COMPTE-RENDU, critique opéra. MARSEILLE, le 22 février 2020. OFFENBACH : La Périchole. Membrey / Lepelletier

COMPTE-RENDU, critique opéra. MARSEILLE, le 22 février 2020. OFFENBACH : La Périchole. Membrey / Lepelletier. Dans un flamboiement de rouges Second Empire, un encadrement de cage de scène souligné de rampes lumineuses encadre un autre cadre pareillement illuminé qui enchâsse à son tour une petite scène avec rideaux, chapeautée en fronton d’une clinquante enseigne : « Cabaret ».

 

 

TOUT FEU TOUT FLAMME

 

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Théâtre dans le théâtre : travestissements. C’est la première réussite des décors et de la mise en scène d’Olivier Lepelletier, dans l’espace exigu du plateau de l’Odéon, cet agencement gigogne (en termes savants, cette « mise en abyme »), théâtre dans le théâtre pour la plaisante théâtralité globale de l’histoire et de ces personnages, deux pauvres petits comédiens de profession, ou de métier inavoué des courtisans, déguisés ou non, dans le théâtre politique et hypocrite de la cour, haute par les perruques des grands, basse par leurs œuvres, manœuvres et bassesse morale.
En fond de cette scène, le rideau s’ouvrira, découvrira dans le palais du libidineux Vice-roi du Pérou, symboliquement derrière son trône, un grand tableau d’érotisme à l’alibi mythologique du XVIIIesiècle libertin : sur un nébuleux décor de forêt sombre trouée d’un ciel bleu, l’éclat nacré du nu de la nymphe Callisto défaillant entre les bras de Diane (identifiée par le croissant de lune de son diadème) indiquant, d’un doigt érigé, un phallique objet rouge prêt à pénétrer le mol envol rose satiné du triangle d’un voile vaginal, bientôt plus virginal,sur lequel folâtrent deux amours témoins de la scène saphique alors que Cupidon, à bonne place sexuelle, semble titiller de sa flèche la déesse, en fait le dieu comédien, Jupiter, métamorphosé en Diane pour séduire sa suivante qui en est amoureuse. Malgré le fauteuil qui en offusque un pan et les mouvements des personnages qui l’occultent, je l’identifie comme un tableau de 1759 de Boucher, La Nymphe Callisto, séduite par Jupiter sous les traits de Diane (visible dans la photo ci dessus).

Déguisements
Tout, d’une mise en scène, n’est pas forcément ni obligatoirement perceptible de la salle ni du spectateur moyen, mais ses références culturelles, sensibles ou non, font sens interne, l’enrichissent globalement et j’apprécie ce choix subtil et plaisant, exact historiquement et cohérent dans cette histoire où abondent les travestissements pour assouvir la luxure luxueuse du Vice-roi, qui apparaît d’abord déguisé. Les seuls à n’être jamais masqués ni travestis sont les deux héros comédiens, même s’ils semblent déguisés en costumes de cour qu’on leur imposera avec le mariage imposé, mais ils les portent avec une telle élégance naturelle de vraie noblesse populaire que ce sont les nobles qui semblent travestis : ce sont eux la populace moutonnante d’étonnantes perruques montées comme des pièces de pâtisserie, barbes à papa aussi bouffies que leurs prétentions et leurs noms et titres à rallonge : une temporellement proche mais géographiquement lointaine guillotine française tranchera dans le vif du col de cette aristocratie trop montée du collet avec ces rouges sanglants prémonitoires. Bien que gesticulant, complices complaisants des caprices et déguisements inutiles du Vice-roi et des serviles dignitaires, ils sont momifiés dans leur morgue et drapés dans leur fausse dignité alors que les deux pauvres hères de héros saltimbanques drapent leur même pas hautaine misère chantante et le métissage racial (« Il grandira car il est Espagnol… ») dans le glorieux et déjà trop grand drapeau espagnol d’un empire bientôt aussi réduit comme peau de chagrin dans la proche décolonisation, intermittents du spectacles d’hier réduits à faire la quête tout en chantant la conquête (« Le conquérant dit à la jeune Indienne… »).
Pour l’heure, à la grisante et rassasiante fête (pour les uns quand les héros meurent de faim) on admire la beauté des robes des dames, les soies, satins, taffetas, velours qui mettent en valeur contrastante les déguisements burlesques du couple de grands ministres, Don Pedro de Hinoyosa en blanc boulanger (Éric Vigneau) et le Comte de Panatellas (Jacques Lemaire) en vieille gitane, sinon beaux lurons, bons larrons en foire avec leurs plans foireux, mettant toute leur rouerie à faire la roue devant le maître, bêtes de scène duettistes, l’un tonnant, l’autre chuchotant, mais en parfait unisson comique. La palme du déguisement dissonant du rouge ambiant, c’est celui, en bonne sœur à cornette, cornes de diable, du vicelard Vice-roi lui-même, errant dans Lima, dans un incognito transparent, pour épier son peuple et vérifier sa popularité mais, hors détracteurs, parmi un choix d’adulateurs à cet effet payés : digne d’un candidat politique dans un béat bain de foule, mais à l’inverse du flot du fleuve où l’on ne se baigne qu’une fois, il s’y baigne, imbibe et imprègne, sous le masque qui le camoufle pour s’éviter le camouflet, campé, grandiose et grotesque, par un Olivier Grand, impérial en voix et truculence tonitruante. Autres plaisants déguisements, le couple de notables notaires cardinaux campés avec toute la drôlerie qu’on leur connaît par Michel Delfaud, plus tard inénarrable vieux prisonnier digne de l’Abbé Faria s’évadant du Château d’If, l’espoir chevillé au corps, et Antoine Bonelli par ailleurs Grand Chambellan chamboulé par la favorite.
Un beau brin de trio de cousines, à la cuisine et au bar du cabaret, plus tard dames d’atours de la cour, l’accorte et onctueuse Kathia Blas, la succulente Marie Pons et l’avenante Lorrie Garcia excellente et souriante trilogie, image diffractée en trois du charme et de l’intelligence féminines que résume et condense l’héroïne singulière dans cette Histoire toujours faite par les hommes où la femme est réduite aux histoires, à l’historiette : mais où elle règne finalement.
Tout feu, tout flamme, tout femme aussi, toutes voiles dehors, danses toujours à propos, habilement agencée sans gêner ni ralentir l’action, bien dans le temps musical et scénique, dans cet espace étroit mais jamais encombré, danseuses devenant une garde de rêve, fusil à l’épaule, irrésistibles et martiales mousquetaires en jupette et jolies gambettes aux pas, ni de l’oie ni de l’oiselle, bien réglés par Esméralda Albert. Un remarquable Valentin le Désossé viendra se joindre à elles dans un ébouriffant finale de french cancan péruvien, peut-être retour aux origines hispaniques de la danse, le chahut-cancan inspiré de la cachucha andalouse et dansé dès 1836 par la fameuse danseuse autrichienne Fanny Essler. Les chœurs, bien mouvants aussi, sont aux premières loges et leur plaisir à chanter, contagieux, gagne la salle. Le chef, toujours sacrifié, invisible sur scène aux saluts, qui sont toujours des interminables bis, bis, bis d’un air étourdissant de verve qui le tiennent dans sa fosse, est le bien vif, vivant, vibrant Bruno Membrey que l’on salue.

