Le Messie de HAENDEL au Québec

messie-haendel-festival-classica-marc-boucher-baryton-noel-2019-annonce-concert-evenemnt-classiquenewsFESTIVAL CLASSICA. QUEBEC, HAENDEL : LE MESSIE : 3 – 8 dĂ©c 2019. CĂ©lĂ©brer la magie de NoĂ«l avec l’oratorio le plus saisissant de Georg Friedrich Haendel. VoilĂ  une invitation qui ne se refuse pas. A la fois dramatique comme un opĂ©ra, Le Messie est une partition de maturitĂ©, emblĂ©matique de Haendel dans le genre de l’oratorio anglais et qui a le souci d’une vĂ©ritable intention spirituelle, permettant de mĂ©diter sur les thĂšmes de la Passion, de la RĂ©surrection…

Premier acteur de la vie musicale classique au QuĂ©bec, le Festival Classica s’associe Ă   L’Harmonie des saisons pour une nouvelle lecture du Messie de Haendel du 3 au 8 dĂ©cembre 2019, soit 6 concerts en tournĂ©e, en MontĂ©rĂ©gie ; poursuivant ainsi une nouvelle aventure automnale amorcĂ©e en 2017 ; les musiciens chanteurs et instrumentistes se retrouvent dans cette mĂȘme Ɠuvre phare du temps des fĂȘtes jouĂ©e sur instruments d’époque. Le chef Eric Milnes dirige les musiciens et chanteurs directement du clavecin, comme le fit Haendel Ă  son Ă©poque.

Mélisande Corriveau
Direction artistique

Magali Simard-GaldÚs
Soliste, soprano

Florence Bourget
Soliste, mezzo-soprano

Emmanuel Hasler
Soliste, ténor

Marc Boucher
Soliste, baryton

SAINT-LAMBERT
Mardi 3 décembre 2019, 19 h 30
Paroisse catholique de Saint-Lambert
RESERVEZ ici
https://app.beavertix.com/fr/billetterie/achat-de-billet/1034/4878

GRANBY
Mercredi 4 décembre 2019, 19 h 30
Église Sainte-Famille
https://app.beavertix.com/fr/billetterie/achat-de-billet/1034/4874

VAUDREUIL-DORION
Jeudi 5 décembre 2019, 19 h 30
Église Saint-Michel
https://www.trestler.qc.ca/content/concert-bénéfice-de-noël#top-menu

SAINT-BENOÎT-DU-LAC
Samedi 7 décembre 2019, 14 h
Abbaye de Saint-BenoĂźt-du-Lac
https://app.beavertix.com/fr/billetterie/achat-de-billet/1034/4872

REPENTIGNY
Dimanche 8 décembre 2019, 15 h
Église de la Purification
https://hector-charland.com/programmation/le-messie-de-haendel/

BOUCHERVILLE
Dimanche 8 décembre, 19 h 30
Église Sainte-Famille
https://app.beavertix.com/fr/billetterie/achat-de-billet/1034/4871

 

 

Pour toute information
Le Messie de Haendel, Saint-Lambert
nhoude@festivalclassica.com
(450) 912-0868

 

DUBLIN, 1742…

handel haendel portrait vignette dossier handel haendel 2016 496px-George_Frideric_Handel_by_Balthasar_DennerIncontestablement, l’oratorio en anglais Le Messie (1742) marque le triomphe des efforts de Georg Friedrich Handel (1685-1759) dans le genre de l’opĂ©ra sacrĂ©. Certes pas de mise en scĂšne, mais le souffle dramatique des chƓurs, le raffinement de l’orchestre et surtout la beautĂ© mĂ©lodique des airs, solos et duos, incarnent un Ăąge d’or lyrique en langue anglaise, qui tout en prolongeant le travail du compositeur saxon Ă  Londres aprĂšs ses tentatives (malheureuses) pour perpĂ©tuer l’opĂ©ra seria italien, parvient Ă  crĂ©er de toute piĂšce, un nouveau genre en Angleterre, l’oratorio anglais. Depuis Trevor Pinnock en 1988, il n’y a guĂšre d’interprĂštes aujourd’hui qui rĂ©ussise cette alliance rare de l’intelligibilitĂ©, de la subtilitĂ© et de la nervositĂ© expressive, tout en restituant aussi cette Ă©lĂ©gance du geste et de l’intonation qui fonde la singularitĂ© du style haendĂ©lien. AprĂšs La Resurrezzione (1708), Esther (1720), Deborah (1733), Athalia (1733), saul (1739), Israel en Egypte (1739), Le Messie est avant Londres un triomphe irlandais


