LA BELLE HELENE (Paris, 1864) / Jacques Offenbach : vaudeville sublimé

offenbach jacques portrait opera operette 1704981-vive-offenbachLA BELLE HELENE (Paris, 1864) / Jacques Offenbach : vaudeville sublimé. Davantage encore qu’Orphée aux enfers (18580 véritable triomphe qui assoit sa célébrité et son génie sur les boulevards parisiens, La Belle Hélène est plus encore symptomatique de la société insouciante, flamboyante, un rien décadente du Second Empire : créé au Théâtre des Variétés le 17 déc 1864, l’ouvrage sous couvert d’action mythologique, est une sévère et délirante critique de la société d’alors, celle des politiques corrompus (ici le devin Calchas vénal), des cocottes alanguies, des sbires insouciants, irresponsables et doucereux (Oreste, Agamemnon)… l’humour voisine souvent avec le surréalisme et le fantasque, mais toujours Offenbach sait cultiver un minimum d’élégance qui fait basculer le fil dramatique dans l’onirisme et une certaine poésie de l’absurde ; même ses profils, pour caricaturaux qu’ils sont, ont une certaine profondeur : le berger Pâris rencontre l’épouse du roi de Sparte, Ménélas : Hélène ; les deux sont foudroyés par l’amour et fuient à Troie : l’Iliade a commencé et la guerre des grecs contre les troyens est déclenchée. Les deux rôles tendres de Paris et d’Hélène ont été abondamment incarnés par de grands chanteurs d’opéra. Sur les traces d’Hortense Schneider, diva adulée (et plus) par Offenbach, Jessye Norman a chanté le rôte-titre, révélant sous la charge comique et parodique, une grâce et un raffinement délectables. Parmi les personnages hauts en couleurs, citons Achille en héros niais, Agamemnon (roi de Mycènes et frère de Ménélas), goujat bien épais, d’une conformité ennuyeuse ; Ménélas, petit bourgeois étriqué, très lâche, d’une niaiserie phénoménale ; Oreste en prince dispendieux et futile… La vacuité et l’arrogance sont à tous les étages…idéalement manipulée par le couple de complices inattendus : Jupiter et Pâris. En somme une critique de la société parisienne, toujours aussi respectable aujourd’hui. La verve du geste critique, l’élégance et la séduction des mélodies (d’une rare sensualité…nostalgique), la place du choeur, souvent mordant, sagace, l’esprit d’Offenbach pour l’action millimétrée (il n’a jamais lésiné sur le temps des répétitions de son vivant pour régler la réalisation en détail) font ce chef d’oeuvre qui unit exceptionnellement satire et poésie, profondeur et délire cocasse, tendresse et absurde. Subtile comme peu, le compositeur renouvelle le vaudeville, transplante en milieu lyrique, sa séduction linguistique, sa conversation fluide dans le chant revivifé. Cultivé, Offenbach sait son affaire : Rossini, Gluck et même Wagner (qu’il connaît totalement dont Tannhaüser) sont tous épinglés, parodiés méticuleusement : l’hymne à la nuit de Pâris et Hélène plonge dans les eaux extatiques et nocturnes de Tristan und Isolde (quasi contemporain : 1865). Les flons flons et la mécanique comique souvent mis en lumière chez lui, sont les moindres effets d’un Offenbach particulièrement expert. L’opéra bouffe français gagne ses lettres de noblesse avec l’écriture d’un Offenbach, fin connaisseur, maître des genres.

LIRE aussi notre dossier L’ILIADE à l’opéra : Monteverdi, Berlioz, Gluck, …

SOUSTONS, du 14 – 24 juillet 2019. La Belle Hélène d’Offenbach par l’Opéra de Landes

