CD, compte rendu critique. Bien que l’Amour… (Les Arts Florissants. William Christie)

christie william les arts florissants bien que l amour cd critique review presentation reviex cd critique classiquenews CLIC de classiquenewsCD, compte rendu critique. Bien que l’Amour… (Les Arts Florissants. William Christie). Sur l’arc tendu de Cupidon, Les Arts Flo redoublent d’ingénieuse intelligence. Qu’elle soit comique, amoureuse, tragique ou langoureuse, la veine défendue atteint un miracle d’ivresse sonore, vocale et instrumentale ; l’écoute collective, le geste individualisée, la caractérisation poétique et intérieure font une collection de délices sonores et sémantiques d’une profonde subtilité. De toute évidence, voici l’une des réalisations discographiques qui confirme les profondes et indépassables affinités de William Christie avec la poésie amoureuse du Grand Siècle français.

 

 

Bien que l’amour…

Christie, maître du Baroque poétique et amoureux

 

 

 

christie william les arts florissants bien que l amour cd critique review presentation reviex cd critique classiquenews CLIC de classiquenewsC’est l’attention au verbe, Ă  chaque image du mot, chaque Ă©motion du texte et une Ă©coute d’un chanteur Ă  l’autre, d’un instrumentiste Ă  l’autre qui subliment la chair suave et indiciblement nostalgique des poèmes regroupĂ©s ici. Qu’elles soient Iris, Climène… les amoureuses s’alanguissent ou restent inatteignables donc fantasmĂ©es. Mais Ă  l’acuitĂ© du chant, prĂ©cis, mesurĂ©, rĂ©pond l’évanescence enivrĂ©e des suggestions musicales. Lambert amoureux, La Fontaine perspicace pertinent (Epitaphe d’un paresseux sur la musique du grand Couperin – excusĂ© du peu…), HonorĂ© d’Ambruys (secret, doux, Ă  l’énigmatique tendresse : Le doux silence de nos bois), … tous et chacun sont nos guides dans cette carte en tendresse, ce labyrinthe des coeurs Ă©prouvĂ©s, un temps inquiets, en attente, en dĂ©sir voire en souffrance mais toujours accomplis. Le charme opère ; le geste esquisse le plus subtile des dessins immatĂ©riels mais la musique du verbe s’inscrit dans notre esprit. Et grâce au magicien Christie, – peintre des nuances musicales-, le rĂŞve de l’amour tremble et frĂ©tille comme un dĂ©licieux songe que la musique fait durer, au delĂ  des siècles.
Plus mordant et espiègle, le maître nous abreuve aussi de la pointe plus affûtée du rire parodique ou de la comédie délirante, préservée dans les Scènes et Intermèdes pour Le Mariage forcé de Molière, musique de Charpentier. Les trois chanteurs : Marc Mauillon,
Cyril Auvity, Lisandro Abadie
redoublent de connivente facétie, chacun apportant l’acuité caressante de son timbre complémentaire.
Aux côtés du raffinement, c’est dans le style collectif, la vérité et la sincérité des interprètes qui nous touchent infiniment. A noter parmi les instrumentistes des Arts florissants ici réduits au diapason de ce rêve chambriste, l’excellente gambiste Myriam Rignol dont on sait à présent l’intelligence musicale et la virtuosité tout en raffinement parmi son propre ensemble, Les Timbres (pour nous l’un des meilleurs ensembles récents dédiés à la musique baroque). Programme miraculeux. Et donc CLIC de classiquenews de l’été 2016. Un disque que l’on emporte avec nous sur l’île déserte et déjà, sur la plage en juillet et en août 2016.

CD, compte rendu critique. Bien que l’Amour… Airs sérieux et boire. Les Arts Florissants. William Christie, direction. 1 cd Harmonia Mundi HAF 8905276.

 

La Messe en si de Bach par William Christie en direct sur catmusica

Les Arts Flo en rĂ©sidence Ă  La Philharmonie de ParisRADIO, Catmusica. EN DIRECT, le 16 juin 20h30, William Christie dirige la Messe en si de BACH. PrĂ©sentĂ©e pour la première fois au dernier Festival de musique religieuse Ă  Cuenca en Espagne, pour la Semaine Sainte, le 24 mars dernier – avant la Philharmonie de Paris, la Messe en si de JS BACH par William Christie, est le dernier programme majeur dĂ©fendu par le crĂ©ateur des Arts Florissants. Un nouvel accomplissement Ă  inscrire parmi ses meilleures rĂ©alisations : ample, superlative, profonde, millimĂ©trĂ©e.
ImmĂ©diatement ce qui frappe, c’est l’Ă©nergie juvĂ©nile que Bill insuffle Ă  son orchestre d’une formidable ductilitĂ© expressive et aux chanteurs formant le choeur des Arts Florissants. La vitalitĂ© du geste sait ĂŞtre dĂ©taillĂ©e, analytique sans omettre la profondeur et la justesse des intonations, ce pour chaque sĂ©quence. Il en dĂ©coule une vision architecturale d’une clartĂ© absolue qui Ă©claire d’une lumineuse façon toute la structure de l’Ă©difice ; comme s’il s’agissait d’en souligner la profonde unitĂ©, l’irrĂ©sistible cohĂ©rence, alors qu’il s’agit d’un cycle que Bach a conçu sur 25 ans, sans concevoir a priori la fabuleuse totalitĂ© que nous saluons aujourd’hui”… extrait de notre compte rendu complet de la Messe en si de JS Bach par William Christie et Les Arts Florissants Ă  Cuenca en mars 2016.

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La Messe en si de Jean-SĂ©bastien Bach par William Christie, Les Arts Florissants
Palau de la Musica de Barcelone

EN DIRECT Ă  20h30
sur la radio catalane : www.catmusica.cat

TOUTES LES INFOS sur le site du Palau de la Musica de Barcelone

 

 

La Messe en si de Bach by Bill, entre monumentalité et éloquence individuelle :

un scintillement collectif, une juvénilité vocale irrésistible

 

 

MUSIQUES POUR LA REINE CAROLINEMesse en si de Jean-SĂ©bastien Bach par William Christie. Collection Ă©clectique de pièces Ă©crites Ă  diffĂ©rentes pĂ©riodes de la vie de Jean-SĂ©bastien bach, la Messe en si nous saisit aujourd’hui par son unitĂ©, son exclamation humaine et fervente d’une vĂ©ritĂ© inĂ©puisable. Bach en achève Ă  la fin des annĂ©es 1740, les dernières pages alors qu’il est directeur de la musique Ă  Leipzig en particulier pour l’Ă©glise de Saint-Thomas : c’est dans l’Ă©glise de Bach que William Christie et ses Arts Florissants jouent la Messe en si ce 19 juin prochain. Une date clĂ© dans l’histoire de l’ensemble et un accomplissement attendu pour William Christie qui laisse son cher Handel pour Jean-SĂ©bastien dont les Arts Florissants n’ont rĂ©alisĂ© que quelques partitions dont l’Oratorio de NoĂ«l, la Passion selon Saint-Jean, quelques cantates (sujets d’une tournĂ©e simultanĂ©e au printemps et Ă  l’Ă©tĂ© 2016). Pour ceux qui ont dĂ©jĂ  pu Ă©couter la version de William Christie dans la Messe en si, le raffinement de l’orchestre, le nombre important des solistes du choeur – qui fournit les chanteurs des airs solos et des duos, composent selon le voeu de Bill, une version Ă  la fois monumentale et d’une rare Ă©loquence active ; ce, grâce Ă  la prodigieuse ductilitĂ© du choeur des Arts Florissants et l’attention permanente de William Christie pour l’Ă©quilibre globale, la palette des dynamiques et le relief des contrastes… Le fondateur des Arts florissants renoue ainsi avec l’expressivitĂ© d’une foi sereine mais Ă©clatante qui s’agissant de Leipzig, mĂŞme dans un contexte luthĂ©rien orthodoxe, n’hĂ©site pas Ă  utiliser le terme de Messe pour les occasions exceptionnelles et les cĂ©lĂ©brations importantes de l’annĂ©e. Ainsi, mĂŞme si la Messe en si que nous connaissons actuellement dans une forme jamais Ă©lobarĂ©e ainsi par Bach, rĂ©capitule toute la recherche chorale et instrumentale de Jean-SĂ©bastien, tout au long de sa vie, confrontĂ© Ă  la nĂ©cessitĂ© du dĂ©corum, mais plutĂ´t inspirĂ© par la sincĂ©ritĂ© d’une ferveur surtout individuelle. Outre ses grandes proportions, et sa solennitĂ©, la Messe en si de William Chritsie en 2016 stupĂ©fie par sa transparence, sa juvĂ©nilitĂ© vocale, son sens du rebond et du dĂ©tail, de la nuance et du scintillement collectif. Programme et tournĂ©e Ă©vĂ©nements.

 

 

 

La Messe en si de Jean-SĂ©bastien Bach
Les Arts Florissants
William Christie, direction

 

 

Barcelone, Palais des Arts / Palau de la Musica, le 16 juin 2016, 20h30
RESERVEZ

 

Leipzig, Eglise Saint-Thomas / Thomaskirche, le 19 juin 2016, 18h
RESERVEZ : Billetterie close / sold out

 

 

 

Voir les dates sur le site des Arts Florissants.

 

 

 

CUENCA-2016-vignette-carre-cartel-smrc55LIRE notre compte rendu, concert. CUENCA (Espagne), 55ème Festival de musique religieuse. Jean-Sébastien Bach : Messe en si mineur BWV 232. Katherine Watson, Tim Mead (contre-ténor), Reinoud van Mechellen (ténor), André Morsch (basse). Les Arts Florissants (Choeur et Orchestre). William Christie, direction

  

ATELIER en famille par Les ARTS FLORISSANTS

daneman-sophie-atelier-en-famille-arts-florissants-classiquenewsATELIER en famille par Les ARTS FLORISSANTS : “Basse, qui ĂŞtes-vous ?” Atelier en famille par Sophie Daneman. Parce que la musique et le Baroque se pratiquent dès le plus jeune âge et en famille, l’atelier musical conçu pour les enfants et leur parents, en famille prĂ©sentĂ©e par Sophie Daneman, ex soprano vedette des Arts Florissants, explique les caractères de la musique baroque : Basse qui ĂŞtes vous ? … connaissez vous la pĂ©riode que l’on dit baroque ? Qu’est ce qu’une basse continue ? Qu’est ce qu’un canon ?… enfants et parents dĂ©couvrent la magie des instruments baroques, le chant aussi avec la participation des chanteurs et des instrumentistes des Arts Florissants. PrĂ©sentation vidĂ©o de l’atelier en famille crĂ©Ă© par Les Arts Florissants (une mĂŞme proposition est prĂ©sentĂ©e chaque Ă©tĂ© pendant le festival Dans les jardins de William Christie, dernière semaine du mois d’aoĂ»t en VendĂ©e, Ă  ThirĂ©)  - Prochaines dates de l’Atelier en famille des Arts Florissants : dimanche 19 juin 2016, Portes Ouvertes de la Philharmonie de Paris… 

 

 

 

ATELIER MUSICAL avec Les Arts Florissants

 

 

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Illustrations © studio CLASSIQUENEWS 2016

 

 

PARIS, PORTES OUVERTES de LA PHILHARMONIE

philharmonie portes ouvertes 18 et 19 juin 2016 arts florissants william ChristiePARIS, Philharmonie. Portes ouvertes, les 18 et 19 juin 2016. Un week end entier dédié à la découverte de la musique dans les espaces divers de la Philharmonie de Paris : le site ouvre ses portes gratuitement au plus large public : concerts-promenades au Musée, visites guidées, thématiques et générales ; ateliers de pratique musicale (chant et instruments), rencontres avec les artistes et les professionnels du site… les 2 journées permettent aux familles et à tous les visiteurs de tisser un lien avec un ensemble unique à Paris, dont l’architecture a été conçue pour rapprocher les résidents, cultiver l’échange et l’échange, la participation et le partage.

 

 

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Partout dans les espaces du site spectaculaire mais très accessible (Grande salle, Hall, salle de répétition de la Philharmonie…, musée, Amphithéâtre, salle des concerts à la Cité de la musique…), les musiciens et chanteurs répètent, travaillent, offrent diverses formes musicales qui permettent une immersion libre et vivante, proche et concrète à destination de tous les publics…

Quelques temps forts :

samedi 18 juin 2016
10h30, Hall Philharmonie : Quintette de cuivres Orion
11h, Grande salle / Philharmonie : Pierre et le loup
20h30, Gde salle / Philharmonie : Orchestre de Paris, Paavo Järvi
…

dimanche 19 juin 2016

11h, Gde salle / Philharmonie : Orch Nat Ile de France
12h, Salle des concerts / Cité : répétition du choeur de l’Orchestre de Paris
15h30, Gd salle / Philharmonie : concert d’orgue
16h30, Salle de répétitions / Philharmonie : Orchestre de chambre de Paris : les incroyables aventures de Mister Fogg

VOIR TOUS LES CONCERTS DES Portes Ouvertes des 18 et 19 juin 2016

 

 

 

Parmi les formations en résidence à la Philharmonie, Les Arts Florissants fondé en 1979 par William Christie font résonner la magie du Baroque à travers de nombreuses animations auxquelles participent les chanteurs et les instrumentistes des Arts Florissants.

LES ARTS FLORISSANTS, dimanche 19 juin 2016 :
16h, Hall Philharmonie : promenade musicale
17h45, Hall Philharmonie : promenade musicale
18h30, Hall Philharmonie : promenade musicale …

 

 

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daneman-sophie-atelier-en-famille-arts-florissants-classiquenewsATELIER EN FAMILLE... Parce que la musique et le Baroque se pratique dès le plus jeune âge et en famille, ne manquez pas surtout l’atelier en famille présentée par Sophie Daneman, ex soprano vedette des Arts Florissants : Basse qui êtes vous ? enfants et parents découvrent la magie des instruments baroques, le chant aussi avec la participation des chanteurs et des instrumentistes des Arts Florissants. VOIR la vidéo de l’Atelier en famille présenté par Les Arts Florissants

 

 

 

VOIR tout l’agenda des PORTES OUVERTES A LA PHILHARMONIE
les 18 et 19 juin 2016

 

 

 

La nouvelle Messe en si de William Christie

Les Arts Flo en rĂ©sidence Ă  La Philharmonie de ParisBARCELONE, LEIPZIG… William Christie dirige la Messe en si de BACH, 16, 19 juin 2016. PrĂ©sentĂ©e pour la première fois au dernier Festival de musique religieuse Ă  Cuenca en Espagne, pour la Semaine Sainte, le 24 mars dernier – avant la Philharmonie de Paris, la Messe en si de JS BACH par William Christie, est le dernier programme majeur dĂ©fendu par le crĂ©ateur des Arts Florissants. Un nouvel accomplissement Ă  inscrire parmi ses meilleures rĂ©alisations : ample, superlative, profonde, millimĂ©trĂ©e.
ImmĂ©diatement ce qui frappe, c’est l’Ă©nergie juvĂ©nile que Bill insuffle Ă  son orchestre d’une formidable ductilitĂ© expressive et aux chanteurs formant le choeur des Arts Florissants. La vitalitĂ© du geste sait ĂŞtre dĂ©taillĂ©e, analytique sans omettre la profondeur et la justesse des intonations, ce pour chaque sĂ©quence. Il en dĂ©coule une vision architecturale d’une clartĂ© absolue qui Ă©claire d’une lumineuse façon toute la structure de l’Ă©difice ; comme s’il s’agissait d’en souligner la profonde unitĂ©, l’irrĂ©sistible cohĂ©rence, alors qu’il s’agit d’un cycle que Bach a conçu sur 25 ans, sans concevoir a priori la fabuleuse totalitĂ© que nous saluons aujourd’hui”… extrait de notre compte rendu complet de la Messe en si de JS Bach par William Christie et Les Arts Florissants Ă  Cuenca en mars 2016.

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La Messe en si de Jean-SĂ©bastien Bach
Les Arts Florissants
William Christie, direction

 

 

Barcelone, Palais des Arts / Palau de la Musica, le 16 juin 2016, 20h30
RESERVEZ

 

Leipzig, Eglise Saint-Thomas / Thomaskirche, le 19 juin 2016, 18h
RESERVEZ : Billetterie close / sold out

 

 

 

Voir les dates sur le site des Arts Florissants.

 

 

 

CUENCA-2016-vignette-carre-cartel-smrc55LIRE notre compte rendu, concert. CUENCA (Espagne), 55ème Festival de musique religieuse. Jean-Sébastien Bach : Messe en si mineur BWV 232. Katherine Watson, Tim Mead (contre-ténor), Reinoud van Mechellen (ténor), André Morsch (basse). Les Arts Florissants (Choeur et Orchestre). William Christie, direction

 

MOULINS : “Barockissimo!”, Les Arts Flo en scène

MCOSTUMES DE SCENE des ARTS FLO Ă  MOULINSOULINS. Exposition. BAROCKISSIMO! Les Arts Florissants en scène jusqu’au 18 septembre 2016. Le Centre national du costume de scène expose quelques uns des joyaux en tissu, façonnĂ©s pour les productions lyriques dirigĂ©es par la directeur et fondateur des Arts Flo, William Christie. OpportunitĂ© pour le chef d’orchestre mythique et dĂ©sormais incontournable sur le sujet de l’opĂ©ra baroque en France, de rĂ©capituler plusieurs dĂ©cennies de recherches, d’approfondissement et surtout de trouvailles visuelles … ici le dĂ©ploiement des Ă©toffes prolonge, habille, explicite le geste musical. Le catalogue concentre la pertinence de l’approche musĂ©ale, tout en permettant aux personnalitĂ©s organisatrices de s’exprimer sur les choix, la sĂ©lection des objets (costumes, maquettes, etc…) prĂ©sentĂ©s (chapitre ou “acte” I), et aussi la rĂ©flexion nĂ©e Ă  partir des rĂ©pertoires abordĂ©s : “L’Italie et la naissance de l’opĂ©ra, les voix” (acte II) ; “La France, Louis XIV et Lully” ; “L’Angleterre, Purcell et Shakespeare” ; “Handel et l’opĂ©ra” ; “L’OpĂ©ra français, Ă  l’heure de Jean-Philippe Rameau”, sans omettre de tracer des perspectives : “au delĂ  du baroque”. Ainsi Catherine Massip, Martine Kahane dont les recherches sont depuis longtemps associĂ©es Ă  l’activitĂ© des Arts Florissants analysent très finement les ouvrages abordĂ©s, et la singularitĂ© critique dĂ©fendue depuis ses dĂ©buts par le fondateur William Christie.

LES ARTS FLORISSANTS : 1979-2015
30 ans d’enchantement visuel et scĂ©nique

Christie-william-rouvre-PORTRAIT-carre-578-582-home-a-lafficheUne très intĂ©ressante partie connexe et complĂ©mentaire intitulĂ©e “Ascoltando” (cosignĂ©e par Dider Doumergue et Anne Verdier, les chefs costumiers des productions lyriques Ă©voquĂ©es) est dĂ©diĂ©e aux formes et enjeux du spectacles : dimension sociale (Atys et Le malade imaginaire), affirmation d’une Ă©lĂ©gance rhĂ©torique (La FĂ©e Urgèle, La rĂ©pĂ©tition interrompue), la musique au fondement de l’inspiration (MĂ©dĂ©e, Hippolyte et Aricie), Montage de sens, montage de temps (L’amour mĂ©decin, Le sicilien ou l’amour peintre) ; sans omettre la très intĂ©ressante contribution de Jean-Marie VillĂ©gier Ă  propos de sa coopĂ©ration avec Bill autour de la production lĂ©gendaire d’Atys (“Quelques feuillets de mon album, 1985-1992″, texte Ă©crit en janvier 2016 pour l’exposition)… Au final le très beaux livre de 126 pages rend compte, tout autant que les objets de l’exposition Ă  Moulins dans son intĂ©gralitĂ©, de la grande diversitĂ© des propositions de costumes dont le raffinement et le luxe rĂ©pond directement au dĂ©sir d’enchantement et d’Ă©loquence dĂ©fendu par William Christie quand il interprète telle ou telle partition ancienne et baroque.
A partir de l’”Acte II”, — Ă  partir de l’Ă©vocation thĂ©matisĂ©e de la naissance de l’opĂ©ra en Italie, la publication met en lumière, photographies en pleine page, la beautĂ© des costumes façonnĂ©s pour chaque production. Costumes de Sant’Alessio (Caen, 2007), Il Riturno d’Ulisse (Aix, 2000 — avec un chapitre complĂ©mentaire dĂ©diĂ© aux ateliers de costumes du Festival aixois…), L’Incoronazione di Poppea (Madrid, 2010), Il Tito de Cesti (Strasbourg, 2001 — en complĂ©ment plusieurs photos de scène en noir et blanc) ; la France baroque renaĂ®t aussi grâce aux costumes des spectacles ainsi ressuscitĂ©s : Le Malade imaginaire (Châtelet, 1990), Ă©videment Atys (costumes de la crĂ©ation de 1986 Ă  Florence puis Ă  l’OpĂ©ra Comique en 1987, enfin pour la rĂ©cente reprise de 2011 — costumes du dieu du sommeil pour Paul Agnew…) ; ActĂ©on de Charpentier (TCE, Paris, 2011) ; Armide (TCE, 2008)…; sans omettre, cĂ´tĂ© baroques britanniques : chez Purcell (Dido and Aeneas (New York, 2010), The Fairy Queen (Aix, 1989), enfin propre aux enchantements multiples du théâtre de Handel : Alcina (Palais Garnier, Paris, juin 1999), Serse (TCE, Paris, 2003), Hercules (Aix, 2004), Theodora (TCE, Paris, 2015)… accomplissement tout autant convaincant, l’offre visuelle pour les opĂ©ras de Rameau dont son Ă©voquĂ©s aussi par de magnifiques costumes : Hippolyte et Aricie (Paris, Palais Garnier, 1996 — dont l’inimaginable costume en une pièce des 3 Parques, sorte de monstruositĂ© textile Ă  trois tĂŞtes !), Les Indes Galantes (Palais Garnier, Paris, 1999), la rĂ©cente production crĂ©Ă©e Ă  Caen : Rameau, MaĂ®tre Ă  danser (2014), PlatĂ©e (Vienne, puis paris, 2014), Pygmalion (Aix, 2010), Les BorĂ©ades (Palais Garnier, Paris, 2003), … Jamais l’univers visuel et poĂ©tique de William Christie et de ses Arts Flo (fondĂ©s en 1979), n’auront Ă  ce point enchanter en une grande fresque onirique reconstruite sur plusieurs dĂ©cennies. La perspective ainsi restituĂ©e est inĂ©dite et la richesse de l’offre visuelle, passionnante. Exposition et catalogue, incontournables.

EXPOSITION : Barockissimo ! Les Arts Florissants en scène. Moulins, Centre national du costume de scène (CNCS), du 9 avril au 18 septembre 2016. Catalogue 220 pages, Édition lienart, Les Arts Florissants William Christie. CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2016.

CUENCA (Espagne), Festival de musique sacrée. Auditorio, le 24 mars 2016 : Messe en si mineur de JS BACH. Les Arts Florissants, William Christie

CUENCA-2016-vignette-carre-cartel-smrc55BACH by BILL. Compte rendu, CUENCA (Espagne, Castilla-La Mancha). 55ème Festival de musique religieuse, Auditorio, jeudi 24 mars 2016. JS BACH : Messe en si mineur. Les Arts Florissants, William Christie. Sommet musical Ă  Cuenca. On l’attendait impatiemment, cette nouvelle lecture de la Messe en si de Bach par William Christie. C’est absolument le bon timing pour le chef fondateur des Arts Florissants. Une première d’autant plus attendue Ă  Cuenca, pour le festival de musique religieuse que le concert inaugure une tournĂ©e dĂ©sormais marquante dans l’histoire de l’Ensemble qui passera par Paris (Philharmonie, ce 26 mars soit demain) puis Versailles (Chapelle royale), avant les autres dates dont Ă  nouveau l’Espagne, Ă  Barcelone en juin prochain.
ImmĂ©diatement ce qui frappe c’est l’Ă©nergie juvĂ©nile que Bill insuffle Ă  son orchestre d’une formidable ductilitĂ© expressive et aux chanteurs formant le choeur des Arts Florissants. La vitalitĂ© du geste sait ĂŞtre dĂ©taillĂ©e, analytique sans omettre la profondeur et la justesse des intonations, ce pour chaque sĂ©quence. Il en dĂ©coule une vision architecturale d’une clartĂ© absolue qui Ă©claire d’une lumineuse façon toute la structure de l’Ă©difice ; comme s’il s’agissait d’en souligner la profonde unitĂ©, l’irrĂ©sistible cohĂ©rence, alors qu’il s’agit d’un cycle que Bach a conçu sur 25 ans, sans concevoir a priori la fabuleuse totalitĂ© que nous saluons aujourd’hui.