DUBLIN, 1742. LONDRES, 1750
 Le Messie Ă©voque le succĂšs de Haendel, hors de Londres, en particulier Ă  Dublin, rĂ©pondant Ă  l’invitation du Lord Lieutenant d’Irlande : crĂ©Ă© en avril 1742, Le Messie suscite un triomphe immense (prĂšs de 700 spectateurs dĂšs sa crĂ©ation). A Londres, les spectateurs furent plus rĂ©servĂ©s, hostiles mĂȘmes, choquĂ©s d’écouter des textes sacrĂ©s au thĂ©Ăątre.
Il fallut attendre 1750 pour que Le Messie s’impose Ă  Londres quand Handel, reprenant la vocation altruiste de ses concerts, imagina de le donner au Foundling Hospital au profit des nĂ©cessiteux de Londres. Enrichie de hautbois et de bassons, la partition devait connaĂźtre une faveur croissante au point d’ĂȘtre jouĂ©e devant une salle comble, chaque annĂ©e.

PrĂ©mices, Passion, RĂ©surrection
 Dans la premiĂšre partie, les ProphĂštes annoncent l’arrivĂ©e du Messie, figure du sauveur, lumiĂšre du monde en une succession d’airs, hymnes, priĂšres d’une joie Ă©perdue
 tandis que le choeur, plus inspirĂ© et mystique que prĂ©cĂ©demment, en exprimant son omnipotence, glorifie Dieu.

La seconde partie s’interroge sur le sens de la Passion ; puis la troisiĂšme et courte derniĂšre partie, se concentre surtout sur le sens de la RĂ©surrection. ElĂ©gantissime, inspirĂ©, plein d’espoir et de tendresse lumineuse, Haendel Ă  la diffĂ©rence des Passions de Bach, plus Ăąpre (Saint-Jean) ou fraternel et dĂ©ploratif (Saint-Matthieu) explore une ferveur des plus Ă©tincelantes oĂč les promesses du pardon envoĂ»tent l’auditeur Ă  force de nobles et trĂšs humaines priĂšres. Architecte inspirĂ©, il sait ciseler la dĂ©licate modĂ©nature entre choeurs mĂ©ditatifs, airs solos, parure orchestrale de plus en plus raffinĂ©e et inspirĂ©e. Avec Haendel, l’oratorio anglais devient poĂ©sie musicale.

LIRE aussi notre dossier spécial les oratorios de Haendel:
http://www.classiquenews.com/hanendel-handel-les-oratorios/

