30 ans de la disparition de KARAJAN : portrait du Maestro

Karajan STrauss coffret 2014 deutsche GrammophonARTE, Dim 22 sept 2019. KARAJAN : portrait du maestro, 23h. Herbert von Karajan  demeure l’un des chefs d’orchestre les plus incontournables de la seconde moitié du XXè. En dépit de son passé douteux pendant la période nazie, après une période de transition en Grande Bretagne, le maestro a su s’affirmer comme personne, par son perfectionnisme et la recherche d’un son, alors très singulier : en témoignent aujourd’hui son abondante filmographie et discographie qui dévoilent toujours sa manière spécifique : une intensité exceptionnelle, très intériorisée, au galbe sonore somptueux, pourtant obtenu avec une gestuelle de plus en plus dépouillée et sobre. Trente ans après sa disparition (1989), retour en images sur la vie de ce monstre sacré mais aussi controversé de la musique classique, au fil d’interviews notamment avec deux de ses compagnes, avec la violoniste Anne Sophie Mutter et la mezzo-soprano Christa Ludwig. Réalisation : Sigrid Faltin (inédit, 2018, 52min). LIRE aussi nos dossiers spéciaux HERBERT VAN KARAJAN sur CLASSIQUENEWS :
http://www.classiquenews.com/tag/herbert-von-karajan/

arte_logo_2013ARTE, Dim 22 sept 2019. HERBERT VON KARAJAN : portrait du maestro, 23h.

KARAJAN 2019 : Les 30 ans de la mort (1989 – 2019) Symphonies de BRUCKNER et TCHAIKOVSKY / Berliner Philharmoniker (DG)

BRUCKNER symphonies 1 - 9 Berliner Philharmoniker coffret set box 9 cd DG Deutsche Grammophon review cd critique par classiquenews KARAJAN 2019 71-ssYNLWdL._SL1200_ETE 2019. Deux coffrets opportuns viennent rappeler l’héritage d’un grand chef du XXè, Herbert Van Karajan (né en 1908, mort en 1989) dont les 30 ans de la disparition seront ainsi célébrés par DG Deutsche Grammophon ce 16 juillet 2019. Autant dire que le label de Hambourg, le plus prestigieux au monde, fort d’un catalogue inégalé, rend hommage à l’un des piliers de sa gloire et de sa pertinence artistique, toujours bien vivaces aujourd’hui. Avec ses chers Philharmoniker de Berlin, le chef septuagénaire à la stature d’empereur, enregistre l’intégrale des symphonies de Bruckner (1 à 9, à Berlin de janvier 1975 à janvier 1981), et de Tchaikovsky (6 Symphonies, entre octobre 1975 et février 1979)… le geste est carré, parfois déclamatoire mais jamais court, parfois emphatique mais habité ; jouant sur une spatialisation nouvelle du son, plus concentré que rayonnant, pourtant souvent détaillé (Tchaikovski), Karajan affirme une esthétique de l’enregistrement particulièrement fouillée, à laquelle il a participé au premier rang.

CLIC_macaron_2014Le souffle impérial de ses Bruckner auxquels il garantit aussi une introspection majestueuse en liaison avec la foi sincère du compositeur de Linz ; la tendresse et cette présence obsessionnelle du Fatum chez Piotr Illiytch fondent la valeur des 2 coffrets, remarquablement remixés pour l’occasion (cd et Blu-ray audio HD 96khz / 24 bit. Soit dans un format master des plus optimisé. 2 coffrets incontournables.

 

 

 

CD, coffret événement. KARAJAN : 9 symphonies de Bruckner (Berliner Phil. Herbert von Karajan, 9 cd DG Deutsche Grammophon)

CD, coffret événement. KARAJAN : 6 Symphonies de Tchaikovski (Berliner Phil. Herbert von Karajan, 4 cd DG Deutsche Grammophon)

 

 

 

BRUCKNER symphonies 1 - 9 Berliner Philharmoniker coffret set box 9 cd DG Deutsche Grammophon review cd critique par classiquenews KARAJAN 2019 71-ssYNLWdL._SL1200_

 

 

TCHAIKOVSKY-symphonies-1---6-30th-anniversary-1989-2019-Berliner-Philharmoniker-coffret-set-box-9-cd-DG-Deutsche-Grammophon-review-cd-critique-par-classiquenews-KARAJAN-2019

 

 

 
 

 

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LIRE aussi nos articles et dossiers HERBERT VON KARAJAN, dont le bilan des coffrets édités pour les 25 ans de la mort de Karajan en 2014 :

Karajan20025 ans après sa mort (1989), le chef autrichien Herbert von Karajanlaisse un héritage musical et esthétique qui s’incarne par le disque : titan doué d’une hypersensibilité fructueuse chez Beethoven, Schumann, Tchaikovski, Richard Strauss, Brahms entre autres …, Karajan s’est forgé aussi une notoriété légitime grâce à son souci de la qualité des enregistrements qu’il a pilotés et réalisés pour Deutsche Grammophon. Outre la virtuosité habitée, un sens inné pour la ciselure comme le souffle épique de la fresque, Karajan a marqué l’histoire de l’enregistrement par son exigence absolue. Une acuité inédite pour d’infimes nuances révélant l’opulence arachnéenne des timbres… tout cela s’entend dans le geste musical comme dans la prise de son… dans son intégrale de 1961-1962 des Symphonies de Beethoven, magistralement captées dans le respect de la vie et de la palpitation… Pour ses 25 ans, le prestigieux label jaune réédite une série de coffrets absolument incontournables. Voici notre sélection d’incontournables. LIRE notre sommaire articles et dossiers HERBERT VAN KARAJAN

