COMPTE-RENDU, critique, concert. PARIS, salle Cortot, le 2 déc 2019. Le temps retrouvé / Li-Kung Kuo (violon), Cédric Lorel (piano)

COMPTE-RENDU, critique, concert. PARIS, salle Cortot, le 2 dĂ©c 2019. Le temps retrouvĂ© / Li-Kung Kuo (violon), CĂ©dric Lorel (piano). Au cƓur du chambrisme français. Chausson, Saint-SaĂ«ns, Hahn, YsaĂże
 le duo Li-Kung Kuo (violon), CĂ©dric Lorel (piano) Ă  la faveur de leur rĂ©cent cd Ă©ditĂ© par Cadence Brillante, intitulĂ© « Le temps retrouvé » (rĂ©compensĂ© par le CLIC de CLASSIQUENEWS), souligne l’ñge d’or de la musique de chambre en France au temps de Proust dont ils ont proposĂ© une certaine idĂ©e du goĂ»t musical, propre Ă  la Belle-Epoque. Il n’y a aucun doute sur la qualitĂ© de cette musique Ă©vocatrice e poĂ©tique et l’on s’étonne toujours de ne pas l’écouter plus souvent dans les salles de concert.

 

 

Mille et une nuances du chambrisme français

 

 

CĂ©dric LOREL, Li-Kung KUO : Le temps retrouvĂ©Sur les traces de la lĂ©gendaire et trĂšs littĂ©raire Sonate de Vinteuil, mythe proustien par excellence, les deux artistes abordent plusieurs auteurs du programme de leur cd, mais dans un ordre diffĂ©rent, terminant par EugĂšne YsaĂże dont il trace ainsi un portrait complet, comme interprĂšte et comme compositeur.‹ A l’époque de Proust, le chant de l’ñme vibrante et dĂ©sirante s’exprime au violon ainsi : virtuosissime (Caprice opus 52 n°6, d’aprĂšs Saint-SaĂ«ns d’YsaĂże) ; Ăąpre et profond, jusqu’à l’expiration enivrĂ©e (trĂšs wagnĂ©rien et tristanesque PoĂšme de Chausson opus 25 ; extatique Ă©perdu en une voluptĂ© heureuse (Nocturne de Hahn) 

Le sommet du rĂ©cital Ă  Cortot Ă©tant la Sonate n°1 de Saint-SaĂ«ns (opus 75) de 1885, sa petite mĂ©lodie aĂ©rienne, fruit d’un gĂ©nie français de 50 ans, qui aura certainement inspirĂ© Marcel, lequel n’hĂ©sitait jamais, comme pour mieux brouiller les pistes, Ă  dire sa dĂ©testation de
 Saint-SaĂ«ns justement. C’est pourtant bien cet air qui semble jaillir de l’enfance, naturel et coulant en une innocence, intacte et vive qui surgit comme second thĂšme du premier mouvement, saisissant par sa simplicitĂ© et son intensitĂ© sincĂšre. Proust y dĂ©tecte comme un leit motiv emblĂ©matique de La Recherche du temps perdu, la « masse » du piano sous la ligne violonistique, Ă©crit-il transportĂ©, « multiforme, indivise, (
), la mauve agitation des flots que charme et bĂ©molise le clair de lune ». Au cƓur de l’inspiration proustienne, la musique qui a ce don de jaillir comme une source fĂ©condante, continue. Tout le gĂ©nie de Camille s’exprime alors, organisant la forme Sonate en un diptyque qui marque les esprits par son souffle, ses crĂ©pitements vifs argents, son charme « intĂ©rieur », ce « chic Ă  la française » qui surpasse mĂȘme l’élĂ©gance viennoise par sa profondeur et la sensualitĂ© de ses couleurs
 que CĂ©dric Lorel, remarquable de couleurs fauves en effet, par son toucher suggestif, 
 « proustien », rĂ©active d’un bout Ă  l’autre au clavier.
Sa complicitĂ© et son Ă©coute offrent une assise souple et articulĂ©e au chant direct et intense du violoniste taiwanais Li-Kung Kuo dont la franchise sonore sait libĂ©rer la tension et maintenir l’expressivitĂ© du son de façon continue. Et c’est peu dire que le violoniste aborde avec une superbe chauffĂ©e Ă  blanc la sĂ©quence ivre de doubles croches qui s’électrise en cascades irradiantes jusqu’au finale, Ă©blouissant de santĂ© apollinienne. Du cran et de la constance marque ce programme rĂ©gĂ©nĂ©rant. Un bain de romantisme français d’une hallucinante maturitĂ© poĂ©tique.
Le Chausson (que crĂ©a YsaĂże) culmine dans l’évocation de paysages crĂ©pusculaires oĂč plane l’idĂ©e d’un envoĂ»tement mystĂ©rieux.

