JONAS KAUFMANN FATIGUÉ ?

kaufmann-jonas-tenor-dolce-vita-review-critique-cd-classiquenews-presentation-582JONAS KAUFMANN FATIGUÉ ? : aprĂšs une sĂ©rie de rĂ©centes annulations (dont Les MaĂźtres Chanteurs / Die Meistersinger von NĂŒrnberg Ă  Munich, programmĂ© du 30 septembre au 8 octobre 2016, le plus grand tĂ©nor du monde (actuel), Jonas Kaufmann semble avoir pris une sage dĂ©cision : se reposer. D’autant que les actualitĂ©s le concernant s’annoncent denses dĂšs octobre prochain : le 7, sortie de son nouvel album, en coroner / ou latin lover « Dolce vita », hymne personnel Ă  la douceur italienne (on le voit depuis assis prenant son cafĂ© – poncif rĂ©ducteur du marketing Ă  tout crin
). En France, heureux parisiens, le tĂ©nor munichois est annoncĂ© le 13 octobre au ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es puis, sur la scĂšne de l’OpĂ©ra Bastille, dans Les Contes d’Hoffmann, du 3 au 18 novembre 2016. Un nouveau chemin lyrique parsemĂ© de dĂ©fis et de nouveaux rĂŽles dont le plus important dans l’évolution de sa carriĂšre, de tĂ©nor de plus en plus dramatique (et tragique), sera Otello de Verdi, Ă  Londres, en juin 2017 au ROH (le 28 juin, direct dans les salles de cinĂ©ma).
S’il Ă©tait absent Ă  Paris dans les mois qui viennent
, classiquenews vous invite Ă  vous rĂ©conforter en Ă©coutant son nouvel album, qui contrairement Ă  ce qui a Ă©tĂ© dit, n’est pas une erreur commerciale, ni un basculement regrettable dans le cross over, car si l’on prend le temps d’examiner le programme (combien l’ont fait rĂ©ellement?), dĂ©veloppe un vibrant hommage aux tĂ©nors lĂ©gendaires qui l’ont prĂ©cĂ©dĂ© : Gigli, Caruso, Pavarotti, Mario del Monaco
 Ă©toiles mĂ©morables de nos mĂ©moires orphelines qui eux aussi Ă  leur Ă©poque avaient chantonner la romance calabraise ou la chanson napolitaine
 de l’opĂ©ra Ă  la rue et aux chants de nos montagnes, il n’y a qu’un pas. Lire nos premiĂšres impressions du cd « Dolce Vita » de JONAS KAUFMANN / post du 8 aoĂ»t 2016 par Alban Deags pour classiquenews. A suivre.

 

 

 

LIRE aussi notre dĂ©pĂȘche du 2 septembre 2016 : actualitĂ©s de Jonas Kaufmann

 

 

 

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DVD, compte-rendu critique. Giordano : Andrea Chénier (Kaufmann, Zeljko, Pappano, janvier 2015)

andrea chenier jonas kaufmann pappano dvd review dvd critique classiquenews 0190295937966 Andrea ChĂ©nier_Cover B_low_0DVD, compte-rendu critique. Giordano : Andrea ChĂ©nier (Kaufmann, Zeljko, Pappano, janvier 2015). Sur la scĂšne du Royal Opera House de Londres, Jonas Kaufmann Ă©blouit dans le rĂŽle d’Andrea ChĂ©nier (1896) ; le tĂ©nor apporte au hĂ©ros rĂ©volutionnaire conçu pour l’opĂ©ra par Giordano, une vĂ©ritĂ© irrĂ©sistible. L’acteur poĂšte sur la scĂšne londonienne frappe et saisit par sa finesse de style, son expressivitĂ© ardente et sensible
 La clartĂ© du chant impose une conception trĂšs dramatique et efficace du poĂšte (victime de Robespierre en 1794) en lequel Madeleine de Coigny, jeune noble dĂ©truite par les rĂ©volutionnaires, voit son sauveur, le seul homme capable de la sauver.

 

 

 

Kaufmann en poĂšte libertaire et insoumis

 

 

Sans possĂ©der l’angĂ©lisme ardent et incandescent d’une Tebaldi, la soprano Eva-Maria Westbroek, mĂȘme en possĂ©dant ce soprano spinto requis pour le personnage, peine sur toute la durĂ©e, usures et limites d’une voix hier encore prĂ©servĂ©e (aigus ici instables). Mais le jeu juste de l’actrice touche (sa « Mamma morta » surgit de l’ombre et s’embrase progressivement : belle intelligence de vue). Mais l’absence de moyens vocaux rend sa prestation dĂ©sĂ©quilibrĂ©e : c’est d’autant plus regrettable que les duos entre les deux amants perdent en acuitĂ©, en vĂ©ritĂ© Ă©motionnelle.
Si Kaufmann apporte une profondeur psychique à Chénier, le baryton serbe trÚs doué et charismatique Zeljco Lucic « ose » et réussit un Gérard, tiraillé par ses propres démons intérieurs, entre désir et conscience politique ; le rÎle est comme un double pour celui de Chénier : haine puis renoncement ; le chanteur réalise lui aussi une superbe incarnation.

D’ailleurs les comprimari, ou « rĂŽles secondaires » composent une galerie de tempĂ©raments parfaitement dĂ©fendus 
 ainsi se dĂ©tachent la Bersi animĂ©e de Denyce Graves, la Comtesse de Coigny, fiĂšre et tendue de Rosalind Plowright, l’Incroyable intriguant serpentin de Carlo Bossi. Troublante et d’un impact inouĂŻ, l’alto profond guttural de la Madelon ancestrale d’Elena Zilio. Aucun doute, Giordano sait faire du thĂ©Ăątre.

Antonio Pappano, d’un souci instrumental magistral, veillant aussi Ă  l’équilibre plateau / fosse, dans une balance trĂšs Ă©quilibrĂ©e et limpide, montre Ă  l’envi et dĂ©routant tous ces dĂ©tracteurs, quel chef lyrique il est devenu : – le rĂ©cent rĂ©cital VERISMO d’Anna Netrebko (2 septembre 2016 : CLIC de CLASSIQUENEWS) nous le prouve encore, comme son AIDA rĂ©cente Ă©ditĂ©e par Warner Ă©galement : baguette fine, Ă©lĂ©gante et expressive, d’une profondeur incarnĂ©e


 

 

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 CLIC_macaron_2014Sur la scĂšne, la mise en scĂšne de David McVicar reste conforme au travail du Britannique : efficace, esthĂ©tique, surtout classique, ressuscitant la France RĂ©volutionnaire avec vĂ©ritĂ©, capable de glisser avec horreur de l’insouciante monarchie Ă  la terreur des rĂ©voltĂ©s. La tourmente collective impose un contraste d’autant plus mordant avec le profil des individualitĂ©s aussi finement incarnĂ©es, habitĂ©es que celle de ChĂ©nier ou dans une moindre mesure de Madeleine, Ă  cause des imperfections trop criardes de la soprano Eva-Maria Westbroek ; quel dommage pour elle, sa carriĂšre n’aura pas briller par sa longĂ©vitĂ©. Au final une excellente performance globale dont le mĂ©rite tient Ă  la subtilitĂ© des portraits des solistes et de la tenue d’un orchestre qui musicalement sait Ă©viter tout pathos vĂ©riste surexpressifs. Le chant de Kaufmann est au diapason d’une Ă©lĂ©gance intĂ©rieure et d’une grande sobriĂ©tĂ© expressive. Gloire Ă  l’intelligence et la finesse stylistique : l’opĂ©ra vĂ©riste en sort vainqueur. Et sur un sujet historique, la fessue historique y gagne un relief plein de rage, de fureur, d’exaltation mesurĂ©e, au service d’un idĂ©al rĂ©publicain en proie au chaos (la mise en scĂšne de McVicar affiche clairement l’enjeu dramatique global : «  la patrie en danger »). RĂ©jouissant.

 

DVD, compte-rendu critique. Giordano : Andrea Chénier (Kaufmann, Zeljko, Pappano, janvier 2015) 1 dvd Warner classics / enregistré en février 2015, édité en novembre 2015.

 

 

 

Aprofondir
LIRE aussi notre compte rendu complet du cd AIDA de Verdi par Antonio Pappano et Jonas Kaufmann  (Warner classics)

 

 

 

ActualitĂ©s du tĂ©nor Jonas Kaufmann : nouveau cd, prochains rĂŽles…

ActualitĂ©s du tĂ©nor Jonas Kaufmann. Disques et rĂŽles Ă  venir pour le tĂ©nor le plus cĂ©lĂšbre de la planĂšte. Sony classical publie son nouvel album dĂ©diĂ© aux chansons populaires italiennes : DOLCE VITA. Un programme qui emprunte des chemins hors des rĂŽles lyriques
 Pause discographique Ă  partir le 7 octobre 2016, compte rendu complet Ă  venir d’ici lĂ  sur classiquenews. Mais la vedette lyrique la plus adulĂ©e de l’heure (avec Anna Netrebko), est Ă  l’affiche de plusieurs thĂ©Ăątres europĂ©ens dont l’OpĂ©ra Bastille Ă  Paris oĂč il chantera coup sur coup : Les Contes d’Hoffmann en novembre 2016, puis Lohengrin en janvier 2017.

kaufmann-jonas-tenor-CLIC-de-classiquenews-DOLCE-VITA-cd-review-cd-comptre-rendu-critique-classiquenews-cd-jonas-kaufmann-582-582CD Ă©vĂ©nement: DOLCE VITA par Jonas Kaufmann, premiĂšres impressions (1 cd SONY classical). DOLCE VITA / PREMIERES IMPRESSIONS
 Crooner Ă  l’italienne : parmi les perles du nouveau programme discographique dĂ©fendu par le tĂ©nor Jonas Kaufmann (intitulĂ© « Dolce Vita »), saluons l’engagement fauve, rugueux, sombre mais toujours ardent du tĂ©nor qui laisse ici les rĂŽles du rĂ©pertoire classique pour dĂ©fendre la romance Ă  l’italienne. Parmi les airs de ce programme extra lyrique, distinguons entre autres la passion Ă©perdue de « Caruso » (mĂ©lodie moderne Ă©crite par son auteur et premier interprĂšte Lucio Dalla en 1986, que chanta lui aussi en son temps l’inatteignabe Pavarotti et plus rĂ©cemment Andrea Bocelli) ; Kaufmann en exprime l’ardeur ultime, celle d’un homme condamnĂ©, – peut-ĂȘtre Caruso lui-mĂȘme auquel l’hymne rend un vibrant hommage


Ailleurs, c’est la vibration de la mandoline enivrĂ©e pour la suave et tendre chanson : “Parla piĂč piano” (The Godfather theme de Nino Rota) ; sans omettre l’éblouissant et flamboyant “Core’ngrato” que Salvatore Cardillo met en musique en 1911 (connu aussi sous le titre “Catari” dont dĂ©noncĂ© revient rĂ©guliĂšrement) pour
 le mĂȘme Caruso : lĂ , Kaufmann s’inscrit dans la tradition des tĂ©nors chansonniers les plus cĂ©lĂšbres tels Carreras, Domingo, Bergonzi, di Stefano, Corelli
 c’est dire. Tous lĂ©gendes Ă  leur Ă©poque successeurs inspirĂ©s du premier entre tous, Caruso. Autant de tubes passionnĂ©ment mĂ©diterranĂ©ens qui font briller l’intensitĂ© ardente du timbre furieusement amoureux
 Grande critique du cd DOLCE VITA par Jonas Kaufmann Ă  venir sur classiquenews.com, le jour de la parution de l’album soit le 7 octobre 2016. EN LIRE +

 

 

 

Prochains engagements et prise de rĂŽles pour Jonas Kaufmann

 

La planĂšte lyrique vibre Ă  chaque nouvelle incarnation du tĂ©nor les plus sexy de l’heure. Jonas Kaufmann n’a pas qu’une voix irrĂ©sistible, il a aussi un physique de star du cinĂ©ma, qui d’ailleurs ne laisse pas indiffĂ©rent ses fans les plus passionnĂ©es
 En poussant la chansonnette, le tĂ©nor en latin lover emprunte la voie avant lui marquĂ©e par Caruso, Pavarotti, Domingo ou simultanĂ©ment Alagna. Histoire de reposer un chant qui comptera dans les semaines et mois prochains de nombreux temps forts, essentiellement Ă  Munich : Les MaĂźtres Chanteurs dĂšs le 30 septembre, puis Andrea ChĂ©nier (l’un des rĂŽles tragico dramatiques les plus convaincants de son rĂ©pertoire, Ă  l’affiche en mars 2017), mais c’est Ă  Londres qu’il marquera les esprits par des nouveautĂ©s sur le papier passionnantes : Quatre derniers lieder de Strauss dans une version pour tĂ©nor donc (le 13 fĂ©vrier 2017), et surtout Otello de Verdi, le rĂŽle le plus important (l’équivalent des Leonor, Lady Macbeth et Manon pour Anna Netrebko aujourd’hui) : Jonas Kaufmann chante la passion jalouse et destructrice d’Otello au Royal Opera House Ă  Londres, du 21 juin-10 juillet 2017 : un rĂŽle qu’il prĂ©pare depuis des lustres, et ce fameux rĂ©cital VERDI, cd superlatif enregistrĂ© chez Sony classical,, couronnĂ© par un CLIC de classiquenews en octobre 2013.

Jonas Kaufmann au sommet !VoilĂ  ce qu’écrivait notre rĂ©dacteur Carter Chris-Humphray, Ă  la sortie du VERDI Album : « Le sommet attendu Ă©tant Otello (qu’il prĂ©pare pour une prochaine prise de rĂŽle) : il connaĂźt comme il le dit lui-mĂȘme dans la notice et le livret de l’album, idĂ©alement documentĂ©s, la partition ayant chantĂ© depuis longtemps le rĂŽle de Cassio ; pour le rĂŽle-titre, la densitĂ©, l’épaisseur terrassĂ©e du personnage, entre folie et tendresse, sensualitĂ© impuissante et sauvagerie du sentiment de soupçon surgissent en un feu vocal digne d’un immense acteur. Voici “Le Kaufmann” qui mĂ»rissait depuis quelques annĂ©es : justesse de l’intonation, style impeccable, souffle et contrĂŽle dynamique, surtout intensitĂ© et couleur font ce chant habitĂ©, dĂ©sormais Ă  nul autre comparable. Avec une telle prĂ©sence, un tel naturel dramatique, cet Otello exceptionnel, bigarrĂ©, multiforme, d’une imagination et crĂ©ativitĂ© de premiĂšre classe, confirme Ă  quel niveau d’intelligence artistique et vocale est parvenu le tĂ©nor munichois  » Autant dire que cette prise de rĂŽles est dĂ©jĂ  l’évĂ©nement lyrique le plus couru de l’étĂ© 2017. DĂ©pĂȘchez vous d’organiser votre sĂ©jour dans la capitale britannique pour ne pas manquer la performance.

Prochains engagements et rĂŽles de JONAS KAUFMANN

2016
30 septembre – 8 octobre 2016 : Les MaĂźtres Chanteurs de Wagner
MUNICH, Opéra de BaviÚre

3 au 18 novembre 2016 : Les Contes d’Hoffmann d’Offenbach
PARIS, Opéra Bastille

2017

18 au 30 janvier 2017 : Lohengrin de Wagner
PARIS, Opéra Bastille

Résidence spéciale à LONDRES
Les 4, 8, 10, 13 février 2017
Barbican Center de Londres
RĂ©cital, Wagner, “In conversation”
Strauss : les Quatre derniers lieder
Nouvelle version pour ténor (!), le 13 février 2016

12-30 mars, 28 et 31 juillet 2017 : Andrea Chénier de Giordano
MUNICH, Opéra de BaviÚre
Repris
Le 26 mars, Ă  PARIS, TCE
version de concert

5-11 mai 2017 : Tosca de Puccini (Mario)
VIENNE, Staatsoper

surtout

21 juin-10 juillet 2017 : Otello de Verdi
LONDRES, Royal Opera
Nouvelle prise de rÎle, déjà abordé, préparé au disque

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CD événement: DOLCE VITA par Jonas Kaufmann, premiÚres impressions (1 cd SONY classical).

kaufmann-jonas-tenor-CLIC-de-classiquenews-DOLCE-VITA-cd-review-cd-comptre-rendu-critique-classiquenews-cd-jonas-kaufmann-582-582CD Ă©vĂ©nement: DOLCE VITA par Jonas Kaufmann, premiĂšres impressions (1 cd SONY classical). DOLCE VITA / PREMIERES IMPRESSIONS
 Crooner Ă  l’italienne : parmi les perles du nouveau programme discographique dĂ©fendu par le tĂ©nor Jonas Kaufmann (intitulĂ© « Dolce Vita »), saluons l’engagement fauve, rugueux, sombre mais toujours ardent du tĂ©nor qui laisse ici les rĂŽles du rĂ©pertoire classique pour dĂ©fendre la romance Ă  l’italienne. Parmi les airs de ce programme extra lyrique, distinguons entre autres la passion Ă©perdue de « Caruso » (mĂ©lodie moderne Ă©crite par son auteur et premier interprĂšte Lucio Dalla en 1986, que chanta lui aussi en son temps l’inatteignabe Pavarotti et plus rĂ©cemment Andrea Bocelli) ; Kaufmann en exprime l’ardeur ultime, celle d’un homme condamnĂ©, – peut-ĂȘtre Caruso lui-mĂȘme auquel l’hymne rend un vibrant hommage


Ailleurs, c’est la vibration de la mandoline enivrĂ©e pour la suave et tendre chanson : “Parla piĂč piano” (The Godfather theme de Nino Rota) ; sans omettre l’éblouissant et flamboyant “Core’ngrato” que Salvatore Cardillo met en musique en 1911 (connu aussi sous le titre “Catari” dont dĂ©noncĂ© revient rĂ©guliĂšrement) pour
 le mĂȘme Caruso : lĂ , Kaufmann s’inscrit dans la tradition des tĂ©nors chansonniers les plus cĂ©lĂšbres tels Carreras, Domingo, Bergonzi, di Stefano, Corelli
 c’est dire. Tous lĂ©gendes Ă  leur Ă©poque successeurs inspirĂ©s du premier entre tous, Caruso. Autant de tubes passionnĂ©ment mĂ©diterranĂ©ens qui font briller l’intensitĂ© ardente du timbre furieusement amoureux
 Au service d’Ernesto de Curtis (“Torna a Surirent”), ou de C.A. Bixio, Kaufmann cisĂšle l’art des sĂ©ducteurs tragiques, parfois sirupeux, un rien dramatisant, toujours portĂ© par cette tendresse virile qui en fera succomber plus d’une ou d’un (rugositĂ© mĂąle et tendre Ă  la fois de “Con te partiro” / Time to say Goodbye de Quarantotto/Sartori)
 FlorilĂšge plein de panache et d’oeillades dont la conclusion emprunte Ă  Zucchero « Il Libro dell’Amore », une mĂ©lodie entonnĂ©e murmurĂ©e qui en dĂ©concertera lĂ  aussi beaucoup. On entend dĂ©jĂ  les plus rĂ©ticents, inquiets de constater les dĂ©rives du chanteur hors des sentiers battus… Pourtant, les amateurs et connaisseurs aficionados retrouveront cette raucitĂ© incandescente qui hors du lyrique classique avait dĂ©jĂ  garanti la rĂ©ussite de son album prĂ©cĂ©dent : « Du bist die Welt fĂŒr mich  », hommage au Berlin des annĂ©es 1920 (Ă©galement Ă©ditĂ© en septembre 2014, il y a deux ans, chez Sony classical). Grande critique du cd DOLCE VITA par Jonas Kaufmann Ă  venir sur classiquenews.com, le jour de la parution de l’album soit le 7 octobre 2016.

