CD.Carl Orff : Carmina Burana. Yves Saelens, Yeree Suh, Thomas Bauer (Jos van Immerseel, 2014)

immerseel carl orff carmina burana cd ZZT clic de classiquenewsCLIC D'OR macaron 200CD.Carl Orff : Carmina Burana. Yves Saelens,  Yeree Suh,  Thomas Bauer (Jos van Immerseel,  2014). Jos van Immerseel réunit une solide équipe de musiciens pour offrir une nouvelle parure instrumentale au chef d’oeuvre composé en 1935 par Carl Orff – et créé en 1937 ; il reste inimaginable que cet érudit amateur de poésie médiévale ait pu faire acte d’allégeance au régime hitlérien lui offrant plusieurs fleurons de sa propagande musicale. Les choses étant dites,  voici donc une partition qui saisit toujours par son architecture dramatique, surtout sa flamboyante orchestration, et l’alternance des séquences chorales, solistes… soulignons l’ordre des textes collectés. Là se révèle le goût et l‘intelligence de Orff.  Une dramaturgie se dessine que dévoile avec une nouvelle sensibilité le chef et ses troupes : l’exaltation du printemps,  l’ivresse des sens qu’il fait naître,  les paillardises et débordements alcoolisés des compagnons de taverne,  l’orgueil dérisoire du guerrier dont le destin croise au final celui du cygne rôti et servi,  l’enchantement surtout des cours d’amour,  référence plus raffinée aux rites de l’amour courtois… tout cela suscite en contrastes vertigineux,  une succession de séquences finement caractérisées qui profitent ici essentiellement des instruments et percussions historiquement proches de l’époque de Orff, soit ceux de l’Allemagne des années 1930.

orff carl camrina buranaLa tapisserie sonore scintille d’un éclat instrumental manifeste;  Immerseel s’appuie sur les choristes du Collegium vocale de Gand qui excellent dans l’articulation des textes en latin et en vieil allemand (avec même accentuation bavaroise)… surtout il tire bénéfice d’un trio vocal superlatif : rayonnent le timbre mâle et racé,  étonnement fluide et noble même en voix de tête de Thomas Bauer ; l’agilité de l’excellent ténor mozartien Yves Saelens : ce qu’il fait du récit du cygne rôti dépasse la simple parodie des ténors héroïques à l’italienne (telle qu’elle a été conçue par Orff originellement)… c’est une déploration hallucinée grinçante purement surréaliste;  quant au soprano clair,  angélique de la coréenne Yeree Suh,  son timbre irradie exprimant les visions brûlantes du texte, ses crêtes, son sommet poétique final (Dulcissime,  apothéose éblouissante de Cour d’amours). Si la battue paraît trop lente parfois au risque de diluer la tension,  la nouvelle constellation instrumentale et les sonorités qui en découlent,  le travail des 3 solistes,  la progression globale,  les aspérités et la caractérisation propres à la démarche historique restent captivants. Une nouvelle référence pour notre compréhension de l’œuvre.

Carl Orff : Carmina Burana. Yves Saelens,  Yeree Suh,  Thomas Bauer,  Anima Aeterna,  Collegium vocale Gent.  Jos van Immerseel,  direction. 1 cd ZZT.  Enregistrement live réalisé à Bruģes en février 2014.

CD. Ravel, Moussorgski (Immerseel, 2013)

immerseel_jos_van_ravel_moussorgski_zig_zag_cdCD. Ravel, Moussorgski (Immerseel, 2013). L’usage des instruments d’époque s’inscrit durablement depuis de nombreuses approches nouvelles, révélant la ciselure d’une orchestration millimétrée, d’autant plus essentielle dans l’art si précis et abouti de Maurice Ravel. Il n’est plus question d’un exercice d’esthétique appliquée mais souvent et cet album nous le montre grâce à l’intelligence de sa conception stylistique, d’une révolution dans le domaine symphonique : revenu à son format originel, mieux défini et caractérisé, le tissu instrumental gagne une vérité et une expressivité naturelles d’une indéniable réussite.

