COMPTE-RENDU, concert. DIJON, le 15 fév 2019. Wagner, Tchaïkovsky. Orch Nat de Lyon, Canellakis / F P Zimmermann

franck Peter Zimmermann violoniste concert annonce classiquenewsCOMPTE-RENDU, concert. DIJON, OpĂ©ra, Auditorium, le 15 fĂ©vrier 2019. Wagner, Mendelssohn, TchaĂŻkovsky. Orchestre National de Lyon, Karina Canellakis / Frank Peter Zimmermann
 Le programme intitulĂ© « True love », Saint-Valentin oblige, est centrĂ© sur le cĂ©lĂ©brissime concerto de Mendelssohn, encadrĂ© par le prĂ©lude de Tristan et RomĂ©o et Juliette, un extrait de celui de Berlioz, enfin celui de TchaĂŻkovsky, non moins populaires. Le public, toujours friand d’Ɠuvres qui lui sont familiĂšres, particuliĂšrement lorsqu’elles sont illustrĂ©es par des interprĂštes de premier ordre, emplit le vaste auditorium dijonnais.
A la veille de la premiĂšre Ă©dition du Concours international de cheffes d’orchestre, organisĂ© par la Philharmonie et le Paris Mozart Orchestra, il est rĂ©jouissant d’écouter Karina Canellakis, qui prendra en septembre la direction de l’Orchestre Philharmonique de la Radio nĂ©erlandaise. La jeune cheffe amĂ©ricaine n’a pas encore la cĂ©lĂ©britĂ© du soliste, Frank Peter Zimmermann. En pleine maturitĂ©, le violoniste allemand, reconnu comme un des plus grands de sa gĂ©nĂ©ration, joue un Stradivarius de 1727, le « Grumiaux », du nom de son ancien propriĂ©taire.

Comme il est d’usage, ce que le programme annonce comme le PrĂ©lude de Tristan est l’enchaĂźnement de ce dernier avec l’épisode final de la mort d’Yseult. Le tempo extrĂȘmement retenu de l’entrĂ©e des violoncelles, la fiĂšvre contenue des bois qui leur rĂ©pondent amorcent une progression superbe oĂč la douceur, la sensualitĂ©, la passion nous Ă©treignent comme si nous dĂ©couvrions la partition. La direction impose une plĂ©nitude, une clartĂ© et une dynamique rares. Le bonheur est bien lĂ , y compris dans le « Mild und leise », dont on oublie la voix. MalgrĂ© toutes nos rĂ©fĂ©rences, qui mieux qu’une femme peut traduire cette tendresse, sans pathos, avec des modelĂ©s,  des phrasĂ©s exemplaires ?
Le concerto de Mendelssohn  est dans toutes les oreilles, mĂȘme si les Dijonnais ne l’avaient pas entendu depuis trois ans (Isabelle Faust et le Mahler Chamber Orchester). PassĂ©e la surprise d’un timbre moins rond qu’attendu, on ne peut ĂȘtre qu’admiratif du jeu de Frank Peter Zimmermann, qui respire la libertĂ© et  la vie, fĂ©brile au premier mouvement, rĂȘveur dans l’andante, et jovial comme endiablĂ© au finale. L’articulation, les contrastes rendent sa jeunesse Ă  une Ɠuvre rĂ©duite frĂ©quemment Ă  son aspect dĂ©monstratif. L’orchestre et le soliste ont part Ă©gale au discours. Leur entente est exemplaire, leur dialogue harmonieux. La conduite est admirable : la magie de Mendelssohn, sa fantaisie, ses couleurs estompĂ©es, sa clartĂ©, ses changements de tempo sont un rĂ©gal. Le public jubile.

En bis, Frank-Peter Zimmermann lui offre une lecture trĂšs personnelle de l’allegro de la 2Ăšme sonate de Bach (BWV 1003), dans l’arrangement de Brahms. Sa maĂźtrise, la lisibilitĂ© de son jeu, la plus large palette expressive en font un cadeau apprĂ©ciĂ©.
Berlioz n’était pas initialement prĂ©vu, et la scĂšne d’amour de RomĂ©o et Juliette est une heureuse surprise. L’Orchestre National de Lyon est dans son Ă©lĂ©ment, dans son arbre gĂ©nĂ©alogique. Le geste de Karina Canellakis est ample, dĂ©monstratif, prĂ©cis et clair, porteur de sens, avec grĂące  comme avec Ă©nergie et puissance. MĂȘme si le scherzo de la Reine Mab est plus frĂ©quemment jouĂ©, cet ample adagio, prĂ©fĂ©rĂ© de Berlioz et admirĂ© par Wagner, est empreint d’une passion vĂ©ritable que traduisent Ă  merveille la cheffe et ses musiciens. Leur engagement mutuel relĂšve de la symbiose et la rĂ©ussite est magistrale.
Enfin, le lyrisme et la vigueur dramatique de l’Ouverture-fantaisie de TchaĂŻkovsky couronnent cette soirĂ©e mĂ©morable. Depuis le choral des bois jusqu’à la pĂ©roraison finale, ignorerait-on le sujet et les pĂ©ripĂ©ties du drame de Shakespeare que nous serions emportĂ©s par ce flux, oĂč la grĂące, la dĂ©licatesse, la sensibilitĂ© le disputent au pathĂ©tique et Ă  la grandeur. Partition colorĂ©e Ă  souhait dont le renouvellement constant nous tient en haleine.
Le charisme, la sĂ©duction de Katina Canellakis, associĂ©s Ă  sa technique aboutie en font une Ă©toile montante de la direction, dont on suivra la carriĂšre avec attention. L’Orchestre National de Lyon a jouĂ© parfaitement le jeu, au meilleur de sa forme, chaque pupitre n’appelant que des Ă©loges. Une soirĂ©e dont on est sorti ravi, et dont on regrette que, malgrĂ© la richesse du programme, elle soit dĂ©jĂ  achevĂ©e.

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Compte rendu, concert. Dijon, Opéra, Auditorium, le 15 février 2019. Wagner, Mendelssohn, Tchaïkovsky. Orchestre National de Lyon, Karina Canellakis / Frank Peter Zimmermann / Illustration : Frank Peter Zimmermann (DR)