Landes-opera-critique-opera-offenbach-belle-helene-olivier-tousis-philippe-forget-opera-critique-annonce-soustons-offenbach-2019SOUSTONS, du 14 – 24 juillet 2019. L’Opéra des Landes anniversaire Offenbach oblige présente La Belle Hélène, relecture décapante de la mythologie grecque, à la fois farce délirante et comédie fine et onirique. S’il aime les situations cocasses, Offenbach n’en est pas moins sensible et profond. La Belle Hélène avec Orphée aux enfers (1858) renouvelle l’opéra antique dont il fait une fusion très aboutie de la comédie et de l’héroïque, sur le mode bouffe.
Au moment où Napoléon III met fin aux privilèges des théâtres (1864), : n’importe qui peut désormais ouvrir une salle et y jouer le genre qu’il souhaite, Offenbach compose une nouvelle satire parodie d’après l’Antiquité, La Belle Hélène? Sur un livret de ses fidèles librettistes Meilhac et Halévy, et destiné à la scène des Variétés, l’ouvrage bénéficie d’une distribution solide ; sa muse Hortense Schneider tient le rôle-titre (mezzo), le ténor José Dupuis (formé à l’école de son rival Hervé), celui de Pâris, … la création du 17 décembre 1864 est un triomphe. Les connaisseurs de la mythologie y retrouvent les fondamentaux d’une histoire qui croise amour et devoir. Le berger Paris arrive à Sparte pour y courtiser la belle Hélène ; avec l’augure Calchas, Paris s’arrange pour éloigner le mari d’Hélène, Ménélas (acte I). Dans un rêve supposé (superbe duo onirique Hélène / Paris), les deux amants se retrouvent ; Hélène sacrifiant ses derniers assauts d’épouse fidèle, pour les délices d’une nouvelle sensualité. Ménélas les surprend : Paris doit partir (acte II).
Plus facétieux et libre que jamais, en épigone d’Hermès voleur, astucieux, Paris déjoue les pronostics, se déguise en « Grand Augure de Cythère » et enlève sa belle proie, à la barbe des rois offusqués.
L’amour triomphe toujours : Amor vincit omnia (Amour vainc tout, selon l’adage des sensuels). Tout le luxe et l’imaginaire flamboyant du Second Empire se déploie dans la verve et l’esprit parodique de Jacques Offenbach.

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La BELLE HELENE, 1864
Opéra bouffe de Jacques Offenbach
Durée 3 h

SOUSTONS, Espace Culturel Roger Hanin
Les 15, 16, 23, 24 juillet à 20h30
Le 21 juillet à 18h

Tarifs de 16 à 46€

RESERVEZ VOTRE PLACE
https://www.opera-des-landes.com/labellehelenesoustons2019

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Hélène: Frédérique Varda
Pâris: Matthieu Justine
Calchas: Matthieu Toulouse
Ménélas: Jean Goyetche
Oreste: Maela Vergnes
Agamemnon: Marc Souchet
Parthenis: Clémence Lévy
Lehena: Anaïs de Faria
Achille: Thomas Marfoglia
Ajax 1: Fabio Sitzia
Ajax 2: Fabrice Foison

Chœur de l‘Opéra des Landes, direction: Frédéric Herviant
Pianiste du choeur: Maurine Grais
Orchestre de l’Opéra des Landes
Philippe Forget, direction

Mise en scène: Olivier Tousis
Chorégraphies: Clémence Lévy
Décor: Kristof t’Siolle

Costumes: Olivier Tousis et Kristof t’Siolle
Lumières: Frédéric Warmulla

Tours, Opéra : La Belle Hélène pour les fêtes

La Belle Hélène d'Offenbach à ToursTours, Opéra. décembre 2015. Offenbach : La Belle Hélène. Karine Deshayes. 26>31 décembre 2015. Chaque fin d’année voit une inflation des productions d’opérettes d’Offenbach. Le Mozart des boulevards incarnent cette joie de vivre, cette liberté satirique, sublimées par une écriture musicale en verve, idéales pour le temps des célébrations. L’Opéra de Tours et son directeur, Jean-Yves Ossonce présentent pour la fin de l’année 2015, La Belle Hélène (opérette irrésistible de 1864), mise en scène de Bernard Pisani (un spécialiste de la partition qui l’a abordé à 4 reprises…) avec entre autres, parmi un plateau de chanteurs français prometteurs, la subtile et sensuelle Karine Deshayes dans le rôle-titre. Le prétexte mythologique permet de parodier les tares et les faiblesses d’une humanité frivole et insouciante, totalement irresponsable car ici la satire politique affleure dans chaque séquence. Féline, amoureuse, vive, Hélène affirme un tempérament vocal et dramatique qui inspire depuis longtemps les plus grandes cantatrices, preuve que l’ouvrage est plus profond et raffinés que vraiment caricatural.