CD événement, annonce. DOLCE VITA, le nouvel album de JONAS KAUFMANN (1 cd SONY classical)

kaufmann-jonas-tenor-CLIC-de-classiquenews-DOLCE-VITA-cd-review-cd-comptre-rendu-critique-classiquenews-cd-jonas-kaufmann-582-582CD Ă©vĂ©nement, annonce. DOLCE VITA, le nouvel album de JONAS KAUFMANN. Le plus grand tĂ©nor actuel, – hĂ©ritier de Domingo et Vikers, rend hommage aux chansons italiennes, celles qu’il affectionne ; celles qui ont Ă©tĂ© chantĂ©es par les plus grands avant lui dont Caruso
 Le nouvel album de Jonas Kaufmann Ă  paraĂźtre chez SONY classical en octobre 2016, comprend ainsi plusieurs chansons populaires italiennes traditionnelles et plus rĂ©centes – du XIXe siĂšcle Ă  nos jours. EnregistrĂ© en Italie, avec l’Orchestre du Teatro Massimo di Parlermo, le rĂ©cital discographique Ă  paraĂźtre chez Sony, offre une collection d’airs d’une irrĂ©sistible force expressive auxquels l’interprĂšte apporte intensitĂ©, expressivitĂ©, finesse grĂące au charme dĂ©sormais singulier de son timbre Ă  la fois rond et cuivrĂ©. 

L’album comprend de nombreux titres cĂ©lĂšbres, dont   Torna a Surriento, Volare, Con te partiro, Core ‘ngrato, Non ti scordar di me, Parlarmi d’amore MariĂč, Caruso, Musica Proibita et Un’amore cosĂŹ grande
 Prochaine critique complĂšte sur classiquenews.com, au moment de la sortie de l’album, DOLCE VITA par Jonas Kaufmann, dĂ©but octobre 2016. 

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Programme :

  1. Caruso - Lucio Dalla
  2. Mattinata - Ruggero Leoncavallo
  3. Parla piĂč piano (The Godfather theme) – Nino Rota
  4. Passione - Libero Bovio
  5. Un’amore cosĂŹ grande - Ruggero Leoncavallo
  6. Il canto - Romano Musumarra
  7. Voglio vivere così - Giovanni d’Anzi
  8. Core ‘ngrato - Salvatore Cardillo
  9. Ti voglio tanto bene - Ernesto de Curtis 
  10. Non ti scordar - Ernesto de Curtis
  11. Fenesta ca lucive - Anonymous
  12. Musica proibita - Stanislao Gastaldon
  13. Parlami d’amore MariĂč - Cesare Andrea Bixio
  14. Torna a Surriento - Ernesto de Curtis 
  15. Volare - Domenico Modugno
  16. Rondine - Vincenzo de Crescenzo
  17. Con te partirĂČ (Time to say Goodbye)  - Lucio Quarantotto / Francesco Sartori
  18. Il Libro dell’Amore (Book of love)  - Zucchero

DOLCE VITA, par Jonas Kaufmann, tĂ©nor (1 cd SONY classical) — Parution annoncĂ©e le 7 octobre 2016.

Jonas Kaufmann chante les Wesendonck lieder de Wagner

Jonas Kaufmann est RadamĂšsFrance Musique, jeudi 30 juin 2016, 20h. Jonas Kaufmann chante les Wesendoncklieder de Wagner
 Le rĂ©cital transmis par France Musique crĂ©e l’évĂ©nement : dĂ©jĂ  la prĂ©sence Ă  Paris de Jonas Kaufmann est un rendez vous incontournable mais s’ajoute Ă  cette prĂ©sence bienvenue, le choix de la partition : exceptionnelle, la version des Wesendonck lieder de Wagner pour voix de tĂ©nor, mais un tĂ©nor rauque et chaud, aux rugositĂ©s amples si incarnĂ©es et cuivrĂ©es. Tout cela contraste avec la version habituelle pour voix de femme, soprano ou mezzo. Dans un rĂ©cital discographique dirigĂ© alors par Claudio Abbado Ă©ditĂ© alors par Decca, Jonas Kaufman, Ă©blouissait dans Wagner (Sigmund bouleversant). Nul doute que l’engagement dramatique et l’acuitĂ© Ă©motionnelle, sa gravitĂ© et sa tendresse, ce caractĂšre embrasĂ© et ivre (Ă  l’instar de son modĂšle le tĂ©nor Jon Vickers) du tĂ©nor Kaufmann illumine la partition.

WAGNER REVOLUTIONNAIRE ET FUGITIF

MariĂ© Ă  Minna depuis 1836, Richard Wagner a fui Dresde et la rĂ©pression contre les libertaires rĂ©volutionnaires dont il faisait partie. Le compositeur recherchĂ© par les autoritĂ©s a trouvĂ© refuge au bord du lac de Zurich, en 1849. Sa rencontre avec Mathilde Wesendonck en fĂ©vrier 1852 restentit comme un Ă©lectrochoc. La jeune femme, ĂągĂ©e de 24 ans, est l’épouse d’Otto Wesendonck, industriel fortunĂ© qui doit son essor Ă  la maison des soieries qu’il a fondĂ©e Ă  New York. Au choc de cette rencontre humaine, Wagner Ă©prouve une crise artistique majeure que porte sa composition nouvelle Tristan und Isolde, Ă©laborĂ© en 1854, Ă  laquelle se mĂȘle aussi la lecture de Shopenhauer, son scepticisme fĂ©condant: le musicien ressent trĂšs profondĂ©ment la solitude de l’artiste, sa malĂ©diction et son impossibilitĂ© Ă  vivre pleinement tout amour salvateur: il a certes, la capacitĂ© d’identifier la force rĂ©demptrice de l’amour suscitĂ© par la femme, mais contradictoirement, ne peut en rĂ©aliser le principe salvateur ici bas. Omniscience, impuissance, solitude, plainte et malĂ©diction: pourtant l’art de Wagner loin de se mĂ»rer en un acte fermĂ© sur lui-mĂȘme, dans son aspiration exceptionnelle, engendre l’opĂ©ra de l’avenir dont Tristan marque l’avĂšnement: opĂ©ra romantique, opĂ©ra moderne. DĂšs dĂ©cembre 1856, vivant l’amour pour Mathilde qui est une nouvelle Ă©preuve de l’impuissance et de la frustration car cette liaison n’a aucun avenir, Wagner compose les premiĂšres esquisses de Tristan.

Le Crépuscule des dieux à l'Opéra Bastille, jusqu'au 16 juin 2013

EffondrĂ©, Wagner, victime de l’amour compose en Suisse deux oeuvres embrasĂ©es, du mĂȘme bois : les Wesendonck lieder et Tristan une Isolde…

REVE D’AMOUR EN SUISSE : DE TRISTAN aux WESENDONCK. Les deux cycles amoureux sont taillĂ©s dans le mĂȘme bois, sculptĂ©s par un compositeur traumatisĂ© par ses affres sentimentaux
 De Siegfried Ă  Tristan. L’attraction de Wagner pour Mathilde s’est violemment manifestĂ©e quand Otto Wesendonck, ignorant la situation amoureuse dont il est la victime aveugle, invite le couple Wagner dans l’une de ses villas, et mĂȘme encourage le compositeur Ă  Ă©crire de nouvelles oeuvres (avril 1857). ExaltĂ© par la prĂ©sence de celle qu’il vĂ©nĂšre secrĂštement, Wagner cesse la composition de Siegfried, et se passionne pour son nouvel opĂ©ra, Tristan. A l’étĂ© 1857, Wagner organise une premiĂšre lecture du poĂšme qu’il a rĂ©digĂ©, regroupant et synthĂ©tisant toutes les lĂ©gendes sur le sujet de Tristan. Dans l’audience privĂ©e qui recueille cette premiĂšre Ă©coute, se trouvent les 3 femmes de sa vie, Mathilde l’inaccesssible, Minna, sa compagne dĂ©sormais plus supportĂ©e qu’aimĂ©e, et sa future Ă©pouse, Cosima nĂ©e Liszt, qui est alors la femme du chef Hans von BĂŒlow.
wagner_richard_opera_tetralogie_nibelungeEn octobre 1857, Richard Wagner compose les Wesendonck lieder, cycle de mĂ©lodies qui est Ă  la fois, la dĂ©claration d’amour d’un coeur Ă  l’autre, et aussi pour le compositeur, le journal poĂ©tique de ses sentiments contradictoires, entre Ă©lan, dĂ©sir, et dĂ©pression. Mathilde a transmis les cinq poĂšmes, rĂ©digĂ©s d’aprĂšs les thĂšmes de Tristan. La musique que compose Wagner est ensuite rĂ©utilisĂ©e pour l’opĂ©ra Tristan: les deux cycles de compositions sont liĂ©s. D’ailleurs, quand il prĂ©pare la publication des Wesendonck lieder en septembre 1858, Wagner sous-titre l’opus: “Etudes pour Tristan und Isolde”. Nouri par son amour pour une muse, Wagner dĂ©pose le 31 dĂ©cembre 1857, la partition du premier acte de Tristan aux pieds de Mathilde, nouvelle Isolde pour un Tristan ennivrĂ©.
L’issue semble cependant inĂ©vitable: en janvier 1858, Minna intercepte un courrier entre Richard et Mathilde: elle exige des explications et dĂ©voile l’union scandaleuse Ă  Otto Wesendonck. Les deux couples se sĂ©parent: dĂ©chirements et tensions. Rupture. DĂ©pressif, meurtris, Wagner se retire Ă  Venise
 et compose les derniers actes de Tristan. Aucun doute, le sujet de la passion amoureuse, lĂ©guĂ© par la fable mĂ©diĂ©vale a marquĂ© de façon indĂ©lĂ©bile, la vie de Wagner, comme sur le plan musical, il fĂ©conde l’oeuvre du musicien qui en a transposĂ© la difficile mais radicale expĂ©rience dans deux oeuvres dĂ©sormais emblĂ©matiques: le cycle des Wesendonck lieder, puis l’opĂ©ra de la modernitĂ©, Tristan und Isolde.

 

 

 

logo_france_musique_DETOUREFrance Musique, jeudi 30 juin 2016, 20h. Jonas Kaufmann chante les Wesendoncklieder de Wagner
 Diffusion du concert enregistré le 19 mai 2016

 

 

Liszt: Orphée
Wagner:  Wesendonck-Lieder
Bruckner:  Symphonie n° 7
Jonas Kaufmann (ténor)
Orchestre National de France
Daniele Gatti (direction)

 

 

LIRE aussi le Parsifal de Jonas Kaufmann

CD, critique : JONAS KAUFMANN, so great arias (4 cd Decca)

 

 

DVD, compte rendu critique. JONAS KAUFMANN : An evening with PUCCINI (Sony classical)

puccini-kaufmann-an-evening-with-puccini-jonas-kaufmann-critique-dvd-review-CLIC-de-CLASSIQUENEWS-mai-2016-1-dvd-sony-classicalDVD. JONAS KAUFMANN : An evening with PUCCINI (Sony classical). Jonas Kaufmann aime tellement Puccini qu’il n’hĂ©site pas en dĂ©but de ce programme diffusĂ© au cinĂ©ma puis Ă©ditĂ© en avril 2016, Ă  narrer la biographie du compositeur vĂ©riste: voix off sur les 10 mn du Preludio sinfonico de 1882;  biographie enivrante car le tĂ©nor qui chante a aussi une voix de narrateur totalement sĂ©duisante. Dans les faits les amateurs et connaisseurs du cas Kaufmann retrouvent tous les titres du cd Puccini  (Puccini Album : nessun dorma enregistrĂ© en septembre 2014, Ă©ditĂ© par Sony en septembre 2015 : clic de classiquenews), chantĂ©s ici par ordre chronologique de crĂ©ation des oeuvres. Toujours gĂ©nĂ©reux  et fabuleusement timbrĂ©, aux phrasĂ©s filigranĂ©s, le tĂ©nor chante en plus le lamento de Tosca  (recondita armonia), mais aussi un autre air de La Fanciulla del West,  perle ou “encores” (bis), au mĂȘme titre que l’Ă©blouissant Ombra di Nube, ou Non ti scordar di me. .. La voix rauque et fĂ©line du plus grand tĂ©nor actuel enchante littĂ©ralement pour chaque personnage, autant de portrait d’amoureux Ă©perdu qui comme c’est le cas du hĂ©ros puccinien, n’a jamais manquĂ© de profondeur ni de droiture morale. Sensible Ă  ses publics – dont de trĂšs nombreuses admiratrices, le beau tĂ©nĂ©breux rechante Nessun dorma avec un aplomb irrĂ©sistible, une fragilitĂ© nouvelle mais au diapason de la fatigue bien comprĂ©hensible vu le programme lyrique de la soirĂ©e scaligĂšne.

Le divin chantre se trompe mĂȘme dans les paroles … menu fretin au regard de son charisme exceptionnel

Enregistré en juin 2015 à Milan, le récital lyrique et symphonique éblouit par sa musicalité et la personnalité radicalement impliquée du ténor. Un must.

DVD, compte rendu critique. JONAS KAUFMANN : An evening with PUCCINI (Sony classical)

OPERA MAGAZINE, avril 2016. Jonas Kaufmann…

116OPERA MAGAZINE, avril 2016. Sujets, dossiers et reportages au sommaire du mensuel OPERA MAGAZINE d’avril 2016. Grand Entretien et Ă  la Une : Jonas Kaufmann : “Dans le futur, il est Ă©vident que je vais aller vers EnĂ©e, Otello, Tristan…”. Contraint de renoncer, pour raisons de santĂ©, Ă  la nouvelle production de Manon Lescaut au Metropolitan Opera de New York, en fĂ©vrier-mars dernier, le tĂ©nor allemand reprend progressivement le cours de ses activitĂ©s. Parmi les temps forts des semaines Ă  venir, Tosca Ă  Vienne, Die Meistersinger von NĂŒrnberg Ă  Munich, et deux concerts Ă  Paris, au ThĂ©Ăątre des Champs-ÉlysĂ©es : les Wesendonck-Lieder, le 19 mai, et Das Lied von der Erde, le 23 juin 2016. Également en ligne de mire, la sortie de trois nouveaux DVD chez Sony Classical, filmĂ©s en 2014 et 2015 : An Evening with Puccini, La forza del destino et Cavalleria rusticana/Pagliacci. S’agissant de la plus grande superstar actuelle dans l’univers de l’opĂ©ra, faut-il s’étonner d’une actualitĂ© aussi riche ? Jonas Kaufmann, dans tous les cas, entend bien ne pas devenir prisonnier du systĂšme et, comme il l’explique Ă  OpĂ©ra Magazine, est dĂ©cidĂ© Ă  espacer de plus en plus ses apparitions Ă  la scĂšne dans les prochaines annĂ©es.

Rencontres :

William Christie : AprĂšs vingt-trois annĂ©es passĂ©es Ă  enregistrer pour d’autres labels, Les Arts Florissants et leur chef fondateur reviennent chez Harmonia Mundi, l’éditeur des dĂ©buts, avec une nouveautĂ© et les sept premiers volumes d’une collection de rĂ©Ă©ditions. Retour sur une aventure commencĂ©e en 1979…

Michel Franck : Le directeur gĂ©nĂ©ral du ThĂ©Ăątre des Champs-ÉlysĂ©es explique ses choix pour la prochaine saison qui, en ce qui concerne l’opĂ©ra, proposera deux nouvelles productions, deux reprises, un spectacle en tournĂ©e et de passionnantes versions de concert.

Rani Calderon : À partir du 3 mai, le chef israĂ©lien sera au pupitre d’une nouvelle production des PĂȘcheurs de perles de Bizet, Ă  l’OpĂ©ra National de Lorraine. Un univers musical trĂšs diffĂ©rent de celui de l’Orfeo ed Euridice de Gluck, qu’il dirige Ă  Nancy jusqu’au 7 avril.

Irina Lungu : Du 20 avril au 30 mai, la soprano russe, pour ses dĂ©buts Ă  l’OpĂ©ra National de Paris, incarne Gilda dans la nouvelle production de Rigoletto. Des premiers pas trĂšs attendus pour une cantatrice dĂ©jĂ  habituĂ©e des grandes scĂšnes internationales.

François Paris : À partir du 19 avril, au ThĂ©Ăątre Graslin de Nantes, le compositeur français propose Maria Republica, opĂ©ra pour sept chanteurs, quinze musiciens et Ă©lectronique, sur un livret de Jean-Claude Fall, tirĂ© du roman Ă©ponyme de l’écrivain d’origine espagnole Agustin Gomez-Arcos.

Jean-Christophe Keck : Le chef et musicologue français, responsable des Ă©ditions critiques d’Offenbach chez Boosey & Hawkes, vient de mettre la main sur des partitions inĂ©dites, qui confirment de nombreuses hypothĂšses Ă©mises jusque-lĂ  sur le contenu des Contes d’Hoffmann, le chef-d’Ɠuvre inachevĂ© du compositeur. RĂ©vĂ©lations et nouvelles pistes.

Jeune talent

Alix Le Saux. La mezzo-soprano française, qui a interprĂ©tĂ© le rĂŽle-titre de L’Enfant et les sortilĂšges, cette saison, au ThĂ©Ăątre des Champs-ÉlysĂ©es, intĂšgrera la troupe de l’OpĂ©ra-Comique Ă  l’occasion de sa rĂ©ouverture, la saison prochaine.

ÉvĂ©nement : Rigoletto Ă  l’OpĂ©ra de Paris

Avec 1 215 reprĂ©sentations Ă  ce jour, Rigoletto est le deuxiĂšme titre le plus souvent jouĂ© dans l’histoire de l’OpĂ©ra de Paris, derriĂšre Faust de Gounod. Depuis 1885, les plus grandes vedettes de l’art lyrique, françaises aussi bien qu’étrangĂšres, se sont illustrĂ©es dans Rigoletto, Gilda et le Duc de Mantoue, dans des mises en scĂšne malheureusement conventionnelles. Il Ă©tait indispensable, aprĂšs seize annĂ©es de service, de remplacer le poussiĂ©reux spectacle de JĂ©rĂŽme Savary Ă  l’OpĂ©ra Bastille, donnĂ© pour la derniĂšre fois en 2012. C’est donc dans une production entiĂšrement nouvelle, signĂ©e Claus Guth, qu’à partir du 11 avril, le public parisien retrouvera l’un de ses ouvrages prĂ©fĂ©rĂ©s.

En coulisse… l’OpĂ©ra de Cologne

AprĂšs trois annĂ©es de travaux, l’Opernhaus, siĂšge historique de l’institution baptisĂ©e « Oper Köln », aurait dĂ» rouvrir ses portes Ă  la rentrĂ©e 2015. Cela n’a malheureusement pas Ă©tĂ© possible et il a fallu trouver une solution de remplacement Ă  la derniĂšre minute. Birgit Meyer, intendante d’Oper Köln depuis trois ans, ne s’est pas dĂ©couragĂ©e et a transfĂ©rĂ© tous les spectacles au Staatenhaus. C’est lĂ  que François-Xavier Roth, nouveau « Generalmusikdirektor » de la ville et, Ă  ce titre, directeur musical d’Oper Köln, dirige jusqu’au 15 avril une nouvelle production de Don Giovanni.

