Operavision : PONCHIELLI, La Gioconda (Bruxelles, La Monnaie, 2019)

gioconda-joconde-vinci-ponchielli-opera-annonce-critique-opera-classiquenewsINTERNET. OPERAVISION : Jusqu’au 11 août 2019. PONCHIELLI, La Gioconda. Intrigues en sous main, complots et rivalités, La Gioconda (qui aurait pu donner son nom au portrait de Leonardo da Vinci) souligne le sens de l’honneur et du sacrifice d’une jeune femme harcelée et torturée qui Å“uvre pour sauver et l’homme qu’elle aime (Enzo Grimaldo), et la femme que ce dernier affectionne (Laura Adorno. Dans la Venise baroque (du XVIIè), son sacrifice est double, et son humilité généreuse, admirable. Le rôle titre est écrit pour un grand soprano lyrique et dramatique, angélique et aussi d’une couleur tragique, souvent hallucinée. Pilier et guide pour sa mère aveugle (La Cieca, contralto), Gioconda est convoitée par l’infect Barnaba (espion de l’Inquisition, baryton). Ce dernier ne cesse de manipuler, séduire, tromper pour posséder le corps de sa proie… Mais après bien des péripéties, La Gioconda parviendra à lui échapper (en se suicidant) tout en apprenant alors qu’elle expire, que le dit Barbnaba a fait noyer sa mère aveugle… A la grandeur morale de l’héroïne, répond la terreur et le diabolisme imaginé par Ponchielli et Boito.

D’après « Angelo, tyran de Padoue » Victor Hugo, Ponchielli (et son librettiste d’alors : Boito) suit en 1876, les traces de Verdi, lui-même inspiré d’ »Ernani » ou du « Roi S’amuse » (pour Rigoletto) ; les compositeurs italiens ont su transposer sans l’atténuer, la fibre dramatique, parfois cynique et glaçante du théâtre hugolien. Ainsi La Gioconda de Pochielli assure à son auteur, un succès planétaire, jamais démenti depuis, à l’époque où Verdi éblouit lui aussi la scène romantique italienne, auteur de Aida (1871) et Otello (1887, livret du même Boito). La version finale est créée en 1880 à La Scala de Milan ; reprise dès décembre 1883 au Metropolitan Opera qui lui offre ainsi sa création américaine.

Concevant son drame lyrique pour 6 protagonistes qui sont autant de chanteurs solistes aguerris, Ponchielli renforce l’intensité du drame tragique (ici l’héroïne sacrificielle paie de sa mort son sens, forcément fatal, d’une indéfectible loyauté). Olivier Py met en scène à Bruxelles, le sommet de l’opéra dit « vériste », fort par sa déclamation proche du théâtre, que renforce la conception de l’action très intimiste ; mais où les tableaux collectifs citent constamment l’admiration de Ponchielli pour le grand opéra français (ballet des heures de l’acte III dit « La Ca d’oro »). Histoire de mieux étouffer et martyriser le profil de l’héroïne confrontée à un destin collectif qui la dépasse totalement. Le drame se déroule à Venise, fait rire les masques en grimaces quasi sataniques (selon les actes sadiques du barbares Barnaba) en un palais souterrain quasi innondé… six protagonistes sont dirigés par maestro Paolo Carignani : Béatrice Uria-Monzon (La Gioconda), Ning Liang (La Cieca), Silvia Tro Santafè (Laura), Stefano La Colla (Enzo), Franco Vassallo (Barnaba), Jean Teitgen (Alvise).
INTERNET / Operavision : En direct, Mardi 12 février, 19h PONCHIELLI, La Gioconda. Bruxelles, La Monnaie.

 

 

 

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OPERAVISION
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Visionnable jusqu’au 11 août 2019
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Compte-rendu : Paris. Opéra Bastille, le 7 mai 2013. Ponchielli : La Gioconda (1876). Urmana, Alvarez, Montiel… Oren, direction. Pizzi, scénographie

gioconda ponchielli illustration1Hugo a abondamment inspiré l’opéra romantique italien : Verdi puise l’intrigue âpre et tragique de son Rigoletto à partir du Roi s’amuse ; puis c’est la nouvelle génération des  ” échevelés “  (les fameux Scapigliati) qui à la suite du modèle verdien ne veulent rien de moins que reformer la scène lyrique italienne voire européenne vers la fin des années 1870 : voyez les champions de la nouvelle esthétique autoproclamée, l’écrivain Boito et le compositeur, maître de Puccini… Ponchielli ; tous deux réalisent La Gioconda, à partir du Tyran de Padoue du dramaturge français (1876) ; ils en font un manifeste du nouveau grand opéra italien, sorte d’héritage postverdien et postdonizettien, avec les premiers accents véristes…

 

 

Grande machine à l’italienne

 