Dans la Messe en si mineur de Bach, les Arts Florissants signent une lecture jubilatoire, ardente et juvénile,

Bouleversant Bach de Bill

Messe en si de Bach par William ChristieParmi les joyaux de cette rĂ©alisation, soulignons l’Ă©blouissante comprĂ©hension de la Messe dans sa globalitĂ©, comme l’intelligence des enchaĂ®nements des sĂ©quences solistiques, chorales, instrumentales… car si l’on prend presque toutes les entrĂ©es des arias, ce sont les instruments (flĂ»tes, hautbois d’amour, violon…) qui sont aux cĂ´tĂ©s des chanteurs, particulièrement exposĂ©s. Sous la direction de William Christie, les vertigineux contrastes d’un Ă©pisode l’autre, se rĂ©vèlent avec une acuitĂ© dramatique exceptionnelle ; chaque choeur d’une exultation jubilatoire, affirme le sentiment d’avoir franchi un seuil dans l’ascension de la montagne. Peu Ă  peu, chaque Ă©pisode choral marque les jalons d’une Ă©lĂ©vation collective, – gradation d’une ascension, emportant musiciens et public, en un continuum ininterrompu de près d’1h30mn.
Le Kyrie initial affirme l’ampleur de la vision Ă  la fois “sereine et gĂ©nĂ©reuse” pour reprendre les mots du Maestro ; et ce sentiment de solennitĂ© est enrichi par la profondeur et un souffle irrĂ©pressible. Puis les choeurs (Gloria in excelsis Deo, avec l’Ă©clat de la trompette ; Gratias agimus tibi ; Cum Sancto Spiritu…) affirment l’avancĂ©e de l’assemblĂ©e des croyants : tout un monde nouveau, Ă©blouissant les attend au sommet des cimes Ă©voquĂ©es. MaĂ®tre des contrastes, Bill cisèle l’expressivitĂ© mordante des solos, en particulier, Ă  l’inquiĂ©tude tenace du contre-tĂ©nor (premier air : Qui sedes), la certitude bienheureuse du croyant dans la joie incarnĂ©e par la basse (air qui suit immĂ©diatement : Quoniam tu solus Sanctus). Ces contrastes -magnifiquement enchaĂ®nĂ©s-, relèvent d’une maĂ®trise absolue de l’Ă©loquence, mais aussi, qualitĂ© davantage explicite chez le fabuleux choeur, celle d’une exceptionnelle intelligibilitĂ© : maĂ®tre de la dĂ©clamation française, William Christie se distingue plus encore chez Bach, par un souci inouĂŻ du texte dont on comprend et saisit chaque mot ; d’ailleurs le travail du choeur est l’autre point fort d’une approche inoubliable : le chef mĂ©lange les chanteurs, comme un peintre, sur sa palette, obtenant des couleurs, des accents, des combinaisons d’une Ă©tonnante activitĂ© linguistique. C’est tout d’un coup l’armĂ©e des chĂ©rubins qui fourmille dans un ciel misĂ©ricordieux, une nuĂ©e scintillante et linguistiquement miroitante dont le raffinement n’avait jamais atteint Ă  ce degrĂ© de finesse comme d’Ă©lĂ©gance. Autre temps fort de la Messe, le surgissement de la mort, après le duo Et in unum Dominum Jesum Christum (du Credo) : sur les mots : “Crucifixus etiam pro nobis”, le choeur fait basculer le cycle dans la gravitĂ© lugubre, un gouffre noir et sombre sans lumière s’ouvre Ă  nos pieds : dĂ©pression collective, amertume imprĂ©vue, inquiĂ©tude et angoisse… L’impact est foudroyant et la justesse du geste, irrĂ©sistible.
L’ensemble des solistes reste convaincant, mais c’est essentiellement la parure orchestrale, la très haute tenue de chaque soliste instrumental (palmes spĂ©ciales Ă  la corniste qui accompagne la basse dans le premier air dĂ©jĂ  citĂ©) qui convainc. Le choeur est l’autre protagoniste clĂ© de cette rĂ©alisation exemplaire : l’exaltation, la justesse, l’articulation, l’Ă©lan gĂ©nĂ©ral qui convoque l’assemblĂ©e des croyants s’imposent Ă  nous sans artifice. Et d’une rayonnante ivresse juvĂ©nile.
Quant au maestro, son engagement Ă  dĂ©fendre l’universalitĂ© de la partition (d’une vĂ©ritĂ© oecumĂ©nique), sa profonde poĂ©sie comme son dramatisme hautement expressif… tout s’accordent Ă  ciseler une lecture essentiellement cohĂ©rente et unitaire. Sans omettre nous le soulignons un art remarquable des enchaĂ®nements dont la succession des Qui tollis peccatis (grave et intĂ©rieur), Qui sedes (pour haute contre), enfin Quoniam tu solus Sanctus (basse) surprend par la ductilitĂ© des passages ; un lien d’une indĂ©fectible plasticitĂ© reliant les Ă©pisodes l’un Ă  l’autre, comme s’il s’agissait des volets d’un mĂŞme et seul retable. Tour Ă  tour, l’auditeur passe de l’interrogation profonde Ă  l’exultation contagieuse en une continuitĂ© bouleversante par sa sincĂ©ritĂ©. L’expĂ©rience est exaltante et mĂ©morable ; elle a fait l’Ă©vĂ©nement Ă  Cuenca ; en fin de concert, le public conquis a rĂ©servĂ© une ovation lĂ©gitime et tenace au formidable ensemble des Arts Florissants. C’est en effet le grand retour de William Christie Ă  Cuenca, depuis plus de 10 annĂ©es. Programme en tournĂ©e (Paris, Philharmonie le 26 mars 2016 ; Versailles,  Chapelle royale, le 27 mars ; Barcelone, le 16 juin ; Leipzig, le 19 juin…), Ă  ne pas manquer. Voir les dates sur le site des Arts Florissants.

Compte rendu, concert. CUENCA (Espagne), 55ème Festival de musique religieuse. Jean-Sébastien Bach : Messe en si mineur BWV 232. Katherine Watson, Tim Mead (contre-ténor), Reinoud van Mechellen (ténor), André Morsch (basse). Les Arts Florissants (Choeur et Orchestre). William Christie, direction

Barockissimo ! Les Arts Florisants en scène

moulins-arts-florissants-en-scene-exposition-avril-2016-582-390Moulins, CNCS, exposition « Barockissimo ! Les Arts Florisants en scène ». Du 9 avril au 18 septembre 2016. Sur scène, Les Arts Florissants, ensemble mythique créé par William Christie en 1979, ont déployé outre l’éclat d’une sonorité ciselée et saisissante, la somptuosité de costumes mémorables en particulier dans la production d’Atys de Lully d’une cohérence rare devenue légendaire… le CNCS, Centre national du costume de scène à Moulins récapitule la flamboyante des costumes portés par les interprètes des Arts Florissants à travers les productions les plus emblématiques que dirigea son chef et fondateur, Bill, William Christie. Pour célébrer ses 10 ans, le Centre national du costume de scène à Moulins interroge les fastes et vertiges nés de la musique baroque, défendue par Les Arts Florissants et William Christie.

William Christie conducts Les Arts Florissants at Prom 17.Les Arts Florissants, fondĂ©s en 1979 par le chef d’orchestre franco-amĂ©ricain William Christie, oeuvrent dès leur dĂ©but Ă  la redĂ©couverte du rĂ©pertoire baroque français. L’enthousiasme suscitĂ© par la production dĂ©sormais historique d’Atys de Lully, Ă  l’OpĂ©ra-Comique en 1987, a conduit Les Arts Florissants Ă  travailler depuis trois dĂ©cennies avec les plus grands metteurs en scène Jean-Marie VillĂ©gier, Alfredo Arias, Pierre Barrat, Luc Bondy, Robert Carsen, ClĂ©ment Hervieu-LĂ©ger, Andreas Homoki, Adrian Noble, Pier Luigi Pizzi… et chorĂ©graphes Francine Lancelot, Trisha Brown, Jiří Kylián, Blanca Li, JosĂ© Montalvo, Robyn Orlin…

L’exposition évoque l’incroyable inventivité des Arts Florissants, celle d’un « baroque toujours plus baroque », c’est à dire luxuriant et suggestif soit près de cent cinquante costumes de scène provenant de différentes productions.
Elle met également en scène reproductions de maquettes de décors et de costumes, photographies, extraits de films, le tout en musique !
Le geste des Arts Florissants s’appuie ainsi sur l’art et l’originalité des costumiers ; leur imaginaire sur l’audace et l’esprit d’aventure des Arts Florissants, incarné et porté par son fondateur William Christie, passant du tonnelet Louis XIV aux plumes des Incas (Les Indes Galantes) ou au travesti haute couture (Platée) !

Les nombreux spectacles évoqués dans cette exposition ont été joués sur les plus grandes scènes françaises : l’Opéra national de Paris, l’Opéra-Comique, le Théâtre des Champs- Elysées, le Théâtre du Châtelet, le Théâtre de Caen, le Festival International d’Aix-en-Provence, dans de prestigieux festivals et aussi à Vienne, à Madrid ou à New York. Pour chaque production, l’imaginaire s’empare des esprits exigeants, soucieux de cohérence comme de justesse poétique. Pour toutes, l’esprit de création, la volonté d’excellence, musicale comme scénographique, réalisent la fusion complémentaire de tous les métiers contribuant aux arts du spectacle. La marque visuelle laissée par chaque production, ses décors, ses costumes, parfois enrichie par l’apport de la vidéo, confirme la flamboyante richesse expressive qui prévaut dans chaque réalisation des Arts Florissants.

L’exposition est d’autant plus riche et exhaustive que le commissariat est assuré par les membres piliers des Arts Florissants, soit : William Christie (direction artistique), Martine Kahane (Présidente des Arts Florissants) et Catherine Massip (présidente d’honneur des Arts Florissants).

 
 
 

Parmi les productions des Arts Florissants présentées dans l’exposition de Moulins :

 
 
« Atys » de Lully
« Il ritorno d’Ulisse in patria » de Monteverdi
« Sant’Alessio » de Stefano Landi
« Fairy Queen » de Purcell
« Hippolyte et Aricie » de Rameau
« Les Boréades » de Rameau
« Alcina » de Haendel
« Les Indes Galantes » de Rameau”
” David et Jonathas » de Charpentier
« Rameau maître à danser »
« Theodora » de Haendel »

 

Moulins, CNCS, exposition « Barockissimo ! Les Arts Florisants en scène ». Du 9 avril au 18 septembre 2016. Tous les jours : 10h-18h. Tél./ 04 70 20 76 20. info@cncs.fr. informations et réservations : www.cncs.fr. Adresse : Quartier Villars, Route de Montilly, 03000 Moulins.

Compte rendu, oratorio. Paris, TCE, le 10 octobre 2015. Haendel : Theodora. Katherine Watson, D’Oustrac, Thorpe… William Christie, direction

Compte rendu, oratorio. Paris, TCE, le 10 octobre 2015. Haendel : Theodora. Katherine Watson, D’Oustrac, Thorpe… William Christie, direction. Grand retour de Theodora, l’oratorio du silence et de la lenteur, au TCE Ă  Paris, sublimĂ© par le geste concentrĂ©, noble et introspectif de William Christie Ă  la tĂŞte de ses troupes des Arts Florissants. C’est un comble mĂ©ritant en effet que l’oratorio, forme abstraite et spirituelle, de surcroĂ®t celui qui est le plus allĂ©gorique, ne nĂ©cessitant doncpas de mise en scène, soit ici scĂ©nographie : pas facile de rendre dramatique, une partition qui l’est dĂ©jĂ  par la seule musique, ses contrastes et Ă©pisodes enchaĂ®nĂ©s. Hymne fraternel pour la tolĂ©rance, contre l’oppression sous toute ses formes, Theodora malgrĂ© son sujet chrĂ©tien est une fresque saisissante qui dĂ©passe l’anecdote pour atteindre Ă  l’universel. C’est toute la comprĂ©hension profonde et subtilement intĂ©rieure qu’apporte William Christie dont on ne cessera jamais de remarquer cet Ă©quilibre souverainentre l’élĂ©gance de la forme et la profondeur de chaque inflexion. Ce poli formel, cette perfection de l’intonation dont de ses Haendel, des rĂ©fĂ©rences absolues (ses rĂ©cents enregistrements d’un autre oratorio Belshaazar, qui inaugurait son propre label, puis Musiques pour les FunĂ©railles de la Reine Caroline ont confirmĂ© une affinitĂ© viscĂ©rale entre le chef et le compositeur saxon. Les 2 cd ont Ă©tĂ© Ă©lus CLIC de classiquenews Ă  juste titre.

 

 

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Après Glyndebourne en 1996, William Christie reprend Theodora à Paris

Magie haendélienne au TCE

 

 

Le metteur en scène Stephen Langridge a le mérite de travailler la clarté de l’action ; des soldats d’une époque et d’un lieu indéfini oppriment un peuple de croyants (qui peuvent être aussi de toute époque et de tout continent) : ce n’est donc pas un narration restituée dans son milieu et dans son histoire qui importe ici mais la violence et la barbarie de la situation qui prime sur le reste (les spectateurs sont confrontés à des scènes allusives cependant très fortes : exécution, prostitution obligée dont celle de la chrétienne Theodora… emblèmes ordinaires d’un pouvoir totalitaire qui exerce la terreur).
Ainsi l’oratorio de 1749 gagne une grandeur symbolique évidente ; et dans une scène épurée, la force psychologique des protagoniste est particulièrement mise en avant, d’autant que William Christie a le secret de leur caractérisation. Le chef s’entend à merveille à exprimer la gravité digne du dernier Haendel, celui qui aux portes de la mort et de la nuit (à cause de sa cécité grandissante) s’économise et cible l’essentiel.
Si l’on attendait le sopraniste Philippe Jaroussky en Didyme (honnête il est vrai mais pas mémorable : trop lisse, trop plastiquement poseur), c’est surtout Katherine Watson, partenaire familière de Wiliam Christie (elle a déjà chanté à son festival vendéen de Thiré : Dans les Jardins de William Christie), qui captive par sa très fine présence, offrant au caractère de Theodora, la puissance calme et serine des élus : certitude intérieure, d’une inaltérable conviction servie par un tempérament extérieur entre maîtrise et sensibilité (les détracteurs diront froideur et rigidité anglosaxonne). Le style est parfait et la langue, idéalement articulée. Les voix graves, Stéphanie d’Oustrac en Irène (embrasée) et Callum Thorpe (hier lauréat d’un précédent Jardin des voix) en Valens (gouverneur dictateur juvénil, un parfait « effeminato », pervers/autoritaire à la façon du Nerone de Monteverdi et Busenello), tempèrent cette fresque angélique et profonde, de teintes plus âpres et déchirantes ; inquiet et tiraillé, le compagnon de Didymus, et comme lui soldat romain, trouve en Kresimir Spicer, un être palpitant à l’âme ardente et en déséquilibre (quoique parfois une rien retenu, presque naît et trop candide). Remarquables figures.

 

 

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A la ligne noble et mordante des solistes rĂ©pond la masse ciselĂ©e du choeur, l’un des plus mĂ©ditatifs et spirituels de Haendel (chrĂ©tiens inspirĂ©s, hallucinĂ©s ; romains quoiqu’ils en disent, admirateurs d’une telle passion), grâce Ă  la direction ample, mesurĂ©e, structurelle d’un Christie, expert en la matière. Souvent le chef peste contre la rĂ©action bruyante du public, mais il est soucieux de la tension continue et de la fluiditĂ© de son incroyable mĂ©canique musicale. Les spectateurs oublieraient-ils qu’ils assistent Ă  un oratorio, et non un opĂ©ra ? On se souvient d’une Susanna inoubliable Ă  Ambronay et d’une Theodora dĂ©jĂ  lĂ©gendaire il y a 20 ans Ă  Glyndebourne (1996, scĂ©nographiĂ©e alors par Peter Sellars avec les torches incandescentes Lorraine Hunt et Richard Croft) : cette Theodora parisienne, grâce Ă  la magie envoĂ»tante d’un Christie plus handĂ©lien que jamais, – et inĂ©galĂ© dans ce rĂ©pertoire : entre finesse et spiritualitĂ©-, est en passe de renouveler le prodige, tout au moins sur le plan instrumental et choral.

 

 

 

Theodora de Haendel par William Christie, à l’affiche du TCE à Paris, les 16, 18 et 20 octobre 2015.

 

 

Vidéo. CREMONA, Livres I, II, III de madrigaux de Monteverdi par Les Arts Forissants et Paul Agnew

cremona-palazzo-monteverdi-cremona-vol-1-paul-agnew-les-arts-florissants-presentation-dossier-special-livres-I-II-III-de-madrigaux-classiquenews-mai-2015CD,  “CREMONA” Monteverdi : Livres I,II,III de madrigaux – florilège (Les Arts Florisants, Paul Agnew, 1 cd Les Arts Florissants Ă©ditions). Forts d’une intĂ©grale donnĂ©e en concert depuis 4 annĂ©es, Paul Agnew et les chanteurs des Arts Florissants poursuivent leur approfondissement des madrigaux de Monteverdi avec cette Ă©loquence voluptueuse dont ils savent projeter le geste poĂ©tique. Soucieux du verbe, de son intensitĂ© comme de sa couleur et de son intelligibilitĂ©, une vraie complicitĂ© collective s’entend ici, au profit des 3 premiers Livres, (I,II et III, Ă©ditĂ©s en 1587, 1590 et 1592) : c’est un retour Ă  la source, celle miraculeuse et jaillissante qui permet de comprendre comment Claudio, de sa formation Ă  CrĂ©mone auprès de son maĂ®tre Ingegneri, plutĂ´t conservateur, fait Ă©clater le cadre du langage musical Renaissance (Ars Perfecta) pour en libĂ©rer le potentiel expressif afin d’exprimer au plus près, les vertiges Ă©motionnels des poèmes choisis. EsthĂ©tique du verbe et du sentiment qu’il contient, voici donc rĂ©vĂ©lĂ©, ce chemin qui mène Ă  … l’opĂ©ra. Le CD CREMONA paraĂ®t mardi 19 mai 2015. VIDEO CLIP © CLASSIQUENEWS.COM 2015

LIRE aussi notre compte rendu critique complet du cd Cremona par Les Arts Forissants et Paul Agnew, ” CLIC ” de classiquenews de mai 2015.

LIRE notre dossier sur les Madrigaux de Monteverdi : Livres I, II, III

Monteverdi : Livres I, II, III de madrigaux (Paul Agnew, Les Arts Florissants). Dossier spécial

agnew-paul-800CD Ă©vĂ©nement. CREMONA : Livres I,II,III par Les Arts Florisants et Paul Agnew. Cremona. Livres I, II, III de madrigaux de Monteverdi par Les Arts Florissants et Paul Agnew. Après la parution du premier volume de l’intĂ©grale des madrigaux de Monteverdi (volume 1 : Mantova : Livres IV, V, VI), Les Arts Florissants font paraĂ®tre le second volet, celui dĂ©diĂ© aux premiers recueils du jeune Monteverdi, soit Ă  Ă©ditĂ©s Ă  CrĂ©mone dès 1587 (Livre I) oĂą le jeune compositeur assimile et dĂ©passe dĂ©jĂ  l’Ă©criture polyphonique en imitation (Ars perfecta) lĂ©guĂ© par Lassus et Palestrina ; très vite, dans le Livre II (1590) oĂą s’affirme la gravitĂ  expressive des poèmes du Tasse, Monteverdi rĂ©invente la langue musicale Ă  prĂ©sent infĂ©odĂ©e au texte souverain (Secunda prattica) : en servant le verbe, les Ă©motions – amour, dĂ©sir, langueur, blessures des cĹ“urs amoureux -, Claudio rĂ©alise peu Ă  peu la rĂ©volution baroque qui mène Ă  l’opĂ©ra : dissonances nouvelles et utilisĂ©es de façon mesurĂ©e expriment une nouvelle caractĂ©risation plus dramatique du texte. Les Livres de madrigaux racontent très prĂ©cisĂ©ment le passage des esthĂ©tiques, de la Renaissance tardive au Baroque premier : de l’abstraction collective Ă  l’affirmation du sentiment grâce Ă  l’intelligibilitĂ© recouvrĂ©e du texte. En 1686, 1590, et 1592, soit les trois annĂ©es de publication de ses trois premiers recueils, Claudio Monteverdi âgĂ© d’une vingtaine, Ă©labore le grand chantier vocal et musical parmi les plus dĂ©cisifs de l’histoire europĂ©enne… Paul Agnew nous en offre aujourd’hui grâce au disque, le nouveau volet en un coffret Ă©vĂ©nement. En orfèvre du poème musical, le directeur musical adjoint des Arts Florissants (aux cĂ´tĂ©s de William Christie) Ă©claire ce laboratoire madrigalesque spectaculaire ; en un florilège, il nous en propose les avancĂ©es les plus dĂ©terminantes.

 

 

 

Contexte

 

monteverdi portrait 1A la naissance de Monteverdi (Cremona, 1567), Glareanus et Zarlino, considèrent que la musique sacrĂ©e d’alors, Ars Perfecta, – subtil contrepoint d’origine franco-flamande-, incarnant la perfection, ne peut guère ĂŞtre dĂ©passĂ©e. Les compositeurs tels Josquin des PrĂ©s ou Gombert ont atteint l’excellence : quel progrès pourrait-il ĂŞtre accompli après eux ? C’est omettre la recherche de certains auteurs pour lesquels l’expression du sentiment et la clarification des enjeux Ă©motionnels du verbe doivent aussi ĂŞtre les nouvelles pistes pour rĂ©gĂ©nĂ©rer le langage musical : ainsi Vicentino et Galilei conduisent-ils un travail diffĂ©rent qui affirme la primautĂ© du texte. Si le contrepoint de l’ars perfecta confine Ă  l’abstraction (et son Ă©lĂ©vation affleurant la notion mĂŞme d’idĂ©al divin), les nouveaux compositeurs souhaitent a contrario souligner l’acuitĂ© et l’intelligibilitĂ© concrète du texte comme un dĂ©fi musical nouveau. Si le texte sacrĂ© se perd dans les entrelacs de la construction contrapuntique comment dès lors impliquer les fidèles, et faire en sorte qu’ils se sentent partie prenante du rituel liturgique ? RĂ©unis au Concile de Trente, en 1560, les Ă©vèques avaient dĂ©battu de cette question essentielle. Soucieux de pĂ©dagogie comme de prosĂ©lythisme, les prĂ©lats souhaitent favoriser l’intelligibilitĂ© des nouvelles compositions : rendre le texte sacrĂ© plus accessible, plus clair, mieux perceptible, plus immĂ©diat et franc.
Très vite, Ă  la fin des 1580, le compositeurs rĂ©activent les fondements esthĂ©tiques lĂ©guĂ©s par les grecs antiques : une mise en musique du texte (recitativo / rĂ©citatif) permet par la mĂ©lodie, de souligner le sens du texte. Il s’agit bien d’une articulation musicale du verbe destinĂ©e Ă  rendre plus explicite, le sens des textes.

Homme de synthèse plutĂ´t que rĂ©volutionnaire, Monteverdi – Ă©lève Ă  CrĂ©mone du conservateur Ingegneri,  a le gĂ©nie de rĂ©unir les pistes jusque lĂ  opposĂ©es : rĂ©concilier la puissante architecture contrapuntique et l’articulation nouvelle du texte.

monteverdi cremona ingegneri Primeiro_retrato_de_MonteverdiAgĂ© de 19 ans, Claudio publie son Livre en 1587.  Son dernier Livre (VIII) est Ă©ditĂ© Ă  Venise en 1638,… Ă  71 ans. C’est donc une Ă©popĂ©e musicale, un lent et progressif ajustement de l’Ă©criture musicale au sens du texte : Monteverdi offre ainsi dans ses huit Livres de madrigaux, la quintessence de l’Ă©volution esthĂ©tique qui se rĂ©alise pendant sa vie : ultimes Ă©clats de l’Ars perfecta de la Renaissance tardive en son essor maniĂ©riste (fin du XVIème siècle), crĂ©ation de la monodie et de la basse continue, enfin essor de la langue lyrique baroque, alors que naĂ®t le genre nouveau de l’opĂ©ra (Orfeo, 1607).

Or pour rĂ©ussir son premier opĂ©ra, vĂ©ritable manifeste baroque et le premier du  genre, le plus rĂ©ussi, Orfeo crĂ©Ă© au palais ducal de Mantoue en 1607, Monteverdi a pu perfectionner son style en maĂ®trisant peu Ă  peu l’Ă©criture madrigalesque.

Soucieux du texte et de son intelligibilitĂ©, Monteverdi veille en particulier Ă  infĂ©oder harmonie et mĂ©lodie Ă  l’expression du texte, c’est Ă  dire, les parole dopo la musica, les paroles puis la musique. La musique y est servante du verbe : audace inĂ©dite avant lui et qui prend son sens et s’incarne dans l’esthĂ©tique nouvelle qu’il appelle dĂ©sormais “secunda prattica” (seconde pratique ; la première Ă©tant l’ancien Ars perfecta lĂ©guĂ© par la Renaissance).

 

 

cremona-palazzo-monteverdi-cremona-vol-1-paul-agnew-les-arts-florissants-presentation-dossier-special-livres-I-II-III-de-madrigaux-classiquenews-mai-2015Paul Agnew veille ici aux prĂ©ceptes esthĂ©tiques dĂ©fendus par Claudio lui-mĂŞme : quel est le sens du texte ? Que veut-il exprimer ? C’est un travail spĂ©cifique sur le verbe, sa prononciation ; sur le poème, son architecture, “sa structure et son rythme, le contexte historique”… En s’appuyant sur les tĂ©moignages et traitĂ©s de l’Ă©poque, les chanteurs des Arts Florissants multiplient tous les effets vocaux (soupirs, murmures, silence, sauts, trilles, legato ou staccato, Ă©cho inattendu… ) afin d’exprimer les milles significations du poème. HĂ©las Monteverdi n’a pas laissĂ© sur les Ă©ditions de notations ou d’indications prĂ©cisant Ă  l’interprète, le type d’effet choisir Ă  tel passage du poème.
On voit bien comment s’effectue le passage de la Renaissance au Baroque, avec l’Ă©mergence de la sensibilitĂ© Ă©motionnelle incarnĂ©e, accomplissement contraire Ă  l’Ă©pure abstraite (approche homogène et rĂ©gulière) de la musique sacrĂ©e de l’Ars perfecta ; avec Monteverdi, la musique passe des sommets cĂ©lestes aux vertiges de la passion et des sentiments intĂ©rieurs, transmis par le texte. L’ars perfecta tend Ă  l’ouverture cĂ©leste, entend approcher l’idĂ©e divine ; la scunda prattica est immergĂ©e dans le labyrinthe des sentiments et ressentiments qui attache le cĹ“ur humain aux souffrances de l’amour. DĂ©sormais les champs qu’investit la musique d’avant garde basculent, du sacrĂ© au profane, des textes liturgiques Ă©thĂ©rĂ©s Ă  la force et l’intensitĂ© inĂ©dites de poèmes mis en musique. L’opĂ©ra, drame de l’intimitĂ© et dĂ©voilement des forces psychiques peut bientĂ´t naĂ®tre (1607 : Orfeo crĂ©Ă© au Palais ducal de mantoue).
Le cycle enregistrĂ© par Les Arts Florissants et Paul Agnew tĂ©moigne des concerts proposĂ©s depuis 2011 sur le thème de l’intĂ©grale des madrigaux de Monteverdi. Après le volume intitulĂ© MANTOVA, regroupant les Livres IV, V, VI, qui illustrent la maturitĂ© des recherche de Monteverdi Ă  la Cour du Duc Vincenzo Gonzagua, voici le second opus de l’intĂ©grale : CREMONA, c’est Ă  dire la quintessence des Livres I,II,III.

