CD, événement, critique. Maurice Ravel : 1875-1937 : Ma mère l’Oye / Shéhérazade / Le Tombeau de Couperin, Orchestre Les Siècles, FX Roth – (1 CD – Harmoni mundi / – Avril 2018)

ravel mamere loye oye critique cd review cd les siecles fx roth maestro clic de classiquenews compte rendu critique cd classqiue news musique classique newsCD, événement, critique. Maurice Ravel : 1875-1937 : Ma mère l’Oye / Shéhérazade / Le Tombeau de Couperin, Orchestre Les Siècles, FX Roth – (1 CD – 56 mn – Harmoni mundi / HMM905281 – Avril 2018). Ma Mère L’Oye, ici, dans sa version complète est ce ballet féerique dont chef et instrumentistes soulignent la richesse inouïe, appelant le rêve, l’innocence et l’émerveillement total ; les interprètes montrent combien Ravel inscrit la fable instrumentale dans l’intimité et la pudeur les plus ciselées, dans cette sensibilité active dont il a le secret. Rien n’est dit : tout est suggéré et nuancé avec le goût le plus discret mais le plus précis.
La partition de 1912 marque une révolution dans l’esthétique symphonique française, – marquante par la cohérence et l’ambition du langage instrumental, marquante surtout par l’extrême raffinement de l’écriture qui explore et réinvente, après Rameau, Berlioz, les notions de couleurs, de nuances, de phrasés. Ravel est un peintre, d’une éloquence vive, soucieux de drame comme de sensualité dans la forme. Il veille aussi à la spatialité des pupitres, imagine de nouveaux rapports instrumentaux : c’est tout cela que l’étonnante lecture des Siècles et de leur chef fondateur François-Xavier Roth nous invite à mesurer et comprendre.

Ravel enchante les contes de Perrault
Magie des instruments historiques

 

ravel-maurice-portrait-compositeur-dossier-ravel-classiquenewsDès le début, l’orchestre chante l’onirisme par ses couleurs détaillés, la pudeur des secrets par des nuances infimes et murmurées ; cette élégance dans l’intonation qui fait de Maurice Ravel, le souverain français du récit et du conte. La douceur magicienne se dévoile avec une puissance d’évocation irrésistible (par la seule magie des bois : Pavane puis Entretiens de la Belle et de la Bête) ; ainsi se précise cette énigme poétique qui est au coeur de la musique, dans les plis et replis d’une Valse, claire et immédiate évocation d’un passé harmonique révolu ?, en sa volupté languissante et dansante.
Le geste du chef, les attaques des instrumentistes cultivent la transparence, la clarté, un nouvel équilibre sonore qui transforment le flux en musical en respirations, élans, désirs caressés, pensées, souvenirs… FX Roth sur le sillon tracé par Ravel fait surgir l’activité des choses enfouies qui ne demandaient qu’à ressusciter sous un feu aussi amoureusement sculpté. Même tendresse et mystère ineffable de « Petit Poucet » (hautbois puis cor anglais nostalgiques, précédant les bruits de la nature la nuit,… très court tableau qui préfigure ce que Ravel développera dans L’Enfant et les sortilèges). Même climat du rêve pour « Laideronnette, impératrice des Pagodes », autre songe enivré dont la matière annonce la texture de Daphnis et Chloé…
Voici assurément une page emblématique de cet âge d’or des la facture française des instruments à vents (Roussel écrit à la même période Le Festin de l’Araignée ; et Stravinksyn bientôt son Sacre printanier, lui aussi si riche en couleurs et rythmes mais dans un caractère tout opposé à la pudeur ravélienne).

La direction de François-Xavier Roth éblouit par sa constance détaillée, murmurée, enveloppante et caressante : un idéal de couleurs sensuelles et de nuances ténues, d’une pudeur enivrante.
D’un tempérament suggestif et allusif, Ravel atteint dans la version pour orchestre et dans le finale « Apothéose / le jardin féerique », un autre climat idéal, berceau d’interprétations multiples, entre plénitude et ravissement. La concrétisation d’un rêve où l’innocence et l’enfance s’incarnent dans le solo du violon… céleste, d’une tendresse enfouie (avant l’explosion de timbres en une conclusion orgiaque).

Magistral apport des instruments d’époque. A tel point désormais que l’on ne peut guère imaginer écouter ce chef d’œuvre absolu, sans le concours d’un orchestre avec cordes en boyau, bois et cuivres historiques.

