Compte-rendu, opéra. Barcelone ; Gran Teatre del Liceu, le 27 juin 2015. Gaetano Donizetti : Don Pasquale. Roberto de Candia (Don Pasquale), Pretty Yende (Norina), Juan Francisco Gatell (Ernesto), Mariusz Kwiecien (Malatesta). Laurent Pelly, mise en scène. Diego Matheuz, direction.

Bien qu’indiquĂ©e comme nouvelle production, ce Don Pasquale au Liceu de Barcelone – signĂ©e par le cĂ©lèbre metteur en scène Laurent Pelly (dont on se souvient in loco d’une Fille du rĂ©giment et d’une Cendrillon plutĂ´t rĂ©ussies) – est la reprise d’un spectacle qui a vu le jour l’Ă©tĂ© passĂ© au Festival de Santa Fe. En situant l’intrigue dans les annĂ©es cinquante, Pelly vise Ă  souligner les analogies entre le cinĂ©ma italien de cette pĂ©riode-lĂ  et le chef d’Ĺ“uvre comique de Donizetti, qui, par certains aspects, pourrait ĂŞtre considĂ©rĂ© comme une comĂ©die Ă  la Monicelli ou Ă  la Risi avant la lettre. L’homme de théâtre français signe un spectacle très agrĂ©able et amusant en tout cas, avec quelques trouvailles hilarantes, comme le renversement – au sens propre – de la maison de Don Pasquale, au III, après que Norina ait dĂ©cidĂ© de transformer la triste demeure du vieillard en un endroit coquet et colorĂ©.

 

 

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Soprano et ténor en verve à Barcelone

2 voix Ă  suivre : Pretty Yende et Juan Francisco Gatell

 

 

C’est la soprano sud africaine Pretty Yende qui interprète le rĂ´le de la jeune dĂ©lurĂ©e. Elle a tout pour sĂ©duire, Ă  commencer par un tempĂ©rament dramatique et un abattage qui auraient dĂ» mettre Don Pasquale sur ses gardes, quant Ă  la prĂ©tendue « naĂŻvetĂ© » de la jeune fille ! Bref, la chanteuse entraĂ®ne tout le monde dans le tourbillon de sa vitalitĂ©. Sur le plan vocal, les moyens sont incontestables, avec un aigu d’une grande facilitĂ©, soutenus par une technique impeccable.

Dans le rĂ´le-titre, la basse bouffe italienne Roberto de Candia confirme sa totale maĂ®trise d’un emploi qu’il ne tire jamais vers la caricature ni les effets faciles. Sa voix saine nous change de tant de Pasquale aux moyens usĂ©s, l’interprète s’avĂ©rant plus touchant que grotesque, avec une articulation et une projection de la langue de Dante exemplaires. A saluer Ă©galement la performance du baryton polonais Mariusz Kwiecien qui s’impose d’entrĂ©e, dans le rĂ´le de Malatesta, avec un magnifique « Bella siccome un angelo ». La voix est bien conduite, le chanteur gĂ©nĂ©reux, et la prĂ©sence scĂ©nique incontestable.
Mais la vĂ©ritable surprise est venue de du tĂ©nor argentin Juan Francisco Gatell qui, malgrĂ© son jeune âge, campe un Ernesto d’une sensibilitĂ© et d’un raffinement dans le phrasĂ© dignes d’admiration. Son art de la nuance fait notamment merveille dans le fameux « Com’è gentil », d’abord susurrĂ©, puis couronnĂ© in fine par un aigu Ă©clatant. Une mention Ă©galement pour les chĹ“urs maisons, auxquels le public rĂ©serve une ovation après leur « valzer » du troisième acte.

liceu-barcelone-pretty-yende-don-pasquale-compte-rendu-critique-clasiquenews1Sous la baguette du jeune chef brĂ©silien Diego Matheuz – nommĂ© rĂ©cemment directeur musical de La Fenice de Venise -, l’Orchestre du Gran Teatre del Liceu rĂ©pond avec beaucoup de concentration au moindre de ses gestes, pour obtenir une exĂ©cution plus qu’honorable. On apprĂ©cie surtout les qualitĂ©s de maestro concertatore de Matheuz qui dirige avec finesse, richesse de coloris et variĂ©tĂ© dans la dynamique, sans jamais sacrifier les voix, ni le nĂ©cessaire Ă©quilibre entre fosse et plateau. Lui fait peut-ĂŞtre dĂ©faut ce zeste de flexibilitĂ© dans le rythme, obtenu par un savant dosage de rubato et de rallentando, que Don Pasquale rĂ©clame, plus que tout autre opĂ©ra de
Donizetti.

 

 

Compte-rendu.Opéra. Barcelone ; Gran Teatre del Liceu, le 27 juin 2015. Gaetano Donizetti : Don Pasquale. Roberto de Candia (Don Pasquale), Pretty Yende (Norina), Juan Francisco Gatell (Ernesto), Mariusz Kwiecien (Malatesta). Laurent Pelly, mise en scène. Diego Matheuz, direction.