 

 

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Âges et rôles
Sans invoquer de théories contradictoires sur l’art et le paradoxe du comédien, qui ne peut l’être que s’il joue ce qu’il n’estpas, ou ne joue bien que ce qu’il est(où est le jeu, alors ?), notre point de vue égoïste et jouisseur de spectateur, doublé du devoir de critique, trouve du bonheur à constater une adéquation physique entre un personnage et l’acteur et chanteur qui l’incarne. Certes, l’opéra, et même l’opérette sont des genres où l’on accepte forcément la convention à son degré extrême de conventionalité : opposé au naturel, tout art est artifice et même dans le supposé retour à la nature du vérisme, le vrai n’y est guère vraisemblable ne serait-ce que par le fait que ses héros expriment leurs douleurs en chantant. Bien sûr, on a connu une époque sans les exigences terribles des gros plans du cinéma ou de la télé qui les retransmettent, où le physique et l’âge des chanteurs ne correspondaient guère à ceux des héros lyriques qu’ils étaient supposés représenter, d’autant qu’une voix doit mûrir avec le temps tandis que les personnages demeurent en leur éternel printemps : on n’a jamais vu une Cio-Cios San de quinze ans incarner Madame Butterfly. Mais c’était alors la voix seule, et la technique du chanteur, qui exprimait la jeunesse du personnage incarné : ainsi, je tiens que Montserrat Caballé, du moins dans le disque, a sans doute été l’une des chanteuses ayant incarné le mieux la jeunesse, l’ingénuité perverse de Salomé demandant doucement et cruellement, puis obstinément et rageusement, la tête de Jokanaan, Jean le Baptiste. Hortense Schneider n’était plus dans la fleur de l’âge lorsqu’elle donna vie à la Périchole, œuvre tardive des auteurs génialement blagueurs. C’est donc un bonheur bien grand de la vue et de l’oreille que de trouver ici un couple de chanteurs crédibles en physique, voix proportionnée et jeu, pour ces deux rôles.
On connaît Samy Camps, habitué de l’Odéon, récemment encore un Orphée mémorable : au physique et claire voix de jeune premier, il joint un air fragile d’adolescent où perce encore l’enfance boudeuse parfois et, sous ses noirs sourcils froncés, on ne sait quelle mélancolie de victime d’une vie injuste. Dans le couple, c’est la Périchole qui semble l’homme fort de la tradition machiste, elle protège ce « nigaud ». Mais sous l’apparente faiblesse du jeune ingénu,c’est la dignité morale qu’il est le seul à exprimer parmi tous ces corrompus en dédaignant les bénéfices que pouvait lui procurer le statut très, envié par les courtisans, de mari complaisant, non « récalcitrant », consentant à son infortune conjugale pour assurer sa fortune matérielle et sociale. Sa pureté contraste avec la duplicité perverse du chœur des courtisans entonnant le quatrain parodiant le second acte deLa Favoritede Donizetti :

« Quel marché de bassesse !
C’est trop fort, sur ma foi,
D’épouser la maîtresse,
La maîtresse du roi ! »
C’est un vrai sens de l‘honneur qu’il exprime dans son air : « On me proposait d’être infâme » et, au-delà des allusions grivoises du couplet,
« Ma femme, avec tout ça, ma femme,
Qu’est-ce qu’elle peut fair’ pendant c’temps-là ? »,
c’est une vraie détresse amoureuse qu’exprime ce chanteur comédien sensible.