Plus onctueuse encore et d’une légèreté badine qui enchante par la finesse de son intonation, la suite d’orchestre « Le Tombeau de Couperin », saisit elle aussi par la justesse du geste comme de la conception globale. L’orchestre se fait aussi arachnéen et précis qu’un… clavecin du XVIIIè français, mais avec ce supplément de couleurs et d’harmonies qui sont propres à un orchestre raffiné, d’autant plus suggestif sur instruments historiques. Le caractère de chaque danse héritée du siècle de Rameau (Forlane, Menuet, surtout le Rigaudon final qui est révérence à Charbier et sa Danse villageoise…) s’inscrit dans une étoffe filigrané, intensifiant le timbre et l’élégance dans la suggestion. Là encore, exigence esthétique de Ravel, le retour aux danses baroques s’accompagnent aussi d’une révérence aux amis décédés, comme un portrait musical et caché : à chaque danse, l’être auquel pense Ravel. D’où l’orthodoxie musicale du compositeur vis à vis du genre : le Tombeau est bien cet hommage posthume au défunt estimé (« tombé sur le champs de bataille »). On peine à croire que ces pièces initialement pour piano, trouve ainsi dans la parure orchestrale, une nouvelle vie. Leur identité propre, magnifiée par le chatoiement nuancé des instruments historiques. Magistrale réalisation. Avec le cd Daphnis et Chloé, l’un des meilleurs (également salué par un CLIC de CLASSIQUENEWS).

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CLIC D'OR macaron 200CD, événement, critique. Maurice Ravel : 1875-1937 : Ma mère l’Oye / Shéhérazade / Le Tombeau de Couperin. 1 CD – 56 mn – Harmoni mundi / HMM905281 – Avril 2018 – CLIC de CLASSIQUENEWS.COM de mars 2019.

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tracklisting :

Ma mère l’Oye
Ballet (1911-12)
1 – Prélude. Très lent / 3’05
2 – Premier tableau : Danse du rouet et scène. Allegro / 1’58
3 – Interlude. Un peu moins animé / 1’15
4 – Deuxième tableau : Pavane de la Belle au bois dormant. Lent / 1’38
5 – Interlude. Plus lent / 0’50
6 – Troisième tableau : Les Entretiens de la Belle et de la Bête. Mouvement de valse modéré / 4’00
7 – Interlude. Lent / 0’40
8 – Quatrième tableau : Petit Poucet. Très modéré / 3’32
9 – Interlude. Lent / 1’20
10 – Cinquième tableau : Laideronnette, impératrice des pagodes. Mouvement de marche / 3’24
11 – Interlude. Allegro / 1’07
12 – Apothéose : le jardin féerique. Lent et grave / 3’35

13 – Shéhérazade : Ouverture de féerie (1898) / 13’13

Le Tombeau de Couperin
Suite d’orchestre (1914-1917)
14 – I. Prélude. Vif : 3’00
15 – II. Forlane. Allegretto : 5’39
16 – III. Menuet. Allegro moderato : 4’42
17 – IV. Rigaudon. Assez vif : 3’16

CD événement, critique. RAVEL : Daphnis et Chloé – Les Siècles, FX ROTH (1 cd HM Harmonia Mundi, 2016)

RAVEL daphnis chloe les siecles francois xavier roth orchestre classiquenews critique musique classique critique cd cd review classiquenews clic de classiquenewsCD événement, critique. RAVEL : Daphnis et Chloé (1 cd HM Harmonia Mundi, 2016). On ne cesse grâce à l’orchestre français Les Siècles de mesurer l’apport et le bénéfice des instruments d’époque : timbres intenses, mordants mieux caractérisés, couleurs magnifiées, format sonore repensé, équilibre et balance réévalués, réénergisés… le spectre musical paraît miraculeusement régénéré et notre écoute donc notre connaissance des œuvres s’en trouvent modifiées. Le bénéfice nous semble essentiel, le plus grand apport en réalité depuis ces dernières années, s’agissant de la musique romantique et de la musique du XXè en France. De Berlioz à Ravel, les champs nouvellement investis s’en trouvent prodigieusement ressuscités. Et c’est Berlioz qui y gagne une expressivité décuplée et donc un surcroît de pertinence. Ce nouvel album Ravel confirme la justesse de la démarche interprétative et artistique des Siècles tant en termes de couleurs, d’accents, de nuances, la partition en sort magnifiée et sa signification poétique, son architecture dramatique, revivifiées.
Berlioz, Ravel… sont les champs investis et réussis par Les Siècles. On se souvient d’un album réjouissant dédié au Sacre du Printemps de Stravinksy avec l’instrumentarium propre à Paris au début du XXè, instrumentarium pour lequel a composé spécifiquement le compositeur russe ; ou encore un album superlatif révélant comme une nouvelle œuvre, La Mer de Debussy.

FX ROTH montre à présent tout ce que les timbres énoncés par les instruments de facture historique apportent à la compréhension des partitions : immédiatement le gain en terme de transparence et de clarté, d’activité intérieure, de lumière souterraine, d’architecture simultanée… se précise et s’affirme. Que l’on parle ici et là d’un Ravel révolutionnaire et pictural, coloriste et sensuel ; tout prend sens ici : les équilibres entre pupitres, la caractérisation nuancée de chaque timbre et alliage de timbres, les phrasés, l’intention et la direction de la musique, la formidable spatialisation entre cordes, bois, cuivres, s’en trouvent élucidés, mieux définis ; et c’est tout l’esthétisme de Raveil qui surgit sans sa fabuleuse verve magicienne. D’autant que l’orchestre réuni pour le ballet Daphnis et Chloé est l’un des plus importants conçus par Maurice Ravel, fier équivalent de Richard Strauss… mais dans cette ivresse scintillante et sonore qui lui est propre. A l’extase plurielle des timbres, – cette palette mobile et continuellement chamarée, répond aussi le geste même du chef et des instrumentistes : plus caractérisé, plus fragile, plus raffiné dans la projection sonore, mais naturellement expressif… chaque épisode dramatique gagne un tension supplémentaire et dès le début nous baignons dans la texture opalescente et colorée d’un orchestre aérien, suspendu, d’une volupté, somptueusement chantante.