 

 

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CREMONA. Monteverdi : les Livres I,II,III.. L’annĂ©e oĂą naĂ®t Monteverdi Ă  CrĂ©mone (Cremona), en 1567, l’Europe musicale est dominĂ©e par l’esthĂ©tique franco flamande : le contrepoint en imitation, rĂ©glĂ© par Zarlino est triomphalement illustrĂ© par les maĂ®tres incontestables : Lassus (depuis Munich) et surtout Palestrina. Victoria, encore jeune homme, semble suivre ce courant d’Ă©criture dominant : le contrepoint polyphonique atteint une perfection (Ars perfecta) qui n’appelle plus aucune amĂ©lioration…
Pourtant abstraite, diluant l’articulation du verbe sacrĂ©, l’Ars perfecta va bientĂ´t ĂŞtre dĂ©tronĂ© par la musqiue incarnĂ©e et dramatique de Monteverdi dont les madrigaux, de Livre et Livre, restituent un laboratoire continu, la chambre des expĂ©rimentations et des avancĂ©es rĂ©volutionnaires. Mieux entendre le  texte, le commenter tout en favorisant son articulation : voilĂ  un nouvel objectif que s’est fixĂ© le jeune crĂ©monais.

Paul Agnew ouvre le florilège CREMONA par un madrigal emblĂ©matique, extrait du Livre II de 1590 : Cantai un tempo (“j’ai chantĂ© autrefois”) [plage 1] qui reprend Ă  son compte le madrigal de son prĂ©dĂ©cesseur Cyprien de Rore (Cantai, mentre ch’i arsi, del mio foco sur un poème de Pietro Bembo, lui-mĂŞme influencĂ© par PĂ©trarque) : or Rore est dĂ©jĂ  en 1590 dĂ©modĂ©. Pour exprimer les langueurs nostalgiques, Monteverdi utilise l’arts perfecta (imitations engendrĂ©es par de longues lignes mĂ©lismatiques) en le rendant mobile, dynamique.

 

 

Crémone, 1587 :  Livre I de madrigaux

Le Livre I datĂ© de 1587, affirme dĂ©jĂ  le tempĂ©rament du jeune compositeur de 19 ans qui en est dĂ©jĂ  Ă  son 4è recueil de musique (que de la musique sacrĂ©e jusque lĂ ). 
Ch’ami la vita mia (“Que tu aimes ma vie”) [2] contient aussi l’allusion Ă  l’aimĂ©e du moment Camilla ( “Camilla, vita mia” / “Camille, ma vie”) : la rĂ©fĂ©rence Ă  un ĂŞtre cher dĂ©jĂ , source de langueurs et de suspensions, Ă©rotiques et sensuelles caractĂ©risent le geste monteverdien. Baci soavi, e cari (“Baisers suaves et si chers”) [3] est Ă  l’avant garde des recherches de l’Ă©poque : le principe homophonique respecte l’intelligibilitĂ© du texte, qui par l’imitation dans l’Ă©criture Ars perfecta tend Ă  se diluer (Cantai un tempo) : le mot rythme naturellement la prosodie et la dĂ©clamation, en cela proche du souffle et de la parole. Les dissonnances colorent certains mots afin d’en exprimer la connotation Ă©motive particulière souterraine.  Ainsi Monteverdi place le texte avant la musique, concept fondamental de la Secunda prattica et qui est le cĹ“ur de  la nouvelle esthĂ©tique.
Pour clore son Livre I de 1587, Monteverdi aborde un texte célèbre de Guarini  : Ardo sì ma non t’amo (“je brûle, oui, mais sans t’aimer”) [8-10] que son maître Ingengneri avait lui aussi mis en musique. Claudio innove en intégrant riposta et contrariposta du Tasse, un auteur que le compositeur rencontrera à Mantoue.

 

 

 

GravitĂ  du Tasse : le Livre II (1590)

Claudio+Monteverdi+monteverdiEt d’ailleurs, c’est naturellement les poèmes du Tasse qui règnent majoritairement dans le Livre II publiĂ© en 1590. Monteverdi semble lui rĂ©pondre mĂŞme par un souci de caractĂ©risation nouveau, et un dramatisme sensuel, très original.  Trop douce et effĂ©minĂ©e, l’Ă©criture madrigalesque s’est fourvoyĂ©e, Ă©crit Le Tasse qui rĂ©clame cette gravitĂ  expressive plus adaptĂ©e Ă  ses vers (Cavaletta, 1584).  Monteverdi exprime une conscience Ă©motionnelle plus nuancĂ©e et subtile, plus profonde et riche dans le traitement du verbe tassien. Non si levav’ ancor (“L’aube nouvelle encore ne s’était pas levĂ©e”) [11-12], avec lequel dĂ©bute le Deuxième Livre de madrigaux, comme Cantai un tempo, rend hommage Ă  Marenzio qui avait rĂ©alisĂ© la mise en musique sur le mĂŞme texte : madrigal Non vidi mai dopo notturna pioggia (publiĂ© en 1585) : la rĂ©fĂ©rence hommage est explicite mĂŞme dès l’ouverture avec la citation du phrasĂ© musical de Marenzio.
De Rore, Marenzio, … Monteverdi assimile en une Ă©nergie synthĂ©tique puissante, les meilleures avancĂ©es poĂ©tiques et musicales qui l’ont prĂ©cĂ©dĂ©. Le Livre II en fait foi. C’est un laboratoire formidablement audacieux, d’une culture rĂ©fĂ©rentielle impressionnante et aussi orientĂ©e dĂ©jĂ  vers l’avenir et l’accomplissement des Livres III, IV, V et VI (c’est Ă  dire vers la maturitĂ© du sĂ©jour Ă  Mantoue : rĂ©vĂ©lĂ© dans le coffret cd MANTOVA dĂ©jĂ  paru – et dĂ©diĂ© aux meilleurs madrigaux selon Paul Agnew des Livres IV,V et VI). VOIR notre entretien vidĂ©o avec Paul Agnew Ă  Venise Ă  propos des Livres IV,V,VI de madrigaux de Monteverdi.

Dans le madrigal hommage Ă  Rore, l’aube est prĂ©cisĂ©ment dĂ©crite et exprimĂ©e, Ă  mesure que les jeunes amants se dĂ©couvrent l’un Ă  l’autre…  Non si levav’ ancor : le parallèle imaginĂ© par le Tasse, entre l’Ă©veil des âmes Ă©prises et le lever du soleil est superbement compris et respectĂ©, comme commentĂ© par le gĂ©nie de Claudio (polyphonie claire et dĂ©licate). L’homophonie introduit un effet digne d’un drame qui rompt la puissance de l’Ă©vocation première : avec le soleil qui paraĂ®t, les 2 cĹ“urs doivent se sĂ©parer. En un souffle Shakespearien, Monteverdi innove dĂ©jĂ , avant mĂŞme le théâtre amoureux du Britannique.

Ecco mormorar l’onde (“Voici que l’onde murmure”) [15], est un autre sommet musical et poĂ©tique du Livre II… Monteverdi se fait peintre atmosphĂ©riste ; la quiĂ©tude profonde et comme suspendue de cet instant d’ivresse et d’extase sensuelle, entre le dĂ©sir des amants et le miracle d’une nature enchanteresse, souligne sa sensibilitĂ© introspective et Ă©motionnelle. Pour Paul Agnew c’est un instant de grâce absolu, ” la communion avec une aube printanière dont la beautĂ© demeure immuable depuis 400 ans.”

 

 

 

DĂ©buts Ă  Mantoue : le Livre III (1592)
monteverdi claudio bandeauLe Troisième Livre de madrigaux Ă©ditĂ© en 1592, est contemporain de l’installation de Monteverdi Ă  la Cour de Mantoue (il porte la dĂ©dicace au Duc Vincenzo Gonzagua), alors cĂ©nacle artistique parmi les plus actifs et modernistes de l’Ă©poque. A quelle date Claudio rejoint la Cour des Gonzague ? On l’ignore. Mais bientĂ´t, un peintre de renom se fixera lui aussi Ă  Mantoue : Pierre Paul Rubens. C’est dire le prestige de la Cour ducale dans l’Europe de la fin de la Renaissance. Après avoir abordĂ© les mĂ©andres picturaux et puissants de la poĂ©sie du Tasse, Monteverdi dans son Livre III, rend hommage Ă  la poĂ©tique amoureuse de Guarini dont de larges extraits d’Il pastor fido (“Le Berger fidèle”) sont très reprĂ©sentĂ©s. Ce recueil de poèmes est alros le plus cĂ©lĂ©brĂ© et utilisĂ© par les compositeurs madrigalistes aux cĂ´tĂ©s de la Gerusalemme Liberata (“JĂ©rusalem dĂ©livrĂ©e”) du Tasse. La maĂ®trise du registre Ă©motionnel (affectif selon Paul Agnew) gagne encore en profondeur et en justesse : le Monteverdi de la maturitĂ© paraĂ®t dans ce Livre III ; le dĂ©but des annĂ©es 1590 marque une avancĂ©e phĂ©nomĂ©nale du langage expressif montĂ©verdien.

Le madrigal dernier :  Vattene pur, crudel (“Va-t’en, cruel”) [19-21] affirme par sa durĂ©e et sa construction ample et puissante : 3 madrigaux diffĂ©rents et successifs en expriment la progression dramatique. c’est dĂ©jĂ  un mini opĂ©ra avant l’heure qui inspirĂ© par la Gerusalemme Liberata du Tasse exprime très prĂ©cisĂ©ment la solitude blessĂ©e de la belle Armide qui ne peut empĂŞcher des larmes amères Ă  la vue du navire qui emporte loin d’elle le chevalier chrĂ©tien Renaud qui a ravi son coeur. Sa plainte et sa prière font place au regret : elle s’Ă©vanouit de dĂ©pit.

Madrigaux_4_5_6_arts_florissants_paul_agnewPaul Agnew en dĂ©voile l’Ă©tonnante modernitĂ© qui prĂ©figure le Livre VI : ” le rĂ©cit Ă  la première personne du mouvement d’ouverture ainsi que la thĂ©matique annoncent le Lamento d’Arianna (“Lamentations d’Ariane”) du Sixième Livre tandis que l’écriture chroma- tique, associĂ©e Ă  l’étourdissement d’Armide, se distingue par sa science et sa maĂ®trise techniques inĂ©dites. Cette Ĺ“uvre est une vĂ©ritable prouesse sur le plan de la dramaturgie musicale, Ă©crite alors que Monteverdi n’a que 25 ans”.
Les 3 premiers Livres de madrigaux de Monteverdi dĂ©signent l’Ă©tonnante maturitĂ© du jeune Claudio : son immense sensibilitĂ© poĂ©tique et dans l’agencement mobile, changeant des madrigaux, son esprit de synthèse opĂ©rĂ© Ă  CrĂ©mone et immĂ©diatement au dĂ©but de son sĂ©jour mantouan, au dĂ©but des annĂ©es 1590. La personnalitĂ© du duc Vincenzo Gonzagua, exigeant beaucoup de ses poètes et madrigalistes a certainement stimulĂ© davantage le jeune musicien alors membre du foyer artistique le plus prestigieux d’Italie.

 

VOIR notre clip vidéo : CREMONA, les Livres I, II, III de madrigaux de Monteverdi par Les Arts Florissants et Paul Agnew

 

Illustrations : Monteverdi mûr ; Paul Agnew ; Cremona, Piazza del Comune  (DR)

 

 

Vidéo, grand reportage. Monteverdi : Livres 7 et 8 de madrigaux par Paul Agnew et Les Arts Florissants

agnew-paul-800Suite de l’intĂ©grale des madrigaux de Monteverdi par Paul Agnew et Les Arts Florissants… Le directeur musical associĂ© des Arts Florissants (aux cĂ´tĂ©s du fondateur William Christie) revient aux sources du verbe baroque : le madrigal montĂ©verdien… la poursuite de l’aventure madrigalesque permet en 2015 d’aborder le dernier jalon du cycle : Paul Agnew et les chanteurs et instrumentistes des Arts Florissants incarnent le dramatisme incandescent des derniers madrigaux, si proches de ses opĂ©ras contemporains. PrĂ©sentation des enjeux esthĂ©tiques et interprĂ©tatifs des madrigaux des Livres VII et VIII, dernière Ă©tape d’une intĂ©grale qui suit l’Ă©criture de Monteverdi, des madrigaux amoureux Ă  la naissance de l’opĂ©ra… Entretien avec Paul Agnew Ă  Venise © CLASSIQUENEWS. COM 2015

 

Tournée avril et mai 2015

Agenda – tournĂ©e LIVRE VIII de madrigaux – Madrigali guerrieri

Jeudi 16 avril 2015, 21h. Versailles, Château : salon d’Hercule
Lundi 20 avril 2015, 20h30. Paris, Philharmonie 2. Enregistré par France Musique

Dimanche 24 mai, 14h. LONDRES, Barbican Milton Court (+ Madrigali amorosi Ă  19h30)
Jeudi 28 mai, 20h. CAEN, Théâtre

 

 

LIVRE VIII – Madrigaux amorosi

Lundi 18 mai, 20h30. PARIS, Philharmonie 2 (Cité de la musique), concert enregistré par France Musique
Dimanche 24 mai, 19h30.
LONDRES. Barbican center – Milton Court (+ Madrigali guerrieri Ă  14h)
Vendredi 29 mai, 20h.
CAEN, Théâtre

 

LIRE aussi notre critique du cd MANTOVA : Livres IV,V, VI de madrigaux de Monteverdi par Les Arts Florissants et Paul Agnew,  Editions Les Arts Florissants, CLIC de classiquenews 2014

 + d’infos sur le site des Arts Florissants

 

William Christie et Les Arts Florissants inaugurent la Philharmonie de Paris

Les Arts Flo en résidence à La Philharmonie de ParisFrance Musique. William Christie inaugure la Philharmonie de Paris, ce soir, 20h.  Le 16 janvier 2015, Journée spéciale inauguration sur France Musique : avec temps fort de ce cycle de programmes, le concert du soir à partir de 20h, porté par le feu élégantissime de William Christie et ses Arts Florissants à partir de 20h. Le Baroque triomphe ainsi symboliquement au coeur de la nouvelle salle de concert du nord est parisien.

philharmonie-paris-maquette-escalier-facadeLa salle neuve dite Philharmonie 1 au nord est de Paris est enfin ouverte et inaugurĂ©e par un cycle de premiers concerts (dès mercredi 14 janvier) dont ceux de la journĂ©e du vendredi 16 janvier sont les plus importants, avec temps forts de ce temps inaugural: le concert du soir qui affirme, symbole de la diversitĂ© des rĂ©pertoires localement dĂ©fendue, la rĂ©sidence in loco des Arts Florissants, ensemble fondĂ© par l’incontournable William Christie il y a plus de 30 ans. La rĂ©volution initiĂ©e par les “Baroqueux” en France a profondĂ©ment bouleversĂ© l’approche des oeuvres (baroques et autres) : il Ă©tait temps que la phalange crĂ©Ă©e par William Christie soit ainsi reconnue, consolidĂ©e, pĂ©rennisĂ©e. En outre, William Christie a toujours dĂ©veloppĂ© – avant bon nombre de ses suiveurs-, des actions de transmissions (pour les musiciens) et de pĂ©dagogie Ă  l’adresse de tous les publics dont les plus jeunes. C’est le sens et la mission du nouvel outil incarnĂ© par la Philharmonie 1 : la salle de concert construite par Jean Nouvel (2400 places), ainsi que les installations adjacentes dĂ©velopperont d’innombrables activitĂ©s de sensibilisation, de diffusion, de sensibilisation de la musique au plus grand nombre. Un dĂ©fi dĂ©cisif pour la planète classique (qui a grand besoin de renouveler ses spectateurs), pour la sociĂ©tĂ© française surtout oĂą l’éducation par la culture manque terriblement, en particulier pour la rĂ©ussite du vivre ensemble. Songez Ă  la Suisse dont la Constitution a inscrit dĂ©finitivement l’éducation par la musique comme un devoir collectif et politique (Lire notre dĂ©pĂŞche : Ă  72%, les Suisses inscrivent la formation musicale : chant et pratique musicale- dans leur constitution). MusĂ©e des instruments (collection unique au monde tant pas la richesse des pièces exposĂ©es que la façon de les expliquer en un parcours musĂ©ographique particulièrement  bien pensĂ©), initiation Ă  l’acoustique des salles de concerts, Ă©vocation des concerts inauguraux, et donc concert baroque Ă  la Philharmonie avec Charpentier, Mondonville, Rameau… le programme de ce 16 janvier est prometteur.

 

 

 

logo_francemusiqueFrance Musique : inauguration de la Philhamronie de Paris
Journée spéciale, vendredi 16 janvier 2015 : 6h-22h30

 

temps fort : le soir
20h-22h30 : concert inaugural en direct de la Philharmonie
Marc-Antoine Charpentier Te Deum H 146
Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville Motet In exitu Israel
Jean-Philippe Rameau Les Sauvages Extrait des Indes Galantes
Les Arts Florissants, dirigés par William Christie
LIRE notre prĂ©sentation du programme jouĂ© par Les Arts Florissants et William Christie pour l’inauguration de la Philharmonie 1 Ă  Paris

 

 

 

 

arte_logo_2013Prochain rv autour de la Philharmonie de Paris, documentaire puis concert sur ARTE, dimanche 18 janvier 2015, dès 16h55.

 

Concert inaugural des Arts Florissants Ă  la Philharmonie de Paris

william christie philharmonie de Paris, un jardin Ă  l'italienne april 2015Paris, Philharmonie nouvelle. Vendredi 16 janvier 2015, 20h30. Les Arts Florissants, William Christie. Age d’or du baroque français. En rĂ©sidence Ă  la Philharmonie de Paris, Les Arts Florissants fondĂ© par William Christie offre un concert inaugural regroupant les fleurons de leur rĂ©pertoire : Te Deum de Charpentier pour le XVIIè ; Ă©videmment Rameau pour le XVIIIème (extraits des Indes Galantes) et aussi l’extraordinaire grand motet de Mondonville : In exitu Israel, fresque hollywoodienne saisissante exprimant le bouillonnement des eaux ocĂ©anes et fluviales en un choeur exceptionnellement expressif et dramatique… La pièce fit dès sa crĂ©ation en 1753 (jouĂ© pendant la messe pour le roi Louis XV), le succès des programmes du Concert Spirituel Ă  Paris, au cours de ses très nombreuses reprises : c’est de loin le grand motet le plus abouti de Mondonville, lequel prolonge le souffle dramatique approchĂ© avant lui par Rameau dans sa jeunesse… Les pièces choisies requièrent spatialitĂ© des effectifs impressionnants (chĹ“urs, solistes, orchestre), dans les registres que les Arts Florissants depuis plus de 30 ans savent maĂ®triser et sublimer : sacrĂ© majestueux et spirituel (Charpentier) ; sacrĂ© dramatique et spectaculaire (Mondonville) ; opĂ©ra fastueux, Ă  l’exotisme poĂ©tique et enchanteur (Rameau).
L’ultra cĂ©lèbre Te Deum H416 de Marc Antoine Charpentier (composĂ© dans les annĂ©es 1690 pour l’Eglise Saint Paul des jĂ©suites Ă  Paris oĂą Charpentier Ă©tait maĂ®tre de musique) mettra en lumière les capacitĂ©s multiples sur le plan expressif des Arts Florissants, dans l’acoustique encore inconnue de la Philharmonie flambant neuve. Occasion de constater comment sonne ce chambrisme caractĂ©risĂ© du Baroque français classique oĂą l’Ă©tagement des masses, le travail de caractĂ©risation verbale (propre aux Arts Florissants), et l’Ă©loquence expressive et dramatique doivent ĂŞtre finement distinguĂ©es, clairement audible sous la vaste voĂ»te de la vaste salle parisienne.

William Christie invite plusieurs Ă©toiles vocales, Ă  prĂ©sent partenaires familiers dont les laurĂ©ats de son Jardin des Voix, l’acadĂ©mie de chant qu’il a fondĂ© en 2002 : Rachel Redmond, Marc Mauillon, mais aussi Reinoud von Mechelen, Katherine Watson ou hier PlatĂ©e dĂ©jantĂ©e, Ă©loquente : Marcel Beekman… rĂ©cemment William Christie a fondĂ© depuis 3 annĂ©es son propre festival estival, intitulĂ© “Dans les Jardins de William Christie”, en VendĂ©e, nichĂ© dans les espaces enchanteurs de son parc, fruit d’une incessante activitĂ© de jardinier au goĂ»t sublime… Comme Jordi Savall, William Christie a aussi crĂ©Ă© son propre label discographique ” Les Arts Florissants, William Christie Éditions ” dont les premiers titres tels Belshazzar de Handel, Le Jardin de Monsieur Rameau (rĂ©alisĂ© avec les laurĂ©ats du jardin des Voix promotion 2013), et le dernier, d’une ferveur pudique bouleversante, “Music for Queen Caroline” (musiques de Handel), distinguĂ© par un CLIC de classiquenews, ont tous Ă©tĂ© critiquĂ© par la RĂ©daction de Classiquenews…

 

Programme :

Première partie :

Les Arts Florissants, choeur et orchestre
William Christie, direction

Rachel Redmond, dessus
Katherine Watson, dessus
Reinoud Van Mechelen, haute-contre
Marcel Beekman, taille
Elliot Madore, basse-taille
Marc Mauillon, basse-taille
Laurent Naouri, basse

Marc-Antoine Charpentier : 
Te Deum H 416
Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville :  
Motet In exitu Israel

Seconde partie :

Danielle de Niese, Zima
Marcel Beekman, Damon
Elliot Madore, Adario
Laurent Naouri, Don Alvar

Jean-Philippe Rameau : 
Les Sauvages, extrait des Indes Galantes

Spectacle événement, coup de cœur de classiquenews de janvier 2015
RĂ©servez votre place sur le site de la @Philharmonie de Paris

 

 

 

logo_francemusiqueDiffusion en direct sur France Musique, vendredi 16 janvier 2015, 20h.
Marc-Antoine Charpentier Te Deum H 146
Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville Motet In exitu Israel
Jean-Philippe Rameau Les Sauvages Extrait des Indes Galantes
Les Arts Florissants, dirigés par William Christie (directeur fondateur des Arts Florissants)

 

 

 

Tournée nord-américaine des Arts Florissants en avril 2015 :

Le jardin des Voix 2013

Le nouveau spectacle prĂ©sentĂ© en AmĂ©rique du nord par William Christie et Les Arts Florissants en avril 2015 s’intitule “Jardin Ă  l’italienne” et regroupe les nouveaux laurĂ©ats du jardin des Voix promo 2015 : proche de cette attention au verbe et Ă  l’articulation millimĂ©trĂ© des textes choisis, le programme comporte des madrigaux et aussi des airs d’opĂ©ras signĂ©s Cimarosa, Galuppi, Piccini. Au total 6 villes amĂ©ricaines pour une tournĂ©e au Canda puis aux USA :  Montreal (25 avril), la ville de QuĂ©bec (le 26 avril), Miami (le 29 avril), Berkeley (1er mai), Santa barbara (5 mai), Dysney Hall de Los Angeles (6 mai). Durant ce tour prometteur, William Christie prĂ©sentera aussi quelques perles lyriques de son programme donnĂ© Ă  l’OpĂ©ra royal de Versailles en 2014 : Airs sĂ©rieux et Ă  boire (Michel Lambert). Voir notre clip vidĂ©o Airs et sĂ©rieux et Ă  boire par William Christie et les Arts Florissants. La tournĂ©e Un jardin Ă  l’italienne permet aux laurĂ©ats chanteurs du Jardin des Voix de perfectionner toutes les facettes de leur futur mĂ©tier : chant, jeu dramatique et scĂ©nique (car le spectacle est aussi chantĂ© par cĹ“ur avec une mise en espace…).

+ d’infos sur le site des Arts Florissants :
www.arts-florissants.com

Illustrations : William Christie © JB Millot – Le Jardin des Voix © classiquenews 2013

CD. Mantova : Livres 4,5,6 de madrigaux de Monteverdi (Paul Agnew, Les Arts Florissants)

MANTOVA-mantoue-cd-livres-4-5-6-Paul-agnew-Les-Arts-Florissants-cd-400CD. Mantova : Livres 4,5,6 de madrigaux de Monteverdi (Paul Agnew, Les Arts Florissants). La lecture rĂ©vèle un souci linguistique et surtout un travail spĂ©cifique sur l’expression de la langueur monteverdienne. ComparĂ©e aux versions d’autres interprètes britanniques,  plus anciens (dont Anthony Rooley depuis dĂ©modĂ©e Ă  laquelle participait dĂ©jĂ  Paul agnew… il y a plus de 20 ans) et identifiables par des voix blanches souvent en manque d’expressivitĂ© comme de vertiges langoureux,  comparĂ©e aussi Ă  la version rĂ©fĂ©rentielle de l’italien Alessandrini,  Les Arts Florissants accomplissent une voie mĂ©diane qui prend le meilleur des options entre suprĂŞme articulation et lisibilitĂ© (souci majeur dĂ©fendu avec la grâce que l’on sait par leur fondateur William Christie) et abandon sensuel,  les deux esthĂ©tiques Ă©tant d’autant plus complĂ©mentaires que Paul Agnew ajoute sa propre signature : un sens de l’Ă©coute rare,  qui dĂ©coule en 2014 Ă©videmment de son expĂ©rience de chanteur soliste : le tĂ©nor vedette qui a rĂ©ussi ses prises de rĂ´les Ă©vĂ©nement Ă  la suite du lĂ©gendaire JĂ©lyotte entre autres chez Rameau, convainc totalement par la combinaison jubilatoire des voix retenues,  leur cohĂ©sion millimĂ©trĂ©e,  le chambrisme suave et articulĂ© qui met toujours la force incantatoire et le plus souvent blessĂ©e du verbe en avant.  Notre seule rĂ©serve si l’on prend pour principe strict de comparer deux choses Ă©gales,  reste la notion de florilège et de sĂ©lection. S’il ne s’agit pas hĂ©las d’une intĂ©grale puisqu’elle s’appuie sur une collection de madrigaux choisis d’un Livre l’autre,  le fini,  le raffinement de l’esthĂ©tique, le soin du geste vocal hissent la rĂ©alisation madrigalesque qui en dĂ©coule au nombre des meilleures propositions discographiques. On attend en toute logique les deux recueils suivants avec attention : volumes 1 (Cremona, ce dernier annoncĂ© en fĂ©vrier 2015) puis volume 3 (Venezia). Ce premier opuscule Mantova (volume 2) plonge au coeur du laboratoire montĂ©verdien Ă  Mantoue, quand pour le Duc Vincent de Gonzague, Claudio plus rĂ©formateur et audacieux que jamais, “osait” inventer avec son Orfeo de 1607, l’opĂ©ra baroque.