UN AGE D’OR de la musique française
 Rien n’est semblable Ă  l’acuitĂ© expressive des compositeurs français que marque alors une nette volontĂ© d’affirmer l’écriture nationale vis Ă  vis des germaniques. Si Chausson, mort trop jeune, se forme en vĂ©ritĂ© en copiant les quatuors de Beethoven et de Schumann, saine vocation pour celui que son pĂšre força au droit, il nous laisse (avec Franck), une alternative au wagnĂ©risme inĂ©vitable, que les deux interprĂštes ce soir, dĂ©voilent avec une sĂ»retĂ© musicale et une grande finesse.
Et quelle belle idĂ©e de terminer le concert en jouant Lili Boulanger, trĂšs inspirĂ©e dans ce Nocturne (qui semble ainsi rĂ©pondre Ă  celui de Reynaldo Hahn, jouĂ© en ouverture). En un mot, superbe concert que l’auditeur retrouve dans le cd opportunĂ©ment intitulĂ© « le temps retrouvé ».

 

 

 

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LIRE aussi notre critique du cd Le temps retrouvé par Li-Kung Kuo (violon), Cédric Lorel (piano), édité en novembre 2019 chez Cadence Brillante.

Le temps retrouvé : Cédric LOREL, piano et Li-Kung KUO, violon

le-temps-retrouve-disque-img- li kung kuo cedric lorel violon et piano cd review annonce concert cd critique classiquenews CLIC de classiquenews 450PARIS, Cortot, 2 dĂ©c 2019. Le Temps retrouvĂ©. Li-Kung Kuo (violon) – CĂ©dric Lorel (piano) / 1 cd Cadence Brillante. A la recherche de Proust, et tout autant de la figure centrale d’EugĂšne YsaĂże, le violoniste Li-Kung KUO et le pianiste CĂ©dric LOREL mĂȘlent avec intelligence et avec un vrai goĂ»t des filiations et des correspondances quatre compositeurs français aux tempĂ©raments distincts ; tous se rejoignent sur un point : l’expression la plus juste et la plus prĂ©cise du sentiment intĂ©rieur. A la fois expressifs (et mesurĂ©s), et introspectifs (sans appuis excessifs), les deux interprĂštes ressuscitent un Ăąge d’or de la musique de chambre française Ă  l’époque d’A la recherche du temps perdu. Musique et littĂ©rature dialoguent ici naturellement. De fait, dans cette vivacitĂ© aiguĂ« qui creuse la charge Ă©motionnelle de chaque morceau, sans rien omettre de chaque enjeu poĂ©tique, le duo rend justice Ă  l’esprit Belle Epoque, sorte de romantisme tardif transcendĂ©. S’affirment surtout deux sommets du chambrisme français (avec en volet final de ce triptyque imaginaire, le Trio de Ravel, absent ici car il faudrait un 3Ăš complice) : le PoĂšme de Chausson et la Sonate n°1 de Saint-SaĂ«ns, entre gravitĂ© et ravissement.

Le premier morceau (Caprice d’aprĂšs La Valse de St-SaĂ«ns) affirme la virtuositĂ© directe enflammĂ©e dont YsaĂże Ă©tait coutumier, habile Ă  s’approprier chaque partition, avec une intensitĂ© et une articulation percutante, vive, prĂ©cise, mordante. La personnalitĂ© inspire l’ensemble du programme ; c’est lui qui crĂ©a des piĂšces aussi prestigieuses que le Quatuor de Debussy, le PoĂšme de Chausson. Avec Raoul Pugnol (piano), YsaĂże joua la Sonate de Saint-SaĂ«ns dont il dĂ©duit une Ă©tude elle aussi saisissante par son nuancier expressif, ses crĂ©pitements d’une trĂšs haute virtuositĂ©.