Elégance, souplesse, ivresse mélodique … pour Pisani, La Belle Hélène rassemble toute les qualités d’une grande œuvre : une opérette dont la subtilité se rapproche de l’opéra;  politiques véreux mais très arrogants, déesses dévergondées et bergers complices portés sur la cabriole… Divertissement certes, mais Offenbach comme Rameau dans sa formidable Platée (préfiguration de la future comédie musicale à venir, déjà en 1745….) nous tend le miroir : la société portraiturée dans La Belle Hélène sous couvert de gags à gogo et de tableaux délirants et décalés épinglent les travers d’une humanité corrompue, décadente, . en somme celle du Second Empire… La production présentée par Tours a déjà été créée à Avignon en 2012 puis décembre 2014 à Toulon…

 

 

offenbach-toulon-orphee-enfers-karine-deshayes-cyril-dubois-opera-de-toulonLire la critique compte rendu de La Belle Hélène avec Karine Deshayes à l’Opéra de Toulon en décembre 2014 

 

 

 

boutonreservationLa Belle Hélène d’Offenbach à l’Opéra de Tours
Les 26, 27, 30 et 31 décembre 2015 à 20h
(sauf le 27 décembre à 15h)

Conférence sur l’ouvrage : samedi 12 décembre 2015, 14h30
Salle Jean Vilar, Grand Théâtre. Réservation conseillée au 02 47 60 20 20

Opéra bouffe en trois actes
Livret de Henri Meilhac et Ludovic Halévy, adapté par Bernard Pisani
Création le 17 décembre 1864 à Paris
Edition Boosey and Hawkes (Jean-Christophe Keck)

Direction : Jean-Yves Ossonce
Mise en scène et chorégraphie : Bernard Pisani
Décors : Éric Chevalier *
Costumes : Frédéric Pineau
Lumières : Jacques Chatelet

Hélène : Karine Deshayes
Oreste : Eugénie Danglade
Pâris : Antonio Figueroa
Calchas : Vincent Pavesi
Agamemnon : Ronan Nédélec
Ménélas : Antoine Normand
Achille : Vincent de Rooster *
Ajax I : Yvan Rebeyrol
Ajax II : Jean-Philippe Corre

Orchestre Symphonique Région Centre-Val de Loire / Tours
Choeurs de l’Opéra de Tours et Choeurs Supplémentaires

La Belle Hélène à Tours

La Belle Hélène d'Offenbach à ToursTours, Opéra. décembre 2015. Offenbach : La Belle Hélène. Karine Deshayes. 26>31 décembre 2015. Chaque fin d’année voit une inflation des productions d’opérettes d’Offenbach. Le Mozart des boulevards incarnent cette joie de vivre, cette liberté satirique, sublimées par une écriture musicale en verve, idéales pour le temps des célébrations. L’Opéra de Tours et son directeur, Jean-Yves Ossonce présentent pour la fin de l’année 2015, La Belle Hélène (opérette irrésistible de 1864), mise en scène de Bernard Pisani (un spécialiste de la partition qui l’a abordé à 4 reprises…) avec entre autres, parmi un plateau de chanteurs français prometteurs, la subtile et sensuelle Karine Deshayes dans le rôle-titre. Le prétexte mythologique permet de parodier les tares et les faiblesses d’une humanité frivole et insouciante, totalement irresponsable car ici la satire politique affleure dans chaque séquence. Féline, amoureuse, vive, Hélène affirme un tempérament vocal et dramatique qui inspire depuis longtemps les plus grandes cantatrices, preuve que l’ouvrage est plus profond et raffinés que vraiment caricatural.

Elégance, souplesse, ivresse mélodique … pour Pisani, La Belle Hélène rassemble toute les qualités d’une grande œuvre : une opérette dont la subtilité se rapproche de l’opéra;  politiques véreux mais très arrogants, déesses dévergondées et bergers complices portés sur la cabriole… Divertissement certes, mais Offenbach comme Rameau dans sa formidable Platée (préfiguration de la future comédie musicale à venir, déjà en 1745….) nous tend le miroir : la société portraiturée dans La Belle Hélène sous couvert de gags à gogo et de tableaux délirants et décalés épinglent les travers d’une humanité corrompue, décadente, . en somme celle du Second Empire… La production présentée par Tours a déjà été créée à Avignon en 2012 puis décembre 2014 à Toulon…

 

 

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boutonreservationLa Belle Hélène d’Offenbach à l’Opéra de Tours
Les 26, 27, 30 et 31 décembre 2015 à 20h
(sauf le 27 décembre à 15h)