 

CD, coffret. Karajan 1980s. 78 cd Deutsche Grammophon

karajan musicien maestroCLIC D'OR macaron 200CD, coffret. Karajan 1980s. 78 cd Deutsche Grammophon. NĂ© en 1908, Karajan vit dans les annĂ©es 1980, sa dernière dĂ©cennie : il meurt en 1989. En un coffret remarquablement Ă©ditĂ© (mĂŞme si le livret d’accompagnement ne comporte pas de textes en français : seulement en anglais, allemand et japonais), Deutsche Grammophon publie l’intĂ©grale des enregistrements symphoniques du Karajan des annĂ©es 1980, soit l’hĂ©ritage du dernier Karajan : un cycle qui vaut testament musical, esthĂ©tique. C’est l’Ă©poque oĂą en 1980, Karajan cĂ©lèbre ses 25 ans d’activitĂ© comme chef principal (Ă  vie) du Berliner Philharmoniker. (de fait sauf contreindication, tous les enregistrements ici rĂ©unis ont Ă©tĂ© produits avec les instrumentistes berlinois… A l’heure oĂą l’industrie du disque vit un nouvel âge d’or  grâce au compact disc, (après les annĂ©es 1960 et l’apogĂ©e du vinyle), Karajan fonde sa propre sociĂ©tĂ© de production liĂ©e Ă  l’image (Telemondial crĂ©Ă© en 1982, dont le modèle Ă©conomique s’appuie essentiellement sur l’avènement du nouveau support laserdisc). Le coffret Ă©ditĂ© par Deutsche Grammophon rĂ©Ă©dite les meilleures rĂ©alisations du chef le plus mĂ©diatisĂ© de l’histoire du disque : non pas ses opĂ©ras (un autre coffret ?) mais ses enregistrements comme chef symphonique et concertant : un interprète de premier plan. Avec Karajan, le son et l’interprĂ©tation fusionnent ; les moyens technologiques et l’esthĂ©tique sonore rejoignent l’esprit mĂŞme des partitions choisies. La prĂ©sentation des archives suit la chronologie des enregistrements : soit de 1980 (avec Eine Alpensinfonie de Richard Strauss, prĂ©ambule dĂ©jĂ  impressionnant) jusqu’en avril 1989 oĂą le maestro enregistre alors le 7ème Symphonie de Bruckner… avec les instrumentistes du Wiener Philharmoniker, l’autre orchestre avec lequel, la brouille et les tensions berlinoises s’accentuant, Karajan retrouvera une certaine fraĂ®cheur recrĂ©ative…

Karajan 1980s complete orchestral recordings deutsche grammophon coffret 78 cdLe mĂ©lomane comme le connaisseur retrouvent les auteurs les mieux servis par le chef autrichien : au registre des symphonies, vĂ©ritables piliers du rĂ©pertoire Karajanesque, les ” 3 B ” : Beethoven, Brahms, Bruckner ; chaque compositeur y bĂ©nĂ©ficie de son intĂ©grale (sauf Bruckner), avec ce souci dĂ©sormais emblĂ©matique de la manière Karajan, une absolue lisibilitĂ© analytique doublĂ© d’une force motorique allante, carrĂ©e, irĂ©sistible. Le tout avec ce son Ă  la fois plein, riche, entier, d’un hĂ©donisme hyperraffinĂ©. Ce que les ingĂ©nieurs du son ont rĂ©alisĂ© relève d’une absolue perfection, tous totalement infĂ©odĂ©s aux volontĂ©s du chef dĂ©miurge, absolu directeur du son et du plateau. Souverain en son univers poĂ©tique : la plupart des lectures ici rĂ©alisĂ©es s’apparentent pour la plupart Ă  de nouvelles relectures qui prenant en compte, et de façon très intelligente, toutes les possibilitĂ©s des dernières avancĂ©es technologiques de l’enregistrement audio, prennent valeur indiscutablement de testament artistique.
S’agissant de Beethoven, Karajan enregistre l’intĂ©gralitĂ© du corpus symphonique d’une seule traite, concluant sur le chapĂ®tre du Romantique, son cycle avec l’admirable Missa Solemnis de 1985 avec un plateau de rĂŞve : Lella Cuberli, Trudliese Schmidt, Vinson Cole, JosĂ© Van Dam… Les Symphonies suivent un planning assez continu : 5 et 6 en novembre 1982 ouvrent le bal puis les 4 et 7 (dĂ©cembre 1983), la 9ème en septembre 1983 (Janet Perry, Agnès Baltsa, Vinson Cole, JosĂ© Van Dam), 1 et 2 (1984), enfin 3 et 8 (1984-1985) ; c’est l’un des cycles avec le Berliner Philharmoniker parmi ceux les plus cohĂ©rents. Au rayon Brahms : le cycle commence en 1981 avec le Concerto pour violon avec Anne-Sophie Mutter ; le double concerto (violon / violoncelle avec la mĂŞme Mutter et Antonio Meneses) en fĂ©vrier 1983 ;suivent les quatre symphonies : la 2 d’abord (juin 1986) ; la 1ère (janvier 1987) ; les 3ème et 4ème (octobre 1988) ; le cas de Bruckner, compositeur viennois par excellence, est abordĂ© en un cycle de 5 volets (l’intĂ©grale ne fut pas rĂ©alisĂ©e malheureusement), avec les deux orchestres (1,2,3 pour le Berliner ; les 7 et 8 avec les Viennois) : notons que les Wiener Philharmoniker (cuivres exceptionnels et onctuositĂ© plus souriante, plus chaudement colorĂ©e qu’avec le Berliner) sont davantage convaincants : avec le Berliner, la 3ème (septembre 1980) puis la 2ème (dĂ©cembre 1980 / janvier 1981) ; la 1ère avec le Berliner toujours en janvier 1981; enfin avec les instrumentistes du Wiener Philharmoniker la 8ème (novembre 1988) et la dernière BrucknĂ©rienne enregistrĂ©e, 7ème, ultime offrande testamentaire (avril 1989).