Le Messie de Haendel

Bruxelles : Tamerlano et AlcinaFrance Musique. Handel : Le Messie. Jeudi 20 aoĂ»t 2015, 20h. Le Messie de Haendel. Le Messie s’appuie sur le livret de Charles Jennens qui sĂ©lectionne des pages de l’Ancien et du Nouveau testament, soulignant la nature divine et miraculeuse de JĂ©sus, les prophĂ©ties Ă©noncĂ©es dans l’Ancien testament, s’accomplissant bien dans le Nouveau. Pourtant pas de drame tragique Ă©voquant la Passion et le Sacrifice ni la RĂ©surrection aprĂšs la mort, mais comme un oratorio, la lumiĂšre de la croyance, la ferveur de la foi et de l’espĂ©rance qui trouvent dans les images musicales, toujours dramatiques – c’est lĂ  le gĂ©nie lyrique et thĂ©Ăątral de Haendel-, l’accomplissement attendu. Au dĂ©but des annĂ©es 1740 – la partition a Ă©tĂ© “expĂ©diĂ©e” en peu de temps (3 semaines seulement) Ă  la fin de l’étĂ© 1741 (Jennens se plaindra du manque d’inspiration musicale, d’une indignitĂ© patente au regard de l’élĂ©vation du livret, en particulier vis Ă  vis de l’ouverture
), le compositeur affirme pourtant sa maturitĂ©, rĂ©ussissant dans le langage de l’oratorio, une Ă©vocation pleine de souffle et d’emportements (mesurĂ©s cependant) qui passe par l’engagement des chƓurs (trĂšs prĂ©sents, acteurs principaux dans cette fresque contemplative plus que narrative), et oĂč les airs solistes dĂ©veloppent les sentiments d’admiration, de certitude fervente, d’épanouissement individuel portĂ© par l’esprit de compassion et de fraternitĂ© fervente que leur inspire le Sacrifice
 CrĂ©Ă© en 1742 Ă  Dublin, puis en 1743 à  Londres, Le Messie ne suscita pas ce triomphe escomptĂ© par Jennens. Trop mĂ©ditatif, pas assez dramatique et spectaculaire comme Samson, Le Messie fut moins apprĂ©ciĂ© par sa nature immĂ©diatement oratorienne.
La progression dramaturgique du cycle est scindĂ©e en trois parties : ProphĂ©ties (Annonciation, NativitĂ©) ; Passion (RĂ©surrection puis Ascension) ; RĂ©demption et salut de l’ñme chrĂ©tienne compatissante
 Ce n’est qu’au cours de la dĂ©cennie suivante, dans les annĂ©es 1750 que Le Messie s’imposa et fut vĂ©ritablement apprĂ©ciĂ©, quand Haendel le donna chaque CarĂȘme Ă  Covent Garden dans la chapelle de sa propre fondation pour les jeunes enfants dĂ©munis et abandonnĂ©s, du Foundling Hospital Ă  Londres. Il pouvait s’appuyer alors sur le talent de son castrat favori, l’alto Gaetano Guadagni.

logo_france_musique_DETOUREHaendel (1685-1759) : Messiah HWV 56, 1742. France Musique, jeudi 20 août 2015, 20h. Rosemary Joshua, Patricia bardon, Topi Lehtipuu, Neal Davies. Le Concert Spirituel. Hervé Niquet, direction.

Compte-rendu, concert. Avignon, OpĂ©ra-ThĂ©Ăątre, le 29 mars 2015. Georg Friedrich Haendel : The Messiah. Magali Arnault Stanczak, Julien Freymuth, David Munderloh, Raymond Ayers. Le Parlement de Musique. ChƓur Orlando de Fribourg. Laurent Gendre, direction.

Bruxelles : Tamerlano et AlcinaVoilĂ  quinze ans que le Festival de Musique Baroque d’Avignon – prĂ©sidĂ© par Robert Dewulf – ponctue la vie musicale de la cĂ©lĂšbre citĂ© papale. AprĂšs un Requiem de Mozart (dirigĂ© par le talentueux chef argentin Leonardo Garcia Alarcon) qui a remportĂ© tous les suffrages en dĂ©but de saison, c’est un autre titre parmi les plus fameux du rĂ©pertoire sacrĂ© que le festival proposait en cette pĂ©riode pascale : Le Messie de Georg Friedrich Haendel.  Pour dĂ©fendre le chef d’Ɠuvre de Haendel, sont rĂ©unis Ă  Avignon la formation baroque Le Parlement de Musique (fondĂ©e et dirigĂ©e par Martin Gester) et le ChƓur Orlando de Fribourg, tous deux placĂ©s sous la direction de Laurent Gendre (directeur du ChƓur prĂ©citĂ©). Parfois exĂ©cutĂ© avec un orchestre – et surtout un chƓur – plĂ©thoriques, c’est au contraire une approche chambriste, en quĂȘte d’équilibre, que propose ici le chef suisse. On se rapproche ainsi de la premiĂšre exĂ©cution du Messie qui – sous la baguette de Haendel lui-mĂȘme venu se rĂ©fugier Ă  Dublin en 1742 – ne comportait qu’une cinquantaine d’interprĂštes (seize chanteurs et quarante instrumentistes pour ĂȘtre prĂ©cis).