Suivons pas Ă  pas la progression des interprètes Ă  travers les jalons de ce premier volume conçu comme un florilège. Le premier titre du Livre IV (1603) : Sfogava con le stelle d’après Rinuccini) fait valoir fusion, clartĂ©, prĂ©cision d’une sonoritĂ© totalement fondue des voix dont l’Ă©coute et la flexibilitĂ© frappante offrent une expressivitĂ© nette et suave.
Si ch’io vorrei morire est sur un mode davantage expressif : le madrigal apporte une saveur complĂ©mentaire au souci d’intelligibilitĂ©, celle du drame qui sous tend chaque madrigal. Toutes les pièces s’imposent comme autant de miniatures passionnĂ©es.

Le sublime Anima dolorosa d’après Guarini creuse encore repli et gouffres de l’âme, ces vertiges introspectifs marquĂ©s par la langueur, dĂ©sormais inscrits dans la quĂŞte de chaque pièce : amoureuse certes mais surtout ardente et insatisfaite.

Piagn’ e sospira inspirĂ© du Tasse saisit par son itinĂ©raire tortueux, montĂ©e harmonique dissonante qui heurta tant le conservatisme religieux d’un Artusi : c’est lĂ  aussi une plongĂ©e sans issue dans une introspection suspendue, irrĂ©solue, un gouffre de ressentiments inĂ©luctables, tragiques et mĂŞme graves (prĂ©figuration de La Sestina Ă  venir…).

 

 

Livres IV, V, VI de madrigaux de Monteverdi (1603, 1605, 1614)

Accomplissement madrigalesque par Paul Agnew

CLIC_macaron_20dec13Puis Ă  partir de Cruda Amarilli : les 5 perles sĂ©lectionnĂ©es du Livre 5 (toutes sur les poèmes de Battista Guarini) expriment davantage encore cette mĂŞme plĂ©nitude et surtout langueur (que des victimes de l’amour). A croire que Monteverdi est plus sensible aux plaintes et dĂ©plorations qu’Ă  la sublimation exaltĂ©e et conquĂ©rante du sentiment amoureux… Dans ce voyage intĂ©rieur, Era l’anima mia semble explorer le continent silencieux de la psychĂ© : les interprètes rendent tangible cette Ă©trangetĂ©,  – intĂ©rioritĂ© secrète et Ă©nigmatique qui naĂ®t du silence et meurt avec lui en un murmure dont Paul Agnew et ses complices, savent ciseler la profonde langueur comme un poison qui envoĂ»te et hypnotise (c’est du Wagner avant l’heure : l’amour est un poison, et la passion, un envoĂ»tement…).

agnew-paul-800Et quand surgit de façon inĂ©dite, les instruments (T’amo Mia vita) : en un essor nouveau, complice, les cordes infĂ©odĂ©es aux mĂ©andres du texte souverain semblent plus encore libĂ©rer la voix dans son exploration imprĂ©vue. Les Arts Florissants, guides inspirĂ©s, expriment dans le Livre V de 1605, la dĂ©couverte par Monteverdi d’un monde ignorĂ© jusque lĂ  : celui de l’individualitĂ© ardente, dĂ©sirante, consciente et nouvellement conquĂ©rante de sa propre psychĂ©. Mais c’est une conquĂŞte partagĂ©e dĂ©sormais par un cercle d’âmes Ă©panouies, exaltĂ©es comme l’indique le dernier madrigal E cosi a poco a poco… accomplissement en effectif renforcĂ© …. oĂą se distingue le duo amoureux / langoureux qui contraste avec l’ensemble des solistes, chĹ“ur d’humanitĂ©s, lĂ  aussi très finement  individualisĂ©es. Le Livre VI (Ă©ditĂ© en 1614) marque Ă©videmment une avancĂ©e dans la maturation Ă©motionnelle et l’approfondissement du sentiment. C’est mĂŞme, après la crĂ©ation mantouane d’Orfeo, une nouvelle construction littĂ©raire dont tĂ©moignent dĂ©sormais d’amples sections : d’abord le Lamento d’Arianna et la Sestina, composĂ©s chacun en plusieurs parties auxquelles le souffle printanier et d’une innocence juvĂ©nile de Zefiro torna fait contraste : il tempère l’envoĂ»tement dĂ©ploratif et mĂŞme funèbre des deux pièces ambitieuses. Ici les voix magistralement ciselĂ©es s’alanguissent mais sans s’exaspĂ©rer ni sombrer dans l’extase impuissante ou dĂ©munie : aucune ombre ni tension mais l’expression franche d’âmes sensibles et sincères.

L’intĂ©rĂŞt du disque va croissant : le Lamento d Arianna (seul trace de l’opĂ©ra du mĂŞme nom) marque bien l’essor impuissant face Ă  la mort et cet expressionnisme hallucinant, allusif, totalement saisissant : plainte d’une indicible langueur – Ă  la fois Ă©purĂ©e et profonde-, qui organise toutes les voix au diapason de celle qui fut abandonnĂ©e par ThĂ©see. Sommet de la prière lugubre, la Sestina frappe par la fusion des voix, la justesse des intonations, l’Ă©quilibre articulĂ© de chaque prière des amants rĂ©unis, dĂ©munis, au sĂ©pulcre de l’AimĂ©e. La pudeur et la complicitĂ© expressive dont font preuve les chanteurs rĂ©unis autour de Paul Agnew (dont l’excellente basse Cyril Costanzo, rĂ©cent laurĂ©at du jardin des Voix, 2013) Ă©clairent toute la vibration d’une partition traversĂ©e par l’affliction la plus mortelle.

Enfin, en guise de conclusion, retour au Livre V avec l’ambitieux Questi vaghi avec instruments (22ème opus sĂ©lectionnĂ© ans ce florilège)… d’une tendresse partagĂ©e, celle d’une douceur et effusion nouvelles : il fallait bien cet apaisement final pour se remettre des gouffres et visions qui prĂ©cèdent.
Ce chant pastoral Ă©voque l’entente miraculeuse d’un choeur en cĂ©lĂ©bration portĂ© par une certitude indĂ©fectible: le contraste avec la brĂ»lure d’amour des premiers madrigaux de ce florilège Mantova,  est frappant.  MĂŞme dans la dĂ©tente Monteverdi reste un orfèvre du verbe auquel le collectif de solistes rĂ©uni par Paul Agnew sait apporter suavitĂ©,  souplesse,  richesse des nuances. .. une prodigieuse palette d’affects qui parle autant au coeur qu’Ă  l’esprit.  La rĂ©volution baroque est en marche et l’auteur d’Orfeo a dĂ©jĂ  rĂ©alisĂ© l’impensable en 1607, avec la crĂ©ation de l’opĂ©ra ni plus ni moins. Les madrigaux tĂ©moignent de cette maturation miraculeuse ; ils recueillent toutes ces avancĂ©es comme un laboratoire. Autant dire que ce premier volume est totalement convaincant ; d’un mĂ©tier prĂ©cis et investi. VoilĂ  qui annonce un cycle madrigalesque passionnant : les deux prochains volumes Cremona (annoncĂ© en fĂ©vrier 2015) puis Venezia Ă©claireront encore l’apport très abouti, orfĂ©vrĂ© de Paul Agnew. L’intĂ©grale reprend du service au concert : les Livres VII et VIII sont interprĂ©tĂ©s par les Arts Florissants en 2015 Ă  travers une tournĂ©e internationale.

Des madrigaux, un texte littĂ©raire… Fidèle Ă  sa ligne Ă©ditoriale, le label Les Arts Florissants Ă©dite en complĂ©ment aux madrigaux de Monteverdi, une courte nouvelle inĂ©dite, intitulĂ©e La Sybille et la fresque des illusions par RenĂ© de Ceccatty, visiblement inspirĂ© par La Chambre des Ă©poux du peintre Mantegna (fresque rĂ©alisĂ©e au palais ducal de Mantoue). La valeur du verbe commandĂ© et mis en parallèle avec le florilège madrigalesque n’en prend que plus de valeur : il y gagne mĂŞme un sens redoublĂ©, confrontĂ© au drame vocal conçu par Claudio. A lire.

VOIR notre reportage vidéo Mantova, Madrigali, volume 2 : Livres IV,V,VI de madrigaux de Monteverdi par Les Arts Florissants, Paul Agnew.

 

CD. Handel : Music for Queen Caroline (1 cd Les Arts Florissants, William Christie, 2013)

William Christie dĂ©voile la veine funĂ©raire de HaendelCD. Handel : Music for Queen Caroline (1 cd Les Arts Florissants, William Christie, 2013). Pour son second disque Handel Ă©ditĂ© sous son propre label discographique, William Christie grand spĂ©cialiste de Handel, dĂ©voile un cycle d’une sincĂ©ritĂ© inĂ©dite Ă  laquelle le chef fondateur des Arts Florissants apporte son expĂ©rience des oratorios et des opĂ©ras. Ici le geste n’a jamais semblĂ© plus Ă©conome, fin, mesurĂ© ; il articule le sens et les images du sublime texte des FunĂ©railles de la Souveraine dĂ©cĂ©dĂ©e en 1737 (Funeral Anthem for Queen Caroline HWV 264) en un travail subtil et profond sur la prosodie et la dĂ©clamation, littĂ©ralement prodigieux : il tĂ©moigne aussi avec une sincĂ©ritĂ© inĂ©dite, de l’amitiĂ© exceptionnelle qui unissait le musicien Ă  sa protectrice la Reine Caroline.

De prime abord, le coloris particulier de l’orchestre se distingue dès le dĂ©but du HWV 260 Coronation Anthem pour le roi Georges II) : mĂ©lange habile de raffinement pastoral et majestueux (William Christie dose astucieusmeent hautbois et trompettes) crĂ©ant le cadre  d’une cĂ©rĂ©monie de rĂ©jouissance qu’aucune entrave malgrĂ© le dĂ©corum requis, ne vient alourdir ni emplomber : c’est solennel sans ĂŞtre compassĂ© ; vivant et naturel mais toujours recueilli. Le chĹ“ur est d’une cohĂ©rence festive et affĂ»tĂ©e, Ă  l’articulation souple, naturelle et lumineuse, celle des Arts Florissants, rĂ©fĂ©rence chez Handel depuis 30 ans Ă  prĂ©sent, grâce Ă  la ferveur de leur chef fondateur William Christie. Ferveur attendrie de vrais bergers presque alanguis du 2 (Exceeding glad shall he be of thy salvation…) : en fait ce sont les croyants sereins, presque transfigurĂ©s par la grâce qui leur est faite par l’obtention de leur salut : tout tend ici vers la lumière croissante (et l’Ă©lĂ©vation d’une bienheureuse humanitĂ© resplendissante de joie partagĂ©e, celle du couronnement d’un ĂŞtre irradiĂ© lui aussi par la bienveillance du Seigneur).” Bill ” rĂ©vèle ce gĂ©nie poĂ©tique de Handel capable de transformer un Ă©vĂ©nement dynastique en exaltation poĂ©tique, en cohĂ©sion fraternelle et fervente dont la sincĂ©ritĂ© nous touche immĂ©diatement.

Plus cĂ©rĂ©moniel encore sur le papier, le Te Deum HWV 280 auquel William Christie sait pourtant prĂ©server l’enveloppe intimiste et remarquablement individualisĂ©e de l’expression.
La Reine Caroline (Queen Caroline, Caroline d’Ansbach) ne fut pas seulement une protectrice avisĂ©e, au goĂ»t sĂ»r, bienveillante pour le compositeur officiel d’alors : Handel. Elle fut surtout une proche et une amie, relation exceptionnelle qui relie l’artiste et le politique en un regard commun, une sensibilitĂ© singulière et profonde, vĂ©cue en miroir par deux âmes esthètes et exigeantes.  Le programme de ce disque nous dit cette entente remarquable qui renforce la qualitĂ© de la souveraine, femme de goĂ»t et de lettres, Ă  la sensibilitĂ© rare qui entretient une correspondance avec Leibniz… Evidemment Handel devait beaucoup l’admirer.
CLIC D'OR macaron 200Cela s’entend Ă©videmment dans les pièces rassemblĂ©es par William Christie dans ce second disque Handel (le prĂ©cĂ©dent Belshazzar avait mĂŞme inaugurĂ© la collection discographique nouvelle, coffret Belshazzar 2012, Ă©galement “CLIC de classiquenews). Ici les qualitĂ©s du continuo fervent et d’une souplesse Ă©lĂ©gante se distingue spĂ©cifiquement (second Ă©pisode du Te Deum oĂą le clair tĂ©nor de Sean Clayton et la basse de Lisandro Abadie articulent l’hymne admiratif du texte pour le Christ). Ce Te Deum dĂ©ploie Ă  l’orchestre un tapis instrumental subtilement caractĂ©risĂ© oĂą chaque voix soliste s’inscrit avec  la prĂ©cision et l’Ă©clat d’un gemme : William Christie en fait une châsse brillante par le raffinement de son travail d’orfèvrerie. L’ensemble Ă©blouit par sa lumière intĂ©rieure partagĂ©e par les 3 solistes masculins, le chĹ“ur et surtout l’orchestre d’une vivacitĂ© attendrie, majestueuse, Ă©clatante. ÉvĂ©nement politique oblige, le Te Deum est un acte collectif oĂą la prière individuelle qui s’incarne dans la voix des solistes exprime surtout la ferveur tendre des commanditaires (très belle prière de Vouchsafe O Lord… dont le timbre pur et inspirĂ© du contre tĂ©nor Tim Mead semble concentrer le sentiment de bĂ©atitude intime). LĂ  encore un hommage rendu par Haendel Ă  ses patrons, Ă  sa remarquable protectrice Caroline.

 

 

 

SincĂ©ritĂ© du Handel funèbre…

 

Le clou du programme demeure Ă©videmment, l’instant d’ample dĂ©ploration funèbre du Funeral Anthem pour la Reine Caroline (HWV 264) : la retenue et le recueillement intĂ©rieur distillĂ©s par le fondateur des Arts Florissants soulignent la profondeur accablĂ©e de la partition handĂ©lienne. Tout y est subtilement Ă©noncĂ© au diapason de la pudeur et d’un sentiment sincèrement recueilli, celui d’un musicien qui a perdu son amie. L’excellente prise de son, restituant et la rĂ©sonance de l’Ă©glise et la prĂ©cision fruitĂ©e et ronde des instruments accordĂ©s aux voix du chĹ“ur, renforce l’impact Ă©motionnel de cette spectaculaire rĂ©flexion sur le mort. C’est un momento mori traversĂ© de visions hautement théâtrales propre Ă  l’esthĂ©tique baroque, mais aussi enrichi de sublimes et fulgurants accents Ă©motionnels. La prouesse des choristes n’est pas mince : les spectateurs auditeurs des concerts de la tournĂ©e (dont la salle Pleyel en novembre 2013) ont pu le mesurer jusque dans le placement des chanteurs : Bill mĂ©lange chaque voix, dĂ©cloisonnant le son par pupitre, opĂ©rant un scintillement inĂ©dit des timbres oĂą chaque chanteur dĂ©fend sa partie en soliste.

Handel-Queen-caroline-funeral-anthem-1737-Les-Arts-Florissants-William-Christie-1-cd-Douglas-keneddy-au-concert-nouvelle-inedite-les-arts-florissants-william-christie-1-cdUn travail prodigieux sur l’articulation et la projection du texte choral. L’individualisation et la cohĂ©sion font la force de cette lecture, Ă  la fois lamentation collective et acte de tendresse personnelle. La grandeur et la sincĂ©ritĂ© s’y dĂ©ploient avec une grâce et une plĂ©nitude peu commune (section finale du chĹ“ur initial The ways of Zion do mourn… oĂą pèse le ressentiment partagĂ© du deuil sur le mot “sikh / soupire”). Le refrain choral  “How are the mighty fall’n!” Ă©noncĂ© Ă  trois reprises (et Ă  chaque fois de façon difĂ©rente) comme un motif obsessionnel et terrifiant, incarne comme un cri Ă  peine couvert, l’effroi de la mort : voix Ă©perdues, dĂ©munies auxquelles rĂ©pondent les cordes amères et comme paniquĂ©es (quel art de la part de William Christie) ; deux registres se cĂ´toient alors : la volontĂ© de recul face Ă  la douleur profonde (solennitĂ© et grandeur du premier chĹ“ur), et le dĂ©sespoir franc, immaĂ®trisĂ© (expression sans masque d’un deuil atroce) : soit l’Ă©quivalent du transi et du gisant lĂ©guĂ©s par la statuaire de la Renaissance. Les textes intercalĂ©s regrettent la noblesse de celle qui est trĂ©passĂ©e, brossant un portrait d’une douceur inĂ©dite jusque lĂ  pour une musique funèbre (plage 15 : When the ear heard her...) ; autant de pudeur Ă©vocatrice ne peut s’expliquer sans l’attachement du compositeur Ă  sa protectrice. L’enchaĂ®nement avec le chĹ“ur de dĂ©ploration n’en est que plus violent. Le geste du chef et la rĂ©alisation des interprètes produisent une fresque saisissante par son humanitĂ©, sa retenue, son Ă©lĂ©gance, tout en soulignant la progression tĂ©nue du plan poĂ©tique : solennitĂ©, affliction dĂ©sespĂ©rĂ©e puis dithyrambe attendri, enfin bĂ©atitude et apothĂ©ose pour la dĂ©funte Caroline.
Jouant constamment entre la grandeur et la sincĂ©ritĂ©, l’effroi et la pudeur, William Christie rĂ©ussit le dramatisme et la profondeur d’un programme qu’on aurait estimĂ© de l’extĂ©rieur : cĂ©rĂ©moniel et convenu. Il n’en est rien grâce Ă  l’approfondissement très fin d’un chef articulĂ©, vĂ©ritable alchimiste du verbe dĂ©clamatif, introspectif, murmurĂ© (raffinement ciselĂ© de la coupe linguistique et du continuo enveloppant de l’Ă©pisode – plage 19-, oĂą tout bascule de l’affliction Ă  la certitude nouvelle et lumineuse : The righteous shall be had / Le juste sera tenu…). Alors se dessine concrètement l’Ă©clat de l’apothĂ©ose (And the wise shall shine…). Wiliam Christie confirme indiscutablement ses affinitĂ©s avec les champs handĂ©liens, sachant toujours prĂ©server la justesse du geste, la profondeur et la cohĂ©rence de l’intonation dans une musique qui sans lui, sonnerait ailleurs creuse et grandoliquente (dernier soupir murmurĂ© de la conclusion conçue comme une dernière nouvelle aurore plutĂ´t qu’une cĂ©lĂ©bration appuyĂ©e). Soulignons l’excellence des choristes des Arts Florissants, cĹ“ur ardent, Ă  l’intensitĂ© collective d’une bouleversante sincĂ©ritĂ©. VoilĂ  une maĂ®trise et une maturitĂ© grâce auxquelles ce Handel aussi juste partage avec son contemporain JS Bach, la mĂŞme profondeur, une mĂŞme irrĂ©sistible vĂ©ritĂ©.

 

 

 

Handel : Music for Queen Caroline. The King shall rejoice, Coronation anthem HWV 260. Te Deum in D Major “Queen Caroline”, HWV 280. The Ways of Zion Do Mourn “Funeral Anthem for Queen Caroline”, HWV 264. Tim Mead, Sean Clayton, Lisandro Abadie. Les Arts Florissants. William Christie, direction. DurĂ©e : 1h12mn. EnregistrĂ© Ă  Paris, en novembre 2013.  1 cd Les Arts Florissants, William Christie Éditions. DurĂ©e 1h12mn.

Handel-Queen-caroline-funeral-anthem-1737-Les-Arts-Florissants-William-Christie-1-cd-Douglas-keneddy-au-concert-nouvelle-inedite-les-arts-florissants-william-christie-1-cdAu concert / At the concert… Un texte inĂ©dit par Douglas Kennedy. Comme Ă  son habitude, le nouveau label de William Christie Ă©dite aussi en complĂ©ment du cd, une nouvelle inĂ©dite commandĂ©e Ă  un Ă©crivain. Avec Music for Queen Caroline, l’Ă©diteur publie en un livret spĂ©cifique Au concert de Douglas Kennedy : Ă  New York, une amĂ©ricaine et son compagnon assiste au concert des Arts Florissants (mĂŞme programme que le cd). L’hĂ©roĂŻne de ce court texte remarquablement Ă©crit, Ă©voque sa vie, ses relations amoureuses, sa situation intime, ses parents dont le souvenir se confond avec la musique funèbre de Haendel. Passionnant. L’un des meilleurs textes Ă©ditĂ©s aux cĂ´tĂ©s de ceux prĂ©cĂ©dents signĂ©s RenĂ© de Ceccaty (CD “Mantova” : Livres IV,V,VI de Monteverdi), Jean Echenoz (A Babylone – Belshazzar de Handel)…

 

 

DVD événement. Rameau, maître à danser par William Christie (1 dvd Alpha)

Rameau enchantĂ©DVD. Rameau, maĂ®tre Ă  danser : Daphnis et EglĂ©, La naissance d’Osiris (William Christie, Les Arts Florissants, 1 dvd Alpha). Pour l’annĂ©e Rameau 2014, son plus fervent et convaincant champion, William Christie et ses Arts Florissants, surprennent lĂ  oĂą nous ne les attendions pas : ni tragĂ©die lyrique ni grand ballet mais deux pièces intimistes, des opĂ©ras miniatures dont le charme et la lĂ©gèretĂ© nous sont astucieusement restituĂ©s par un ” Bill ” plus inspirĂ© que jamais. Les deux actes de ballet sont mĂŞme astucieusement reliĂ©s l’un Ă  l’autre en une totalitĂ© musicale, dramatique, dansante d’une belle cohĂ©rence. Ce dvd rĂ©alisĂ© Ă  Caen en juin dernier (2014), confirme les impressions vĂ©cues sur le vif et dont tĂ©moigne aussi notre compte-rendu complet rĂ©digĂ© au moment de la crĂ©ation de la production Ă©vĂ©nement : LIRE Rameau, maĂ®tre Ă  danser par William Christie et Les Arts Florissants, nouvelle production pour l’annĂ©e Rameau 2014. Pour faire simple et court, Bill renoue avec la rĂ©ussite de son enregistrement rĂ©cent, Le jardin de Monsieur Rameau : mĂŞme Ă©cole de la grâce collective, mĂŞme orchestre ciselĂ©, taillĂ© et assoupli au diapason de la tendresse la plus allusive… Au XVIIIè, la France de Louis XV sait s’alanguir des dĂ©lices tendres et sensuels de divertissements dĂ©licieusement aimables. C’est Ă©videmment le cas de ces deux actes de ballet : Daphnis et EglĂ© puis La naissance d’Osiris-, dont Rameau revivifie la tension dramatique grâce au seul gĂ©nie de sa musique que Bill divin interprète dans ce rĂ©pertoire, rĂ©tablit dans son raffinement tendre le plus enchanteur. En musicien savant et lettrĂ© respectant la tradition de la cour de France,  le compositeur ajoute le ballet,  c’est Ă  dire cette ” belle danse ” que la chorĂ©graphe complice, Françoise Denieau aborde avec une verve rafraĂ®chissante au diapason d’une mise en scène subtile et très prĂ©cise (signĂ©e de l’ex chanteuse Sophie Daneman) dans l’esprit d’une troupe de comĂ©diens dont le jeu collectif apporte une cohĂ©rence imprĂ©vue entre les deux divertissements.

Rameau enchanté

CLIC D'OR macaron 200Pour illustrer notre enthousiasme, ne prenons que l’exemple du premier ballet : le plus enchanteur Ă  notre avis : Daphnis et ÉglĂ©. Les pas des danseurs se mĂŞlent astucieusement au mouvement des acteurs chanteurs plutĂ´t Ă  l’aise sur la scène du Manège de la GuĂ©rinière spĂ©cialement amĂ©nagĂ© pour l’occasion. Le principe est sĂ©duisant : il rappelle que sous Louis XV nombre de spectacles ne disposaient pas d’un théâtre en dur mais Ă©taient accueillis dans le théâtre du Manège de la Grande Ă©curie Ă  Versailles : un esprit “trĂ©teaux et troupe de comĂ©diens” que le regard et la conception de Sophie Daneman ont su magnifiquement exploiter dans la rĂ©alisation de ce spectacle nouveau signĂ© Les Arts Flo.