Avec son cotillon à volants sur sa cotte ou jupe rouge de danseuse Héloïse Mas est une Périchole de rêve : grave velouté sous un aigu facile, agile, gracile, dansante, yeux grands et vifs d’écureuil, c‘est une poupée qui n’est pas une marionnette. C’est le personnage essentiel et tout repose sur ses jolies épaules qui portent avec élégance le spectacle. Son intelligence l’élève au-dessus de la bêtise des hommes (« Mon Dieu, que les hommes sont bêtes ! »), du Vice-roi vaincu par sa subtilité et de son amant Piquillo qu’elle adore sans se leurrer sur son manque de qualités qu’elle lui énoncera avec une cruelle indulgence amoureuse mais protectrice :
« Tu n’es pas beau, tu n’es pas riche,
Tu manques tout à fait d’esprit ;
Tes gestes sont ceux d’un godiche,
D’un saltimbanque dont on rit.
Et pourtant… »

Elle saura hoqueter sa griserie pour le côté badin de l’histoire mais sa lettre de rupture, reprise de celle de Manon Lescaut à des Grieux, elle l’aura détaillée avec le lucide cynisme fatal de sa conscience de classe et la pauvreté qui condamne l’amour sans pain, abandonné comme un dessert de luxe pour les repus repas des possédants de la terre. Le joli couple n’aura eu la capiteuse coupe aux lèvres des vins espagnols prestigieux de la vie, n’aura goûté au luxe qu’à l’occasion d’une manipulation, d’une farce forcée par le caprice luxurieux des privilégiés.
Créée en 1868 à l’apogée de la folle fête impériale qui va sombrer en 1870, sous ses dehors folâtres et drolatiques, remaniée en 1874 sous la IIIeRépublique et après la Commune, La Périchole n’est pas une opérette ni un simple opéra-bouffe mais, par le nombre de numéros musicaux, un véritable opéra-comique(au vrai sens théâtral du mot), de demi-caractère par le soin attaché aux deux héros principaux.
On me permettra de rappeler des éléments historiques que j’ai évoqués dans d’autres productions de l’œuvre, qui en éclairent les contours.

 
 

Une turbulente et troublante artiste
DE LA « PERRI CHOLI » PÉRUVIENNE À LA PÉRICHOLE
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Il était une fois, dans le fastueux Pérou espagnol de la seconde moitié du XVIIIesiècle, une jolie et piquante comédienne, danseuse et chanteuse, comme l’exigeait le genre sûrement de latonadillahispanique, souvent centré sur une femme. Elle sait lire, écrire privilège pour une femme de son temps. À Lima, Micaela Villegas y Hurtado de Mendoza (1748-1819) est déjà célèbre lorsque débarque le nouveau Vice-roi d’origine catalane, Don Manuel Amat y Junient. Antérieurement gouverneur du Chili, grand administrateur, réformateur et bâtisseur, il lance des missions d’explorations vers les îles du Pacifique. Il a cinquante-sept ans, elle, dix-huit. Il en tombe amoureux, en fait sa maîtresse, sa favorite, l’installe au palais, au grand dam de la noblesse espagnole et créole qui n’a pas, sur ce chapitre, la largeur de vues de l’aristocratie française habituée aux incartades officielles, pratiquement institutionnelles, de ses monarques.
Mieux, ou pire que cela, il fait de sa belle métisse le centre mondain de Lima, la laisse inspirer des constructions nouvelles dont une magnifique fontaine, reflétant la lune qu’elle lui a demandé de mettre à ses pieds et, scandale, va jusqu’à lui offrir un carrosse somptueux, prestigieux privilège exclusif de la noblesse, dans lequel elle se pavane dans la capitale, pour le grand bonheur du peuple de voir l’une des siennes ainsi intronisée, et le dépit et mépris des nobles qui honnissent l’intruse tout en étant forcés de la saluer bien bas, et de l’applaudir très haut au théâtre qu’elle n’a pas abandonné. La gifle qu’administre, en pleine scène à l’un de ses partenaires l’impulsive vedette, lui vaudra une disgrâce de deux ans. Mais les amants socialement inégaux mais égalisés par l’amour et le désir qui renversent toujours les classes sociales, renouent une liaison finalement heureuse de près de quatorze ans, malgré des hauts et des bas de ménage passionné. Le fruit en sera un fils auquel le Vice-roi donne même son propre nom.

 

 

« Perricholi », ‘cho’ comme chocolat et non « cocolat »
Donc, Péri chole à prononcer comme « chochotte », comme devait bien dire Mérimée, savant hispanophile et ami intime de l’Impératrice espagnole Eugénie de Montijo, et non Péri cole, par une tradition linguistique erronée.
Micaela avait un nom : elle va gagner un surnom : « la Perricholi ». Dans l’intimité, le Vice-roi l’appelait tendrement « petit xol » (prononcé « petichol »), ‘petit bijou’ en catalan, ou, familièrement « pirri xol », ‘ma petite métisse’ ; il n’est pas exclu aussi que le Vice-roi, âgé comme un père, les jours de colère contre les frasques de la tumultueuse enfant, dans les alternances après tout conjugales du cœur, l’ai appelée « perra chola » en castillan, ‘chienne de métisse’, sonnant « perri choli » avec son accent catalan et le sifflement probable de sa bouché édentée. Toujours est-il que l’opinion publique s’empara plaisamment du terme affectueux ou injurieux selon que l’on fût admirateur ou détracteur de la belle devenue pour tous, en des sens opposés, « la Perricholi » de la légende.

