Rustioni dirige Le Coq d’Or de Rimsky : attention, prodige !

RIMSKY-COQ-D-OR-KOSKY-Opera-de-lyon-aix-en-provence-festival-2021-critique-opera-par-classiquenewsFrance Musique, sam 18 sept 2021, 20h. RIMSKY-K.: Le Coq d’or. L’intelligence de la mise en scĂšne de Barrie Kosky pour cette nouvelle production lyonnaise a su dialoguer Ă  Ă©galitĂ© avec la partie musicale portĂ©e par le chef Daniele Rusconi. France Musique est bien inspirĂ©e de garder trace de cet excellent spectacle
. magique donc mĂ©morable Ă  bien des Ă©gards. Reine de Chemakha percutante et timbrĂ©e (Nina Minasyan), nourrice Amelfa aussi tendre que vĂ©hĂ©mente (Margarita Nekrasova), tsar Ă  la fois ridicule et sincĂšre (Dmitry Ulyanov), car il s’agit bien d’une critique du pouvoir tsariste, sans omettre la basse dĂ©lirante, onirique, parfois surrĂ©aliste 
. Mischa Schelomianski dans le rĂŽle Ă©trange de Polkan
 chacun tient sa partie et nourrit la richesse trouble des personnages. Le rĂŽle clĂ© de l’opĂ©ra demeure assurĂ©ment celui de l’Astrologue qui ouvre et referme le livre fabuleux, en manipulateur suprĂȘme : Andrey Popov se rĂ©vĂšle dans toute la sĂ©duction trouble du caractĂšre central. Le Choeur de l’OpĂ©ra de Lyon est de la mĂȘme eau, scintillante, irradiante et la direction du chef Rustoni dĂ©taille, articule un prodige lyrique et dramatique, entre onirisme et cynisme. Du grand art. PHOTO : Le Coq d’or / OpĂ©ra de Lyon juin 2021 (DR : © Jean-Louis Fernandez)

Concert donnĂ© le 20 mai 2021 Ă  l’OpĂ©ra de Lyon.
Nikolaï Andreïevitch Rimski-Korsakov : Le Coq d’or
OpĂ©ra en trois actes sur un livret de Vladimir I. Bielski, d’aprĂšs le conte d’Alexandre Pouchkine crĂ©Ă© le 7 octobre 1909 au ThĂ©Ăątre Solodovnikov Ă  Moscou.

Avec
Dmitry Ulyanov, basse, Le tsar Dodon‹Andrei Popov, tĂ©nor, l’Astrologue‹Mischa Schelomianski, basse, Polkan‹Nina Minasyan, soprano, la reine de Chemakha
Margarita Nekrasova, mezzo-soprano, Amelfa
Andrei Zhilikhovsky, baryton, le tsarévitch Aphron
Anna Denisova, soprano, la voix du Coq d’or‹Vasily Efimov, tĂ©nor, le tsarĂ©vitch Gvidon‹ChƓurs de l’OpĂ©ra de Lyon‹Orchestre de l’OpĂ©ra de Lyon‹Direction : Daniele Rustioni

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LIRE ici la critique complĂšte de notre rĂ©dacteur JF Lattarico, tĂ©moin de la reprĂ©sentation lyonnaise du 2 juin 2021 : « Un Coq double et fascinant qui chante et enchante  »,
http://www.classiquenews.com/critique-opera-lyon-le-2-juin-2021-rimski-korsakov-le-coq-dor-rustioni-kosky/

CRITIQUE opĂ©ra. LYON, le 2 juin 2021. RIMSKI-KORSAKOV, Le Coq d’or. Rustioni / Kosky

CRITIQUE opĂ©ra. LYON, le 2 juin 2021. RIMSKI-KORSAKOV, Le Coq d’or. Rustioni / Kosky. Avant les festivaliers d’Aix-en-Provence cet Ă©tĂ© en juillet, les Lyonnais ont eu la primeur de cette magnifique production qui restera gravĂ©e dans toutes les mĂ©moires. Une rĂ©ussite magistrale et exemplaire. DĂšs le prologue, l’Astrologue avertit le public : ce Coq d’or est une fable ; comprenons : une allĂ©gorie critique du pouvoir tsariste. Comme toute fable, alors qu’elle s’inscrit dans un contexte politique prĂ©cis (la tourmente rĂ©volutionnaire de 1905 qui affecta le compositeur), celle-ci s’inscrit dans une sorte d’intemporalitĂ© et d’indĂ©termination topographique qui renforce son caractĂšre universel. Le metteur en scĂšne Barrie Kosky en a parfaitement saisi l’essence et propose une lecture d’une force dramatique proprement hallucinĂ©e qui tient en haleine les spectateurs durant les plus de deux heures du spectacle donnĂ© sans entracte. Les contraintes sanitaires ont ici une vertu : l’absence d’interruption magnifie la progression dramatique de l’Ɠuvre et en rĂ©vĂšle la force et la parfaite cohĂ©rence.