CHAUSSON, SAINT-SAËNS

un ñge d’or du chambrisme français

Chez Debussy, on relĂšve dĂšs « l’Allegro vivo » l’activitĂ© filigranĂ©e, inscrite dans le repli et la conservation du souvenir (chant et ligne du violon). « IntermĂšde » est exprimĂ© comme une pantomime, lĂ©gĂšre, d’une nervositĂ© arachnĂ©nenne, prĂ©cisĂ©ment expressive, pure instant de poĂ©sie Ă©vocatoire, aux imprĂ©visibles intentions, aux humeurs esquissĂ©es, changeantes.
« TrĂšs animé » laisse s’exprimer une agitation enivrĂ©e tout en dĂ©licatesse intĂ©rieure et pudique pourtant (rĂ©itĂ©ration du thĂšme de l’Allegro vivo), mais aussi presque lascive (hispanisme comme endeuillĂ© et plein de panache).

Le piano choisi (Bechstein 1898) captive par sa qualitĂ© de rebond, velours allusif en particulier dans le climat de pluie suspendue qui installe ce calme inquiet et langoureux du PoĂšme de Chausson. PrĂ©alable qui est amorce suspendue, d’une tristesse mesurĂ©e, elle aussi productrice d’un vrai climat poĂ©tique qui est propice Ă  faire jaillir le sentiment : la ligne du violon est longue, sur le souffle, d’une infinie gravitĂ©, d’une profonde tendresse, d’un rayonnement peu Ă  peu lumineux qui s’embrase littĂ©ralement. C’est sous les doigts du taiwanais Li-King Kuo, le dĂ©ploiement de cette sensibilitĂ© claire et transparente, ligne Ă©perdue, Ă©tirĂ©e jusqu’aux confins du souffle, essentiellement française.

CLIC D'OR macaron 200Puis s’accomplit le miracle du Saint-SaĂ«ns (Sonate n°1, modĂšle prĂ©sumĂ© de la fameuse Sonate de Vinteuil): trĂšs complices, et mĂȘme fusionnels, piano et violon rĂ©ussissent dans le premier mouvement « Allegro agitato », le plus long (7 mn), agitĂ© en effet et mĂȘme crĂ©pitant, d’une activitĂ© que l’on penserait rien que bavarde, jusqu’à l’émergence de la « petite phrase », motif chantant dans l’aigu, vrai jaillissement d’un souvenir de ravissement fugace, qui apaise du fait mĂȘme de son Ă©noncĂ©. La suggestion, l’allusion, l’infini mĂ©lancolie qui portent au rĂȘve et Ă  l’abandon, contrastĂ© avec les passages plus tendus voire Ăąpres, structurent une partition qui relĂšve du gĂ©nie de Saint-SaĂ«ns. MĂȘme s’il n’aimait pas le compositeur, Proust a dĂ» irrĂ©sistiblement ĂȘtre vaincu par l’infinie tendresse de la mĂ©lodie centrale, dĂ©sormais entĂȘtante et emblĂ©matique de tout son Ɠuvre littĂ©raire. Les interprĂštes laissent Ă  l’Ɠuvre de superbes plages de dialogues feutrĂ©s, comme enveloppĂ©s par la question et le sens du souvenir et de la mĂ©moire. C’est un temps rĂ©trospectif et intime, mais aussi dans la rĂ©alisation, une formidable Ă©nergie active qui rĂ©soud et libĂšre (rĂ©itĂ©ration du motif « mauve » dans le dernier « Allegro molto »).
D’un bout Ă  l’autre on goĂ»te le veloutĂ© diaphane du piano, son crĂ©pitement crĂ©pusculaire (« mauve » et lunaire, aurait dit Marcel Proust, in texto) ; comme le chant en extase d’un violon qui caresse ses souvenirs, accepte, s’émerveille. En phrases Ă©tendues, Ă©perdues (Adagio). En crĂ©pitement hallucinĂ©, roboratif (dernier Allegro molto). La qualitĂ© du chant du violon (Testore 1700, « ex Galamian ») s’épanouit sans emphase en toute complicitĂ© avec le Bechstein, le piano prĂ©fĂ©rĂ© de Debussy.
La qualitĂ© d’articulation et de chant du violon, se manifeste pleinement enfin dans l’extase mĂ©lodique du Hahn, Ă©videment un « Nocturne » pour mieux se glisser et dialoguer avec le motif crĂ©pusculaire de la petite phrase inventĂ©e par Saint-SaĂ«ns.