Comptes rendus

Les scÚnes, concerts et récitals.

Guide pratique

La sĂ©lection CD, DVD et l’agenda international des spectacles.

OPERA magazine, avril 2016. A la Une : Jonas Kaufmann... Parution le 31 mars 2016.

Jonas Kaufmann chante Faust sur France Musique

Jonas Kaufmann est RadamĂšsFrance Musique. Samedi 2 janvier 2016, 19h. Berlioz : Damnation de Faust avec Jonas Kaufmann. C’Ă©tait LA production Ă  Bastille Ă  ne pas manquer en dĂ©cembre 2015, pourvu que vous ayez sĂ©lectionnĂ© la bonne date avec le tĂ©nor illustrissime et Ă©poustouflant, Jonas Kaufmann qui affrontait un nouveau dĂ©fi dans carriĂšre (aprĂšs Werther, Lohengrin et bientĂŽt Otello), ici sur les planches parisiennes, le rĂŽle du docteur Faust, vieux philosophe, aigri et dĂ©sillusionnĂ©, qui au bord du suicide est envoĂ»tĂ© par le diabolique MĂ©phistophĂ©lĂšs : contre son Ăąme, le manipulateur lui offre l’Ă©ternelle jeunesse et la satisfaction de tous ses dĂ©sirs… Pour lire le compte rendu critique de Clasiquenews (soirĂ©e du 13 dĂ©cembre 2015, cliquer ici : compte rendu critique du Faust de Berlioz par Jonas Kaufmann et Philippe Jordan)
France Musique nous rĂ©gale en diffusant samedi 2 janvier 2016 Ă  19h, de Faust mĂ©morable non pas tant par la mise en scĂšne, dĂ©calĂ©e, laide, hors sujet, parfois parasitant la lisibilitĂ© de l’action, mais convaincante grĂące Ă  la distribution, surtout masculine : Jonas Kaufmann donc et aussi Bryn Terfel dans le rĂŽle du dĂ©mon tentateur… sous la direction toujours trĂšs fine, intĂ©rieure, allusive du directeur musical de l’OpĂ©ra parisien, Philippe Jordan.
LIRE notre prĂ©sentation de l’opĂ©ra Faust de Berlioz : genĂšse, enjeux, perspectives…

 

Distribution

Direction musicale: Philippe Jordan
Marguerite: Sophie Koch
Faust: Jonas Kaufmann (5 > 20 déc.)
MéphistophélÚs: Bryn Terfel
Brander: Edwin Crossley-Mercer
Voix céleste: Sophie Claisse

ChƓur de l’OpĂ©ra de Paris
Chef des Choeurs : José Luis Basso
Orchestre de l’OpĂ©ra de Paris

 

Synopsis
PremiĂšre partie. Au printemps, Ă  l’aube, dans les plaines de Hongrie, tandis que le vieux philosophe Faust contemple seul l’éveil de la nature,  le chant des paysans cĂ©lĂšbre les plaisirs de l’amour. Au loin retentissent bientĂŽt les Ă©clats d’une marche guerriĂšre entonnĂ©e par l’armĂ©e hongroise qui se prĂ©pare au combat. Faust reste indiffĂ©rent, « loin de la lutte humaine et loin des multitudes ».
DeuxiĂšme partie. Au nord de l’Allemagne, Faust dans son cabinet de travail porte une coupe de poison Ă  ses lĂšvres, dĂ©cidĂ© Ă  en finir avec une existence devenue trop douloureuse, quand retentit dans l’église voisine un cantique de PĂąques qui le sauve du dĂ©sespoir en lui rendant la foi de son enfance. C’est alors qu’apparaĂźt  le cynique MĂ©phistophĂ©lĂšs venu lui promettre : « tout ce que peut rĂȘver le plus ardent dĂ©sir ». Il transporte Faust dans un cabaret Ă  Leipzig au milieu d’une assemblĂ©e bruyante et vulgaire. Puis, voyant que Faust est dĂ©goĂ»tĂ© par tant de trivialitĂ©, il l’entraĂźne sur les bords de l’Elbe oĂč il le berce d’un rĂȘve enchanteur dans lequel apparaĂźt l’image parfaite de l’amour, Marguerite. A son rĂ©veil, Faust veut aller retrouver la jeune fille et MĂ©phistophĂ©lĂšs lui suggĂšre de se mĂȘler Ă  une bande de soldats, puis d’étudiants qui se dirigent vers la ville.
TroisiĂšme partie. C’est le soir. Faust, dissimulĂ© dans la chambre de Marguerite, observe avec Ă©merveillement la jeune fille qui tresse ses cheveux en chantant la vieille ballade du roi de ThulĂ©. MĂ©phistophĂ©lĂšs, devant la maison, ordonne Ă  son armĂ©e de feux follets d’ensorceler Marguerite. DĂšs le premier regard, Faust et Marguerite, se reconnaissent et se jurent une foi mutuelle. Mais MĂ©phistophĂ©lĂšs les interrompt brutalement pour conseiller Ă  Faust de fuir car les voisins rĂ©veillĂ©s par les dĂ©monstrations des deux amants, ont alertĂ© crĂ»ment la mĂšre de la jeune fille qui va les surprendre.
QuatriĂšme partie. Dans sa chambre, Marguerite, seule Ă  son rouet, s’abandonne au chagrin. En dĂ©pit de sa promesse, Faust n’est pas revenu et elle l’attend, accablĂ©e par le sentiment d’avoir Ă©tĂ© oubliĂ©e. Loin d’elle, il se laisse exalter par son dĂ©sir de ne faire qu’un avec la nature qui lui apparaĂźt comme l’unique consolation face Ă  son «  ennui sans fin ».MĂ©phistophĂ©lĂšs le rejoint et lui annonce la condamnation Ă  mort de Marguerite accusĂ©e d’avoir empoisonnĂ© sa mĂšre avec une « certaine liqueur brune » que Faust lui-mĂȘme lui avait conseillĂ© d’utiliser pour l’endormir et faciliter ainsi leurs futures rencontres nocturnes.
Pour sauver Marguerite, MĂ©phistophĂ©lĂšs exige que Faust signe un pacte qui l’engage Ă  le servir dans l’autre monde et il l’entraĂźne en enfer au terme d’une terrible chevauchĂ©e, course Ă  l’abĂźme. Marguerite est sauvĂ©e et le chƓur des esprits cĂ©lestes accueille cette « Ăąme naĂŻve que l’amour Ă©gara ». Si la jeun femme est sauvĂ©e, Faust est promis Ă  d’Ă©ternelles flammes.

Compte-rendu, opéra. Paris, Opéra Bastille, le 13 décembre 2015. Hector Berlioz : La Damnation de Faust. Avec Jonas Kaufmann (Faust), Sophie Koch (Marguerite), Bryn Terfel (MéphistophélÚs), Edwin Crossley-Mercer (Brander), Sophie Claisse (Voix Céleste). Alvis Hermanis (mise en scÚne). Philippe Jordan (direction musicale).

Jonas Kaufmann est RadamĂšsOn le sait, La Damnation de Faust du gĂ©nial Hector Berlioz est une partition rebelle, Ă  la fois opĂ©ra de l’imagination et anti-opĂ©ra , dont la fantaisie et la concision des scĂšnes causent bien des soucis aux metteurs en scĂšne qui s’aventurent Ă  la traduire en images. Nouveau trublion des scĂšnes lyriques internationales, le letton Alvis Hermanis – signataire d’une extraordinaire production des Soldaten de Zimmerman au Festival de Salzbourg – a essuyĂ© une bronca historique Ă  l’OpĂ©ra Bastille, Ă  l’issue de la premiĂšre, Ă  tel point que StĂ©phane Lissner lui a demandĂ© de revoir certains dĂ©tails de sa copie, changements opĂ©rĂ©s dĂšs la deuxiĂšme reprĂ©sentation (nous Ă©tions, quant Ă  nous, Ă  la troisiĂšme).

Mise en scĂšne huĂ©e Ă  l’OpĂ©ra Bastille

Bronca Ă  Bastille

La DamnationNous n’avons donc pas vu certains « effets », tel la copulation d’escargots pendant le grand air de Marguerite « D’amour l’ardente flamme », qui a provoquĂ© l’ire ou les rires du public, et qui pourtant ne faisait, nous le voyons ainsi, que traiter avec humour l’Ă©rotisme trĂšs accusĂ© entre les deux principaux protagonistes. Pour notre part, donc, nous avons Ă©tĂ© sĂ©duits par la production, tant par son postulat de dĂ©part – Faust est ici un scientifique et non plus un philosophe, dĂ©doublĂ© par Stephen Hawking dans un fauteuil roulant (jouĂ© par le danseur Dominique Mercy), convaincu que la survie du genre humain passe par la colonisation de Mars – que par les fabuleuses images vidĂ©o de Katarina Neiburga, projections d’une grande beautĂ© visuelle (images de mars, champ de coquelicots d’un rouge flamboyant, baleines s’Ă©battant dans l’onde ou encore spermatozoĂŻdes jetĂ©s dans une course frĂ©nĂ©tique pour aller fĂ©conder une ovule), jamais gratuites Ă  nos yeux, Ă  l’instar des superbes chorĂ©graphies imaginĂ©es par Alla Sigalova.

Un bĂ©mol cependant Ă  apporter Ă  ses derniĂšres, qui n’ont rien Ă  voir avec leur pertinence et beautĂ© intrinsĂšque, mais leur omniprĂ©sence nuit parfois Ă  l’attention que l’on devrait porter au chant, comme Ă  la musique. Autre point noir, Alvis Hermanis ne s’est pas assez investi dans la direction d’acteurs, les chanteurs – et plus encore le chƓur – restant la plupart figĂ©s, ou ne faisant que passer de cour Ă  jardin sans guĂšre plus d’interaction entre eux.

 

Jonas Kaufmann, Bryn Terfel : Faust et MĂ©phistofĂ©lĂšs de rĂȘve

Mais c’est plus encore pour le somptueux plateau vocal que le dĂ©placement s’imposait. Le tĂ©nor star Jonas Kaufmann campe un Faust proche de l’idĂ©al, capable d’assumer aussi bien la vaillance de « L’Invocation Ă  la Nature » que les ductilitĂ©s du duo avec Marguerite. A partir du sol aigu, son utilisation trĂšs subtile du falsetto dĂ©livrĂ© pianississimo (la « marque maison » du tĂ©nor allemand) est un authentique tour de force, et le raffinement avec lequel il intĂšgre ces passages escarpĂ©s dans la ligne mĂ©lodique souligne une musicalitĂ© hors-pair. De surcroĂźt, sa prononciation du français est parfaite, de mĂȘme que celle du baryton gallois Bryn Terfel, tour Ă  tour insinuant et incisif, qui ravit l’auditoire avec sa magnifique voix chaude et superbement projetĂ©e. La puissance de l’instrument, la beautĂ© d’un timbre reconnaissable entre tous, comme la pertinence du moindre de ses regards, donnent le frisson. Enfin, comment ne pas ĂȘtre admiratif devant la multitude d’inflexions dont il pare la fameuse « Chanson de la puce », ou devant l’intelligence et l’Ă©lĂ©gance avec lesquelles il dĂ©livre sa magnifique « SĂ©rĂ©nade ».

Face Ă  ces deux personnages, Marguerite symbolise la vie qui rĂ©siste. La voix ronde et chaude de Sophie Koch donne beaucoup de douceur Ă  l’hĂ©roĂŻne, et la maniĂšre dont la mezzo française dĂ©livre avec maĂźtrise et Ă©motion sa « Ballade », de mĂȘme que sa « Romance », fait d’elle une Marguerite lyrique et grave Ă  la fois, qui est la vraie opportunitĂ© offert Ă  l’humanitĂ© d’ĂȘtre sauvĂ©e. La distribution est complĂ©tĂ©e par le Brander plus que convenable du baryton Edwin Crossley-Mercer. Quant aux ChƓurs de l’OpĂ©ra de Paris, magnifiquement prĂ©parĂ©s (dĂ©sormais) par JosĂ© Luis Basso, ils sont superbes de bout en bout, et la cohĂ©sion des registres impressionnent durablement dans la fugue de l’Amen ou encore dans la sublime apothĂ©ose finale.

Dans la fosse, Philippe Jordan veille aux grands Ă©quilibres, et si « La Marche hongroise » manque de clinquant, il sait toutefois – Ă  certains moments – conduire Ă  l’effervescence un Orchestre de l’OpĂ©ra de Paris qui fait honneur Ă  l’extraordinaire et subtile orchestration berliozienne. Sous sa baguette, la phalange parisienne vit, les cordes chantent, les bois se distinguent, et les mille et un dĂ©tails de la partition sautent ici Ă  nos oreilles enchantĂ©es. A peu prĂšs seul et contre tous – et malgrĂ© les quelques rĂ©serves Ă©mises plus haut – la mise en scĂšne imaginative et esthĂ©tique d’Alvis Hermanis nous a fait rĂȘver.

Compte-rendu, opéra. Paris, Opéra Bastille, le 13 décembre 2015. Hector Berlioz : La Damnation de Faust. Avec Jonas Kaufmann (Faust), Sophie Koch (Marguerite), Bryn Terfel (MéphistophélÚs), Edwin Crossley-Mercer (Brander), Sophie Claisse (Voix Céleste). Alvis Hermanis (mise en scÚne). Philippe Jordan (direction musicale).

CD, compte rendu critique. Verdi : Aida. Jonas Kaufmann, Pappano (3 cd Warner classics, 2015)

aida-warner-papanno-362x362CD, compte rendu critique. Verdi : Aida. Jonas Kaufmann, Pappano. 3 cd Warner classics. AprĂšs un sublime rĂ©cital monographique dĂ©diĂ© Ă  Verdi, (Verdi Album , 2013) puis Puccini, (RĂ©cital discographique “Nessun Dorma”, Ă©galement enregistrĂ© avec Antonio Pappano) le plus grand tĂ©nor du monde actuel, capable d’ĂȘtre fin diseur dans sa langue native chez Wagner, Schubert, cultivant avec une Ă©gale finesse d’intonation et la puissance et l’intelligence nuancĂ©e du texte, signe ici une nouvelle incarnation qui en fait manifestement un superbe verdien (comme d’ailleurs les actuels engagements de la super soprano Anna Netrebko, elle aussi, preuve Ă  l’appui : Leonora, Lady Macbeth et bientĂŽt Giovanna-, : passionnĂ©ment verdienne. La force de Kaufmann, c’est son intelligence dramatique qui sur les pas de ses grands ainĂ©s disparus (Vickers) ou vivant (mais devenu baryton : Placido Domingo auquel le munichois ressemble d’ailleurs physiquement de plus en plus), rĂ©alise l’inconciliable, Ă©blouir chez Wagner comme chez Verdi ; son RadamĂšs fait toute la valeur de cette nouvelle intĂ©grale Aida, une version luxueuse rĂ©alisĂ©e avec soin en studio (ce qui nous change des live devenus standards actuels aux rĂ©sultats Ă©videmment irrĂ©guliers), accomplissement discographique auquel le chef Pappano apporte aussi un mĂȘme souci d’intĂ©rioritĂ© et de sincĂ©ritĂ© surtout dans les deux derniers actes III et IV, oĂč le souffle crĂ©pusculaire qui dessine progressivement le sĂ©pulcre terrifiant fantastique qui va bientĂŽt ensevelir les amants maudits et condamnĂ©s, s’affirme avec une subtilitĂ© orchestrale et poĂ©tique, Ă©vidente. Du bel ouvrage (Ă  part quelques Ă©carts superfĂ©tatoires voire grandiloquents de la baguette, certes bien trop infimes pour compter) qui renouvelle ici notre perception d’Aida : Ă  l’appui de son formidable soliste Kaufmann,  Antonio Pappano nous lĂšgue un opĂ©ra intimiste, construit en un huit clos haletant plutĂŽt qu’en une fresque collective continĂ»ment hollywoodienne, ou Ă©quilibre entre les deux dimensions rĂ©tablies dans leur juste dimension. Si l’on trouve sa direction parfois Ă©paisse et grandiloquente (le final du III justement, un peu trop pĂ©taradant justement), le chef, superstar du Royal Opera house de Covent Garden, sait ĂȘtre homme de thĂ©Ăątre passionnĂ© de psychologie thĂ©Ăątrale. Comme on le verra la ciselure que permet le studio (plutĂŽt qu’un live en salle de concert) rĂ©alise une immersion intimiste manifestement rĂ©ussie.

 

 

 

Aida psychologique et nocturne

instrumentalement fouillĂ©e par Pappano oĂč jaillit le gemme Ă©tincelant, noir, incandescent du RadamĂšs de Kaufmann

 

anja harteros aida review critique cmpte rendu classiquenews Aida_Warner_Classics_Antonio_Pappano_Anja_Harteros_Jonas_Kaufmann_Ekaterina_Semenchuk_Ludovic_Te_zier_Erwin_Schrott_Et d’abord que vaut ici Aida ? Son “Qui RadamĂšs verra…” (au III) souligne chez Anja Harteros (partenaire familiĂšre du tĂ©nor, dans un Lohengrin dĂ©jĂ  enregistrĂ© Ă  Salzbourg entre autres) la couleur derniĂšre des deux chanteurs, dĂ©sormais abĂźmĂ©s dans le renoncement funĂšbre, l’oubli, le dĂ©tachement. Le studio permet des Ă©quilibres tĂ©nus dans le format et la balance globale : ainsi ici comme c’est le cas de nombreux airs, le travail de ciselure sur le rapport voix et orchestre, plutĂŽt timbre et instruments y gagne un relief et une intensitĂ© dĂ©cuplĂ©s qui s’avĂšrent, au service de la juste intonation des solistes, totalement superlatifs. Ce Verdi peintre subtil et intĂ©rieur surgit de nouvelle façon, Ă©voquant plus Wagner que tous ses contemporains italiens, plus inspirĂ©s par la performance et le bruit plutĂŽt que la couleur et le caractĂšre psychologique de chaque situation. Le rĂ©alisme Ăąpre, noir spĂ©cifiquement verdien qui s’impose Ă  partir de Rigoletto, s’affirme de façon Ă©loquente dans une conception introspective.

