TOURS, Opéra. Le Barbier de Séville de ROSSINI de Pelly et Pionnier

babrier-pelly-rossini-tours-critique-trio-terzetto-acte-II-opera-critique-classiquenewsTOURS, OpĂ©ra. ROSSINI : Le Barbier de SĂ©ville : 29 janv – 2 fĂ©v 2020. Eblouissant Barbier de Rossini par Laurent Pelly et Benjamin Pionnier. jusqu’au 2 fĂ©vrier 2020. On ne saurait souligner la rĂ©ussite totale de cette production, pour certains, dĂ©jĂ  vue (crĂ©Ă©e Ă  Paris en 2017), mais Ă  Tours rĂ©activĂ©e sous la direction de Benjamin Pionnier et avec une distribution qui atteint l’idĂ©al.

Rossini en 1816, Ă  peine ĂągĂ© de 25 ans, ouvre une nouvelle Ăšre musicale avec ce Barbier sommet d’élĂ©gance et de pĂ©tillance et qui semble sublimer le genre buffa. La rĂ©alisation Ă  l’OpĂ©ra de Tours en exprime toutes les facettes, tout en soulignant aussi la justesse de Laurent Pelly qui signe ici l’une de ses meilleures mises en scĂšne rossiniennes. Directeur des lieux, le chef d’orchestre Benjamin Pionnier est bien inspirĂ© de programmer ce spectacle en le proposant aux tourangeaux. Une maniĂšre inoubliable de fĂȘter l’annĂ©e nouvelle et de poursuivre la saison lyrique 2019 – 2020 Ă  Tours.

LIRE NOTRE PRÉSENTATION du Barbier de SĂ©ville de Rossini par Laurent Pelly et Benjamin Pionnier Ă  l’OpĂ©ra de Tours, jusqu’au 2 fĂ©vrier 2020. Production Ă©vĂ©nement

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Le BARBIER DE SÉVILLE Ă  l’OpĂ©ra de Tours

TOURS, OpĂ©ra. Eblouissant Barbier de Rossini par Laurent Pelly et Benjamin Pionnier. jusqu’au 2 fĂ©vrier 2020. On ne saurait souligner la rĂ©ussite totale de cette production, pour certains, dĂ©jĂ  vue (crĂ©Ă©e Ă  Paris en 2017), mais Ă  Tours rĂ©activĂ©e sous la direction de Benjamin Pionnier et avec une distribution qui atteint l’idĂ©al.

Rossini en 1816, Ă  peine ĂągĂ© de 25 ans, ouvre une nouvelle Ăšre musicale avec ce Barbier sommet d’élĂ©gance et de pĂ©tillance et qui semble sublimer le genre buffa. La rĂ©alisation Ă  l’OpĂ©ra de Tours en exprime toutes les facettes, tout en soulignant aussi la justesse de Laurent Pelly qui signe ici l’une de ses meilleures mises en scĂšne rossiniennes. Directeur des lieux, le chef d’orchestre Benjamin Pionnier est bien inspirĂ© de programmer ce spectacle en le proposant aux tourangeaux. Une maniĂšre inoubliable de fĂȘter l’annĂ©e nouvelle et de poursuivre la saison lyrique 2019 – 2020 Ă  Tours.

 

 

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DĂšs l’Ouverture, lĂ©gĂšre et Ă©lĂ©gante en particulier dans sa seconde partie, – hommage au Mozart viennois tissĂ© dans le raffinement et la subtilitĂ© des cordes, le souci de lĂ©gĂšretĂ© et de finesse s’affirme dans la direction du maestro.
Puis vient le miracle d’une mise en scĂšne qui se dĂ©voile peu Ă  peu, limpide, facĂ©tieuse et aussi, elle mĂȘme Ă©lĂ©gantissime dans ses dĂ©placements, enchaĂźnements et gestuelle en particulier les ensembles rĂ©glĂ©s au cordeau en une chorĂ©graphie souvent rĂ©jouissante. Laurent Pelly nous ravit en ce qu’il respecte a contrario de beaucoup de ses confrĂšres, la musique, rien que la musique

Propre aux mises en scĂšne intelligentes, on y dĂ©tecte mille et une idĂ©es d’un Rossini non seulement divertissant surtout pertinent, profond dĂ©jĂ  fĂ©ministe en diable, d’une Ă©loquence sincĂšre, brillante, virtuose. On redĂ©couvre la finesse d’une partition engagĂ©e sous la direction aĂ©rĂ©e et expressive de Benjamin Pionnier, pilote inspirĂ© de ce spectacle aussi sĂ©duisant qu’énergique.
C’est bien la musique, son essence fluide, miraculeuse que l’on cĂ©lĂšbre du dĂ©but Ă  la fin, jusque dans les rĂ©fĂ©rences visuelles des dĂ©cors oĂč toute l’action et les personnages semblent surgir d’immenses rouleaux de partitions ; mĂȘme Figaro y Ă©crit la mĂ©lodie de la romance d’Almaviva sous le balcon de Rosina, sur une immense portĂ©e vierge…
MĂȘme la tempĂȘte du II souffle des notes noires, bourrasque emblĂ©matique dĂ©sormais de la furia imaginative du compositeur gĂ©nial.

 

 

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On s’y dĂ©lecte de l’air moins connu de Rosina au dĂ©but du II, fausse leçon de chant qui doit paraĂźtre vraie pour ne pas Ă©veiller les soupçons du vieux Bartolo. Opera dans l’opĂ©ra, Rosina y chante le rondo extrait du drame « l’inutile precautiozione » dont le sujet mĂȘme renvoie Ă  l’action qui se joue devant nous ; mise en abime subtile car tour au long de l’ouvrage Rossini nous parle de musique, de chant, en un tourbillon dramatique qui semble synthĂ©tiser toutes les ficelles du genre.
De la frĂ©nĂ©sie insolente et mordante de Beaumarchais, Rossini n’a rien omis ni attĂ©nuĂ©: il exprime mĂȘme l’audace et l’impertinence Ă  leur comble dans une jubilation maĂźtrisĂ©e.

Production Ă©vĂ©nement Ă  l’OpĂ©ra de Tours. Avec le Figaro de Guillaume Andrieu, la Rosina d’Anna Bonitatibus
 Direction musicale : Benjamin Pionnier / mise en scĂšne : Laurent Pelly. 3 reprĂ©sentations Ă©vĂ©nements à l’OpĂ©ra de Tours, les 29, 31 janvier puis 2 fĂ©vrier 2020.

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Opéra de Toursboutonreservation
Mercredi 29 janvier 2020 – 20h00
Vendredi 31 janvier – 20h
Dimanche 2 fĂ©vrier – 15h

RÉSERVEZ :
http://www.operadetours.fr/le-barbier-de-seville

 

 

 

Direction musicale : Benjamin Pionnier

Mise en scÚne, décors et costumes : Laurent Pelly
LumiÚres : Joël Adam

Figaro : Guillaume Andrieux
Rosina : Anna Bonitatibus
Comte Almaviva : Patrick Kabongo
Bartolo : Michele Govi
Basilio : Guilhem Worms
Berta : Aurelia Legay
Fiorello : Nicholas Merryweather
Ambrogio et Notaire : Thomas Lonchampt

Choeur de l’OpĂ©ra de Tours
Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire / Tours
 

Barbier de Séville éblouissant à l'Opéra de Tours

 

© Sandra Daveau : les solistes de la production mise en scĂšne de Laurent Pelly, Ă  l’OpĂ©ra de Tours jusqu’au 2 fĂ©vrier 2020.

  

 

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classiquenews-opera-de-tours-barbier-pelly-pionnier-critique-opera-classiquenews-partition-anna-bonitatibusIVRESSE ET FINESSE ROSSINIENNES… Ainsi les ensembles rayonnent de lĂ©gĂšretĂ©, de finesse oĂč les acteurs gazouillent, trĂ©pignent en un dĂ©licieux caquetage. La rĂ©vĂ©lation y prend en particulier deux visages admirables de justesse : le terzetto Ă  la fin du II associant Almaviva, Figaro, Rosina qui en rĂ©alitĂ© unit amoureusement Figaro et Rosina en leurs deux voix mĂȘlĂ©es qui se rĂ©pondent. Puis en un enchaĂźnement que l’on voit rarement, l’air redoutable pour tout tĂ©nor “non piu resistere” – si peu chantĂ© par les tĂ©nors actuels, dans lequel Almaviva signifie au vieux Bartolo la fin dĂ©finitive de sa tyrannie crasse Ă  l’Ă©gard de Rosina. Une fin de non recevoir pour l’Ă©galitĂ© et la libertĂ© des femmes. RestituĂ© en situation, l’air prend une Ă©tonnante dimension dĂ©fensive et libertaire ; il souligne cette intelligence et cette acuitĂ© irrĂ©sistible de Rossini.
Au mĂ©rite de Benjamin Pionnier revient le choix (excellent) des solistes ; au sein d’une distribution qui sait caractĂ©riser chaque profil, se distinguent surtout la formidable Rosina de la si rossinenne Anna Bonitatibus : d’une rare justesse d’intonation, la cantatrice italienne cisĂšle le profil de la jeune sĂ©questrĂ©e, prĂȘte Ă  tout pour s’émanciper et suivre ce comte dont elle a auparavant interroger la fortune. Une fieffĂ©e sĂ©ductrice, trĂšs avisĂ©e ; palmes spĂ©ciales au tĂ©nor Patrick Kabongo au timbre clair, flexible, franc dont l’agilitĂ© rend naturel ce bel canto rossinien si difficile voire raide ailleurs. Sa prise de rĂŽle est une rĂ©ussite totale. Dans la mise en scĂšne rien que musicale de Pelly, les interprĂštes se livrent avec finesse et s’en donnent Ă  cƓur joie, sans omettre des saillies bien trash de la part de la vieille servante Berta, souvent coupĂ©e ; les chƓurs de l’OpĂ©ra de Tours sont excellents : prĂ©cis, impliquĂ©s, vrais acteurs qui renforcent encore l’impact dĂ©lirant de certaines scĂšnes. Production Ă©vĂ©nement.