La dĂ©licatesse des sentiments abordĂ©s, – amitiĂ© / amour -, s’accorde au raffinement de l’orchestre.  Tout y est aimable entre les bergers radieux et souriants,  EglĂ© et DaphnĂ© jusqu’Ă  la scène du temple oĂą le ministre des autels exprime le courroux des dieux en un Ă©clair et un tonnerre opportuns, superbe coup de théâtre faisant rupture avec l’harmonie idyllique qui avait cours depuis le dĂ©but : ces deux bergers lĂ  ne s’aiment pas comme des amis, ils s’aiment d’un amour vĂ©ritable.  RĂ©vĂ©lĂ©s Ă  eux-mĂŞmes,  Daphnis et EglĂ© peuvent enfin s’exprimer librement non sans avoir auparavant dit leur dĂ©sarroi.  Sincères,  justes,  d’une pudeur continĂ»ment prĂ©servĂ©e, les interprètes joignent leur Ă©lĂ©gance tendre au chant de l’orchestre enchanteur dont le pastoralisme final affirme son indĂ©niable tendresse.  Il revient Ă  William Christie d’exprimer pas Ă  pas ce glissement poĂ©tique, de l’amitiĂ© Ă  l’amour, en une direction vive et mesurĂ©e, fine et dĂ©licate, mais souple et vive, en autant de nuances suavement rĂ©alisĂ©es : l’aveu de Daphnis troublĂ© comme ÉglĂ©, tous deux dĂ©masquĂ©s par Cupidon lui-mĂŞme est un grand moment de puretĂ© Ă©motionnelle. Plus de masques ni d’identitĂ© feinte alors, mais le jaillissement saisissant d’un sentiment pur qui passe Ă©videment par chant, la musique puis la danse, idĂ©alement accordĂ©s.
Le raffinement et l’Ă©lĂ©gance du chef,  le soutien des instrumentistes tout en accents murmurĂ©s et finement nerveux qui dĂ©coulent de sa direction souple et onctueuse,  l’accord des danseurs,  le chant fin et subtile des deux protagonistes (Elodie Fonnard et Reinoud van Mechelen : deux laurĂ©ats du Jardin des Voix et depuis lors associĂ©s aux grands projets de la famille des Arts Flo), l’unitĂ© scrupuleuse de la mise en scène composent le plus tendre tableau ramĂ©lien :  une pastorale Ă  la Boucher, aux vives couleurs d’un Frago, auxquelles le chef subtil esthète, ajoute aussi en facĂ©tieux connaisseur, des touches plus nuancĂ©es et palpitantes – vaporeuses -, … Ă  la façon de Watteau (musette conclusive).
C’est dire combien le Rameau des Arts florissants sait scintiller et charmer par cet Ă©quilibre constant entre la vie et l’Ă©lĂ©gance. L’enchaĂ®nement dernier est un festival de sĂ©quences d’un exquise intelligence : l’ air  ” Oiseaux, chantez ” entonnĂ© par Daphnis amoureux qui rappelle ce sentiment enivrĂ© de la nature que sait affirmer Rameau jusque dans ses plus grandes tragĂ©dies (Rossignols amoureux d’Hippolyte et Aricie de 1733), synthĂ©tise la perfection d’un art savant qui sous la direction de Bill, sait pourtant nous toucher par son infinie tendresse.  L’orchestre regorge de teintes amoureuses et enivrĂ©es : une prouesse dont William Christie est dĂ©cidĂ©ment le seul Ă  dĂ©tenir le secret. La pantomime amoureuse espiègle et suave, qui  prolonge le solo de Daphnis ajoute encore Ă  la totale rĂ©ussite de l’ensemble. On n’en attendait pas moins des Arts Flo en cette annĂ©e Rameau 2014 :  sur le mode lĂ©ger, badin,  le geste est touchant, la sensibilitĂ© des Arts Flo, dĂ©licieusement bouleversante. Superbe apport du plus grand ramĂ©lien actuel. Courrez voir et Ă©coutez ce Rameau enchanteur parmi les dates et les lieux de la tournĂ©e de cet automne (dont les 21 et 22 novembre Ă  la CitĂ© de la musique Ă  Paris)…

Tournée de Rameau, maître à danser
Daphnis et EglĂ©, la Naisance d’Osiris

Philharmonie de Luxembourg
le mardi 4 novembre 2014 Ă  20h

Théâtre Bolchoï de Moscou
les jeudi 6 et vendredi 7 novembre 2014 Ă  19h

Opéra de Dijon
le vendredi 14 novembre 2014 Ă  20h

Barbican Centre de Londres
le mardi 18 novembre 2014 Ă  19h30

Cité de la musique à Paris
les vendredi 21 et samedi 22 novembre 2014 Ă  20h

Vidéo, reportage. CD. MANTOVA : Livres 4,5,6 de madrigaux de Monteverdi par Paul Agnew et Les Arts Florissants

MANTOVA-mantoue-cd-livres-4-5-6-Paul-agnew-Les-Arts-Florissants-cd-400CD Ă©vĂ©nement. Prolongement d’une tournĂ©e internationale, le CD MANTOVA (Mantoue) est le volume II de l’intĂ©grale des Madrigaux par Les Arts Florissants et Paul Agnew. Le programme enregistrĂ© offre un florilège des plus beaux Madrigaux composĂ©s pour les Livres 4,5 et 6 par le compositeur baroque nĂ© Ă  CrĂ©mone et qui fut aussi avant Venise, le crĂ©ateur le plus douĂ© de la Cour de Vincent de Gonzague Ă  … Mantoue. Vertiges, Ă©clats entre ombre et lumière d’un nouveau scintillement Ă©motionnel. Le jeune compositeur rĂ©alise une alliance inĂ©dite, convergence et dialogue, entre climats sonores et images poĂ©tiques. Il sublime les accents sincères du texte en ciselant l’Ă©criture musicale : la sensualitĂ© souveraine, non dĂ©nuĂ©e d’humour, dĂ©montrent une connaissance aiguĂ« de chaque poème, et sa propension Ă  Ă©tablir de nouvelles situations dramatiques.

Fidèle à la ligne éditoriale du nouveau label des Arts Florissants (qui mêle musique et littérature), le coffret comprend la collection de madrigaux mais aussi un texte inédit du romancier et écrivain René de Ceccatty : La Sibylle ou la chambre des illusions, claire référence à la chambre des époux décorée par Mantegna dans le palais ducal de Mantoue.  Les 2 autres coffrets cd à venir : CREMONA (vol.I) puis VENEZIA (vol.III) comprendront également une nouvelle inédite du même auteur.

Reportage vidĂ©o : pourquoi Paul Agnew et les solistes des Arts Florissants ont choisi cette collection de pièces d’une fascinante expressivitĂ©? C’est pour le chef associĂ© des Arts Florissants, aux cĂ´tĂ©s de William Christie, un retour Ă  la source primordiale de l’esthĂ©tique baroque, une immersion dans l’antichambre des grandes rĂ©alisations musicales, dramatiques et lyriques : dĂ©jĂ  dans les Livres 4,5 et 6, Monteverdi opère une rĂ©volution esthĂ©tique oĂą la note articule le verbe, oĂą le chambrisme puissant et Ă©lĂ©gant des interprètes Ă©claire toutes les nuances poĂ©tiques du texte du Tasse ou de Guarini : Monteverdi accompagne la musique dans son passage de la Polyphonie au sentiment dispersĂ© (aux voix multiples) Ă  la passion individualisĂ©e (incarnĂ©e par un seul chanteur et dĂ©sormais, dans le lIvre V, sur un tapis instrumental)… Reportage vidĂ©o CLASSIQUENEWS.COM 2014. Le cd est paru le 7 octobre 2014

CD, annonce. MANTOVA : Livres IV,V, VI des madrigaux de Monteverdi. Les Arts Florissants, Paul Agnew. Parution le 7 octobre 2014

MANTOVA-mantoue-cd-livres-4-5-6-Paul-agnew-Les-Arts-Florissants-cd-400CD. Mantova : Livres IV,V,VI de madrigaux de Monteverdi. Les Arts Florissants, Paul Agnew. Paru le 7 octobre 2014. Après avoir donnĂ© en concert, les Livres I,II,III,IV, V et VI de Madrigaux de Claudio Monteverdi, Paul Agnew, chef associĂ© des Arts Florissants fait paraĂ®tre (enfin) le premier volume d’une trilogie discographique dĂ©diĂ©e naturellement au Monteverdi madrigaliste. Le premier volume intitulĂ© «  Mantova «  (Mantoue) est paru ce 7 octobre 2014 ; il offre un florilège des madrigaux des Livre IV, V et VI. Le sujet est captivant : le choix des pièces ainsi enregistrĂ©es accompagne l’une des rĂ©volutions les plus dĂ©cisives de l’histoire de la musique en Europe ; il suit les Ă©volutions stylistiques de la Renaissance au Baroque, des entrelacs polyphoniques aux vertiges passionnels de la monodie nouvelle (Secunda prattica), quand Claudio, entre CrĂ©mone et Mantoue, avant Venise, Ă©labore sa propre langue dramatique, accordant comme nul autre avant lui, verbe poĂ©tique et harmonie sensuelle. Peu Ă  peu se prĂ©cise un chant de plus en plus incarnĂ© au service du texte : si les Livres IV et V (Ă©ditĂ©s Ă  Mantoue en 1603 et 1605) appartiennent encore Ă  l’esthĂ©tique de la Renaissance (certes colorĂ©e par les ultimes recherches expressives modernes liĂ©es Ă  la Cour du Duc Vincent de Gonzague Ă  Mantoue), le Livre VI Ă©ditĂ© en 1614, montre l’accomplissement de l’écriture montĂ©verdienne dans le domaine opĂ©ratique car les madrigaux Ă©ditĂ©s, y sont contemporains des opĂ©ras Orfeo (1607) et Arianna (1608).

 

 

Mantova : le premier volume de l’intĂ©grale des Madrigaux de Monteverdi par Paul Agnew et Les Arts Florissants

 

agnew-paul-800Le Livre VI marque ainsi le partage des eaux, entre Renaissance et Baroque, avec l’usage des instruments qui libĂ©rant les voix, permettent l’individualisation très forte de l’écriture : le secunda prattica est nĂ©e alors avec le principe de l’écriture monodique, impliquant la basse continue. Paul Agnew s’inscrit comme un interprète de choix au service d’une odyssĂ©e vocale (et instrumentale) passionnante. Chanteurs parmi ses pairs, le tĂ©nor Ă©claire la puretĂ© expressive du madrigal : il a rĂ©uni un ensemble de chanteurs soucieux de l’Ă©coute, dĂ©fenseurs d’une prosodie flexible et prĂ©cise, ciselant chaque figuralisme poĂ©tique.

Le coffret s’annonce comme le miroir fidèle et la synthèse de l’intégrale madrigalesque en cours donnée en concert. Paul Agnew et les chanteurs et instrumentistes des Arts Florissants poursuivent en 2015, leur épopée proposant les ultimes Livres VII et VIII.

Un cd, un texte inĂ©dit. Comme c’est le cas des premiers albums sous Ă©tiquette du propre label des Arts Florissants (Les Arts Florissants Éditions), l’album Mantova est accompagnĂ© d’un texte inĂ©dit signĂ© RenĂ© de Ceccatty (qui a Ă©crit aussi les deux autres textes des volumes Ă  paraĂ®tre : Cremona, puis Venezia) : en une mise en perspective des madrigaux montĂ©verdiens et d’un texte littĂ©raire, le nouvel album offre Ă  l’auditeur / lecteur, l’occasion d’approfondir sa propre expĂ©rience des Madrigaux de Monteverdi grâce Ă  la lecture complĂ©mentaire d’une nouvelle inĂ©dite (« La Sibylle et la fresque des illusions », commande des Arts Florissants) dont les Ă©lĂ©ments narratifs s’inspirent de l’écriture musicale montĂ©verdienne : RenĂ© de Ceccatty y brosse le portrait d’une femme Ă©crivain qui dĂ©voile au crĂ©puscule de sa vie, le secret amoureux qui l’a hantĂ© sa vie durant et dont les madrigaux portent comme l’essence, le souvenir cryptĂ©. Le propre du texte est de prĂ©server la brĂ»lante force d’évocation du verbe et de la prose musicale, toute leur puissance Ă©motionnelle comme si la voix multiple des chanteurs diffusait l’intensitĂ© intacte d’un sentiment primordial, originel, prĂ©cieusement cachĂ©.

Prochaine critique complète du cd MANTOVA par Paul Agnew et Les Arts Florissants, à venir dans le mag cd de classiquenews.com

Lire aussi les critiques des albums déjà parus aux Éditions Les Arts Florissants : Belshazzar, Le Jardin de Monsieur Rameau, 2 albums élus «  CLIC » de classiquenews

MANTOUE-mantova-cd-paul-Agnew-Les-Arts-Florissants-580

Reportage vidéo. Argentan, le défi pédagogique : Les Arts Florissants et le Chœur du Donjon (mai 2013)

Paul Agnew, Les Arts Florissants : Livre VII de MonteverdiReportage vidĂ©o. Les Arts Florissants et le ChĹ“ur du Donjon. Argentan, le dĂ©fi pĂ©dagogique (mai 2013). Au CarrĂ© des Arts d’Argentan. Les Arts Florissants et Paul Agnew, directeur musical associĂ© rĂ©ussissent un nouveau dĂ©fi pĂ©dagogique : avec les choristes amateurs du chĹ“ur du Donjon, Paul Agnew a travaillĂ© l’interprĂ©tation de Monteverdi. Deux Scherzi musicali sont ainsi appris, rĂ©pĂ©tĂ©s, puis prĂ©sentĂ©s en lever de rideau, lors du concert des Arts Florissants (Madrigaux de Monteverdi, Livre V) du 29 mai 2013 au CarrĂ© des Arts d’Argentan. Rencontre, transmission, dĂ©passement, partage sont ainsi au cĹ“ur de l’aventure des Arts Florissants fondĂ© par William Christie. Reportage vidĂ©o CLASSIQUENEWS.COM © 2014

Rameau, Grands Motets par William Christie. Les 7,10,11 octobre 2014

christie-bill-william-grands-motets-rameau-concerts-2014Rameau, Grands Motets par William Christie. Les 7,10,11 octobre 2014. A Versailles, puis Poissy enfin Royaumont, Bill l’enchanteur aborde un cycle de partitions dont il est passĂ© maĂ®tre. Un maĂ®tre interprète enchanteur et grand dramaturge tant les Grands Motets de Rameau, qui relèvent de la pĂ©riode d’avant les opĂ©ras parisiens et versaillais, regorgent d’inventivitĂ©, de furie expĂ©rimentale d’un jeune compositeur qui passe alors comme organiste d’une paroisse Ă  l’autre : Dijon, Clermont, Saint-Etienne, et c’est probablement Ă  Lyon pour un Ă©vĂ©nement privĂ© ou religieux encore indĂ©terminĂ© que Rameau le Dijonais compose les 3 Motets pour solistes, chĹ“ur et orchestre que nous connaissons aujourd’hui. William Christie et ses Arts Florissants ont sĂ©lectionnĂ© 2 grands Motets de Rameau : Quam dilecta et In Convertendo, offrant aux solistes et au chĹ“ur des passages d’une virtuositĂ© exigeante voire spectaculaire qui Ă©videmment rejoint l’Ă©loquence dramatique de l’opĂ©ra. Pièces recherchĂ©es et très applaudies au Concert Spirituel Ă  Paris, mais aussi dans toutes les nouvelles salles de concerts ou acadĂ©mies de musique qui s’ouvrent partout dans la France du XVIIIè dont celle de Lille, les grands motets deviennent après Rameau et dans son sillon, un rĂ©pertoire particulièrement recherchĂ© des mĂ©lomanes curieux de sensations solennelles et raffinĂ©es. C’est le cas des Grands Motets de Mondonville qui avec Dauvergne, incarne la gĂ©nĂ©ration d’après Rameau. Le Dominus regnavit, et surtout In exitu IsraĂ«l avec le repli des eaux du Jourdain dĂ©ploient une maestriĂ  irrĂ©sistible proche des effets de la tragĂ©die lyrique contemporaine : chĹ“urs exultant, solistes embrasĂ©s, orchestre impĂ©tueux sont autant d’arguments qui accrĂ©ditent aujourd’hui la valeur de ces pièces grandiloquentes dont William christie qui les a ressucitĂ©s, exprime le souffle incomparable. A Versailles, Poissy, Royaumont, le grand souffle baroque du motet royal prend son essor avec d’autant plus de rĂ©ussite qu’il est servi par un interprète inĂ©galĂ©. Outre l’excellence des Arts Florissants (instrumentistes et chĹ“urs), les solistes rĂ©unis par Bill, illustrent la vitalitĂ© des tempĂ©raments lyriques dĂ©fendus par le chef fondateur des Arts Florissants, comptant des partenaires fidèles en particulier des anciens jeunes laurĂ©ats du Jardin des Voix, et non des moindres : la soprano Ă©cossaise Rachel Redmond, Cyril Auvity (haute-contre), Marc Mauillon (basse-taille), Cyril Costanzo (basse)… chacun formĂ© Ă  l’Ă©cole du bien dire et du mieux chanter. Programme Ă©vĂ©nement.

Tournée des Grands Motets de Rameau et de Mondonville par William Christie et Les Arts Florissants (2h, entracte inclus)

Versailles, chapelle royale
mardi 7 octobre 2014, 20h

Poissy, Théâtre
vendredi 10 octobre 2014, 20h

Royaumont, Abbaye
samedi 11 octobre 2014, 20h

Rachel Redmond, dessus
Katherine Watson, dessus
Cyril Auvity, haute-contre
Marc Mauillon, basse-taille
Cyril Costanzo, basse

Choeur et orchestre des Arts Florissants
William Christie, direction

VOIR les grands motets de Rameau par Bruno Procopio, réalisés au festival de musique sacrée de Cuenca en Espagne, avril-mai 2014 (Maria Bayo, Véronique Bourin, Erwin Aros, Antoine Richard, Les Siècles sous la direction de Bruno Procopio).

CD. Grands Motets français. Desmaret, Campra, Rameau, Mondonville. Les Arts Florissants. William Christie (4 cd ERATO, 1994-2002)

grands motets francais william christie ERATOCD. Grands Motets français. Desmaret, Campra, Rameau, Mondonville par Les Arts Florissants, William Christie. Le coffret Erato tombe Ă  pic : fleuron de l’annĂ©e Rameau 2014, rĂ©capitulatif d’un legs discographique majeur, et tout autant, focus remarquablement persuasif sur un pan entier de notre rĂ©pertoire musical qui Ă©tait bien oubliĂ© jusqu’au dĂ©but des annĂ©es 1990… jusqu’à ce que William Christie  ne s’en empare en dĂ©fricheur visionnaire et si justement inspirĂ© : le fondateur  et directeur musical des Arts Florissants rĂ©vèle l’humanitĂ© et la splendeur des Grands Motets français. Il en dĂ©voile mĂŞme l’exceptionnelle fortune après les Lully et Lalande qui au XVIIème en avaient portĂ© les fruits Ă  leur sommet expressif pour le faste de la Cour versaillaise de Louis XIV. Le dĂ©but du règne du Roi Soleil comme l’apparat quotidien de sa Chapelle s’expriment Ă©videmment dans l’essor du genre : le motet « à grand choeur » – selon la terminologie d’époque, incarne la solennitĂ© et la sincĂ©ritĂ© d’un règne qui se voyait universel et central. Or le coffret que (re)publie aujourd’hui ERATO, met en lumière la permanence voire l’évolution du genre qui dĂ©passe après Louis XIV son cadre strictement versaillais.

C’est toute la pertinence du regard et du geste de William Christie et de ses flamboyants Arts Florissants, chœur (si articulés et puissants) et instrumentistes (équilibre sonore somptueux) : le grand Motet suscite un intérêt croissant du public, il est liturgique certes mais bientôt joué pour les événements religieux mais pas que (dynastiques et militaires…), applaudi surtout partout dans le royaume au Concert Spirituel et dans les académies en Province.

De plus orchestral, italianisant, et même symphonique, le Grand Motet souligne l’ambition des auteurs inspirés par son langage et sa syntaxe : de la fin du règne de Louis XIV aux Lumières, les enregistrements réalisés par William Christie illustre l’essor singulier de la forme tout au long du XVIIIème : Campra, Desmaret, Rameau, Mondonville s’illustrent chacun dans sa propre écriture, spectaculaire, sincère, fervente.

William Christie dévoile le souffle irrésistible des Grands Motets


CLIC_macaron_2014Il y faut comme à l’opéra, une maîtrise remarquable des grands effectifs. Nés en 1660, quinquas à la mort de Louis XIV, Desmaret et Campra insufflent au genre une couleur très personnelle ; d’autant plus dans le cas de Desmaret qui adresse en 1708 ses oeuvres depuis son exil à Nancy, telle une formidable supplique au Souverain… geste implorant et subtilement démonstratif comme Monteverdi lorsqu’ en 1611, il adressait ses Vêpres de la Vierge pour susciter l’intérêt et la protection du Pape… Pas de meilleur cadre fertile et à fort potentiel, pour faire la preuve de ses capacités. De fait, Louis XIV les apprécia et Desmarets put être fier de gagner cette épreuve musicale.

Campra, mort en 1744 succède à Lalande comme sous-maître de chapelle à Versailles en … 1723.  Il est déjà sexagénaire : il recycle alors nombre de grands motets initialement écrits pour les Cathédrales d’Aix et de Paris.

Rameau jean-philippe anniversaireNé en 1683, décédé il y a 250 ans en 1764, l’infatigable et réformateur Rameau, en son génie expérimental, « ose » le genre Motet avant l’opéra : de fait, ses Grands Motets, probablement composés pour Dijon, Lyon ou Clermont  et pour les salles de concert ou des événements encore imprécis, attestent de sa maestrià alors même qu’il est jeune et qu’il ne s’est pas encore fixé à Paris (1722) : harmonie audacieuse, écriture chorale époustouflante, airs italianisants d’une virtuosité jamais vue jusque là, les Grands Motets de Rameau étonnent et saisissent toujours par leur exceptionnelle et flamboyante originalité.

Rameau, maĂ®tre Ă  danser par William ChristieSur les traces du moderne Rameau, Mondonville nĂ© en 1711 et mort en 1772, de la mĂŞme gĂ©nĂ©ration que Louis XV, affirme comme Rameau, lequel est a lors engagĂ© sur le terrain de l’opĂ©ra, l’essor intact du genre Motet comme un cadre spectaculaire, propice au merveilleux et Ă  l’inĂ©dit. L’In exitu Israel, le De profundis – pourtant conçus pour la voĂ»te sacrĂ©e-, affirment l’éclat d’un nouveau gĂ©nie du genre, miraculeux en 1750 ; ils sont applaudis au concert, hors du contexte religieux : au Concert Spirituel, au Concert de Lille (le Dominus regnavit est d’ailleurs Ă©crit pour la salle lilloise), jamais les grands motets n’ont Ă©tĂ© aussi cĂ©lĂ©brĂ©s  par un large public de nouveaux mĂ©lomanes. La syntaxe des Grands Motets atteint un  raffinement inouĂŻ, une caractĂ©risation prĂ©cise de chaque verset comme le ferait un peintre d’histoire ; tout y est proche du texte, la musique en articule le souffle narratif, la suggestion spectaculaire (le reflux du Jourdain dans l’In exigu Israel vaut bien tempĂŞtes et tremblements de terre dĂ©crits exprimĂ©s par Rameau dans ses opĂ©ras). L’orchestre, Ă  partir de Rameau y gagne comme Ă  l’opĂ©ra, une ampleur progressive, souvent aux couleurs et accents irrĂ©sistibles.

Christie William portrait 290Ardent défenseur de ce répertoire, quasiment oublié avant qu’il ne s’y soit penché, William Christie saisit ici par la cohérence d’une regard qui s’étend sur des décennies et que le coffret dans son exhaustivité recouvrée met en lumière : à partir des années 1990, le fondateur des Arts Florissant se dévoue de toute son âme à la restitution complète des Motets à grand choeur, avec une ivresse sensuelle et un dramatise théâtral qui sait aussi préserver la profondeur voire l’humaine sincérité des partitions. Dès 1994, ses Grands Motets de Rameau étonnent par leur démesure flamboyante, leur autorité harmonique, leur audace formelle servies par un plateau de solistes indiscutables et des choeurs articulés, cohérents, déclamatoires… saisissants. Même réussite totale en 1996 pour un autre choc : Mondonville … dont alors on ne connaissait pas jusqu’au nom, et encore moins, au sein du grand public, les œuvres pourtant frappantes par leur imagination : un sens de la grandeur et de la caractérisation qui ne dépare pas aux côtés de l’immense Rameau. C’est dire. Puis comme remontant le temps et le fil d’une source impressionnante par la qualité des écritures révélées, Bill l’enchanteur ressuscite ce théâtre fervent de Desmaret (Grands Motets Lorrains de 1708 donc) en 1999, et les pièces non moins prenantes de Campra en 2002. Les 4 cd de ce coffret incontournable expriment l’œuvre décisive d’un chef de premier plan, sachant réunir autour de lui, une équipe inspirée, habitée, convaincante de bout en bout. Outre la majesté, les Arts Florissants ici à leur meilleur, ont la grâce et l’humanité : une offrande interprétative qui éblouit encore.  Coffret événement.

CD. Grands Motets français. Desmaret, Campra, Rameau, Mondonville. Les Arts Florissants. William Christie (4 cd ERATO, 1994-2002).

agenda

Les Arts Florissants et William Christie sont en tournée en 2014 dans un programme mêlant Grands Motets de Rameau et de Mondonville (avec une distribution prometteuse là encore comprenant quelques uns des derniers lauréats du Jardin de Voix, l’académie vocale fondée par William Christie et qui en résidence tous les deux ans au Théâtre de Caen) : le 2 octobre à la Cité de la musique à Paris, le 7 octobre à la Chapelle royal de Versailles

 

Dans les jardins de William Christie : à Thiré en Vendée (annonce)

jardins-william-christie-2014CLIC_macaron_2014Thiré (Vendée). Dans les jardins de William Christie, 23<30 août 2014.  Raffinement musical  et écrin de verdure : le bocage vendéen n’a jamais mieux enchanter… A Thiré (Vendée), William Christie ouvre ses jardins magiciens le temps de son festival singulier. Il réconcilie musique baroque et nature en une Arcadie recomposée dont les délices et les surprises font le plus fascinant des festivals de l’été. La 3ème édition des Rencontres Musicales en Vendée a lieu la dernière semaine d’août, du 23 au 30 août prochain dans le cadre du parc enchanteur dessiné par le fondateur des Arts Florissants, un jardin magicien où le chef d’orchestre et le claveciniste s’expriment avec un raffinement inouï : les jardins de Thiré sont avant tout l’expression du bon goût et de la fantaisie souveraine mises au diapason cette année de Charpentier, Rameau, et plusieurs autres créateurs baroques européens (Campra, Monteverdi, Bach : voir les « Méditations »). EN LIRE +

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photo © CLASSIQUENEWS 2014

 

 

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Réservations par internet sur les sites :
www.vendee.fr
www.festivalchezwilliamchristie.vendee.fr

Par téléphone : 02 51 44 79 85

Festival-William-Christie-2013-7_gallery_fullDes prix particulièrement accessibles. L’ensemble des activités musicales offertes pendant le festival affiche des prix plus que raisonnables, uniques mêmes comparés à d’autres manifestations aux affiches pourtant moins prestigieuses.  Ce critère permet une accessibilité totale pour tous et fait de Thiré, un festival qui n’a rien d’élitiste (un autre argument pour le défendre totalement). Jugez plutôt : Les Promenades musicales (8/5 euros), Concerts sur le Miroir d’eau (18/10 euros), Miroir d’eau + Méditations (20/12 euros)… Ne tardez pas à réserver car dates et places sont limitées.  EN LIRE +

 

 

Ne pas manquer cette année :

- les opéras sur le Miroir d’eau, les 23, 24 (Ballets de Rameau), 29 et 30 août (Actéon de Charpentier). A noter : selon la météo, des billets supplémentaires seront mis en vente le jour de la représentation… Prévoir une couverture car les nuits peuvent être fraîches.