La priĂšre d’une Aida dĂ©truite, dĂ©faite mais digne qui pleure Ă  jamais son lien Ă  sa patrie s’y rĂ©vĂšle troublante, noire, d’une Ă©pure lacrymale, trĂšs investie et humainement juste et sincĂšre : d’autant que le chef sait dĂ©tailler et ciseler la caresse si vaine mais si tendre des instruments complices (“Patria mia, mai piu, ti revedro…”, avec hautbois et flĂ»tes en halo spiritualisĂ© / Ă©thĂ©rĂ©). Sans avoir l’angĂ©lisme Ă©tincelant d’une Tebaldi, Anja Harteros – timbre lisse d’un velours voilĂ© (aigus feutrĂ©s) mais trĂšs articulĂ©-, peut face au micro, ciseler son texte et affiner sa propre conception du rĂŽle d’Aida avec une finesse qui fusionne avec celle de son partenaire amoureux, RadamĂšs. La lĂ©gĂšretĂ© d’une Adelina Patti, belcantiste bellinienne que souhaitait Verdi pour le rĂŽle, est bien loin ici, mais reconnaissons que malgrĂ© son grain vocal, sa nature charnelle et mĂ»re, Harteros offre une belle leçon incarnĂ©e.

verdi pappano jonas kaufmann aida 3 cd warner classicsEvidemment, l’argument majeur du coffret reste Jonas Kaufmann. Le grand duo entre les deux (RadamĂšs / Aida) qui marque ce basculement dans l’intime et le tragique amoureux au centre du III, reste un sommet de finesse poĂ©tique, dĂ©fendu par un orchestre nuancĂ©, deux diseurs absolus, jamais en puissance, toujours proches de l’intention et des enjeux profonds du texte. IntensitĂ©, justesse prosodique, feu progressif, extĂ©rieur conquĂ©rant du gĂ©nĂ©ral victorieux, puis de plus embrasĂ©, intĂ©rieur Ă  mesure qu’il dĂ©cide de tout sacrifier Ă  son amour pour Aida, le tĂ©nor maĂźtrise toutes les colorations de sa voix fĂ©line et sombre qui en fait le tĂ©nor le plus crĂ©pusculaire et romantique de l’heure (et d’ailleurs finira-t-il comme son mentor, Domingo… en baryton ? Tout le laisse penser). Sa figure qui paraĂźt au IV devant AmnĂ©ris qui l’a dĂ©noncĂ© et condamnĂ©, indique une Ăąme dĂ©sespĂ©rĂ©e qui a renoncĂ© Ă  tout, car il pense qu’Aida est morte… Puis le fin tissage vocal opĂ©rĂ© dans le dernier tableau du IV, au tombeau, façonne un chant transfigurĂ© et simple qui touche directement. Ici, s’affirme la dĂ©termination victorieuse d’un amant qui se croyant seul et condamnĂ©, retrouve au moment d’expirer, le seul objet de son amour.

tezier ludovic amonasro verdi aida critique classiquenewsLa noblesse naturelle du français Ludovic TĂ©zier apporte au rĂŽle d’Amonasro, pĂšre d’Aida, un profil fĂ©lin et carnassier d’une distinction articulĂ©e, elle aussi de trĂšs grande classe : leur duo attendri et Ă©perdu, – accent emblĂ©matique de la tendresse verdienne pĂšre / fille tant de fois incarnĂ©e dans son thĂ©Ăątre  – au III, qui de duo s’achĂšve sur le trio avec RadamĂšs-, y est magnifiquement rythmĂ©, articulĂ©, exprimĂ© par Pappano, trĂšs intimiste et d’un geste amoureux pour les effusions sincĂšres de chaque situation. Le pĂšre combine un amour vĂ©ritable pour sa fille et aussi la nĂ©cessitĂ© de l’utiliser pour assurer la victoire des Ă©thiopiens contre les Ă©gyptiens. Sentiment, devoir, sincĂ©ritĂ© et stratĂ©gie, les termes inconciliables sont rĂ©unis pourtant par un TĂ©zier, fin, allusif, princier (ou plutĂŽt royal, personnage oblige), mordant.

Saluons l’absolue rĂ©ussite expressive du IV : la solitude dĂ©sarroi qui Ă©prouve l’Ă©gyptienne malheureuse AmnĂ©ris, elle aussi proie tiraillĂ©e entre devoir et sentiment, la grande Ă©quation d’Aida selon Verdi : l’alto Ekaterina Semenchuk a de rĂ©elles moyens qui comparĂ©s cependant Ă  ses partenaires, paraĂźt souvent moins nuancĂ©s et prĂ©cis : dĂ©faillance dans l’articulation de l’italien qui l’empĂȘche dĂ©finitivement de colorer avec une vraie subtilitĂ© chaque accent de son texte. C’est la moins diseuse de tous.
C’est pourtant Ă  travers ses yeux que toute l’action de l’acte IV – principe gĂ©nial- s’accomplit, dĂ©voilant alors dans l’assassinat calculĂ© des deux amants, l’amertume d’un cƓur tĂ©moin et coupable, lui aussi rongĂ©, dĂ©vorĂ©, embrasĂ© par la jalouse impuissance, une haine qui cependant bascule en une compassion finale des plus bouleversantes. La clarinette grave qui accompagne alors une AmnĂ©ris foudroyĂ©e par une situation qui la dĂ©passe, rappelle Ă©videmment une autre figure noire et jalouse, haineuse d’abord, frappĂ©e ensuite par une nouvelle conscience faite pardon, bascule spectaculaire : Vitellia la mĂ©chante dans La ClĂ©mence de Titus de Mozart, qui est soudainement saisie par la conscience de sa noirceur inhumaine : l’opĂ©ra nous offre des situations exceptionnelles : Verdi rejoint ici Mozart. De toute Ă©vidence, Pappano explore cette similitude avec une justesse sobre et prĂ©cise.
MĂȘme couleur sombre et humaine pour l’excellent Ramfis d’Erwin Schrott lorsque Pharaon demande / exhorte Ă  RadamĂšs d’avouer sa trahison et de se repentir… (IV).

Expliciter le feu intĂ©rieur. Dans ce travail sur la pĂąte sonore, sur le relief intĂ©rieur de chaque situation dont l’attĂ©nuation trĂšs fine et prĂ©cise permet la juste projection du texte, l’orchestre Santa Cecilia gagne un prestige inĂ©dit. Sous la conduite de Pappano, les instrumentistes ne semble ĂȘtre soucieux que d’une chose : l’explicitation de feu intĂ©rieur consummant chaque personnage : RadamĂšs sacrifiant sa gloire, son loyautĂ© Ă  Pharaon, son devoir, sa carriĂšre pour servir son seul amour pour Aida ; Aida l’esclave Ă©thiopienne au service de l’Egyptienne malheureuse AmnĂ©ris, sacrifiant elle aussi son pĂšre, sa patrie pour cet amour maudit mais vĂ©ritable ; AmnĂ©ris, princesse impuissante, amoureuse vaine du gĂ©nĂ©ral RadamĂšs … L’expression des individualitĂ©s, ardentes, souffrantes, Ă©perdues s’affirme dans un style sobre, d’une clartĂ© dramatique que le chef prĂ©serve absolument, veillant constamment Ă  l’avancĂ©e de l’action tragique malgrĂ© la succession des tableaux. L’incise tragique exprimĂ©e par l’orchestre souligne la puretĂ© expressive et trĂšs complĂ©mentaire des trois protagonistes : le trio AmnĂ©ris, Aida, RadamĂšs au delĂ  de leur divergence, rassemble en dĂ©finitive trois figures Ă©gales par leur souffrance, leur humanitĂ©, leur impuissance face Ă  un destin irrĂ©vocable. La fin de l’opĂ©ra, huit-clos Ă©touffant dĂ©limitĂ© par le caveau oĂč les deux amants meurent emmurĂ©s vivants, donne en dĂ©finitive la clĂ© d’un opĂ©ra que beaucoup de chefs dĂ©naturent en l’inscrivant dans un peplum hollywoodien (de surcroĂźt jusqu’Ă  la fin) : ce chambrisme irrĂ©sistible que dĂ©fend Pappano et ses solistes (surtout donc Kaufmann et Harteros) rĂ©tablit le rĂ©alisme nouvelle vague d’un Verdi rĂ©volutionnaire Ă  l’opĂ©ra : oĂč a-t-on Ă©coutĂ© avec une telle clartĂ©, la volontĂ© de vĂ©ritĂ© thĂ©Ăątrale, d’articulation textuelle souhaitĂ©e par le compositeur ? MĂȘme perfectible, la version s’impose, aboutie et esthĂ©tiquement juste. C’est donc un CLIC de classiquenews en novembre 2015.

CLIC_macaron_2014Giuseppe Verdi (1813-1901) : AĂŻda. Anja Harteros (AĂŻda), Jonas Kaufmann (RadamĂšs), Ekaterina Semenchuk (AmnĂ©ris), Ludovic TĂ©zier (Amonasro), Erwin Schrott (Ramfis), Marco Spotti (Il Re), Paolo Fanale (Messaggero), Eleonora Buratto (Sacerdotessa). ChƓur et orchestre de l’Accademia Nazionale Di Santa Cecilia (chef des chƓurs : Ciro Vesco). Antonio Pappano, direction. Enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  Rome, Sala Santa Cecilia, Auditorium Parco della Musica, en fĂ©vrier 2015. 3 cd Warner Music, rĂ©fĂ©rence 082564 610 663 9 /  8 25646 10663 9. Livret notice en anglais, allemand, français. DurĂ©e : 2 h 25mn.

CD, compte rendu critique. Jonas Kaufmann. Nessun dorma : The Puccini album (1 cd Sony classical, 2014)

kaufmann jonas puccini cd classical sony review presentation account of CLASSIQUENEWS clic septembre 2015 cdCD, compte rendu critique. Jonas Kaufmann. Nessun dorma : The Puccini album (1 cd Sony classical, 2014). Outre la promesse et l’Ă©lan irrĂ©sistibles portĂ©s par une voix unique au monde aujourd’hui, Jonas Kaufmann nous montre quel puccinnien il est (aprĂšs ses Verdi, Wagner, Schubert, et son rĂ©cent programme de chansons berlinoises des annĂ©es 1920 : “Du bist die Welt fĂŒr mich…”) : dans ce nouveau rĂ©cital romain de septembre 2014, sa force expressive et sa subtilitĂ© Ă©motionnelle fusionnent ici et font le miracle de son Nessun dorma et aussi, surtout, de son Dick Johnson, rĂŽle souvent caricatural Ă  la scĂšne (comme l’est le baron Ochs, cousin pourtant profond de la MarĂ©chale, dans le Chevalier Ă  la rose de Strauss, sublime contemporain de Puccinien). La richesse du jeu d’acteur fait de chaque prise de rĂŽle un profil vocal et dramatique abouti souvent captivant. Heureuse sĂ©lection d’un couplage qui met en avant la capacitĂ© exceptionnelle du tĂ©nor pour la caractĂ©risation Ă©motionnelle : puccinnien il l’est, et il le montre avec quelle finesse, et dans la puissance et dans la subtilitĂ© linguistique.

Le rĂ©cital dĂ©bute dans les affres et les vertiges extatiques de Des Grieux (sa sublime priĂšre amoureuse vraie confession irrĂ©sistible) et de Manon Lescaut (en duo) premier vrai succĂšs lyrique qui rĂ©vĂ©la le jeune Puccini sur la scĂšne europĂ©enne.. on peut ĂȘtre gĂȘner par le timbre Ă©pais charnel de la soprano qui lui donne la rĂ©plique pour leur Ă©treinte sensuelle qui conclut l’air conquĂ©rant, Ă©perdu, Ă©chevelĂ© (oh saro  la piĂč  bella…).
Plus convaincant sait ĂȘtre le tĂ©nor aux aigus dĂ©chirants et mordants (dĂ©sespĂ©rĂ©s) dans les deux derniĂšres  scĂšnes sombres et tragiques (pour Manon) : ah Manon, mi tradisce puis quand expire la jeune femme et la dĂ©ploration du pauvre chevalier impuissant et dĂ©muni  (Presto in fila)…
Les deux airs  qui suivent sont davantage captivants car ils ne cĂšdent pas Ă  la dĂ©clamation lyrique parfois aux Ă©panchements thĂ©atralisĂ©s de ce qui a prĂ©cĂ©dĂ©. Airs des opĂ©ras de jeunesse, si peu connus et Ă  torts. Tous deux d’aprĂšs un livret de Ferdinand Fontana, ils montrent certes encore le compositeur dĂ©butant sous l’emprise du Verdi Symphonique (celui d’Aida) mais dĂ©jĂ  dans l’air de Roberto au II de Villi, perce une intensitĂ© brĂ»lĂ©e qui dans le rĂŽle du protagoniste fait l’Ă©paisseur d’un hĂ©ros terrassĂ©, Ă  la fois dĂ©sespĂ©rĂ© et embrasĂ© par un sentiment tragique entre terreur et tristesse en lien avec l’atmosphĂšre fantastique du sujet (l’air dĂ©bute avec les sanglots des femmes mortes dĂ©laissĂ©es ou trahies par leur amant ; une alerte pour Roberto qui a quittĂ© sa fiancĂ©e pour une courtisane et qui apprend alors qu’il a provoquĂ© la mort de son premier amour… ): ce que le diseur rĂ©alise sur les derniers vers “que tristezza”, -vertige de la raucitĂ© d’une voix capable tout autant d’aigus filĂ©s-, renforce au-delĂ  de la justesse stylistique de l’intonation, la sincĂ©ritĂ© et la puissance du texte. RemarquĂ© par l’Ă©diteur Riccordi, grĂące Ă  Le Villi, Puccini se voit commander un nouvel opĂ©ra : Edgar. Les deux ouvrages mĂšnent au triomphe de Manon Lescaut et sa couleur printaniĂšre, d’une ardeur juvĂ©nile qui semble couler tout au long de la partition tel un romantisme juvĂ©nile revivifiĂ©. Ce Roberto annonce l’Ă©toffe du Pinkerton, l’officier amĂ©ricain qui se rend compte mais trop tard lui aussi du mal qu’il a causĂ©…

L’ivresse et l’extase paraissent dans le seul souffle du tĂ©nor qui comme nul autre soigne et la beautĂ© de ses phrasĂ©s et la tenue colorĂ©e de ses aigus, offrant toujours une parfaite lisibilitĂ© et de ses propres sentiments et des enjeux de la situation : son Rodolfo laisse pantois par sa fluiditĂ© caressante, sa facilitĂ© Ă  la langueur, une dĂ©termination pour la suavitĂ© hallucinĂ©e, capable d’exprimer dans le murmure et les pianissimi lĂ  aussi embrasĂ©s, les Ă©motions les plus intimes (superbe duo Rodolfo et Mimi terminĂ© en coulisses, plage 8).

 

 

 

Jonas Kaufmann en puccinien fauve

Calaf, Rodolfo, Mario, Jonas Kaufmann sublime surtout le rĂŽle de Dick…

 

CLIC D'OR macaron 200GravitĂ© et juvĂ©nilitĂ©, ardeur (fĂ©line) et intensitĂ© radicale (comme s’il donnait tout car demain Ă©tant un autre jour, sa vie pouvait en dĂ©couler), le tĂ©nor fait de Mario Cavaradossi, peintre libertaire bonapartiste, rebelle dans l’Italie monarchiste et rĂ©pressive, une autre Ăąme terrassĂ©e d’une force romantique irrĂ©sistible. Le travail sur Dick Johnson, voyou aventurier, prend une autre dimension en concertation / dialogue avec le tissu foisonnant et subtil de l’orchestre (l’un des plus riches selon le tĂ©nor visiblement inspirĂ© par l’ouvrage) : Kaufmann en fait un hĂ©ros tragique bouleversant exactement comme le voit l’hĂ©roĂŻne, la Fanciulla del West, Minnie ; le second air Risparmiate lo scherno… (celui d’un rouĂ© condamnĂ©, vilipendĂ© par la foule menaçante et sussurrant comme un serpent justicier) devient le dernier chant d’un condamnĂ© pour lequel orchestre et tĂ©nor trouvent et cisĂšlent des couleurs inĂ©dites, d’une force inouĂŻes… tragique, salvateur, voici le grand air d’exhortation Ă  l’Ă©lan cathartique, le plus beau de l’album : un Dick sublimĂ©, dĂ©voilĂ©, rĂ©vĂ©lĂ©… qu’on aimerait Ă©couter sur la scĂšne tant cette incarnation discographique est saisissante.

TaillĂ© Ă  prĂ©sent pour les hĂ©ros militant nourri d’une revanche et d’une haine mais aussi capable d’une tendresse Ă  fleur de peau, Kaufmann fait un somptueux Rinuccio dans Il Tabarro, puis dans Gianni Schichi, capable d’un hymne fraternel qui semble exprimer toute la douleur des opprimĂ©s puis l’Ă©lan le plus facĂ©tieux : l’abattage linguistique et la pĂ©tillence du chanteur Ă©poustouflent dans les deux registres.

Tout oeuvre et tend vers son Nessun dorma : un hymne pour une aube nouvelle (“que personne ne dorme”… audelĂ  de la situation de terreur dans la continuitĂ© de l’opĂ©ra, c’est dans la voix du chanteur fraternel, la priĂšre Ă©noncĂ©e Ă  l’humanitĂ© entiĂšre pour renouveler l’espoir d’une existence nouvelle). L’air le plus cĂ©lĂšbre qui a fait la gloire de son prĂ©dĂ©cesseur Pavarotti, est incarnĂ© avec une noblesse fauve par un tĂ©nor diseur au chant voluptueux et rugueux : oĂč a-t-on Ă©coutĂ© ailleurs une telle suavitĂ© Ă©perdue, une telle richesse harmonique du timbre, Ă  la fois cuivrĂ© et caressant ? D’autant que l’orchestre de Pappano rĂ©alise un travail d’orfĂšvre, rĂ©vĂ©lant des facettes instrumentales et des couleurs d’une finesse elle aussi envoĂ»tante (malgrĂ© quelques tutti assez ronflants que le chef aurait pu Ă©viter). Sublime puccinien : dommage que ses duos avec l’impossible soprano Kristine Opolais (timbre Ă©pais, imprĂ©cis, terreux) dont on ne saisit toujours pas l’utilitĂ© de sa prĂ©sence dans le prĂ©sent rĂ©cital.

kaufmann jonas puccini cd classical sony review presentation account of CLASSIQUENEWS clic septembre 2015 cdCd Ă©vĂ©nement, compte rendu critique. Jonas Kaufmann, tĂ©nor. Nessun Dorma, The Puccini Album : Manon Lescaut (DesGrieux), Le Villi (Roberto), Edgar, La BohĂšme (Rodolfo), Tosca (Mario) Madama Butterfly (Pinkerton), La Fanciulla del West (Dick Johnson), La Rondine (Roggero), Il Tabarro (Luigi), Gianni Schichi (Rinuccio). (1 cd Sony classical, enregistrement rĂ©lisĂ© en septembre 2014). Orchestre et chƓur de l’Accademia nazionale di Santa Cecilia. Antonio Pappano, direction.

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LIRE aussi notre annonce du cd Du bist die Welt fĂŒr mich… 

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Actualités de Jonas Kaufmann
AprĂšs avoir chantĂ© Don JosĂ© aux ChorĂ©gies d’Orange en juillet 2015, le tĂ©nor est Ă  Paris :
Le 12 octobre 2015, Paris, TCE : Ariadne auf Naxos (Bacchus), version de concert
Le 29 octobre 2015, Paris, TCE : RĂ©cital Puccini (programme de son album Sony)

Le 19 novembre au cinéma : Récital Puccini filmé à la Scala de Milan en juin 2015

Du 8 au au 20 décembre 2015 : Paris, Opéra Bastille : La Damnation de Faust (Faust, 6 représentations)

CD, Ă  paraĂźtre : Nouvelle AIDA de Verdi avec Jonas Kaufmann en RadamĂšs chez Warner classics (octobre 2015)

jonas kaufmann aida verdi AIDA COVERCD, Ă  paraĂźtre : Nouvelle AIDA de Verdi avec Jonas Kaufmann en RadamĂšs chez Warner classics
 Les nouvelle productions lyrique au disque sont rares. depuis des annĂ©es, ce sont non plus des enregistrements studio qui se sont perpĂ©tuĂ©s mais plutĂŽt des live habilement saisis sur le vif au hasard des opportunitĂ©s. AprĂšs une TURANDOT impressionnante de vitalitĂ© et de sensibilitĂ© signĂ©e Zubin Mehta (surprise de l’étĂ© 2015 (rĂ©vĂ©lant entre autres le baryton mexicain German Olvera dans le rĂŽle de Pang), voici une production qui fait suite  Ă  l’intĂ©grale Tristan une Isolde rĂ©alisĂ© par Emi en 2005 : confirmant les ambitions verdiennes du plus grand tĂ©nor actuel, le munichois Jonas Kaufmann, Warner classics annonce donc dĂ©but octobre 2015, une somptueuse AIDA de Verdi avec dans le rĂŽle du gĂ©nĂ©ral victorieux et couvert de l’or de Pharaon mais en fin de drame, saisi par l’amour de la belle esclave Ă©thiopienne Aida, Jonas Kaufmann.