 

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LIRE aussi notre prĂ©sentation du Barbier de SĂ©ville, Pelly / Pionnier Ă  l’OpĂ©ra de TOURS, les 29 et 31 janvier 2020, puis 2 fĂ©vrier 2020.
http://www.classiquenews.com/opera-de-tours-le-barbier-de-seville-par-pelly-et-pionnier/

 

 

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VOIR aussi notre REPORTAGE VIDEO Le Barbier de SĂ©ville Ă  l’OpĂ©ra de TOURS par Laurent Pelly et Benjamin Pionnier avec Anna Bonitatibus et Patrick Kabongo :

 

 

REPORTAGE ROSSINI Ă  l’OPERA DE TOURS : Le Barbier de SĂ©ville par Pelly et Pionnier (janv, fĂ©v 2020) from Classiquenews Classiquenews on Vimeo.

 

 

 

Opéra de Tours : Le Barbier de Séville par Pelly et Pionnier

rossini-portrait-gioachino-rossini-bigTOURS, OpĂ©ra. 29 janv – 2 fĂ©v 2020. ROSSINI : Le Barbier de SĂ©ville. Rossini, aprĂšs avoir traitĂ© le genre seria, s’affirme rĂ©ellement dans la veine du melodramma buffo (et en deux actes) comme l’atteste la rĂ©ussite triomphale de son Barbier de SĂ©ville, d’aprĂšs Beaumarchais, crĂ©Ă© au Teatro Argentina de Rome, en fĂ©vrier 1816. Fin lui aussi, mordant et d’une facĂ©tie irrĂ©sistible par sa verve toute en subtilitĂ©, le compositeur se montre Ă  la hauteur du drame de Beaumarchais : il rĂ©ussit musicalement dans les ensembles (fin d’actes) et aussi dans le profil racĂ©, plein de caractĂšre de la jeune sĂ©questrĂ©e, Rosine : piquante, dĂ©terminĂ©e, une beautĂ© pleine de charme
 Comment le jeune comte Almaviva rĂ©usira-t-il Ă  libĂ©rer la belle Rosina des griffes de son tuteur ĂągĂ© (Bartolo) qui a dĂ©cidĂ© de sĂ©questrer la jeune femme pour mieux l’asservir puis l’épouser ? GrĂące Ă  la complicitĂ© du factotum de SĂ©ville, Figaro, jeune Ăąme aussi conquĂ©rante et positive
 leur duo, tout en facĂ©tie et ingĂ©niositĂ©, est l’agent de libĂ©ration. Rossini
 fĂ©ministe ? Deux hommes redoublent de saine entente, de jubilante inventivitĂ© pour Ă©manciper la prisonniĂšre. Leurs talents qui allie grĂące, jeunesse, astuces s’entend dans la musique du jeune Rossini (24 ans), dont l’orchestration et le gĂ©nie mĂ©lodique exprime une mĂȘme pĂ©tillance. Ici c’est l’insolence et l’esprit de conquĂȘte d’une jeunesse sĂ»re d’elle qui s’affirme contre le vieil ordre. Rossini met en musique l’épisode inspirĂ© de Beaumarchais et qui prĂ©cĂšde ce que Mozart avant lui avait mis en musique avec la complicitĂ© de Da Ponte, Les Noces de Figaro : aprĂšs l’élan du dĂ©sir naissant liĂ© Ă  la libĂ©ration de la belle sĂ©questrĂ©e, Almaviva, tyran domestique harcĂšle la servante Suzanne et dĂ©laisse Rosina, devenue comtesse nĂ©gligĂ©e
 Pour l’heure en 1816, retentit la formidable rire et la finesse d’un Rossini d’une prĂ©coce maturitĂ©.

Avec le Figaro de Guillaume Andrieu, la Rosina d’Anna Bonitatibus
 Direction musicale : Benjamin Pionnier / mise en scùne : Laurent Pelly.
3 reprĂ©sentations Ă©vĂ©nements Ă  l’OpĂ©ra de Tours, les 29, 31 janvier puis 2 fĂ©vrier 2020.

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Opéra de Toursboutonreservation
Mercredi 29 janvier 2020 – 20h00
Vendredi 31 janvier – 20h
Dimanche 2 fĂ©vrier – 15h

RÉSERVEZ :
http://www.operadetours.fr/le-barbier-de-seville

 

 

 

 

Direction musicale : Benjamin Pionnier

Mise en scÚne, décors et costumes : Laurent Pelly
LumiÚres : Joël Adam

Figaro : Guillaume Andrieux
Rosina : Anna Bonitatibus
Comte Almaviva : Patrick Kabongo
Bartolo : Michele Govi
Basilio : Guilhem Worms
Berta : Aurelia Legay
Fiorello : Nicholas Merryweather
Ambrogio et Notaire : Thomas Lonchampt

Choeur de l’OpĂ©ra de Tours
Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire / Tours

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Melodramma buffo en deux actes
Livret de Cesare Sterbini d’aprĂšs Le Barbier de SĂ©ville de Beaumarchais
Créé au Teatro Argentina de Rome le 20 février 1816

Coproduction ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es – OpĂ©ra National de Bordeaux -
OpĂ©ra de Marseille – ThĂ©Ăątres de la Ville de Luxembourg – OpĂ©ra de Tours – Stattheater Klagenfurt

Durée : environ 2h30 avec entracte

Conférence gratuite
Samedi 25 janvier – 14h30
Grand ThĂ©Ăątre – Salle Jean Vilar
EntrĂ©e gratuite – rĂ©servation recommandĂ©e
places limitées

Grand Théùtre de Tours
34 rue de la Scellerie
37000 Tours

02.47.60.20.00

Billetterie
Ouverture du mardi au samedi
10h30 Ă  13h00 / 14h00 Ă  17h45

02.47.60.20.20
theatre-billetterie@ville-tours.fr

 

 

 


