Le Messie de Haendel

Bruxelles : Tamerlano et AlcinaFrance Musique. Handel : Le Messie. Jeudi 20 aoĂ»t 2015, 20h. Le Messie de Haendel. Le Messie s’appuie sur le livret de Charles Jennens qui sĂ©lectionne des pages de l’Ancien et du Nouveau testament, soulignant la nature divine et miraculeuse de JĂ©sus, les prophĂ©ties Ă©noncĂ©es dans l’Ancien testament, s’accomplissant bien dans le Nouveau. Pourtant pas de drame tragique Ă©voquant la Passion et le Sacrifice ni la RĂ©surrection après la mort, mais comme un oratorio, la lumière de la croyance, la ferveur de la foi et de l’espĂ©rance qui trouvent dans les images musicales, toujours dramatiques – c’est lĂ  le gĂ©nie lyrique et théâtral de Haendel-, l’accomplissement attendu. Au dĂ©but des annĂ©es 1740 – la partition a Ă©tĂ© “expĂ©diĂ©e” en peu de temps (3 semaines seulement) Ă  la fin de l’étĂ© 1741 (Jennens se plaindra du manque d’inspiration musicale, d’une indignitĂ© patente au regard de l’élĂ©vation du livret, en particulier vis Ă  vis de l’ouverture…), le compositeur affirme pourtant sa maturitĂ©, rĂ©ussissant dans le langage de l’oratorio, une Ă©vocation pleine de souffle et d’emportements (mesurĂ©s cependant) qui passe par l’engagement des chĹ“urs (très prĂ©sents, acteurs principaux dans cette fresque contemplative plus que narrative), et oĂą les airs solistes dĂ©veloppent les sentiments d’admiration, de certitude fervente, d’épanouissement individuel portĂ© par l’esprit de compassion et de fraternitĂ© fervente que leur inspire le Sacrifice… CrĂ©Ă© en 1742 Ă  Dublin, puis en 1743 à  Londres, Le Messie ne suscita pas ce triomphe escomptĂ© par Jennens. Trop mĂ©ditatif, pas assez dramatique et spectaculaire comme Samson, Le Messie fut moins apprĂ©ciĂ© par sa nature immĂ©diatement oratorienne.
La progression dramaturgique du cycle est scindée en trois parties : Prophéties (Annonciation, Nativité) ; Passion (Résurrection puis Ascension) ; Rédemption et salut de l’âme chrétienne compatissante… Ce n’est qu’au cours de la décennie suivante, dans les années 1750 que Le Messie s’imposa et fut véritablement apprécié, quand Haendel le donna chaque Carême à Covent Garden dans la chapelle de sa propre fondation pour les jeunes enfants démunis et abandonnés, du Foundling Hospital à Londres. Il pouvait s’appuyer alors sur le talent de son castrat favori, l’alto Gaetano Guadagni.

logo_france_musique_DETOUREHaendel (1685-1759) : Messiah HWV 56, 1742. France Musique, jeudi 20 août 2015, 20h. Rosemary Joshua, Patricia bardon, Topi Lehtipuu, Neal Davies. Le Concert Spirituel. Hervé Niquet, direction.

Compte-rendu, concert. Avignon, Opéra-Théâtre, le 29 mars 2015. Georg Friedrich Haendel : The Messiah. Magali Arnault Stanczak, Julien Freymuth, David Munderloh, Raymond Ayers. Le Parlement de Musique. Chœur Orlando de Fribourg. Laurent Gendre, direction.

Bruxelles : Tamerlano et AlcinaVoilĂ  quinze ans que le Festival de Musique Baroque d’Avignon – prĂ©sidĂ© par Robert Dewulf – ponctue la vie musicale de la cĂ©lèbre citĂ© papale. Après un Requiem de Mozart (dirigĂ© par le talentueux chef argentin Leonardo Garcia Alarcon) qui a remportĂ© tous les suffrages en dĂ©but de saison, c’est un autre titre parmi les plus fameux du rĂ©pertoire sacrĂ© que le festival proposait en cette pĂ©riode pascale : Le Messie de Georg Friedrich Haendel.  Pour dĂ©fendre le chef d’Ĺ“uvre de Haendel, sont rĂ©unis Ă  Avignon la formation baroque Le Parlement de Musique (fondĂ©e et dirigĂ©e par Martin Gester) et le ChĹ“ur Orlando de Fribourg, tous deux placĂ©s sous la direction de Laurent Gendre (directeur du ChĹ“ur prĂ©citĂ©). Parfois exĂ©cutĂ© avec un orchestre – et surtout un chĹ“ur – plĂ©thoriques, c’est au contraire une approche chambriste, en quĂŞte d’équilibre, que propose ici le chef suisse. On se rapproche ainsi de la première exĂ©cution du Messie qui – sous la baguette de Haendel lui-mĂŞme venu se rĂ©fugier Ă  Dublin en 1742 – ne comportait qu’une cinquantaine d’interprètes (seize chanteurs et quarante instrumentistes pour ĂŞtre prĂ©cis).