Occupant une place Ă  part, s’affirme surtout Haydn dont Karajan enregistre les Symphonies majeures avec un soin mĂ©ticuleux, c’est la source vitale, celle du viennois indĂ©modable, qui permet au Berliner Symphoniker de trouver / cultiver une sonoritĂ© construite, claire, Ă©quilibrĂ©e, chambriste : première moisson en 1980 (Symphonies n°82-87) puis 1981-1982 (93-103). Ici Mozart comme Schumann (et l’unique Symphonie n°4, live de mai 1987 avec le Wiener Phil.), fait figure de parent pauvre (Symphonies n°29 et 39 avec le Berliner en fĂ©vrier et septembre 1987).

Karajan : la dernière décennie 1980-1989

Phase 4 stereo : le son spectaculaire des sixtie's by DeccaGrand symphoniste du XXè, Gustav Mahler ne paraĂ®t que dans la sublime certes, 9ème Symphonie (live berlinois de septembre 1982 dans le cadre du festival Berliner Festwochen oĂą brille en plus d’une lecture analytique, le prĂ©cision dĂ©taillĂ© de l’enregistrement : le dernier mouvement en son aspiration brumeuse infiniment tendre est Ă  pleurer. S’y discerne l’intĂ©rioritĂ© du maestro qui dirigeait les yeux fermĂ©s… obligeant son orchestre Ă  une introspection inĂ©dite alors, et suscitant chez le public, une expĂ©rience d’ordre spirituelle. Ce que Abbado après lui renouvellera Ă©videmment avec la justesse et la profondeur que l’on sait…) ; et son grand rival Richard Strauss est copieusement servi a contrario : Karajan, narrateur hors pair, nage en eau propice et quasi natale chez un Strauss gĂ©nie de la flamboyance symphonique (soit 6 programmes ainsi repris Ă  la fin de la carrière : Eine Alpensinfonie, Une Symphonie Alpestre de 1980 ; les MĂ©tamorphoses et Mort et transfiguration de 1980 et 1982 : la seconde oeuvre prĂ©monition de la fin ? ; Ainsi parlait Zarathoustra et Don Juan de 1983 ; Une vie de hĂ©ros, 1985 ; les Quatre derniers lieder et scènes de Capriccio avec Anna Tomowa-Sintow en 1985 ; Don Quichotte et Till l’Espiègle en 1986) : plus qu’une dĂ©claration, un vĂ©ritable hymne d’amour fervent pour celui qui incarne en pleine bourrasque nazie, le chant de l’art souverain. Une manière de se racheter de la part d’un Karajan qui eut toujours beaucoup de difficultĂ©s Ă  justifier sa position discutable Ă  l’Ă©poque du rĂ©gime hitlĂ©rien…

Ajoutons enfin, tels d’autres cycles d’accomplissements irrĂ©sistibles : Johann Strauss II et Tchaikovski (quasi intĂ©grale des Symphonies, concrètement les 3 derniers opus : la première rĂ©enregistrĂ©e dans les 90′s : 6ème PathĂ©tique, bouleversante et si esthĂ©tique (avec le Wiener Phil., janvier 1984 Ă  laquelle suivent dans la foulĂ©e et avec le mĂŞme orchestre, les 5 et 4), sans omettre son cher Casse-noisette de septembre 1982.

Grand amateur de musique française, Karajan enregistre Offenbach (ouvertures diverses dont La Belle HĂ©lène et Les Contes d’Hoffmann, Berliner Phil., juin et septembre 1980), Saint-SaĂ«ns (Symphonie n°3 avec orgue avec Pierre Cochereau comme soliste, Berliner Phil. septembre 1981), Bizet (L’ArlĂ©sienne Suites 1 et 2, Carmen Suite 1, Berliner Philh., fĂ©vrier 1984), enfin, conclusion impressionniste et symboliste, un programme Debussy et Ravel avec toujours les berlinois en dĂ©cembre 1985 (La Mer, PrĂ©lude Ă  l’après-midi d’un faune, Pavane pour une infante dĂ©funte, Daphnis et ChloĂ©, fragments symphoniques n°2)…

Notre tour d’horizon, ne serait pas honnĂŞte sans mentionner aussi les rares mais prometteuses incursions chez Sibelius (aucun symphonie hĂ©las mais au dĂ©but de l’annĂ©e 1982 : la Suite intĂ©grale PellĂ©as et MĂ©lisande opus 46, puis un second programme comprenant Finlandia, le cygne de Tuonela, la Valse triste et Tapiola, fĂ©vrier 1984 avec le Berliner Phil.), Grieg (Peer Gynt Suite 1 et 2, fĂ©vrier 1982) ; Nielsen (Symphonie n°4 l’inextinguible, fĂ©vrier 1981), Chostakovitch (Symphonie n°10, fĂ©vrier 1981), Holst (le fameux concert de janvier 1981 dĂ©diĂ© aux Planètes).

