Compte rendu, festival. Corravillers, église, le 17 juillet 2016. The Way to paradise / Les Timbres (création)

les timbres Compte rendu, festival. Corravillers, Ă©glise, le 17 juillet 2016. The Way to paradise : Consort Songs & Music / La musique de William Shakespeare / Les Timbres (crĂ©ation). C’est un programme prĂ©sentĂ© en crĂ©ation commande du Festival Musique et MĂ©moire, pilotĂ© et conçu par son fondateur et directeur, Fabrice Creux; le concept permet d’approfondir tout ce qui fait ici au Pays des mille Ă©tangs, l’intĂ©rĂȘt et mĂȘme la pertinence d’un cycle de concerts inscrits au coeur du territoire rural : la continuitĂ© d’un geste interprĂ©tatif accueilli, accompagnĂ© depuis 3 annĂ©es Ă  prĂ©sent puisque l’ensemble l’ensemble sur instruments anciens, Les Timbres  a pu bĂ©nĂ©ficier d’une rĂ©sidence artistique ici mĂȘme, source d’approfondissement pour les interprĂštes, et pour les publics : promesse et dĂ©couvertes de sonoritĂ©s inĂ©dites selon les programmes prĂ©sentĂ©s


proserpine-les-timbres-festival-musique-et-memoire-CLASSIQUENEWS-copyrightETE 2015
 L’an dernier, il s’agissait d’Ă©lucider par la plasticitĂ© canalisĂ©e du geste collectif, l’impact dramatique des instruments en nombre rĂ©duit; en ce sens la rĂ©crĂ©ation dans un format de chambre de l’opĂ©ra de Lully : Proserpine prĂ©sentĂ©e dans une version historique de 1684, attestĂ©e / jouĂ©e Ă  Anvers, avait permis en juillet 2015 de mesurer l’articulation collective d’un groupe instrumentistes et chanteurs, Ă©lectrisĂ©s par le sens de l’Ă©coute et une profonde sonoritĂ© intĂ©rieure dont l’ineffable cohĂ©sion Ă©tait frappante. Le Carnaval des animaux, autre spectacle crĂ©Ă© en 2015, engageait le chant dramatique des 3 instruments essentiels du trio fondateur  (violon, viole de gambe, clavecin) soit Yoko Kawakubo, Myriam Rignol, Julien Wolfs, en une confrontation directe / critique avec le texte du rĂ©citant comĂ©dien
 interaction et complicitĂ© lĂ  encore Ă©difiantes, rĂ©vĂ©latrices d’un travail exemplaire accordĂ© Ă  la facultĂ© dramatique des instruments, au sens, Ă  la forme et au dĂ©roulement mĂȘme d’une narration musicale. Faire parler les instruments,  chanter le texte. … vrai dĂ©fi qui oblige et contraint l’interprĂšte Ă  exprimer l’indicible soit la vĂ©ritĂ© d’une situation comme d’un sentiment. VOIR notre grand reportage LES TIMBRES au Festival MUSIQUE ET MEMOIRE, juillet 2015 (recrĂ©ation de Proserpine de Lully / crĂ©ation du Carnaval des animaux)

 

 

 

Les Timbres Ă  Musique et MĂ©moire
Une utopie musicale se réalise

 

 

ETE 2016
 C’est justement ce qui est en jeu dans le nouveau programme des Timbres prĂ©sentĂ© ce dimanche 17 juillet 2016, d’autant attendu et donc significatif, qu’il est le dernier aboutissement concluant ainsi les 3 annĂ©es de rĂ©sidence du groupe Ă  Musique et MĂ©moire.