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CD, Ă©vĂ©nement, critique. Le Temps retrouvĂ©. Li-Kung Kuo (violon) - CĂ©dric Lorel (piano) (1 cd Cadence Brillante) – parution le 15 novembre 2019

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LIRE aussi notre prĂ©sentation du cd LE TEMPS RETROUVÉ – Li-Kung Kuo (violon) - CĂ©dric Lorel (piano)

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AGENDA

 

 

CONCERT A PARIS

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Concert de lancement
PARIS, Salle Cortot,
Lundi 2 décembre 2019, 20h30

Li-Kung Kuo (violon)
CĂ©dric Lorel (piano)

RÉSERVEZ

https://www.billetweb.fr/kuo-lorel-le-temps-retrouve

 

 

Programme :

Reynaldo Hahn (1874-1947)
Nocturne pour violon et piano

Claude Debussy (1862-1918)
Sonate pour violon et piano

Ernest Chausson (1855-1899)
PoĂšme op. 25

Camille Saint-Saëns (1835-1921)
Sonate pour violon et piano n°1 op. 75

EugĂšne YsaĂże (1858-1931)
Caprice d’aprĂšs l’Etude en forme de valse op. 52 n°6 de Saint-SaĂ«ns

 

 le-temps-retrouve-disque-img- li kung kuo cedric lorel violon et piano cd review annonce concert cd critique classiquenews CLIC de classiquenews 450

 

 

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GRAND ENTRETIEN

CĂ©dric LOREL, Li-Kung KUO : Le temps retrouvĂ©LIRE notre entretien avec le violoniste Li-Kung Kuo et le pianiste CĂ©dric Lorel. Le duo explique l’enjeu artistique de leur premier album Ă©ditĂ© par Cadence Brillante : ressusciter l’engagement d’une personnalitĂ© musicale de premier plan, en lien Ă©troit avec la composition et les auteurs de son temps
 EugĂšne YsaĂże et les compositeurs de son temps : la Belle Epoque (Hahn, Chausson, Saint-SaĂ«ns, Debussy…)

Propos recueillis en novembre 2019

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TEASER VIDEO

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PARIS, Cortot, 2 déc 2019. Le Temps retrouvé. Li-Kung Kuo (violon) - Cédric Lorel (piano) (1 cd Cadence Brillante)

le-temps-retrouve-disque-img- li kung kuo cedric lorel violon et piano cd review annonce concert cd critique classiquenews CLIC de classiquenews 450PARIS, Cortot, 2 dĂ©c 2019. Le Temps retrouvĂ©. Li-Kung Kuo (violon) – CĂ©dric Lorel (piano) / 1 cd Cadence Brillante. A la recherche de Proust, et tout autant de la figure centrale d’EugĂšne YsaĂże, le violoniste Li-Kung KUO et le pianiste CĂ©dric LOREL mĂȘlent avec intelligence et avec un vrai goĂ»t des filiations et des correspondances quatre compositeurs français aux tempĂ©raments distincts ; tous se rejoignent sur un point : l’expression la plus juste et la plus prĂ©cise du sentiment intĂ©rieur. A la fois expressifs (et mesurĂ©s), et introspectifs (sans appuis excessifs), les deux interprĂštes ressuscitent un Ăąge d’or de la musique de chambre française Ă  l’époque d’A la recherche du temps perdu. Musique et littĂ©rature dialoguent ici naturellement. De fait, dans cette vivacitĂ© aiguĂ« qui creuse la charge Ă©motionnelle de chaque morceau, sans rien omettre de chaque enjeu poĂ©tique, le duo rend justice Ă  l’esprit Belle Epoque, sorte de romantisme tardif transcendĂ©. S’affirment surtout deux sommets du chambrisme français (avec en volet final de ce triptyque imaginaire, le Trio de Ravel, absent ici car il faudrait un 3Ăš complice) : le PoĂšme de Chausson et la Sonate n°1 de Saint-SaĂ«ns, entre gravitĂ© et ravissement.