Jonas Kaufmann au sommet !Le tĂ©nor nous avait stupĂ©fait dans un rĂ©cital totalement dĂ©diĂ© Ă  la lyre verdienne, intitulĂ© sobrement solennellement ” the VERDI album” (2013) : un rĂ©cital inoubliable par sa justesse expressive, sa franchise, sa sincĂ©rité (dont un Otello anthologique sur les traces de Jon Vickers). Un cas unique oĂč le tĂ©nor aux graves harmoniques, au mĂ©dium charnu, Ă  l’élocution Ăąpre et prĂ©cise, percutante et mĂ©tallique emboĂźte le pas Ă  un certain
. Placido Domingo. Jonas Kaufmann devrait y renouveler le succĂšs de son novel album Sony : Nessun forma dĂ©diĂ© aux hĂ©ros pucciniens
 (critique Ă  venir sur classiquenews).

jonas kaufmann anja harteros enregistrent AIDA Antonio Pappano VERDI review announce annonce classiquenews

L’enregistrement studio a dĂ©butĂ© en fĂ©vrier 2015 : aux cĂŽtĂ©s du tĂ©nor allemand, Anja Harteros (Aida), Ekaterina Semchuk (Amneris), Ludovic TĂ©zier (Amonasro), Erwin Schrott (Ramfis)
 complĂštent la distribution rĂ©unie autour d’Antonio Pappano qui pilote le chƓur et l’orchestre dell’Accademia di Santa Cecilia. Aida de Verdi, 3 cd Warner classics. Parution annoncĂ©e le 2 octobre 2015, prochain compte rendu dĂ©veloppĂ© dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com

 

Compte rendu, opĂ©ra. Orange, ChorĂ©gies. Bizet : Carmen. Le 14 juillet 2015. Orchestre Philharmonique de radio France. ChƓurs des OpĂ©ras d’Angers-Nantes, du Grand Avignon et de Nice. MaĂźtrise des Bouches-du-RhĂŽne. Direction musicale : Mikko Franck. Mise en scĂšne, dĂ©cors, costumes : Louis DĂ©sirĂ©.

5 carmen_philippegromelle2Les Espagnols, nous ne dĂ©testons rien tant que l’interprĂ©tation hyper coloriste de notre couleur locale, surtout de cette Andalousie que, par une synecdoque abusive autrefois imposĂ©e par le franquisme, on a longtemps donnĂ©e comme la partie pour le tout d’une Espagne plurielle et diverse. Aussi applaudit-on Ă  cette vision de Carmen, Ă©purĂ©e d’espagnolisme de façade, d’espagnolade pour caricaturales « fiestas » bachiques et sanglantes, que nous offre la mise en scĂšne de Louis DĂ©sirĂ©, dont les somptueux et sombres Ă©clairages de Patrick MĂ©eĂŒs mettent, paradoxalement, en lumiĂšre, la profonde noirceur hispanique, l’ñme tragique au milieu de la fĂȘte, la cĂ©lĂ©bration de la vie au bord du prĂ©cipice : allure et figure jusqu’à la sĂ©pulture. IncarnĂ©e par l’Espagnole Carmen qui, si « elle chante  de la musique française », ce dont on donne acte Ă  Louis DĂ©sirĂ© dans sa note, n’enchante pas moins par une musique qui emprunte Ă  l’Espagne certains  de ses rythmes, comme la sĂ©guedille, le polo prĂ©lude Ă  l’Acte IV inspirĂ© du Poeta calculista du fameux Manuel GarcĂ­a, pĂšre andalou de la Malibran et de Pauline Viardot GarcĂ­a qui venait d’en Ă©diter des Ɠuvres et, surtout, l’emblĂ©matique habanera, « L’amour est un oiseau rebelle », que Bizet reprend du sensuel et humoristique El arreglito de son ami espagnol SebastiĂĄn Iradier, auteur de La paloma, professeur de musique de l’impĂ©ratrice espagnole EugĂ©nie de Montijo, qu’il a l’élĂ©gance de citer. Mais l’art n’a pas de frontiĂšres, les gĂ©nies prennent leur bien oĂč ils le trouvent et, d’aprĂšs un texte trĂšs justement espagnol de MĂ©rimĂ©e, la française et hispanique Carmen de Bizet est universelle, figure mythique sur laquelle nous nous sommes dĂ©jĂ  penchĂ©s, et, personnellement, sur son clair-obscur sexuel .

Carmen au Théùtre Antique : nocturne goyesque à Orange

Héros déracinés et ligotés, illusion de liberté

Je ne reviendrai pas sur tout ce que j’ai pu Ă©crire sur les personnages, dĂ©racinĂ©s, ligotĂ©s par la sociĂ©tĂ©, condamnĂ©s Ă  une errance, Ă  la fuite : Don JosĂ©, nobliau navarrais, arrachĂ© Ă  sa contrĂ©e par une affaire d’honneur et de meurtre, rĂ©duit Ă  ĂȘtre dĂ©classĂ©, soldat, dĂ©gradĂ©, emprisonnĂ© puis contrebandier contre sa volontĂ©, aux antipodes nationaux de chez lui, dans cette Andalousie oĂč il reste fondamental Ă©tranger ; sa mĂšre qui l’a suivi dans un proche village, conscience du passĂ©, du terroir, des valeurs locales, et cette MicaĂ«la, orpheline venue d’on ne sait oĂč, escortant la mĂšre et suivant JosĂ© ; ces contrebandiers, passant d’un pays (Gibraltar anglais) Ă  l’autre, sans oublier ces femmes, ces ouvriĂšres, sans doute fixĂ©es dans l’usine, par la nĂ©cessitĂ© esclavagiste du travail, mais peut-ĂȘtre bientĂŽt enracinĂ©es par un mariage donnant au mĂąle nomade la fixitĂ© contrainte du foyer : la femme soumise ne peut que procrĂ©er des fillettes dans le rang sinon des filles soumises, des fillettes dĂ©jĂ  esclaves, avant d’ĂȘtre l’objet de la convoitise brutale de la troupe des hommes, dont seule Carmen, avec son art de l’esquive, se tire un moment. Les petits garçons sont aussi formatĂ©s par l’ordre social, « comme de petits soldats », avant d’ĂȘtre des grands, gardiens de l’ordre corsetĂ© et oppressif.

Don JosĂ© est d’entrĂ©e l’homme prisonnier, ligoté : de ses prĂ©jugĂ©s, de sa chastetĂ©, de son uniforme. Fils soumis Ă  la MĂšre, dont la maternelle MicaĂ«la apporte le message,  Ă  la MĂšre Ă©glise, Ă  la MĂšre Patrie: homme enfant malgrĂ© les apparences. Carmen, apparemment prisonniĂšre et ligotĂ©e par lui, lui offrira l’occasion de la libertĂ© mais oiseau rebelle, papillon insaisissable, elle sera finalement Ă©pinglĂ©e, fixĂ©e par le couteau d’une implacable loi.

RÉALISATION

Cartes sur table, sur scÚne : la donne du destin

Dans une obscuritĂ© augurale, sans doute du destin indĂ©chiffrable, vague lumiĂšre qui fait hĂ©siter entre rĂȘve et Ă©veil, ou goyesque cauchemar plein de formes inconnues qui envahissent la scĂšne, une foule grouillante se prĂ©cise, femmes en peu seyantes robes orange ou marron (Louis DĂ©sirĂ©), soldats en uniformes noirs, et, au milieu, se dĂ©tache la lumineuse blancheur de l’habit de Carmen, un bouquet de roses sanglantes de rougeur Ă  la main. L’ouverture sonne, lancĂ©e par un enfant et s’anime dĂ©jĂ  du drame : JosĂ©, seul, cartes Ă  la main, Carmen s’avance vers lui comme la fatalitĂ©, dĂ©jĂ  voile de deuil sur la tĂȘte, lui jetant les fleurs sur le thĂšme du destin. D’avance, tout est dit, Ă©crit. L’on comprend ces cartes gĂ©antes posĂ©es comme au hasard, comme en Ă©quilibre instable, de guingois, contre la soliditĂ© du mur antique : la vie comme un fragile chĂąteau de cartes dont on sent le possible et inĂ©luctable Ă©croulement sur les hĂ©ros confrontĂ©s, pour l’heure vide de sens, Ă  l’envers, simples somptueux tapis de sol qui ne s’éclaireront qu’à l’heure fatale dĂ©cidĂ©e par un destin obscur qui Ă©chappe aux hommes et Ă  Carmen mĂȘme qui le connaĂźt : pique et carreau. Ces cartes se dĂ©clineront, mises en abĂźme, en Ă©ventails et cartes en main, Ă  jouer, de tous les personnages : chacun a la main, mais aucun l’atout dĂ©cisif : « Le destin est le maĂźtre », reconnaĂźtra Carmen. Tout converge intelligemment vers l’air fatidique des cartes oĂč la clartĂ© impitoyable du destin s’éclaire tragiquement Ă  leur lecture.

Autre lumiĂšre dans cette ambiante obscuritĂ©, le magnifique effet solaire des doublures dorĂ©es des soldats fĂȘtant Escamillo ou, moins rĂ©ussi, trop clinquant, le dĂ©filĂ© des « cuadrillas » en habits de lumiĂšre Ă©clairant heureusement le ridicule des faux hĂ©ros de la virilitĂ© et du courage que sont les toreros.

On admire d’autres trouvailles : les lances des dragons plantĂ©es sur le sol Ă  la fois herse, dĂ©fense, agression possible et prison pour Don JosĂ©, habitĂ© dĂ©jĂ  du rĂȘve de la taverne de Pastia, traversĂ© par l’ombre, les ombres de Carmen robe d’une sobre Ă©lĂ©gance espagnole, en mantille, devenant filet, rets d’un sortilĂšge jetĂ© sur le pauvre brigadier, Carmen signifiant aussi, en espagnol, ‘charme’, ‘magie’.  La corde, Ă©galement, circulera comme signe des liens de l’amour, du destin, de l’impossible libertĂ© sauf dans la mort, et mĂȘme de l’évasion plaisante du quintette qui a un rythme de galop digne d’Offenbach. Il y a aussi cette magnifique idĂ©e, enchaĂźnant la fin du III avec l’acte IV, la cape de matador (‘tueur’, en espagnol) dont Escamillo couvre galamment Carmen, devenant sa parure de mort prochaine. Enfin, la fleur se dissĂ©mine aussi dans le parcours, offerte d’abord par ZĂșñiga Ă  Carmen, par Carmen Ă  Don JosĂ© depuis l’ouverture, avec son acmĂ©, son sommet dans l’air de la fleur, puis par le torero Ă  la gitane, finalement traces de sang sur son corps sacrifiĂ© par JosĂ© sur la carte fatidique.

Le privilĂšge des proches places de la presse se retourne, hĂ©las, contre la vision d’ensemble : effet de la perspective, toute cette foule nourrie de choristes semble s’accumuler, s’écraser sur l’avant-scĂšne, occupant ou saturant l’espace Ă©troit laissĂ© par les superbes cartes adossĂ©es contre le fond. Mais, vu Ă  la tĂ©lĂ©vision, le dispositif, en plongĂ©e, prend son sens, a une indĂ©niable beautĂ© plastique et picturale qui saisit et sĂ©duit. Les cartes rĂ©vĂ©lĂ©es par la lumiĂšre font rĂȘver. Et, ce que la distance semblait diluer du jeu des chanteurs se magnifie par des gros plans qui Ă©meuvent par la beautĂ© et le jeu intense et nuancĂ© des interprĂštes, dignes du cinĂ©ma. Cette production tĂ©lĂ© aura bĂ©nĂ©ficiĂ© d’un exceptionnel rĂ©alisateur qui a captĂ© l’essence de cette mise en scĂšne, Andy Sommer.

INTERPRÉTATION

mikko frank dirigeantCe dĂ©but avec tout ce monde serrĂ© sur l’obscuritĂ© du plateau, forcĂ©ment contraint dans ses mouvements, ne pouvait donner au chef Mikko Franck l’occasion de faire briller une ouverture en discordance avec la tonalitĂ© ombreuse du plateau. Quelques malotrus, tous Ă  jardin et groupĂ©s, donc dirigĂ©s, se permettront des huĂ©es inconvenantes. Sortant d’une excessive tradition coloriste, quelques tempi sont lents aux oreilles de certains, mais quelle mise en valeur du crescendo, partant d’une lenteur inquiĂ©tante de l’abord de la chanson gitane qui, de sa contention premiĂšre, Ă©clate en folle rage festive sur les cris des trois danseuses ! Et le quintette menĂ© Ă  un train d’enfer ! Cette approche, impressionniste, impressionne par la mise en valeur des timbres, des couleurs d’une dĂ©licatesse toute mozartienne de l’instrumentation plus que de l’orchestration de Bizet. Le problĂšme est, peut-ĂȘtre, que la mise en scĂšne symbolique avec ces cartes matĂ©rialisant le destin, visant le mythe, demandait sans doute plus de simplification des lignes que de rutilance des dĂ©tails. Les chƓurs, malgrĂ© des craintes sur l’encombrement de la scĂšne, tirent leur Ă©pingle du jeu et les enfants, trĂšs engagĂ©s, se paient, bien sĂ»r, un triomphe.

On nous a Ă©pargnĂ©, par des chanteurs Ă©trangers mĂȘme Ă  la parfaite diction, les passages parlĂ©s de cet opĂ©ra-comique Ă  l’origine, guĂšre intĂ©ressants (qui comprend aujourd’hui l’histoire de l’épinglette qui justifie le moqueur « épinglier de mon cƓur de Carmen Ă  José ?). Les rĂ©citatifs de Guiraud sont concis et percutants (« Peste, vous avez la main leste ! »), ou sonnent comme des maximes : « Il est permis d’attendre, il est doux d’espĂ©rer ». C’est bien vu et bien venu.

Comme toujours Ă  Orange, le plateau est d’une homogĂ©nĂ©itĂ© digne de mention. En Remendado truand rapiĂ©cĂ© selon son nom, on a plaisir Ă  retrouver Florian Laconi, faisant la paire, inverse en couleur de voix, lumiĂšre et ombre, avec le tonitruant et truculent DancaĂŻre d’Olivier Grand, couple symĂ©trique et antithĂ©tique avec  ces coquines de dames : la fraĂźcheur lumineuse de la Frasquita d’HĂ©lĂšne Guilmette contrastant joliment avec la chaleur du mezzo sombre de Marie Karall. Armando Noguera campe un fringant Morales, perchĂ© sur sa belle voix de baryton comme un coq sur ses pattes pour sĂ©duire MicaĂ«la. Le Zuñiga de Jean Teitgen est tout sĂ©duction aussi par un timbre sombre, profond, et une allure de « caballero » Ă©lĂ©gant et humain.

Humaine, si humaine, le miel  de l’humanitĂ© est distillĂ©, avec l’inaltĂ©rable grĂące qu’on lui connaĂźt et que l’on goĂ»te, par la MicaĂ«la tendre d’Inva Mula, maternelle et protectrice messagĂšre de la MĂšre, mĂšre en puissance et, pour l’heure, amante blessĂ©e mais compatissante et courageuse. La voix, moelleuse, apaisante, se dĂ©ploie en lignes d’une aisance cĂ©leste mais aux pieds sur la terre de la piĂ©tĂ© et pitiĂ©.

Dans le rĂŽle Ă  l’ingrate tessiture d‘Escamillo, trop grave pour un baryton, trop aigu pour une basse, nouveau venu Ă  Orange, Kyle Ketelsen est foudroyant de prĂ©sence physique et vocale, amplitude, largeur, couleur et incarnation, il remporte avec justice tous les suffrages.

Que dire de Jonas Kaufmann qu’on n’ait dĂ©jĂ  dit ? Il sait dĂ©chirer le tissu de sa superbe voix pour rendre les dĂ©chirures rauques de ce hĂ©ros passionnĂ© meurtri, un Don JosĂ© d’abord rĂȘveur ou prostrĂ© par le passĂ© sur sa chaise, interloquĂ© par l’audace de la femme, de cette femme, de cette Carmen qui fait son chemin en lui, jusqu’à l’air Ă  la fois intime et Ă©clatant de la fleur. Il le commence en demi-teinte, comme se chantant Ă  lui-mĂȘme, en tire des couleurs et nuances d’une frĂ©missante sensibilitĂ© et sensualitĂ© et en donne le si bĂ©mol final en double pianissimo, comme il est Ă©crit dans la partition, en voix de poitrine, qui prend tout son sens : la voix du cƓur. Il est bouleversant.

Face Ă  lui, face Ă  face, effrontĂ©e et affrontĂ©e, Kate Aldrich entre dans la catĂ©gorie moderne des Carmen que Teresa Berganza rendit Ă  la fidĂ©litĂ© de la partition et Ă  la dignitĂ© fĂ©minine et gitane sans grossissement de fĂ©minisme ou gitanisme outrancier. Elle est d’une beautĂ© qu’on dirait du diable si ce sourire Ă©clatant ne lui donnait une humanitĂ© fraternelle et une fraĂźcheur parfois angĂ©lique : sĂ»re sans doute de sa sĂ©duction mais sans se laisser abuser par elle, elle donne au personnage une distance avec la personne qui dit, sans dire, sa profondeur et une sorte de dĂ©tachement dĂ©sabusĂ© du monde. La voix rĂ©pond au physique, Ă©lĂ©gante, souple, satinĂ©e, raffinĂ©e, n’escamotant pas les nuances, n’accusant aucun effet dans la grandeur dĂ©mesurĂ©e de l’espace qu’elle habite sans effort. Il faudrait des pages pour dĂ©tailler la finesse de son jeu heureusement captĂ© par la tĂ©lĂ©vision : rieuse, railleuse, blagueuse (Carmen a des mots d’esprit des plus plaisants), enfin, tragique. ÉlĂ©gante mĂȘme dans ces gestes pour chasser, comme mouches importunes, tous ces hommes bavant de dĂ©sir, Ă©cartant d’une main la fleur de l’officier dans la taverne, la photo dĂ©dicacĂ©e de l’arrogant torero, passionnĂ©e avec JosĂ© et plus grave, dĂ©jĂ , avec Escamillo. Est-elle la figure mythique de l’hĂ©roĂŻne ? Les mythes ne sont plus de ce temps. Elle me semble plutĂŽt une femme du nĂŽtre, qui a conquis sa libertĂ© et qui en a acceptĂ© le prix : ce qu’allĂ©gorise sans doute la mort de Carmen au nom de toutes les femmes autrefois sacrifiĂ©es sur l’autel de l’honneur des hommes.