Au moment oĂč l’on fĂȘte l’anniversaire Shakespeare, Les Timbres emprunte au sublime britannique ce sentiment d’une ineffable mĂ©lancolie qui de sĂ©quences en Ă©pisodes reconstruit symboliquement ici les quatre saisons ou les quatre Ăąges d’une vie terrestre, et jalonne en passion, dĂ©sir, espĂ©rance et renoncement, toute une existence. Les complices instrumentistes savent aussi au moment de Bacchus et de son enivrement dĂ©lirant, jouer la gouaille collective, maĂźtrisant Ă  l’automne, le goulot de bouteille comme un traverso enivrĂ© / enivrant
 Fins musiciens, Les Timbres sont aussi des acteurs prĂȘts Ă  prendre des risques, vrais satyres chanteurs ainsi unis en toute saison,  par une irrĂ©vĂ©rence gestuelle irrĂ©sistible. Chacun s’adresse au public, l’invite Ă  cĂ©lĂ©brer l’ivresse du Dyonisos ripailleur et picaresque.
VoilĂ  qui contraste avec les couleurs introspectives et subtilement mĂ©ditatives du programme dans son entier. Et cette libertĂ© du geste dĂ©montre Ă  l’envi, la maturitĂ© artistique du formidable ensemble.
Ainsi la musique de Shakespeare s’écoute Ă  Coravilliers en un chambrisme collĂ©gial, oĂč chacun prend la parole, instrumentalement, vocalement (allusive Julia Kirchner, soprano inspirĂ©e, diseuse raffinĂ©e), oĂč dans le prolongement du verbe limitĂ©, se dĂ©roule la richesse ineffable des notes Ă©noncĂ©es.
Peu d’ensemble de musiciens cultivent et maĂźtrisent Ă  ce point l’art si dĂ©licat mais dĂ©cisif de l’écoute et de l’égalitĂ© fraternelle : pas de chef, pas de meneur, mais un flot constant d’entente et de complĂ©mentaritĂ© sonore qui fondent et structurent une approche dans son ensemble. Les Timbres nous donnent une leçon d’harmonie partagĂ©e, d’utopie musicale dont le public se dĂ©lecte Ă  chaque performance.

The Way to Paradise est construit comme un consort de Songs & Music : le verbe y est interrogatif et suggestif, et au-delĂ  du sens, c’est chaque instrumentiste qui prolonge l’enchantement de la voix, par son engagement instrumental. Le programme s’inspire d’une dĂ©claration poĂ©tique de Thomas Mace Ă©crite en 1676 : « Musick’s Monument » dans laquelle l’auteur souligne la force poĂ©tique du chant des instruments, lĂ  oĂč le mot n’a plus sa place. Chaque instrumentiste se montre capable d’histoires pathĂ©tiques, de « Discours pleins de RhĂ©torique et Sublimes ; des Discussions Subtiles et Profondes », propres Ă  exprimer le trĂ©fonds de l’ñme. Voyage sonore et voyage intĂ©rieur surtout, et mĂȘme dĂ©licieusement mĂ©lancolique : les paysages et les climats qui se succĂšdent touchent Ă  l’essence humaine la plus profonde.
Ce spleen des instruments qui traverse toute les humeurs de l’esprit inspire chaque musiciens des Timbres en une saisissante cohĂ©rence sonore. La caractĂ©risation, l’écoute, la complicitĂ© composent ici une joute amicale qui passe entre chaque interprĂšte : chanteuse et instrumentistes. C’est un tableau suave et nostalgique qui confirme dĂ©sormais les qualitĂ©s des Timbres : poĂ©sie allusive, nuances du jeu collectif, flexibilitĂ© et grandes richesse des intentions. PoĂ©sie et profondeur. Eloquents contrastes. La magie opĂšre et le raffinement s’invite souvent dans ce fabuleux basculement qui invite de l’innocence premiĂšre Ă  l’ivresse la plus intime. Magistral. De tous les nouveaux ensembles baroques, Les Timbres affirment leur prodigieuse humanitĂ© artistique. Saluons Fabrice Creux d’avoir Ă  l’issue de la crĂ©ation, annoncer qu’il renouvelait leur rĂ©sidence Ă  Musique et mĂ©moire pour un nouveau cycle de 3 annĂ©es de compagnonnage artistique. La promesse est grande : il faut absolument suivre Les Timbres dĂ©sormais en Haute-SaĂŽne. Le nouveau son baroque s’y dĂ©ploie en un constant enchantement.