Aprùs PAISIELLO, Le Barbier de ROSSINI


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barbier-de-seville-rossini-opera-de-tours-pelly-pionnier-classiquenews-opera-annonce-critique-classiquenews34 ans avant l’opĂ©ra de Rossini, en sept 1782, Paisiello, alors auteurs en vogue, crĂ©e au ThĂ©Ăątre de l’Ermitage de Saint-PĂ©tersbourg et Ă  la demande de sa protectrice Catherine II, Il barbiere di Siviglia, ovvero La precauzione inutile. InspirĂ© de Beaumarchais, le dramma giocoso suscite un succĂšs immĂ©diat. Car Paisiello trouve l’écho musical juste Ă  la verve et l’impertinence de l’écrivain français. C’était comptĂ© sans le Barbier du jeune Rossini, de 1816. A peine ĂągĂ© de 25 ans, Rossini baptise d’abord sa partition « Almaviva » du nom du Comte, complice de Figaro, – prĂ©caution respectueuse pour Paisiello pour ne pas crĂ©er de confusion entre les deux ouvrages. La premiĂšre le 20 fĂ©vrier 1816 au Teatro Argentina de Rome, est un fiasco.
Tout dans la musique de Rossini indique a volontĂ© de rompre avec l’ancien monde et le style ancien : quand Rosina, belle sĂ©questrĂ©e par son tuteur Bartolo qui veut l’épouser, chante le rondo de l’opĂ©ra factice, L’Inutil precauzione, la jeune femme revendique Ă  la barbe de son gĂ©olier, et en prĂ©sence d’Almaviva dĂ©guiĂ© en prof de musique, sa libertĂ© et son dĂ©sir d’émancipation (leçon de chant Ă  l’acte II, scĂšne 3). RidiculisĂ© le vieux barbon, use de stratagĂšmes Ă©culĂ©s (inutiles prĂ©cautions comme le clame Rosina de facto) : il ne peut empĂȘcher les deux amants, Rosina et Almaviva, de se marier, grĂące aussi Ă  l’intervention de l’astucieux Figaro. Le Comte Almaviva, d’abord dĂ©guisĂ© sous son nom de Lindoro, et aussi du professeur de musique comme on l’a vu, peut dĂ©rober Ă  Bartolo, la fiancĂ©e qu’il s’est choisie.
La sĂ©questration qu’impose Bartolo est bien celle d’un monde autoritaire et phalo, voire misogyne que Rossini exacerbe par sa musique pĂ©tillante. La puissance et l’imagination de l’écriture montrent l’audace d’un Rossini qui synthĂ©tise alors tous les opĂ©ras buffas napolitains prĂ©cĂ©dents; en extrait l’essence de libertĂ© et de sĂ©dition, sans omettre le miel d’une sĂ©duction irrĂ©sistible qui passe par l’amplification de la partie dĂ©volue au chƓur, comme le raffinement de son orchestration.
HĂ©ros de cette Ă©nergie rĂ©volutionnaire, Figaro chante dĂšs le dĂ©but son Largo al factotum
 air dĂ©mesurĂ©, libre, dĂ©lirant, 
 inouĂŻ en vĂ©ritĂ©, car jamais entendu auparavant. Figaro c’est Bacchus ou Mercure : un ĂȘtre hors normes, un gĂ©nie de l’action intelligente dont les malices et les astuces emportent toute l’action, et la prĂ©cipitent mĂȘme pour le dĂ©nouement de la situation qui contraint Rosina. Le jeune comte Almaviva s’allie Ă  ce personnage haut en couleurs, et profite de l’intelligence de Figaro. De son cĂŽtĂ©, la vielle servante Berta, du fait de son Ăąge, est prĂȘte Ă  « crever » hors de ce mouvement libertaire : un beau contraste avec le Figaro libre et brillant. Elle fustige le danger de la libertĂ©, agent du chaos : le final du Ier acte est dans ce sens aussi orgiaque et frĂ©nĂ©tique que l’opĂ©ra prĂ©cĂ©dent L’Italienne Ă  Alger (1813 : prĂ©sentĂ©e en fĂ©vrier 2019 Ă  l’OpĂ©ra de Tours). Comme dans les Noces de Figaro de Mozart, Rossini imagine alors dans un tutti assourdissant par son brio, chaque personnage rĂ©flĂ©chissant Ă  haute voix sur sa situation personnelle, empĂȘchĂ©e, contrainte, atteinte


 

LAURENT PELLY
La musique pilote l’action


Mais ici les plus dĂ©lurĂ©s et les plus fantaisistes sont vocalement les mieux caractĂ©risĂ©s ; cette passion de la virtuositĂ© porte l’intelligence et l’impertinence de Rossini lui-mĂȘme, alors maĂźtre de son art. Dans cette Ă©mulation d’une jeunesse volubile : oĂč perce l’acuitĂ© savoureuse du trio Rosina / Landoro,Almaviva / Figaro, soit le futur trio romantique principal chez Verdi (soprano, tĂ©nor, baryton)-, se distingue d’autant mieux la vieillesse bilieuse de l’infect Bartolo.

Le metteur en scĂšne Laurent Pelly aime les ressources thĂ©Ăątrales des partitions lyriques : il sait en extraire les rebonds, la drĂŽlerie, l’intelligence active. Ce discernement fait la saveur de ses lectures des opĂ©ras des faiseurs de comĂ©dies, gĂ©nies reconnus tels Offenbach, Rossini
 La verve et l’imagination l’inspirent. C’est le cas des ouvrages giocosos de Rossini. Pelly suit la tempĂȘte musicale qui imprime Ă  l’action ses accents et ses jalons dramatiques.
Il imagine alors un dĂ©cor fait de partitions oĂč les acteurs habillĂ©s de noir incarnent les notes sur les mesures
 pour autant la musique n’infĂ©ode pas le thĂ©Ăątre car le metteur en scĂšne recherche un Ă©quilibre entre les deux. DerriĂšre la virtuositĂ©, Pelly traque et rĂ©vĂšle la facĂ©tie voire le poĂ©sie des situations. Chaque profil est affinĂ© selon sa sensibilitĂ© propre : FIgaro est un gangster sympathique qui tire les ficelles de chaque rencontre / confrontation ; Almaviva, un doux amoureux ; 
 Souvent Pelly revient Ă  la source du livret et prĂ©fĂšre tel aria plutĂŽt qu’un autre, surtout si l’habitude est de le couper. Ainsi l’air terrible de la vieille Berta. La virtuositĂ© des airs dans les finales en particulier dĂ©voile en rĂ©alitĂ© un drame intime que Pelly entend rendre manifeste. Il y a donc de la profondeur et de l’intime dans ce qui paraĂźt ailleurs bien souvent comme agile et artificiel.
PremiĂšre vertu, et si apprĂ©ciĂ©e chez lui : le respect de la partition originale « Je suis un artisan au service de l’Ɠuvre. Je n’ai pas de concept Ă  faire entrer au forceps, c’est l’Ɠuvre qui commande «  rappelle-t-il. Toujours dans le respect de l’Ɠuvre, faciliter et expliciter le jeu de l’acteur chanteur. AnnĂ©e buffa assoluta en 2017 pour Pelly qui cette annĂ©e lĂ , livre sa vision de Viva la mamma de Donizetti Ă  Lyon et met en scĂšne Le Barbier de SĂ©ville de Rossini au TCE Paris. L’OpĂ©ra de Tours a bien raison de prĂ©senter aux tourangeaux, l’une des mises en scĂšne de Laurent Pelly les plus astucieuses et les plus rythmĂ©es.

COMPTE-RENDU, opéra, critique. MARSEILLE, Opéra, le 3 janv 2020. OFFENBACH : Barbe Bleue. Pelly

COMPTE-RENDU, opĂ©ra, critique. MARSEILLE, OpĂ©ra, le 3 janv 2020. OFFENBACH : Barbe Bleue. Laurent Pelly. Pas la veuve, Barbe-bleue, mais le veuf joyeux comme il se dĂ©finit lui-mĂȘme : « O guĂ©, jamais veuf ne fut plus gai ! » mais Ă©trange mono-manique du mariage qui semble ne pouvoir accĂ©der Ă  la femme que dans le cadre de l’institution matrimoniale.

 

 

 

Monogame en série

thumbnail_3 P1200061  photo Christian DRESSE 2019 

 

Comme Don Juan, Ă©pouseur Ă  toutes mains, que j’ai dĂ©fini ailleurs comme un serial monogame, Barbe-bleue, mĂȘme pas polygame, s’il les cumule, n’a jamais qu’une femme Ă  la fois, « Una a la volta, per carità ! », dirait Figaro : Ă  chaque coup, on ne sait si c’est l’amour avec un grand A, en tous les cas, sĂ»rement pas avec un grand tas. MĂȘme s’il a de la culture picturale (« C’est un Rubens ! », apprĂ©cie-t-il Boulotte), il ne cultive pas un harem, ne sait pas jouir des collections avec le plaisir comparatif, ni de celui de la sĂ©duction donjuanesque, ni mĂȘme, pervers, du viol : Barbe-bleu mande un Ă©missaire pour lui choisir une femme en bonne et due forme lĂ©gale, vite informĂ©e lĂ©tale pour la belle, consumĂ©e dĂšs que consommĂ©e. Il ne jouit donc, ou guĂšre, apparemment, ni de la femme, ni du mariage mais du veuvage, comme il le chante et danse : mais ne supporte pas le vide de la viduitĂ©. Qu’il faut vite combler, comme une fosse, commune pour ses Ă©pouses.