ravel-maurice-portrait-compositeur-dossier-ravel-classiquenewsDans la transparence et la précision, l’orchestre Les Siècle dévoile le génie du Ravel poète quand il narre ; jamais décoratif ou démonstratif : purement poétique, cristallisant des instants d’intense émotion. Panthéiste, forge païenne dont le souffle est celui même de la Nature enchanteresse, la partition en 3 parties, est portée par une vivacité primitive, essentiellement dansante. Le ballet dans son écoulement est un écho du Sacre de Stravinsky (partition postérieure de 1913, dont il partage le goût des instruments parisiens alors superlatifs au début du XXè), mais en plus tendre et en plus onctueux, où surgit des accents d’une profonde et fugace fragilité. Après la danse grotesque (et raillée) de Dorcon le jaloux; après l’éloquence enivrante de Daphnis; le duo Daphnis et Chloé, puis la danse de Lyceion, s’étire et se déploie la grande voile onirique du soir, vaisseau orchestral porteur de mystère… Tout Ravel est là dans cette plongée irréelle et viscéralement magicienne (où les nymphes rendent hommage au dieu Pan). A travers l’union des amants, l’éternité de leur amour fusionnel, Ravel fait surgir l’énigme absolue du désir en partage et aussi l’écrin qui le préserve, le chant langoureux, – antique- d’une Nature omniprésente, perceptible dans la succession ininterrompue des épisodes contrastés.

 
 
 

FX Roth dévoile la magie des timbres d’époque…
Ravel panthéiste, jusqu’à l’ivresse…

 
 
 

Comme un peintre doué pour les atmosphères les plus ténues, Ravel a composé une partition chatoyante et climatique aux changements et métamorphoses permanents. L’instrumentation y est prodigieusement raffinée (même si D’Indy, sûrement jaloux reproche à Ravel, l’usage systématisé de la 4è trompette !)… c’est un rêve ou un songe comme vécu éveillé, auquel le chant vocalisé (non articulé et sans texte) du chœur apporte une couleur extatique propre (a capella dans la partie centrale : invocatrice, implorative, hallucinée…), creusant encore les effets de spatialisation (depuis la coulisse). Roth et les couleurs / timbres régénérés de l’orchestre Les Siècles, précisent de nouvelles filiations ravéliennes, celles-là même qui convoquent dans un collectif flamboyant les grands poètes russes : Moussorgski, Rimsky et Stravinsky… la culture, le génie et l’intelligence des climats, l’hypersensiblité instrumentale du compositeur se dévoilent sous un nouveau jour. Avec dans la réalisation poétique, le surgissement de l’effroyablement expressif et de l’étrangeté presque exotique (« Lent », conclusion du II, avec ses éléments « insolites »). 
 
 

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Tout semble préparer à la magie pure du lever du jour (plage 15), hymne irrésistible au miracle d’une Nature enfin harmonisée, magicienne là aussi : bercée par son propre rêve (flûte, clarinette…), l’orchestre atteint à l’ivresse sonore, en une texture claire, transparente, scintillante, à la fois profilée et enveloppante.

Langoureux, d’une émotivité à fleur de peau, dans des pianissimi à peine perceptibles (Nocturne, 9, avec machine à vent), mais idéalement suggestifs, l’orchestre ne décrit pas, n’évoque pas : il exprime chaque enjeu de la partition, qu’il s’agisse de la pureté amoureuse ; de l’ivresse onirique, de l’enchantement miraculeux (lever du jour au III, plage 15). De cette pure extase chorale et orchestrale, le chef nous mène avec son orchestre scintillant jusqu’à l’orgie et la transe organique de la danse finale : la palette sonore est éblouissante et subtilement investie.

CLIC D'OR macaron 200Voilà une nouvelle version désormais de référence, tant dans le raffinement de sa réalisation instrumentale, le chef sait repréciser les enjeux esthétiques et la poétique essentielle de la partition conçue par Ravel et créée sous la direction de Pierre Monteux, pour les Ballets Russes, en 1912.

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CD, événement. MAURICE RAVEL (1875-1937) : Daphnis et Chloé, ballet intégral. Les Siècles ; Ensemble Aedes ; Marion Ralincourt, flûte. François-Xavier Roth, direction. 1 CD Harmonia Mundi. Enregistrements live, 2016 à la Philharmonie de Paris, à la Cité de la Musique de Soissons, au Théâtre Impérial de Compiègne… Durée : 55mn. CLIC de CLASSIQUENEWS

 
 
 
 
 
 

CD, critique. BERLIOZ : Harold en Italie / Les Nuits d’été (Zimmermann, Degout, Les Siècles / FX Roth – 1 cd Harmonia Mundi, 2018).