 ENSEMBLE MAGICIEN : Les Timbres, trio enchanteur

 

 

Compte rendu, festival. Corravillers, Ă©glise, le 17 juillet 2016. The Way to paradise : Consort Songs & Music / La musique de William Shakespeare / Les Timbres (crĂ©ation). Airs et piĂšces des Britanniques baroques : Gibbons, Byrd, Morley, Ward, Playford, White, Ravenscroft, Dowland
 Les Timbres : Julia Kirchner, soprano - Yoko Kawakubo et Maite Larburu, violons - Myriam Rignol, Mathilde Vialle, Etienne Floutier et Pau Marcos Vicens, violes de gambe - Julien Wolfs, orgue et clavecin.

 

 

 

 

 

APPROFONDIR

GRAND REPORTAGE VIDEO : Festival Musique et Mémoire 2015 / Les Timbres 

musique et memoire pave-2-musique-et-memoire-2015Grand Reportage vidĂ©o. Retour sur 
 En juillet 2015, le Festival Musique et MĂ©moire (22Ăšme Ă©dition) joue la carte des jeunes interprĂštes, en l’occurrence, les trois instrumentistes orfĂšvres virtuoses des TIMBRES qui accordent intimisme ciselĂ© et expressivitĂ© partagĂ©e. RecrĂ©ation de Proserpine de Lully dans une version historique de 1682, genre thĂ©Ăątral et musical innovant Le Carnaval Baroque des animaux
 l’approche et le geste façonnent une offrande artistique captivante qui redĂ©finit l’exercice mĂȘme d’un festival de musique dans son territoire. Entretien avec les instrumentistes des Timbres, entretien avec FABRICE CREUX, directeur et fondateur du Festival Musique et mĂ©moire. © STUDIO CLASSIQUENEWS 2016.


 

 

CD

PARATY julien wolfs clavecin clic de classiquenews juillet 2016 bach_3760213650344Cd critique compte rendu. JS BACH : Sonate pour flĂ»te et clavecin, Partita pour clavecin seul BWV 830 (Troffaes / Wolfs, 1 cd Paraty, 2015). Pour l’interprĂšte, exprimer dans le jeu certes la rhĂ©torique de l’éloquente musique, surtout la poĂ©sie du coeur et de l’esprit
 Ainsi est signifiĂ© le dĂ©fi de toute partition de Jean-SĂ©bastien, qui semble de facto avoir rĂ©ussi la fusion idĂ©ale, du sentiment et de la virtuositĂ© : toucher l’ñme, bercer l’esprit. Autant de caractĂšres, Ă©lĂ©ments d’une esthĂ©tique vivante, qui s’écoulent ici, portĂ©s par la connivence des deux interprĂštes en tous points, convaincants. Ligne claire et sans affĂšterie, posĂ©e, portĂ©e, canalisĂ©e par la gestion du souffle de la flĂ»tiste Stefanie Troffaes. Discours fluide, prĂ©cis et sobre du claveciniste vĂ©ritable orfĂšvre de l’articulation, Julien Wolfs. On connaĂźt bien le claviĂ©riste comme membre fondateur de l‘extraordinaire ensemble Les Timbres, en rĂ©sidence au Festival Musique et MĂ©moire. L’hypersensibilitĂ© expressive des deux instrumentistes affirment la vitalitĂ© et la justesse du Jean-SĂ©bastien, Ă  la fois imaginatif, expĂ©rimental, suprĂȘmement Ă©lĂ©gant. De toute Ă©vidence, Julien Wolfs dĂ©fend l’approche partagĂ©e avec ses habituels partenaires des Timbres : faire parler la musique. Le Baroque est un vaste laboratoire oĂč la note ambitionne peu Ă  peu l’impact expressif du verbe. Lea fĂȘte traversiĂšre, mĂȘme si elle n’exprime pas le sentiment du compositeur, – processus romantique, sĂ©duit ici par son Ă©loquence proprement baroque : dans la diversitĂ© des accents, l’articulation des nuances
 toute une intelligence dynamique qui dans le pacte discursif Ă  deux voix : flĂ»te / clavecin (BWV 1030 et 1032), affirme ce langage palpitant des partitions ici rĂ©unies (profondeur contemplative en dialogue de l’Andante du 1030).