karajan chef orchestreKarajan savaient diriger et porter jusqu’Ă  leurs point de fusion et d’embrasement ultimes, musiciens, choristes et solistes : c’est pourquoi les grandes messe ou oratorios restent le second point thĂ©matique important du coffret, la majoritĂ© rĂ©alisĂ©e avec ses chères Ă©quipes viennoises : d’abord La CrĂ©ation de Haydn, d’un souffle Ă©pique irrĂ©sistible ( le sens des respirations ciselant chaque portĂ©e suggestive et Ă©vocatoires de la partition orchestrale : Ă©coutez le dĂ©but de l’oratorio et l’Ă©vocation de l’origine du monde : Edith Mathis bouleversante ; Francesco Araiza un peu droit ; JosĂ© van Dam, fidèle parmi les fidèles, captĂ© au festival de Salzbourg en aoĂ»t 1982… puis Ein Deutsches Requiem de Brahms (Hendricks / Van Dam, en mai 1983 avec les effectifs viennois et non pas berlinois) : la Messa da requiem de Verdi (Tomowa Sintow, Baltsa, Carreras, Van Dam, avec Ă©galement le Wiener Philharmoniker en juin 1984) ; la fameuse Messe pour le pape Jean-Paul II de mai 1985 avec l’impossible rĂ©verbĂ©ration de Saint-Pierre mais l’irradiante Kathleen Battle (entre autres, dans l’agnus Dei de la Messe du Couronnement puis le motet Ave verum K618) et toujours le Wiener Philharmoniker ; la dĂ©jĂ  citĂ©e Missa solemnis de Beethoven en septembre 1985 (avec le Berliner Phil) ; Requiem de Mozart en mai 1986 (Tomowa-Sintow, MĂĽller-Molinari, Cole, Burchuladze, Wiener Phil.) ;

Mentor, Karajan a toujours su repĂ©rer les talents atypiques, les personnalitĂ©s artistiques les plus passionnantes de son Ă©poque, solistes pour la plupart qu’il sait inviter dans des programmes cousus mains : ainsi, les grands concertistes Ă©lus par le MaĂ®tre occupent aux aussi le haut de l’affiche : tels entre autres : en septembre 1981 (Krystian Zimerman au piano dans un programme Schumann et Grieg (d’une absolu musicalitĂ©) ; Concerto pour violon de Tchaikovski avec Anne-Sophie Mutter (Wiener Phil., festival de Salzbourg, aoĂ»t 1988) ; Concerto pour piano n°1 du mĂŞme Tchaikovski (avec le tout jeune Yevgeny Kissin, avec le Berliner en dĂ©cembre 1988)

Le chef lyrique fait dĂ©faut ici, logiquement s’agissant de son legs symphonique, mais les amateurs pourront mesurer la fièvre intĂ©rieure qui porte le maestro opĂ©ratique chez Wagner par exemple, dans deux programmes thĂ©matiques : le premier en fĂ©vrier 1984 regroupant quelques ouvertures d’opĂ©ras (Tannhäuser, et en plus la Bacchanale si dyonisiaque ; Les MaĂ®tres Chanteurs de Nuremberg ; Tristan und Isolde) ; puis le rĂ©cital lyrique avec Jessye Norman, bouleversante Isolde, expirante salvatrice du Liebestod (festival de Salzbourg, aoĂ»t 1987).

karajan maestro herbert von karajan chef orchestral et symphoniqueEt si l’on devait pour l’Ă©ternitĂ©, choisir un programme rĂ©tablissant l’infinie sensibilitĂ© d’un chef tant dĂ©criĂ© pour sa posture prohitlĂ©rienne, cela serait le Concert du Nouvel An viennois 1987 oĂą outre le raffinement et l’Ă©lĂ©gance de la baguette dans les standards signĂ©s Johann Strauss II (le Beau Danube Bleu, la valse de l’Empereur, l’ouverture de La Chauve souris seule vraie alternative Ă  Carlos Kleiber -), Karajan au terme de sa carrière entonne l’hymne au printemps : FrĂĽhlingsstimmen, ou voix du printemps, avec l’ineffable soprano diamantin de Kathleen Battle. Coffret Ă©vĂ©nement, d’une indiscutable valeur. Et donc un cadeau idĂ©al pour NoĂ«l 2014. Evidemment CLIC de classiquenews de dĂ©cembre 2014.

Karajan 1980s complete orchestral recordings deutsche grammophon coffret 78 cdKarajan 1980s. IntĂ©grale des enregistrements symphoniques Deutsche Grammophon d’Herbert von Karajan entre 1980 et 1989. 78 cd Deutsche Grammophon. Herbert von Karajan : The complete 1980s orchestral recordings on Deutsche Grammophon. Lelivret comprend un tĂ©moignage de la violoniste Anne-Sophie Mutter et quelques extraits des MĂ©moires de GĂĽnther Breest, producteur de Karajan dans la pĂ©riode concernĂ©e (1980-1989), en anglais, allemand, japonais. Consultez le tracklisting complet du coffret sur le site de Deutsche Grammophon.

Legs Karajan : 25 ans après sa mort, cycle de rééditions majeures

Karajan200Legs Karajan : 25 ans après sa mort, cycle de rĂ©Ă©ditions majeures.  Le chef autrichien Herbert von Karajan,- 25 ans après sa mort (1989), laisse un hĂ©ritage musical et esthĂ©tique qui s’incarne par le disque : titan douĂ© d’une hypersensibilitĂ© fructueuse chez Beethoven, Schumann, Tchaikovski, Richard Strauss, Brahms entre autres …, Karajan s’est forgĂ© aussi une notoriĂ©tĂ© lĂ©gitime grâce Ă  son souci de la qualitĂ© des enregistrements qu’il a pilotĂ©s et rĂ©alisĂ©s pour Deutsche Grammophon. Outre la virtuositĂ© habitĂ©e, un sens innĂ© pour la ciselure comme le souffle Ă©pique de la fresque, Karajan a marquĂ© l’histoire de l’enregistrement par son exigence absolue. Une acuitĂ© inĂ©dite pour d’infimes nuances rĂ©vĂ©lant l’opulence arachnĂ©enne des timbres… tout cela s’entend dans le geste musical comme dans la prise de son… dans son intĂ©grale de 1961-1962 des Symphonies de Beethoven, magistralement captĂ©es dans le respect de la vie et de la palpitation… Pour ses 25 ans, le prestigieux label jaune rĂ©Ă©dite une sĂ©rie de coffrets absolument incontournables. Voici notre sĂ©lection d’incontournables.