BERLIOZ nuits d ete harold en itlaie les siecles roth zimmermann cd review critique cd par classiquenews musique classique news clic de classiquenews 3149020936825CD, critique. BERLIOZ : Harold en Italie / Les Nuits d’été (Zimmermann, Degout, Les Siècles / FX Roth – 1 cd Harmonia Mundi, 2018). D’emblée, s’impose à nous, le souffle à l’échelle du cosmique, exprimant ce grand désir de Berlioz de faire corps et de communiquer avec une surréalité spectaculaire, à la mesure de sa quête idéaliste. De telle vision conduisent l’orchestre en un parcours expérimental que le collectif sur instruments anciens, Les Siècles concrétise avec une rigueur instrumentale bénéfique ; l’attention et la précision continue du chef fondateur François Xavier Roth font merveille dans une partition inclassable : poème symphonique et concerto pour alto, opéra pour instrument : chaque mesure soliste est ciselée, creusée, habitée ; chaque couleur harmonique intensifiée… en un cycle de visions superlatives qui placent d’abord le geste instrumental au cœur d’une vaste dramaturgie orchestrale.
Dans le I d’Harold (« aux montagnes : mélancolie, bonheur et joie »), le héros / alto s’alanguit, s’enivre, affirmant à l’orchestre prêt à le suivre, ses élans, ses désirs, sa profonde nostalgie (l’Italie reste malgré un contexte médicéen difficile pour Hector,jeune pensionnaire de la villa Medicis à Rome, la source finale d’un grand bonheur artistique). Le premier mouvement du cycle orchestral nuance cet état d’enivrement personnel et un rien narcissique, auquel la vitlalité fruitée de l’orchestre d’instruments d’époque, apporte un soutien palpitant et même électrisée (bien dans la mouvance de l’euphorie révolutionnaire de la Fantastique).
Tout ce premier tableau exprime la facilité du héros (Hector lui-même) à s’enivrer de son propre désir et de son propre rêve, de manière échevelée et éperdue. La fusion sonore entre la soliste (Tabea Zimmermann, qui ne tire jamais la couverture à elle) et de l’orchestre est jubilatoire ; offrant cette extase instrumentale millémétrée, emblème captivant du génie berliozien, divin orchestrateur, alchimiste des couleurs.

Harold captivant, suractif…

150 ans de la mort de BERLIOZLe II permet l’apaisement après la première décharge collective : marqué par la marche des pèlerins dans cette même campagne italienne, Berlioz en capte la douce et pénétrante sérénité crépusculaire : la sobriété, le naturel font la saveur de cette « pause » qui berce par le chant orchestral en béatitude, sur lequel l’alto étire ses longues caresses rassérénées, comme l’écho aux accents des cors enveloppants. Roth respecte à la lettre l’indication « allegretto », allant, léger, veillant à la transparence malgré le chant instrumental là encore d’une grande richesse. L’alto bercé, s’hypnotise, s’enivre dans la paix murmurée : là encore louons l’intonation très juste et foncièrement poétique de Tabea Zimmermann.Soliste et chef adoptent de concert et en complicité un tempo de marche noble et tranquille, à l’énoncé final arachnéen d’une finesse irrésistible.
La volupté du désir amoureux n’est jamais loin chez Berlioz : en témoigne l’épisode III : la Sérénade d’un montagnard des Abruzzes… lui aussi languissant, dans le désir et donc l’attente (pas la frustration) : le caractère rustique se déploie dans le frottement des timbres d’époque, en un élan plein d’espoir (et de promesses pour l’amoureux éperdu ?) : bavard, assez terne dans l’écriture, le tableau pourrait être le moins intéressant : c’était oublié l’hyperactivité des instruments dont on loue encore l’équilibre sonore.
Mordant, le geste de Roth éclaire comme jamais la langueur plus incisive et presque douloureuse de l’orgie de brigands, dont l’énoncé premier sera réutilisé dans le Requiem… de plus en plus syncopé, le flux se fait nerveux, idéalement profilé, jusqu’à la transe collective qui évoque son opéra Benvenuto Cellini et tant d’évocations italiennes ; cette orgie confine au cauchemar dans ses à-coups trépidants, électriques ; ses résurgences symphoniques à la coupe shakespearienne. Brillant, mordant, incisif, d’une finesse permanente, l’orchestre fait mouche dans ce festival de couleurs et d’accents symphoniques.