Jos Von Immerseel n’apporte pas la preuve d’une esthétique gadget ; c’est tout l’inverse, parce qu’elle est si mesurée et réfléchie, respectueuse du texte et de la pensée du compositeur, sa démarche s’avère ici d’une totale conviction : elle apporte cet accomplissement poétique où règne la vitalité souveraine des instruments subtilement individualisés et associés, chacun avec une intensité et une douceur de ton superlative.
Les épisodes évocatoires de Ma Mère l’Oye sont ici remarquablement exprimés avec l’indéfinissable patine, mordante et cependant parfaitement ronde et chaleureuse des instruments d’époque : ivresse des détails et aussi atmosphère poétique d’une brume toute ensorcelante. Les premiers tableaux diffusent un parfum de grisailles ténue et raffinée (comme peut l’être un portrait de Velasquez entre le gris et le rose : voyez les Infantes), d’une remarquable expressivité : art pur de la poétique musicale, le chef nous convainc totalement ; ici la qualité recherchée de timbres dans une balance retrouvée, offre les justes proportions d’une musique infiniment arachnéenne, mécanique de précision comme d’élégance filigranée comme pouvait les cultiver Ravel, épris d’innocence comme d’enfance émerveillée. On goûte chaque timbre (bois, vents, cordes dans Laideronnette, impératrice des pagodes…) comme s’il s’agissait d’autant de roses dans un jardin féerique. Le cycle d’abord pour piano était destiné aux enfants du peintre Cyprian Godebski : la version orchestrée accentue cette quête superlative de la couleur et de la transparence : une nostalgie planante faite raffinement.

Même idéale réalisation pour Les tableaux d’une exposition où Jos Van Immerseel troque ses atours vaporeux et scintillants pour une palette plus mordante et expressive mais non moins subtilement évocatoire. L’orchestration ” rebelle et solide ” de Ravel (sollicité par Koussevitzky en 1920) gagne une précision et un souci du détail absolument jubilatoire : c’est un festin de teintes fantastiques qui exprime tout l’imaginaire d’un Moussorgski à la fois lyrique et tendre, lui-même inspiré des tableaux très contrastés de l’exposition de Hartmann, l’ami proche décédé trop tôt. Programme très finement défendu. Du miel pour les oreilles.

Ravel : Ma mère l’Oye. Moussorgski : Tableaux d’une exposition. Anima Eterna. Jos Van Immerseel, direction. 1 cd Zig Zag. Enregistrement réalisé à Bruges en janvier 2013.

CD. Coffret Vivarte: 60 cd collection (Sony classical)

Vivarte : 60 cd collection Sony classical
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Vivarte: 60 cd collection

L’approche historique des années 1990

Anner Bylsma, Jeanne Lamon, Bruno Weil, Frieder Bernius, Paul van Nevel…

Sony classical réédite quelques uns des meilleurs enregistrements ayant fondé la réputation du label aux instruments anciens, celui des approches philologiques “historiquement informées”, aux tempi rénovés, au diapason d’origine dans un format instrumental épuré: Vivarte. Le catalogue est vaste, les répertoires et les tempéraments interprétatifs, aussi : le coffret 2013 rend idéalement compte des perspectives de recherche lancées par la collection. Du baroque au romantisme, de la musique symphonique et chambriste à la musique religieuse, voici les grands noms qui ont ” fait ” Vivarte ” du temps de sa splendeur (au tournant des années 1980 et 1990 soit en plein essor du compact disc, puis tout au long des années 1990) : Gustav Leonhardt (Musique pour orgue de l’Allemagne du nord (1992) et orgues français et néerlandais ; Anner Bylsma, les chefs Bruno Weil, et Freider Bernius, mais aussi Jeanne Lamon et Tafelmusik (chez Haendel dans les Royal Fireworks et Water Musik, Vivaldi dans les Quatre Saisons, JS Bach dans les Brandebourgeois), le luthiste et théorbiste Lutz Kirchof, le Huelgas Ensemble et Paul van Nevel, L’Archibudelli (avec le violoncelle virtuose et intérieur, curieux et acrobate d’Anner Bylsma), …

Avant les Jos van Immerseel (présent ici aux côtés du même Bylsma, mais en tant que claviériste), Cercle de l’Harmonie, Les Siècles, Doulce Mémoire ou les travaux de Bruno Cocset d’aujourd’hui, voici les gravures de référence défendues par les pionniers archéologues surtout germaniques dont les apports majeurs sont contenus dans ces 60 cd: les Å“uvres pour luth dans les tonalités et accords originaux de Bach (certains joués au théorbe) de Lutz Kirchhof (1987-1988, Stuttgart) et aussi par le même interprète les oeuvres de Sylvius Leopold Weiss (sur luth et théorbe baroque); l’orgue de Bob von Asperen chez Bach et les Néerlandais du plein XVIIème ; les piquantes voire mordantes aspérités si expressives de L’Archibudelli (Anner Bylsma au violoncelle) dans les Divertimenti de Mozart (1990) ou le Sextet de Beethoven (1991) ; sans omettre jalon important de l’interprétation authentique chez Bach: les Suites pour violoncelle seul par Anner Bylsma qui joue la Stradivarius ” Servais ” (New York, 1992) puis en 1999, les Sonates de Vivaldi (prises rélaisés à San Giorgio Maggiore à Venise !)…