Compte rendu, opĂ©ra. Orange, ChorĂ©gies. Bizet : Carmen. Le 14 juillet 2015. Orchestre Philharmonique de radio France. ChƓurs des OpĂ©ras d’Angers-Nantes, du Grand Avignon et de Nice. MaĂźtrise des Bouches-du-RhĂŽne. Direction musicale : Mikko Franck. Mise en scĂšne, dĂ©cors, costumes :  Louis DĂ©sirĂ©.

Distribution : Carmen : Kate Aldrich ; Micaëla : Inva Mula; Frasquita : HélÚne Guilmette
MercédÚs : Marie Karall ; Don José :  Jonas Kaufmann ;  Escamillo : Kyle Ketelsen ;
Zuñiga :  Jean Teitgen ; le Dancaïre Olivier Grand; le Remendado : Florian Laconi
; MoralÚs : Armando Noguera. Illustration : Philippe Gromelle

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  1. Voir Benito PelegrĂ­n « Carmen, entre chien et loup de la sexualité », entre autres Ă©tudes, in Carmen, ÉditĂ© par Élisabeth Ravoux-Rallo, Figures mythiques, Éd. Autrement, p.50-75, 1986.

Salzbourg. Jonas Kaufmann chante Florestan

Jonas Kaufmann, le plus grand tĂ©nor du monde !Salzbourg. Beethoven : Fidelio, les 4,7,10,13, 16, 19 aoĂ»t 2015. Alors que Cecilia Bartoli chante Norma et IphigĂ©nie, Jonas Kaufmann crĂ©e aussi l’Ă©vĂ©nement Ă  Salzbourg 2015, en incarnant un rĂŽle qui lui va comme un gant : le prisonnier Florestan, hĂ©ros moderne prĂȘt Ă  quitter l’ombre pour la lumiĂšre. Leonore, Ă©pouse de Florestan, est dĂ©terminĂ©e Ă  sauver son mari. DĂ©guisĂ©e en garçon, sous le nom de Fidelio, elle parvient Ă  s’introduire auprĂšs du geĂŽlier Rocco, Ă  gagner sa confiance et Ă  libĂ©rer Florestan, aidĂ©e par l’arrivĂ©e providentielle du ministre venu mettre fin Ă  l’arbitraire tyrannique de Don Pizarro
 Fidelio, opĂ©ra romantique, recueille les fruits solaire des LumiĂšres, soulignent la vertu d’une Ă©pouse fidĂšle et loyale prĂȘte Ă  sauver jusqu’à la mort celui qu’elle aime : telle Alceste de Gluck, c’est une figure de femme droite et dĂ©terminĂ©e que l’amour conduit jusqu’au sublime exemplaire. Livret Josef Sonnleithner et Georg Friedrich Treitschke.
Hymne Ă  l’amour triomphal, la partition de Fidelio exalte la vertu de la fidĂ©litĂ© conjugale contre la tyrannie. L’auteur illustre la constance de l’épouse, sa dĂ©termination exemplaire contre l’autoritĂ© du despote Pizzaro. Si Alceste descend aux enfers pour sauver son Ă©poux AdmĂšte, Leonore, devenue Fidelio, rejoint son Ă©poux Florestan dans la prison pour l’en libĂ©rer.  Le chef d’oeuvre lyrique de Beethoven est crĂ©Ă© dans sa version dĂ©finitive Ă  Vienne, en 1814. La partition met en lumiĂšre le long processus d’écriture dont tĂ©moigne aussi les diffĂ©rentes versions de l’ouverture notĂ©es Leonore I, II, III, selon les temps de rĂ©vision et de rĂ©Ă©criture. L’énergie et l’espĂ©rance de Beethoven sont portĂ©es Ă  leur plus haut degrĂ© d’accomplissement. Quand Beethoven compose, il Ă©crit pour la fraternitĂ© Ă  bĂątir, l’humanitĂ© Ă  sauver d’elle mĂȘme.
Un sujet Ă©difiant qui fait l’apothĂ©ose de la fidĂ©litĂ© d’une Ă©pouse.Tout d’abord inspirĂ© par le livret hĂ©roĂŻque d’Emmanuel Shikaneder, « Vestas Feuer » (Le feu de Vesta), le compositeur se dĂ©cida finalement pour la piĂšce en trois actes du secrĂ©taire du thĂ©Ăątre impĂ©rial de Vienne, Joseph Ferdinand von Sonnleithner, lui-mĂȘme s’inspirant de LĂ©onore ou l’amour conjugal du français Jean Nicolas Bouilly.‹L’histoire s’inspire d’un fait avĂ©rĂ©. Bouilly alors procureur du Tribunal rĂ©volutionnaire avait notĂ© le dĂ©vouement de la comtesse de Semblançay qui avait permis la libĂ©ration de son mari en pĂ©nĂ©trant dans la prison jacobine oĂč Ă©tait sequestrĂ© son Ă©poux, le Comte RenĂ©. Le texte de Bouilly fut ensuite portĂ© Ă  la scĂšne et mis en musique dans le style de Cherubini, par Pierre Gaveaux, au ThĂ©Ăątre Feydeau, le 19 fĂ©vrier 1798. L’heure Ă©tait au culte des hĂ©ros, du moins aux manifestations d’un idĂ©alisme exemplaire.

De 1805 Ă  1806: les deux premiĂšre versions

Fidelio de BeethovenBeethoven couche ses premiĂšre mesures fin 1803. Il faudra attendre encore deux annĂ©es avant la premiĂšre, le 20 novembre 1805. Entre temps, deux autres ouvrages lyriques furent crĂ©Ă©s sur le sujet, composĂ©s Ă  Dresde par PaĂ«r (3 octobre 1804), Ă  Padoue par Mayr (1805). Il est probable que Beethoven connut parfaitement la version de PaĂ«r. L’accueil dans une Vienne alors occupĂ©e par les français, – NapolĂ©on rĂšgne sur l’Europe-, ne fut pas des plus chaleureux. Les raisons de cette Ă©chec restent conjectures. Beethoven sourd qui avait imposĂ© sa dĂ©cision de diriger « sa Leonore », fut-il un Ă©lĂ©ment fragilisant la crĂ©ation ? L’orchestre Ă©tait-il Ă  la hauteur de ses exigences?‹Ainsi qu’il en est pour les Ɠuvres des gĂ©nies insatisfaits, Beethoven meurtri, demanda dĂšs le lendemain de la premiĂšre, Ă  Stephan von Breuning, de remanier le texte initial, de passer de trois Ă  deux actes, selon une formule efficace qui avait dĂ©jĂ  montrer ses avantages pour la Clemenza di tito de Mozart en 1791. Beethoven remanie aussi la partition, compose une nouvelle ouverture, aujourd’hui connue sous le nom d’ « ouverture Leonore III ». La premiĂšre n’ayant jamais Ă©tĂ© jouĂ©e du vivant du compositeur, c’est la seconde version qui fut abordĂ©e lors de la crĂ©ation de 1805.‹Avec l’ouverture Leonore III, son dĂ©coupage nouveau en deux actes, la nouvelle Leonore de Beethoven fut prĂ©sentĂ©e au public le 29 mars 1806. SuccĂšs immĂ©diat mais, obstacles ourdis par un destin contaire, Beethoven en brouille avec l’intendant du thĂ©Ăątre an der Wien qui affichait l’opĂ©ra, retira illico son Ɠuvre.

Version finale de 1814
Pour autant, le destin de Leonore n’était pas terminĂ©. Georg Friedrich Treitschke, sous-directeur du mĂȘme thĂ©Ăątre an der Wien en 1814, proposa Ă  Beethoven de remonter l’ouvrage. Et le compositeur de bonne volontĂ©, accepta de reprendre sa partition pour une troisiĂšme nouvelle version. “Cet opĂ©ra me vaudra la couronne des martyrs”, Ă©crit-il alors. RĂ©duction du texte de Sonnleithner, nouvelle ouverture en mi majeur, dite « Fidelio », nouvelle fin plus Ă©clatante, puisque les protagoniste chantent leur libĂ©ration non plus dans le cachot mais sur la place du chĂąteau. L’hymne Ă  la lumiĂšre y est d’autant plus explicite que Beethoven rĂ©utilise pour l’air final une mĂ©lodie tirĂ©e de sa cantate composĂ©e en 1790 pour la mort de Joseph II. Un style oratoire clame la libĂ©ration du couple, et au delĂ , la libertĂ© des hommes tournĂ©s vers l’idĂ©al des LumiĂšres.‹Si la fidĂ©litĂ© est la valeur premiĂšre cĂ©lĂ©brĂ©e dans l’Ɠuvre, il en est de mĂȘme pour la chanteuse crĂ©atrice de la premiĂšre Leonore en 1805 : Anna Midler chanta, presque dix ans plus tard, le rĂŽle-titre, lors de la recrĂ©ation de l’Ɠuvre, le 23 mai 1814. L’opĂ©ra suscita enfin un vĂ©ritable triomphe.
Ludwig van Beethoven, Fidelio (1805-1814)‹OpĂ©ra en deux actes sur un livret de Joseph Sonnleithner et Georg Friedrich Treischke d’aprĂšs le mĂ©lodrame de Jean-Nicolas Bouilly « LĂ©onore ou l’amour conjugual »

Salzbourg. Beethoven : Fidelio, les 4,7,10,13, 16, 19 août 2015. Avec Jonas Kaufmann, Pieczonka, Bezsmertna, König, Tézier. Welser-Möst, direction. Guth, mise en scÚne.

Paris : Jonas Kaufmann chante le Berlin des années 1920

cd sony classical kaufmann jonas2Paris, TCE. RĂ©cital Jonas Kaufmann, samedi 23 mai 2015, 20h. Du bist die Welt fĂŒr mich… AccompagnĂ© par l’orchestre de la radio bavaroise, le tĂ©nor vedette Jonas Kaufmann chante le programme de son dernier disque : une sĂ©lection de chansons et airs d’opĂ©rette du Berlin des AnnĂ©es Folles. Le diseur inspirĂ©, hallucinĂ© chez Schubert, le WagnĂ©rien subtil, le verdien bientĂŽt adulĂ©, articule Ă  Paris, la sensualitĂ© berlinoise dans un cycle d’airs dĂ©licieusement suaves propre Ă  l’insouciance des annĂ©es 1920.

 

 

Pour la rentrĂ©e 2014, le chanteur en style rĂ©tro, a pris le chemin du studio pour graver de nouveaux standards lyriques, non pas signĂ©s Verdi (comme l’a montrĂ© son remarquable rĂ©cital discographique The Verdi album),  mais Lehar, Tauber, Kalman, Korngold ou Stolz, soit les auteurs actifs Ă  Berlin, en vogue Ă  l’époque des dĂ©buts du cinĂ©ma parlant


Kaufmann en crooner berlinois des années 1920

jonas_kaufmann crooner berlin You mean the entire worlf to me cd sony classical You mean the entire worlf to meA l’instar du tube populaire qui donne son titre Ă  l’album : Du bist die Welt fĂŒr mich (Tu es le monde pour moi / You mean the entire world to me) de Richard Tauber, – une chanson souvent reprise en bis lors de ses rĂ©citals, Jonas Kaufmann a organisĂ© son programme en collectionnant plusieurs standards restituĂ©s ici dans leur orchestration originale, remontant à la pĂ©riode 1925-1935. L’interprĂšte diseur en or (chez Schubert entre autres), magicien du verbe incarnĂ©, remarquable acteur lyrique par son intĂ©rioritĂ© intimiste et puissante, sait ici ciseler l’arĂȘte expressive de chaque auteur, qu’on a tort de classer parmi les compositeurs mineurs, auteurs de musiques lĂ©gĂšres. Il retrouve ce legato mordant et trĂšs colorĂ© que ses prĂ©dĂ©cesseurs, tels Fritz Wunderlich  ou Rudolf Schock, ont su avant lui affirmer, rendant au rĂ©pertoire mĂ©sestimĂ©, ses lettres de noblesse
 Le programme Ă©voque l’ñge d’or de la chanson berlinoise propre aux annĂ©es 1920 et 1930 dont l’insouciance raffinĂ©e contraste avec les Ă©vĂ©nements politiques Ă  venir. 
Au total 17 chansons et airs d’une sensualitĂ© ciselĂ©e oĂč Jonas Kaufmann affirme davantage son intelligence vocale et dramatique, son sens du texte, son goĂ»t de la situation, son brio naturel pour la caractĂ©risation Ă©motionnelle.  Pour ce nouvel album, Jonas Kaufmann est rejoint par la soprano Julie Kleiter pour Abraham et Korngold ; ils sont accompagnĂ©s par les instrumentistes du Rundfunk-Sinfonieorchester Berlin, dirigĂ©s par Jochen Rieder.

 

 

Paris, TCE. RĂ©cital Jonas Kaufmann, samedi 23 mai 2015, 20h. Du bist die Welt fĂŒr mich..

Compte rendu, opĂ©ra. Poitiers. CinĂ©ma “le Castille”, le 29 janvier 2015; en direct du Royal Opera House de Londres. Giordano : Andrea Chenier opra en quatre acte sur un livret de Luigi Illica d’aprs la vie du poĂšte AndrĂ© Chenier (1762-1794). Jonas Kaufmann, Andrea Chenier; Eva Maria Westbroek, Maddalena di Coigny, Zeljko Lucic, Carlo GĂ©rard…

Lorsqu’il compose Andrea Chenier en 1896, Umberto Giordano (1867-1948) ne pensait certainement pas que son opĂ©ra en quatre actes, inspirĂ© de la vie du poĂšte français guillotinĂ© pendant la terreur, serait plus connu pour certains de ses arias plus que dans sa totalitĂ©. Pour cette nouvelle production le Royal Opera House a confiĂ© la mise en scĂšne Ă   David McVicar, un habituĂ© de la scĂšne lyrique londonienne,  et le rĂŽle titre au tĂ©nor allemand Jonas Kaufmann.

 

 

 

trop lisse esprit révolutionnaire au Royal Opera House mais

sidérant Chénier de Jonas Kaufmann

 

 

jonas kaufmann andrea chenier opera giordanoDavid McVicar qui nous a habituĂ©  à des mises en scĂšne hors-normes comme par exemple Rigoletto oĂč il n’avait pas hĂ©sitĂ© Ă   introduire une courte scĂšne sexuelle lors de la fĂȘte du duc de Mantoue ou Faust avec son cabaret L’Enfer, rĂ©alise lĂ  une mise en scĂšne trĂšs, peut-tre trop, sage avec un premier acte terne Ă©trangement Ă  propice  l’endormissement. Les trois actes suivants  montrent une rĂ©volution française trĂšs Ă©dulcorĂ©e avec peu de mouvements de foules, aucun sans culottes et quasiment aucune chanson rĂ©volutionnaire sauf une carmagnole qui prĂ©cĂšde de peu le procĂšs de ChĂ©nier. Bien sĂ»r les costumes, les dĂ©cors et les lumiĂšres sont superbes mais il manque dans la mise en scĂšne le brin de vie, voire l’accent de folie qui caractĂ©rise habituellement le travail de McVicar. Sur le plateau, la distribution est totalement dominĂ©e par l’Andrea de Jonas Kaufmann. Le tĂ©nor allemand qui effectuait une prise de rĂŽle s’est emparĂ© du personnage avec panache et profondeur faisant siens les sentiments contradictoires du rĂŽle titre. De sa voix particuliĂšre, rugueuse et ciselĂ©e Ă  la fois, l’artiste souligne toutes les audaces et les nuances psychologiques de la partition redoutable de Giordano; l’improvviso (Colpito qui m’avete  Un di all’azzuro spazio) au premier acte et Un bel di di maggio au quatriĂšme sont interprĂ©tĂ©s avec Ă©lĂ©gance et intelligence.

Fine comdienne Eva Maria Westbroek  campe une Maddalena de Coigny à la fois provocatrice et sensuelle, sensible et aussi apeurĂ©e; mais vocalement la performance est inĂ©gale. TrĂšs Ă   l’aise dans le mĂ©dium, la soprano faillit cependant dans les extrĂ©mitĂ©s de la tessiture haute: ses aigus sont parfois tendus comme si, tĂ©tanisĂ©e par le dĂ©fi, Eva Maria Westbroek peinait Ă   se lĂącher complĂštement; du coup l’aria de Maddalena “La mamma morta” manque de panache comme de souffle mĂȘme s’il est interprĂ©tĂ© avec un engagement mĂ©ritoire.

Le Carlo GĂ©rard de Zeljko Lucic, esprit vilain-, est certes vocalement un peu monochrome mais scĂ©niquement solide; si nous aurions apprĂ©ciĂ© d’Ă©couter un peu plus de nuances, notamment dans “Nemico della patria” chantĂ© de maniĂšre un peu brutale. NĂ©anmoins Lucic brosse un portrait touchant de Carlo dont l’amour pour Maddalena le fait changer de camp avec un certaine noblesse. Notons aussi la jolie Bersi de Denyce Graves et des comprimari intelligemment distribuĂ©s. Le choeur du Royal Opera House, bien prĂ©parĂ©, comme d’habitude, fait une prestation trĂšs honorable ; il aurait certainement pu mieux faire si David McVicar avait seulement Ă©tĂ© plus inspirĂ©.

Dans la fosse Antonio Pappano dirige l’orchestre du Royal Opera avec style. Il prend le chef d’oeuvre de Giordano à son compte travaillant en amont avec chacun, solistes, orchestre, choeur ciselant la partition avec la rigueur et la minutie qui le payent. Pendant toute la soirĂ©e,  Pappano, attentif Ă  ce qui se passe sur le plateau,  tient son orchestre d’une main ferme.  La tenue est dramatique et la direction soignĂ© l’impact expressif de chaque scĂšne,  intimiste ou collective.

C’est, malgrĂ© une mise en scĂšne trop sage, une production qui a le mĂ©rite de mettre en avant une oeuvre mĂ©connue dont seuls quelques airs ont imprimĂ© les mĂ©moires grĂące, notamment, à Maria Callas qui contribua à sortir nombre d’oeuvres de l’oubli. L’immense succĂšs de la soirĂ©e est en grande partie du Ă  un Jonas Kaufmann mouvant et rayonnant, vocalement trĂšs en forme; nĂ©anmoins les partenaires du tĂ©nor allemand ne dĂ©mĂ©ritent absolument pas tant ils s’engagent  pour la dĂ©fense d’une oeuvre qui gagne grandement  ĂȘtre davantage Ă©coutĂ©e.

 

 

Jonas Kaufmann, le plus grand tĂ©nor du monde !Poitiers. Cinma “le Castille”, le 29 janvier 2015; en direct du Royal Opera House de Londres. Umberto Giordano (1867-1948) : Andrea Chenier opĂ©ra en quatre acte sur un livret de Luigi Illica d’aprĂšs la vie du poĂšte AndrĂ© Chenier (1762-1794). Jonas Kaufmann, Andrea Chenier; Eva Maria Westbroek, Maddalena di Coigny, Zeljko Lucic, Carlo GĂ©rard; Denyce Graves, Bersi; Elena Zilio, Madelon; Rosalind Plowright, Contessa di Coigny; Roland Wood, Roucher; Peter Colman-Wright, Pietro Fleville; Eddie Wade, Fouquier-Tinville; Adrian Clarke, Mathieu; Carlo Bosi, L’incroyable; Peter Hoare, l’abbĂ©; Jrmy White, Schmidt; John Cunningham, Major Domo; Yuriy Yurchuk, Dumas. Orchestre du Royal Opera House, choeur du Royal Opera; Antonio Pappano, direction. David McVicar, mise en scĂšne; Robert Jones, dĂ©cors; Jenny Tiramani, costumes; Adam Silverman, lumiĂšres.