- l’expérience des concerts et promenades musicales dans les bosquets du jardin (musiques baroques en formation statique ou itinérante dans le parc)

- les concerts de 22h45, dans l’église de Thiré : « Méditations à l’aube de la nuit », soit pas moins de 7 programmes qui font de l’église du village, le nouveau temple du chant baroque : Campra (23 et 24 août), Seicento italien (25 et 28), Bach (27) et Monteverdi (29 et 30) y seront joués par les Arts Florissants.  EN LIRE +

 

 

VIDEO

visionner notre reportage spécial Dans les jardins de William Christie, festival de Thiré 2013 (2ème édition)

 

 

 

thire jardins william christie 2014 perspective festival baroque en vendee

 

La perspective axiale intégrant le bâtiment et le jardin jusqu’aux 3 pins à l’infini… Photo © classiquenews 2014

CLIP vidĂ©o. LES ARTS FLORISSANTS : Airs sĂ©rieux et Ă  boire Ă  l’OpĂ©ra royal de Versailles (dĂ©cembre 2013)

Christie William portrait 290CLIP vidĂ©o. Airs baroques amoureux et comiques par William Christie. Michel Lambert, D’ambruys, Charpentier… Quinault, Lafontaine … Le programme des Arts Florissants suit la sĂ©lection opĂ©rĂ©e par William Christie Ă  partir du recueil d’airs, publiĂ© par Michel Lambert chez Ballard en 1689. Ainsi s’impose Ă  nous, le chant ” Ă  la lamberte “, saisissant par son sens de la prononciation, de la dĂ©clamation, de l’expression et donc de l’improvisation… un art subtil Ă  la française oĂą poĂ©sie et musique sont unies par le plus grand interprète de l’éloquence baroque Ă  ce jour : William Christie. TournĂ©e Ă©vĂ©nement : les 12,14,16,19 et 20 dĂ©cembre 2013. © CLASSIQUENEWS.TV

 

 

En petit effectif et d’une ciselure remarquablement flexible, William Christie et ses musiciens (et ses 5 chanteurs supersolistes) relisent le verbe suggestif et amoureux de la poésie du premier baroque, celle de Quinault, Lafontaine mis en musique par D’Ambruys et surtout Michel Lambert, champion ici de l’air sérieux et à boire. Au temps où l’amant célèbre ou déplore les flammes brûlantes que lui infligent sa belle Iris, sa caressante ou indifférente Phillis …, compositeurs et poètes redoublent d’inspiration pour exprimer vertiges et langueurs des cœurs épris.

 

 

 

William Christie et Les Arts Florissants en tournée, avril et mai 2015

AVRIL 2015
Samedi 25 avril, 20h. MONTREAL, OSM Hall
dimanche 26 avril, 16. QUEBEC, Palais Montcalm
Mercredi 29 avril, 20h. MIAMI,New World Center

 

 

MAI 2015
Vendredi 1er mai, 20h. BERKELEY, Cal performances – First congregational Church
Mardi 5 mai, 19h. SANTA BARBARA, UCSB Arts & lectures – Campbell Hall
Mercredi 6 mai, 20h, LOS ANGELES. LA Phil-Walt Disney Concert Hall
Lundi 11 mai, 20h. NANTES, La Cité des Congrès-Auditorium 800

 

JUILLET 2015
vaux le vicomte vue aeriennePour les 400 ans du créateur mécène du Château de Vaux le Vicomte, William Christie dirige en plein air le programme Airs sérieux et à boire, le 9 juillet 2015. Aux origines du Grand Siècle dans le berceau du classicisme français. Soirée spéciale comprenant visite, cocktail et spectacle. En lire +

 

Les Arts Flo chantent le lIvre VII de Monteverdi sur France Musique

Madrigaux_paul_agnewFrance Musique, aujourd’hui, 14h : Les Arts Florissants, Paul Agnew chantent le Livre VII de madrigaux de Monteverdi. L’épopée vocale (et instrumentale à partir du Livre V) des madrigaux de Monteverdi poursuit son cours : Paul Agnew réunit les meilleurs solistes des Arts Florissants pour l’intégrale des madrigaux du divin Monteverdi. Le cycle récapitule l’évolution de plus dramatique de Claudio Monteverdi : un voyage musical inouï qui mène de la polyphonie poétique au baroque dramatique et opératique… Voici l’étape actuelle, celle du Livre VII, sommet des vertiges amoureux écrits par Claudio.

monteverdi_Claudio_Monteverdi_2Les lettres amoureuses qui y paraissent, le ballet final de Tirsi et Clori, deux bergers alanguis enivrés ressuscitent l’élan du désir, la promesse de l’extase, une sensibilité ardente que Monteverdi retrouve en pleine possession de ses moyens, comme un nouveau printemps des sentiments. Le dramatisme du style fusionné à l’articulation du mot confirme les nouvelles avancées de Monteverdi… bientôt génie spectaculaire à l’opéra, dans la Cité des Doges. De sorte que ce nouveau Livre VII est bien comme le prochain Livre VIII, un laboratoire vocale et lyrique d’une prodigieuse activité. EN LIRE +

 
 

Suite de l’intégrale des Madrigaux de Claudio Monteverdi
Livre VII
Paul Agnew et les solistes des Arts Florissants
5 dates : Les 16 (Caen), 22 (Anvers, De Singel), 25 (Prague, festiva), 26 (Dresde, festival), et 28 (Paris, Cité de la musique) mai 2014.

Diffusion sur France Musique, le lundi 16 juin 2014 Ă  14h.

logo_francemusiqueMadrigaux de Monteverdi                                   
Les Arts Florissantsdirigés par Paul Agnew
Enregistré à la Cité de la musique à Paris
Claudio Monteverdi : Madrigaux (Livre VII)
Solistes vocaux : Miriam Allan, soprano. Hannah Morrison, soprano. Lucile Richardot, contralto. Zachary Wilder, ténor. Lisandro Abadie, basse

 
 

Dans les jardins de William Christie : à Thiré en Vendée

jardins-william-christie-2014CLIC_macaron_2014Thiré (Vendée). Dans les jardins de William Christie, 23<30 août 2014.  Raffinement musical  et écrin de verdure : le bocage vendéen n’a jamais mieux enchanter… A Thiré (Vendée), William Christie réconcilie musique baroque et nature en une Arcadie recomposée dont les délices et les surprises font le plus fascinant des festivals de l’été. La 3ème édition des Rencontres Musicales en Vendée a lieu la dernière semaine d’août, du 23 au 30 août prochain dans le cadre du parc enchanteur dessiné par le fondateur des Arts Florissants, un jardin magicien où le chef d’orchestre et le claveciniste s’expriment avec un raffinement inouï : les jardins de Thiré sont avant tout l’expression du bon goût et de la fantaisie souveraine mises au diapason cette année de Charpentier, Rameau, et plusieurs autres créateurs baroques européens (Campra, Monteverdi, Bach : voir les « Méditations »).

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 photo © CLASSIQUENEWS 2014

Chez William Christie

Dans les jardins enchantés de Thiré

 

Christie William portrait 290William Christie réenchante RameauLes premières éditions ont célébrés la mystérieuse poésie de Handel (Acis et Galatée) puis Purcell (Didon et Enée) sur le miroir d’eau. Cette année, grandes soirées lyriques étoilées en Vendée : le nouveau programme des Arts Florissants (alors en tournée depuis le 4 juin dernier et sa création à Caen au Manège de la Guérinière), «  Rameau, maître à danser » (lire notre compte rendu critique du concert créé à Caen le 4 juin 2014) : spectacle fusionnant la danse, le théâtre, la musique autour de deux actes de ballets composé pour Louis XV : Daphnis et Eglé puis La Naissance d’Osiris (Miroir d’eau de Thiré, les 23 et 24 août à 20h30), puis la sublime action d’Actéon de Marc Antoine Charpentier, les 29 et 30 août à 20h30, dont les figures mythologiques et cynégétiques s’accordent idéalement à l’esprit du parc conçu par William Christie.

 

Les 25 et 27 août, place aux vertiges liturgiques et sacrés, dans l’église de Thiré où les deux chefs associés, Paul Agnew et Jonathan Cohen offrent tour à tour, Hear my prayer et Ode sur la mort de Mr Henry Purcell.

Festival-William-Christie-2013-20_gallery_smallChaque jour de représentation, les festivaliers peuvent découvrir la beauté éclectique du parc et ses bosquets enchantés à partir de 15h30 et jusqu’à minuit (avec illuminations pour la nuit) ; en famille, les visiteurs peuvent suivre avec les jardiniers du domaine, les visites guidées, de 15h45 à 16h45, s’initier aux mystères de la musique grâce aux Ateliers musicaux et aux Contes joués (« En compagnie des nymphes » : pour tous, adultes et enfants), ou écouter en plein air, dans les salons de musique  autour de la maison (cabinet de verdure, jardin rouge, mur des cyclopes, cloître, parterres, terrasses ou pont chinois…) les nombreux petits concerts réalisés par les musiciens, chanteurs des Arts Flo et de la Jiulliard School of New York (ne pas manquer le concert des « trois chefs », William Christie, Paul Agnew, Jonathan Cohen en général programmé dans le jardin rouge l’après midi).

 

Festival-William-Christie-2013-9_gallery_fullLe festival imaginĂ© et accueilli par William Christie dans ses jardins de ThirĂ© s’adresse au plus large public ; il veille Ă  l’enchantement des sens comme aux vertus de la transmission : en jardinier musicien pĂ©dagogue, « Bill » que tout un chacun pourra croiser dans son domaine, les jours de concert, se soucie de la professionnalisation et de la transmission aux jeunes interprètes ; ainsi, les opĂ©ras en plein air, les mini concerts et les promenades musicales (qui invitent les auditeurs Ă  parcourir les allĂ©es et bosquets du domaine) permettent aux jeunes talents de rĂ©aliser et accomplir leur cheminement artistique : rien n’est comparable aujourd’hui pour un jeune, Ă  l’expĂ©rience des Arts Flo. Les festivaliers familiers des lieux (d’une beautĂ© il est vrai Ă  couper le souffle) y retrouvent les jeunes tempĂ©raments, fougueux, vifs, prometteurs, du Jardin des Voix, l’AcadĂ©mie vocale fondĂ©e par William Christie : ceux de l’annĂ©e en cours, ceux des promotions prĂ©cĂ©dentes (cette annĂ©e : Elodie Fonnard, Rachel Redmond -sopranos-, Emilie Renard -mezzo-, Sean Clayton, Reinoud Von Mechelen, Zachary Wilder – tĂ©nors… ). Jeunes chanteurs et instrumentistes, musiciens accomplis des Arts Flo offrent l’espace d’une semaine l’une des programmations les plus raffinĂ©es dans un cadre unique au monde. C’est un festival majeur de l’étĂ© qui fait de la VendĂ©e, un lieu dĂ©sormais incontournable en France au mois d’aoĂ»t.

 

 

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Festival-William-Christie-2013-7_gallery_fullDes prix particulièrement accessibles. L’ensemble des activités musicales offertes pendant le festival affiche des prix plus que raisonnables, uniques mêmes comparés à d’autres manifestations aux affiches pourtant moins prestigieuses.  Ce critère permet une accessibilité totale pour tous et fait de Thiré, un festival qui n’a rien d’élitiste (un autre argument pour le défendre totalement). Jugez plutôt : Les Promenades musicales (8/5 euros), Concerts sur le Miroir d’eau (18/10 euros), Miroir d’eau + Méditations (20/12 euros)… Ne tardez pas à réserver car dates et places sont limitées.

 

 

Ne pas manquer cette année :

- les opéras sur le Miroir d’eau, les 23, 24 (Ballets de Rameau), 29 et 30 août (Actéon de Charpentier). A noter : selon la météo, des billets supplémentaires seront mis en vente le jour de la représentation… Prévoir une couverture car les nuits peuvent être fraîches.

- l’expérience des concerts et promenades musicales dans les bosquets du jardin (musiques baroques en formation statique ou itinérante dans le parc)

- les concerts de 22h45, dans l’église de Thiré : « Méditations à l’aube de la nuit », soit pas moins de 7 programmes qui font de l’église du village, le nouveau temple du chant baroque : Campra (23 et 24 août), Seicento italien (25 et 28), Bach (27) et Monteverdi (29 et 30) y seront joués par les Arts Florissants.

 

 

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visionner notre reportage spécial Dans les jardins de William Christie, festival de Thiré 2013 (2ème édition)

 

 

 

thire-juillet-2014-pont-chinois photo © CLASSIQUENEWS 2014

Dans les jardins de William Christie (Vendée) photo © CLASSIQUENEWS 2014

 

 

thire-perspective-2014-miroir-aube-aurore  photo © CLASSIQUENEWS 2014

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photo © CLASSIQUENEWS 2014

Une Arcadie contemporaine : le Songe de ThirĂ©. Baroque Ă  la manière du parc de Versailles (ses allĂ©es dessinĂ©es au cordeau, sa perspective axiale Ă  l’infini, son miroir d’eau, ses statues dans le parc…), maniĂ©riste dans le souvenir des jardins mĂ©dicĂ©ens et toscans, romantique aussi par ses ruines antiques dans la pinède, oriental  tout autant grâce Ă  son théâtre de verdure et son pont chinois, et gothique aussi par son cloĂ®tre idyllique… le jardin du chef fondateur des Arts Florissants William Christie Ă  ThirĂ© est l’un des plus beaux lieux imaginĂ©s par l’homme : il rĂ©invente et synthĂ©tise Ă  lui seul tous les jardins du monde. C’est la crĂ©ation d’un musicien jardinier au goĂ»t unique qui mĂŞle comme nul autre l’art et la vie, la musique et la nature. Chaque Ă©tĂ©, le site vit une heure privilĂ©giĂ©e… quand concerts dans les bosquets, opĂ©ra sur l’eau enchantent allĂ©es, pelouses, haies et topiaires jusqu’Ă  la nuit. Aucun festival dans le monde n’Ă©gale la magie et l’enchantement des concerts proposĂ©s dans le jardin de William Christie. Un cycle de programmes musicaux ouverts Ă  tous, accessible au plus grand nombre…  Festival majeur en VendĂ©e, chaque Ă©tĂ©, dernière semaine du mois d’aoĂ»t…  Collection de photos inĂ©dites © classiquenews.com 2014.

Rameau, maître à danser par William Christie

rameau-maitre-a-danser-christie-william-dirigeEn direct de Caen, Culturebox diffuse le 8 juin, 17h, le nouveau spectacle des Arts Florissants sous la direction de William Christie. C’est un regard neuf et inventif sur un aspect oubliĂ© du grand Rameau : son gĂ©nie chorĂ©graphique. En associant deux actes de ballets (Daphnis et EglĂ© et La naissance d’Osiris), propres au dĂ©but des annĂ©es 1750, William Christie et sa divine troupe ressuscitent en un dispositif théâtral nouveau, la lyre dansante du sublime Rameau…

A Caen, William Christie poursuit un travail captivant sur la forme théâtrale : a contrario de tout ce qu’on avait pu espérer, imaginer, cogiter, le fondateur des Arts Florissants, dans une santé rayonnante ce 4 juin, sait surprendre où on ne l’attendait pas : son nouveau spectacle “Rameau, maître à danser” nous étonne ; les deux actes de ballets (Daphnis et Eglé puis La naissance d’Osiris datant du début des années 1750) ainsi ressuscités trouvent dans l’écrin improbable du Manège de l’académie équestre de la Guérinière (lieu inconnu des caennais jusqu’à il y a 2 mois encore), un dispositif surprenant qui permet en réalité de mesurer une approche concertée, audacieuse, expérimentale entre le mot, la note, le corps. Pour réussir cette alliance prometteuse, la production s’appuie sur la complicité, la jeunesse, la subtilité. Lire la suite de notre critique complète du spectacle Rameau, maître à danser, créé à Caen le 4 juin 2014

logo_culturebox_300_2014Culturebox, dimanche 8 juin 2014 Ă  17h : Rameau, maĂ®tre Ă  danser. Les Arts Florissants. William Christie, direction. En direct du Manège de l’AcadĂ©mie de la GuĂ©rinière Ă  Caen. Nouveau programme en crĂ©ation prĂ©sentĂ© avec le partenariat du Théâtre de Caen.

CD. Le Jardin de Monsieur Rameau (William Christie, le Jardin des Voix 2013)

le-jardin-de-monsieur-rameau-cd-les-arts-florissants-rameau,-monteclair-grandval,-jardin-des-voix-2013CD. Les Arts Florissants, William Christie : le jardin de Monsieur Rameau. A chacune de ses éditions, l’académie de jeunes chanteurs des Arts Florissants, le Jardin des Voix fait le pari de l’engagement artistique et de la complicité humaine, vertus collégiales partagées par tous les participants, professionnels et jeunes apprentis. Le miracle d’une telle aventure humaine et musicale se réalise pleinement dans chacun des programmes et peut-être d’une façon souvent inouïe pour cette promotion 2013 (la 6ème du genre) où les 6 nouveaux élus (la parité y est préservée : 3 chanteuses, 3 chanteurs), portés par l’exigence de grâce et de dépassement défendue par William Christie, atteignent une fabuleuse expressivité dans ce programme qui entre les dates de la tournée de concert, s’est réalisée aussi à Paris le temps de l’enregistrement (mars 2013).
Le choix minutieux (et très équilibré) des compositeurs invités, la forme diversifiée des airs (duos, trios, sextuor, grand air, petite cantate comme l’éblouissante et pétulante divagation signée Grandval : « Rien du tout ») ouvrent des perspectives enivrantes, offrent aux 6 tempéraments 2013 une étonnante palette de possibilités, de jeu comme d’inflexions vocales. Chacun s’ingénie à exprimer la finesse et le raffinement des situations, la profondeur indiscutable de l’immense Rameau, surtout la tendresse amoureuse des airs assemblés, sans omettre le délire facétieux et comique des épisodes signés Gluck (L’Ivrogne corrigé). Les instrumentistes des Arts Florissants peignent le plus charmant des bocages pastoraux (« Dans ces beaux lieux » de Jephté de Montéclair), sachant s’alanguir ou redoubler d’énergique passion dans le vibrant théâtre des sentiments humains.
Après les langueurs de Montéclair, encore très marqués par l’enchantement lulliste, brillent les milles éclats comiques et parodiques de la cantate de Nicolas Racot de Grandval : « Rien du tout » (plus de 9mn), révélation du programme : grand air dramatique et délirant que le mezzo souple, énergique, nuancé de la britannique Emilie Renard galvanise avec un feu irrésistible. Même engagement radical chez la basse française noble et d’une articulation claire : Cyril Costanzo (Zerbin habité de La Vénitienne de Dauvergne). Toute la seconde partie palpite de la même subtilité, restituant aux sensuels Campra et Rameau, la grâce de leur génie dramatique. Et pour le premier, cette affinité miraculeuse pour les vertiges langoureux que le second perpétue avec la même intelligence.
Dans la seconde entrée de L’Europe Galante, La France, véritable opéra miniature, permet aux 6 solistes du Jardin des voix d’exprimer les nuances irrésistibles d’un marivaudage musical : Philène, Silvandre, Céphise, Doris… un vrai tableau vivant, à la Watteau. William Christie nous régale par sa complice finesse, colorant et dévoilant toutes les teintes de la palette amoureuse. Il y retrouve ce geste suspendu qui a tant fait pour le miracle de ses gravures raméliennes précédentes (des Grands Motets à Castor et Pollux, sans omettre le sublime Hippolyte et Aricie).

 

 

Le jardin des Voix 2013

Le jardin des Voix 2013

 

 

 

Extase raméllienne

CLIC D'OR macaron 200Pour l’année Rameau 2014, le coup de maître, confirmant les affinités de Bill et aussi l’implication partagée par tous, jeunes et instrumentistes accomplis, reste le choix des extraits conclusifs : remarquable fleuve nostalgique de Cyril Costanzo dans Les Fêtes d’Hébé (première entrée : la poésie) : à l’invocation fluviale, répondent les voix enchantées des couples en devenir ; dans ce « Revenez tendre amant », souffle le pur sentiment d’extase et de tendre effusion ; un sommet de grâce amoureuse auquel répond ensuite le meilleur épisode à notre avis, le duo de Dardanus : « Des bien que Vénus nous dispense » : l’alliance des deux timbres en émoi et pâmoison (Zachary Wilder, ténor et Benedetta Mazzucato, contralto, suave Iphise) éblouit par sa sincérité et sa justesse expressive (continuo millimétré). La lyre tragique y est défendue avec le même souci de justesse par le baryton français Victor Sicar dont la glaçante et tendre effusion réussit également dans l’un des airs les plus difficiles du répertoire (air de Dardanus : « Monstre affreux », de l’acte IV).

Le choix des voix, l’enchaĂ®nement des airs du programme, l’élĂ©gance des instrumentistes font tous les dĂ©lices de ce nouvel album (2ème publication après Belshazzar de Haendel) Ă©ditĂ© par le label des Arts Florissants. Un must et l’une des meilleures rĂ©alisation des Arts Florissants sous la conduite de leur chef fondateur, plus ramĂ©llien que jamais. Leur maĂ®trise montre Ă´ combien l’art supplante la nature (gageure baroque suprĂŞme) : le rectiligne et le cordeau du jardin Ă  la Française n’empĂŞchent pas l’efflorescence du sentiment ; mieux, ils le favorisent. C’est l’enseignement qui vaut manifeste esthĂ©tique, de ce remarquable programme. En plus de sa qualitĂ© esthĂ©tique, le programme rĂ©ussit aussi son dĂ©fi pĂ©dagogique. Un modèle dans le genre.

 

le-jardin-de-monsieur-rameau-cd-les-arts-florissants-rameau,-monteclair-grandval,-jardin-des-voix-2013CD. Le jardin de monsieur Rameau. Les Arts Florissants. William Christie, direction. MontĂ©clair, Dauvergne, Campra, Grandval, Rameau, Gluck. Solistes du Jardin des voix 2013 : Daniela Skorka, soprano – Émilie Renard, mezzo soprano – Benedetta Mazzucato, contralto – Zachary Wilder, tĂ©nor – Victor Sicard, baryton – Cyril Costanzo, basse. 1 cd Éditions Les Arts Florissants, durĂ©e : 1h21mn. Enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  Paris en mars 2013. Parution : le 8 avril 2014.

 

VOIR aussi le clip vidĂ©o de l’enregistrement du Jardin de Monsieur Rameau

 

Les Arts Florissants : le Livre VII de madrigaux de Monteverdi

Madrigaux_paul_agnewMonteverdi: Livre VII. Les Arts Florissants, Paul Agnew. 16<28 mai 2014. En mai 2014, Paul Agnew poursuit l’intégrale des Madrigaux de Monteverdi avec les solistes des Arts Florissants (chanteurs et instrumentistes). Place aux enchantements amoureux du Livre VII en une formule vocale et instrumentale élargie. L’heure est à l’accomplissement d’une écriture qui n’a cessé d’évoluer selon les aléas d’une carrière chaotique … Mais heureusement stabilisée quand Claudio après avoir été chassé de Mantoue par le successeur de son ancien protecteur Vincenzo Gonzaga (février 1612), obtient légitimement le poste de maître de chapelle à San Marco de Venise en août 1613.

Après Mantoue, la gloire vénitienne… Après les vicissitudes d’une vie de dépendance souvent humiliante, Venise lui offre des conditions et un salaire dignes de son immense génie. De fait, Monteverdi créera, au début des années 1640, l’opéra vénitien en une formule jamais égalée après lui, entre sensualité et cynisme, délirant burlesque et réalisme picaresque (L’Incoronazione di Poppea, Il Ritorno d’Ulysse in patria.)…
C’est aussi le moment en 1619 où à Venise paraît aussi son Livre VII de madrigaux. La rupture est consumée ici : plus de madrigaux à 5 voix, la norme depuis lors, mais une écriture toute aussi souple et audacieuse pour 6 chanteurs.
L’amour y règne en souverain dès le premier chant « Tempro la cetra… » j’accorde ma lyre… dit le ténor qui écarte vite la martialité de son état pour s’alanguir aux sons vibrants de Venus. Monteverdi privilégie duos, trios, en liaison avec sa nouvelle vie vénitienne (intrigues urbaines, frénésie du carnaval…). A l’imploration doloriste du Livre VI, répond la lyre ardente, festive, lumineuse et même optimiste du VII : miroir d’un nouveau tempérament lié à sa prise de fonctions à Venise.

monteverdi_Claudio_Monteverdi_2Les lettres amoureuses qui y paraissent, le ballet final de Tirsi et Clori, deux bergers alanguis enivrés ressuscitent l’élan du désir, la promesse de l’extase, une sensibilité ardente que Monteverdi retrouve en pleine possession de ses moyens, comme un nouveau printemps des sentiments. Le dramatisme du style fusionné à l’articulation du mot confirme les nouvelles avancées de Monteverdi… bientôt génie spectaculaire à l’opéra, dans la Cité des Doges. De sorte que ce nouveau Livre VII est bien comme le prochain Livre VIII, un laboratoire vocale et lyrique d’une prodigieuse activité.