 

 

Cd critique compte rendu. JS BACH : Sonate pour flûte et clavecin, Partita pour clavecin seul BWV 830 (Troffaes / Wolfs, 1 cd Paraty, 2015)

PARATY julien wolfs clavecin clic de classiquenews juillet 2016 bach_3760213650344Cd critique compte rendu. JS BACH : Sonate pour flĂ»te et clavecin, Partita pour clavecin seul BWV 830 (Troffaes / Wolfs, 1 cd Paraty, 2015). Pour l’interprĂšte, exprimer dans le jeu certes la rhĂ©torique de l’éloquente musique, surtout la poĂ©sie du coeur et de l’esprit
 Ainsi est signifiĂ© le dĂ©fi de toute partition de Jean-SĂ©bastien, qui semble de facto avoir rĂ©ussi la fusion idĂ©ale, du sentiment et de la virtuositĂ© : toucher l’ñme, bercer l’esprit. Autant de caractĂšres, Ă©lĂ©ments d’une esthĂ©tique vivante, qui s’écoulent ici, portĂ©s par la connivence des deux interprĂštes en tous points, convaincants. Ligne claire et sans affĂšterie, posĂ©e, portĂ©e, canalisĂ©e par la gestion du souffle de la flĂ»tiste Stefanie Troffaes. Discours fluide, prĂ©cis et sobre du claveciniste vĂ©ritable orfĂšvre de l’articulation, Julien Wolfs. On connaĂźt bien le claviĂ©riste comme membre fondateur de l‘extraordinaire ensemble Les Timbres, en rĂ©sidence au Festival Musique et MĂ©moire. L’hypersensibilitĂ© expressive des deux instrumentistes affirment la vitalitĂ© et la justesse du Jean-SĂ©bastien, Ă  la fois imaginatif, expĂ©rimental, suprĂȘmement Ă©lĂ©gant. De toute Ă©vidence, Julien Wolfs dĂ©fend l’approche partagĂ©e avec ses habituels partenaires des Timbres : faire parler la musique. Le Baroque est un vaste laboratoire oĂč la note ambitionne peu Ă  peu l’impact expressif du verbe. Lea fĂȘte traversiĂšre, mĂȘme si elle n’exprime pas le sentiment du compositeur, – processus romantique, sĂ©duit ici par son Ă©loquence proprement baroque : dans la diversitĂ© des accents, l’articulation des nuances
 toute une intelligence dynamique qui dans le pacte discursif Ă  deux voix : flĂ»te / clavecin (BWV 1030 et 1032), affirme ce langage palpitant des partitions ici rĂ©unies (profondeur contemplative en dialogue de l’Andante du 1030).


 

Toucher le cƓur, plaire à l’esprit

 

 

wolfs clavecin cd paraty js bach  flu te  presentation cd review cd critique classiquenews clic de août 2016 stefanie-troffaes-julien-wolfs