 

 

Histoire et légende
Actrice et favorite, ce n’est pas la légende mais l’histoire qui conte aussi sa générosité. Un jour, narguant la noblesse dans son célèbre carrosse, elle aperçut un modeste curé portant à pied le Saint-Sacrement pour l’administrer à un mourant. Ému et honteuse, telle déjà une Tosca pieuse, elle descendit du luxueux véhicule, s’agenouilla, et en fit cadeau au prêtre pour qu’il pût exercer confortablement son pieux ministère.
C’est de ce geste célèbre que Prosper Mérimée, à Grenade en 1830 chez les Montijo, tira sa comédie en un acte Le Carrosse du Saint-Sacrement, publiée pour la première fois dans la Revue de Paris en 1829, ajoutée en 1830 à la seconde édition du supposé Théâtre de Clara Gazuldont il est l’auteur caché, jouée sans succès en 1850. Mais, hors du Pérou et de l’Espagne, la Perricholi, avait déjà inspiré La Périchole, vaudeville de Théulon et Deforges (1835) avant l’opéra-bouffe d’Offenbach et ses compères (1868). Puis, en 1893, vint la pièce en vers de Maurice Vaucaire, adaptateur de Puccini en français (au théâtre de l’Odéon de Paris), ensuite Le Carrosse du Saint-Sacrement, opéra en un acte, livret et musique d’Henri Büsser 1948) et, enfin, le célèbre film de Jean Renoir, Le Carrosse d’or (1953) avec Anna Magnani. Belle postérité pour notre belle, que l’on retrouve, naturellement chez le grand écrivain péruvien Ricardo Palma (1833-1919) qui recueille traditions, anecdotes et histoires du Pérou dans ses inépuisables Tradiciones peruanas.

 

 

 

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COMPTE-RENDU, critique opéra. MARSEILLE, le 23 février 2020. OFFENBACH : La Périchole. Membrey / Lepelletier

Marseille, théâtre de l’Odéon, La Périchole de Jacques Offenbach, le 22 février 2020.
Livret de d’Henri Mailhac et Ludovic Halévy, d’après Le Carrosse du Saint-Sacrement de Prosper Mérimée,

A l’affiche les 22 et 23 février 2020
NOUVELLE PRODUCTION

 

 

Direction musicale : Bruno MEMBREY
Mise en scène : Olivier LEPELLETIER
Chorégraphe :Esméralda ALBERT
La Périchole :Héloïse MAS
1ère Cousine / Guadalena :Kathia BLAS
2ème Cousine / Berginella :Lorrie GARCIA
3ème Cousine / Mastrilla :Marie PONS
Piquillo :Samy CAMPS
Vice-Roi :Olivier GRAND
Panatellas :Jacques LEMAIRE
Hinoyosa : Éric VIGNAU
Tarapote / Un Notaire : Antoine BONELLI
Le Vieux Prisonnier / Un Notaire : Michel DELFAUD

Chœur Phocéen
Orchestre de l’Odéon
Décors et costumes Opéra de Marseille

Photos © Christian Dresse

Compte rendu, opéra. Saint Céré. Théâtre de l’usine, le 9 août 2016. Offenbach : La Périchole. Trottiez, Desbordes.

Compte rendu, opéra. Saint Céré. Théâtre de l’usine, le 9 août 2016. Offenbach : La Périchole, opéra bouffe en trois actes sur un livret d’Henri Meilhac et Ludovic Halévy. Sarah Laulan, La Périchole, Pierre Emmanuel Roubet, Piquillo, Christophe Lacassagne, Vice roi du Pérou … Choeur et orchestre Opéra Eclaté, Dominique Trottein, direction. Olivier Desbordes et Benjamin Moreau, mise en scène, Jean Michel Angays, costumes, Elsa Bélenguier, décors. Lors de l’édition 2015 du festival de Saint Céré, nous avions salué la nouvelle production de La Périchole de Jacques Offenbach (1819-1880) présentée par le tandem Olivier Desbordes et Benjamin Moreau, en émettant cependant des réserves sur la mise en scène. La Périchole revient dans le cadre de l’édition 2016 avec des changements de distribution, (notamment pour les trois rôles principaux), et de chef d’orchestre.

Succès mérité pour La Périchole

Si en 2015, la mise en scène à quatre mains d’Olivier Desbordes et Benjamin Moreau nous avait paru quelque peu laissée dubitative, la reprise 2016 déborde de vie, de dynamisme, d’entrain entraînant le public dans un divertissant tourbillon de fous rires. L’esprit de troupe, si cher à Desbordes, s’impose et donne la part belle à une saine émulation, chaque chanteur donnant et recevant des autres, s’imprégnant ainsi de la joie de vivre de chaque personnage.

 

 

 

