Poitiers. Théâtre, le 11 fĂ©vrier 2016. Andrea Liberovici (nĂ© en 1962) : Faust’s box (crĂ©ation). Helga Davis,Andrea Liberovici.Ars Nova Ensemble. Philippe Nahon

Faust en crĂ©ation Ă  PoitiersDe tous les mythes existants, celui de Faust est celui qui rĂ©ussit l’exploit de concentrer le plus grand nombre d’oeuvres littĂ©raires, cinĂ©matographiques ou musicales depuis son apparition. Parmi les plus cĂ©lèbres, figurent le Faust de Johann Wolfgang Von Goethe (1749-1832), celui de Charles Gounod (1818-1893) ou celui de RenĂ© Clair (1898-1981). Dans cet univers de chefs d’oeuvres, le dernier opus du compositeur italien Andrea Liberovici (nĂ© en 1962) ne fait que confirmer le succès jamais dĂ©menti du mythe de Faust. Faust’s box est la dernière commande d’Ars Nova Ensemble et de son directeur musical Philippe Nahon. A l’occasion de la crĂ©ation mondiale de Faust’s Box, c’est Helga Davis, actrice et chanteuse Ă  la voix assez jazzy, qui a Ă©tĂ© invitĂ©e Ă  chanter et Ă  dĂ©clamer l’oeuvre prĂ©sentĂ©e en crĂ©ation Ă  Poitiers, une partition particulièrement exigeante de Liberovici.

Création saluée unanimement, le mythe de Faust réinventé par Andrea Liberovici

Faust’s box au TAP de Poitiers

Comme nombre de compositeurs contemporains, Liberovici utilise une bande son sur laquelle est enregistrĂ©e la voix de Robert Wilson, le «narrateur de l’ombre», mĂŞlĂ©e Ă  des sons captĂ©s dans la ville et dans la nature. Quant Ă  l’orchestre, outre les cordes et les timbales, paraissent des «instruments» surprenants que Liberovici est allĂ© chercher dans la vie quotidienne : marteaux, cravaches, roues Ă  eau par exemple. Faust damnĂ© après son pacte avec MephistophĂ©lès, arrivĂ© en enfer, s’Ă©chappe comme il peut pour tenter de rendre sa situation vivable, Ă  dĂ©faut d’ĂŞtre acceptable. L’actrice et chanteuse Helga Davis s’intègre dans le spectacle avec talent ; d’une voix chaleureuse, l’artiste alterne texte chantĂ© et parlĂ© et fait transparaĂ®tre avec talent le dĂ©sespoir de Faust enfermĂ© dans sa boite infernale. Le miroir installĂ© au fond de la boĂ®te oĂą se trouve Faust, oblige le malheureux damnĂ© Ă  affronter son passĂ© et les raisons qui l’ont poussĂ© Ă  accepter de passer un pacte avec le diable.
Philippe Nahon dirige Ars Nova avec souplesse et rigueur ; la battue est claire, nette, prĂ©cise ; d’ailleurs la musique de Liberovici ne permet pas vraiment d’improviser. Musicalement et textuellement, Liberovici alterne avec talent, espoir, dĂ©sespoir, tentative d’Ă©vasion, rĂ©signation. C’est la complicitĂ© entre Nahon et ses musiciens qui forme le socle du succès de la soirĂ©e, alliĂ©e Ă  une artiste exceptionnelle, Helga Davis, et Ă  un compositeur talentueux, Andrea Liberovici ; le collectif s’est appropriĂ© le mythe de Faust en une Ĺ“uvre absolument personnelle qui ne copie ni ne s’inspire de personne.

N’oublions pas qu’Ars Nova rĂ©alise une crĂ©ation Ă  peu près chaque annĂ©e. Après « A l’agitĂ© du bocal » de Bernard Cavanna en 2013 et ” Courte longue vie au grand petit roi » d’Alexandros MarkĂ©as, en 2014, Faust’s box » d’AndrĂ©a Liberovici qui voit le jour en ce mois de fĂ©vrier 2016, s’impose Ă  nous avec force et poĂ©sie. Le public venu nombreux rĂ©serve un accueil triomphal Ă  chacun, et Liberovici, prĂ©sent, car il assurait lui mĂŞme la mise en espace, reçoit largement sa part des «bravos» qui fusent ici et lĂ . Souhaitons longue vie Ă  ce «Faust’s box» dont la crĂ©ation a reçu comme rarement, un accueil spontanĂ© et plutĂ´t très chaleureux du public venu pour sa crĂ©ation. Preuve qu’il y a bien une audience pour la musique contemporaine, et que le TAP Ă  Poitiers a su parfaitement le fidĂ©liser.

Poitiers. Théâtre, le 11 fĂ©vrier 2016. Andrea Liberovici (nĂ© en 1962) : Faust’s box. Helga Davis, voix, Robert Wilson, narrateur de l’ombre, Andrea Liberovici, musique, texte, mise en scène, Ars Nova Ensemble. Philippe Nahon, direction.