Messie chambriste

Incontestablement, l’approche de Laurent Gendre est trĂšs musicale, et c’est un vĂ©ritable bonheur que d’entendre une sonoritĂ© aussi chantante et enlevĂ©e, dans un ouvrage si galvaudĂ© par tant de versions « musclĂ©es » et pesantes.
Quant aux solistes, s’ils ne comptent pas parmi les stars du moment, ils n’en sont pas moins remarquables, et s’avĂšrent Ă  la hauteur de l’entreprise, vivant et disant l’amour et les souffrances du Christ avec une belle ferveur. Ces derniers interviennent dans de multiples combinaisons de rĂ©citatifs et airs aux accompagnements variĂ©s qui confĂšrent tout l’attrait de cet opus.

Le tĂ©nor californien David Munderloh, notamment, signe une prestation remarquable tout au long du concert, entamant le cycle d’airs des « ProphĂ©ties » par une « Annonciation » interprĂ©tĂ©e avec joie et bonheur : une trĂšs belle prĂ©sence vocale, assise sur une parfaite maĂźtrise technique du chant, une excellente conduite de la voix et une grande prĂ©cision rythmique, le tout mariĂ© Ă  une intense sensibilitĂ© thĂ©Ăątrale.

CĂŽtĂ© fĂ©minin, la soprano suisse Magali Arnault-Stanczak contribue Ă  l’excellence de la soirĂ©e par une technique vocale impeccable, le timbre prĂ©sentant un Ă©clat tout spĂ©cial, sans jamais sacrifier le texte. Son interprĂ©tation du rĂ©citatif de « La NativitĂ© » – qui traduit la premiĂšre manifestation du Christ auprĂšs des bergers – est emplie d’une ferveur lumineuse, et l’on retrouve la mĂȘme expression pleine de joie dans la description qu’elle donne de « La RĂ©surrection ».

Il n’en va pas de mĂȘme du jeune contre-tĂ©nor alsacien Julien Freymuth qui trahit trop de retenue vocale par rapport aux autres solistes. Si sa voix fait preuve d’une grande prĂ©cision, et surtout bĂ©nĂ©ficie d’une diction trĂšs propre, sa projection est trop limitĂ©e, notamment dans le fameux « He was despised », le plus bel air de la partition (qui dĂ©crit le mĂ©pris qu’essuie le Christ). Quant au baryton amĂ©ricain Raymond Ayers, il impressionne en revanche par sa prĂ©sence tant physique que vocale : le tableau qu’il dresse du « Jugement dernier » – le magnifique « The trumpet shall sound » – fait ainsi parcourir le frisson dans l’Ă©chine des auditeurs.

Enfin, le remarquable ChƓur Orlando – composĂ© d’une vingtaine de chanteurs – participe Ă©galement pleinement Ă  la grandeur de l’Ă©difice. On retiendra en particulier un « And he shall purify » qui parvient Ă  crĂ©er une ambiance emprunte d’une douce paix et d’une chaleureuse confiance, mais voilĂ  surtout  longtemps que nous n’avions entendu un « Alleluia ! » aussi Ă©lectrique ! Bref, une exĂ©cution du Messiah qui « rend meilleur », comme le souhaitait Haendel…

Compte-rendu, concert. Avignon, OpĂ©ra-ThĂ©Ăątre, le 29 mars 2015. Georg Friedrich Haendel : The Messiah. Magali Arnault Stanczak, Julien Freymuth, David Munderloh, Raymond Ayers. Le Parlement de Musique. ChƓur Orlando de Fribourg. Laurent Gendre, direction.