Le premier morceau (Caprice d’aprĂšs La Valse de St-SaĂ«ns) affirme la virtuositĂ© directe enflammĂ©e dont YsaĂże Ă©tait coutumier, habile Ă  s’approprier chaque partition, avec une intensitĂ© et une articulation percutante, vive, prĂ©cise, mordante. La personnalitĂ© inspire l’ensemble du programme ; c’est lui qui crĂ©a des piĂšces aussi prestigieuses que le Quatuor de Debussy, le PoĂšme de Chausson. Avec Raoul Pugnol (piano), YsaĂże joua la Sonate de Saint-SaĂ«ns dont il dĂ©duit une Ă©tude elle aussi saisissante par son nuancier expressif, ses crĂ©pitements d’une trĂšs haute virtuositĂ©.

CHAUSSON, SAINT-SAËNS

un ñge d’or du chambrisme français

Chez Debussy, on relĂšve dĂšs « l’Allegro vivo » l’activitĂ© filigranĂ©e, inscrite dans le repli et la conservation du souvenir (chant et ligne du violon). « IntermĂšde » est exprimĂ© comme une pantomime, lĂ©gĂšre, d’une nervositĂ© arachnĂ©nenne, prĂ©cisĂ©ment expressive, pure instant de poĂ©sie Ă©vocatoire, aux imprĂ©visibles intentions, aux humeurs esquissĂ©es, changeantes.
« TrĂšs animé » laisse s’exprimer une agitation enivrĂ©e tout en dĂ©licatesse intĂ©rieure et pudique pourtant (rĂ©itĂ©ration du thĂšme de l’Allegro vivo), mais aussi presque lascive (hispanisme comme endeuillĂ© et plein de panache).

Le piano choisi (Bechstein 1898) captive par sa qualitĂ© de rebond, velours allusif en particulier dans le climat de pluie suspendue qui installe ce calme inquiet et langoureux du PoĂšme de Chausson. PrĂ©alable qui est amorce suspendue, d’une tristesse mesurĂ©e, elle aussi productrice d’un vrai climat poĂ©tique qui est propice Ă  faire jaillir le sentiment : la ligne du violon est longue, sur le souffle, d’une infinie gravitĂ©, d’une profonde tendresse, d’un rayonnement peu Ă  peu lumineux qui s’embrase littĂ©ralement. C’est sous les doigts du taiwanais Li-King Kuo, le dĂ©ploiement de cette sensibilitĂ© claire et transparente, ligne Ă©perdue, Ă©tirĂ©e jusqu’aux confins du souffle, essentiellement française.

CLIC D'OR macaron 200Puis s’accomplit le miracle du Saint-SaĂ«ns (Sonate n°1, modĂšle prĂ©sumĂ© de la fameuse Sonate de Vinteuil): trĂšs complices, et mĂȘme fusionnels, piano et violon rĂ©ussissent dans le premier mouvement « Allegro agitato », le plus long (7 mn), agitĂ© en effet et mĂȘme crĂ©pitant, d’une activitĂ© que l’on penserait rien que bavarde, jusqu’à l’émergence de la « petite phrase », motif chantant dans l’aigu, vrai jaillissement d’un souvenir de ravissement fugace, qui apaise du fait mĂȘme de son Ă©noncĂ©. La suggestion, l’allusion, l’infini mĂ©lancolie qui portent au rĂȘve et Ă  l’abandon, contrastĂ© avec les passages plus tendus voire Ăąpres, structurent une partition qui relĂšve du gĂ©nie de Saint-SaĂ«ns. MĂȘme s’il n’aimait pas le compositeur, Proust a dĂ» irrĂ©sistiblement ĂȘtre vaincu par l’infinie tendresse de la mĂ©lodie centrale, dĂ©sormais entĂȘtante et emblĂ©matique de tout son Ɠuvre littĂ©raire. Les interprĂštes laissent Ă  l’Ɠuvre de superbes plages de dialogues feutrĂ©s, comme enveloppĂ©s par la question et le sens du souvenir et de la mĂ©moire. C’est un temps rĂ©trospectif et intime, mais aussi dans la rĂ©alisation, une formidable Ă©nergie active qui rĂ©soud et libĂšre (rĂ©itĂ©ration du motif « mauve » dans le dernier « Allegro molto »).
D’un bout Ă  l’autre on goĂ»te le veloutĂ© diaphane du piano, son crĂ©pitement crĂ©pusculaire (« mauve » et lunaire, aurait dit Marcel Proust, in texto) ; comme le chant en extase d’un violon qui caresse ses souvenirs, accepte, s’émerveille. En phrases Ă©tendues, Ă©perdues (Adagio). En crĂ©pitement hallucinĂ©, roboratif (dernier Allegro molto). La qualitĂ© du chant du violon (Testore 1700, « ex Galamian ») s’épanouit sans emphase en toute complicitĂ© avec le Bechstein, le piano prĂ©fĂ©rĂ© de Debussy.
La qualitĂ© d’articulation et de chant du violon, se manifeste pleinement enfin dans l’extase mĂ©lodique du Hahn, Ă©videment un « Nocturne » pour mieux se glisser et dialoguer avec le motif crĂ©pusculaire de la petite phrase inventĂ©e par Saint-SaĂ«ns.