Les 25 ans de la disparition d’Herbert von Karajan

moisson de coffrets commémoratifs chez DG

 

Karajan STrauss coffret 2014 deutsche GrammophonCLICK_classiquenews_dec13Grand coffret KARAJAN STRAUSS… Pour les 25 ans de la mort de Karajan, Deutsche Grammophon Ă©dite un superbe coffret, grand format et rĂ©unit, anniversaire Strauss 2014 oblige, le legs symphonique straussien de Karajan. Y figurent les poèmes symphoniques favoris du chef autrichien dont Ainsi Parla Zarathoustra, Don Juan et Don Quichotte, sans omettre, Une Symphonie alpestre et Une vie de hĂ©ros. GĂ©nĂ©reux, le coffret ajoute la cĂ©lèbre version de 1960 du Chevalier Ă  la rose pour le festival de Salzbourg (on aurait prĂ©fĂ©rĂ© l’une de ses lectures de La femme sans ombre, joyau flamboyant d’essence orchestrale… mais ne boudons pas notre plaisir avec, en “bonus” très apprĂ©ciable, l’ensemble des Ĺ“uvres rĂ©unies, rassemblĂ©es sur une 12ème galette :un blu-ray audio qui rappelle que le son Karajan, c’est aussi un dĂ©fi technologique. EN LIRE +

 

karajan beethoven 1962 symphonien beethoven berliner philharmoniker 4793442CLICK_classiquenews_dec13CD. Karajan : intégrale des Symphonies de Beethoven (1961-1962). Prodigieuse intégrale Beethoven de Karajan en 1962… Au moment de l’inauguration de la nouvelle Philharmonie de Berlin, ouverte officiellement en octobre 1963, le quadra Herbert von Karajan alors chef permanent du Philharmonique de Berlindepuis 1955, a achevé en parallèle le premier cycle stéréophonique moderne de toutes les Symphonies de Beethoven. L’enregistrement s’est réalisé une année durant entre 1961 et 1962 : il établit définitivement l’aura du chef, son entente avec les musiciens berlinois, et reste aussi un jalon interprétatif d’ampleur sur le cœur du répertoire de l’Orchestre. Soucieuse de reprendre la parole sur la scène internationale, Deutsche Grammophon a accompagné ce projet, véritable manifeste esthétique du label ; la marque jaune a investi un budget exceptionnel (1,5 million de marks allemand de l’époque) comptant écoulé au moins 100 000 coffrets pour rentabiliser l’enregistrement : 10 ans plus tard il s’était vendu 1 million de coffrets de cette intégrale légendaire : un pari gagnant. Karajan y démontre la fluidité étonnante des musiciens d’une virtuosité dynamique stupéfiante, dont l’énergie et l’engagement servent le style puissant, conquérant, réformateur d’un Beethoven jupitérien, bâtisseur d’un monde nouveau immensément inspiré tout au long de ses 9 symphonies. EN LIRE +

 

 

karajan_symphony_edition deutsche grammophon coffret cd2 autres coffrets complètent la série de rééditions commémoratives.Une boîte miraculeuse intitulée «  Symphony édition », cycle des intégrales de 8 compositeurs (38 cd), piliers du répertoire karajanesque, défendu alors qu’il était directeur musical du Berliner Philharmoniker. Beethoven (enregistrements de 1975-1977), Brahms (1977-1978), Bruckner (1975-1980), Haydn (Symphonies Parisiennes et Londoniennes : 1980-1982), Mendelssohn (1971-1972), Mozart (Symphonies 29,32,33,35, 36 et les dernières 38-41 de 1975-1977), Schumann (1971, et 1987 pour la n°4) et Tchaikovski (les 6 symphonies enregistrées à rebours : n°6, 5 et 4 : 1975-1976, et les 1-3 de 1979). Le grand absent demeure Mahler, ailleurs défendu par Kubelik ou Bernstein, et avec quel engagement. Pour nous, la classe supersonique s’écoute sans usure ni ennui chez Mozart, Schumann, surtout Beethoven et Tchaikovski. Rien n’égale ici la tension, l’hédonisme sonore, la perfection du détail et la clarté de l’ensemble. La 9ème de Beethoven exulte, respire l’élan révolutionnaire pour une aube nouvelle, une humanité régénérée, un monde semé enfin d’espoir (enregistrement berlinois avec côté plateau vocal : Tomowa-Sintow, Baltsa, Schreier, Van Dam).