Suite de l’intégrale des Madrigaux de Claudio Monteverdi
Livre VII
Paul Agnew et les solistes des Arts Florissants
5 dates : Les 16 (Caen), 22 (Anvers, De Singel), 25 (Prague, festiva), 26 (Dresde, festival), et 28 (Paris, Cité de la musique) mai 2014.

Diffusion sur France Musique, le lundi 16 juin 2014 Ă  14h.

logo_francemusiqueMadrigaux de Monteverdi                                   
Les Arts Florissantsdirigés par Paul Agnew
Enregistré à la Cité de la musique à Paris
Claudio Monteverdi : Madrigaux (Livre VII)
Solistes vocaux : Miriam Allan, soprano. Hannah Morrison, soprano. Lucile Richardot, contralto. Zachary Wilder, ténor. Lisandro Abadie, basse

Vidéo clip. CD. Le Jardin de Monsieur Rameau, Le Jardin des Voix, William Christie

le-jardin-de-monsieur-rameau-cd-les-arts-florissants-rameau,-monteclair-grandval,-jardin-des-voix-2013VIDEO, clip. CD. Les Arts Florissants, William Christie : le jardin de Monsieur Rameau. A chacune de ses éditions, l’académie de jeunes chanteurs des Arts Florissants, fondée par William Christie, le Jardin des Voix fait le pari de l’engagement artistique et de la complicité humaine, vertus collégiales partagées par tous les participants, professionnels et jeunes apprentis. Le miracle d’une telle aventure humaine et musicale se réalise pleinement dans chacun des programmes et peut-être d’une façon souvent inouïe pour cette promotion 2013 (la 6ème du genre) où les 6 nouveaux élus (la parité y est préservée : 3 chanteuses, 3 chanteurs), portés par l’exigence de grâce et de dépassement défendue par William Christie, atteignent une fabuleuse expressivité dans ce programme qui entre les dates de la tournée de concert, s’est réalisée aussi à Paris le temps de l’enregistrement (salle Colonne, mars 2013).

Le 6ème Jardin des Voix, Ă  l’Ă©cole de la grâce….

CLIC_macaron_2014Le choix minutieux (et très Ă©quilibrĂ©) des compositeurs invitĂ©s, la forme diversifiĂ©e des airs (duos, trios, sextuor, grand air, petite cantate comme l’éblouissante et pĂ©tulante divagation signĂ©e Grandval : « Rien du tout ») ouvrent des perspectives enivrantes, offrent aux 6 jeunes tempĂ©raments 2013 une Ă©tonnante palette de possibilitĂ©s, de jeu comme d’inflexions vocales. Chacun s’ingĂ©nie Ă  exprimer la finesse et le raffinement des situations, la profondeur indiscutable de l’immense Rameau, surtout la tendresse amoureuse des airs assemblĂ©s, sans omettre le dĂ©lire facĂ©tieux et comique des Ă©pisodes signĂ©s Gluck (L’Ivrogne corrigĂ©). Du tendre enivrĂ©, du pathĂ©tique en partage, du tragique irrĂ©sistible… sous la direction du grand Bill, les jeunes chanteurs expriment la vibrante corde de la constellation baroque. Les instrumentistes des Arts Florissants peignent le plus charmant des bocages pastoraux (« Dans ces beaux lieux » de JephtĂ© de MontĂ©clair), sachant s’alanguir ou redoubler d’énergique passion dans le vibrant théâtre des sentiments humains… extrait de la critique du cd Le Jardin de Monsieur Rameau, William Christie par Camille de Joyeuse. En lire +

 

 

 

CD. Le jardin de Monsieur Rameau (annonce)

le-jardin-de-monsieur-rameau-cd-les-arts-florissants-rameau,-monteclair-grandval,-jardin-des-voix-2013CD. Les Arts Florissants, William Christie : le jardin de Monsieur Rameau. A chacune de ses éditions, l’académie de jeunes chanteurs des Arts Florissants, le Jardin des Voix fait le pari de l’engagement artistique et de la complicité humaine, vertus collégiales partagées par tous les participants, professionnels et jeunes apprentis. Le miracle d’une telle aventure humaine et musicale se réalise pleinement dans chacun des programmes et peut-être d’une façon souvent inouïe pour cette promotion 2013 (la 6ème du genre) où les 6 nouveaux élus (la parité y est préservée : 3 chanteuses, 3 chanteurs), portés par l’exigence de grâce et de dépassement défendue par William Christie, atteignent une fabuleuse expressivité dans ce programme qui entre les dates de la tournée de concert, s’est réalisée aussi à Paris le temps de l’enregistrement (mars 2013).
Le choix minutieux (et très équilibré) des compositeurs invités, la forme diversifiée des airs (duos, trios, sextuor, grand air, petite cantate comme l’éblouissante et pétulante divagation signée Grandval : « Rien du tout ») ouvrent des perspectives enivrantes, offrent aux 6 tempéraments 2013 une étonnante palette de possibilités, de jeu comme d’inflexions vocales. Chacun s’ingénie à exprimer la finesse et le raffinement des situations, la profondeur indiscutable de l’immense Rameau, surtout la tendresse amoureuse des airs assemblés, sans omettre le délire facétieux et comique des épisodes signés Gluck (L’Ivrogne corrigé). Les instrumentistes des Arts Florissants peignent le plus charmant des bocages pastoraux (« Dans ces beaux lieux » de Jephté de Montéclair), sachant s’alanguir ou redoubler d’énergique passion dans le vibrant théâtre des sentiments humains.
Après les langueurs de Montéclair, encore très marqués par l’enchantement lulliste, brillent les milles éclats comiques et parodiques de la cantate de Nicolas Racot de Grandval : « Rien du tout » (plus de 9mn), révélation du programme : grand air dramatique et délirant que le mezzo souple, énergique, nuancé de la britannique Emilie Renard galvanise avec un feu irrésistible. Même engagement radical chez la basse française noble et d’une articulation claire : Cyril Costanzo (Zerbin habité de La Vénitienne de Dauvergne). Toute la seconde partie palpite de la même subtilité, restituant aux sensuels Campra et Rameau, la grâce de leur génie dramatique. Et pour le premier, cette affinité miraculeuse pour les vertiges langoureux que le second perpétue avec la même intelligence.
Dans la seconde entrée de L’Europe Galante, La France, véritable opéra miniature, permet aux 6 solistes du Jardin des voix d’exprimer les nuances irrésistibles d’un marivaudage musical : Philène, Silvandre, Céphise, Doris… un vrai tableau vivant, à la Watteau. William Christie nous régale par sa complice finesse, colorant et dévoilant toutes les teintes de la palette amoureuse. Il y retrouve ce geste suspendu qui a tant fait pour le miracle de ses gravures raméliennes précédentes (des Grands Motets à Castor et Pollux, sans omettre le sublime Hippolyte et Aricie).

 

 

Le jardin des Voix 2013

Le jardin des Voix 2013

 

 

 

Extase raméllienne

CLIC D'OR macaron 200Pour l’année Rameau 2014, le coup de maître, confirmant les affinités de Bill et aussi l’implication partagée par tous, jeunes et instrumentistes accomplis, reste le choix des extraits conclusifs : remarquable fleuve nostalgique de Cyril Costanzo dans Les Fêtes d’Hébé (première entrée : la poésie) : à l’invocation fluviale, répondent les voix enchantées des couples en devenir ; dans ce « Revenez tendre amant », souffle le pur sentiment d’extase et de tendre effusion ; un sommet de grâce amoureuse auquel répond ensuite le meilleur épisode à notre avis, le duo de Dardanus : « Des bien que Vénus nous dispense » : l’alliance des deux timbres en émoi et pâmoison (Zachary Wilder, ténor et Benedetta Mazzucato, contralto, suave Iphise) éblouit par sa sincérité et sa justesse expressive (continuo millimétré). La lyre tragique y est défendue avec le même souci de justesse par le baryton français Victor Sicar dont la glaçante et tendre effusion réussit également dans l’un des airs les plus difficiles du répertoire (air de Dardanus : « Monstre affreux », de l’acte IV).

Le choix des voix, l’enchaĂ®nement des airs du programme, l’élĂ©gance des instrumentistes font tous les dĂ©lices de ce nouvel album (2ème publication après Belshazzar de Haendel) Ă©ditĂ© par le label des Arts Florissants. Un must et l’une des meilleures rĂ©alisation des Arts Florissants sous la conduite de leur chef fondateur, plus ramĂ©llien que jamais. Leur maĂ®trise montre Ă´ combien l’art supplante la nature (gageure baroque suprĂŞme) : le rectiligne et le cordeau du jardin Ă  la Française n’empĂŞchent pas l’efflorescence du sentiment ; mieux, ils le favorisent. C’est l’enseignement qui vaut manifeste esthĂ©tique, de ce remarquable programme. En plus de sa qualitĂ© esthĂ©tique, le programme rĂ©ussit aussi son dĂ©fi pĂ©dagogique. Un modèle dans le genre.

 

le-jardin-de-monsieur-rameau-cd-les-arts-florissants-rameau,-monteclair-grandval,-jardin-des-voix-2013CD. Le jardin de monsieur Rameau. Les Arts Florissants. William Christie, direction. MontĂ©clair, Dauvergne, Campra, Grandval, Rameau, Gluck. Solistes du Jardin des voix 2013 : Daniela Skorka, soprano – Émilie Renard, mezzo soprano – Benedetta Mazzucato, contralto – Zachary Wilder, tĂ©nor – Victor Sicard, baryton – Cyril Costanzo, basse. 1 cd Éditions Les Arts Florissants, durĂ©e : 1h21mn. Enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  Paris en mars 2013. Parution : le 8 avril 2014. Grande critique du cd Le Jardin de monsieur Rameau Ă  venir dans le mag cd, dvd, livres de classiquenews.com

 

 

Compte rendu, opéra. Paris. Opéra-Comique, le 24 mars 2014. Jean-Philippe Rameau : Platée. Marcel Beekman, Edwin Crossley-Mercer, Simone Kermes, Cyril Auvity, Marc Mauillon. Paul Agnew, direction artistique. Robert Carsen, mise en scène

platee_rameau_junon_2014_-580-Dr-M.-RittershausRobert Carsen est omniprésent à Paris cette saison. Une Elektra à l’ONP pour débuter l’année lyrique, suivie par son Alcina désormais bien connue à Garnier, et, conjointement, La Flûte Enchantée à Bastille tandis que la Salle Favart présente sa nouvelle production de Platée de Rameau. La question se posait : n’était-ce pas un peu trop ?
Reconnaissons-le tout de go : nous craignions pour cette mise en scène, tant pour son angle de vision que pour son inspiration, la source pouvant se tarir en étant employée à un tel régime. En outre, comme sans doute bien des mélomanes dans la salle, les images de la production de Laurent Pelly, désormais presque indissociable de cette œuvre, risquaient de se révéler tenaces devant les yeux.

Nymphe de la mode

Et pourtant, après un prologue qui demande un temps d’adaptation, celui de la plongée dans un univers nouveau et l’accoutumance à une atmosphère inédite, ce spectacle fonctionne à merveille.
Le monde qu’invoque Robert Carsen, celui de la mode, superficiel et clinquant, où l’apparence et les faux-semblants règnent en maîtres, résonne comme un écho à la cour de Louis XV que ridiculise le compositeur dans cette satire.
On se plait à reconnaître Anna Wintour, la rédactrice en chef du magazine Vogue, dans la foule occupant le plateau, et le tonnant Jupiter devient un sosie extrêmement convaincant de Karl Lagerfeld portant dans ses bras son éternel chat blanc.

Platée, qui malgré ses coassements en musique n’est en réalité pas désignée dans le livret comme une grenouille, devient ici la pensionnaire brimée d’un établissement chic, vaniteuse et sans-gêne, vilain petit canard trop facile à berner. La scénographie, brillante et chic, caricature – à peine – la décoration à la mode dans les milieux branchés, façon Fashion Week, miroirs nombreux, mobilier transparent et lumières éclatantes. La direction d’acteurs, précise et d’une grande justesse, évite, comme sait le faire Carsen, toute vulgarité, jusqu’à l’orgie du troisième acte, chorégraphiée avec juste ce qu’il faut d’érotisme par Nicolas Paul. Les danseurs s’intègrent ainsi parfaitement à l’action, en des ballets drôles et décalés, mais toujours en situation.
On se souviendra longtemps de cette nymphe dévoilée et raillée par la fureur de Junon, achevant l’œuvre en sous-vêtements, honteuse dans sa quasi-nudité sous le regard cruellement moqueur de la foule, utilisant son dernier geste pour se suicider, mettant enfin un terme à ses tourments. Une ultime image forte, montrant la méchanceté humaine dans sa bêtise la plus crue.

Très belle également … la distribution. Aux côtés de la fraîche Thalie de Virginie Thomas et du Satyre / Mommus désopilant de João Fernandes, la Junon à la jalousie brûlante d’Emilie Renard ressemble à s’y méprendre à Coco Chanel et réussit à merveille une composition de très belle tenue. On salue également la superbe Clarine d’Emmanuelle de Negri, toujours irréprochable dans ce répertoire.
Marc Mauillon provoque l’hilarité en Cithéron devenu serveur que poursuit de ses assiduités la reine des marais, et le rôle coule idéalement dans cette voix au timbre si particulier, tenant à la fois du ténor et du baryton.
Excellent Mercure de Cyril Auvity, percutant et beau diseur, parfaitement Ă  sa place.
On attendait avec impatience la Folie de Simone Kermes, l’enthousiasme se révèle finalement relatif. Non que cette vocalité ne lui convient pas, bien au contraire. Ce pastiche de style italien ramène la soprano allemande à son répertoire de prédilection, et c’est justement pour cela que le rôle nous apparaissait comme idéalement écrit pour elle. Las, elle a semble-t-il écouté attentivement l’interprétation qu’en a inventé Marc Minkowski tout en tentant de s’en affranchir, sans pour autant trouver sa propre voie, ce qui nous vaut un « Aux langueurs d’Apollon » bien sage, à la diction française fragile et aux variations chiches, un comble pour une chanteuse autant encline à tout oser quitte à franchir allègrement les limites du bon goût. Par ailleurs, après une entrée remarquée en clone de Lady Gaga, c’est vêtue d’une conventionnelle robe de concert verte qu’elle entonne prudemment cet air…, avant de revenir vêtue telle une Marie-Antoinette de bal masqué, dans un costume paraissant tout droit sorti d’une pochette d’un de ses propres disques. Il faudra attendre le troisième acte, son irremplaçable chevelure rousse enfin rendue à sa liberté, et l’air « Amour, lance tes traits » pour que la chanteuse redevienne enfin elle-même, osant vocalises, contre-notes et cadences improbables. Il était temps !
Irrésistible en couturier au catogan, Edwin Crossley-Mercer ne fait qu’une bouchée de l’écriture du roi des Dieux, déployant en Jupiter sa grande et belle voix de baryton, octaviant cependant certains graves et assombrissant par instants inutilement une émission d’ordinaire plus mordante, au détriment parfois de la limpidité du texte.

On admire sans réserve la naïade disgracieuse du ténor néerlandais Marcel Beekman, terriblement attachante et émouvante. Que dire, sinon qu’il incarne à merveille cette femme à la naïveté désarmante, ridicule à force à force d’aveuglement ? Le chanteur offre une saisissante performance de comédien, où l’on se prend à oublier que c’est un homme qui incarne une figure féminine, tant l’identification grandit durant la représentation à tel point qu’elle en devient évidente. Clair et sonore, son instrument à la couleur très personnelle paraît tout destiné à cet emploi, permettant mille nuances, utilisant tous ses registres et servant un français digne d’éloges. L’émotion affleure sans cesse derrière l’humour, et la scène finale citée plus haut, interprétée à fleur de peau, reste le point culminant de la soirée, la promise bafouée apparaissant poignante dans son désespoir.
Remplaçant William Christie souffrant à la tête du chœur – impeccable de bout en bout – et de l’orchestre des Arts Florissants, Paul Agnew, grand interprète du rôle-titre, démontre sa connaissance profonde de l’œuvre, qu’il a pu roder de l’intérieur durant de longues années. Il cultive une pâte sonore ronde et généreuse, toujours vive mais sans précipitation ni acidité, peignant parfaitement les différentes atmosphères qui composent l’ouvrage, et emporte musiciens et chanteurs dans un tourbillon sonore qui soulève l’enthousiasme.
Un très beau succès au rideau final, qui prouve qu’on peut encore aujourd’hui mont(r)er Platée autrement.

Paris. Opéra-Comique, 24 mars 2014. Jean-Philippe Rameau : Platée. Livret d’Adrien-Joseph Le Valois d’Orville, d’après la comédie de Jacques Autreau. Avec Platée : Marcel Beekman ; Jupiter : Edwin Crossley-Mercer ; La Folie : Simone Kermes ; Thespis / Mercure : Cyril Auvity ; Momus / Cithéron : Marc Mauillon ; Amour / Clarine : Emmanuelle de Negri ; Junon : Emilie Renard ; Satyre / Mommuss : João Fernandes ; Thalie : Virginie Thomas. Chœur et orchestre Les Arts Florissants. Paul Agnew, direction musicale. Mise en scène : Robert Carsen ; Décors et costumes : Gideon Davey ; Lumières : Robert Carsen et Peter van Praet ; Chorégraphie : Nicolas Paul ; Dramaturgie : Ian Burton

Platée de Rameau par Les Arts Florissants

10013809_256214464553237_1528097424_nPlatĂ©e de Rameau par Les Arts Florissants. Culturebox, le 27 mars 2014,20h. OpĂ©ra live web. A dĂ©faut d’une tragĂ©die lyrique d’ampleur tels Dardanus, Les BorrĂ©ades, Castor et Pollux, voici la comĂ©die lyrique la plus dĂ©jantĂ©e du XVIIIème siècle portĂ©e par la savante facilitĂ© des Arts Florissants, spĂ©cialistes inatteignables de Rameau depuis des annĂ©es. Dans la fosse de l’OpĂ©ra Comique, William Christie prĂ©cĂ©demment annoncĂ© est remplacĂ© par Paul Agnew. Laide mais sincère et mĂŞme dĂ©sarmante, PlatĂ©e nymphe des marais … retourne l’Olympe de la mode. Les dieux sont infâmes et leur victime rien que … divinement humaine. Une apothĂ©ose en somme. Et contre toute attente, c’est la moins sophistiquĂ©e de tous qui triomphe. Il y a certainement un peu de Rousseau chez Rameau mĂŞme si l’Ă©crivain philosophe, partisan du bon sauvage, fut le rival trop jaloux du compositeur Ă©rudit. Face aux dieux et leur suite invitĂ©s ici (une parodie de Cour), la figure naturelle de la nymphe issue du marais remporte les lauriers de la sincĂ©ritĂ© et de la vĂ©ritĂ©. Un joyau au royaume du clinquant et du factice.

Carsen rĂ©cidive ainsi chez Rameau: comme il l’avait fait des BorrĂ©ades, pas de costumes ni de dĂ©cors ou machineries XVIII ème mais une actualisation chic (très parisienne) convoquant les icĂ´nes de la fashion Week.  Au sommet d’une Olympe rhabillĂ©e,  Junon – Coco Chanel et Jupiter – Lagerfield vivent le nouvel avatar de leur dĂ©route conjugale au dĂ©triment de la mortelle PlatĂ©e dont la laideur et la naĂŻvetĂ© font les dĂ©lices d’une clique arrogante et cynique.
En pointant du doigt la face hideuse de la batracienne Jupiter moralisateur entend souligner combien la jalousie de Junon est dĂ©placĂ©e. .. un tel laideron fiancĂ©e de Jupiter ? Et tous de s’Ă©trangler d’un rire persifleur qui pourtant se retourne contre ceux qui l’ont proclamĂ©. La laideur morale assassine les arrogants. Lire notre critique complète de PlatĂ©e de Rameau par Les Arts Florissants : … “la PlatĂ©e des Marais renverse l’Olympe de la mode”.

Compte rendu, opĂ©ra. Paris. Rameau : PlatĂ©e Ă  l’OpĂ©ra Comique (Les Arts Florissants), le 20 mars 2014. Paul Agnew, direction. Robert Carsen, mise en scène

10013809_256214464553237_1528097424_nCompte rendu, opĂ©ra. PlatĂ©e par Les Arts Florissants. Laide mais sincère et mĂŞme dĂ©sarmante, PlatĂ©e nymphe des marais … retourne l’Olympe de la mode. Les dieux sont infâmes et leur victime rien que … divinement humaine. Une apothĂ©ose en somme. Et contre toute attente, c’est la moins sophistiquĂ©e de tous qui triomphe (malgrĂ© sa mort finale). Il y a certainement un peu de Rousseau chez Rameau mĂŞme si l’Ă©crivain philosophe, partisan du bon sauvage, fut le rival trop jaloux du compositeur Ă©rudit. Face aux dieux et leur suite invitĂ©s ici (une parodie de Cour), la figure naturelle de la nymphe issue du marais remporte les lauriers de la sincĂ©ritĂ© et de la vĂ©ritĂ©. Un joyau au royaume du clinquant et du factice.

Robert Carsen rĂ©cidive ainsi chez Rameau: comme il l’avait fait des BorrĂ©ades, pas de costumes ni de dĂ©cors ou machineries XVIII ème mais une actualisation chic (très parisienne) convoquant les icĂ´nes de la fashion Week.  Au sommet d’une Olympe rhabillĂ©e,  Junon – Coco Chanel et Jupiter – Lagerfield vivent le nouvel avatar de leur dĂ©route conjugale au dĂ©triment de la mortelle PlatĂ©e dont la laideur et la naĂŻvetĂ© font les dĂ©lices d’une clique arrogante et cynique.
En pointant du doigt la face hideuse de la batracienne Jupiter moralisateur entend souligner combien la jalousie de Junon est dĂ©placĂ©e. .. un tel laideron ,fiancĂ©e de Jupiter ? Et tous de s’Ă©trangler d’un rire persifleur qui pourtant se retourne contre ceux qui l’ont proclamĂ©. La laideur morale assassine les arrogants. Et PlatĂ©e rayonne enfin par une beautĂ© imprĂ©vue.

 

 

La PlatĂ©e des Marais renverse l’Olympe de la mode …

 

La dupe ici est la nymphe dont la face boursouflĂ©e est proportionnelle Ă  son humanitĂ©: et l’on comprend in fine que les vulgaires et les plus mĂ©prisables sont bien les mieux fardĂ©s. Grâce Ă  l’exemplaire performance du tĂ©nor travesti dans le rĂ´le-titre, sur les traces du fameux Jelyotte- interprète adulĂ© par Rameau qui lui rĂ©servera ses plus grands rĂ´les,  Marcel Beekman exprime Ă  Paris après Vienne, avec une gĂ©nĂ©rositĂ© tendre, emblème des innocents admirables, toute la justesse sincère si humaine de la nymphe odieusement raillĂ©e.

 

platee_rameau_junon_2014_-580-Dr-M.-Rittershaus

 

 

La formule fait recette depuis longtemps chez le metteur en scène canadien : il aime Ă©pingler la mĂ©chancetĂ© perverse des dieux et des hommes…. monde barbare, ironique des courtisans et de leurs souverains, -habituĂ©s en nantis mĂ©prisants aux suites des Palaces internationaux, aux cocktails Ă  coupes de champagne et petit fours, contrastant ici avec la naĂŻvetĂ© si touchante de leur victime.
Rameau appelle mĂŞme Ă  la rescousse en un tableau dĂ©jantĂ© (poĂ©tiquement le plus fort) La Folie ayant ravi la lyre d’Apollon : en dĂ©montrant (et singeant parfois) la facilitĂ© de la musique Ă  exprimer toutes les facettes des passions humaines, le compositeur prend acte et tĂ©moigne du dĂ©règlement collectif qui pilote la terrifiante hypocrisie des sociĂ©tĂ©s fussent-elles divines. Ces dieux qui raillent et ironisent, sont trop mortels et d’un soin si vulgaire. .. Rameau et son librettiste feraient-ils sous couvert de comĂ©die dĂ©jantĂ©e, la satire de la Cour versaillaise comme celle du genre humain ? HĂ©las, celle qu’on attendait, Simone Kermes, dans un rĂ´le taillĂ© pour sa dĂ©mesure bouffonne déçoit : comme emblème de l’artifice ici omniprĂ©sent, son chant tombe Ă  plat, ses rires et ses accents, comme son français pĂ©taradent (et s’enlisent) sans vĂ©ritĂ© : de Lady gaga, la diva dĂ©passĂ©e reste un artefact sans chaleur. Le constat est d’autant plus regrettable que sa performance dans le rĂ´le de la Comtesse de Nozze de Mozart (cd  rĂ©centpubliĂ© par Sony classical) sous la baguette de Currentzis, prĂ©sente les mĂŞmes dĂ©rapages dommageables : affĂŞterie, surenchère, prĂ©ciositĂ© mĂ©canique… un contre sens chez Rameau.

Tout ce que ce monde divin/terrestre compte en rituels factices et creux se dĂ©voile sur la scène de Carsen,  conçu tel un vaste miroir aquatique -les miroirs citent l’eau du marais de la nymphe abusĂ©e. En outre, la transparence des miroirs, l’accumulation des plastics sans âme renforce ce vide criant d’un monde qui a pourtant l’horreur du  nĂ©ant.  A mesure que l’action se rĂ©alise,  fashion King and Queen sans omettre leurs serviles petites mains, se noient dans leur propre fange cynique quand Ă  l’inverse c’est PlatĂ©e qui s’Ă©lève. .. par son humanitĂ© coassante magnifique.  Burlesque, comique et tragique, sincère surtout, voici le rĂ´le le plus dĂ©lirant et le plus attachant du théâtre ramĂ©lien. Il est magistralement incarnĂ© ici.