Conférence sur l’ouvrage : samedi 12 décembre 2015, 14h30
Salle Jean Vilar, Grand Théâtre. Réservation conseillée au 02 47 60 20 20

Opéra bouffe en trois actes
Livret de Henri Meilhac et Ludovic Halévy, adapté par Bernard Pisani
Création le 17 décembre 1864 à Paris
Edition Boosey and Hawkes (Jean-Christophe Keck)

Direction : Jean-Yves Ossonce
Mise en scène et chorégraphie : Bernard Pisani
Décors : Éric Chevalier *
Costumes : Frédéric Pineau
Lumières : Jacques Chatelet

Hélène : Karine Deshayes
Oreste : Eugénie Danglade
Pâris : Antonio Figueroa
Calchas : Vincent Pavesi
Agamemnon : Ronan Nédélec
Ménélas : Antoine Normand
Achille : Vincent de Rooster *
Ajax I : Yvan Rebeyrol
Ajax II : Jean-Philippe Corre

Orchestre Symphonique Région Centre-Val de Loire / Tours
Choeurs de l’Opéra de Tours et Choeurs Supplémentaires

La Belle Hélène à Tours

offenbach jacques Offenbach2Tours, Opéra. La belle Hélène : Offenbach. 26 > 31 décembre 2015. Offenbach et ses librettistes ont toujours soigné leurs plaisanteries mythologiques, prétextes à satire politique et sociale, parodie sociétale, à situations comiques. Cette belle Hélène, sans laquelle la guerre de Troie n’aurait peut-être pas eu lieu, est l’un des grands personnages de la scène lyrique, qui, dans sa fantaisie débridée, attire les grandes artistes. En 2015, pour les fêtes de fin d’année 2015, Karine Deshayes chante la délicieuse facétie de la blonde séductrice qui même si elle mariée à Ménélas, se passionne corps et âme pour le beau Parîs. Elle est entourée d’une vraie “troupe”, qui diffuse et cisèle la verve, l’humour, la tendresse délirante et fraternelle du petit Mozart des boulevards : Jacques Offenbach. Et si vous aimez l’humour et la grâce délirante du compositeur, allez aussi voir et applaudir la recréation du Roi Carotte sur la scène de l’Opéra de Lyon, également en décembre 2015.

La Belle Hélène, opéra bouffe créé en décembre 1864 aux Variétés à Paris incarne cet esprit décalé impertinent et grivois du Second Empire, fastes décadents d’un régime condamné à disparaître avec le désastre de 1870. Les librettistes d’Offenbach, Meilhac et Halévy y parodient dieux et déesses de l’Olympe, c’est à dire le milieu politique en France dans les années 1860. En trois actes, l’ouvrage suit un plan précis : L’Oracle (I), Le jeu de l’oie (II) , La Galère de Vénus (III).
Oreste (rôle travesti pour soprano) est un jeune décadent et les rois de la Grêce rivalisent en devinettes, bouts-rimés et charades lors des fêtes d’Adonis au I : des têtes couronnés aux loisirs futiles quand Hélène, reine de Troie, fille de Léda et de Jupiter, se passionne pour son nouvel amant (Pâris). Pourtant mariée à Ménélas, elle est tout occupée à séduire Pâris dont elle est tombée amoureuse, et convainc l’augure de Jupiter, Calchas, d’user de ses pouvoirs pour arriver à ses fins. Au II, Ménélas de retour de Crête, surprend Pâris dans le lit de sa femme. Au III, le message politique est un peu plus explicite quand Agamemnon et Calchas reproche au roi Ménélas de faire passer dans l’exercice du pouvoir, le mari avant le souverain (trio patriotique : “lorsque la Grêce est un champs de carnage”). Rusé et astucieux, Pâris se faisant passer pour l’augure de Vénus, enlève la belle Hélène que lui a promis la divinité… Ménélas et les rois grecs découvrent la supercherie. La Guerre de Troie peut avoir lieu.

Galerie de portrait déjantée et situations résolument comiques, La Belle Hélène se moque des puissants sous son prétexte de parodie mythologique. Le rôle titre permet à la soprano vedette, Hortense Schneider de s’imposer sur la scène parisienne, celles des Boulevards parisiens, sous son masque insouciant délirant, en réalité, satirique et parodique sur la société contemporaine.