 

 

 

Actualités et actuel : féminicide

 

AprĂšs OrphĂ©e aux Enfers (1858), La Belle HĂ©lĂšne (1864), et la mĂȘme annĂ©e que La Vie parisienne (1866) ce Barbe-Bleue d’Offenbach, Meilhac et HalĂ©vy, est tirĂ© du conte de Perrault mais tirĂ©, sinon par les cheveux, par sa pilositĂ© abondante vers les sommets du burlesque qui dĂ©coiffe sans raser. Mais, par ces sombres et tristes temps de harcĂšlement sexuel, de violences faites aux femmes, de fĂ©minicide, de rĂ©volte fĂ©minine enfin de @metoo, ce Barbe-Bleue, parodiant et dĂ©tournant le conte Ă©ponyme de Perrault, non seulement n’a pas perdu un poil de sa vive verve satirique d’autrefois mais recouvre une vivante veine dans notre actualitĂ©.
Dans une lumiĂšre blĂȘme (JoĂ«l Adam), le rideau se lĂšve sur un livide dĂ©cor guĂšre dĂ©coratif de Chantal Thomas qui dĂ©frise les fĂ©es des contes : pas de cadre bucolique,  pas de chaumiĂšre et deux cƓurs de la pastorale oĂč deux Ă©tourdis tourtereaux, sur un air de bergerette XVIIIesiĂšcle, n’effeuillant mĂȘme pas la marguerite, se content fleurette, mĂȘme si Fleurette, la dĂ©licieuse et dĂ©licate Jennifer Courcier ne s’en laisse pas conter par l’agile et habile Saphir, l’élĂ©gant JĂ©rĂ©my Duffau Ă  la mĂšche folle en salopette, guĂšre salopĂ©e, de travail de prince travesti. Mais la rudesse rurale d’un hangar en tĂŽle au lieu d’un agreste toit de chaume et, s’il y a de la paille, c’est en ballots et, en tas, du fumier, du purin oĂč s’embourbe le pied. Du pauvre linge Ă©tendu, une bicyclette, une niche dĂ©labrĂ©e dĂ©sertĂ©e de chien, un abris-bus guĂšre abritant d’un lieu en dĂ©shĂ©rence, par le comte Barbe-bleue laissĂ© pour compte, qui y cherche pourtant le sien, les siennes, ses proies, aprĂšs avoir envoyĂ© en prĂ©liminaire mission de chasse Ă  la vierge, Ă  la rosiĂšre, son frĂȘle mandataire tourmentĂ© Popolani, en impermĂ©able, permĂ©able par le bas Ă  sa blouse blanche d’officiant mĂ©dical occulte de la clandestine morgue comtale.
Allures et figures de dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©s par la consanguinitĂ© sans doute, une rustaude population rustique, aux ternes costumes de rustres mal payĂ©s, ne payant pas de mine, aux trognes renfrognĂ©es, aux gestes Ă  l’unanimisme saccadĂ© de pauvre culture mĂ©canique agricole. AtmosphĂšre de poisse, poissarde de malaise rural, d’occultes drames, alourdie des manchettes placardĂ©es de journaux Ă  sensation, sur cinq colonnes, tronquĂ©es Ă  nos yeux pour que l’angoisse soit plus grande qui, Ă©voquant des disparitions mystĂ©rieuses de femmes, planent, pĂšsent et plombent le moral.
En somptueuse et silencieuse limousine (mode actuelle des scĂšnes devenues vraies garages), marque Jaguar pour le prĂ©dateur, longue et noire comme un corbillard, manteau de cuir noir, Ɠil charbonneux et raides cheveux aile de corbeau funĂšbre, gominĂ©s de danseur de tango sur barbe taillĂ©e bleuissante, dĂ©boule Barbe-Bleue. Commence son lamento Ă©plorĂ©, son rĂ©citatif accompagnĂ© d’opĂ©ra tragique entre Gluck et Verdi, sur les malheureux accidents rĂ©pĂ©tĂ©s qui lui arrachent successivement ses femmes et, aprĂšs une cadence cascadante, hoquetante, virtuose, une puissante envolĂ©e lyrique  aux aigus Ă©clatants et tranchants comme des lames, le voilĂ  tout guilleret, « o gué !, le veuf le plus gai » et dansant avec une souplesse Ă©tonnante et dĂ©tonante par rapport Ă  son corps massif : loin de dĂ©tonner en passant avec naturel du parlĂ© au chantĂ© (exercice dont on ne souligne jamais assez la difficultĂ© et le danger pour la voix), en rien laconique, Florian Laconi dĂ©ploie une gĂ©nĂ©reuse prolixitĂ© vocale de tĂ©nor lumineux dans l’aigu, sombrant dans des graves sĂ©pulcraux (« Je suis Barbe-bleue »), repris par le chƓur frissonnant (Emmanuel Trenque) dans une admirable unanimitĂ© d’automates entre le respect et la crainte.
La rosiĂšre couronnĂ©e, l’affaire enlevĂ©e, c’est l’élĂšvement, l’élĂ©vation et l’enlĂšvement, sur une remorque de tracteur, de la belle Boulotte au rang d’épouse, sur l’ironique refrain Ă  l’orchestre : « Il pleut, il pleut, bergĂšre ». Barbe-bleue proclamera en haut lieu sa rĂ©volution : le prince Ă©pouse la bergĂšre Ă  la barbe des nobles aĂŻeux.

 

 

 

La barbante barbe

 

 

 

 

On n’y songe pas forcĂ©ment en se rasant tous les jours, ou en ne se rasant pas selon la rasante mode actuelle qui transforme les jeunes gens en visages pĂąles ou sales, la barbe ne fait pas le mĂąle. Elle le dĂ©fait plutĂŽt : trop affirmer la virilitĂ©, c’est l’infirmer puisque cela prouve qu’elle n’allait pas de soi, mais de poils et si c’est affaire de poils, elle ne tient pas Ă  grand-chose. Dans un pamphlet ancien, je me demandais ce qui poussait les hommes jeunes Ă  laisser pousser leurs poils, Ă  passer pour des barbons, avec tout ce que connote la barbe de barbant, barbifiant. Doutent-ils de leur masculinitĂ© au point de se rassurer, comme des adolescents, par le poil au menton ? On n’affiche jamais de signe sexuel que ce qui manque Ă  sa place, comme dit Lacan. Mais sans ĂȘtre psy, on vous dira, machos barbus, que loin d’affirmer la virilitĂ©, la moustache laisse inconsciemment parler la fĂ©minité : elle transforme la masculine bouche en sexe fĂ©minin, en sourire non vertical, mais horizontal.
Sur la foi foisonnante de cette barbe, on prĂȘte voracitĂ© sexuelle et fĂ©rocitĂ© Ă  Barbe-Bleue. Mais on pourrait se demander si, en fait, il n’épouse et tue ses femmes que pour trouver celle qui lui permettra enfin d’éveiller ou rĂ©veiller une libido dĂ©faillante, de dissiper les angoisses de l’épouseur Ă  toutes mains, auquel il manque la troisiĂšme main, disons le membre essentiel de la rĂ©alisation sexuelle. On comprend ainsi le sursaut de dĂ©sir qui le secoue Ă  la vue de la bien roulĂ©e Boulotte Ă  boulotter : « Un Rubens ! », donc, s’écrie et s’extasie le connaisseur en esthĂ©tique mais non Ă©thique en dĂ©couvrant la pas Ă©tique ni pathĂ©tique, mais la plus allurĂ©e et dĂ©lurĂ©e des bergĂšres, incarnĂ©e en belle et bonne chair et voix par la pulpeuse sinon palpable HĂ©loĂŻse Mas, pas morne plaine paysanne comme les autres mais saine et plantureuse plante pleine en ronde-bosse, bel abattage et beaux abattis, irrĂ©sistible Bernadette Laffont campagnarde, propre Ă  vivifier un mort. Mais notre Barbe-bleue est peut-ĂȘtre frappĂ© par le syndrome de Stendhal qui avouait rester sans arme virile face Ă  une femme trop belle et trop dĂ©sirĂ©e.
En tous les cas, intronisĂ©e comtesse dans le somptueux palais, Boulotte, boule follette dans le raide jeu de quilles de la cour, timbre voluptueux et langue bien pendue de Madame Sans GĂȘne, gĂȘne aussitĂŽt son Ă©poux. Qui, lui prĂ©fĂ©rant la princesse Hermia qui se marie, manie du mariage, aspire aussitĂŽt Ă  Ă©pouser cette derniĂšre et voue sa femme Ă  la morgue oĂč sont mĂ©thodiquement rangĂ©es en leur tiroir rĂ©frigĂ©rĂ© ses prĂ©cĂ©dentes moitiĂ©s. Se mettant Ă  table (d’autopsie), scĂšne terrifiante, Barbe-Bleue vante avec fiertĂ© Ă  Boulotte son palmarĂšs conjugal et mortuaire, ce caveau de famille, et lui montre, ricanant de sadisme, le casier Ă  son nom qui lui est dĂ©jĂ  destinĂ©. Il commet le soin de la tuer Ă  son mĂ©decin spĂ©cialisĂ© affectĂ© Ă  (par) ce service.