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Autant le couple formé par Héloïse Mas et Marc Larcher, nous avait séduit en 2015, autant celui formé par Sarah Laulan et Pierre Emmanuel Roubet explose littéralement dès sa première entrée. Ils sortent ainsi du carcan parfois étouffant des conventions sociales dont Desbordes et Moreau se moquent avec talent. Laulan est une Périchole libérée, exaspérée parfois, provocatrice souvent, n’hésitant pas à faire tourner en bourrique Don Andrès (le vice roi) ou à jouer sur la jalousie maladive de Piquillo qui tombe, comme Don Andrès dans tous les pièges tendus à son amour. La voix d’alto de la jeune femme séduit; elle accapare le rôle de Périchole avec délices et chante chaque air en faisant passer son personnage par des sentiments contradictoires sans jamais surjouer ni se perdre dans d’inutiles dédales expressifs. Quant à Pierre Emmanuel Roubet, son Piquillo certes amoureux mais peu sûr de lui, le pousse à une jalousie maladive tant il a peur de perdre la femme tant aimée; la voix ne manque pas d’atouts pour donner à Piquillo un relief qui manquait parfois à Marc Larcher en 2015.
Mais le changement le plus important et le plus spectaculaire est celui concernant Don Andrès de Ribeira, vice roi du Pérou; si Philippe Ermelier nous avait séduit en 2015, Christophe Lacassagne déboule sur le plateau, boule d’énergie incandescente emportant tout sur son passage; l’homme est un comédien-chanteur comme on les aime à Saint Céré. Rappeur jusqu’au bout des ongles, il en adopte l’attitude dès les couplets de l’incognito où il singe avec un talent inégalable tics et attitudes des représentants du genre musical; il n’y a aucune lourdeur, aucun excès dans son interprétation de Don Andrès de Ribeira. Le tandem Yassine Benameur / Eric Vignau (Don Miguel de Panatellas / Don Pedro de Hinoyosa) fonctionne à merveille et les deux complices ne forcent jamais le trait quant à l’interprétation scénique et vocale de leurs personnages respectifs. Sarah Lazerges, Flore Boixel, Dalila Kathir sont de sympathiques cousines et campent des dames d’honneur décapantes.

Jusqu’en 2015, les représentations des opérettes et opéras bouffes étaient données à la halle des sports et l’orchestre était au même niveau que les chanteurs. Au théâtre de l’usine, livré début 2016, les musiciens ont investi sur une sorte de terrasse dominant la scène. Si l’installation peut étonner, elle fonctionne pas mal et Dominique Trottein qui dirige l’orchestre d’Opéra Eclaté, s’en donne à cœur joie avec une musique qui l’inspire visiblement beaucoup. Aussi survolté que ses chanteurs, le chef dirige avec brio et fermeté une œuvre qu’il connaît sur le bout des doigts; il entre aussi dans le jeu des dames d’honneur, lorsque après l’entracte, il trouve l’une d’entre elles sur la terrasse de l’orchestre prête à diriger les musiciens hilares. Trottein alpague celles restées sur scène donnant le change avec talent sans pour autant oublier la musique.

Cette reprise de La Périchole est d’autant plus réussie qu’elle réunit un plateau vocal soudé, plein de vie, donnant le meilleur à un public conquis et très enthousiaste visiblement peu pressé de partir tant il rappelle chanteurs et metteurs en scène au moment des saluts.

 

 

Compte rendu, opéra. Festival de Saint-Céré 2016. Théâtre de l’usine, le 9 août 2016. Jacques Offenbach (1819-1880) : La Périchole, opéra bouffe en trois actes sur un livret d’Henri Meilhac et Ludovic Halévy. Sarah Laulan, La Périchole, Pierre Emmanuel Roubet, Piquillo, Christophe Lacassagne, Don Andrès de Ribeira Vice roi du Pérou, Eric Vignau, Don Pedro de Hinoyosa, Yassine Benameur, Don Miguel de Panatellas, Sarah Lazerges/FloreBoixel/Dalila Kathir, cousines/dames d’honneur, Antoine Baillet Devallez, Tarapote, Choeur et orchestre Opéra Eclaté, Dominique Trottein, direction. Olivier Desbordes et Benjamin Moreau, mise en scène, Jean Michel Angays, costumes, Elsa Bélenguier, décors.

 

 

 

Compte rendu critique, opéra. Marseille, Odéon, le 2 avril 2016. Offenbach : La Périchole. Emmanuelle Zoldan…

Une turbulente et troublante artiste. Il était une fois, dans le fastueux Pérou espagnol de la seconde moitié du XVIIIe siècle, une jolie et piquante comédienne, danseuse et chanteuse, comme l’exigeait le genre sûrement de la tonadilla hispanique, souvent centré sur une femme. À Lima, Micaela Villegas (1748-1819) est déjà célèbre lorsque débarque en 1761 le nouveau Vice-roi d’origine catalane, Don Manuel Amat y Junient. Il a cinquante-sept ans, elle, dix-huit. Il en tombe amoureux, en fait sa maîtresse, sa favorite, l’installe au palais, au grand dam de la noblesse espagnole et créole qui n’a pas, sur ce chapitre, la largeur de vues de l’aristocratie française habituée aux incartades officielles, pratiquement institutionnelles, de ses monarques.

Mieux, ou pire que cela, il fait de sa belle métisse le centre mondain de Lima, la laisse inspirer des constructions nouvelles, et, scandale, va jusqu’à lui offrir un carrosse somptueux, prestigieux privilège exclusif de la noblesse, dans lequel elle se pavane dans la capitale, pour le grand bonheur du peuple de voir l’une des siennes ainsi intronisée, et le dépit et mépris des nobles qui honnissent l’intruse tout en étant forcés de la saluer bien bas, et de l’applaudir au théâtre qu’elle n’a pas abandonné.