 

karajan essential colelction classic karajanPour ceux qui veulent d’abord découvrir ou retrouver Karajan en 2 cd,Deutsche Grammophon édite enfin un best of composé d’extraits, parmi les pages les plus séduisantes de la littérature symphonique et aussi lyrique :« Classic Karajan : the essential collection » soit 2h20 mn de musique remastérisée pour l’occasion comprenant l’adagietto de la 5ème de Mahler, le choeur de Butterfly, Ingemisco du Requiem de Verdi (avec Carreras), Jupiter des Planètes de Holst, ou Smetana (un extrait de la Moldau), l’interlude symphonique de Cavalleria Rusticana de Mascagni… entre autres. Savourez : vous êtes sur la planète Karajan…

Legs Karajan : 25 ans après sa mort, cycle de rééditions majeures

Karajan20025 ans après sa mort (1989), le chef autrichien Herbert von Karajan laisse un hĂ©ritage musical et esthĂ©tique qui s’incarne par le disque : titan douĂ© d’une hypersensibilitĂ© fructueuse chez Beethoven, Schumann, Tchaikovski, Richard Strauss, Brahms entre autres …, Karajan s’est forgĂ© aussi une notoriĂ©tĂ© lĂ©gitime grâce Ă  son souci de la qualitĂ© des enregistrements qu’il a pilotĂ©s et rĂ©alisĂ©s pour Deutsche Grammophon. Outre la virtuositĂ© habitĂ©e, un sens innĂ© pour la ciselure comme le souffle Ă©pique de la fresque, Karajan a marquĂ© l’histoire de l’enregistrement par son exigence absolue. Une acuitĂ© inĂ©dite pour d’infimes nuances rĂ©vĂ©lant l’opulence arachnĂ©enne des timbres… tout cela s’entend dans le geste musical comme dans la prise de son… dans son intĂ©grale de 1961-1962 des Symphonies de Beethoven, magistralement captĂ©es dans le respect de la vie et de la palpitation… Pour ses 25 ans, le prestigieux label jaune rĂ©Ă©dite une sĂ©rie de coffrets absolument incontournables. Voici notre sĂ©lection d’incontournables.

 
 
Les 25 ans de la disparition d’Herbert von Karajan

moisson de coffrets commémoratifs chez DG

 

Karajan STrauss coffret 2014 deutsche GrammophonCLICK_classiquenews_dec13Grand coffret KARAJAN STRAUSS… Pour les 25 ans de la mort de Karajan, Deutsche Grammophon Ă©dite un superbe coffret, grand format et rĂ©unit, anniversaire Strauss 2014 oblige, le legs symphonique straussien de Karajan. Y figurent les poèmes symphoniques favoris du chef autrichien dont Ainsi Parla Zarathoustra, Don Juan et Don Quichotte, sans omettre, Une Symphonie alpestre et Une vie de hĂ©ros. GĂ©nĂ©reux, le coffret ajoute la cĂ©lèbre version de 1960 du Chevalier Ă  la rose pour le festival de Salzbourg (on aurait prĂ©fĂ©rĂ© l’une de ses lectures de La femme sans ombre, joyau flamboyant d’essence orchestrale… mais ne boudons pas notre plaisir avec, en “bonus” très apprĂ©ciable, l’ensemble des Ĺ“uvres rĂ©unies, rassemblĂ©es sur une 12ème galette :un blu-ray audio qui rappelle que le son Karajan, c’est aussi un dĂ©fi technologique. EN LIRE +

 

karajan beethoven 1962 symphonien beethoven berliner philharmoniker 4793442CLICK_classiquenews_dec13CD. Karajan : intégrale des Symphonies de Beethoven (1961-1962). Prodigieuse intégrale Beethoven de Karajan en 1962… Au moment de l’inauguration de la nouvelle Philharmonie de Berlin, ouverte officiellement en octobre 1963, le quadra Herbert von Karajan alors chef permanent du Philharmonique de Berlindepuis 1955, a achevé en parallèle le premier cycle stéréophonique moderne de toutes les Symphonies de Beethoven. L’enregistrement s’est réalisé une année durant entre 1961 et 1962 : il établit définitivement l’aura du chef, son entente avec les musiciens berlinois, et reste aussi un jalon interprétatif d’ampleur sur le cœur du répertoire de l’Orchestre. Soucieuse de reprendre la parole sur la scène internationale, Deutsche Grammophon a accompagné ce projet, véritable manifeste esthétique du label ; la marque jaune a investi un budget exceptionnel (1,5 million de marks allemand de l’époque) comptant écoulé au moins 100 000 coffrets pour rentabiliser l’enregistrement : 10 ans plus tard il s’était vendu 1 million de coffrets de cette intégrale légendaire : un pari gagnant. Karajan y démontre la fluidité étonnante des musiciens d’une virtuosité dynamique stupéfiante, dont l’énergie et l’engagement servent le style puissant, conquérant, réformateur d’un Beethoven jupitérien, bâtisseur d’un monde nouveau immensément inspiré tout au long de ses 9 symphonies. EN LIRE +

 

 

karajan_symphony_edition deutsche grammophon coffret cd2 autres coffrets complètent la série de rééditions commémoratives.Une boîte miraculeuse intitulée «  Symphony édition », cycle des intégrales de 8 compositeurs (38 cd), piliers du répertoire karajanesque, défendu alors qu’il était directeur musical du Berliner Philharmoniker. Beethoven (enregistrements de 1975-1977), Brahms (1977-1978), Bruckner (1975-1980), Haydn (Symphonies Parisiennes et Londoniennes : 1980-1982), Mendelssohn (1971-1972), Mozart (Symphonies 29,32,33,35, 36 et les dernières 38-41 de 1975-1977), Schumann (1971, et 1987 pour la n°4) et Tchaikovski (les 6 symphonies enregistrées à rebours : n°6, 5 et 4 : 1975-1976, et les 1-3 de 1979). Le grand absent demeure Mahler, ailleurs défendu par Kubelik ou Bernstein, et avec quel engagement. Pour nous, la classe supersonique s’écoute sans usure ni ennui chez Mozart, Schumann, surtout Beethoven et Tchaikovski. Rien n’égale ici la tension, l’hédonisme sonore, la perfection du détail et la clarté de l’ensemble. La 9ème de Beethoven exulte, respire l’élan révolutionnaire pour une aube nouvelle, une humanité régénérée, un monde semé enfin d’espoir (enregistrement berlinois avec côté plateau vocal : Tomowa-Sintow, Baltsa, Schreier, Van Dam).