 

 

thumbnail_2  P1190969  photo Christian DRESSE 2019

 

 

Popolani, en imper mastic trop court, silhouette de dĂ©tective inachevĂ© tombĂ© des faits divers criminels des journaux, sous lequel pointe le mĂ©decin appointĂ© aux basses Ɠuvres du comte, c’est l’excellent Guillaume Andrieux, modeste petit moustachu, apparemment souffreteux, souffre-douleur souffrant mal les caprices cruels du maĂźtre. Mais, Ă  la barbe de Barbe-Bleue, l’avisĂ© Popolani, y retrouvant les couleurs qu’il perd dans la morgue, sans morgue aucune, s’y retrouve en menus plaisirs avec ces dames reconnaissantes, qu’il a endormies et non empoisonnĂ©es ! Bref, le petit homme cĂ©libataire cocufie le multiple mariĂ©, on dirait post-mortem si ces belles n’étaient grĂące Ă  lui bel et bien vivantes.
Et c’est le beau dĂ©filĂ© chantant de ces beautĂ©s chorales sorties du placard, du rancart sans rancard, poulettes mises non au frigo mais au chaud du bordel personnel ou du poulailler par l’homme de l’ombre Popolani qui, sans ĂȘtre le coq du village, est un coq en pĂąte dans son caveau sĂ©pulcral ! Il a sa revanche et offre aux femmes maltraitĂ©es la vengeance contre le brutal barbu : « @metoo » peuvent-elles chanter, pardon, ‘Moi aussi’, chacune y allant de son couplet sur le temps que dura sa romance conjugale avec Barbe-Bleue. S’il les a eues une Ă  une entre les bras, il les aura toutes sur le dos ! BrĂ»lante actualitĂ©.
Des basses fosses du chĂąteau du comte, on repasse aux fausses risettes et vraies bassesses de la cour, de la basse-cour tant le revĂȘche roi BobĂšche fait baisser l’échine souple de ses courtisans, rangĂ©s en rang d’oignons de lĂ©gumes en sĂ©rie par le comte Oscar, fĂ©ru d’étiquette (s) qu’on dirait marchande tant ces gens-lĂ  sont prĂȘts Ă  se vendre, tournant au doigt et Ă  l’Ɠil du protocole infligĂ© sadiquement. C’est l’occasion, pour Francis Dudziak, aux mines d’enquĂȘteur espion, sanglĂ© dans sa gabardine au premier acte, d’un superbe numĂ©ro Ă©clatant de vitalitĂ© ironique dans ses couplets sur le bon courtisan, l’air le plus cĂ©lĂšbre de l’Ɠuvre.Satire de toute cour, certes, mais il serait un peu court de n’y voir pas des pointes aux fastes impĂ©riaux extravagants de celle de NapolĂ©on III et d’EugĂ©nie de Montijo, monarques parvenus d’une gloire usurpĂ©e.
Certes, nous avons perdu des codes, des clĂ©s des pamphlets d’une Ɠuvre trop ancrĂ©e dans son temps, par ailleurs bien contrĂŽlĂ©e par la censure. Ce grand et clair salon du palais, fauteuils et canapĂ© rococo pour parois dĂ©jĂ  nĂ©o-classiques, n’est pas dans le style NapolĂ©on III, cossu et rebondi, aux rouges et violets caractĂ©ristiques, aux lourds brocarts et velours. Mais, sans vendre la mĂšche, dans les scĂšnes de mĂ©nage entre le roi BobĂšche rageur exĂ©cuteur des galants de sa femme (chauve Ă©bouriffant, dĂ©coiffant, ricanant Antoine Normand) et sa guĂšre clĂ©mente ClĂ©mentine de femme, CĂ©cile Galois, voix royale, plutĂŽt impĂ©riale et impĂ©rieuse, majestueuse sur canapĂ© trĂŽnant, tiare en tĂȘte chez les tarĂ©s, dans ce couple aigri, en guerre, il n’est pas interdit de voir la mĂ©sentente cachĂ©e du couple impĂ©rial, par plaisante inversion —sinon sexuelle— de sexe : ici, c’est elle l’infidĂšle, contrairement Ă  EugĂ©nie, puritaine et glaciale, tandis que NapolĂ©on III, Ă  l’inverse, avait un appĂ©tit sexuel bien connu, priape impĂ©rieux plus qu’impĂ©rial visiblement Ă©mu sous l’étroite culotte (on ne portait pas de discrets pantalons) Ă  la moindre vue d’un jupon, Ă  la vue de tous, de toute la cour, ce qui lui valut nombre de sobriquets sexuels.
Mais c’est aussi d’autres palais d’aujourd’hui, avec leurs scandales jamais secrets grĂące Ă  la presse people, Ă  romance et scandale, qui orne des murs qui ont des oreilles et des yeux pour la joie des paparazzi, avec, sur le couplet dĂ©tournĂ© du cartel de Robert le Diablede Meyerbeer, le dĂ©fi chevaleresque en duel du Prince charmant au burlesque Barbe-bleue perfide.
À la tĂȘte de l’Orchestre et ChƓur de l’OpĂ©ra de Marseille, Nader Abbassi, dont on sent la jubilation, mĂšne son monde tambour battant, battue souple et prĂ©cise, dans la respiration vive de la musique sans jamais la presser ni en oppresser les chanteurs sous prĂ©texte de comique. Et le dira-t-on jamais assez ? L’équilibre exact entre la parole et le chant sans qu’on sente de longueur et l’aisance de tous ces acteurs chanteurs Ă  passer de l’une Ă  l’autre.
Subtile et utile mise en scĂšne de Laurent Pelly, qui rĂšgle son compte au conte en en soulignant, rĂ©vĂ©lant, sous l’irrĂ©sistible drĂŽlerie de l’Ɠuvre bouffe, la noirceur de sa matiĂšre, rĂ©glĂ©e en mouvements et jeu comme une partition de musique. Un Barbe-Bleue au poil, pas barbant, poilant, dĂ©sopilant, etc.

 

 

thumbnail_6 8palais P1200245  photo Christian DRESSE 2019 (1)

 
 

 
 

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COMPTE-RENDU, critique, opéra. Opéra de Marseille, le 3 janvier 2020. OFFENBACH : Barbe-Bleue. Laurent Pelly.

 

 

 

LE VEUF JOYEUX OU LE SERIAL MONOGAME
BARBE-BLEUE
Opéra-bouffe (1866) de Jacques Offenbach
Livret d’Henri Meilhac et Ludovic HalĂ©vy

A l’affiche de l’OpĂ©ra de Marseille,
Les 28, 29, 31 décembre 2019, 3 et 5 janvier 2020

Coproduction Opéra de Marseille / Opéra National de Lyon

‹Assistante à la direction musicale : Clelia CAFIERO
Mise en scÚne et costumes : Laurent PELLY
Adaptation des dialogues : Agathe MÉLINAND
DĂ©cors : Chantal THOMAS‹LumiĂšres : JoĂ«l ADAM
Collaborateur à la mise en scùne : Christian RÄTH
Collaborateur aux costumes : Jean-Jacques DELMOTTE

Boulotte : Héloïse MAS
Princesse Hermia, Fleurette : Jennifer COURCIER
Reine Clémentine : Cécile GALOIS
Barbe-Bleue : Florian LACONI
Popolani : Guillaume ANDRIEUX
Prince Saphir : Jérémy DUFFAU
Comte Oscar : Francis DUDZIAK
Roi BobÚche : Antoine NORMAND

Orchestre et ChƓur de l’OpĂ©ra de Marseille
Direction musicale : Nader ABBASSI

Photos Christian Dresse

Boulotte et le prédateur (Mas, Laconi) ;
Popolani et Oscar (Andrieux, Dudziak);
Madame Sans-GĂȘne Ă  la cour du roi BobĂšche (Laconi, Mas, Gallois, Normand)

COMPTE-RENDU, critique, opĂ©ra. LYON, le 13 dĂ©c 2019. OFFENBACH, Le Roi Carotte. Orchestre et chƓur de l’opĂ©ra de Lyon, Adrien Perruchon.  

le-roi-carotteCOMPTE-RENDU, critique, opĂ©ra. LYON, le 13 dĂ©c 2019. OFFENBACH, Le Roi Carotte. Orchestre et chƓur de l’opĂ©ra de Lyon, Adrien Perruchon. Reprise trĂšs attendue de la magnifique production donnĂ©e Ă  Lyon en 2015. Avec une distribution lĂ©gĂšrement modifiĂ©e, la magie opĂšre toujours autant. Une des grandes rĂ©ussites offenbachiennes de ces derniĂšres annĂ©es. Sur scĂšne, des dĂ©cors Ă  la fois sobres et monumentaux de Chantal Thomas, compensĂ©s par une richesse des costumes et des accessoires (cagettes, panier Ă  salade, presse-purĂ©e, VĂ©suve en miniature
), qui finiront par susciter un vĂ©ritable enchantement visuel. On se dĂ©lecte toujours autant de cette parodie de conte de fĂ©es inspirĂ©e au dĂ©part par un conte d’Hoffmann, dĂ©cidĂ©ment attachĂ© Ă  Offenbach. Mais le gĂ©nie parodique du compositeur nous Ă©loigne assez vite de l’univers fantastique, parfois inquiĂ©tant, de l’écrivain allemand. Et les mĂ©saventures du Roi Fridolin (Ă©pris d’une CunĂ©gonde qui ne reconnaĂźt pas de suite le prince dĂ©guisĂ© en Ă©tudiant), qui rencontre sur son chemin la mĂ©chante fĂ©e Coloquinte, nous valent une jardiniĂšre destitution royale, Fridolin se retrouvant supplantĂ© sur le trĂŽne par une carotte tyrannique et sa cour composĂ©e de navets, betteraves et radis du plus bel effet.

 

 

 

On est fane !