De la “Perri Choli” péruvienne à la Périchole…

La gifle qu’administre, en pleine scène à l’un de ses partenaires l’impulsive vedette, lui vaudra une disgrâce de deux ans. Mais les amants socialement inégaux mais égalisés par l’amour et le désir qui renversent toujours les classes sociales, renouent une liaison finalement heureuse de près de quatorze ans, malgré des hauts et des bas de ménage passionné. Le fruit en sera un fils auquel le Vice-roi donne même son propre nom.
« Perricholi », ‘cho’ comme chocolat et non « cocolat »
Donc, Péri chole à prononcer comme « chochotte », comme devait bien dire Mérimée, savant hispanophile et ami intime de l’Impératrice espagnole Eugénie de Montijo, et non Péri cole, par une tradition linguistique erronée.
Micaela avait un nom : elle va gagner un surnom : « la Perricholi ». Dans l’intimité, le Vice-roi l’appelait tendrement « petit xol » (prononcé « petichol »), ‘petit bijou’ en catalan, ou, familièrement « pirri xol », ‘ma petite métisse’ ; il n’est pas exclu aussi que le Vice-roi, âgé comme un père, les jours de colère contre les frasques de la tumultueuse enfant, dans les alternances après tout conjugales du cœur, l’ai appelée « perra chola » en castillan, ‘chienne de métisse’, sonnant « perri choli » avec son accent catalan et le sifflement probable de sa bouché édentée. Toujours est-il que l’opinion publique s’empara plaisamment du terme affectueux ou injurieux selon que l’on fût admirateur ou détracteur de la belle devenue pour tous, en des sens opposés, « la Perricholi » de la légende.

Histoire et légende. Actrice et favorite, ce n’est pas la légende mais l’histoire qui conte aussi sa générosité. Un jour, narguant la noblesse dans son célèbre carrosse, elle aperçut un modeste curé portant à pied le Saint-Sacrement pour l’administrer à un mourant. Ému et honteuse, telle déjà une Tosca pieuse, elle descendit du luxueux véhicule, s’agenouilla, et en fit cadeau au prêtre pour qu’il pût exercer confortablement son pieux ministère.
C’est de ce geste célèbre que Prosper Mérimée, à Grenade en 1830 chez les Montijo, tira sa comédie en un acte Le Carrosse du Saint-Sacrement, publiée pour la première fois dans la Revue de Paris en 1829, ajoutée en 1830 à la seconde édition du supposé Théâtre de Clara Gazul dont il est l’auteur caché, jouée sans succès en 1850. Mais, hors du Pérou et de l’Espagne, la Perricholi, avait déjà inspiré La Périchole, vaudeville de Théulon et Deforges (1835) avant l’opéra-bouffe d’Offenbach et ses compères (1868). Puis, en 1893, vint la pièce en vers de Maurice Vaucaire, adaptateur de Puccini en français (au théâtre de l’Odéon de Paris), ensuite Le Carrosse du Saint-Sacrement, opéra en un acte, livret et musique d’Henri Büsser (1948) et, enfin, le célèbre film de Jean Renoir, Le Carrosse d’or (1953) avec Anna Magnani. Belle postérité pour notre belle, que l’on retrouve, naturellement chez le grand écrivain péruvien Ricardo Palma (1833-1919) qui recueille traditions, anecdotes et histoires du Pérou dans ses inépuisables Tradiciones peruanas.

Réalisation et interprétation
2 PDu fameux carrosse, absent du livret, il n’en restera ici que son découpage en carton-pâte et le double clin d’œil des deux fenêtres dans lesquelles s’inscriront plaisamment, comme dans les photos de foire où l’on passe la tête, celle des deux héros partant à la fin pour être heureux et avoir beaucoup d’enfants qui grandiront car ils sont Espagnols, dans un univers de toiles peintes des décors de Laurent Martinel qui ravivent la nostalgie de notre esprit d’enfance, d’enfants du moins non encore blasés par les effets spéciaux contemporains. Les costumes (Maison Grout), hommes du peuple en blanc et chapeau de paille, femmes en jupes colorées à motifs indiens triangulaires et feutres, stylisent en souriant un Pérou d’opérette, piqué des notes de la commedia dell’Arte référant sans doute au film de Renoir dont les héros en sont des comédiens, Arlequin, Colombine, Pierrot. Au second acte, sous le tableau en pied à la Louis XIV du Vice-Roi, la Cour, très versaillaise en ses costumes élégants, bourgeonne de perruques poudrées et papillonne d’éventails. Tout ce monde, Chœur Phocéen (Rémy Littolff) et solistes, se meut en musique dans une vivacité sans heurt, une alacrité contagieuse, due à la battue tambour battant (sans être lourdement tambour-major) de Jean-Pierre Burtin et au dynamisme insufflé par Jean-Jacques Chazalet, qui signe une mise en scène très physique, attentionnée sans intentions métaphysiques hors de propos.
La connivence entre tous les acteurs, des premiers au seconds rôles ou plans, est aussi sensible que leur plaisir de jouer qu’ils communiquent à la salle. Ainsi, Michel Delfaud, en Marquis de Santarem éternel prisonnier, avec un accent marseillais qui lui donne des airs d’Abbé Faria issu de son trou creusé pendant des années, citant Shakespeare en l’attribuant à Cervantes. Une seule apparition, et c’est tout un personnage : Antoine Bonelli, joues bouffies des bouffées de son importance, bougon ou bouffon Grand Chambellan chancelant. La voix mielleusement fielleuse de Jacques Lemaire et amèrement douceâtre ou acérée de son compère Dominique Desmons font une hilarante paire : les Dupont et Dupont de la cabale et de la cavale face au danger, les traîtres au sourire grinçant sarcastiquement des dents à la joie du complot. Un joli trio de vipères vocales se partagent six rôles, le beau mezzo de Valentine Lemercier, le soprano incisif de Violette Polchi et celui de Virginy Fenu, déjà appréciée en fraîche fille-fleur de Madame Chrysanthème. Agatha Mimmersheim, Anne-Gaëlle Peyro, complètent les atouts des dames et, aux basses œuvres des basses-fosses du palais, Patrice Bourgeois, Yves Fleuriot et Damien Rauch sont les nécessaires geôliers et bourreaux pour rire.
Tout opéra-bouffe a ses vaincus et vainqueurs, évidemment rôles renversables, un couple d’amoureux et le baryton l’empêcheur d’aimer en rond, parce qu’il en a profusion, troisième larron qui fait du duo un trio, triomphant, tonitruant, truculent ici Alexandre Duhamel, grand gaillard de gaillardement paillard Vice-Roi, plus joyeusement vicieux que méchamment vicelard et pernicieux, dont le vice (qui n’a pas ainsi « vicié » lui jette la première pierre), n’est que celui, bien commun, d’aimer « les petites femmes » tel un Napoléon III en goguette échappé des Tuileries ou de Compiègne où il relègue son Eugénie d’Impératrice. Jouant les terreurs, il ne terrorise jamais, beau et bon chanteur et vrai personnage de comédie avec sa Cour, assurant le côté bouffe d’un opéra qui, de l’autre, est une comédie de demi-caractère, guère drôle dans le fond, même fondu dans la forme globale.