… mais tristes Nuits

On reste moins convaincus par Les Nuits d’été dans la version pour baryton qu’en offre Stéphane Degout : l’émission manque de naturel, vibrée, comme maniérée (la ligne vocale manque d’équilibre et de continuité, avec des aigus étrangement couverts mais nasalisés, des fins de phrases effilochées, détimbrées…), et dans une prise de son surprenante, qui semble superposer la voix SUR l’orchestre, plutôt comme fusionné avec lui. Pourtant, Les Siècles dévoilent là encore, une suractivité instrumentale réjouissante, faisant de ses Nuits d’été, un voyage d’extase, de ravissement, de plénitude sensoriel, d’une tension inouïe.
Pourtant le choix d’un chanteur masculin s’avère juste dans l’énoncé des poèmes, renforçant l’impression de prise à témoins du public (« Ma belle est morte » / Lamento, « Sur les lagunes » ; »Reviens, reviens ma bien aimée », dans « Absence » ; L’île inconnue…). Avec un autre soliste plus simple dans le style et l’articulation du français, nous tenions là une version superlative.
Nos réserves s’agissant des Nuits d’été ne retire rien à l’excellente lecture d’Harold dont la texture instrumentale et la réalisation expressive produisent une lecture de référence : voilà qui atteste l’apport indiscutable des instruments d’époque dans le répertoire berliozien, et l’on s’étonne que toujours aujourd’hui, prédomine la tenue plus brumeuse et moins caractérisée des orchestres modernes pour Hector comme pour le romantisme français en général.

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CLIC_macaron_20dec13CD, événement critique. BERLIOZ : Harold (soliste : Tabea Zimmermann, alto), Nuits d’été (soliste : Stéphane Degout) – (Les Siècles, François-Xavier Roth – 1 cd HM Harmonia Mundi). Enregistrements réalisés en août 2018 (Les Nuits d’été, Alfortville) et mars 2018 (Paris, Philharmonie).

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APPROFONDIR

LIRE AUSSI notre grand dossier HECTOR BERLIOZ 2019 :

BERLIOZ 2019 : dossier pour les 150 ans de la mort

berlioz-150-ans-berlioz-2019-dossier-special-classiquenewsBERLIOZ 2019 : les 150 ans de la mort. 2019 marque les 150 ans de la mort du plus grand compositeur romantique français (avec l’écrivain Hugo et le peintre Delacroix) : Hector Berlioz. Précisément le 8 mars prochain (il est décédé à Paris, le 8 mars 1869). Triste anniversaire qui comme ceux de 2018, pour Gounod ou Debussy, ne lève pas le voile sur des incompréhensions ou des méconnaissances mais les augmentent en réalité ; car les célébrations souvent autoproclamées et pompeuses, n’apportent que peu d’avancées pour une juste et meilleure connaissance des intéressés. Qu’ont précisément apporté en 2018, les anniversaires Gounod et Debussy ? Peu de choses en vérité, sauf venant de la province, soit disant culturellement plus pauvre et moins active que Paris : voyez Le Philémon et Baucis, joyau lyrique du jeune Gounod révélé par l’Opéra de Tours / fev 2018 ; et le Pelléas et Mélisande de Debussy désormais légendaire du regetté Jean-Claude Malgoire à Tourcoing / mars 2018… LIRE notre grand dossier Hector Berlioz 2019

 

 

CD. Recréation du Sacre du printemps version mai 1913 (Les Siècles, François-Xavier Roth), annonce

stravinsky_siecles_sacre_printemps_cd_actes-sudCD. Nouvelle lecture «  historique » du Sacre du printempsFrançois Xavier Roth et son orchestre sur instruments d’époque, Les Siècles, poursuivent leur exploration de la musique française à l’aube de la première guerre mondiale avec une excellente version du Sacre du Printemps d’Igor Stravinsky dans la formulation de la création, celle du 29 mai 1913 au Théâtre des Champs Elysées : direction vive, claire et musclée révélant avec les instruments de 1913, l’éclat inouï de la facture française d’époque (bois, cuivres, …) sans omettre, dans un format sonore restitué, des dynamiques justes, une palette de timbres magistralement associée, cette sauvagerie rythmique qui fondent toujours la fascination d’une œuvre clé de l’histoire de la musique. Le disque qui paraît le 7 mai 2014 est l’aboutissement d’une série de concerts et d’un travail important réalisé sur les sources du Sacre pendant l’année du Centenaire de l’œuvre en 2013. Le Sacre du Printemps ainsi révélé est couplé avec la version originale de Petrouchka de 1911. Outre la spécificité de l’orchestre français des années 1910, c’est aussi deux jalons de l’écriture de Stravinsky qui nous sont restitués quand le compositeur participait à l’épopée des Ballets Russes à Paris (1 cd Actes Sud, collection Les Siècles Live). CD événement. Grande critique à venir dans le mag cd de classiquenews.

Les Siècles ont précédemment enregistré chez Actes Sud, deux albums dédiés aux compositeurs français romantiques, chacun dévoilant une perle inédite, véritable révélation musicale par le disque : Théodore Dubois (superbe ouverture de Frithiof) et le plus récent, Paul Dukas (cantate Velléda de 1889 et surtout l’ouverture de Polyeucte).