 

 

 

Londres, Jonas Kaufmann chanter Andrea Chénier au Royal Opera House (janvier-février 2015)

kaufmann-jonas-580-594-une-actualites-Londres, ROH Covent Garden. Jonas Kaufmann chante Andrea ChĂ©nier. 20 janvier>6 fĂ©vrier 2015. Une tragĂ©die rĂ©volutionnaire : RĂ©volution de 1789, Sans culottes et Tribunal de 1794, sans omettre Robespierre et l’époque de La Terreur Ă  Paris, Umberto Giordano aborde ici une page passionnĂ©e et terrible de l’Histoire de France. En plus des rĂŽles exigeants dĂ©volus au poĂšte AndrĂ© et Madeleine, l’opĂ©ra oblige Ă  des seconds rĂŽles (comprimari) tout autant percutants, articulĂ©s, crĂ©dibles : Andrea ChĂ©nier comme tous les opĂ©ras vĂ©ristes est trĂšs proche du thĂ©Ăątre. C’est une nouvelle production trĂšs attendue associant le talent du metteur en scĂšne David McVicar et le tĂ©nor Ă©blouissant, grand fĂ©lin dramatique, vĂ©ritable diseur (chez Schubert), Jonas Kaufmann dans le rĂŽle-titre. Le chef d’oeuvre de Giordano, qui ne connaĂźtra guĂšre d’autre succĂšs que celui-lĂ , combine astucieusement grandes scĂšnes collectives oĂč rĂ©sonnent les fureurs de la RĂ©volution et de la Terreur de Robespierre, et l’ardente arabesque d’un amour contrariĂ©, celui du poĂšte ChĂ©nier et de l’aristocrate Madeleine de Coigny (rĂŽle tenu Ă  Londres par l’excellente Eva-Maria Westbroek). Soit autant d’arguments pour ne pas manquer Ă  Londres, cette nouvelle production trĂšs attendue.

jonas kaufmann andrea chenier opera giordanoJonas Kaufmann, un parcours en or. AprĂšs ses grands rĂŽles wagnĂ©riens (Lohengrin, Parsifal), aprĂšs un Ă©poustouflant et si sensuel Bacchus chez Strauss (Ariadne auf Naxos), Jonas Kaufmann prĂ©pare bientĂŽt son Otello verdien (un album discographique a dĂ©jĂ  donnĂ© la mesure de son incarnation
 lĂ©gendaire Ă  force de justesse et de profondeur). Le tĂ©nor munichois aime aussi passionnĂ©ment le rĂ©pertoire vĂ©riste : cet Andrea ChĂ©nier, hĂ©ros romantique, a Ă©tĂ© prĂ©cĂ©dĂ© par son Maurice de Saxe dans Adrienne Lecouvreur de Cilea, autre immense gĂ©nie de la scĂšne lyrique vĂ©riste : Jonas Kaufmann y chantait l’amant de la tragĂ©dienne, une prise de rĂŽle intense pour un acteur prĂȘt Ă  tous les dĂ©fis (chantĂ© aux cĂŽtĂ©s d’Angela Gheorghiou Ă  Londres dĂ©jĂ  en dĂ©cembre 2010).

Giordano : Andrea Chénier
Du 20 janvier au 6 fĂ©vrier 2015 – 7 reprĂ©sentations
Londres, Royal opera House, Covent Garden

Andrea ChĂ©nier d’Umberto Giordano
créé à la Scala de Milan le 28 mars 1896

Synopsis et temps forts de la partition
les Ă©pisodes du drame Ă  ne pas manquer

Acte I, au chùteau de Coigny, juin 1789. La comtesse invite le poÚte André Chénier en présence de sa fille, Madeleine. Le valet Charles jette son tablier et démissionne annonçant un ordre social nouveau.

Acte II, Ă  Paris, au cafĂ© Hotto, juin 1794. 5 ans plus tard, c’est la Terreur. Le destin fait ses croiser les mĂȘmes mais diffĂ©remment : ChnĂ©ier reçoit la visite de Madeleine (duo d’amour), cependant que la valet Charles se bat en duel avec AndrĂ© : celui-ci fuit Paris et la foule avec sa bien aĂźnĂ©e, Madeleine.
Acte III, devant le tribunal rĂ©volutionnaire, juillet 1794. Face Ă  Charles GĂ©rard, Madeleine tente de l’inflĂ©chir (la mamma morta) et de sauver AndrĂ© qui est arrĂȘtĂ© sans mĂ©nagement et condamnĂ© Ă  mort par Fouquier-Tinville
Acte IV, Prison de Saint-Lazare. Madeleine a rejoint AndrĂ© dans sa cellule. Charles tente d’obtenir de Robespeirre l’acquittement pour AndrĂ© mais celui-ci rĂ©pond : « MĂȘme Platon bannit les poĂštes de la RĂ©pulbique ».

Visiter la page Andrea Chénier avec Jonas Kaufmann sur le site du ROH Covent Garden Londres

 

 

 

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CD, coffret. Jonas Kaufmann : So great arias (4 cd Decca)

jonas_kaufmann_coffret so great ariasCD, coffret. Jonas Kaufmann : So great arias (4 cd Decca). BĂȘte de scĂšne (il l’a confirmĂ© encore par ce chant irradiĂ©, fĂ©lin, sauvage, idĂ©alement dyonisiaque, dans la derniĂšre production d’Ariane Auf Naxos – de surcroĂźt dans sa version originelle de 1912, prĂ©sentĂ©e en 2012 au festival de Salzbourg : un inoubliable Ă©vĂ©nement s’il n’était la direction certes fluide mais dĂ©sincarnĂ©e et peu subtil de Daniel Harding). Mais ce charisme tendu, viril, Ă©rotique qui passe dans le fil d’une voix animale demeure le plus grand apport sur la scĂšne musicale et lyrique au carrefour des deux siĂšcles. Decca rĂ©Ă©dite en un coffret incontournable la quintessence d’un  chant investi, affinĂ©, subtil, celui  d’un immense interprĂšte fin et intense, au timbre cuivrĂ© toujours Ă©poustouflant. VĂ©risme, wagnĂ©risme, chambrisme aussi en diseur schubertien (de premiĂšre classe pour les lieder rĂ©cemment, mais aussi dĂ©jĂ  audacieux pour l’une de ses premiĂšres apparitions sur scĂšne dans Alfonso und Estrella, l’opĂ©ra oubliĂ© de Schubert et que l’OpĂ©ra de Zurich remontait avec justesse
). Sa franchise scĂ©nique, son autoritĂ© vocale, son Ă©loquence nuancĂ©e qui en font un superbe Lohengrin, un Ă©tonnant Parsifal, embrasĂ©, spirituel, fraternel et Ă©loquemment lĂ  encore compatissant chez Wagner, et aussi Ă©videmment, un Ă©tonnant Florestan pour le Fidelio de Beethoven.

CLIC D'OR macaron 200A Zurich, comme Bartoli, Jonas Kaufmann, en artisan, a pu colorer, et ciseler un chant filigranĂ© jamais couvert par le chef : la fosse complice permet ici au chanteur d’articuler plutĂŽt que  de projeter comme un porte voix : le caractĂšre et l’intention plutĂŽt que le volume Ă  tout prix. La largeur et la richesse harmonique naturelle dans le registre mĂ©dian feront de lui certainement comme Placido Domingo, aprĂšs de nouveaux accomplissement en heldentenor, le grand baryton de demain. Mais pour l’heure sachez savourer ce talent dĂ©lectable qui se dĂ©die pour le moment aux grands rĂŽles romantiques et vĂ©ristes, de Verdi Ă  Wagner et passant le temps d’un programme intitulĂ© « verismo arias », par Zandonai, Cilea (Adriana Lecouvreur qu’il a chantĂ© sur scĂšne avec « La Georghiu »), Leoncavallo, surtout Arrigo Boito (superbe Mefistofele) et en particulier Giordano dans un non moins excellent et si ardent Andrea ChĂ©nier.

4 récitals Jonas Kaufmann : JK, le ténor divin

En 2014, Jonas Kaufmann, nĂ© munichois en 1969, a la quarantaine radieuse : son palmarĂšs est remarquablement rĂ©alisĂ©, dont l’intelligence des choix nous touche totalement. Pour se reposer de tant de prises de rĂŽles en particulier verdiens (il nous annonce un prochain Otello Ă©tonnant, crĂ©pusculaire et furieusement shakespearien, dĂ©jĂ  amorcĂ© dans son album Sony classical intitulĂ© sobrement mais intensĂ©ment « Verdi Album »), le grand Jonas qui sait prendre le recul et le temps nĂ©cessaires, approfondit l’univers allusif, Ă©vocateur, murmurĂ© du lied Schubertien avec le pianiste Helmut Deutsch (plusieurs albums sont Ă©galement parus chez Sony classical).

Aujourd’hui passĂ© de Decca / Universal Ă  Sony classical, le divin tĂ©nor joue les oeillades plus lĂ©gĂšres sur le ton du crooner berlinois des annĂ©es 1920 : dĂ©tente, allĂšgement dramatique, cure de dĂ©dramatisation lyrique vers la comĂ©die lĂ©gĂšre non moins investie
 on lui pardonne si c’est pour mieux revenir aux incarnations scĂ©niques dĂ©jĂ  attendues. Le disque vient de sortir Ă  l’automne 2014 sous le titre : Du bist die Welt fĂŒr mich (Tu es le monde pour moi / You mean the entire world to me) d’aprĂšs Richard Tauber : une dĂ©claration amoureuse personnelle ?

Kaufmann jonas cd sony du bist die weltPour revivre le grand frisson, voici donc en un coffret de 4 cd (avec pochettes d’origines et un livret notice rĂ©Ă©crit commun aux quatre), l’incomparable, l’inĂ©galable « JK » : Romantic arias (cd1, 2007) souligne combien son soleil Ă  lui est noir, d’une incandescente finesse, comme a contrario, celui de Pavarotti Ă©tait lumineux et Ă©tincelant
 Chez Massenet : voici Werther et DesGrieux en force et en grĂące, le suicidaire et fauve JosĂ© (Carmen), et Faust chez Berlioz (invocation Ă  la nature de La Damnation) ; puis en 2008 (cd2), un programme germanique (Mozart, Schubert, Beethoven, Wagner) en des hauteurs orfĂšvres grĂące aussi Ă  la direction scintillante transparente de Claudio Abbado et du Mahler chambre orchestra, entre autre pour son Siegmund de La Walkyrie rĂ©ellement anthologique) ; virage en 2010 en italien avec « Verismo arias » (cd3), qui rĂ©vĂšle et souligne l’intensitĂ© de l’acteur ; enfin  (cd4), figurant en couverture de son rĂ©cital Wagner, tel un bad boy, inspirĂ© par un sombre et romantique dessein, JK Ă©blouit tout autant par un programme d’une cohĂ©rence absolue enchaĂźnant des rĂŽles taillĂ©s pour son mĂ©tal humain, Ăąpre, passionnĂ© ett toujours magnifiquement, supĂ©rieurement articulĂ© : le Schwert monolog de La Walkyrie, Siegfried, Rienzi, TannhaĂŒser, Lohengrin et au sommet d’une musicalitĂ© tendre et enivrĂ©e, les 5 Wesendonck lieder, dont le dernier TraĂŒme plonge dans les langueurs du poison Ă©motionnel conçu par Wagner au delĂ  de nos attentes. ne serait ce que par ces 4 disques lĂ , le gĂ©nie vocal du plus grand tĂ©nor actuel nous est rĂ©vĂ©lĂ©. Coffret lyrique indispensable.

CD, coffret. Jonas Kaufmann : So great arias (4 cd Decca)

CD. Jonas Kaufmann en crooner 1920 : nouveau programme Du bist die Welt fĂŒr mich (1 cd Sony classical, Ă  paraĂźtre le 15 septembre 2014)

jonas_kaufmann crooner berlin You mean the entire worlf to me cd sony classical You mean the entire worlf to meCD. Jonas Kaufmann en crooner 1920 : nouveau programme Du bist die Welt fĂŒr mich (1 cd Sony classical, Ă  paraĂźtre le 15 septembre 2014). Vous le connaissiez wagnĂ©rien (Siegmund, TannhaĂŒser, Parsifal
), le voici en crooner des annĂ©es 1920 Ă  Berlin. Le tĂ©nor vedette munichois, Jonas Kaufmann publie chez Sony un nouveau disque Ă©vĂ©nement Ă  paraĂźtre le 15 septembre 2014. Face Ă  un micro savamment choisi pour l’occasion, le visuel de couverture ne laisse pas indiffĂ©rent : le chanteur en style rĂ©tro, a pris le chemin du studio pour graver de nouveaux standards lyriques, non pas signĂ©s Verdi (comme l’a montrĂ© son remarquable rĂ©cital discographique The Verdi album),  mais Lehar, Tauber, Kalman, Korngold ou Stolz, soit les auteurs actifs Ă  Berlin, en vogue Ă  l’époque des dĂ©buts du cinĂ©ma parlant


Kaufmann en crooner berlinois des années 1920

A l’instar du tube populaire qui donne son titre Ă  l’album : Du bist die Welt fĂŒr mich (Tu es le monde pour moi / You mean the entire world to me) de Richard Tauber, – une chanson souvent reprise en bis lors de ses rĂ©citals, Jonas Kaufmann a organisĂ© son programme en collectionnant plusieurs standards restituĂ©s ici dans leur orchestration originale, remontant Ă  la pĂ©riode 1925-1935. L’interprĂšte diseur en or (chez Schubert entre autres), magicien du verbe incarnĂ©, remarquable acteur lyrique par son intĂ©rioritĂ© intimiste et puissante, sait ici ciseler l’arĂȘte expressive de chaque auteur, qu’on a tort de classer parmi les compositeurs mineurs, auteurs de musiques lĂ©gĂšres. Il retrouve ce legato mordant et trĂšs colorĂ© que ses prĂ©dĂ©cesseurs, tels Fritz Wunderlich  ou Rudolf Schock, ont su avant lui affirmer, rendant au rĂ©pertoire mĂ©sestimĂ©, ses lettres de noblesse
 Le programme Ă©voque l’ñge d’or de la chanson berlinoise propre aux annĂ©es 1920 et 1930 dont l’insouciance raffinĂ©e contraste avec les Ă©vĂ©nements politiques Ă  venir. cd sony classical kaufmann jonas2Au total 17 chansons et airs d’une sensualitĂ© ciselĂ©e oĂč Jonas Kaufmann affirme davantage son intelligence vocale et dramatique, son sens du texte, son goĂ»t de la situation, son brio naturel pour la caractĂ©risation Ă©motionnelle.  Pour ce nouvel album, Jonas Kaufmann est rejoint par la soprano Julie Kleiter pour Abraham et Korngold ; ils sont accompagnĂ©s par les instrumentistes du Rundfunk-Sinfonieorchester Berlin, dirigĂ©s par Jochen Rieder.

 

1 cd Sony classical à paraßtre le 15 septembre 2014.  Prochaine grande critique dans le mag cd de classiquenews.com

La Force du destin de Verdi sur Arte, ce soir. 22h20

arte_logo_2013tezier kaufmannARTE, ce soir, 22h20. Verdi: La force du destin en direct de Munich. La distribution promet vocalement un grand moment : Jonas Kaufmann, Anja Harteros et Ludovic TĂ©zier dans les rĂŽles respectifs des amants maudits fugitifs (Alvaro et Leonoara) et de celui qui les pourchasse, Carlo, le frĂšre de Leonora. On peut certes ĂȘtre sceptique quant Ă  la complexitĂ© du livret d’aprĂšs le roman alambiquĂ© de GuttierĂšs. Mais Le traitement musical que dĂ©veloppe Verdi sĂšme la tempĂȘte et des vertiges irrĂ©sistibles dans le cƓur des protagonistes. CrĂ©Ă© fin 2013 Pour l’annĂ©e Verdi, cette production mise en scĂšne Ă  l’OpĂ©ra de Munich par Martin Kusej accumule les dĂ©calages et les relectures provocantes qui n’aident en rien la lisibilitĂ© de l’action passablement compliquĂ©e. N’empĂȘche, l’engagement de Jonas Kaufmann qui se dĂ©die depuis plusieurs annĂ©es pour Verdi (aprĂšs avoir incarnĂ© Wagner de façon remarquable : Lohengrin, Parsifal
) Ă©lĂšve le niveau du spectacle
  RĂ©alisĂ© par Thomas Grimm (Allemagne, 150mn)… En lire + 

 

Verdi : La Forza del Destino
En direct de l’OpĂ©ra de Munich. Arte, ce soir Ă  partir de 22h25.

 

Avec Anja Harteros, Vitalij Kowaljow, Ludovic Tézier, Jonas Kaufmann, Nadia Krasteva, Renato Girolami, Heike Grötzinger, Christian Rieger, Francesco Petrozzi, Rafal Pawnuk
Costumes : Heidi Hackl
ChƓur : Chor der Bayerischen Staatsoper
Orchestre : Bayerisches Staatsorchester. Asher Fisch, direction.
Metteur en scÚne : Martin Kusej

 

 

 

 

Jonas Kaufmann (Alvaro) chante La Force du Destin sur Arte

kaufmann_448_jonas_kaufmannArte. Verdi : La Force du destin. Lundi 28 juillet 2014, 22h20. CrĂ©Ă©e fin 2013 pour couronner l’annĂ©e Verdi  et toujours au rĂ©pertoire du Bayerische Staatsoper,  la mise en scĂšne trĂšs contemporaine de  l’Autrichien Martin KuĆĄejse dĂ©tache du chant rayonnant ciselĂ© du tĂ©nor germanique  Jonas Kaufmann (Don Alvaro) : le chanteur donne chair et sang Ă  son personnage d’amant maudit, pourchassĂ© par le frĂšre (Carlos) de celle qu’il a osĂ© aimer puis Ă  laquelle il a du renoncer.  Aux cĂŽtĂ©s de Jonas Kaufmann, Anja Harteros (Donna Leonora) et Ludovic TĂ©zier (Don Carlo di Vargas).

tezier kaufmannNotre avis. Dire que le tempĂ©rament provocateur et souvent abonnĂ© Ă  la laideur exhibitionniste de Martin Kusej agace systĂ©matiquement est un plĂ©onasme 
 que confirme cette nouvelle production de Munich, l’ultime d’un rayonnement international, dĂ©diĂ©e Ă  l’annĂ©e Verdi 2013.  Mais les directeurs de salles apprĂ©cient et favorisent mĂȘme l’aiguillon des mises en scĂšne dĂ©calĂ©es « branchĂ©es », Ă  croire que pour eux une bonne distribution ne suffit pas. Car ici, le plateau regroupe du trĂšs bon voire du lourd. Le frĂšre vengeur est un maffieux brut ; les religieux du II ont des mines de convertis sectisĂ©s ; et le fond historique des guerres alentour rappelle nos fronts barbares des terreurs terroristes. L’emblĂšme de Kusej ? une horde de figurants en slip, trempant leurs membres dĂ©sarticulĂ©s dans l’eau ou la terre
 bien sĂ»r. On y Ă©chappe ici.

forza del destino verdi munich kaufmann harteros verdiAnja Harteros, partenaire familiĂšre de Kaufmann chez Wagner (Elsa de Lohengrin) retrouve l’intensitĂ© franche de sa Leonora (du TrouvĂšre) : sa jumelle Leonora de La Force convainc par son style et son incarnation, tout en finesse. Parfois trop mesurĂ©e pour un tempĂ©rament fĂ©minin portĂ© Ă  l’exaltation. Jonas Kaufmann souffle une fiĂšvre ailĂ©e dans le personnage d’Alvaro (surtout dans l’intensitĂ© sanguine du I, plein de rebondissements et d’actions) : l’amoureux insatisfait, terrassĂ© comme sa maĂźtresse par le poids de la culpabilitĂ©, est trĂšs engagĂ© vocalement et physiquement ; il fait de ses confrontations (trois duos colorĂ©s, caractĂ©risĂ©s, ici idĂ©alement contrastĂ©s) avec le frĂšre de Leonora (Ludovic TĂ©zier, Ă©lĂ©gant et parfois trop raide), un choc de … titans, du moins de passions fortes contraires. Notre baryton français (TĂ©zier) reste exactement dans la ligne que nous lui connaissons : beautĂ© du chant et droiture souvent gauche sur le plan scĂ©nique. Mais ce n’est pas Kusej, directeur d’acteurs inconsistant, qui peu l’aider. La production  brille d’autant plus  vocalement que les seconds plans sont irrĂ©prochables (Preziosilla lascive en diable de Nadia Krasteva : Melitone, chant parfait de Renato Girolami, mais lĂ  encore, Kusej n’a eu aucune idĂ©e pour ce vrai rĂŽle comique et bouffon). Dommage que la direction d’Asher Fisch auquel nous devons chez Melba un Ring soyeux et dramatiquement soignĂ©, reste continĂ»ment monotone, comme dĂ©simpliquĂ©e.

