nor amĂ©ricain Carl Tanner qui possède vĂ©ritablement une voix capable de rendre justice au personnage d’Otello : sombre, chaleureuse, sĂ»re, arrogante dans l’aigu et robuste dans le mĂ©dium, avec une diction et une tenue musicale par ailleurs probantes. ScĂ©niquement, il campe un Otello aux abois, Ă©corchĂ© vif, incapable de se maĂ®triser, dont il parvient Ă  exprimer les tourments, notamment dans un bouleversant « Dio ! Mi potevi scagliar » et un non moins Ă©mouvant « Niun mi tema ».
De son cĂ´tĂ©, la soprano mexicaine Maria Katzarava prĂŞte Ă  DesdĂ©mone son timbre dense et riche, sensuel et lumineux, qui convient parfaitement Ă  l’épouse du Maure, et qui fait merveille dans le premier duo « GiĂ  nella notte densa », qu’elle dĂ©livre avec d’infinies nuances. On mettra Ă©galement Ă  son crĂ©dit des phrasĂ©s magnifiquement diffĂ©renciĂ©s, des piani de toute beautĂ©, un « air du saule » – puis un « Ave Maria » – Ă  vous tirer les larmes.
Iago très intĂ©riorisĂ©, d’une noirceur qui sourd de chacun de ses gestes, le baryton italien Ivan Inverardi incarne de saisissante façon cette figure shakespearienne, incarnation mĂŞme du Mal. Très homogène et remarquablement puissante, sa voix impressionne par sa noirceur et son mordant, notamment dans le fameux « Credo », Ă  faire froid dans le dos. On admire Ă©galement chez l’artiste sa maĂ®trise du mot, qui flatte l’oreille dans son rĂ©cit du rĂŞve de Cassio. Ce dernier rĂ´le est tenu par le jeune tĂ©nor sibĂ©rien Alexey Dolgov Ă  la belle prestance et Ă  la voix claire mais bien projetĂ©e. Quant aux voix de la basse moldave Roman Ialcic et du baryton andalou DamiĂ n del Castillo, elles permettent aux personnages de Lodovico et de Montano de se profiler comme d’authentiques ressorts de l’intrigue. Quant Ă  Vicenç Esteve Madrid, il campe un Roderigo convaincant tandis qu’Olesya Petrova Ă©corche l’oreille des auditeurs avec un timbre dĂ©jĂ  usĂ© (l’artiste est pourtant jeune).

A la tĂŞte d’un orchestre « maison » superbement sonnant, le chef français Philippe Auguin – directeur musical de l’Orchestre Philharmonique de Nice – dirige un Verdi sanguin, âpre, peu enclin Ă  l’introspection: l’accompagnement soulignant les coups de théâtre et dĂ©peignant les conflits psychologiques avec une luxuriance sonore absolument jouissive. Enfin, le ChĹ“ur du Gran Teatre del Liceu – admirablement prĂ©parĂ© par Conxita Garcia – fait montre d’une virtuositĂ© impressionnante, qui lui permet d’aborder notamment le long finale du troisième acte sans baisse rythmique.

Compte-rendu, Opéra. Barcelone, Gran Teatre del Liceu, le 30 janvier (et 1er février) 2016. Verdi : Otello. Avec Carl Tanner (Otello), Maria Katzarava (Desdemona), Ivan Inverardi (Iago), Alexey Dolgov (Cassio), Vicenç Esteve Madrid (Roderigo), Roman Ialcic (Lodovico), Damiàn del Castillo (Montano), Olesya Petrova (Emilia). Andreas Kriegenburg (mise en scène). Philippe Auguin (direction musicale).

Compte-rendu, opéra. Barcelone ; Gran Teatre del Liceu, le 27 juin 2015. Gaetano Donizetti : Don Pasquale. Roberto de Candia (Don Pasquale), Pretty Yende (Norina), Juan Francisco Gatell (Ernesto), Mariusz Kwiecien (Malatesta). Laurent Pelly, mise en scène. Diego Matheuz, direction.