La Belle Hélène d’Offenbach à l’Opéra de Tours

Opéra bouffe en trois actes
Livret de Henri Meilhac et Ludovic Halévy, adapté par Bernard Pisani
Création le 17 décembre 1864 à Paris
Edition Boosey and Hawkes (Jean-Christophe Keck)

boutonreservationSamedi 26 décembre 2015 – 20h
Dimanche 27 décembre 2015 – 15h
Mercredi 30 décembre 2015 – 20h
Jeudi 31 décembre 2015 – 20h

Direction : Jean-Yves Ossonce
Mise en scène et chorégraphie : Bernard Pisani
Décors : Éric Chevalier
Costumes : Frédéric Pineau
Lumières : Jacques Chatelet

Hélène : Karine Deshayes
Oreste : Eugénie Danglade
Pâris : Antonio Figueroa
Calchas : Vincent Pavesi
Agamemnon : Ronan Nédélec
Ménélas : Antoine Normand
Achille : Vincent de Rooster
Ajax I : Yvan Rebeyrol
Ajax II : Jean-Philippe Corre

Orchestre Symphonique Région Centre-Val de Loire / Tours
Choeurs de l’Opéra de Tours et Choeurs Supplémentaires

Grand Théâtre de Tours
34 rue de la Scellerie
37000 Tours

Billetterie
Ouverture du mardi au samedi
10h00 à 12h00  -  13h00 à 17h45

02.47.60.20.20
theatre-billetterie@ville-tours.fr

Offenbach : La Belle Hélène au Châtelet

offenbach-jacques-la-belel-helene-classiquenews-2015France Musique, Offenbach : La Belle Hélène. samedi 27 juin 2015, 19h. La Belle Hélène, opéra bouffe créé en décembre 1864 aux Variétés à Paris incarne cet esprit décalé impertinent et grivois du Second Empire, fastes décadents d’un régime condamné à disparaître avec le désastre de 1870. Les librettistes d’Offenbach, Meilhac et Halévy y parodient dieux et déesses de l’Olympe, c’est à dire le milieu politique en France dans les années 1860. En trois actes, l’ouvrage suit un plan précis : L’Oracle (I), Le jeu de l’oie (II) , La Galère de Vénus (III).
Oreste (rôle travesti pour soprano) est un jeune décadent et les rois de la Grêce rivalisent en devinettes, bouts-rimés et charades lors des fêtes d’Adonis au I : des têtes couronnés aux loisirs futiles quand Hélène, reine de Troie, fille de Léda et de Jupiter, se passionne pour son nouvel amant (Pâris). Pourtant mariée à Ménélas, elle est tout occupée à séduire Pâris dont elle est tombée amoureuse, et convainc l’augure de Jupiter, Calchas, d’user de ses pouvoirs pour arriver à ses fins. Au II, Ménélas de retour de Crête, surprend Pâris dans le lit de sa femme. Au III, le message politique est un peu plus explicite quand Agamemnon et Calchas reproche au roi Ménélas de faire passer ans l’exercice du pouvoir, le mari avant le souverain (trio patriotique : “lorsque la Grêce est un champs de carnage”). Rusé et astucieux, Pâris se faisant passer pour l’augure de Vénus, enlève la belle Hélène que lui a promise la divinité… Ménélas et les rois grecs découvrent la supercherie. La Guerre de Troie peut avoir lieu. Galerie de portrait déjantée et situations résolument comiques, La Belle Hélène se moque des puissants sous son prétexte de parodie mythologique. Le rôle titre permet à la soprano vedette, Hortense Schneider de s’imposer sur la scène parisienne.

Enregistré le 21 juin 2015 au Châtelet à Paris.

Compte rendu, opéra. Toulon, Opéra, le 27 décembre 2014. Offenbach : La Belle Hélène.

offenbach jacques Offenbach2Compte rendu, opéra. Toulon, Opéra, le 27 décembre 2014. Offenbach : La Belle Hélène. La Guerre de Troie eut lieu. Hélène de Troie, la belle Hélène, selon Homère, fut cause de la guerre de Troie. Cette Hélène quelle hérédité ! Quelle famille ! En effet, du côté généalogique, elle est née des amours de sa mère, la reine Léda, avec un cygne, en réalité Zeus, en grec, Jupiter, pour les Romains, métamorphosé en ce volatile pour tromper et détromper la vigilance de sa jalouse de femme, Héra ou Junon emblématisé par le paon, le pa/on chez Offenbach et ses compères librettistes. Côté famille, du même œuf, Hélène a pour frères Castor et Pollux, les jumeaux, les gémeaux. Elle aura une fille, la jalouse Hermione de l’Andromaque de Racine qui fera tuer son amant par Oreste amoureux fou d’elle ; quant à sa sœur, Clytemnestre, aidée de son amant, elle assassinera son mari, le roi des rois Agamemnon au retour de la Guerre de Troie car il a fait sacrifier leur fille Iphigénie pour avoir des vents favorables et Clytemnestre sera à son tour assassinée par son fils Oreste, poussé par sa sœur Électre, pour venger le père. Jolie famille !