 

karajan essential colelction classic karajanPour ceux qui veulent d’abord découvrir ou retrouver Karajan en 2 cd,Deutsche Grammophon édite enfin un best of composé d’extraits, parmi les pages les plus séduisantes de la littérature symphonique et aussi lyrique :« Classic Karajan : the essential collection » soit 2h20 mn de musique remastérisée pour l’occasion comprenant l’adagietto de la 5ème de Mahler, le choeur de Butterfly, Ingemisco du Requiem de Verdi (avec Carreras), Jupiter des Planètes de Holst, ou Smetana (un extrait de la Moldau), l’interlude symphonique de Cavalleria Rusticana de Mascagni… entre autres. Savourez : vous êtes sur la planète Karajan…

CD. Berliner Philharmoniker. Great recordings. Abbado I Karajan I Rattle (8 cd Deutsche Grammophon)

berliner philharmoniker abbado karajan great recordings cd deutsche grammophonCD. Berliner Philharmoniker. Great recordings. Abbado I Karajan I Rattle (8 cd Deutsche Grammophon). Le coffret est d’autant plus intĂ©ressant que concernant un seul et mĂŞme orchestre,  il permet de distinguer les qualitĂ©s ou certaines limites des chefs divers ici choisis pour illustrer le cycle d’enregistrements. De Klemperer Ă  Abbado,  sans omettre Boehm ou Kubelik en dehors des spĂ©cificitĂ©s de chacun, on reste saisi par les capacitĂ©s d’engagement expressif comme par l’Ă©quilibre plein et tendu de la sonoritĂ© qui se dĂ©tache, la capacitĂ© d’engagement de la part des instrumentistes est Ă©vidente, quelque soit l’Ă©poque et tout au long de la durĂ©e investie : des annĂ©es 1950 avec le mythique Furt jusqu’au dĂ©but 2000 avec l’incroyable et passionnant humaniste Abbado. Relevons les documents sonores qui restent les bandes les plus significatives.

Le cd Wagner fait valoir l’exceptionnelle tension du grand Furtwängler expert en grandeurs brĂ»lĂ©e jusqu’Ă  l’incandescence dans des temps ralentis trop peut ĂŞtre pour l’extase puis le prĂ©lude et la mort d’Isolde. Mais son Parsifal atteint des vagues habitĂ©es et mystiques de haute volĂ©e, et la formidable ouverture des Maitres chanteurs impose une fièvre dramatique rarement Ă©coutĂ©e jusque lĂ  …. si Parsifal est la flamme qui s’Ă©lève jusqu Ă  l’esprit le mieux distillĂ© Ă©vanescent, se rĂ©alisant dans le mystère le plus Ă©nigmatique,  le feu de ces MaĂ®tres chanteurs est le brasier primitif d’oĂą coule l’armure qui libère l’art et glorifie la culture. Cette maĂ®trise du temps oĂą l’instant se fait gouffre, abyme, Ă©ternitĂ©,  Furt en est habitĂ© jusque lĂ  moelle. Des crĂ©pitements de titan sauvage et visionnaire …

Curieusement dans ce jeu inĂ©vitable de la comparaison des baguettes pour un mĂŞme orchestre et quel orchestre! – c’est Boehm qui s’en sort le mois bien. Serviteur d’un Schubert puissamment symphonique dans les n°8 “InachevĂ©e” et N°9, sa baguette certes onctueuse et riche manque parfois d’activitĂ©,  de diversitĂ© agogique. .. l’Ă©quilibre et la beautĂ© très introspective du son sont louables mais on finit par s’ennuyer ferme dans une 8 ème trop … classicisĂ©e, …comme lointaine  dont le maestro très estimable cependant aurait comme gommĂ© toutes les secousses. C’est comme  si l’excellent dramaturge lyrique s’ammolissait lui-mĂŞme sans chanteurs. Mais en 1966 dĂ©fendre Schubert Ă  l’orchestre relève du mĂŞme dĂ©fi que celui de Bernstein ou Kubelik lorsqu’ ils dĂ©fendent de façon aussi originale qu’audacieuse le cycle Mahler tout entier tel que nous ne le contestons plus dĂ©sormais dans son intĂ©gralitĂ© comme une totalitĂ© organique. Boehm aura permis ici d’ouvrir des perspectives dont les phalanges sur instruments d’Ă©poque savent aujourd’hui tirer tout le bĂ©nĂ©fice. Donc pas si mal si on replace Boehm dans le contexte du goĂ»t des sixties.

D’un fini millimĂ©trĂ©, Ă  la fois analyste et architecte, solennel dans la grande forme comme d’une subtilitĂ© arachnĂ©enne, l’immense Karajan amorce la formidable machine cosmique et climatique d’Une Symphonie Alpestre : maĂ®tre Ă  vie du Berliner, Karajan fait tout entendre… depuis l’ascension des cimes, le maestro dĂ©miurge brosse l’immensitĂ© du paysage, exprime le colossal et l’organique, fait souffler un vrai grand vent, une houle organique (la tempĂŞte sur les reliefs pendant la descente) dans cette fresque qui sait palpiter instrumentalement malgrĂ© l’ampleur et la dĂ©mesure de son sujet.  Avec Ainsi parla Zarathoustra, Don Juan ou Don Quixotte, la symphonie alpestre reste l’une des partitions straussiennes les plus abouties de Karajan. Les amateurs sĂ©duits par l’Ă©quation Karajan Strauss se re porteront avec bĂ©nĂ©fice Ă  l’excellent coffret spĂ©cial Strauss par Karajan Ă©ditĂ© par Deux schĂ©ma Gramophone pour les 25 ans de la mort du chef salzbourgeois.