Bien qu’indiquĂ©e comme nouvelle production, ce Don Pasquale au Liceu de Barcelone – signĂ©e par le cĂ©lèbre metteur en scène Laurent Pelly (dont on se souvient in loco d’une Fille du rĂ©giment et d’une Cendrillon plutĂ´t rĂ©ussies) – est la reprise d’un spectacle qui a vu le jour l’Ă©tĂ© passĂ© au Festival de Santa Fe. En situant l’intrigue dans les annĂ©es cinquante, Pelly vise Ă  souligner les analogies entre le cinĂ©ma italien de cette pĂ©riode-lĂ  et le chef d’Ĺ“uvre comique de Donizetti, qui, par certains aspects, pourrait ĂŞtre considĂ©rĂ© comme une comĂ©die Ă  la Monicelli ou Ă  la Risi avant la lettre. L’homme de théâtre français signe un spectacle très agrĂ©able et amusant en tout cas, avec quelques trouvailles hilarantes, comme le renversement – au sens propre – de la maison de Don Pasquale, au III, après que Norina ait dĂ©cidĂ© de transformer la triste demeure du vieillard en un endroit coquet et colorĂ©.

 

 

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Soprano et ténor en verve à Barcelone

2 voix Ă  suivre : Pretty Yende et Juan Francisco Gatell

 

 

C’est la soprano sud africaine Pretty Yende qui interprète le rĂ´le de la jeune dĂ©lurĂ©e. Elle a tout pour sĂ©duire, Ă  commencer par un tempĂ©rament dramatique et un abattage qui auraient dĂ» mettre Don Pasquale sur ses gardes, quant Ă  la prĂ©tendue « naĂŻvetĂ© » de la jeune fille ! Bref, la chanteuse entraĂ®ne tout le monde dans le tourbillon de sa vitalitĂ©. Sur le plan vocal, les moyens sont incontestables, avec un aigu d’une grande facilitĂ©, soutenus par une technique impeccable.

Dans le rĂ´le-titre, la basse bouffe italienne Roberto de Candia confirme sa totale maĂ®trise d’un emploi qu’il ne tire jamais vers la caricature ni les effets faciles. Sa voix saine nous change de tant de Pasquale aux moyens usĂ©s, l’interprète s’avĂ©rant plus touchant que grotesque, avec une articulation et une projection de la langue de Dante exemplaires. A saluer Ă©galement la performance du baryton polonais Mariusz Kwiecien qui s’impose d’entrĂ©e, dans le rĂ´le de Malatesta, avec un magnifique « Bella siccome un angelo ». La voix est bien conduite, le chanteur gĂ©nĂ©reux, et la prĂ©sence scĂ©nique incontestable.
Mais la vĂ©ritable surprise est venue de du tĂ©nor argentin Juan Francisco Gatell qui, malgrĂ© son jeune âge, campe un Ernesto d’une sensibilitĂ© et d’un raffinement dans le phrasĂ© dignes d’admiration. Son art de la nuance fait notamment merveille dans le fameux « Com’è gentil », d’abord susurrĂ©, puis couronnĂ© in fine par un aigu Ă©clatant. Une mention Ă©galement pour les chĹ“urs maisons, auxquels le public rĂ©serve une ovation après leur « valzer » du troisième acte.

liceu-barcelone-pretty-yende-don-pasquale-compte-rendu-critique-clasiquenews1Sous la baguette du jeune chef brĂ©silien Diego Matheuz – nommĂ© rĂ©cemment directeur musical de La Fenice de Venise -, l’Orchestre du Gran Teatre del Liceu rĂ©pond avec beaucoup de concentration au moindre de ses gestes, pour obtenir une exĂ©cution plus qu’honorable. On apprĂ©cie surtout les qualitĂ©s de maestro concertatore de Matheuz qui dirige avec finesse, richesse de coloris et variĂ©tĂ© dans la dynamique, sans jamais sacrifier les voix, ni le nĂ©cessaire Ă©quilibre entre fosse et plateau. Lui fait peut-ĂŞtre dĂ©faut ce zeste de flexibilitĂ© dans le rythme, obtenu par un savant dosage de rubato et de rallentando, que Don Pasquale rĂ©clame, plus que tout autre opĂ©ra de
Donizetti.

 

 

Compte-rendu.Opéra. Barcelone ; Gran Teatre del Liceu, le 27 juin 2015. Gaetano Donizetti : Don Pasquale. Roberto de Candia (Don Pasquale), Pretty Yende (Norina), Juan Francisco Gatell (Ernesto), Mariusz Kwiecien (Malatesta). Laurent Pelly, mise en scène. Diego Matheuz, direction.