En effet, un couple de jeunes et beaux héros, malheureux en fortune et mourant de faim n’est pas du plus haut comique. En Piquillo, le juvénile ténor Rémy Mathieu, au timbre merveilleusement délicat, digne de Mozart, a une grâce touchante de victime malgré un sourire encore enfantin, enjôleur, opposant l’humour à la mauvaise humeur de la fortune. À ses côtés, voix de velours sombre à l’aigu aisé, sans aucun effet de grave vulgairement poitriné, la mezzo Emmanuelle Zoldan, morceau de roi et Vice-Roi mais fièrement et dignement préservée pour son amour, donne vie profonde, loin de la caricature, à une Périchole très humaine, qui joue le jeu sans être dupe, avec un regard lucide et désenchanté sur la société, protectrice de son inconscient compagnon. Sa lettre de rupture, spirituelle mais cruelle, elle la rend avec la gravité de la situation de femme déchirée entre la rudesse de son existence et la promesse d’un avenir meilleur, un sacrifice personnel de pauvre Traviata de l’injustice du monde, grande âme trahie par la vie. Même son air de la griserie ne tombe pas dans la grivoiserie et, si elle constate, ironique et triste, que « les hommes sont bêtes », c’est qu’ils le sont vraiment comparés à ces femmes qu’ils affrontent effrontément, moins lotis en intelligence pratique. Sa paradoxale déclaration d’amour, « Oui, je t’aime, brigand, j’ai tort de l’avouer… », en détaillant avec clarté les défauts de l’être aimé, dépassés mais non effacés par la puissance de l’amour, elle semble la faire avec la douceur fataliste d’une Carmen de comédie, mais en nous faisant sentir qu’on est près du drame. Dans la rassurante inhumanité comique du bouffe, c’est l’humanité vraie des sentiments qui passe. On peut alors, joyeusement et cyniquement, entonner encore l’hymne impertinent de l’œuvre, « Il grandira, il grandira car il est Espagnol… », visant malicieusement les préférences nationales de l’Espagnole Impératrice favorisant sans doute ses compatriotes, déjà instigatrice de la désastreuse projection d’un nouvel Empire au Mexique pour nouveaux conquistadors, à la veille de la lamentable guerre de 1870 contre la Prusse qui verra la fin du sien, pour la question, justement, de la Succession d’Espagne.

Compte rendu, opéra. Marseille, Odéon, le 2 avril 2016. Offenbach : La Périchole. Emmanuelle Zoldan. Jean-Pierre Burtin.

La Périchole de Jacques Offenbach, au Théâtre de l’Odéon, Marseille, les 2 et 3 avril 2016.
Livret d’Henri Mailhac et Ludovic Halévy,
d’après Le Carrosse du Saint-Sacrement de Prosper Mérimée,

La Périchole : Emmanuelle ZOLDAN. Première Cousine : Virginy FENU Deuxième Cousine : Violette POLCHI. troisème Cousine : Valentine LEMERCIER.  Frasquinella : Agatha MIMMERSHEIM. Marchande : Anne-Gaëlle PEYRO.
Piquillo : Rémy MATHIEU.  Don Andrès de Ribeira (Vice-Roi) :  Alexandre DUHAMEL. Don Miguel de Panatellas : Dominique DESMONS. Don Pedro de Hinojosa : Jacques LEMAIRE. Le Marquis de Tarapote :Antoine BONELLI. Le Marquis de Satarem : Michel DELFAUD. Geôliers et bourreaux : Patrice BOURGEOIS, Yves FLEURIOT et Damien RAUCH.