Schumann … Symphonies n°2 et n°4. Dans le flux orchestral se dĂ©tache une nette et vive activitĂ©,  des arĂŞtes très nerveusement sculptĂ©es qui portent peu Ă  peu tout le discours vers la lumière et l’exaltation annoncĂ©e. .. rĂ©alisĂ©e telle une inextinguible et irrĂ©pressible Ă©nergie.  Kubelik creuse l’Ă©lan et le vertige des seconds plans superbement ciselĂ©s aux cordes (I de la 2). D’une matière sonore primordiale dont il fait un maelström bouillonnant, il fait jaillir la pure volontĂ© qui organise peu Ă  peu le dĂ©roulement Ă  coups d’Ă©clairs,  de passionnantes prĂ©cipitations,  accĂ©lĂ©rations prĂ©monitions,  toute une palette d’Ă©lans divers,  frĂ©nĂ©tiques  et bruts puis injectĂ©s tels des ferments prometteurs rĂ©alisent peu Ă  peu la moisson orchestrale finale d’un puissant et de plus en plus irrĂ©pressible sentiment de conquĂŞte. Le Scherzo est une affirmation rĂ©pĂ©tĂ©e crĂ©pitante, exaltĂ©e mĂŞme : Kubelik s’appuie sur le relief très dĂ©taillĂ© des instruments le tout emportĂ© dans un feu de plus en plus dansant qui n’empĂŞche pas la tendresse nostalgique.

La surprise vient de la 9ème de Beethoven portĂ©e par un Giulini au sommet de son art en 1990… la puissance mesurĂ©e, l’Ă©nergie des contrastes surtout la vision humaniste et fraternelle globale Ă©difient une lecture passionnante de bout en bout. Le chef fait sortir du chaos avec dĂ©flagration superbement ciselĂ© aux tutti des cuivres, le flux de la pensĂ©e et tout l’allant de la symphonie vers cet ordre nouveau, source d’espĂ©rance et d’abandon lyrique et fraternel (adagio) et de nouveau monde (le final) …. la vitalitĂ© immense qui semble jaillir de l’instant oĂą elle s’accomplit place Giulini Ă  l’exact opposĂ© d’un Karajan si contrĂ´lĂ©, si disciplinĂ© et maĂ®tre absolu de tout : son Concerto pour violon avec Muter trop lisse, trop artificiel nous ennuie quand la sincĂ©ritĂ© et la finesse de Giulini font sortir la musique de toute solennitĂ© trop esthĂ©tique (dĂ©sincarnĂ©e). En lettrĂ© fin et subtil, Giulini rĂ©ussit avec une clartĂ© exemplaire le passage de l’Ă©quilibre des Lumières Ă  la vitalitĂ© romantique, cette ardeur et cette foi pour le renouveau qui soutend la gĂ©nĂ©ration de Beethoven.

Adieu, renoncement et geste d’une Ă©loquente sĂ©rĂ©nitĂ© au monde, la 9è de Mahler revĂŞt la forme d’un adieu personnel, intimement partagĂ© par le chef Claudio Abbado, un chef qui en 2002, dans ce live irrĂ©sistible, par sa tendresse Ă©lĂ©giaque et la gravitĂ© visionnaire annonciatrice de la fin proche, est affectĂ© par une maladie longue, certes remis, mais qui porte en lui les sĂ©quelles d’une lutte terrible et viscĂ©rale. Tout cela s’entend ici tant dans l’activitĂ© opulente de l’orchestre, tous les courants contradictoires et mĂŞlĂ©s du tissu mahlĂ©rien se dĂ©ploient avec une sincĂ©ritĂ© et une clartĂ© absolue. Le geste est millimĂ©trĂ©, les intentions serties de finesse et de profondeur. La conscience de la mort croise constamment une ardeur pour la vie chevillĂ©e au corps et Ă  l’âme qui font de ce tĂ©moignage enregistrĂ© sur le vif, une expĂ©rience musicale mĂ©morable. Un must absolu Ă©videmment.

Brahms (2005) : Concerto pour piano et orchestre. Piano extrĂŞmement alerte de Zimmerman parfois trop lisse sans guère de caractĂ©risation alors que de son cĂ´tĂ© Simon Rattle, d’une invention prodigieuse,ne cesse d’affiner une partition qui exprime au delĂ  de sa seule Ă©locution  pure, les gouffres et les vertiges des tempĂŞtes sentimentales qui sont en jeu.  Mais la limpiditĂ© du jeu, son dĂ©liĂ© impĂ©rial qui toujours prĂ©serve l’articulation et l’extrĂŞme Ă©lĂ©gance de ton, dĂ©livre  certes un message intense, violent, passionnĂ©, Ă©ruptif mĂŞme mais un Brahms olympien : oĂą a t on Ă©coutĂ© un final aussi JupitĂ©rien et d’une absolue confiance? La construction dramatique de l’orchestre sous la vision puissante et profonde du chef est un sommet. Toute la science du chef lyrique et conteur fait jour ici dans la finesse des climats enchaĂ®nĂ©s : elle confère Ă  la lecture une humanitĂ© hĂ©roĂŻque que l’enchaĂ®nement sans discontinuitĂ© des morceaux souligne. C’est organique, noble, Ă©lĂ©gant. .. un must Ă©videment sur le plan orchestral.

CD. Berliner Philharmoniker. Great recordings. Abbado I Karajan I Rattle I Kubelik I Giulini I Boehm I Karajan  (8 cd Deutsche Grammophon).