 

 

Barcelone. Siegfried de Wagner au Liceu

WAGNER EN SUISSEBarcelone, Liceu. Wagner : Siegfried. 11<23 mars 2015. Mise en scène par Robert Carsen, cette production de Siegfried se concentre sur le 2ème JournĂ©e de la TĂ©tralogie ou Ring de Wagner. Les enchantements de la fable Ă  laquelle se nourrit le Wagner conteur rĂ©alise ici une Ă©popĂ©e hĂ©roĂŻque et onirique qui rĂ©capitule après l’ivresse amoureuse et compassionnelle de La Walkyrie (1ère JournĂ©e), l’enfance du jeune hĂ©ros puis sa transformation en jeune adulte victorieux amoureux. La figure est Ă  l’origine de tout le cycle : on sait qu’au dĂ©but de son oeuvre lyrique, avant la conception globale en tĂ©tralogie, Wagner souhaitait mettre en musique le vie et surtout la mort de Siegfried. C’est en s’intĂ©ressant aux Ă©vĂ©nements qui prĂ©cèdent l’avènement du hĂ©ros, que le compositeur tisse peu Ă  peu la matière du Ring (le prologue de L’Or du Rhin dĂ©voilant la rivalitĂ© de Wotan et des Nibelungen, la malĂ©diction de l’anneau et les sacrifices Ă  accepter / assumer pour s’en rendre mettre) : tout converge vers la geste du champion qui n’a pas peur, et le sens de ce qu’il fait, est, devient. Dans Siegfried, drame musical en 3 actes, s’opposent le forgeron Mime qui est aussi l’Ă©ducateur de Siegfried, et Siegfried. Le premier vit dans l’espoir de reforger l’anneau qui donne la toute puissance : c’est un ĂŞtre calculateur, fourbe, peureux. Ce qu’il forge l’enchaĂ®ne Ă  un cycle de malĂ©diction.

Geste amoureux, héroïque de Siegfried

Siegfried wagner barcelone liceu robert carsen josep pons classiquenews mars 2015A l’inverse, Siegfried, ĂŞtre lumineux et conquĂ©rant, forge sa propre Ă©pĂ©e, Nothung, instrument de son Ă©mancipation (qui est aussi l’ex Ă©pĂ©e de son père Siegmund) : avec elle, il tue le dragon Fafner, et suit la voix de l’oiseau intelligible qui le mène jusqu’au rocher oĂą repose sa futur Ă©pouse, BrĂĽnnhilde, ex walkyrie, dĂ©chue par Wotan. Comme dans La Walkyrie oĂą se dĂ©veloppe le chant amoureux des parents de Siegfried (Siegmund et Sieglinde), Siegfried est aussi un ouvrage d’effusion enivrĂ©e : quand le hĂ©ros bientĂ´t vainqueur du dragon, s’extasie en contemplant le miracle de la nature soudainement complice et protectrice (les murmures de la forĂŞts). En portant le sang de la bĂŞte Ă  ses lèvres, il est frappĂ© de discernement et d’intelligence, vision supĂ©rieure qui lui fait comprendre les intentions de Mime… qu’il tue immĂ©diatement : on aurait souhaitĂ© que dans le dernier volet, Le CrĂ©puscule des dieux, Siegfried montrât une intelligence tout aussi affĂ»tĂ©e en particulier vis Ă  vis du clan Gibishungen… mais sa naĂŻvetĂ© causera sa perte.
Pour l’heure, après l’accomplissement du prodige (tuer le dragon, prendre l’anneau), Siegfried dĂ©couvre au III, l’amour, rĂ©compense du hĂ©ros mĂ©ritant : et Wagner, peint alors un tableau saisissant oĂą Siegfried dĂ©couvre BrĂĽnnhilde sur son roc de feu, puis l’enlace en un duo Ă©perdu, digne des effluves tristanesques, au terme duquel, le fiancĂ© remet Ă  sa belle, l’anneau maudit. Dans Siegfried, se prĂ©cise aussi la rĂ©alisation du cycle fatal : au dĂ©but du III, le dieu si flamboyant dans L’Or du Rhin, Wotan : manipulateur (piĂ©geant honteusement avec Loge, le nain AlbĂ©rich), brillant bâtisseur (du Wallhala), nĂ©gociateur (avec les gĂ©ants), se dĂ©couvre ici en “Wanderer” (voyageur errant), tĂŞte basse, Ă©puisĂ©, usĂ©, renonçant au pouvoir sur le monde : la chute assumĂ©e de Wotan est criante lorsqu’il croise la route du nouveau hĂ©ros Siegfried dont l’Ă©pĂ©e dĂ©truit la vieille lance du solitaire fatiguĂ©… Tout un symbole. De sorte qu’Ă  la fin de l’ouvrage, la partition est portĂ©e Ă  travers le duo des amants magnifiques (Siegfried / BrĂĽnnhilde) par une espĂ©rance nouvelle : Siegfried ne serait-il pas cette figure messianique, annonciatrice d’un monde nouveau ? C’est la clĂ© de l’opĂ©ra. Mais Wagner rĂ©serve une toute autre fin Ă  son hĂ©ros car l’anneau est porteur d’une malĂ©diction qui doit s’accomplir : tel est l’enjeu de la 3ème JournĂ©e du Ring : Le CrĂ©puscule des dieux.

