CD Ă©vĂ©nement. BOISMORTIER : Les voyages de l’Amour, 1736 (Orfeo orchestra, G Vashegyi, sept 2019 – 2 cd Glossa)

BOISMORTIER GLOSSA voyages de l amour vashegyi 2 cd critique review cd classiquenews CLIC de classiquenewsCD Ă©vĂ©nement. BOISMORTIER : Les voyages de l’Amour, 1736 (Orfeo orchestra, G Vashegyi, sept 2019 – 2 cd Glossa) – CLIC dĂ©couverte / hiver 2020. En 1736, 3 ans aprĂšs le choc du scandaleux Hippolyte et Aricie de Rameau, Boismortier aborde Ă  son tour l’opĂ©ra ballet dans le sillon de Campra, Leclair, Rebel et
 Rameau Ă©videmment dont Les Indes galantes marquent le contexte de crĂ©ation des Voyages de l’amour. Mais ce premier coup d’essai dans ce genre pathĂ©tique et tendre, pastoral et langoureux est un coup de maĂźtre. Le compositeur bĂ©nĂ©ficie d’un livret solide, produit d’un jeune « prodige » (de 20 ans) : La BruĂšre.

En outre, la valeur de ce Boismortier lui inspire des personnages qui touchent par leur profondeur : ici l’Amour dĂ©semparĂ© malgrĂ© sa puissance, aimerait que l’on aime pour ce qu’il est et non pour sa nature divine. C’est tout l’enjeu de ses 3 sĂ©quences, au village, Ă  la ville, Ă  la cour. Contre le mensonge et la dĂ©loyautĂ©, les faux semblants et les serments inconstants, Boismortier caractĂ©rise un Cupidon ivre de vĂ©ritĂ© : qui Ă©prouve les sentiments de DaphnĂ© par le truchement de son travestissement en Sylvandre : Amour parviendra-t-il a touchĂ© le cƓur de son aimĂ©e pour ce qu’il est ? C’est tout le dĂ©fi du dernier tableau : « le retour » (Acte IV).

La musique affirme une claire ambition orchestrale Ă©gale au gĂ©nie ramĂ©lien, offrant de superbes caractĂ©risations que sert ici une assez bonne distribution, surtout fĂ©minine car il ne faut pas rater le trio de tĂȘte : Amour, ZĂ©phire, DaphnĂ© ; comme les seconds rĂŽles dont surtout ceux de BĂ©roĂ© (version 2 de l’Acte II), Julie (magnifiquement incarnĂ©es par l’excellente ElĂ©onore Pancrazi qui nous gratifie d’un chant souverain d’une fluiditĂ© enivrante, au texte mordant et impeccablement projetĂ© : un modĂšle du genre). AssurĂ©ment au jeu des cartes (qui s’affiche en couverture) c’est Ă©videment « La Pancrazi » dont le nom ne figure mĂȘme pas, qui reste le joker de la rĂ©alisation. On ne peut en dire de mĂȘme de ses consƓurs qui certes ont le caractĂšre de chaque personnage mais diluent le texte et restent continument inintelligibles. Chantal Santon (Cupidon ou l’Amour languissant, insatisfait) ; Katherine Watson (ZĂ©phire, suivant de l’Amour) Judith van Wanroij (DaphnĂ©, rĂ©sistant Ă  Apollon jusqu’à l’acte IV
) – un comble pour une restitution qui se veut Ă  la pointe du chant baroque français. C’est d’un coup le relief du texte qui est perdu.

C’est lĂ  la seule rĂ©serve d’une lecture oĂč brille la ductilitĂ© chorĂ©graphique, la soie flexible de l’Orfeo Orchestra qui sous la direction de l’enchanteur Vasgeyi captive du dĂ©but Ă  la fin. L’articulation, la subtilitĂ©, l’expressivitĂ© sans aigreur ni tension, sont depuis ses premiers pas dans le Baroque français, sa marque de fabrique. Le chef hongrois maĂźtrise le sens de la grandeur (Boismortier semble dĂ©velopper l’opĂ©ra ballet dans un style hĂ©roĂŻque et tragique propre Ă  la tragĂ©die en musique).
Les liens avec Rameau sont d’autant plus manifestes quand on sait les dĂ©tails de la genĂšse et de la crĂ©ation des Voyages de l’Amour : ce sont deux interprĂštes familiers de Rameau qui crĂ©ent les personnages principaux imaginĂ©s par Boismortier : l’excellent Pierre JĂ©lyotte (haute-contre en Amour), Antoine Cuvillier (taille en ZĂ©phyre ; Adario dans les Indes Galantes). Dommage que ces deux tessitures n’ont guĂšre Ă©tĂ© maintenues pour cette lecture qui se veut rĂ©habiliter l’Ɠuvre. On aurait goĂ»ter ces nuances particuliĂšres qui font passer des suavitĂ©s d’un Watteau Ă  la sincĂ©ritĂ© d’un Fragonard.

CLIC_macaron_2014Le compositeur ainsi rĂ©vĂ©lĂ© maĂźtrise une Ă©criture et une orchestration proche de Rameau dont il n’a certes pas les vertiges dramatiques, mais partage dans la veine amoureuse, une nostalgie et une poĂ©sie, Ă©gales. Le Purcell Choir a la respiration juste, une Ă©lĂ©gance naturelle toujours aussi superlative. Ce nouvel apport rĂ©alisĂ© par György Vashegyi mĂ©rite donc des louanges et le CLIC dĂ©couverte de classiquenews.

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CD Ă©vĂ©nement. BOISMORTIER : Les voyages de l’Amour, 1736 (Orfeo orchestra, G Vashegyi, sept 2019 – 2 cd Glossa) – CLIC dĂ©couverte / hiver 2020.