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CD, Ă©vĂ©nement, critique. Le Temps retrouvĂ©. Li-Kung Kuo (violon) - CĂ©dric Lorel (piano) (1 cd Cadence Brillante) – parution le 15 novembre 2019

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LIRE aussi notre prĂ©sentation du cd LE TEMPS RETROUVÉ – Li-Kung Kuo (violon) - CĂ©dric Lorel (piano)

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AGENDA

 

 

CONCERT A PARIS

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Concert de lancement
PARIS, Salle Cortot,
Lundi 2 décembre 2019, 20h30

Li-Kung Kuo (violon)
CĂ©dric Lorel (piano)

RÉSERVEZ

https://www.billetweb.fr/kuo-lorel-le-temps-retrouve

 

 

Programme :

Reynaldo Hahn (1874-1947)
Nocturne pour violon et piano

Claude Debussy (1862-1918)
Sonate pour violon et piano

Ernest Chausson (1855-1899)
PoĂšme op. 25

Camille Saint-Saëns (1835-1921)
Sonate pour violon et piano n°1 op. 75

EugĂšne YsaĂże (1858-1931)
Caprice d’aprĂšs l’Etude en forme de valse op. 52 n°6 de Saint-SaĂ«ns

 

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GRAND ENTRETIEN

CĂ©dric LOREL, Li-Kung KUO : Le temps retrouvĂ©LIRE notre entretien avec le violoniste Li-Kung Kuo et le pianiste CĂ©dric Lorel. Le duo explique l’enjeu artistique de leur premier album Ă©ditĂ© par Cadence Brillante : ressusciter l’engagement d’une personnalitĂ© musicale de premier plan, en lien Ă©troit avec la composition et les auteurs de son temps
 EugĂšne YsaĂże et les compositeurs de son temps : la Belle Epoque (Hahn, Chausson, Saint-SaĂ«ns, Debussy…)

Propos recueillis en novembre 2019

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TEASER VIDEO

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PARIS, Cortot, 2 dĂ©c 2019. Le Temps retrouvĂ©. Li-Kung Kuo (violon) – CĂ©dric Lorel (piano) / 1 cd Cadence Brillante.

le-temps-retrouve-disque-img- li kung kuo cedric lorel violon et piano cd review annonce concert cd critique classiquenews CLIC de classiquenews 450PARIS, Cortot, 2 dĂ©c 2019. Le Temps retrouvĂ©. Li-Kung Kuo (violon) – CĂ©dric Lorel (piano) / 1 cd Cadence Brillante. Sur les traces du violoniste lĂ©gendaire EugĂšne YsaĂże (1858 – 1931), le violoniste Li-Kung Kuo et le pianiste CĂ©dric Lorel explorent en filiations et correspondances tĂ©nues, les champs d’une mĂ©moire retrouvĂ©e, celle proustienne, qui associent plusieurs compositeurs romantiques français : Hahn, Chausson, Saint-SaĂ«ns jusqu’à Claude Debussy. Le programme ressuscite l’esprit fin de siĂšcle et Belle-Epoque, autour de la figure d’EugĂšne YsaĂże, personnalitĂ© wallone majeure entre les deux siĂšcles, « crĂ©ateur du PoĂšme et du Concert de Chausson, du Quatuor de Debussy (parmi bien d’autres ) et qui, en compagnie du pianiste Raoul Pugno, interprĂ©ta souvent la premiĂšre Sonate de Saint-SaĂ«ns -celle qui, semble-t-il, servit probablement de modĂšle pour la fameuse “Sonate de Vinteuil ». YsaĂże crĂ©a aussi la fameuse Sonate de Franck et le premier Quintette de FaurĂ©. Le PoĂšme de Chausson est son Ɠuvre emblĂ©matique qu’il joue dans chacun de ses concerts.