Au demeurant, le violoncelliste inspiré, Anner Bylsma est la vedette du coffret: le mélomane curieux le retrouve dans toutes les approches dépoussiérantes des années 1990 principalement, scientifiquement justes, artistiquement irréprochables: Trios de Haydn (1992), Sonates, Octuor, Concertos, Sinfonia de Luigi Boccherini (un autre must !) réalisés en 1992 aux Pays-Bas, Grand duo concertant de Chopin/Franchomme et de ce dernier plusieurs airs, caprices, nocturnes (avec Lambert Orkis au pianoforte), en 1993 (instruments de la collection du Smithsonian Institute), Concertos avec cordes de Vivaldi (avec Jeane Lamon et Tafelmusik, 1996), Trios de Schubert (violon, violoncelle, piano, 1996), Trois derniers Quatuors à cordes de Haydn (L’Archibudelli, 1996), Sonates de Beethoven (avec Jos Van Immerseel, 1998), enfin les Trios pour piano dont l’Archiduc de Beethoven (1999, avec Jos van Immerseel au pianoforte). C’est encore Anner Bylsma qui s’attaque en acrobate des styles et doué d’une large ouverture sensible, à Brahms, en 1992: dans les 2 Sonates pour violoncelle et piano (avec Lambert Orkis au piano), couplées aux 5 Stücke im Volkston de Schumann, ainsi la parenthèse chronologique du coffret est-elle bouclée.

Bylsma-Anner-01Anner Bylsma (DR)

Retenons également les Musiques de la Renaissance italienne “Italia Mia “, mais aussi Messes fastueuses anciennes de Gaston Febus (XIVè) et de Nicolas Gombert par Paul van Nevel et Huelgas Ensemble (1991-1992) ; les cantates de Bach et Psaumes de David de JS Bach et Heinrich Schütz par Frieder Bernius (1990-1991)… Côté Symphonies, vous reprendrez bien quelques opus de Haydn par Tafelmusik et Bruno Weil (1992), les Symphonies de Schubert (5,6,7,8) par le même chef et The Classical Band (1991); cependant que Jeanne Lamon aborde Concerti Grossi de Haendel (1991), Quatre Saisons de Vivaldi (1991) avec Tafelmusik (enregistrements de Toronto, Canada).

L’opéra n’est certes pas présent ici car le chant des instruments est au coeur du coffret, mais les Messes, programmes choraux et le seul oratorio choisi ici rétablissent la place de la voix avec l’orchestre: ainsi les deux albums thématiques de Paul Van Nevel et Huelgas Ensemble (Utopia Triumphans: musiques de Haydn, 1994) et A Secret Labyrinth: Å“uvres de Alessandro Agricola, 1998); La Création, Die Shöpfung de Haydn par Tafelmusik et Bruno Weil avec Ann Monoyios et Harry van der Kamp (1993), le Requiem de Mozart version Robbins Landon (compléments et ajouts de Eybler et Süssmeyer) par Bruno Weil et Tafelmusik en 1999, sans omettre les Messes D 678 et 872 (Deutsche Messe) de Schubert par le même Bruno Weil avec l’Orchestre of the Age of Enlightenment.

Enfin, si nous voulions être exhaustifs, nous ne pourrions passer sous silence les Quatuors parisiens de Telemann (soit un ensemble de 12 partitions sublimes, rélévées en 1996-1997 en 3 cd par les frères Kuijken, Barthold, Sigiswald, Wieland et… Gustav Leonhardt), comme l’intégrale des Sonates pour flûte de CPE Bach avec Bob Asperen en 1993. Voici évidemment au crédit de cette somme considérable, plusieurs pépites révélées par l’approche historique. Coffret événement.

Vivarte : 60 cd collection (1992-1999) Sony classical 88765448882. Chacun des 60 cd est édité avec sa couverture d’origine. Un livret en anglais uniquement de 245 pages complète l’apport de ce coffret de premier intérêt.

contenu :