CLIC_macaron_2014Ailleurs on relĂšve la parfaite connaissance qu’avait Bach, du rĂ©pertoire expressif classĂ© par Mathewson, servi, compris particuliĂšrement par les interprĂštes : effusion venant du coeur du si mineur (1030) ; tristesse recueillie du mi mineur (1034), activitĂ© brillante du la majeur (1032)
 enfin, joie irradiante conquĂ©rante irrĂ©sistible du mi majeur (1035). Innervant pour chaque piĂšce, ce jeu tĂ©nu, vibrant des contrastes,, un soin spĂ©cifique dans la rĂ©alisation des rĂ©pĂ©titions (toujours variĂ©es et caractĂ©risĂ©es), les interprĂštes Ă©clairent le gĂ©nie d’un Bach, maĂźtre du langage musical. Sa langue est encore davantage intense et investi dans la sĂ©quence oĂč Julien Wolfs joue seul la Partita BWV 830 : la clartĂ© nerveuse du clavecin (copie B Kennedy d’aprĂšs M. Mietke de 1703) apporte Ă  la succession des 7 Ă©pisodes, sa noblesse discursive d’une Ă©loquente tendresse
 sa sincĂ©ritĂ© intĂ©rieure (crĂ©pitement d’une liquide ardeur de l’exceptionnelle Corrente) : parfois sombre et pudique (Sarabande), sans omettre le prĂ©lude (Toccata) qui est questionnement dĂ©passant le prĂ©texte d’une Suite de mouvements diversitĂ©s et caractĂ©risĂ©s : l’interrogation variant les sĂ©quences enchaĂźnĂ©es, affirme peu Ă  peu une interrogation sur le sens mĂȘme de la forme musicale : en cela le souci de prĂ©cision contrapuntique, comme de sobriĂ©tĂ© expressive rendent compte du gĂ©nie d’un Bach dĂ©miurge pensant la musique comme d’un matĂ©riau vivant et organique. Le jeu tout en finesse et en sobriĂ©tĂ© du claveciniste saisit d’un bout Ă  l’autre par sa gestion de la tension, d’une lumineuse intelligence (fluiditĂ© magicienne, entre tendresse et nostalgie de l’Allemande ; acuitĂ© intĂ©riorisĂ©e du Tempo di Gavotte puis Gigue au souffle philosophique universel, sidĂ©rant). Superbe programme, emblĂ©matique de la maturitĂ© de la jeune gĂ©nĂ©ration baroqueuse actuelle. Suivez ces deux tempĂ©raments lĂ  : ils ne jouent pas ; ils vivent la musique, de l’intĂ©rieur. Leur sobriĂ©tĂ© interprĂ©tative fait la diffĂ©rence : tout pour la musique, rien que la musique. CLIC de CLASSIQUENEWS de l’étĂ© 2016.

 

 

 

Cd critique compte rendu. JS BACH : Sonate pour flĂ»te et clavecin, Partita pour clavecin seul BWV 830 (Troffaes / Wolfs, 1 cd Paraty 165142, 2015) – Parution : septembre 2016

 

 

Approfondir : reportage vidéo de la Résidence des Timbres, année 2, juillet 2015, au Festival Musique et Mémoire (Haute SaÎne, 70).

 

 

 

 

Compte rendu, festival. Musique et MĂ©moire. Les 17 et 18 juillet 2015. RĂ©sidence des Timbres : Proserpine de Lully, le Carnaval des animaux, La Gamme…