 

 

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Les costumes des lĂ©gumes sont Ă©bouriffants Ă  souhait, Ă  la fois grotesques et rĂ©alistes, et la pauvre carotte, aprĂšs une fabuleuse Ă©popĂ©e Ă  PompĂ©i oĂč l’on suit Fridolin et son bon gĂ©nie Robin-Luron Ă  la recherche de l’anneau de Salomon, censĂ© annihiler les pouvoirs de la sorciĂšre, et un non moins fabuleux dĂ©filĂ© d’insectes (fourmis, abeilles, mouches, bourdons, cigales), source d’un nouvel enchantement, finira moulinĂ© dans un presse-purĂ©e gĂ©ant.
Si les moyens mis en Ɠuvre ne peuvent rivaliser avec la scĂ©nographie proprement hollywoodienne de l’époque (la version originale en 4 actes avoisinait les 6 heures), la lecture de Laurent Pelly, qui signe Ă©galement les magnifiques costumes, n’en est pas moins fascinante et thĂ©Ăątralement convaincante. Si l’on peut regretter comme toujours, dans l’adaptation habile d’Agathe MĂ©linand, certaines vulgaritĂ©s inutiles, il faut avouer que cela fonctionne plutĂŽt bien, aidĂ© par les lumiĂšres efficaces de JoĂ«l Adam (comme dans l’éruption hilarante du VĂ©suve ou l’apparition des tubercules Ă  la fin du 2e tableau du premier acte, Ă  la puissance dramatique proprement saisissante).

Dans le rĂŽle-titre, Christophe Mortagne est toujours diablement hallucinant de prĂ©sence ; sa voix souple de tĂ©nor lui permet de passer d’un langage quasi onomatopĂ©ique Ă  un discours plus dĂ©liĂ©, mais jamais vraiment humain. Yann Beuron reprend Ă©galement le rĂŽle du pauvre Roi Fridolin XXIV ; habituĂ© des rĂŽles offenbachiens, son abattage est sans faille, Ă©locution et qualitĂ©s d’acteur en prime. La sorciĂšre Coloquinte trouve une trĂšs belle incarnation avec Lydie Pruvot, merveilleuse actrice, Ă  la voix bien projetĂ©e. En CunĂ©gonde, Catherine Trottmann (qui succĂšde Ă  Antoinette Dennefeld) rĂ©vĂšle un timbre chaud, rond, ample, mĂȘme si pas toujours bien projetĂ©, mais son incroyable prĂ©sence scĂ©nique nous fait oublier cette lĂ©gĂšre rĂ©serve. Figure fluette et androgyne, Julie Boulianne campe un excellent Robin-Luron, voix tonique et diction impeccable, qui parviendra Ă  dĂ©livrer RosĂ©e du soir, superbement dĂ©fendue par ChloĂ© Briot qui finira par Ă©pouser le prince, occasion pour elle de se libĂ©rer vocalement, alors que ses aigus semblaient au dĂ©part quelque peu engoncĂ©s. Les autres rĂŽles ne mĂ©ritent que des Ă©loges : Christophe Gay, voix grave et inquiĂ©tante dans le rĂŽle de Truck (jadis dĂ©fendu par Boris Grappe qui reprend magnifiquement Pipertrunck dĂ©volu en 2015 Ă  Jean-SĂ©bastien Bou).
Mention spĂ©ciale aux chƓurs maison, toujours superbes d’éloquence et de prĂ©sence, prĂ©parĂ©s par le chef « étoilé » Roberto Balistreri, tandis que dans la fosse, la phalange lyonnaise bĂ©nĂ©ficie de la direction Ă©picĂ©e d’Adrien Perruchon qui fait de cet opĂ©ra ratatouille un dĂ©lice survitaminĂ© pour les palais les plus gourmands.

 

 

 

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Compte-rendu. Lyon, OpĂ©ra de Lyon, Offenbach, Le roi Carotte, 13 dĂ©cembre 2019. Christophe Mortagne (Le Roi Carotte), Julie Boulianne (Robin-Luron), Yann Beuron (Fridolin), Christophe Gay (Truck), Boris Grappe (Pipertrunck), ChloĂ© Briot (RosĂ©e du soir), Catherine Trottmann (CunĂ©gonde), Lydie Pruvot (Coloquinte), GrĂ©goire Mour (MarĂ©chal Trac), Florent Karrer (Dagobert/Psitt), Igor MostovoĂŻ (Comte Schopp), Louis De LavigniĂšre (Baron Koffre), Laurent Pelly (Mise en scĂšne et costumes), Agathe MĂ©linand (Adaptation des dialogues), Chantal Thomas (DĂ©cors), JoĂ«l Adam (LumiĂšres), Jean-Jacques Delmotte (Collaboration aux costumes), Christian RĂ€th (Collaboration Ă  la mise en scĂšne), Roberto Balistreri (Chef des chƓurs), Orchestre et chƓur de l’OpĂ©ra de Lyon, Adrien Perruchon (direction). Illustrations : © service de presse de l’OpĂ©ra Nat de Lyon.

 

 

 
 

 

 

COMPTE-RENDU, critique, opĂ©ra. LYON, le 24 juin 2019. OFFENBACH : Barbe-Bleue. Orchestre et chƓur de l’opĂ©ra de Lyon, Michele Spotti

offenbach-jacques-concerts-opera-presentation-par-classiquenews-Jacques_Offenbach_by_NadarCOMPTE-RENDU, critique, opĂ©ra. LYON, le 24 juin 2019. OFFENBACH : Barbe-Bleue. Orchestre et chƓur de l’opĂ©ra de Lyon, Michele Spotti. La collaboration entre Laurent Pelly et Offenbach est dĂ©sormais une valeur sĂ»re. Cette production qui clĂŽt la saison lyonnaise, s’inscrit avec bonheur dans le sillon qui a vu les succĂšs de la Belle HĂ©lĂšne ou d’OrphĂ©e aux enfers et de huit autres merveilles du « Petit Mozart des Champs-ElysĂ©es ». Tout est marquĂ© du sceau de l’excellence, de la distribution, aux dĂ©cors, au jeu d’acteurs, et Ă  la musique virevoltante, qui nous permet de dĂ©couvrir une partition trop rarement donnĂ©e.

 

 

 

BARBE-BLEUE désopoilant !

 

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Illustration : © Stofleth / Opéra de Lyon 2019

 

 

La scĂ©nographie est d’abord un rĂ©gal pour les yeux. MalgrĂ© une transposition moderne sans outrance, avec des clins d’Ɠil Ă  la presse Ă  scandale et aux Ă©missions de tĂ©lĂ©-rĂ©alitĂ©, l’esprit parodique est parfaitement conservĂ©, qui joue sur l’opposition entre une certaine ruralitĂ© (la chaumiĂšre, le tracteur et le foin, la vie paysanne en gĂ©nĂ©ral, superbement restituĂ©e) et les ors des palais du pouvoir (le faste des festivitĂ©s du dernier acte, avec un couple royal irrĂ©sistible de drĂŽlerie). Le dĂ©calage caustique est constamment prĂ©sent, et pour une fois, les dialogues ont Ă©tĂ© Ă  peine raccourcis et trĂšs peu rĂ©Ă©crits. Le conte horrifique de Perrault sert ici de toile de fond pour une lecture d’une drĂŽlerie constante, magnifiĂ©e par un rythme endiablĂ©, tant musical que scĂ©nique.

Tout y est, du couple de jeunes premiers (le prince Saphir et Fleurette, fille du roi, qui se comptent
 fleurette), la jeune paysanne nymphomane, Boulotte, comparĂ©e Ă  une « Rubens », qui tapera dans l’Ɠil de Barbe-Bleue et l’emmĂšnera dans sa jaguar noire, avant qu’il ne tombe sous le charme de Fleurette et ne prĂ©pare, avec l’aide de son fidĂšle alchimiste Popolani, un plan diabolique, dans le sous-sol macabre de son chĂąteau, pour supprimer Boulotte. Mais ce sera sans compter sur les cinq femmes de Barbe-Bleue qui n’étaient qu’endormies et qui interviendront, dĂ©guisĂ©es en bohĂ©miennes, lors d’un bal mĂ©morable au Palais royal.