CD.Paul Dukas : Velléda, Polyeucte, L’Apprenti sorcier (Les Siècles, Roth, 2011)

CD. Paul Dukas : Velléda, Polyeucte, L’Apprenti sorcier (Les Siècles, Roth, 2011)… Contrairement à la photo de couverture, le programme jubilatoire du cd, met en lumière la première manière de Dukas, alors fraîchement débarqué de toute récompense académique car il a échoué au Concours du Prix de Rome… le jeune tempérament poursuit néanmoins sa carrière .

Se risquant dans la grande forme … avec un aplomb conquérant éclectique, avec un métier déjà mûr  qui n’avait point besoin de palmes ni decorum romains… Après leur précédent révélant un Debussy jamais écouté jusque là (La Mer, Première Suite d’orchestre … dépoussiérées avec une subtilité irrésistible, cd Les Siècles Live paru en mars 2013), ce nouveau disque des Siècles confirment la savante élégance dont l’orchestre sur instruments anciens fondé et dirigé par François Xavier Roth est capable aujourd’hui. Face à tant d’orchestres modernes qui s’entêtent à jouer les romantiques (français) sans instruments adéquats, – plutôt dans la puissance moins dans la finesse-, voici assurément une phalange modèle autant par sa probité à retrouver le format sonore originel des oeuvres que par ses choix de programmes toujours audacieux, originaux voire expérimentaux. Certes le seul emploi des instruments d’époque ne suffit pas à réussir un programme : c’est toute la valeur de la direction du chef que de ne jamais sacrifier la juste intonation, la ciselure poétique, sur l’autel de la claironnante ou démonstrative restitution historique. Les trois œuvres retenues ici fonctionnent comme un triptyque magistral, dévoilant à raisons, la maturité orchestrale du jeune Dukas à la charnière des années 1890… Il n’est pas d’orchestre aussi vivant et palpitant entièrement dédié aux lectures historiques, qui soit aussi convaincant aujourd’hui, que Les Siècles donc, comme le JOA Jeune Orchestre atlantique et la prometteuse Symphonie des Lumières (fondée par l’ex violoniste au sein des Siècles et assistant de FX Roth, Nicolas Simon).

 

 

Dukas : flamboyances d’époque

 

dukas_les_siecles_roth_velleda_polyeucte_Apprenti_sorcier_cd_actes-SudLouons d’abord cette cantate Velléda (1889), péché académique, sertie par un orfèvre émule de Wagner, bientôt bayreuthien fervent et admiratif (- mais qui criera tant sa haine du boch et de toute la culture germanique avec lui après 1918 … haute émotivité, triste contexte) : ici, le chef veille surtout à l’équilibre voix et instruments, soulignant sans lourdeur le talent de Dukas à exprimer des atmosphères d’une incomparable richesse de couleurs …  ;  Polyeucte (1891) juste après le temps des cantates (tentative vaine pour décrocher le Prix de Rome, hélas pour lui)  s’inscrit parfaitement aux côtés de Velléda la druidesse gauloise, comme Norma ; mais c’est surtout L’Apprenti sorcier (composé en 1896, créé à Paris en 1897) qui s’impose à nous par sa franchise narrative, sa construction géniale, son instrumentation scintillante.
Les 3 oeuvres indiquent clairement quelle conscience laborieuse et finalement géniale anime déjà le jeune Dukas autour de la trentaine : un vrai symphoniste qui a le sens du drame et de l’architecture poétique, cherchant absolument une avancée, une issue entre le franckisme (très présent) et le wagnérisme de son temps, ouvert bientôt aux mystères envoûtants du Pelléas de Debussy : une manière française évidente dans cette orchestration subtile et souvent diaphane – elle-même héritière de Rameau comme de Berlioz-, qui souligne avec quel art il sait dessiner en vrai atmosphériste (comme Vivaldi dans ses Quatre Saisons) … des nuées sombres et épaisses, des brumes flottantes pour les éclaircir ensuite afin de susciter une aube nouvelle, porteuse d’espérance (tout le plan de l’ouverture de Polyeucte, mais aussi cette aurore amoureuse qui fait le début de Velléda).  Le tapis instrumental d’un fini exceptionnel qui ouvre sa cantate Velléda saisit ainsi, ce préambule (digne du Strauss de La femme sans ombre quand y paraît pour la première fois l’Impératrice) est le plus réussi … d’une extase poétique proche du sublime, car la Cantate de commande n’évite pas ensuite les longueurs ni les formules déjà écoutées y compris dans le duo des amants. La pièce majeure révélatrice de cette hypersensibilité symphonique reste évidemment le tissu goethéen de L’Apprenti sorcier qui combine flamboyance instrumentale et construction dramatique en une synthèse exemplaire.