Le nouvel album Ă©ditĂ© par Cadence Brillante, Ă  paraĂźtre le 15 novembre 2019, souligne les diverses facettes d’un Ăąge d’or de la musique de chambre française dont les joyaux se dĂ©gustent alors dans l’intimisme des salons parisiens. En imaginant la figure d’un compositeur de l’époque, Vinteuil (qui pourrait ĂȘtre une synthĂšse de Chausson, Saint-SaĂ«ns, FaurĂ©, Franck
), Marcel Proust ressuscite l’esprit et la sonoritĂ© d’une pĂ©riode d’importantes Ă©volutions musicales, de Chausson Ă  Debussy. Les deux interprĂštes restituent l’atmosphĂšre d’une Ă©poque remarquable, quand Paris Ă©tait la capitale musicale du monde.
CLIC_macaron_2014Le violoniste taiwanais Li-Kung Kuo, membre du Centre de musique de chambre de Paris affronte le dĂ©fi du Caprice d’YsaĂże, lui-mĂȘme inspirĂ© par Saint-SaĂ«ns ; son complice CĂ©dric Lorel ajoute couleurs et teintes d’un clavier historique, soit un piano Bechstein de 1898 ; Bechstein est un choix judicieux car c’était la marque prĂ©fĂ©rĂ©e de Debussy. En jouant Hahn, Chausson, Saint-SaĂ«ns (la rare Sonate n°1), Debussy, les deux instrumentistes rendent hommage Ă  un violoniste exceptionnel qui a inspirĂ© nombre de compositeurs majeurs et singuliers. CD & CONCERT Ă©vĂ©nements, Ă©lus «  CLIC de CLASSIQUENEWS ».

 

 

 

 

NOUVEAU CD

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Parution du cd « Le temps retrouvé »
le 15 novembre 2019

+ d’infos sur le site Cadence Brillante :
http://cadencebrillante.com

 

Cédric LOREL, Li-Kung KUO : Le temps retrouvé

 

 

CONCERT A PARIS

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Concert de lancement
PARIS, Salle Cortot,
Lundi 2 décembre 2019, 20h30

Li-Kung Kuo (violon)
CĂ©dric Lorel (piano)

RÉSERVEZ

https://www.billetweb.fr/kuo-lorel-le-temps-retrouve

 

 

Programme :

Reynaldo Hahn (1874-1947)
Nocturne pour violon et piano

Claude Debussy (1862-1918)
Sonate pour violon et piano

Ernest Chausson (1855-1899)
PoĂšme op. 25

Camille Saint-Saëns (1835-1921)
Sonate pour violon et piano n°1 op. 75

EugĂšne YsaĂże (1858-1931)
Caprice d’aprĂšs l’Etude en forme de valse op. 52 n°6 de Saint-SaĂ«ns

 

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GRAND ENTRETIEN

CĂ©dric LOREL, Li-Kung KUO : Le temps retrouvĂ©LIRE notre entretien avec le violoniste Li-Kung Kuo et le pianiste CĂ©dric Lorel. Le duo explique l’enjeu artistique de leur premier album Ă©ditĂ© par Cadence Brillante : ressusciter l’engagement d’une personnalitĂ© musicale de premier plan, en lien Ă©troit avec la composition et les auteurs de son temps
 EugĂšne YsaĂże et les compositeurs de son temps : la Belle Epoque (Hahn, Chausson, Saint-SaĂ«ns, Debussy…)

Propos recueillis en novembre 2019

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TEASER VIDEO

 

 

 

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