PLATEE_2014_lagerfield_-Edwin-Crossley-Mercer-(Jupiter)-DR-Monika-RittershausEn faisant la satire du genre humain, Rameau permet au vengeur Carsen,  nettement du cĂ´tĂ© de PlatĂ©e, de dĂ©noncer l’artifice ritualisĂ© organisĂ© en singeries sociales. C’est tout le milieu de la mode qui en prend pour son grade. .. il aurait Ă©tĂ© prometteur de pousser plus loin les rĂ©fĂ©rences et l’analogie.  Pourquoi n’avoir pas convoquer l’impĂ©ratrice du bon goĂ»t dĂ©clarĂ© loi divine, la fabuleuse Anna W. qui règne de façon hallucinante Ă  chaque  fashion Week? La figure aurait ajoutĂ© Ă  une Ă©tonnante galerie de portrait. Remplaçant William Christie souffrant, le chef associĂ© des Arts Florissants, Paul Agnew, chef ardent Ă  l’indĂ©niable souffle dramatique, dĂ©fend avec panache, flexibilitĂ© et des couleurs ciselĂ©es,  une partition qu’il connaĂ®t bien pour en avoir Ă©tĂ© le premier chanteur, incarnant la sublime PlatĂ©e sous la baguette de Minkowski il y a quelques annĂ©es au Palais Garnier (mise en scène de Laurent Pelly),  sous la baguette plus rĂ©cente encore de Jean- Claude Malgoire Ă  Tourcoing en 2013… voir notre reportage vidĂ©o : PlatĂ©e Ă  Tourcoing par Paul Agnew et Jean-Claude Malgoire.
Performance vocale et musicale riche en couleurs,  lignes claires, défilé subtilement nuancé et fortement caractérisé,  scénographie tirée à quatre épingles parfois trop accessoirisée à force de volonté parodique, cette Platée chic choc réussit son coup et forçant la charge satirique du divertissement comique conçu par le génial Rameau de 1745.

 

platee_468-620x412A l’affiche de l’OpĂ©ra Comique Ă  Paris jusqu’au 30 mars 2014.

En direct sur culturebox, le 27 mars 2014, 20h. Lien direct sur la page PlatĂ©e en direct depuis l’OpĂ©ra Comique sur le site culturebox (puis disponible après le direct jusqu’au 10 octobre 2014).
A ne pas manquer, la confĂ©rence concert PlatĂ©e par William Christie et les chanteurs de la production (“ la leçon de William Christie “), mĂŞme lieu, le 28 mars 2014, 20h.

Illustrations : © Monika Rittershaus 2014 (OpĂ©ra de Vienne). PlatĂ©e au bras de Jupiter en promise Ă©berluĂ©e ; Jupiter Lagerfield et ses doubles narcissiques en miroir…

Compte-rendu, récital lyrique. Versailles. Salon d’Hercule, le 22 janvier 2014. L’intégrale des madrigaux, Livre VI. Claudio Monteverdi. Les Arts Florissants. Paul Agnew, direction, ténor.

Madrigaux_paul_agnewPoursuivant leur tournĂ©e mondiale de l’intĂ©grale des madrigaux de Monteverdi, c’est dans le cadre exceptionnel du Salon d’Hercule au Château de Versailles, que les Arts Florissants nous ont donnĂ© Ă  entendre ce soir, le Sixième Livre. Entre deux VĂ©ronèse, peintre dont le compositeur crĂ©monais a du connaĂ®tre dès son arrivĂ©e Ă  Mantoue quelques toiles, Paul Agnew et les chanteurs et musiciens des Arts Florissants ont suspendu le temps pour le public, nous faisant partager un songe musical. Ce Livre dont on cĂ©lèbre les 400 ans, est si rarement prĂ©sentĂ© en concert, qu’il a attirĂ© un public nombreux et recueilli sous les ors et les marbres d’un palais enchantĂ©.

Hommage Ă  Caterina …

Ce Sixième Livre bien que publié à Venise, fût composé durant les dernières années mantouanes. Il est intimement lié à des dates qui marquent la vie aussi bien musicale que personnelle de Monteverdi.

Le deuil est ici si prĂ©sent, si douloureux que rien, pas mĂŞme l’évocation de jours heureux ne peut l’apaiser. La tragĂ©die y est vĂ©cue au plus profond de l’âme, elle est un dĂ©chirement si humain que chaque larme par-delĂ  son Ă©loquence poĂ©tique et musicale devient la quintessence de la mĂ©lancolie baroque. FrappĂ© par la disparition de son Ă©pouse Ă  l’automne 1607, puis de la jeune soprano qui devait interprĂ©tĂ©e le rĂ´le – titre de l’Arianna en 1608 -et qu’il avait lui-mĂŞme formĂ©-, Claudio Monteverdi donne dans ce livre toute sa place aux affects.

Le Livre VI est le seul à ne pas porter de dédicace, semblant ainsi indiquer que c’est aux deux disparues qu’elle doit revenir. Utilisant désormais un style de plus en plus moderne, le style concertato, sa musique libère le texte et fait de la basse continue un acteur à part entière de ce théâtre des émotions.

Le lamento d’Arianna, extrait de son second opĂ©ra aujourd’hui perdu y tient avec la Sestina une place essentielle ici.

Ce second lamento vient en miroir du premier, pour mieux en souligner l’immense dĂ©sarroi de l’homme face Ă  la mort. Il fĂ»t commandĂ© par le duc Vincenzo en 1608 afin de rendre hommage Ă  la jeune Caterina Martinelli, dont la voix unique avait su sĂ©duire tous ceux qui l’avaient entendu. Le poème en est composĂ© par Scipione Agnelli. Si ces deux lamenti sont les facettes les plus somptueuses de ce diamant noir qu’est le Sixième Livre, l’ensemble des madrigaux qui le composent sont d’une intense beautĂ©. PĂ©trarque et Marino offrent Ă  Monteverdi l’occasion d’invoquer par – delĂ  les larmes, les pleurs et les adieux qui se rĂ©pètent, les dissonantes fulgurances des amours fusionnels.

Prenant la parole au début du concert, puis après l’entracte pour expliquer ses choix artistiques, en particulier pour la Sestina interprétée a capella, Paul Agnew avec son délicieux accent, parvient dès le début à capter l’attention du public et un silence envoûtant. Il nous propose de commencer le concert par la première version pour voix seule du Lamento d’Arianna, provenant de l’opéra, avant de nous donner celle pour cinq voix du Livre VI. Loin du destin tragique de la femme abandonnée et seule de la version scénique, le lamento à cinq voix, exprime désormais combien la perte de l’être aimé est un drame universel.

La soprano irlando-écossaise, Hannah Morrison parvient d’emblée tant par son timbre quasi juvénile et cristallin que par ses inflexions finement ciselées à figer le temps à l’ombre de la mort.

Son interprĂ©tation est absente de tout pathos. L’interprĂ©tation des madrigaux par les Arts Florissant est Ă  fleur d’émotion. La palette des timbres est si finement contrastĂ©e qu’elle fait ressortir les multiples tonalitĂ©s de l’obscuritĂ©, tout en faisant surgir des tĂ©nèbres une lueur diaprĂ©e et sensible. La direction de Paul Agnew dĂ©coule d’un travail d’ensemble et d’une prĂ©paration qui ne nĂ©cessite plus en concert que quelques regards bienveillants.

Le dialogue des solistes soutenus par une basse continue très pure et éloquente souligne les mots clés, ceux de l’adieu, du tourment si déchirant de la séparation. L’interprétation raffinée que nous offre les Arts Florissants est évocatrice aussi de cette soif du bonheur que rien ne peut étancher, comme dans les strophes de Zefiro torna, e’l bel tempo rimena, lorsqu’il est à jamais perdu.

Ils nous donnent aussi à voir et entendre ces minis opéras que sont certains madrigaux avec une réelle intensité dramatique comme dans A dio, Florida Bella ou dans Presso un fiume tranquillo. Le verbe devient ici musique, de la souplesse et de la suavité des voix, émane un sentiment de poésie à l’aura mystérieuse, d’une si douce chaleur humaine.

C’est par un bis, celui que Paul Agnew désigne comme le madrigal qui leur est le plus cher, Zefiro torna, que s’est achevée cette soirée dédiée à celui sans qui la musique moderne ne serait pas. Une bien belle soirée, trop rare, oh combien précieuse.

Versailles. Salon d’Hercule, le 22 janvier 2014. L’intégrale des madrigaux, Livre VI. Claudio Monteverdi. Avec Hannah Morrison, soprano ;Miriam Allan, soprano ; Maud Gnidzaz, soprano ;Lucile Richardot, mezzo-soprano ; Sean Clayton,ténor ; Cyril Costanzo, basse. Massimo Moscardo, Jonathan Rubin, luth, théorbe ; Florian Carré,clavecin ; Nanja Breedijk, harpe. Les Arts Florissants. Paul Agnew, direction, ténor.

Les Arts Florissants : les Madrigaux de Monteverdi (Livre VI)

Madrigaux_paul_agnewInternet. En direct : Le Livre VI de madrigaux de Monteverdi par Les Arts Florissants et Paul Agnew, ténor. Jeudi 16 janvier 2014 à 20h. Le 16 janvier 2014 à partir de 20h sur le site culturebox, palpitez en direct depuis la Cité de la musique à Paris, avec les solistes des Arts Florissants (Paul Agnew, ténor et direction), serviteurs ciselés des madrigaux composés par Claudio Moneverdi, le plus compositeur italien du Premier Baroque.

Les Arts Florissants poursuivent ici leur intĂ©grale des madrigaux de Claudio Monteverdi avec la sensualitĂ© expressive et articulĂ©e qui les caractĂ©risent depuis leur fondation en 1979 par William Christie. C’est fidèle Ă  l’intention artistique première souhaitĂ©e par ” Bill “, le souci du verbe, l’affirmation – vivante-, d’une Ă©loquence fluide et partagĂ©e, restituant l’humanitĂ© des textes mis en musique.
En mai 2014, les interprètes joueront les derniers Livres VII et VIII, oeuvres capitales qui malgrĂ© leur format chambriste, chanteurs et instrumentistes, recueillent toutes les avancĂ©es poĂ©tiques du gĂ©nie de l’opĂ©ra italien au XVIIè Ă  Venise. Le Livre VI sublime les textes mis en musique : c’est un cycle remarquablement abouti oĂą Monteverdi traite les passions et les sentiments de l’âme (tendresse, dĂ©sir, extase, amertume et dĂ©pit…) en une langue musicale particulièrement imagĂ©e et expressive. Aucun auteur Ă  son Ă©poque n’atteint un tel sensualisme voire un tel Ă©rotisme langoureux dont l’arc tendu et les vertiges les plus indicibles expriment le mystère de l’amour. Concert Ă©vĂ©nement. A vivre en direct depuis la CitĂ© de la musique Ă  Paris.

Culturebox propose le live en direct sur le web, web mobile, tablette et TV connectĂ©e, puis en replay durant 6 mois (jusqu’en juin 2014).

Livre VI des madrigaux de Claudio Monteverdi, par Les Arts Florissants, Paul Agnew (ténor et direction) à découvrir sur culturebox le jeudi 16 janvier 2014, à 20h. Consultez le site culturebox

Noël par Les Arts Florissants, William Christie

Christie William portrait 290France Musique, Oratorio de NoĂ«l de Bach. Le 24 dĂ©cembre,  Ă  14h puis 20h. Les Arts Florissants, William Christie, direction. Pour NoĂ«l, France musique diffuse l’oratorio de NoĂ«l de Jean-SĂ©bastien Bach par Les Arts Florissants et leur fondateur enchanteur, William Christie soi-mĂŞme (concert de 2006). Concert diffusĂ© en diffĂ©rĂ© en deux volets : cantates 1 Ă  3 Ă  14h, puis 4 Ă  6 Ă  20h… puis Ă  21h30, veillĂ©e de NoĂ«l

La magie de Noël par Les Arts Florissants et William Christie

L’ensemble, ambitieux et mĂŞme vaste, d’une durĂ©e totale de 2h30 environ, comprend six parties, parfaitement liĂ©es entre elles par un sujet unique, se dĂ©roulant avec cohĂ©rence de l’une Ă  l’autre. Bach a conçu le cycle pour les 6 jours de fĂŞte du temps de NoĂ«l 1734/1735. L’ensemble fut crĂ©Ă© dans les Ă©glises Thomaskirche et Nicolaikirche de Leipzig, sur un livret aujourd’hui attribuable Ă  Picander, mais sans vĂ©ritable preuves.

oratorio_Noel_bach_2006Le fil conducteur est donnĂ© par le tĂ©nor qui raconte, narre, fidèle mĂ©diateur et rĂ©citant de l’histoire de la NativitĂ©, depuis le recensement de BĂ©thlĂ©em, jusqu’Ă  l’adoration des mages. Chaque partie Ă©tait chantĂ©e, un jour après l’autre, et non successivement en un tout continu, du 25 dĂ©cembre 1734, jour de NoĂ«l, jusqu’au 6 janvier 1735, pour l’Epiphanie. En dramaturge respectueux des Saintes Ă©critures (Passion de Saint-Mathieu et Passion de Saint-Luc), Bach qui a manifestement collaborĂ© au livret, et au choix des textes, structure musicalement son cycle liturgique en citant par intermittence les mĂŞmes familles d’instruments, d’un tableau Ă  l’autre : ainsi, le corps des trompettes en rĂ©, dans les parties I, III, VI.
Les parties I, II, III narrent la prochaine dĂ©livrance de Marie, la naissance de JĂ©sus (I) ; l’Annonciation aux bergers (II) ; l’invitation vers BethlĂ©em (II) ; la Troisième partie comporte l’air pour alto, le seul air original de l’Oratorio qui ne soit pas un rĂ©emploi d’une mĂ©lodie prise dans une cantate prĂ©cĂ©dente : un air oĂą Marie prend la parole et dĂ©clare “Renferme mon coeur ce doux miracle…” ; la circoncision (IV) : les mages d’Orient Ă  JĂ©rusalem et l’inquiĂ©tude d’HĂ©rode Ă  la nouvelle de la naissance de l’Enfant (V) ; la marche et l’adoration des mages (VI). Le cycle se termine par un choral de triomphe, entonnĂ© par la trompette dont la partie de soliste fut composĂ©e par Bach pour le virtuose Gottfried Reiche, l’un des musiciens de l’orchestre que le compositeur dirigeait Ă  Leipzig.

Distribution

Les Arts Florissants

William Christie, direction
concert 2006
Illustrations
William Christie (DR)
Hans Memling, Ange de l’Annonciation (Paris, musĂ©e du Louvre)

 

Les Arts Florissants, William Christie : airs sĂ©rieux… Lambert, d’Ambruys

Christie William portrait 290Airs sĂ©rieux. Les Arts Flo,William Christie : les 12,14,16,19,20 dĂ©cembre 2013. TournĂ©e Ă©vĂ©nement. MĂŞme si la Cour Ă  Versailles semble aspirer tous les fastes musicaux, les plus spectaculaires comme les plus raffinĂ©s, la musique des alcĂ´ves et des salons n’a jamais cessĂ© de se dĂ©velopper en parallèle tout au long du XVIIème. L’art de la conversation musicale s’est naturellement affirmĂ© grâce très vite Ă  l’accord des textes poĂ©tiques et de la musique. Cet art du premier baroque, favorisant intimisme et confession, qui rivalise en ciselure du verbe et en images musicales avec ce que fut le madrigal italien avant la naissance de l’opĂ©ra montĂ©verdien, constitue une singularitĂ© française qui explique dans les dĂ©cennies qui suivirent la primautĂ© linguistique qui prĂ©vaut encore chez Rameau Ă  la fin du XVIIIème siècle.

 

Airs sérieux et à boire

mélodies baroques françaises

 

 

Lambert, D’Ambruys
Quinault, Lafontaine

Les Arts Florissants
William Christie
, direction

LibĂ©rĂ©s des contraintes de l’Ă©tiquette, les nobles et amateurs lettrĂ©s se retrouvent dans la dĂ©lectation d’une discipline très Ă©laborĂ©e, expression d’une haute Ă©ducation, d’un esprit cultivĂ©, d’un besoin de mondanitĂ© choisie. Ainsi, la biensĂ©ance et la galanterie règnent dans les cercles de Mme de Rambouillet, Melle de ScudĂ©ry, de la comtesse de la Suze : chacune s’ingĂ©nie Ă  varier les plaisirs offerts Ă  leurs invitĂ©s. L’air de cour  y tient une place privilĂ©giĂ©e : miniature poĂ©tique chantĂ©e Ă  voix seule, en duos, trios, accompagnĂ©es du luth ou de tout autre instrument chambriste (clavecin, thĂ©orbe, viole…), la pratique est aisĂ©e.

 

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Lambert, poète de l’amour…

Intimisme amoureux Ă  l’OpĂ©ra royal

 

A partir de 1650, l’air sĂ©rieux supplante l’air de cour : en une ou deux strophes, pour voix et luth, ou thĂ©orbe, clavecin, viole, l’air sĂ©rieux chante les vertiges, dĂ©lices et souffrances qu’inflige amour. Exactement comme la poĂ©sie galante Ă  la mĂŞme pĂ©riode.  A l’opposĂ© de l’Ă©chelle expressive, il trouve son corollaire dans l’air Ă  boire, plus familier, burlesque, et tout autant dĂ©lirant, rĂ©clamant les mĂŞmes effectifs.  L’engouement pour le genre est tel que tous les poètes de l’heure veillent Ă  Ă©crire un sizain, ou un quatrain de chanson, apte Ă  ĂŞtre mis en musique.

Le Mercure Galant dès 1674 publie nombre d’airs sĂ©rieux et Ă  boire, diffusant les noms et les manières de compositeurs devenus cĂ©lèbres : Michel Lambert (1610-1696) qui fut maĂ®tre de la musique de la chambre du Roi Ă  partir de 1660, SĂ©bastien Le Camus, BĂ©nigne de Bacilly, Marc-Antoine Charpentier, Joseph Chabanceau de La Barre, HonorĂ© d’Ambruys

MĂŞme codifiĂ©, l’art de l’air français laisse Ă  l’interprète contemporain une grande libertĂ© interprĂ©tative, Ă  la fois dans le choix des cadences, de la restitution du continuo, de la rĂ©alisation des ornements, dans l’art tĂ©nu et si subtil d’une dĂ©clamation claire et puissante, flexible et vivante…

 

 

Bill, interprète des bois enchantés

 


Bouys_musiciens_louis_XIV_Reunion_de_musiciens_Bouys-1Le concert des Arts Florissants suit la sélection opérée par William Christie
Ă  partir du recueil d’airs, publiĂ© par  Michel Lambert chez Ballard en 1689. Ainsi s’impose aujourd’hui Ă  nous, le chant ” Ă  la lamberte “, saisissant par son sens de la prononciation, de la dĂ©clamation, de l’expression et donc de l’improvisation… autant de qualitĂ©s qui s’exposent plus particulièrement dans les doubles  (reprises de la première strophe oĂą la virtuositĂ© et la fantaisie du chanteur sont sollicitĂ©es… et attendues).
Langueur et pleurs, prière et invocation souvent douloureuse … : Amour ici affecte, inflige, blesse … les vertiges du sentiments inspirent en particulier les poètes Quinault, de la Sablière, Lauvergne, Bouchardeau… surtout La Fontaine, poète de Vaux le Vicomte dont le fameux poème des Amours de PsychĂ© et Cupidon (air ” Tout l’univers obĂ©it Ă  l’amour …”)… Lambert imagine les musiques enchanteresses (amoureuses ?) que Cupidon en son palais, destine Ă  sa future maĂ®tresse PsychĂ© : sonoritĂ©s exquises et suspendues (voix et luths) enivrant les cĹ“urs envoĂ»tĂ©s. Le compositeur exprime l’ivresse des sens qui emporte le coeur de la belle PsychĂ© (comme si OrphĂ©e et Amphion les eussent conduits eux-mĂŞmes, est-il prĂ©cisĂ© par le poète enchanteur).
Aux cĂ´tĂ©s entre autres de Lambert, se distingue l’Ă©criture de son Ă©lève HonorĂ© d’Ambruys, cĂ©lèbre lui aussi pour son Livre d’airs (dĂ©diĂ© Ă  son maĂ®tre et datĂ© de 1685). Sur le poème de la Comtesse de La Suze, Le doux silence de nos bois, d’Ambruys imagine l’une des plus Ă©mouvantes illustrations des vanitĂ©s amoureuses, invitation troublante Ă  jouir de l’instant prĂ©sent, Ă  cueillir la rose Ă  son apogĂ©e, printemps Ă  la fois rĂŞvĂ©, arcadien mais unique et bientĂ´t lointain…
Peut-on imaginer interprètes plus inspirĂ©s pour chanter la nature enchantĂ©e, celle des bergers amoureux que ” Bill ” et ses musiciens, lui-mĂŞme crĂ©ateur Ă  ThirĂ© (VendĂ©e) de l’un des festivals les plus envoĂ»tants qui soient, entre nature et musique, poĂ©sie et jardins, chant et concerts… Une Arcadie recomposĂ©e enfin accessible grâce Ă  l’oeuvre et la volontĂ© du plus grand chef actuel, dĂ©fenseur depuis ses dĂ©buts de la magie comme de l’enchantement baroque.

Airs sérieux et à boire
Lambert, d’Ambruys
Quinault, Lafontaine

Tournée événement en 5 dates

Arles, le 12 décembre 2013, 20h30
Chapelle Saint-Martin du MĂ©jan

 

Caen, le 14 décembre, 20h
Auditorium du Conservatoire CRR
programmation du théâtre de Caen hors les murs

Versailles, le 16 décembre, 20h
Opéra royal

Londres, le 19 décembre, 19h30
Wigmore Hall

Paris, le 20 décembre, 20h
Cité de la musique
Enregistré par France Musique

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Illustrations : William Christie, Michel Lambert (DR) – peintures : AllĂ©gorie des arts sous le règne de Louis XIV, RĂ©union de musiciens par Antoine Bouys, vers 1700, Musiciens en concert par François Puget vers 1688 (DR)

Monteverdi : Livres IV, V, VI de madrigaux par Les Arts Florissants, Paul Agnew

Madrigaux_4_5_6_arts_florissants_paul_agnewLes solistes chevronnĂ©s des Arts florissants, subtils chambristes et diseurs admirĂ©s (Ă  juste titre), poursuivent Ă  l’initiative du tĂ©nor Paul Agnew, leur intĂ©grale des madrigaux de Claudio Monteverdi. Le cycle a Ă©tĂ© inaugurĂ© Ă  Venise Ă  l’Ă©tĂ© 2011, dans la citĂ© oĂą les partitions ont Ă©tĂ© Ă©ditĂ©es (mĂŞme si elles ont Ă©tĂ© Ă©crites Ă  Mantoue) et oĂą le compositeur trouvera un foyer propice Ă  l’Ă©panouissement de son art vocal et dramatique, comme maestro di cappella Ă  San Marco.

Si le Livre IV se rapproche encore des opus prĂ©cĂ©dents (Ă©criture essentiellement polyphonique), le Livre V marque une rupture et reprĂ©sente un jalon spectaculaire dans la maturation de l’Ă©criture musicale; c’est aussi pour l’Histoire de la musique, un coup de tonnerre ouvrant l’esthĂ©tique baroque proprement dite: dans les 6 derniers madrigaux, Monteverdi invente la basse continue, libĂ©rant de ce fait le chant mĂŞlĂ© de plusieurs voix; sur l’assise nouvelle des instruments, plus acteurs qu’accompagnateurs, le chant peut dĂ©sormais se concentrer en une voix: l’individualisation expressive, la caractĂ©risation Ă©motionnelle peuvent s’Ă©panouir; Paul Agnew et ses partenaires, en orfèvres du mot savent ciseler ce passage dĂ©cisif, du chant polyphonique indistinct Ă  l’expression du sentiment tĂ©nu. Le Livre VI regroupe plusieurs pièces d’une nouvelle ampleur: le fameux Lamento d’Arianna (seul morceau qui nous soit parvenu de l’opĂ©ra Ă©ponyme), et aussi La Sestina, pièce dĂ©chirante et troublante Ă©crite Ă  la mĂ©moire de Catarina Martinelli, jeune soprano pressentie pour crĂ©er le rĂ´le d’Arianne mais qui meurt avant la crĂ©ation de l’opĂ©ra: c’est un chant puissant et sincère, dĂ©chirant mĂŞme oĂą la sensualitĂ© conquĂ©rante et si subtile de Monteverdi se double d’Ă©clairs et d’une conscience nouvelle, celle de la profondeur et de la vĂ©ritĂ©. Cycle Ă©vĂ©nement, Livres IV,V,VI de madrigaux de Monteverdi, du 9 au 27 novembre 2012

Les Arts Florissants
Paul Agnew, direction
Francesca Boncompagni, soprano
Maud Gnidzaz, soprano
Lucile Richardot, contralto
Paul Agnew, ténor
Sean Clayton, ténor
Lisandro Abadie, basse

 
 
 

agenda 2014

  

Suite de l’intĂ©grale des madrigaux de Monteverdi. Paul Agnew et les solistes des Arts Florisants chantent le Livre VI, et poursuivent leur Ă©popĂ©e madrigalesque en janvier 2014 (7 dates):
 

Belfort, le Granit, le 10 janvier 2014, 20h
Anvers, Amuz, le 12 janvier 2014, 15h
Paris, Cité de la musique, le 16 janvier 2014, 20h
Flers, Scène nationale 61, le 18 janvier 2014, 20h30
Blois, La Halle aux grains, le 19 janvier 2014, 17h
Versailles, Opéra, le 22 janvier 2014, 20h
Caen, Théâtre, concert hors les murs au Conservatoire, samedi 25 janvier 2014, 20h

 
 
 

VIDEO : Belshazzar de Handel par Les Arts Florissants et William Christie, double cd événement

William Christie au sommet ! William Christie au sommet !
Le 22 octobre 2013, William Christie et Les Arts Florissants publient leur premier cd Ă©ditĂ© par leur propre label (Éditions Les Arts Florissants William Christie) : Belshazzar de Handel, oratorio flamboyant, mystique et dramatique en 2 cd et un texte inĂ©dit commandĂ© pour l’occasion Ă  Jean Echenoz … Choeur jubilatoire, solistes embrasĂ©s, orchestre d’une Ă©lĂ©gance irrĂ©sisitible, le double coffret est un coup de coeur CLASSIQUENEWS.COM. Entre finesse psychologique et forte caractĂ©risation des situations et des protagonistes, William Christie confirme en octobre 2013, ses affinitĂ©s avec le dramatisme handĂ©lien…