MalgrĂ© une forme en demi-teintes, Yann Beuron est magistral dans le rĂŽle-titre, au look de Kim le corĂ©en, nuque rasĂ©e, blouson en cuir et barbe bleutĂ©e. Sa prĂ©sence scĂ©nique, qu’on avait pu dĂ©jĂ  observer avec bonheur la saison derniĂšre dans le Roi Carotte, fait toujours merveille. Et s’il peine parfois dans le registre aigu, sa prestation compense toutes les faiblesses dues Ă  son Ă©tat.
Carl Ghazarossian est un prince Saphir idĂ©al, dont le timbre, bien projetĂ©, a des accents parfois stridents qui lui confĂšrent un cĂŽtĂ© niais non dĂ©nuĂ© de charme ; la Fleurette au timbre fruitĂ© de Jennifer Courcier lui donne habilement la rĂ©plique. Dans le rĂŽle exigeant de Boulotte, la mezzo trĂšs en verve d’HĂ©loĂŻse Mas Ă©merveille par la puissance de son timbre et son jeu de scĂšne sans temps mort ; dĂšs son air d’entrĂ©e (« Y’ a des bergĂšr’s dans le village ») elle donne parfaitement le ton. Le Popolani de Christophe Gay mĂ©rite Ă©galement tous les Ă©loges, et dans la voix, comme dans son jeu, on devine la duplicitĂ© de ce serviteur de l’ogre, grĂące Ă  qui les femmes de Barbe-Bleue auront la vie sauve. Le couple royal est superbement agencĂ©, le Roi BobĂšche a les traits goguenards et ridicules de Christophe Mortagne, couronne de travers et dĂ©marche dĂ©gingandĂ©e, voix flĂ»tĂ©e dĂ©licieusement surannĂ©e, qui trouve en Aline Martin une Reine ClĂ©mentine non moins irrĂ©sistible, dont l’apparent maintien altier ne trompe personne et fait en revanche rire toute l’assistance. Dans les rĂŽles plus marginaux du comte Oscar et d’Alvarez, Thibault de Damas et Dominique Beneforti tirent parfaitement leur Ă©pingle du jeu, de mĂȘme que les cinq femmes de Barbe-Bleue (superbe apparition dans leur couche lors du dernier tableau du IIe acte).
Il faut enfin rendre hommage Ă  la direction Ă  la fois prĂ©cise et souple du jeune chef italien Michele Spotti, qui met magnifiquement en valeur les subtilitĂ©s de la musique d’Offenbach (superbes prĂ©ludes du 2e acte, avec ses miaulements caractĂ©ristiques, ainsi que du 3e acte avec ses leitmotive entĂȘtants). Les forces et les chƓurs de l’OpĂ©ra de Lyon sont une fois de plus excellents ; on ne pouvait dĂ©cidĂ©ment faire un meilleur choix pour fĂȘter le bicentenaire du compositeur.

 

 

 

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COMPTE-RENDU, critique, opĂ©ra. LYON, OpĂ©ra de Lyon, le 24 juin 2019. OFFENBACH : Barbe-Bleue. Yann Beuron (Barbe-Bleue), Carl Ghazarossian (Prince Saphir), Jennifer Courcier (Fleurette), HĂ©loĂŻse Mas (Boulotte), Christophe Gay (Popolani), Thibault de Damas (Comte Oscar), Christophe Mortagne (Roi BobĂšche), Aline Martin (Reine ClĂ©mentine), Dominique Beneforti (Alvarez), Sharona Aplebaum  (HĂ©loĂŻse), Marie-Eve Gouin (ElĂ©onore), Alexandra GuĂ©rinot (Isaure), Pascale Obrecht (Rosalinde), Sabine Hwang-chorier (Blanche), Laurent Pelly (Mise en scĂšne et costumes), Agathe MĂ©linand (Adaptation des dialogues), Chantal Thomas (DĂ©cors), JoĂ«l Adam (LumiĂšres), Jean-Jacques Delmotte (Collaboration aux costumes), Christian RĂ€th (Collaboration Ă  la mise en scĂšne), Karine Locatelli (Cheffe des chƓurs), Orchestre et chƓur de l’OpĂ©ra de Lyon, Michele Spotti (direction).

 

 

 

COMPTE-RENDU, opéra. BORDEAUX, le 11 fév 2019. ROSSINI : Il Barbiere di Siviglia. Pelly / Leroy-Calatayud

rossini-portrait-gioachino-rossini-bigCOMPTE-RENDU, opĂ©ra. BORDEAUX, le 11 fĂ©v 2019. ROSSINI : Il Barbiere di Siviglia. Pelly / Leroy-Calatayud. Il est des Ɠuvres que l’on ne prĂ©sente pas, que l’on se plairait presque Ă  dire que c’est inutile de les revoir ou les retrouver du fait qu’elles sont les fondations du rĂ©pertoire lyrique universel. L’inĂ©vitable Barbiere di Siviglia / Le Barbier de SĂ©ville de Rossini, qui a rĂ©ussi le pari de la postĂ©ritĂ© face Ă  son illustre prĂ©dĂ©cesseur signĂ© Paisiello, et que dire ce celui de Morlacchi hĂ©las vouĂ© Ă  l’oubli. Mais si un tel poncif opĂ©ratique semble ne garder aucune surprise pour nous, il est stupĂ©fiant quand l’on redĂ©couvre une Ɠuvre telle, grĂące au travail d’une Ă©quipe artistique !

 

 
 
 

Nouveau Barbier à Bordeaux par un Pelly le plus inspiré
LAURENT il magnifico !

 
 
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Coproduction impressionnante entre le ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es, l’OpĂ©ra National de Bordeaux, les OpĂ©ras de Marseille et de Tours, les ThĂ©Ăątres de la ville de Luxembourg et le Stadttheater de Klagenfurt, cette rĂ©alisation rĂ©ussie voyage d’un bout Ă  l’autre de la France et offre Ă  son cast souvent des prises de rĂŽle. Si bien le premier cast a offert au public Le Figaro puissant de Florian Sempey et le Bartolo idĂ©al de Carlo Lepore, le deuxiĂšme cast possĂšde une Ă©nergie et une fraĂźcheur qui convient plus Ă  Rossini et Ă  son Barbier.

DĂ©poussiĂ©rer un “classique” est une affaire dĂ©licate, il suffit d’avoir l’imagination dĂ©bordante de Laurent Pelly. Finis les dĂ©cors dĂ©bordant d’ocres style pizzeria du Port d’Hyeres, les personnages telles des noires ou des blanches Ă©voluent sur d’immenses feuillets de papier Ă  musique et la portĂ©e devient tour Ă  tour balcon, prison et rideau, une magnifique idĂ©e pour prĂ©senter l’ambiguĂŻtĂ© des situations. Laurent Pelly dĂ©veloppe dans ce Barbiere, le meilleur de son talent.

 

 

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Face Ă  cette mise en scĂšne, en fosse l’extraordinaire Orchestre National de Bordeaux-Aquitaine allie une richesse fabuleuse de couleurs et des timbres d’une justesse fascinante. Il faut reconnaĂźtre que c’est l’un des meilleurs orchestres de France. GrĂące Ă  l’aplomb des musiciens, on redĂ©couvre des bijoux dans la partition de Rossini que l’on croyait connaĂźtre. Évidemment c’est aussi la direction vive et spirituelle de Marc Leroy-Calatayud qui imprime une belle Ă©nergie dans les tempi et une battue claire et raffinĂ©e. Son enthousiasme communicatif nous sĂ©duit, un talent Ă  suivre absolument. Si Marc Leroy-Calatayud rĂ©ussit avec simplicitĂ© Ă  polir une des partitions les plus jouĂ©es au monde, vite qu’on lui donne des raretĂ©s pour qu’il leur donne un souffle nouveau !

Cependant, la fosse surĂ©levĂ©e n’aide aucunement Ă  la balance entre les chanteurs et la salle. Souvent on entend davantage l’orchestre et c’est bien dommage, surtout pour un cast de jeunes solistes.

Or, nous retrouvons une belle Ă©quipe, dont certains profils se dĂ©tachent nettement. Adele Charvet est une Rosine idĂ©ale. Tour Ă  tour garçon manquĂ© et femme de poigne, elle sait jouer son rĂŽle Ă  merveille avec une voix dont les graves de velours nous enveloppent dans une ravissante pelisse d’une musicalitĂ© inĂ©galable.
De la mĂȘme sorte, Anas Seguin campe un Figaro tout en finesse et avec l’énergie picaresque qui sied Ă  merveille au rĂŽle. Sa voix au timbre riche et brillant nous offre un « Largo al factotum » d’anthologie. Un immense artiste Ă  suivre.
Le Basilio de Dimitri Timoshenko a un timbre aux beaux graves mais reste quelque peu timide notamment dans l’inĂ©narrable air de la calomnie.
Nous retrouvons au dĂ©but de l’opĂ©ra le Fiorello de Romain Dayez, qui a la voix et l’énergie pour ĂȘtre un Basilio d’exception. Souhaitons l’entendre bientĂŽt dans un rĂŽle qui nous offre toute l’entendue de sa musicalitĂ©.
Dans le petit rÎle de Berta, Julie Pasturaud est incroyable. Le seul air du personnage, qui, habituellement est anecdotique, est une petite merveille dans son interprétation. La voix est belle, colorée dans toute son étendue. Vivement une prochaine rencontre avec ce talent.
Dans les rĂŽles de pantomime d’Ambrogio et du Notaire, le comĂ©dien Aubert Fenoy excelle dans l’art de faire rire sans artifices. Ses interventions sont remarquĂ©es, notamment Ă  l’entracte. La subtilitĂ© de son jeu nous rappelle dans la prĂ©cision de son geste, le comique naturel de Charles Chaplin.