 

 

Sublime ouverture Polyeucte

 

Dans Polyeucte, -superbe révélation là encore, peut-être le plus grand choc du programme-,  l’orchestre exprime la gravité psychique et vénéneuse (une trame wagnérienne pour le coup) qui renvoie naturellement au drame cornélien ; créée en 1892, la partition éblouit par sa grâce comme sa profondeur instrumentale (belle grandeur amère des cordes) : les musiciens défendent une clarté qui se montre habile et bénéfique dans les équilibres, les balances, le relief mordant et lumineux des instruments d’époque, cet intimisme restitué qui permet de mieux évaluer la sensibilité et le perfectionnisme (quasi maladif) de Dukas. Et là aussi, l’orchestre par son chant irrésistible fait entendre ce qui déchire l’esprit du jeune héros : Polyeucte est une âme tiraillée et ardente pris entre son amour pour Pauline et sa foi chrétienne ; amour profane, amour sensuel, désir et contemplation, voilà deux pôles entre lesquels balance un orchestre en état de transe, d’une finesse absolue et d’un équilibre sonore prodigieux : sur l’océan d’une houle psychique, se distingue tour à tour la frêle et déchirante mélopée des timbres solistes cor anglais, clarinette, hautbois (dialoguant avec les violoncelles) …  avant que les cordes n’élève l’action intérieure en une libération ultime magnifiquement orchestrée. Au terme de ce que nous pourrions entendre comme une lente, âpre puis enivrante métamorphose, Polyeucte résout ses tiraillements en fusionnant les deux, sublimer son amour, incarner sa foi par le martyre. Il y a du wagnérisme finement tissé mais aussi cette aspiration spirituelle, parfaitement franckiste dans le déroulé de cette ouverture ample et ambitieuse , de plus plus ascensionnelle (lisztéenne également) de plus de 14 mn ! De fait, l’œuvre se termine en une sorte d’extase énigmatique et mystérieuse qui conserve son intensité jusqu’à sa dernière nuance piano. Chef et orchestre expriment chaque nuance de cette ascension progressive avec une flamme quasi hypnotique.
De la juvénilité faussement victorieuse du jeune sorcier à sa terreur foudroyante face au balai qui se multiplie et qu’il ne maîtrise plus, la direction de François-Xavier Roth exprime toutes les facettes de L’Apprenti …  partition prodigieuse en avatars enchaînés et multiples, qui doit moins son attractivité jamais démentie depuis sa création de 1897-, à son sujet fabuleux qu’au traitement que lui réserve le génial orchestrateur. Toutes les alliances de timbres et la succession des épisodes se trouvent rééclairées et régénérées par un jaillissement permanent du scintillement instrumental. Une richesse sonore exaltante et trépidante qui avait déjà fait le miracle du concert vénitien, quand orchestre et chef donnaient avec Velléda, L’Apprenti sorcier à l’étage de la Scuola di san Rocco en 2011, devant les caméras de classiquenews.com (présent pour cet événement musical italien) : voir notre reportage vidéo : Velléda de Dukas révélé par Les Siècles et François Xavier Roth à Venise.

Voilà donc un nouveau disque qui dans le sillon de l’avancée scientifique sur instruments d’époque compose un bel apport pour notre connaissance désormais renouvelée du romantisme à la française, avec Rebel (Le Cercle de l’Harmonie), avec aussi le superbe disque des mêmes Siècles décidément très inspirés par les Français (Dubois dont l’ouverture de Frithiof) ou l’excellent volume des cantates du Prix de Rome de Max d’Ollone récemment ressuscitées, avec quel panache également – où l’on retrouve d’ailleurs la même Chantal Santon, dans Frédégonde, dont la Galeswinthe est d’une eau tout aussi pure et aérienne presque éthérée que sa Velléda dukasienne. Superbe disque défendu par un orchestre fabuleux et un chef d’une mesure et d’une tension inspirées. Incontournable. CD coup de coeur de classiquenews de décembre 2013.

Paul Dukas : Velléda (cantate), Polyeucte, L’Apprenti Sorcier. Les Siècles. François Xavier Roth, direction. Enregistrement réalisé en 2011 et 2012 (1 cd Les Siècles Live).

CD. Dubois : Frithiof, Concerto pour piano n°2 (Les Siècles, Roth, 2010)

CD. Théodore Dubois: Frithiof, Concerto pour piano n°2… Les Siècles (Roth, 2010-2011). “Les Siècles live” (1 cd Actes Sud). Superbe album qui révèle dans une sonorité historique (piano et orchestre d’époque) l’ardente et dramatique vitalité de Théodore Dubois (1837-1924), remarquable orchestrateur, doué d’une invention permanente en particulier dans l’ouverture de Frithiof, condensé  théâtral d’une épatante exaltation. La vrai révélation reste contre toute attente non pas le Concerto pour piano n°2, morceau de bravoure aux climats tendres et lyriques (le premier mouvement est de loin le plus réussi avec l’Adagio, et son sentiment “profondissimo” comme il est noté sur le manuscrit) mais cette ouverture Frithiof, pièce magistrale de moins de 10mn qui tient à la fois d’un superbe lever de rideau pour un opéra à redécouvrir, et aussi du poème symphonique… Dubois affirme son esprit synthétique et européen (comme tant aussi à le démontrer la Symphonie Française de 1908, qui n’en a que le nom: Les Siècles et leur chef viennent de la recréer lors d’une tournée mémorable dont la dernière date était à Venise pour le festival Théodore Dubois, proposé non sans pertinence par le Palazzetto Bru Zane, Centre de musique romantique française, ce 15 avril 2012); il s’y montre parfait assimilateur de cet éclectisme ambiant dont il recycle la richesse des thèmes et des idées avec cette finesse et cette élégance qui le caractérisent.