visuel festival Musique et MĂ©moire 2015En Haute SaĂŽne, un festival hors normes confirme sa place atypique dans le paysage des festivals estivaux. Loin des bords de mer, hors de la zone provençale si riche en implantations diverses et souvent simultanĂ©es, une offre unique en France sait accompagner en Haute-SaĂŽne (Vosges du Sud), les jeunes ensembles sur 2 ou 3 jours, Ă  travers des programmes en majoritĂ© inĂ©dits, les poussant Ă  prendre des risques et Ă  se dĂ©passer… pour la plus savoureuse dĂ©lectation des spectateurs. Si ailleurs la musique se consomme en un rituel souvent guindĂ©, l’idĂ©al portĂ© par le festival Musique et MĂ©moire demeure l’accessibilitĂ© pour tous (par les prix plus que compĂ©titifs comme l’intĂ©gration des concerts aux lieux du territoire…), et pour chacun, une dĂ©couverte musicale exprimĂ©e avec un exceptionnel souci d’engagement : le principe clĂ© de la rĂ©sidence conduit chaque collectif artistique Ă  approfondir comme nul part ailleurs, la notion mĂȘme de geste musical, avec d’autant plus de tension et d’exactitude que d’un programme Ă  l’autre, les instrumentistes et chanteurs peuvent entretenir concentration, flexibilitĂ©, constance dans la profondeur et la sĂ»retĂ© de l’approche. Ici le rythme des concerts est remarquablement assurĂ©, et la dĂ©couverte visuelle et acoustique des lieux, garantie. Plus qu’un festival, Musique et MĂ©moire est aujourd’hui, une expĂ©rience musicale et humaine qu’il faut avoir vĂ©cue au moins une fois dans sa vie de mĂ©lomane.
Musique et Mémoire dont la ligne artistique défendue par son directeur et fondateur, Fabrice Creux, affirme année aprÚs année une rare cohérence, accompagne ainsi chaque interprÚte au-delà de ses performances habituelles.
Voyez en ce premier week end 2015 (premier des 3 rvs de l’Ă©tĂ© 2015), les 3 solistes piliers de l’ensemble Les Timbres. Leur dernier album (et premier chez le label Flora, septembre 2014) avait offert une lecture trĂšs personnelle des PiĂšces pour clavecin en concerts de Rameau, hymne tĂ©nu d’une dĂ©licate ciselure oĂč brille surtout un Ă©tonnant chambrisme investi Ă©quitablement / idĂ©alement Ă  trois voix complices ; un art de la conversation concertante cultivĂ© en osmose et en vrai plaisir partagĂ© que l’on constate trĂšs rarement : c’est peu dire que ces trois lĂ  aiment visiblement jouer ensemble. Le claveciniste Julien Wolfs, la violiste Myriam Rignol (partenaire de William Christie par exemple dans le programme – tout aussi chambriste -, Airs sĂ©rieux et Ă  boire : VOIR notre reportage vidĂ©o), la violoniste Yoko Kawakubo dont la pudeur est une seconde nature qui conduit ses partenaires vers une dĂ©lectable suggestivitĂ© feutrĂ©e… Fabrice Creux leur a proposĂ© pour la seconde annĂ©e de rĂ©sidence (sur les trois au total pour Musique et MĂ©moire), pas moins de 7 programmes sur 2 journĂ©es… un marathon, aux manifestations particuliĂšrement fĂ©condes, sur un rythme trĂ©pidant.

 

 

Les Timbres réenchantent Prosperpine de Lully

 

 

Lully_versailles_portraitC’est d’abord, ce vendredi 17 juillet 2015, dans la basilique Saint-Pierre de Luxeuil-les-Bains, devant le superbe buffet d’orgue XVIIĂš, une version inĂ©dite de l’opĂ©ra Proserpine de Lully. La version est datĂ©e de 1682 (contemporaine du buffet baroque de l’orgue : encore une claire Ă©vidence de l’adĂ©quation entre le lieu et le programme prĂ©sentĂ©). Le manuscrit est l’un des rares documents Ă  prĂ©ciser les instruments et leur partie respective. Ici, admirablement Ă©quilibrĂ©, l’instrumentarium comprend cordes (2 violons, clavecin, viole et violone), surtout l’Ă©clat particulier du hautbois et de la flĂ»te entre autres, sans omettre les percus (triangles, timbales). Il en dĂ©coule une version colorĂ©e et dramatiquement expressive dont le dĂ©coupage, rĂ©alisĂ© par les Timbres offre un superbe aperçu d’une oeuvre maĂźtresse : Proserpine, opĂ©ra de la maturitĂ© de Lully (crĂ©Ă© en 1680, aprĂšs les sommets que sont Alceste, Atys, Isis, PsychĂ© II, BellĂ©rophon propres aux annĂ©es 1670), et dans lequel, Louis XIV fait ses adieux Ă  la Montespan, Ă  la faveur de la nouvelle maĂźtresse et compagne du Roi-soleil, la Maintenon. AprĂšs Proserpine, Lully composera ensuite Le triomphe de l’Amour, PersĂ©e et PhaĂ©ton. Le compositeur y perfectionne encore ce chant français qui se chante aussi bien qu’il se dit, contemporain et Ă©gal des tragĂ©dies de Racine. Les chƓurs des suivantes de Proserpine, CĂ©rĂšs, en mĂšre affligĂ©e et aimante (lamentation violente et destructrice clĂŽturant le III), surtout Pluton (superbe rĂŽle de basse grave et fĂ©brile Ă  la fois) se distinguent ; d’autant que ce dernier esquisse une relation avec Proserpine qui est superbement brossĂ©e par Lully et son librettiste Quinault (rien de moins): la vraie profondeur de l’ouvrage se dĂ©voile dans leur duo, d’une ineffable et juste sincĂ©ritĂ©. Alors que l’Orfeo montĂ©verdien de 1607, fait paraĂźtre le dieu des enfers soudainement touchĂ© par le chant du poĂšte thrace endeuillĂ©, voici chez Lully, un Pluton amoureux, omniscient et spectaculaire mais surtout touchant et maladroit, d’une fragilitĂ© inĂ©dite, d’une surprenante humanitĂ© … (serait-ce Louis XIV irrĂ©sistiblement Ă©mu par l’intelligence et la prĂ©sence de la Maintenon ? On peut aisĂ©ment le supposer…).