CD. Haendel : Messiah, Le Messie (HaĂŻm, 2013, 2 cd Erato)

haendel handel messiah le messie jennens  cd Erato emmnauelle haim 2 cd erato compte rendu critique classiquenewsCD. Haendel : Le Messie (HaĂŻm, 2013, 2 cd Erato). Le Messie s’appuie sur le livret de Charles Jennens qui sĂ©lectionne des pages de l’Ancien et du Nouveau testament, soulignant la nature divine et miraculeuse de JĂ©sus, les prophĂ©ties Ă©noncĂ©es dans l’Ancien testament, s’accomplissant bien dans le Nouveau. Pourtant pas de drame tragique Ă©voquant la Passion et le Sacrifice ni la RĂ©surrection aprĂšs la mort, mais comme un oratorio, la lumiĂšre de la croyance, la ferveur de la foi et de l’espĂ©rance qui trouvent dans les images musicales, toujours dramatiques – c’est lĂ  le gĂ©nie lyrique et thĂ©Ăątral de Haendel-, l’accomplissement attendu. Au dĂ©but des annĂ©es 1740 – la partition a Ă©tĂ© “expĂ©diĂ©e” en peu de temps (3 semaines seulement) Ă  la fin de l’Ă©tĂ© 1741 (Jennens se plaindra du manque d’inspiration musicale, d’une indignitĂ© patente au regard de l’Ă©lĂ©vation du livret, en particulier vis Ă  vis de l’ouverture…), le compositeur affirme pourtant sa maturitĂ©, rĂ©ussissant dans le langage de l’oratorio, une Ă©vocation pleine de souffle et d’emportements (mesurĂ©s cependant) qui passe par l’engagement des chƓurs (trĂšs prĂ©sents, acteurs principaux dans cette fresque contemplative plus que narrative), et oĂč les airs solistes dĂ©veloppent les sentiments d’admiration, de certitude fervente, d’Ă©panouissement… crĂ©Ă© en 1742 Ă  Dublin, puis en 1743 à  Londres, Le Messie ne suscita pas ce triomphe escomptĂ© par Jennens. Trop mĂ©ditatif, pas assez draamtique et spectaculaire comme Samson, Le Messie fut moins apprĂ©ciĂ© par sa nature immĂ©diatement oratorienne.

De fait, Emmanuelle HaĂŻm semble prendre littĂ©ralement Ă  la lettre le mode poĂ©tique mais statique des Ă©pisodes : la cohĂ©sion et la sonoritĂ© souveraine du choeur, la plĂ©nitude ronde et bondissante du Concert d’AstrĂ©e montrent indiscutablement combien Haendel a trouvĂ© – depuis les pionniers : Christie et Malgoire-, des interprĂštes inspirĂ©s, convaincants ; les solistes de cette version sont diversement impliquĂ©s : le plus engagĂ© et expressif reste la basse Christopher Purves, et aussi le contre tĂ©nor ou alto : Tim Mead (qui faisait aussi la valeur du rĂ©cent programme des Arts Florissants dĂ©diĂ© aux musique haendĂ©liennes pour la Reine Caroline, 1 cd Les Arts Florissants, William Christie Éditions). Plus lisse, la vocalitĂ© sans aspĂ©ritĂ©s donc souvent distante de Lucy Crowe, ou l’impassible tĂ©nor Andrew Staples. Pour autant prenons nous bien en compte la progression dramaturgique du cycle scindĂ© en trois parties : ProphĂ©ties (Annonciation, NativitĂ©) ; Passion (RĂ©surrection puis Ascension) ; RĂ©demption et salut de l’Ăąme chrĂ©tienne compatissante… Ce n’est qu’au cours de la dĂ©cennie suivante, dans les annĂ©es 1750 que Le Messie s’imposa et fut vĂ©ritablement apprĂ©ciĂ©, quand Haendel le donna chaque CarĂȘme Ă  Covent Garden dans la chapelle de sa propre fondation pour les jeunes enfants dĂ©munis et abandonnĂ©s, du Foundling Hospital Ă  Londres. Il pouvait s’appuyer a lors sur le talent de son castrat favori, l’alto Gaetano Guadagni.