élégante et belle

Et pourtant, elle causera bien des ravages, notre chère Hélène, héroïne bien innocente encore, enjeu d’un jeu qu’elle ignore, disons le jeu non de paume, mais de la pomme, le fruit. Eh oui, la pomme, pas celle d’Ève ni la pomme d’Adam Mais la pomme de discorde (de là vient l’expression) de Pâris. Nous sommes sur le Mont Ida : Héra (Junon), Athéna (Minerve) et Aphrodite (Vénus), trois déesses, ont une compétition guère divine mais bien humaine, bref, un concours de beauté couronné d’une pomme pour la gagnante : elles se disputent le titre de la plus belle. Et voilà : le beau prince troyen Pâris passait par là comme simple berger. Elle s’en remettent au jugement du jeune homme. Ce dernier offre le prix à Vénus qui, recevant la pomme de la plus belle déesse, promet à Pâris la plus belle des mortelles, Hélène de Sparte, mariée au roi Ménélas, hélas. Il l’enlèvera et l’on verra la suite funeste : la Guerre de Troie.

La Guerre de Troie n’aura pas lieu

Du moins chez Offenbach et ses deux érudits librettistes qui nous en présentent les héros, avant la tragédie, en pleine comédie de ces boulevards tracés par le Second Empire en gloire : Hélène en cocotte, Pâris en jeune premier rusé, Oreste en fils à papa débauché, Agamemnon, roi des rois bien vivant encore, Achille bouillonnant et vibrionnant myrmidon au cerveau limité par le casque, et Ménélas, en exemplaire parfait des cocus du vaudeville français du temps.

Car La Belle Hélène (1864) est aussi connue que méconnue. Qui, en effet, aujourd’hui, peut identifier, pour s’en délecter, toutes les références généalogiques, mythologiques, détournées de façon comique, qui tendent, comme l’arc d’Ulysse, le texte hilarant mais très érudit d’Henri Meilhac et Ludovic Halévy, les duettistes librettistes futurs auteurs de Carmen ? Ainsi, une seule allusion rapide d’Achille combattant « à un contre mille », « grâce à [son] plongeon » ne se comprend que si l’on sait que sa mère, pour le rendre invulnérable, le plongea, enfant, dans les eaux du Styx, fleuve des Enfers, pour le rendre immortel, le tenant simplement par les talons, seules parties non trempées qui resteront ainsi vulnérables : il en mourra d’une flèche de Pâris, lors du siège de Troie. D’où l’expression, le talon d’Achille, la part, le maillon faible de quelqu’un. Mais à texte savant, musique virtuose, qui décomposant des mots de manière surréaliste déjà, a sans doute fixé dans la tradition et la mémoire collective ces noms de rois, ainsi, le bouillant Achille, « le roi myrmidon », ce  roi « barbu, bu qui s’avance, c’est Agamemnon », Ménélas, « l’époux, pou de la reine »,  qui partira « pour la Crète », l’île aux cornes qui orneront sa tête après que Pâris sera parti avec sa femme Hélène pour Troie.