boutonreservationSiegfried de Wagner
Barcelone, Gran Teatro del Liceu
7 représentations : les 11,13,15,17, 19, 21 et 23 mars 2015

Josep Pons, direction
Robert Carsen, mise en scène
Lance Ryan / Stefan Vinke (Siegfried)
Peter Bronder (Mime)
Albert Dohmen (Wotan/der Wanderer)
Oleg Bryjak (Alberich)
Irene Theorin (BrĂĽnnhilde)
Ewa Podles (Erda)…

DVD. Offenbach : Les Contes d’Hoffmann (Denève, 2013)

DVD_contes_d_hoffmann_offenbach_dessay_Naouri_deneve_liceu_2013_erato_dvdDVD. Offenbach : Les Contes d’Hoffmann (Denève, 2013). Cauchemard fĂ©Ă©rique. Barcelone, Liceu, fĂ©vrier 2013. Pelly connaĂ®t bien les Contes hofmanniens, mais ici, rĂ©tablis selon la rĂ©vision pertinente qu’en propose aujourd’hui le spĂ©cialiste reconnu (lĂ©gitimement) Jean-Christophe Keck. L’opĂ©ra y gagne un surcroĂ®t de cohĂ©rence et de vivacitĂ©, de tension et de profondeur, tout au long des 3 tableaux fĂ©minins : Olympia, Antonia, Giuletta; triptyque fantastique qui exprime l’amertume du poète, sa malchance amoureuse qui est plus qu’incidents en sĂ©rie : malĂ©diction vĂ©nĂ©neuse et obsessionnelle (d’oĂą son fort Ă©thylisme exposĂ© dès le prologue et ses glous glous gouleyants) …
La mise en scène reste efficace, forte, parfaitement cynique et glaçante quand paraĂ®t la figure diabolique, versatile, volubile, ironique, sardonique, selon ses masques : Lindorf, CoppĂ©lius, Miracle, Dapertutto (expressionnisme et fantomatique idĂ©al de Laurent Naouri : c’est lui le champion de la production). Le jeu d’Ă©chelle des dĂ©cors ajoute au dĂ©lire visuel, celui d’un cauchemar façon cinĂ© berlinois ou pièce noire, âpre Ă  la Ibsen… propre Ă  nous plonger dans un vertige hypnotique et nausĂ©eux. Le fini esthĂ©tique est parfait : il laisse explicite ce fantastique suffoquant et glacial du romantisme français Ă  l’opĂ©ra. En Hofmann Michael Spyres n’a pas l’Ă©lĂ©gance cynique articulĂ©e de son partenaire français mais l’engagement est louable.
Parmi les hĂ©roĂŻnes, 3 diffĂ©rentes chanteuses ici quand souvent on prĂ©fère distribuer les 3 rĂ´les Ă  une seule cantatrice (au risque qu’elle y laisse une partie de sa voix), seule Natalie Dessay en Antonia déçoit : le chant n’est plus qu’ombre et dĂ©chirure, un constat parfois douloureux. La diva a bien fait de se consacrer au rĂ©cital de chansons, c’est un autre dĂ©fi plus adaptĂ© Ă  sa voix malheureusement atteinte. Celle qui fut une Olympia lĂ©gendaire (dans la mise en scène de Savary Ă  Orange)  pâlit : quel dommage. Dans la fosse, règne l’Ă©quilibre et la mesure d’une baguette habile dans le rĂ©pertoire français, le rousselien StĂ©phane Denève.
Visuellement, le spectacle est somptueux ; la force du fond dĂ©moniaque captive de bout en bout, grâce Ă  l’incarnation d’un Naouri au sommet.

Jacques Offenbach (1819-1880) : Les contes d’Hoffmann. Version Keck. Michael Spyres (Hoffmann), Kathleen (Olympia), Natalie Dessay (Antonia), Tatiana Pavlovskaya (Giuletta), Laurent Naouri (Lindorf, Coppelius, Miracle, Dapertutto), Michèle Losier (La Muse, Nicklause) … Choeur et orchestre du Grand Théâtre Liceu de Barcelone. StĂ©phane denève, direction. Laurent Pelly, mise en scène. 2 dvd Erato 46369140. Enregistrement rĂ©alisĂ© en fĂ©vrier 2013. NTSC 16/9.