 

 

Superbe et flamboyante ouverture de Frithiof

 

 

Dubois_Les Siecles_François Xavier RothDe fait, Frithiof se distingue par la noblesse et la ligne éthérée du solo de clarinette dans un climat de bois profond (Rossini et Guillaume Tell ne sont pas loin; mais aussi le souffle des partitions de Liszt ou de Saint-Saëns) où domine le chatoiement grave et mystérieux des violoncelles, contrebasses … jusqu’aux trois tutti à 3’30, qui libèrent un dramatisme désormais exacerbé, une passionnante théâtralité qui mêle aussi Tchaikovski,  Wagner, et tant d’autres maîtres dont Dubois fait un miel régénéré. En 1880, inspiré par la légende scandinave, le style de Dubois se montre davantage qu’un exercice académique: l’écriture maîtrise et le sens de l’architecture et la finesse de l’orchestration. Quel bijou symphonique! Source d’une délectation renforcée, l’apport des instruments d’époque évite l’empâtement, la nébuleuse sonore ailleurs si néfaste. Saluons, sous le geste vif et musclé de François-Xavier Roth, la superbe pulsion dramatique sans boursouflure, détaillée et lumineuse grâce à la juste caractérisation des instruments, tous d’une articulation savoureuse; En outre la prise bénéficie d’une captation live réalisée au moment où l’orchestre présentait en première vénitienne, l’oeuvre si exaltante lors du festival présenté par le même Palazzetto Bru Zane Centre de musique romantique française, en avril 2011: journée inaugurale “Du Second Empire à la IIIè République”, concert mémorable qui voyait aussi la récréation mondiale de la cantate de Paul Dukas, Velléda.
C’est une préparation idéale pour le Concerto pour piano n°2 déjà présenté par les mêmes interprètes à Venise lors du festival Du Second Empire à la IIIème République, précédemment évoqué. On y retrouve la même exaltation noble et souple, cette mesure et cette éloquence “académique” qui n’ont rien d’artificiel: l’adagio et son sentiment très profond donc… atteignent une sincérité surprenante qui enchante et élève l’âme,  proche en cela des récemment révélés adagios du Trio n°2 et du Quintette pour piano ( lire notre  compte-rendu  du premier week-end inaugural du festival Theodore Dubois  à Venise, 14 et 15 avril 2012). Avec de tels accomplissements, c’est le vocable “académique” qui gagne ses lettres de noblesse. Il s’agit bien d’une esthétique comme les autres très défendables, et non plus ce terme fourre aux allusions si péjoratives et réductrices.
Toujours plein d’ardeur et d’idées brillantes, Dubois redouble de franche et saine fantaisie dans l’allegro vivo, scherzando et surtout dans le dernier mouvement si justement intitulé “con molto fantasia”: Dubois apparaît bien ici tel l’apôtre le plus habile et le plus inspiré de la musique pure et de l’idéal académique.  Ce qui sauve l’écriture du Dubois classique, c’est un sens de la variation d’une ineffable pudeur, l’usage fédérateur du principe cyclique (reexposition des thèmes majeurs dans le final très libre d’agencement);  une conscience évidente du développement sans dilution ni écart gratuit. En somme, la marque d’un grand maître.
Les Siècles trouvent le juste équilibre pour faire briller cette musique élégantissime (auquel répond le jeu tout en sobriété de Vanessa Wagner), sans basculer dans la fadeur ou le sirop décoratif… L’époque est à l’éclectisme, au métissage des styles, au triomphe du néo, pourtant comme en architecture (voyez du côté de l’Opéra de Charles Garnier), le signe de la richesse n’exclut pas une structure superbement pensée. D’autant plus prenante que son écriture obéit toujours à un “plan” dramaturgique finement élaboré; tout  le génie de Théodore Dubois est là. Le nouveau disque vient opportunément renforcer l’oeuvre de réhabilitation opérée par le Palazzetto Bru Zane Centre de musique romantique française qui présente jusqu’au 27 mai 2012, son festival monographique: “Théodre Dubois et l’art officiel”…
Théodore Dubois: Frithiof, Concerto pour piano n°2… Les Siècles (François-Xavier Roth, 2010-2011). “Les Siècles live” (1 cd Actes Sud).

Versailles : Musiques pour les noces de Marie-Antoinette et de Louis XVI, Les Siècles (novembre 2012)

Jean-Philippe Rameau à ParisMusiques pour Marie-Antoinette… Dans la galerie des Glaces à Versailles, l’orchestre sur instruments anciens Les Siècles joue sous la direction de François-Xavier Roth, le programme des fêtes pour le mariage de Marie Antoinette et de Louis XVI : Gluck représentant de la musique moderne puis Rameau et Lully réécrits par Gossec et Dauvergne, dans le style néoclassique des années 1770 … Grand reportage vidéo