Réalisation et interprétation

La fête va bien à Offenbach, compositeur festif, et les fêtes de fin d’année, qui le voient programmé un peu partout, le lui rendent bien. Et mal. En effet, le raffinement facétieux de sa musique et de ses livrets, par méconnaissance, ignorance, inculture, donnent lieu trop souvent à des productions tirant par le bas de la grasse gauloiserie lourdingue au goût douteux ce qui relève de la suggestion, de l’allusion légère et de la parodie plus colorée, à la fois historique, politique : verve musicale et verbe extrêmement cultivés. Alors, l’étourdissant tourbillon l’emporte sur la finesse de la nuance. On saura gré ici à Bernard Pisani, qui signe la mise en scène et la chorégraphie, d’avoir résisté à la lourdeur et paré cette Hélène d’une élégance classique de bon aloi. Inspirée des tableaux de Lawrence Alma Tadema, le « peintre du marbre », néo-classique, antiquisant, opposant les lignes nettes de sa géométrie au flou de l’impressionnisme en plein essor à l’époque, la scénographie d’Éric Chevalier est habile : quelques degrés blancs, à la fois entrée et montée vers le temple, tribune et trône, serrés aux deux extrémités de volutes stylisées, praticables servant de fauteuils somptueux, suffisent à une sobre caractérisation antique. Les costumes de Frédéric Pineau sont à cette échelle : jouant de l’antique avec des signes parodiques contemporains et des couleurs d’un technicolor hollywoodien tout aussi élégants, sans tapage ni ravage, dont des bleus cobalt magnifiques, clins d’œil souriant aux péplums de Cinacittà, puisque des fauteuils de tournage aux noms des acteurs, à l afin, renvoient explicitement au monde du cinéma. Les lumières de Jacques Chatelet sont en harmonie avec cette belle vision d’ensemble, avec un onirisme d’azur ombreux dans la scène du rêve d’amour entre Hélène et Pâris.

Mais on apprécie, dans cette harmonie générale entre scène, décors costumes et lumières, les mouvements rythmiques, chorégraphiques souvent des personnages et des chœurs qui confèrent au plateau une unité visuelle qui joue avec celle de la fosse, de la musique, enchaînant mouvements de valse suggérés, galops, ébauches de cancan  : parmi les réussites, Ménélas, le roi, cocu annoncé, littéralement « roulé » par tout le monde comme une balle, une vague, qui le pousse à partir pour la Crète, l’île aux crêtes maritales ornées.

On attend toujours au tournant la scène de la charade, que la tradition adapte plus ou moins bien au goût  bon ou mauvais du jour. Ici, la locomotive révolutionnaire du temps devient l’Airbus A 380 et Chronopost pour la poétique colombe de Vénus est une amusante trouvaille. Les allusions contemporaines, le fort de Brégançon, une chanson d’Aznavour, l’apostrophe télévisée de Maurice Clavel quittant en 1971 le plateau de l’émission À armes égales, « Messieurs les censeurs, bonsoir! », sont trop discrètes ou lointaines et ne soulèvent que peu de rires.

Côté vocal, on pouvait craindre, avec le luxe royal d’une Karine Deshayes, magnifique Hélène au velours somptueux d’un timbre charnu et souple, plein de voluptueuses promesses, hilarante dans l’air tragique échevelé de « l’homme à la pomme », une faiblesse mitoyenne du reste de la distribution. Mais Cyrille Dubois, haute contre, ténor aigu dans la tradition française baroque et néo-classique, en ductile Pâris, est un digne —non futur mais présent— amant, donnant des aigus superbe de coq vainqueur. Le troisième du ménage à trois du vaudeville, Yves Coudray, est un Ménélas qui réussit à être touchant d’innocence dans le rôle ingrat du futur cocu, exhorté par l’autoritaire et grande gueule Agamemnon d’Olivier Grand à s’immoler, à accepter son sort, pour préserver les « Ménélas de l’avenir ». Le rusé Calchas est campé de picaresque façon par Antoine Garcin en voix et veine (forcée) au jeu. Les deux Ajax, Yvan Rebeyrol et Jean-Philippe Corre, sont de très drôles Dupont et Dupont antiques et Vincent de Rooster un Achille truculent, plus bredouillant que bouillonnant dans la charade. Eugénie Danglade est un Oreste léger et bondissant,voyau de bonne famille et en rien futur matricide, triolisant à plaisir de façon enviabe avec les belles Léœna et Parthoénis (Hélène Delalande et Marie-Bénédicte Souquet), Rosemonde Bruno La Rotonda est Bacchis qu’on a envie de réentendre. Antoine Abello (Philocome) et Dominique Lambert (Euthyclès) ferment la ronde et forment la bacchanale de ce plateau joliment endiablé..

À la tête de l’Orchestre et des chœurs de l’Opéra de Toulon parfaitement préparés et intégrés (Christophe Bernollin) Nicolas Krüger mène tambour battant la musique, baguette, pétillante, pétulante, pétaradante quand il convient.

LA BELLE HÉLÈNE. Opéra bouffe en trois actes de Jacques Offenbach (1819-1880). Livret de Henri Meilhac (1830-1897) et Ludovic Halévy (1834-1908). Création : Paris, Théâtre des Variétés, 17 décembre 1864

Opéra de Toulon, le 27 décembre 2014.

