Compte-rendu. Opéra. Gand, Opéra, le 18 juin 2015. Wolgang Amadeus Mozart : Le Nozze di Figaro. David Bizic, Levenet Molnar, Julia Kleiter, Julia Westendorp, Renata Pokupic, Kathleen Wilkinson, Peter Kalman, Piet Vasichen, Adam Smith, Aylin Sezer. Guy Joosten, mise en scène. Paul McCreesh, direction.

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CrĂ©Ă©e ici -mĂŞme – Ă  l’OpĂ©ra de Gand – il y a tout juste 20 ans, la mise en scène de Guy Joosten des Noces de Figaro de Mozart est loin d’avoir le cĂ´tĂ© provocateur et sacrilège d’autres productions lyriques que nous avons pu voir du mĂŞme auteur, que ce soit son Don Giovanni anversois, son FreischĂĽtz montpelliĂ©rain ou encore sa SalomĂ© bruxelloise. Elles ont nĂ©anmoins un dĂ©nominateur commun : l’aspect théâtral l’emporte – quasi toujours – sur la musique. Guy Joosten ne perd pas de vue l’aspect « Folle journĂ©e » de l’œuvre, lui imprimant un rythme qui jamais ne se relâche. Il n’a pourtant pas rĂ©sistĂ© Ă  la tentation de la transposition, et les costumes rappellent notre Ă©poque : vaguement idĂ©alisĂ©s dans le cas du Comte et de la Comtesse, franchement banalisĂ©s pour Figaro, Bartolo, Basilio et la plupart des autres comparses, ils se rĂ©duisent Ă  des bleus de travail pour les gens du peuple, traitĂ©s comme des ouvriers. Certains d’entre eux prennent des allures menaçantes contre leur patron, brandissant des pieds-de-biche comme des armes. Avec cette peinture de la lutte des classes, nous restons – somme toute – assez proches de Beaumarchais, mĂŞme si le contexte historique n’est pas identique, et si certaines rĂ©pliques paraissent anachroniques. Les interventions de la mise en scène sont bien servies par le dĂ©cor monumental et esthĂ©tisant de Johannes Leiacker : une serre bientĂ´t transformĂ© en jardin d’hiver Ă  l’abandon. Mais Mozart dans tout cela ?

 

 

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A la tĂŞte d’un Orchestre Symphonique de l’OpĂ©ra de Flandre bien disposĂ©, le chef britannique Paul McCreesh confirme ses affinitĂ©s avec la musique de Mozart. Grâce Ă  une agogique souple, combinant avec art de subtiles gradations entre tempi vifs et tempi lents, grâce Ă  une oreille attentive aux voix intermĂ©diaires, et grâce Ă  une attention particulière au permanent dialogue entre voix et instrument Ă  vent, il soutient l’intĂ©rĂŞt de bout en bout – tout en plaçant les chanteurs dans un environnement favorable.

Ces derniers ne mĂ©ritent que des Ă©loges. David Bizic, Figaro au timbre noir et plein d’aplomb, s’impose sans peine comme l’Ă©lĂ©ment moteur de l’intrigue. Il possède le grain rustique et la mobilitĂ© expressive qui suggèrent la vitalitĂ© instinctive du personnage. Le baryton hongrois Levente Molnar en impose aussi, dans le rĂ´le du Comte, avec sa voix particulièrement puissante, qui sait nĂ©anmoins se faire caressante dans ses tentatives de sĂ©duction de Susanna, ainsi que dans son repentir final.

Le gentil minois et la fine silhouette de la soprano nĂ©erlandaise Julia Westendorp la destine particulièrement aux rĂ´les de soubrette. Sa voix tour Ă  tour charmeuse et Ă©nergique, appuyĂ©e sur une diction claire et un vibrato bien dosĂ©, Ă©toffe le discours d’une Susanna souveraine. De son cĂ´tĂ©, Julia Kleiter sĂ©duit Ă  chaque instant par la maturitĂ© de son chant. Parfaite dans les nuances d’intensitĂ©, modulant avec dĂ©licatesse son timbre veloutĂ©, elle rend avec une Ă©gale justesse chaque note de la Comtesse, de la simple confidence au cri profond du cĹ“ur. Dans le rĂ´le de Cherubino, la mezzo croate Renata Pokupic, constamment en Ă©moi, possède l’agilitĂ© et l’espièglerie d’une jeunesse assumĂ©e.

Les seconds rĂ´les, souvent parents pauvres des Noces, accueillent une Marcellina (Kathleen Wilkinson) qui ne dĂ©mĂ©rite pas dans son air du quatrième acte, aux cĂ´tĂ©s d’un impressionnant Bartolo, la basse hongroise Peter Kalman, qui a la stature et l’autoritĂ© d’un Comte. On n’oubliera pas de citer Piet Vansichen, inoubliable Antonio, aussi bourrĂ© que bourru, ni la douce Barberine d’Aylin Sezer ni le Basilio intrigant d’Adam Smith.

Compte-rendu. Opéra. Gand, Opéra, le 18 juin 2015. Wolgang Amadeus Mozart : Le Nozze di Figaro. David Bizic, Levenet Molnar, Julia Kleiter, Julia Westendorp, Renata Pokupic, Kathleen Wilkinson, Peter Kalman, Piet Vasichen, Adam Smith, Aylin Sezer. Guy Joosten, mise en scène. Paul McCreesh, direction.