1-2. BACH : Å“uvres pour luth
(Lutz Kirchhof)
3. BACH : 3 sonates pour viole de gambe ; sonate en la majeur
(Anner Bylsma, Bob Van Asperen)
4. Le clavecin aux Pays-Bas
(Bob Van Asperen)
5. BACH : cantates profanes BWV 206 & 207a
(Frieder Bernius)
6. MOZART : Missa Longa
(Philipp Cieslewicz, Carsten Muller, Tolzer Knabenchor)
7. MOZART : Divertimento K.334 & K.247
(L’Archibudelli)
8. MOZART : Divertimento K.563
(L’Archibudelli)
9. SCHUBERT : Quintette à cordes D.956
(Vera Beths, Lisa Rautenberg, Steven Dann, Judy Gatwood, Anner Bylsma)
10. SCHUBERT : Symphonies n° 5 & 6
(Bruno Weil)
11-12. SCHÃœTZ : Psalmen Davids SWV 22-47
(Frieder Bernius)
13-14. BACH : 6 Suites pour violoncelle, BWV 1007-1012
(Anner Bylsma)
15. Italia Mia
(Paul Van Nevel, Huelgas Ensemble)
16. The Lute in Dance and Dream
(Lutz Kirchhof)
17. BEETHOVEN : Sextuors, quintette, duo
(L’Archibudelli)
18. SCHUBERT : Symphonies n° 7 & 8
(Bruno Weil)
19. BEETHOVEN : Trios à cordes Op.9 n° 1-3
(L’Archibudelli)
20. Febus Avant!
(Paul Van Nevel, Huelgas Ensemble)
21. GOMBERT : Musique pour la cour de Charles V
(Paul Van Nevel)
22. Airs de cour français du XVIIe siècle
(Lutz Kirchhof)
23. VIVALDI : Les quatre saisons ; Sinfonia “Al Santo Sepolcro” ; Concerto Op.3
(Charlotte Nediger, Tafelmusik)
24. HAYDN : Symponies n° 41-43
(Bruno Weil, Tafelmusik)
25. HAYDN : Symponies n° 44, 51 & 52
(Bruno Weil, Tafelmusik)
26-27. WEISS : Å“uvres pour luth vol. 1 & 2
(Lutz Kirchhof)
28. VIVALDI : Sonates pour violoncelle et basse continue
(Anner Bylsma)
29. BEETHOVEN : Trios « L’Archiduc » et « des Esprits »
(Anner Bylsma, Vera Beths, Jos Van Immerseel)
30. HAENDEL : Concerti Grossi, Op. 3
(Jeanne Lamon, Tafelmusik)
31. Motets du XVIIe siècle
(Niederaltaicher Scholaren)
32. HAYDN : Les trois derniers trios avec piano
(Anner Bylsma, Vera Beths, Robert Levin)
33. BOCCHERINI : Concertos pour violoncelle en ut majeur et ré majeur
(Jeanne Lamon, Tafelmusik)
34. BOCCHERINI : Sonates pour violoncelle
(Anner Bylsma, Kenneth Slowik, Bob Van Asperen)
35. MOZART : Quintette avec clarinet, quatuor avec clarinette, Trio Kegelstatt
(L’Archibudelli)
36. Musique pour orgue d’Allemagne du nord
(Gustav Leonhardt)
37-38. C.P.E BACH : Intégrale des sonates pour flûte
(Barthold Kuijken, Bob Van Asperen)
39. FRANCHOMME & CHOPIN : Grand Duo Concertant
(Anner Bylsma, Lambert Orkis, Kenneth Slowik)
40. SCHUBERT : Messe n° 5 ; Deutsche Messe
(Bruno Weil)
41. Musique pour orgue en France et au sud des Pays-Bas
(Gustav Leonhardt)
42-43. HAYDN : La Création (Intégrale)
(Bruno Weil, Tafelmusik, Toelzer Knabenchor)
44. AGRICOLA : Un labyrinthe secret
(Paul Van Nevel, Huelgas Ensemble)
45-46. BEETHOVEN : Sonates pour violoncelle et piano
(Anner Bylsma, Jos Van Immerseel)
47. MOZART : Requiem
(Bruno Weil, Tafelmusik)
48. SCHUBERT : Trios avec piano n° 1 & 2
(Anner Bylsma, Vera Beths, Jos Van Immerseel)
49. VIVALDI : 11 concertos
(Anner Bylsma, Jeanne Lamon, Tafelmusik)
50. HAYDN : Les trois derniers quatuors à cordes
(L’Archibudelli)
51. HAENDEL : Feuermusik
(Jeanne Lamon, Tafelmusik)
52-54. TELEMANN : Quatuors parisiens n° 1-12
(Gustav Leonhardt)
55. Utopia Triumphans (Musique de la Renaissance)
(Paul Van Nevel, Huelgas Ensemble)
56. BACH : concertos pour violon
(Jeanne Lamon, Tafelmusik)
57-58. BACH : concertos brandebourgeois
(Jeanne Lamon, Tafelmusik)
59. BRAHMS & SCHUMANN : Sonates pour violoncelle Op. 38 & Op. 99
5 Pièces dans le style populaire Op. 102
(Anner Bylsma, Lambert Orkis)
60. HAENDEL : Music for the Royal Fireworks
(Jeanne Lamon, Tafelmusik)