 

 

Prodige Ă  l’OpĂ©ra de Lyon,
mis en scĂšne par Barrie Kosky

un Coq double et fascinant qui chante et enchante

 

 

 

RIMSKY-COQ-D-OR-KOSKY-Opera-de-lyon-aix-en-provence-festival-2021-critique-opera-par-classiquenewsLe Coq d’or – production de l’OpĂ©ra de Lyon, juin 2021 (DR : © Jean-Louis Fernandez)

 

 

 

Sur scĂšne, un champ d’ajoncs Ă  perte de vue et un arbre sec servant de perchoir au volatile ; cĂŽtĂ© personnages, le tsar n’est pas en tenue d’apparat, mais porte un maillot de corps maculĂ© de sang et de sueur, tandis que ses deux fils – seul clin d’Ɠil Ă  une lecture plus contemporaine – apparaissent comme des bureaucrates d’une Russie soviĂ©tique. L’armĂ©e n’a point de visage, qui s’indiffĂ©rencie dans des dizaines de tĂȘtes de chevaux en jarretelles et bas en dentelles, Ă©voquant un gigantesque jeu d’échecs dont le tsar se croit le roi incontestĂ©. Le caractĂšre hybride et sexuellement indiffĂ©renciĂ© du conte (inspirĂ© de Pouchkine, lui-mĂȘme se souvenant des Contes de l’Alhambra de J. Irving) se retrouve chez les deux personnages essentiels de l’intrigue : l’Astrologue, tour Ă  tour fĂ©minin et masculin, dans la voix comme dans l’attitude, et chez le coq, peinturlurĂ© d’or et « vĂȘtu » d’une seule chaussure Ă  talon aiguille, tandis que la reine de Chemakha semble tout droit sortie d’une revue de music-hall ou d’un film glamour des annĂ©es cinquante, rappelant avec sa robe Ă  paillettes telle MarlĂšne Dietrich entourĂ©e de ses quatre boys exĂ©cutant de suggestives danses lascives.

La distribution rĂ©unie pour cette production magique ne mĂ©rite que des Ă©loges. La reine est campĂ©e par la soprano armĂ©nienne Nina Minasyan, d’un aplomb, d’une prĂ©sence scĂ©nique et d’une aisance stupĂ©fiante dans les aigus sans que cela n’affecte un timbre charnu d’une grande sensualitĂ© qui constamment enchante ; dans le rĂŽle de la nourrice Amelfa, Margarita Nekrasova conjugue puissance masculine et grande douceur, en particulier dans sa berceuse du premier acte. L’hybridisme est aussi celui du coq, incarnĂ© par Wilfried Gonon, Ă  la trouble sensualitĂ©, et, pour la voix, par Maria Nazarova, au timbre Ă  la fois flĂ»tĂ© et sonore, sans qu’à aucun moment n’apparaisse l’étrangetĂ© de cette double incarnation. Le tsar illustre un autre aspect de la dualitĂ© Ă  l’Ɠuvre dans cet opĂ©ra : son caractĂšre ridicule, jouet du destin dont le coq tire les ficelles, n’obĂšre jamais la beautĂ© ni la qualitĂ© de la voix. Dmitry Ulyanov respecte avec constance et bonheur ces deux aspects a priori contradictoires du personnage. CachĂ© sous sa tĂȘte de cheval, le gĂ©nĂ©ral Polkan – personnage absent chez Pouchkine – est le parangon du chef militaire dĂ©vouĂ©, aux vocifĂ©rations canines (inspirĂ© du folklore russe oĂč il apparaĂźt en crĂ©ature monstrueuse mi-homme mi-chien). Le timbre caverneux de la basse Mischa Schelomianski perce sans effort le voile Ă©pais de son costume d’équidĂ©, avant de disparaĂźtre sans qu’on sache vraiment comment.

Plus impressionnante encore la voix de l’Astrologue Ă  la tessiture invraisemblable, irrĂ©elle, parfois d’une laideur alliciante, Ă  l’image de l’étrangetĂ© fascinante de ce personnage qui ouvre et achĂšve l’opĂ©ra. Andrey Popov en propose une lecture Ă©poustouflante, magnifiĂ©e par un jeu scĂ©nique qui fige le regard et l’écoute des spectateurs. Les chƓurs sont un personnage Ă  part entiĂšre de l’intrigue et, comme pour chaque production, les ChƓurs de l’OpĂ©ra de Lyon, superbement dirigĂ©s par Roberto Balistreri, maintiennent un trĂšs haut niveau d’excellence que la direction habile de Barrie Kosky met en valeur, aussi bien en cavaliers d’échec qu’en foule tchadorisĂ©e, finissant presque par se confondre avec le dĂ©cor vĂ©gĂ©tal.

A nouveau Daniele Rustioni dĂ©montre son exceptionnelle habiletĂ© Ă  s’approprier une partition redoutable, qui conjugue sortilĂšges orientalisants et ĂąpretĂ© des timbres : le grotesque cĂŽtoie le sublime, fruit d’une imagination sans limite, comme dans le cortĂšge des crĂ©atures bizarres qui fait dire au peuple mĂ©dusĂ© ce qui fait office de profession de foi esthĂ©tique : « Le monde est plein de prodiges ! »

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CRITIQUE opĂ©ra. LYON, le 2 juin 2021. RIMSKI-KORSAKOV, Le Coq d’or. Dmitry Ulyanov (Le Tsar Dodon), Nina Minasyan (La Reine de Chemaka), Andrey Popov (L’Astrologue), Margarita Nekrasova (Amelfa), Mischa Schelomianski (Polkan), Andrey Zhilikhovsky (Le TsarĂ©vitch Aphron), Vasily Efimov (Le TsarĂ©vitch Gvidon), Maria Nazarova (La voix du Coq d’or), Wilfried Gonon (Le Coq d’or), StĂ©phane Arestan-OrrĂ©, RĂ©mi Benard, Vivien Letarnec, Christophe West (Danseurs), Barrie Kosky (mise en scĂšne), Rufus Didwiszus (dĂ©cors), Victoria Behr (costumes), Franck Evin (lumiĂšres), Otto Pichler (Dramaturgie), Roberto Balistreri (Chef des chƓurs), Orchestre et ChƓurs de l’OpĂ©ra de Lyon, Daniele Rustioni (direction).