Si dans Rigoletto c’est essentiellement la relation père / fille (Rigoletto, Gilda) qui échafaude le fil pathétique et tragique de l’action, on retrouve le même ressort dramatique dans La Gioconda de Ponchielli : ici, dès le lever de rideau, du moins dans cette mise en scène qui nous vient d’Espagne (Liceu de Barcelone et Teatro Real de Madrid, octobre 2005), la très proche filiation de la mère à la fille, Gioconda et sa mère aveugle dite ” la Cieca “, puis le sens du sacrifice de la jeune chanteuse vénitienne structurent toute l’intrigue. Autre parallèle intéressant soulignant la volonté de Ponchielli d’égaler voire dépasser le standard verdien : si chez Verdi, le duc de Mantoue incarne le sommet de l’immoralité sournoise, de l’irresponsabilité cynique absolument méprisable, il existe bel et bien une même figure noire, celle du sbire de l’ombre, à la fois mercenaire et délateur zélé (à la solde du conseiller Alvise), Barnaba : tel un vautour Å“uvrant par duplicité et rouerie masquées, l’emploi de baryton dramatique, tient  et de Mefistofele et de Iago ; c’est un agent manipulateur qui épris de la belle Gioconda, veut la posséder ; ses actions macchiavéliques dévoilent a contrario, en suscitant la résistance radicale de sa proie,  l’admirable sens du sacrifice de celle-ci.
La trame est encore nourrie par une seconde construction sentimentale : Gioconda aime sans retour Enzo, lequel est épris de la propre femme du conseiller Alvise Badoero, Laura ; tout se joue alors entre Gioconda et sa rivale, Gioconda et Enzo, mais à la faveur d’une action qui met en danger sa mère La Cieca, Gioconda saura renoncer et sauver le couple d’amoureux dont elle reste jalouse…

Jamais représentée sur le scène parisienne, La Gioconda fait ainsi son entrée au répertoire de l’Opéra de Paris. On connaît la mise en scène  de Pizzi : créée au Liceu de Barcelonne, elle avait déjà été l’objet d’une captation live toujours disponible au catalogue (lire notre critique du dvd TDK La Gioconda avec Deborah Voigt dans le rôle-titre).  La vision d’une Venise brumeuse aux foules barbares et masquées souligne le mythe de la cité lagunaire, à la fois, fascinante et écÅ“urante : c’est l’arène où La Gioconda accomplira son destin de paria tragique.

Le côté grande machine fonctionne toujours bien : foule hystérique et haineuse, après la régate, prête à torturer la mère aveugle identifiée en sorcière jeteuse de sorts ; superbe ballet des heures au III (bal à la Ca d’Oro), chÅ“urs omniprésents et donc grande scène historicisante (l’action initiale propre à la Venise du premier Seicento a été déplacée vers celle plus décadente et perfide de la fin du XVIIIè) : l’atmosphère de pourriture sociale, délétère et vénéneuse où c’est Barnaba, maître des complots et persifleur délateur qui tire les ficelles, s’impose tout au long du spectacle. Et l’on comprend qu’en fin de drame, Gioconda, pur ange moral et loyal, veuille se donner la mort confrontée à un monde sans amour possible, qui n’est rien que manipulation et barbarie.

Pour autant à Paris, avouons notre déception totale face à ce qu’en offre Violetta Urmana : si le volume sonore est toujours présent, l’intonation, les passages et la fluidité font défaut: très peu à l’aise ce soir, la diva rate hélas son incarnation de La Gioconda. C’est pour nous l’erreur de la distribution ; un échec qu’annonçait déjà sa médiocre et approximative tenue dans La Forza del destino, présentée ici même en novembre 2011… Même le Barnaba de Claudio Sgura n’atteint pas cette duplicité diabolique et subtile, piquante voire mordante qu’exige le rôle (Boito visiblement fasciné par l’attraction malicieuse du mal avait déjà composé son chef d’oeuvre comme compositeur : Mefistofele en 1868 ; il récidivera encore aux côtés de Verdi, pour Otello, créant un Iago plus perfide et noir que Barnaba sans interrompre cependant la filiation) : chant lisse, linéaire…  ni impliqué ni suffisamment trouble ce soir … décidément rien n’égale l’éclat solaire de l’excellent ténor Marcelo Alvarez qui nous vaut un Grimaldo, entier, ardent et aussi fin dans chacune de ses interventions (magnifique air au II ” Cielo e mar “…) ; un emploi idéalement servi que rehausse encore dans les duos avec Laura, sa partenaire, vibrante et opulente Lucina d’Intino (ailleurs convaincante Amnéris dans Aïda de Verdi…). Les palmes du spectacle de ce soir allant incontestablement au mezzo ample, profond, suave de la madrilène Maria José Montiel, superbe incarnation et bouleversante présence de l’aveugle… Sa musicalité qui la conduira prochainement à chanter évidemment Maddalena dans Rigoletto, saisit par sa vérité.

Tout n’est donc pas à rejeter dans cette entrée au répertoire de La Gioconda. Reste l’orchestre de l’Opéra, aux ressources inouïes (superbe atmosphérisme de l’ouverture) mais que n’exploite pas encore totalement le chef Daniel Oren... pas aussi cohérent et allusif que l’excellent Philippe Jordan, lequel pour la Forza del destino susnommé, avait sauvé la production.
Nonobstant nos remarques et réserves, le spectacle est de bonne tenue, visuellement varié et riche en épisodes collectifs (dont le ballet des heures au III, rare ballet romantique italien qui a gagné son statut de cycle indépendant, souvent produit séparément de l’opéra) : d’une durée de plus de 3h, (entractes compris), les spectateurs en ont pour leur argent.

A l’affiche de l’Opéra Bastille jusqu’au 31 mai 2013. A ne pas manquer, direct au cinéma (réseau UGC), le 13 mai 2013, 19h30.  Diffusion France Musique, le samedi 18 mai 2013, 19h.

Illustrations : tableaux du peintre Francesco Hayez : Vénitiennes en prise à l’esprit de la dénonciation (DR)