Messie chambriste

Incontestablement, l’approche de Laurent Gendre est très musicale, et c’est un véritable bonheur que d’entendre une sonorité aussi chantante et enlevée, dans un ouvrage si galvaudé par tant de versions « musclées » et pesantes.
Quant aux solistes, s’ils ne comptent pas parmi les stars du moment, ils n’en sont pas moins remarquables, et s’avèrent Ă  la hauteur de l’entreprise, vivant et disant l’amour et les souffrances du Christ avec une belle ferveur. Ces derniers interviennent dans de multiples combinaisons de rĂ©citatifs et airs aux accompagnements variĂ©s qui confèrent tout l’attrait de cet opus.

Le ténor californien David Munderloh, notamment, signe une prestation remarquable tout au long du concert, entamant le cycle d’airs des « Prophéties » par une « Annonciation » interprétée avec joie et bonheur : une très belle présence vocale, assise sur une parfaite maîtrise technique du chant, une excellente conduite de la voix et une grande précision rythmique, le tout marié à une intense sensibilité théâtrale.

CĂ´tĂ© fĂ©minin, la soprano suisse Magali Arnault-Stanczak contribue Ă  l’excellence de la soirĂ©e par une technique vocale impeccable, le timbre prĂ©sentant un Ă©clat tout spĂ©cial, sans jamais sacrifier le texte. Son interprĂ©tation du rĂ©citatif de « La NativitĂ© » – qui traduit la première manifestation du Christ auprès des bergers – est emplie d’une ferveur lumineuse, et l’on retrouve la mĂŞme expression pleine de joie dans la description qu’elle donne de « La RĂ©surrection ».

Il n’en va pas de mĂŞme du jeune contre-tĂ©nor alsacien Julien Freymuth qui trahit trop de retenue vocale par rapport aux autres solistes. Si sa voix fait preuve d’une grande prĂ©cision, et surtout bĂ©nĂ©ficie d’une diction très propre, sa projection est trop limitĂ©e, notamment dans le fameux « He was despised », le plus bel air de la partition (qui dĂ©crit le mĂ©pris qu’essuie le Christ). Quant au baryton amĂ©ricain Raymond Ayers, il impressionne en revanche par sa prĂ©sence tant physique que vocale : le tableau qu’il dresse du « Jugement dernier » – le magnifique « The trumpet shall sound » – fait ainsi parcourir le frisson dans l’Ă©chine des auditeurs.

Enfin, le remarquable ChĹ“ur Orlando – composĂ© d’une vingtaine de chanteurs – participe Ă©galement pleinement Ă  la grandeur de l’Ă©difice. On retiendra en particulier un « And he shall purify » qui parvient Ă  crĂ©er une ambiance emprunte d’une douce paix et d’une chaleureuse confiance, mais voilĂ  surtout  longtemps que nous n’avions entendu un « Alleluia ! » aussi Ă©lectrique ! Bref, une exĂ©cution du Messiah qui « rend meilleur », comme le souhaitait Haendel…

Compte-rendu, concert. Avignon, Opéra-Théâtre, le 29 mars 2015. Georg Friedrich Haendel : The Messiah. Magali Arnault Stanczak, Julien Freymuth, David Munderloh, Raymond Ayers. Le Parlement de Musique. Chœur Orlando de Fribourg. Laurent Gendre, direction.

CD. Haendel : Messiah, Le Messie (HaĂŻm, 2013, 2 cd Erato)