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Le rapport des instruments et des voix permet une lecture trĂšs aboutie de la thĂ©ĂątralitĂ© dĂ©clamĂ©e du Grand SiĂšcle, sans que l’on perde ni l’esprit de solennitĂ© ni l’Ă©clat suave de la partition originellement conçue pour un effectif plus important. A la superbe plasticitĂ© des musiciens sur scĂšne rĂ©pond aussi , selon la nĂ©cessitĂ© du drame, le chant des groupes instrumentaux et vocaux, placĂ©s sous la nef (parmil le public, et au delĂ , pour l’effet de rĂ©sonance des choeurs infernaux, vers le chevet du vaisseau) : ce risque assumĂ© de la spatialitĂ© illustre parfaitement la notion chĂšre au directeur du Festival, idĂ©e motrice de laboratoire ou d’atelier oĂč les interprĂštes osent tout pour l’intelligence finale. Les situations, l’enchaĂźnement des Ă©pisodes, la noblesse comme le raffinement poĂ©tique du drame sont superbement dĂ©fendus, toujours grĂące Ă  l’Ă©coute et la complicitĂ© entretenues, favorisĂ©es sans ostentation par les 3 instrumentistes, piliers des Timbres.

 

 

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Le lendemain, Ă  Lure, rendez vous Ă  21h pour un Carnaval des animaux, celui lĂ  baroque ; au menu, plusieurs sĂ©quences musicales d’inspiration / Ă©vocation animaliĂšre signĂ©es Rameau (Ă©videmment la Poule), mais aussi François Couperin( dont le Moucheron et les fauvettes plaintives), Caix d’Hervelois (Rossignol, Papillon), MontĂ©clair (les nayades dont la courbe sensuelle referme le cycle). Ce programme inĂ©dit, lui aussi prĂ©sentĂ© en crĂ©ation pour Musique et MĂ©moire rĂ©alise une passionnante interaction entre l’unique acteur qui narre le drame (fin et percutant Aymeric Pol) et les 3 instrumentistes dont on se dĂ©lecte Ă  nouveau de la complicitĂ© si musicienne. La plus grande rĂ©ussite du spectacle tient Ă  la fluiditĂ© des enchaĂźnements entre chaque sĂ©quence qui fait jaillir le choix de la piĂšce musicale retenue : le texte (vif, agile signĂ© par Jana RĂ©mond qui supervise aussi la mise en scĂšne, comme c’Ă©tait le cas de Proserpine la veille Ă  Luxeuil), fait de multiples rĂ©fĂ©rences Ă  une AntiquitĂ© piquante et sensuellement trouble qui pousse le narrateur / acteur Ă  jouer une sĂ©rie de personnages et de situations finement Ă©voquĂ©s. L’interaction entre les musiciens et le comĂ©dien, entre les artistes et le public est d’autant plus prenante dans l’auditorium François Mitterand, Ă©crin idĂ©al pour ce thĂ©Ăątre musical d’une finesse de ton trĂšs convaincante.