Orchestre du théâtre de l’Odéon, Chœur phocéen.
Direction musicale : Jean-Pierre BURTIN
Mise en scène : Jean-Jacques CHAZALET

Photo © Christian Dresse

Compte rendu, opéra. Saint-Céré, le 7 août 2015. Offenbach : La Périchole. Opéra Eclaté, Jérôme Pillement

offenbach jacques Offenbach2Pour la seconde étape de notre périple musical, nous nous retrouvons, pour la dernière année (le futur théâtre de l’usine devant être livré début 2016), à la Halle des sports de Saint-Céré pour une représentation de La Périchole. Le petit bijou  lyrique de Jacques Offenbach (1819-1880) fut créé en 1868 puis re-créé en 1874 après que l’oeuvre ait été remise sur le métier et corrigée pour partie par le compositeur; et c’est d’ailleurs la version de 1874 qui nous était présentée en cet étouffant vendredi soir d’été. Cette nouvelle production est une coproduction du festival de Saint Céré, allié pour la circonstance avec Les Folies d’O de Montpellier. Pour l’occasion, la mise en scène est réalisée à quatre mains par Olivier Desbordes et Benjamin Moreau. Depuis 2013, Olivier Desbordes régale son public avec des mises en scène plutôt convaincantes dont nous avons déjà rendu compte dans nos colonnes (Lost in the stars, Le voyage dans la lune). Lors de cette édition 2015, il remet à l’honneur le fameux opéra bouffe de Jacques Offenbach : La Périchole. L’oeuvre avait déjà été donnée par le passé et revient sur le devant de la scène en faisant peau neuve en une nouvelle production.

olivier-desbordesAvec Benjamin Moreau, Olivier Desbordes signe une mise scène dynamique et très cocasse, mais d’une certaine bridée manquant de délire et de glissements déjantés qui auraient pu en faire une production idéale. Si les décors sont dépouillés, les costumes eux sont bien adaptés aux personnages; ainsi le Vice Roi, censé se promener incognito débarque sur scène grimé en rappeur (dont il adopte le langage) provoquant l’hilarité du peuple de Lima, qui a bien compris à qui il a affaire, et d’un public conquis. Il faut bien avouer aussi que voir Don Pedro de Hinoyosa et le comte Miguel de Panatellas arriver costumés en indiennes est tout aussi cocasse, voire franchement hilarant. Autant de costumes et d’accessoires qui remplacent avec bonheur les éléments de décors éliminés au profit du reste.

Héloïse-Mas-HDVocalement, la distribution convoquée séduit dès le début de la soirée. La jeune Héloïse Mas est une Périchole mutine, drôle, sans complexes mais avec les pieds sur terre; pauvre chanteuse des rues, crevant la faim, le coup de foudre de Don Andrès de Ribeira est une aubaine pour elle, aubaine qu’elle compte bien utiliser à son avantage. La voix est ferme, ronde, chaleureuse et dès la scène d’entrée, avec un Piquillo mordu de jalousie, elle s’impose comme une future grande titulaire du rôle; les quatre airs dévolus à Périchole sont chantés sans faiblesses. Marc Larcher est aussi déchainé que sa partenaire : il incarne un Piquillo amoureux transi, éprouvé par sa compagne dont la forte personnalité le fait souvent tourner en bourrique. Larcher possède lui aussi une voix prometteuse à la tessiture large qui donne au personnage de Piquillo, une assurance trempée, style beau ténébreux, dont il se sert avec talent. C’est Philippe Ermelier qui campe Don Andrès de Ribeira, vice roi du Pérou. En vieux briscard de la scène, Ermelier entre dans la peau de son personnage avec une aisance déconcertante. Comédien de talent, il joue les rappeurs (costume sous lequel il pense pouvoir se promener dans les rues de Lima sans être reconnu) avec délice. Cependant, c’est aussi un grand naïf et il tombe, tel un fruit trop mûr, dans le piège tendu par la Périchole qui veut à tout prix s’évader de la prison où il l’a mise avec son cher Piquillo. La voix grave et parfaitement maitrisée de l’artiste séduit et ensorcelle pendant toute la soirée.

 

Parmi les piliers du festivals, on retrouve l’excellent ténor Éric Vignau, lequel, comme lors de l’édition 2014, a assuré trois concerts d’affilé (Falstaff le 5 août dernier et dont nous rendrons compte après le représentation du 10, puis un récital de mélodies juives hébraïques le 6 août). L’artiste, familier du rôle de Don Pedro de Hinoyosa, en fait un personnage hilarant tant il a peur de perdre la faveur de ses supérieurs; comédien consommé, son Don Pedro reste une performance inclassable, convaincante et très personnelle. Saluons aussi les très belles performances de Yassine Benameur en comte de Panatellas et du trio de cousines constitué de Sarah Lazerges, Flore Boixel et Dalilah Kathir, une autre habituée du festival de Saint Céré. Ultime personnage de La Périchole, le choeur d’Opéra Éclaté joue et chante avec gourmandise un oeuvre pétillante. Dans la fosse, ou plutôt sur le côté de la scène, Jérôme Pillement dirige avec entrain l’orchestre d’Opéra Éclaté. Si la différence entre l’orchestre de Montpellier et la formation réduite du festival de Saint Céré peut surprendre quiconque ne connait pas ou mal la structure Opéra Éclaté, l’orchestre n’a pas à rougir de la prestation qu’il donne à entendre au public venu nombreux. Le geste dynamique, léger et aérien de Jérôme Pillement donne à cette Périchole la touche de folie indispensable pour parachever une production scénique plus mesurée mais globalement réussie.

 

Compte rendu, opéra. Saint-Céré. Halle des sports, le 7 août 2015. Offenbach : La Périchole, opéra bouffe en trois actes sur un livret d’Henri Meilhac et Ludovic Halévy. Héloïse Mas, La Périchole; Marc Larcher, Piquillo; Philippe Ermelier, Don Andrès de Ribeira, vice-roi du Pérou … choeur et orchestre Opéra Éclaté; Jérôme Pillement, direction. Benjamin Moreau et Olivier Desbordes, mise en scène; Pascale Péladan, chorégraphie; Jean Michel Angays, costumes; Elsa Bélenguier, décors.