Orchestre, chœur et ballet de l’Opéra de Toulon

Direction musicale : Nicolas Krüger.

Mise en scène et chorégraphie : Bernard Pisani. Décors : Éric Chevalier. Costumes : Frédéric Pineau. Lumières : Jacques Chatelet.

Distribution :

Hélène : Karine Deshayes ; Pâris : Cyrille Dubois ; Ménélas : Yves Coudray ; Agamemnon : Olivier Grand ; Calchas : Antoine Garcin ; Oreste : Eugénie Danglade ; Achille : Vincent De Rooster ; Ajax I : Yvan Rebeyrol ; Ajax II : Jean-Philippe Corre ; Léoena : Hélène Delalande ; Parthoénis : Marie Bénédicte Souquet ; Bacchis : Rosemonde Bruno La Rotond ; Philocome : Antoine Abello ; Euthyclès : Dominique Lambert.

Compte-rendu, opéra. Toulon. Opéra, les 27, 28, 30 & 31 décembre 2014. Jacques Offenbach : La Belle Hélène. Karine Deshayes, Cyrille Dubois, Olivier Grand, Yves Coudray, Eugénie Danglade… Bernard Pisani, mise en scène. Nicolas Krüger, direction.

toulon-offenbach-orphee-enfers-plan-generalAvec cette production de La Belle Hélène de Jacques Offenbach – que nous avions déjà vue à Toulouse il y a deux saisons – Bernard Pisani rend hommage, avec l’aide de son décorateur Eric Chevalier et de son costumier Frédéric Pineau, au Septième Art, et plus exactement à la glorieuse période des péplums hollywoodiens, en pratiquant un art de l’anachronisme que n’aurait certainement pas renié le compositeur allemand. On retrouve ce goût anachronique dans les dialogues parlés ici réécrits : Chronopost, le fort de Brégançon ou l’Airbus A380 – qui prend la place de la « locomotive » dans la fameuse charade – font l’objet de clins d’œils appuyés qui réjouissent le public. Se souvenant enfin qu’il a débuté comme danseur, Pisani parsème le spectacle de chorégraphies décalées qui égayent un peu plus l’atmosphère.

 

 

 

 

Réjouissante Belle Hélène

 

 

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Karine Deshayes ne fait vocalement qu’une bouchée du rôle d’Hélène, avec son mezzo soprano ample et clair à la fois, admirable de souplesse et déconcertant de légèreté dans l’aigu. Il en va de même pour le Pâris du jeune Cyrille Dubois – nominé aux prochaines Victoires de la Musique dans la catégorie Révélation lyrique de l’année – qui continue de nous étonner et de nous ravir. Il s’amuse ici des envolées aiguës de ses « Évohé ! » dans le fameux récit du jugement et les accents enjôleurs de son chant donnent une magnifique noblesse au non moins attendu duo du deuxième acte. Antoine Garcin, un Calchas un poil trop hâbleur, et Yves Coudray, un Ménélas très en voix – contrairement à une discutable tradition – complètent parfaitement le quatuor des protagonistes. Eugénie Danglade campe un Oreste tout de fraîcheur vocale et d’effronterie alors que l’Agamemnon d’Olivier Grand sait être fort drôle tout en chantant juste. Enfin, l’Achille de Vincent de Rooster et les deux Ajax d’Yvan Rebeyrol et Jean-Philippe Corre jouent eux aussi la carte de la dérision, dans la joie de vivre prônée par Offenbach, toujours heureux de rabattre leur caquet aux puissants du jour.

A la tête de l’Orchestre et des Chœurs de l’Opéra de Toulon, le chef français Nicolas Krüger dirige avec une dynamique qui jamais ne se relâche, une réactivité immédiate aux situations et un vrai esprit d’équipe. Surtout, il sait trouver les couleurs les plus justes, qui conservent à l’ouvrage son immortelle jeunesse.

 

 

Compte-rendu, opéra. Toulon. Opéra, les 27, 28, 30 & 31 décembre 2014. Jacques Offenbach : La Belle Hélène. Karine Deshayes, Cyrille Dubois, Olivier Grand, Yves Coudray, Eugénie Danglade… Bernard Pisani, mise en scène. Nicolas Krüger, direction.

 

 

Illustrations : © Frédéric Stéphan l’Opéra de Toulon