timbres-festival-musique-et-memoire-la-gamme-marais-repetitions-classiquenewsPortĂ©s par l’attente des spectateurs au cours de ce marathon musical hors normes, Les Timbres enchaĂźnent ensuite Ă  23h, dans la mĂȘme salle et malgrĂ© la chaleur de cette nuit d’Ă©tĂ© quasi tropicale, un autre programme et non des moindres; vĂ©ritable opĂ©ra pour instruments seuls et piĂšce majeure du XVIIĂš : La Gamme de Marin Marais. EditĂ©e Ă  Paris en 1723, quand Marais avait 67 ans, ces “morceaux de Simphonie pour le violon, la viole et le clavecin” illustrent une pensĂ©e visionnaire (avant celle du gĂ©nie Ă  venir : le Rameau des PiĂšces pour clavecin en concerts) ; leur construction, “en forme de petit opĂ©ra”, imagine toutes les combinaisons possibles entre les 3 instruments, Ă  partir d’un voyage qui traverse tous les tons de la gamme musicale. Il y faut exprimer et la clartĂ© d’une rhĂ©torique parfaitement huilĂ©e, celle du vieux et vĂ©nĂ©rable Marais, alors au sommet de sa crĂ©ativitĂ© (et au crĂ©puscule de sa carriĂšre enviable comme “musicien ordinaire de la musique pour la chambre du roi pour la viole”-), et la subtilitĂ© de ton, entre humour, grĂące, plĂ©nitude concertante. Un schĂ©ma interprĂ©tatif que les 3 solistes des Timbres, subliment de facto, rĂ©vĂ©lant la grandeur et la poĂ©sie du chef d’oeuvre de musique baroque française si peu connu, trop rarement jouĂ© car en 900 mesures (soit 45mn), il exige trois tempĂ©raments instrumentaux individuels et complices, ayant pour eux, et un formidable tempĂ©raments et une Ă©coute vive et continue. Une mĂȘme conception cyclopĂ©enne a nĂ©cessitĂ© ici des trĂ©sors de trouvailles et de composition Ă  3 voix Ă©gales, comme le fameux Labyrinthe, autre piĂšce gĂ©niale de Marais (partie de son QuatriĂšme Livre de PiĂšces pour la viole). La Gamme gravit les Ă©chelons de la portĂ©e, montĂ©e enivrante et descente (en miroir inversĂ©) d’une sĂ©duction singuliĂšre. Architecte de goĂ»t, Marais organise l’ensemble comme une succession de danses, dans le format d’une Sonate Ă  la MarĂ©sienne donc : soit 7 Ă©pisodes enchaĂźnĂ©s : “un peu grave, lĂ©gĂšrement, un peu gay, sarabande, trĂšs vivement, gravement / doux” enfin, “Gigue“. Le flexibilitĂ©, l’entente, les capacitĂ©s de nuances partagĂ©es et finement concertĂ©es grĂące Ă  une Ă©coute permanente et si naturelle, enchantent littĂ©ralement. Cette premiĂšre partie de week end en compagnie des Timbres a confirmĂ© et l’originalitĂ© d’une programmation exigeant beaucoup des artistes, offrant infiniment aux festivaliers, et la sensibilitĂ© partagĂ©e d’un trio instrumental d’une enivrante poĂ©sie. Les Timbres sont un ensemble techniquement virtuose, musicalement complice, poĂ©tiquement juste. Que demander de plus ? Illustration : Les Timbres en rĂ©pĂ©tition © CLASSIQUENEWS 2015.