Contrairement Ă  William Christie son ancien mentor dont elle assurait le continuo, Emmanuelle HaĂŻm s’en tient Ă  un juste milieu, ni trop expressif ni trop neutre ; une voie mĂ©diane, trĂšs (trop?) british et politically correct. D’ailleurs les artisans de cette production (membres du chƓur, solistes et instrumentistes) sont majoritairement britanniques. William Christie a tranchĂ© depuis longtemps : particuliĂšrement soucieux de l’intelligibilitĂ© textuel – le livret de Jennens y gagne un surcroĂźt d’Ă©loquence dramatique-, le directeur fondateur des Arts Florissants sait aussi caractĂ©riser comme peu, l’essence thĂ©Ăątrale de la musique haendĂ©lienne. Car ici, mĂȘme en terres sacrĂ©es, l’opĂ©ra n’est jamais loin d’une sĂ©quence mĂȘme si elle s’identifie constamment Ă  l’oratorio.
Plus dĂ©concertantes chez HaĂŻm… les tournures de fin de phrases et les variations dans la rĂ©solution des ornements, ou la grille flottante et mobile des tempi (chƓur Hallelujah !, plage 21)… ces effets inĂ©dits tournent parfois au maniĂ©risme hors sujet qui contredit l’Ă©lĂ©gance naturelle comme le goĂ»t si Ă©quilibrĂ©, haendĂ©liens.

En final qu’avons nous ? Une sonoritĂ© sĂ©duisante, des solistes appliquĂ©s mais souvent peu habitĂ©s (sauf Mead et Purves), un lĂ©chĂ© oratorien qui reste de bon aloi : la puissante thĂ©ĂątralitĂ© contenue dans la partition de Haendel en sort-elle vraiment gagnante ?

Haendel (1685-1759) : Messiah HWV 56. Lucy Crowe, Tim Mead, Andrew Staples, Christopher Purves, ChƓur et orchestre du Concert d’AstrĂ©e (David Bates, chef de choeur). Emmanuelle HaĂŻm, direction (2 cd Erato RĂ©f. 0825646240555. Enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  Lille, en dĂ©cembre 2013).

Le Messie de Haendel

Haendel, handel Messielogo_france2_2014TĂ©lĂ©. France 2. Haendel : Le Messie. Jeudi 17 avril 2014, 00h30. Oratorio atypique. Le Messie est un collage de textes bibliques Ă©voquant la figure du Christ, de sa naissance Ă  sa rĂ©surrection. L’ouvrage de Haendel se prĂȘte aux visions scĂ©niques les plus dĂ©mesurĂ©es; celle d’Oleg Kulik, l’artiste russe qui a conçu une spacialisation saisissante des VĂȘpres de la Vierge de Monteverdi est Ă  riche en rĂ©fĂ©rences, suggestive et trĂšs rythmĂ©e. Un support idĂ©al pour l’élĂ©vation spirituelle de la musique ? A chacun de juger.L’oratorio miraculeux. La partition au titre salvateur est l’un des chefs d’oeuvre de la musique sacrĂ©e baroque et aussi dans la vie de Haendel, la source d’un renouvellement puissant, l’étape qui scelle aprĂšs un cycle d’échecs dans le genre de l’opĂ©ra seria (dont le dernier Deidamia montre combien le thĂ©Ăątre italien ne plaĂźt plus au public londonien), un nouvel essor musical. Il s’est tournĂ© vers l’oratorio en langue anglaise: l’avenir est lĂ . Son librettiste habituel, l’aristocrate anglican assez conservateur, Charls Jennens, sĂ©lectionne une sĂ©rie d’épisodes de l’Ancien et du Nouveau Testament afin de concevoir une trame autour du Messie. Haendel pourtant affectĂ© par ses revers cuisants sur la scĂšne lyrique, mais toujours en quĂȘte d’un jaillissement nouveau de l’inspiration pour conquĂ©rir une nouvelle audience, compose la partition du Messie du 22 aoĂ»t au 14 septembre 1741.