HĂ©las, nous ne pouvions pas passer outre Elgan Llyr Thomas qui offre Ă  Almaviva une incarnation tout juste physique. Si certaines couleurs semblent belles, l’émission est trĂšs diminuĂ©e par un souffle inĂ©gal. Ce qui est dommage c’est que toutes les vocalises manquent de naturel et de lĂ©gĂšretĂ©. C’est bien dommage pour un rĂŽle aussi important. De mĂȘme, le Bartolo de Thibault de Damas reste vocalement assez peu investi alors que thĂ©Ăątralement il se rĂ©vĂšle un interprĂšte intĂ©ressant.

En somme nous saluons la belle scĂ©nographie imaginĂ©e par Laurent Pelly et son Ă©quipe et les Ă©toiles montantes de cette distribution, gageons que leur avenir est pavĂ© de productions qui nous offriront leur Ă©clat et l’étendue de leur talent.

 

 

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COMPTE-RENDU, opéra. BORDEAUX, Grand Théùtre, le 11 fév 2019. ROSSINI : Il Barbier di Siviglia. Pelly / Leroy-Calatayud.
Gioachino Rossini – Il Barbiere di Siviglia / Le Barbier de SĂ©ville
 
Conte Almaviva – Elgan Llyr Thomas
Rosina – AdĂšle Charvet
Figaro – Anas Seguin
Don Bartolo – Thibault de Damas
Don Basilio – Mikhail Timoshenko
Berta – Julie Pasturaud
Fiorello – Romain Dayez
Ambrogio / Notario – Aubert Fenoy
Un Ufficiale – LoĂŻck Cassin

Choeur de l’OpĂ©ra National de Bordeaux
Orchestre National Bordeaux-Aquitaine
Direction: Marc Leroy-Calatayud
Mise en scĂšne: Laurent Pelly

 
 
Illustrations : © Maitetxu Etchevarria / Opéra National de Bordeaux 2019

 
 

Compte-rendu : Paris. OpĂ©ra National de Paris (Palais Garnier), le 23 mai 2013. Haendel : Giulio Cesare in Egitto. Lawrence Zazzo, Sandrine Piau, … Concert d’AstrĂ©e. Emmanuelle HaĂŻm, direction. Laurent Pelly, mise en scĂšne.

haendel_portrait_perruqueL’OpĂ©ra National de Paris accueille l’Orchestre et Choeur du Concert d’AstrĂ©e dirigĂ© par Emmanuelle HaĂŻm, pour la reprise de leur production de Giulio Cesare de Haendel de 2011 dans la mise en scĂšne signĂ©e Laurent Pelly.

Giulio Cesare a une place spĂ©ciale dans la production lyrique du Caro Sassone. Il s’agĂźt de l’un des plus riches exemples de caractĂ©risation musicale dans tout le rĂ©pertoire. La partition est une des plus somptueuses et originales de la plume du compositeur. L’Ă©criture vocale est virtuose, d’une abondance mĂ©lodique enivrante. Le Concert d’AstrĂ©e sous la sĂ©vĂšre et prĂ©cise d’Emmanuelle HaĂŻm se rĂ©vĂšle trĂšs convaincant (effet de la rbague d’aisance contagieuse …). Non seulement il soutien les chanteurs avec maestria, mais se distingue aussi de façon surprenante Ă  plusieurs moments de la ptte eprise : les musiciens et leur chef reprennent la production dĂ©jĂ  vue avec plusrĂ©sentation, et non seulement lors des intermĂšdes purement instrumentaux. L’orchestre se montre dramatique, noble et maestoso pendant les airs de CornĂ©lie, d’une dignitĂ© royale et d’un entrain presque romantique lors de l’air de Sextus “L’angue offeso mai riposa”, parfois agitĂ©, parfois larmoyant, toujours excellent. Les ritournelles sont d’un entrain souvent singulier et les solos de flĂ»te, violon et cor, vraiment impressionnants. 

Un Ă©ventail brillant de sentiments

 

Comme la distribution des chanteurs d’ailleurs. Si le livret peut paraĂźtre risible, les chanteurs sont trĂšs engagĂ©s et donnent vie aux personnages avec les moyens dont ils disposent. Dans ce sens les rĂŽles de CĂ©sar et de ClĂ©opĂątre, tenus par Lawrence Zazzo et Sandrine Piau respectivement, sont les vedettes incontestables, pourtant accompagnĂ©s d’une Ă©quipe de grande qualitĂ©. Le Jules CĂ©sar de Lawrence Zazzo est progressif. Si au tout dĂ©but, il semble plutĂŽt affectĂ© voire superflu, au cours des 4 heures de spectacle, il arrive Ă  dessiner un portrait fantastique et complexe du hĂ©ros romain, qui, malgrĂ© l’abondance mĂ©lodique, n’a pas la musique la plus individuelle de l’oeuvre. Il est ainsi le hĂ©ros Ă  la coloratura parfaite et savoureuse. Ses moments les plus intenses sont les rĂ©citatifs accompagnĂ©s, mais le souvenir plus vif que nous avons de sa prestation est sans doute son Ă©nergie et cet investissement indiscutable dans ses vocalises pleines de caractĂšre et sa musicalitĂ©. L’interprĂšte se rĂ©vĂšle mĂȘme irrĂ©sistible dans son court air guerrier Ă  la fin du 2e acte “Alla’po dell’armi”.

Sandrine Piau est une ClĂ©opĂątre encore plus irrĂ©sistible! Sa prestation est piquante Ă  l’extrĂȘme. Tous ses airs chatouillent et caressent les oreilles. De plus, sa silhouette s’accorde parfaitement au personnage sĂ©ducteur. Son air du 2e acte : “V’adoro pupille” avec un orchestre des muses sur scĂšne et l’un des sommets esthĂ©tiques et Ă©rotiques de l’oeuvre. Mais nous avons droit lors du mĂȘme acte Ă  un autre sommet de beautĂ© cette fois-ci presque spirituelle lors de son air “Se pietĂ  di me non senti” qui n’est pas sans rappeler Bach. Également investie dans les  duos, la soprano rĂ©ussit tout autant son air de bravoure Ă  la fin de l’opĂ©ra :  ”Da tempeste il legno infrango” est la cĂ©rise de virtuositĂ© sur le dĂ©licieux gĂąteau d’une performance indiscutable.

Le personnage le plus dramatique, CornĂ©lie, est vivement dĂ©fendu  par la mezzo-soprano Verduhi Abrahamyan (nous avons toujours des excellents souvenirs de sa NĂ©ris dans la Medea de Cherubini ainsi que de sa Pauline dans la Dame de Piques de Tchaikovsky). Elle est noble et fiĂšre dans sa souffrance et le duo final du 1er acte : “Son nata a lagrimar”,  est magnifique : il suscite une vague de forts applaudissements et des bravos justifies.  Le Sextus de Katherine Deshayes paraĂźt malheureusement en retrait. Son personnage n’a que des airs de vengeance (Ă  l’exception du duo d’adieux avec CornĂ©lie), et ils sont tous dans sa tessiture. Ce qui aura pu ĂȘtre une excellente occasion pour elle n’est qu’une interprĂ©tation correcte mais peu mĂ©morable. Christophe Dumaux dans le rĂŽle de PtolomĂ©e est, au contraire, un chanteur que nous avons du mal Ă  oublier (excellent Disenganno dans Il Trionfo de fĂ©vrier 2013).  VirtuositĂ© vocale, sincĂšre investissement, avec un sens aigu du thĂ©Ăątre, font de lui un mĂ©chant plutĂŽt attirant!  Paul Gay et Dominique Visse sont tous les deux excellents en Achillas et NirĂ©nus respectivement, d’ailleurs comme Jean-Gabriel Saint-Martin dans le rĂŽle de Curio (beau Guglielmo dans CosĂ­ fan Tutte Ă  Saint Quentin en avril 2013).

La mise en scĂšne de Laurent Pelly n’est pas pour tous les goĂ»ts, mais elle ne nuit pas Ă   l’oeuvre. Au contraire, sa transposition de l’action dans un MusĂ©e du Caire imaginĂ© est plutĂŽt sympathique.  Comme le fait qu’il intĂšgre le 18e siĂšcle dans sa vision. Dans ce sens, le concert des muses habillĂ©es en costumes baroques avec divers clins d’oeil Ă  la Rome antique (le choeur des bustes entre autres!) affirment une belle humeur et une imagination plutĂŽt libĂ©rĂ©e. La reprise de la production est au final un festival pour tous les sens et l’Ă©ventail des sentiments et d’affects est certainement prĂ©sentĂ© avec candeur et noblesse. Au final, une production recommandable Ă  voir et Ă©couter au Palais Garnier, encore le 31 mai ainsi que les 4, 6, 9, 11, 14, 16 et 18 juin 2013.