haendel handel messiah le messie jennens  cd Erato emmnauelle haim 2 cd erato compte rendu critique classiquenewsCD. Haendel : Le Messie (HaĂŻm, 2013, 2 cd Erato). Le Messie s’appuie sur le livret de Charles Jennens qui sĂ©lectionne des pages de l’Ancien et du Nouveau testament, soulignant la nature divine et miraculeuse de JĂ©sus, les prophĂ©ties Ă©noncĂ©es dans l’Ancien testament, s’accomplissant bien dans le Nouveau. Pourtant pas de drame tragique Ă©voquant la Passion et le Sacrifice ni la RĂ©surrection après la mort, mais comme un oratorio, la lumière de la croyance, la ferveur de la foi et de l’espĂ©rance qui trouvent dans les images musicales, toujours dramatiques – c’est lĂ  le gĂ©nie lyrique et théâtral de Haendel-, l’accomplissement attendu. Au dĂ©but des annĂ©es 1740 – la partition a Ă©tĂ© “expĂ©diĂ©e” en peu de temps (3 semaines seulement) Ă  la fin de l’Ă©tĂ© 1741 (Jennens se plaindra du manque d’inspiration musicale, d’une indignitĂ© patente au regard de l’Ă©lĂ©vation du livret, en particulier vis Ă  vis de l’ouverture…), le compositeur affirme pourtant sa maturitĂ©, rĂ©ussissant dans le langage de l’oratorio, une Ă©vocation pleine de souffle et d’emportements (mesurĂ©s cependant) qui passe par l’engagement des chĹ“urs (très prĂ©sents, acteurs principaux dans cette fresque contemplative plus que narrative), et oĂą les airs solistes dĂ©veloppent les sentiments d’admiration, de certitude fervente, d’Ă©panouissement… crĂ©Ă© en 1742 Ă  Dublin, puis en 1743 à  Londres, Le Messie ne suscita pas ce triomphe escomptĂ© par Jennens. Trop mĂ©ditatif, pas assez draamtique et spectaculaire comme Samson, Le Messie fut moins apprĂ©ciĂ© par sa nature immĂ©diatement oratorienne.

De fait, Emmanuelle HaĂŻm semble prendre littĂ©ralement Ă  la lettre le mode poĂ©tique mais statique des Ă©pisodes : la cohĂ©sion et la sonoritĂ© souveraine du choeur, la plĂ©nitude ronde et bondissante du Concert d’AstrĂ©e montrent indiscutablement combien Haendel a trouvĂ© – depuis les pionniers : Christie et Malgoire-, des interprètes inspirĂ©s, convaincants ; les solistes de cette version sont diversement impliquĂ©s : le plus engagĂ© et expressif reste la basse Christopher Purves, et aussi le contre tĂ©nor ou alto : Tim Mead (qui faisait aussi la valeur du rĂ©cent programme des Arts Florissants dĂ©diĂ© aux musique haendĂ©liennes pour la Reine Caroline, 1 cd Les Arts Florissants, William Christie Éditions). Plus lisse, la vocalitĂ© sans aspĂ©ritĂ©s donc souvent distante de Lucy Crowe, ou l’impassible tĂ©nor Andrew Staples. Pour autant prenons nous bien en compte la progression dramaturgique du cycle scindĂ© en trois parties : ProphĂ©ties (Annonciation, NativitĂ©) ; Passion (RĂ©surrection puis Ascension) ; RĂ©demption et salut de l’âme chrĂ©tienne compatissante… Ce n’est qu’au cours de la dĂ©cennie suivante, dans les annĂ©es 1750 que Le Messie s’imposa et fut vĂ©ritablement apprĂ©ciĂ©, quand Haendel le donna chaque CarĂŞme Ă  Covent Garden dans la chapelle de sa propre fondation pour les jeunes enfants dĂ©munis et abandonnĂ©s, du Foundling Hospital Ă  Londres. Il pouvait s’appuyer a lors sur le talent de son castrat favori, l’alto Gaetano Guadagni.

Contrairement Ă  William Christie son ancien mentor dont elle assurait le continuo, Emmanuelle HaĂŻm s’en tient Ă  un juste milieu, ni trop expressif ni trop neutre ; une voie mĂ©diane, très (trop?) british et politically correct. D’ailleurs les artisans de cette production (membres du chĹ“ur, solistes et instrumentistes) sont majoritairement britanniques. William Christie a tranchĂ© depuis longtemps : particulièrement soucieux de l’intelligibilitĂ© textuel – le livret de Jennens y gagne un surcroĂ®t d’Ă©loquence dramatique-, le directeur fondateur des Arts Florissants sait aussi caractĂ©riser comme peu, l’essence théâtrale de la musique haendĂ©lienne. Car ici, mĂŞme en terres sacrĂ©es, l’opĂ©ra n’est jamais loin d’une sĂ©quence mĂŞme si elle s’identifie constamment Ă  l’oratorio.
Plus dĂ©concertantes chez HaĂŻm… les tournures de fin de phrases et les variations dans la rĂ©solution des ornements, ou la grille flottante et mobile des tempi (chĹ“ur Hallelujah !, plage 21)… ces effets inĂ©dits tournent parfois au maniĂ©risme hors sujet qui contredit l’Ă©lĂ©gance naturelle comme le goĂ»t si Ă©quilibrĂ©, haendĂ©liens.

En final qu’avons nous ? Une sonoritĂ© sĂ©duisante, des solistes appliquĂ©s mais souvent peu habitĂ©s (sauf Mead et Purves), un lĂ©chĂ© oratorien qui reste de bon aloi : la puissante théâtralitĂ© contenue dans la partition de Haendel en sort-elle vraiment gagnante ?

