COMPTE-RENDU, opéra. Dijon, Auditorium, le 16 oct 2020. Zemlinsky, Traumgörge. Marta Gardolinska

COMPTE-RENDU, opĂ©ra. Dijon, Auditorium, le 16 oct 2020. Zemlinsky, Traumgörge. Marta Gardolinska. Reprise une dizaine de jours aprĂšs sa crĂ©ation Ă  l’opĂ©ra de Nancy, la partition rare de Zemlinsky (portrait ci dessous) Ă©merveille de bout en bout et rĂ©habilite un compositeur injustement nĂ©gligĂ©. Un moment de pure grĂące.

Une production de rĂȘve

ZemlinskyOpĂ©ra de jeunesse d’un compositeur ĂągĂ© de 23 ans, Görge le rĂȘveur fut retirĂ© in extremis de l’affiche de l’opĂ©ra de Vienne suite Ă  la dĂ©mission de son directeur Gustav Mahler, pour ĂȘtre crĂ©Ă© posthume Ă  Nuremberg en 1980. L’histoire d’une sorte « d’idiot du village », mĂ©prisĂ© pour sa culture et sa naĂŻve volontĂ© de croire et de vouloir vivre ses rĂȘves, a inspirĂ© au compositeur une partition flamboyante, Ă  l’orchestration tour Ă  tour opulente et dĂ©licate, et une ligne de chant trĂšs souvent exigeante pour les rĂŽles principaux, qui cĂšde avec bonheur Ă  quelques formes closes du plus bel effet. La raretĂ© de l’Ɠuvre a laissĂ© un terrain relativement vierge au metteur en scĂšne Laurent Delvert, qui avait dĂ©jĂ  Ă©bloui le public dijonnais il y a deux saisons avec l’inĂ©dit Prometeo de Draghi, en proposant une lecture tout en finesse, soulignant efficacement les deux aspects onirique et cauchemardesque de l’intrigue Ă  travers des tableaux visuellement sobres (excellents dĂ©cors de Philippine Ordinaire), mais d’une grande efficacitĂ© dramaturgique : champs de blĂ©, eau courante, le fond ocre qui se transforme en ciel Ă©toilĂ©, contrastant avec le retour au rĂ©el de l’épilogue, dessinent un tableau peu chargĂ© qui laisse s’épanouir les voix et une orchestration de chambre adaptĂ©e au protocole sanitaire. La scĂšne de l’incendie lors du finale du second acte est du plus bel effet, tandis que la longue note suraiguĂ« d’un violon pĂ©tri de tendresse sur laquelle s’achĂšve l’opĂ©ra, atteint le sublime.

Il fallait une distribution sans faille pour dĂ©fendre cette partition luxuriante et redoutable pour les voix, et sur ce plan, on ne peut qu’applaudir Ă  l’homogĂ©nĂ©itĂ© superlative des chanteurs, tous admirablement impliquĂ©s dans cette Zemlinsky-renaissance. Dans le rĂŽle-titre, Daniel Brenna qui avait participĂ© Ă  Dijon il y a quelques annĂ©es Ă  un Ring mĂ©morable, relĂšve le dĂ©fi haut la main de sa voix claire de tĂ©nor aussi raffinĂ© que puissant ; Gertraud est superbement dĂ©fendue par une Helena Juntunen aux aigus impressionnants, mais non dĂ©nuĂ©s de dĂ©licatesse. MĂȘmes Ă©loges pour la lumineuse Grete de Susanna Hurrell, Ă  la diction impeccable, comme d’ailleurs tous ses partenaires, comme l’impĂ©tueuse Amandine Ammirati, d’une aisance scĂ©nique rĂ©jouissante dans le rĂŽle de la femme de l’aubergiste. Les autres rĂŽles masculins sont tout aussi convaincants, en particulier le Hans vocalement et physiquement impĂ©rial de Allen Boxer, baryton racĂ© Ă  la projection prĂ©cise, ou le Kaspar encore plus sĂ©duisant de Wieland Satter. Les autres rĂŽles secondaires, ainsi que les comĂ©diens, forment une troupe tout entiĂšre dĂ©vouĂ©e Ă  dĂ©fendre cette magnifique partition, portĂ©e Ă  une rare incandescence par la baguette inspirĂ©e de la cheffe polonaise Marta Gardolinska Ă  la tĂȘte des forces de l’OpĂ©ra de Lorraine. Ceux qui n’ont pu assister aux reprĂ©sentations nancĂ©ennes ou dijonnaises pourront se rattraper sur France Musique (diffusion du concert le 7 novembre prochain), et Ă©prouver ainsi la profession de foi que dĂ©livrent les derniers mots de l’Ɠuvre : « RĂȘvons et jouons ».

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COMPTE-RENDU, opĂ©ra. Dijon, Auditorium, le 16 oct 2020. Zemlinsky, Traumgörge. Daniel Brenna (Görge), Helena Juntunen (Gertraud/La princesse), Susanna Hurrell (Grete), Andrew Greenan (Le meunier), Igor Gnidii (Le pasteur/Matthes), Allen Boxer (Hans), Alexander Sprague (ZĂŒngl), Wieland Satter (Kaspar), AurĂ©lie Jarjaye (Marei), KaĂ«lig BochĂ© (L’aubergiste), Amandine Ammirati (Femme de l’aubergiste), Dana Luccock (Une voix)
Laurent Delvert (Mise en scĂšne), P Ordinaire (DĂ©cors). Orch et ChƓur de l’OpĂ©ra de Lorraine, M Gardolinska (direction).