Gloire dublinoise

C’est pourtant en Irlande que le musicien baroque redore son blason et retrouve une gloire jusque lĂ  Ă©moussĂ©e. A Dublin, le compositeur trouve un accueil plus chaleureux qu’à Londres; il y organise aussitĂŽt une sĂ©rie de rĂ©pĂ©titions. Le Messie est crĂ©Ă© dans la citĂ© dublinoise le 13 avril 1742. DĂšs la premiĂšre trĂšs applaudie, les auditeurs admiratifs (700 billets vendus immĂ©diatement) louent le “sublime, la grandeur, la tendresse” d’une partition parmi les meilleures du compositeur. Au regard de ce premier triomphe, Haendel organise Ă  Dublin Ă©galement, une seconde reprĂ©sentation le 3 juin.

Malédiction londonienne

Raphael_christ_resurrection Le_Messie_HaendelTrĂšs engagĂ© pour reprendre son poste de premier compositeur dans la capitale anglaise, Haendel entend reconquĂ©rir le public britannique, en particulier ces bourgeois bigots plus curieux de drames sacrĂ©s que les aristocrates qui avaient au dĂ©but soutenu ses opĂ©ras seria. Le concert du 23 mars 1743 Ă  Covent Garden est demi succĂšs: Haendel est Ă©branlĂ©, d’autant que Charles Jennens, son librettiste semble s’étonner de la musique qu’il ne trouve pas Ă  son goĂ»t. L’affaire devient une catastrophe personnelle, et Haendel qui souhaitait redorer sa gloire, est traĂźnĂ© plus bas que dans ses pires cauchemars: il fait une attaque cĂ©rĂ©brale. Incroyable tĂ©nacitĂ© du gĂ©nie: deux annĂ©es plus tard, Haendel fait programmer son oeuvre en 1745, avec d’ultimes amĂ©nagements
 rĂ©glĂ©s par Jennens. A force d’opiniĂątretĂ©, le compositeur impose ses oratorios en langue anglaise, suffisamment pour s’offrir un Rembrandt en 1750 et payer l’orgue de la chapelle du Foundling Hospital (destinĂ© Ă  l’éducation des jeunes orphelins).D’ailleurs, jusqu’à sa mort, le compositeur fera donner chaque annĂ©e au Foundling Hospital, une reprĂ©sentation de son Messie, dont les bĂ©nĂ©fices renflouent les caisses de la noble et charitable institution londonienne. Vertueux Haendel qui en recevant, sait aussi redonner


france2-logo_2013France 2, « Au clair de la lune »: Le Messie, oratorio en 3 parties de Georg Friedrich Haendel (orchestration de Mozart). Le Jeudi 17 avril Ă  00h30. DurĂ©e : 2h13mn. RĂ©alisĂ© par : Denis CaĂŻozzi. EnregistrĂ© au ThĂ©Ăątre du ChĂątelet en 2011. Orchestre philarmonique de Radio France ChƓur du ChĂątelet. Direction musicale : Hartmut Haenchen. Mise en scĂšne, conception visuelle et costumes : Oleg Kulik

Soprano : Christina Landshamer 
Mezzo-soprano : Anna Stéphany
TĂ©nor : Tilman Lichdi
Basse : Darren Jeffery

Danseur soliste du ballet de Mariinski : Andrei Ivanov RĂ©citant : Michel Serres