Haendel (1685-1759) : Messiah HWV 56. Lucy Crowe, Tim Mead, Andrew Staples, Christopher Purves, ChĹ“ur et orchestre du Concert d’AstrĂ©e (David Bates, chef de choeur). Emmanuelle HaĂŻm, direction (2 cd Erato RĂ©f. 0825646240555. Enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  Lille, en dĂ©cembre 2013).

Le Messie de Haendel

Haendel, handel Messielogo_france2_2014Télé. France 2. Haendel : Le Messie. Jeudi 17 avril 2014, 00h30. Oratorio atypique. Le Messie est un collage de textes bibliques évoquant la figure du Christ, de sa naissance à sa résurrection. L’ouvrage de Haendel se prête aux visions scéniques les plus démesurées; celle d’Oleg Kulik, l’artiste russe qui a conçu une spacialisation saisissante des Vêpres de la Vierge de Monteverdi est à riche en références, suggestive et très rythmée. Un support idéal pour l’élévation spirituelle de la musique ? A chacun de juger.L’oratorio miraculeux. La partition au titre salvateur est l’un des chefs d’oeuvre de la musique sacrée baroque et aussi dans la vie de Haendel, la source d’un renouvellement puissant, l’étape qui scelle après un cycle d’échecs dans le genre de l’opéra seria (dont le dernier Deidamia montre combien le théâtre italien ne plaît plus au public londonien), un nouvel essor musical. Il s’est tourné vers l’oratorio en langue anglaise: l’avenir est là. Son librettiste habituel, l’aristocrate anglican assez conservateur, Charls Jennens, sélectionne une série d’épisodes de l’Ancien et du Nouveau Testament afin de concevoir une trame autour du Messie. Haendel pourtant affecté par ses revers cuisants sur la scène lyrique, mais toujours en quête d’un jaillissement nouveau de l’inspiration pour conquérir une nouvelle audience, compose la partition du Messie du 22 août au 14 septembre 1741.

Gloire dublinoise

C’est pourtant en Irlande que le musicien baroque redore son blason et retrouve une gloire jusque là émoussée. A Dublin, le compositeur trouve un accueil plus chaleureux qu’à Londres; il y organise aussitôt une série de répétitions. Le Messie est créé dans la cité dublinoise le 13 avril 1742. Dès la première très applaudie, les auditeurs admiratifs (700 billets vendus immédiatement) louent le “sublime, la grandeur, la tendresse” d’une partition parmi les meilleures du compositeur. Au regard de ce premier triomphe, Haendel organise à Dublin également, une seconde représentation le 3 juin.

Malédiction londonienne

Raphael_christ_resurrection Le_Messie_HaendelTrès engagé pour reprendre son poste de premier compositeur dans la capitale anglaise, Haendel entend reconquérir le public britannique, en particulier ces bourgeois bigots plus curieux de drames sacrés que les aristocrates qui avaient au début soutenu ses opéras seria. Le concert du 23 mars 1743 à Covent Garden est demi succès: Haendel est ébranlé, d’autant que Charles Jennens, son librettiste semble s’étonner de la musique qu’il ne trouve pas à son goût. L’affaire devient une catastrophe personnelle, et Haendel qui souhaitait redorer sa gloire, est traîné plus bas que dans ses pires cauchemars: il fait une attaque cérébrale. Incroyable ténacité du génie: deux années plus tard, Haendel fait programmer son oeuvre en 1745, avec d’ultimes aménagements… réglés par Jennens. A force d’opiniâtreté, le compositeur impose ses oratorios en langue anglaise, suffisamment pour s’offrir un Rembrandt en 1750 et payer l’orgue de la chapelle du Foundling Hospital (destiné à l’éducation des jeunes orphelins).D’ailleurs, jusqu’à sa mort, le compositeur fera donner chaque année au Foundling Hospital, une représentation de son Messie, dont les bénéfices renflouent les caisses de la noble et charitable institution londonienne. Vertueux Haendel qui en recevant, sait aussi redonner…

france2-logo_2013France 2, « Au clair de la lune »: Le Messie, oratorio en 3 parties de Georg Friedrich Haendel (orchestration de Mozart). Le Jeudi 17 avril à 00h30. Durée : 2h13mn. Réalisé par : Denis Caïozzi. Enregistré au Théâtre du Châtelet en 2011. Orchestre philarmonique de Radio France Chœur du Châtelet. Direction musicale : Hartmut Haenchen. Mise en scène, conception visuelle et costumes : Oleg Kulik

Soprano : Christina Landshamer 
Mezzo-soprano : Anna Stéphany
TĂ©nor : Tilman Lichdi
Basse : Darren Jeffery

Danseur soliste du ballet de Mariinski : Andrei Ivanov RĂ©citant : Michel Serres