 

Verdi : La Forza del Destino
Réalisé par Thomas Grimm (Allemagne, 150mn)

Avec Anja Harteros, Vitalij Kowaljow, Ludovic Tézier, Jonas Kaufmann, Nadia Krasteva, Renato Girolami, Heike Grötzinger, Christian Rieger, Francesco Petrozzi, Rafal Pawnuk

ChƓur : Chor der Bayerischen Staatsoper
Orchestre : Bayerisches Staatsorchester
Chef d’orchestre : Asher Fisch
Metteur en scÚne : Martin Kusej
Costumes : Heidi Hackl

 

Compte rendu, récital. Toulouse. Halle aux Grains, le 7 mai 2014. Felix Mendelssohn (1809-1847): Symphonie pour cordes n°10; Gustav Mahler (1860-1911) : Lieder eines fahrenden Gesellen; Richard Strauss (1864-1949): Sextuor extrait de Capriccio; Arnold Schoenberg (1874-1951) : La nuit transfigurée, op.4; Jonas Kaufmann, ténor. Kammerorchester Wien-Berlin.

kaufmann_448_jonas_kaufmannUn Ă©trange  marketing diffuse la publicitĂ© de ce concert (premiĂšre Ă  Toulouse d’une tournĂ©e) sur le nom de Jonas Kaufmann et quelques uns ont Ă©tĂ© surpris de ne pas assister Ă  un classique rĂ©cital du cĂ©lĂšbrissime tĂ©nor. Le programme ne comprend qu’une oeuvre vocale et assez courte mais le cycle des Lieder eines fahrenden Gesellen est une oeuvre si particuliĂšre et si rare qu’elle comble les amateurs de beau chant Ă  dĂ©faut de ravir les amateur de voix. Certes le moment fort du concert restera l’interprĂ©tation historique de ce groupe de lieder par l’un des tĂ©nors les plus musiciens de l’histoire du chant. Mais il a su s’entourer d’un orchestre proche de l’idĂ©al qui sertit ce cycle des chants d’un compagnon errant, devenant le joyaux du concert, enchĂąssĂ© dans des oeuvres orchestrales choisies avec art.

La splendide musicalité germanique est ici irrésistible

Mendelssohn ouvre le concert avec un seul mouvement d’une symphonie pour cordes. Cela permet de proposer une atmosphĂšre romantique, sombre d’humeur et lumineuse de structure qui laisse pantois. Les musiciens en des sonoritĂ©s somptueuses et voluptueuses, dĂ©veloppent une sensibilitĂ© musicale des plus stupĂ©fiantes. Coupant le souffle, les premiĂšres notes de l‘adagio provoquent une Ă©coute et une concentration du public quasi instantanĂ©e qui ne se relĂąchera pas.

ImmĂ©diatement la certitude d’ĂȘtre en face de musiciens d’exception enchante. Les cordes des deux orchestres les plus aimĂ©s du public et de la discographie : les Philharmonies de Vienne et de Berlin rĂ©unies dans cet ensemble, dĂ©multiplient leurs qualitĂ©s. La texture des cordes est incroyablement soyeuse et brillante sans agressivitĂ© mais avec panache. Les plus belles qualitĂ©s des deux orchestres sont comme magnifiĂ©es. PhrasĂ©s aristocratiques, nuances trĂšs profondes et couleurs irisĂ©es font de ces musiciens rĂ©unis une sorte de quintessence de lĂ©gato et d’énergie.

La Nuit transfigurĂ©e de Schoenberg, dans l’orchestration du compositeur, sonne comme un hymne hĂ©doniste Ă  l’intelligence et la beautĂ© dans une relation fusionnelle. Ce mouvement unique emporte le public dans les Ă©motions vertigineuses des poĂšmes si morbides et sublimes de Richard Dehmel, VerklĂ€rte Nacht. La perfection de la technique est mise au service d’une interprĂ©tation tenue et impressionnante qui recrĂ©e l’émotion par l’admiration. Jamais il ne m’a Ă©tĂ© donnĂ© d’entendre et de ressentir une telle sĂ©curitĂ© dans les possibilitĂ©s expressives d’un orchestre de cordes. L’écoute et la fusion des timbres est celle de musiciens de chambre et l’ampleur des sonoritĂ©s de pupitres est digne de grandes formations symphoniques. Des qualitĂ©s qui semblent opposĂ©es sont ce soir entremĂȘlĂ©es dans un vĂ©ritable vertige.

Seul le sextuor de Capriccio de Richard Strauss jouĂ© par tout l’orchestre est un peu trop « énorme » pour toucher au mĂȘme niveau. Un son toujours aussi parfait, mais « Kolossal », dĂ©multiplie une oeuvre d’inspiration rococo qui en perd son intimitĂ© constitutionnelle.

On comprend  que de tels interprĂštes ne peuvent en aucun cas ĂȘtre « accompagnateurs » ou « faire valoir »  d’un chanteur. C’est donc en musicien que Jonas Kaufmann rejoint ces artistes de haut lignage. Le tĂ©nor Allemand qui fait siens les rĂŽles wagnĂ©riens comme peu l’ont fait, est tout Ă  son aise dans la tessiture de ce cycle si particulier. Mahler a lui mĂȘme Ă©crit les poĂšmes et touchĂ© par une dĂ©ception amoureuse y inscrit entre les lignes et les notes sa propre souffrance d’amoureux meurtri. L’autodĂ©rision un peu morbide de ce cycle est une gageure Ă  relever. Prendre au pied de la lettre ces plaintes les rendent ridicules. Trop de distance dĂ©truit leur profonde mĂ©lancolie. Une voix seulement belle ne touche pas assez, un souffle court dĂ©truit les lignes, des notes trop tendues cassent le cĂŽtĂ© moribond de certaines mĂ©lodies. La familiaritĂ© du ton exige une grande complicitĂ© avec le public tandis que la mort suggĂ©rĂ©e Ă  la fin doit ĂȘtre comme lointaine et irrĂ©elle cachĂ©e sous la splendeur sensuelle du tilleul. Jonas Kaufmann et les musiciens viennois et berlinois, augmentĂ©s de claviers, vents et percussions comprennent toute la subtilitĂ© de ce cycle et leur connivence totale leur permet d’en offrir une interprĂ©tation inoubliable.

D’une voix de velours, fragile en des demi teintes crĂ©pusculaires, des couleurs morbides et des pianissimi aĂ©riens comme suspendus et dans le timbre, Jonas Kaufmann utilise sa fabuleuse technique pour faire de sa voix un instrument de pure poĂ©sie. La clartĂ© de la dicton, l’intelligence rythmique, et la sensibilitĂ© romantique permettent d’aller au plus loin du sens de ce cycle de lieder. On reste sans capacitĂ© de commentaire devant une telle adĂ©quation entre les moyens instrumentaux, vocaux, artistiques. Un voyage inoubliable avec la poĂ©sie tourmentĂ©e de cet amoureux meurtri. Le public fait comme il se doit une ovation a de tels interprĂštes et Jonas Kaufmann offre deux bis. Une interprĂ©tation Ă©lĂ©giaque et dĂ©sespĂ©rĂ©e de TraĂŒme, l’étude pour Tristan que Wagner a inclus dans ses Wesendonck Lieder. Vocalement le tĂ©nor distille des nuances pianos sensuelles tout en dĂ©ployant un peu plus son timbre capable de chaleur. C’est dans son bis, le fabuleux Zueignung de Richard Strauss, que le dĂ©veloppement du timbre prend toute son ampleur dans ce grand arc vocal qui se termine sur un magnifique fortissimo. Le tĂ©nor revient Ă  sa voix d’opĂ©ra large et projetĂ©e sans abandonner un instant cette intelligence du texte de liedersĂ€nger.

Un fabuleux concert dans lequel des artistes au talent musical exceptionnel se sont mis au service du grand rĂ©pertoire germanique depuis le romantisme le plus pur de Mendelssohn Ă  la marge de l’atonalitĂ© avec Schoenberg, en magnifiant Mahler.

Grùce au cycle «  Grands InterprÚtes », les Toulousains ont eu la primeur de cette tournée de concerts qui fera date !

DVD. Gounod : Faust (NĂ©zet SĂ©guin, Kaufmann, 2011)

Gounod faust kaufmann pape decca dvdMetropolitan Opera de New York, 2011. Aux cĂŽtĂ©s de ses Siegmund, Werther, Lohengrin et rĂ©cemment Parsifal (sur la mĂȘme scĂšne new yorkaise en 2013), le Faust de Jonas Kaufmann irradie d’une vĂ©ritĂ© superlative grĂące Ă  une intelligence des phrasĂ©s, particuliĂšrement dĂ©lectable. Fin, possĂ©dĂ© par une angoisse sourde, le philosophe dĂ©sespĂ©rĂ© au dĂ©but qui veut croire encore Ă  la beautĂ© de la vie et l’illusion de l’amour trouve dans le tĂ©nor munichois, un visage, une prĂ©sence, une sensibilitĂ© … souverains. Quel chanteur ! MĂȘme si le français n’a pas la clartĂ© immĂ©diate de ses prĂ©dĂ©cesseurs parmi les plus marquants (dont Alagna), Kaufmann s’affirme par l’opulence de son timbre sombre d’une infinie langueur. A ses cĂŽtĂ©s, le Mephisto de RenĂ© Pape, est certes puissant et trempĂ© mais… rien que routinier. Les Valentin (Russel Braun) et SiĂ©bel (MichĂšle Losier), corrects. Face Ă  ce tableau viril, globalement convaincant, que vaut l’hĂ©roĂŻne, icĂŽne romantique ? HĂ©las, la Marguerite de Marina Poplavskaya ne tient pas la route : d’autant que comparĂ© Ă  la prestation de son partenaire munichois, son chant reste imprĂ©cis, dĂ©jĂ  inintelligible, mais surtout stylistiquement poussiĂ©reux et archaĂŻque. C’est le maillon faible qui ternit le niveau musical de la production.
Dans la fosse new yorkaise, Yannick NĂ©zet SĂ©guin cisĂšle le romantisme flamboyant d’une partition Ă  juste titre mythique. Dommage que la mise en scĂšne soit elle aussi sans idĂ©e, sans relief, sans aucune intelligence dramatique. Disposant d’un tel tĂ©nor, avec les moyens du Met, on avait pensĂ© qu’une toute autre rĂ©alisation, plus exigeante scĂ©niquement, fut possible.

Gounod : Faust. Jonas Kaufmann, RenĂ© Pape… Yannick NĂ©zet SĂ©guin. Enregistrement rĂ©alisĂ© au mettropolitan de New York en 2011. 1 dvd Decca 074 3811.

DVD. Wagner : Parsifal (Kaufmann, Mattei, Pape, Gatti, 2013)

Parsifal Jonas KaufmannDVD. Wagner : Parsifal (Kaufmann, Mattei, Pape, Gatti, 2013). De toute Ă©vidence, dans le rĂŽle-titre, le tĂ©nor Jonas Kaufmann (44 ans en 2014) poursuit l’une des carriĂšres wagnĂ©riennes les plus passionnantes : superbe Siegmund au disque (Decca), Ă©blouissant Lohengrin Ă  Bayreuth, son Parsifal new yorkais touche par sa sobriĂ©tĂ©, sa musicalitĂ© envoĂ»tante qui dĂ©voile l’intense et juvĂ©nile curiositĂ© du jeune homme enchanteur, qui tournĂ© vers l’Autre, assure l’avĂšnement du miracle final. Le munichois nĂ© en 1969 incarne un hĂ©ros habitĂ© par un drame intĂ©rieur, tragĂ©dien et humain, celui qui recueille et Ă©prouve la malĂ©diction de l’humanitĂ© pour la sauver
. par compassion, maĂźtre mot de la derniĂšre partition de Wagner.

 

 

La perfection au masculin

 

CLIC_macaron_2014Il y a toujours chez le compositeur et particuliĂšrement dans Parsifal le poids d’un passĂ© immĂ©morial qui inflĂ©chit le profil psychique de chaque personnage. Le seul affranchi d’un cycle de malĂ©dictions fatales reste le pur Parsifal, l’étranger, l’agent de la mĂ©tamorphose espĂ©rĂ©e, ultime. La production du Met a Ă©tĂ© crĂ©Ă©e en 2012 Ă  Lyon (coproduction). Peter Gelb en poste depuis 2006 l’intĂšgre au Met dans une distribution assez Ă©poustouflante et certainement mieux chantante et plus cohĂ©rente que celle française. Ni trop chrĂ©tienne ni trop abstraite, la mise en scĂšne de François Girard reste claire, sans en rajouter, centrĂ©e sur la possibilitĂ© pour chacun – pourtant dĂ©truit ou rescapĂ© (Amfortas, prĂȘtre ensanglantĂ© et mourant qui agonise sans cicatriser ; Klingsor qui a renoncĂ© Ă  l’amour pour dĂ©truire et manipuler (Evgeny Nikitin assez terne) ; Kundry la vĂ©nĂ©neuse, pĂȘcheresse Ă©reintĂ©e en quĂȘte de salut
, de renaĂźtre.

Katarina_Dalayman_Rene_Pape_Jonas_Kaufmann_Parsifal_2013_MET_Francois_Girard_wagner_KonigEfficace, la direction de Daniele Gatti sait imprimer le sens du rythme dramatique sauf au II oĂč malgrĂ© la puissance sauvage et sensuelle Ă  l’Ɠuvre, la baguette Ă©tire au risque de diluer. Il est vrai que, – hier Ă  Bastille Brunnhilde un peu courte, Katarina Dalayman accuse une sĂ©rieuse Ă©troitesse Ă©motionnelle et langoureuse en Kundry : on reste comme Parsifal Ă©tranger Ă  sa froideur voluptueuse. Elle est, avec Nikitin trop prosaĂŻque et rustaud, le maillon faible du plateau. MĂȘme les filles fleurs sont tout sauf Ă©nigmatiques et sensuelles, … une mĂȘlĂ©e de glaçons bien ordinaires.
Les hommes en revanche sont
 parfaits. RenĂ© Pape familier du rĂŽle et sur les mĂȘmes planches mĂ©tropolitaines offre son dernier Gurnemanz, racĂ©, articulĂ©, nuancĂ© : un modĂšle dont on ne se lasse guĂšre. DĂ©jĂ  honorĂ© et saluĂ© pour un OnĂ©guine fabuleux et un Don Giovanni non moins ardemment dĂ©fendu, Peter Mattei dĂ©croche lui aussi la timbale d’or : son Amfortas exprime le dĂ©sarroi d’une Ăąme perdue, dĂ©chirĂ©e, anĂ©antie et mĂȘme le Titurel de Runi Brattaberg emporte l’adhĂ©sion par sa noblesse sans chichi : une humanitĂ© souterraine qui sait chanter sans schĂ©matiser ni caricaturer. Quels chanteurs !

Wagner : Parsifal. Jonas Kaufmann : Parsifal. René Pape : Gurnemanz. Peter Mattei : Amfortas. Katarina Dalayman : Kundry. Metropolitan Opera Orchestra and Chorus / Daniele Gatti, direction. Mise en scÚne : François Girard. Enregistrement live réalisé au Metropolitan Opera de New York en février 2013. 2 dvd Sony classical / Sony 88883725729

 

CD. Schubert : Winterreise (Kaufmann, Deutsch, 2013)

winterreise_jonas_kaufmann_sony-classical_helmut-deutsch-cdCLIC D'OR macaron 200CD. Schubert : Winterreise (Kaufmann, Deutsch, 2013). La frontiĂšre entre baryton et tĂ©nor est tĂ©nue ici et dĂ©voile pour le plus grand tĂ©nor actuel , Jonas Kaufmann, des trĂ©sors de nouvelles nuances et d’Ă©clats sertis dans le plus beau mĂ©tal vocal. Le diseur Ă©gale ses aĂźnĂ©s, tĂ©nors et barytons, par le sens du verbe ; un verbe magicien qu’il Ă©claire d’une faille pudique, d’une blessure qui s’exprime sans jamais s’exhiber. Le cri dĂ©chirant surgit tel un glaive magnifiquement acĂ©rĂ© au comble du dĂ©sespoir. Le style, la musicalitĂ©, la richesse du timbre, les teintes fauves et introspectives d’un acteur nĂ© traverse chacune des 24 sĂ©quences. Ici tragĂ©dien embrasĂ©, heldentenor certes, surtout prophĂšte d’une mĂ©lancolie naturellement musicale qui chante l’impuissance, l’extase, l’errance d’un voyage vĂ©cu jusqu’aux trĂ©fonds des viscĂšres. Le chant de Jonas Kaufmann, superbement chambriste, n’est pas seulement musical et hĂ©doniste, il incarne d’autant mieux qu’il sait se mesurer, contrĂŽler. Le piano plutĂŽt que le forte, est son arme la plus efficace.

le dernier cd de Jonas Kaufmann est un sommet schubertien

GrĂące schubertienne

A contrario de bien des confrĂšres qui vocifĂšrent sans phraser, incapable de tenir une ligne, Jonas Kaufmann, ailleurs superbe wagnĂ©rien, et rĂ©cemment pour le disque en un rĂ©cital de toute beautĂ©, verdien inoubliable, illumine Schubert et son mystĂšre indicible qui pourtant ne pourrait ĂȘtre exprimĂ© sans le verbe vocal. Inutile de tourner autour du pot, ce rĂ©cital en studio est un nouvel accomplissement absolu du tĂ©nor allemand. Sa capacitĂ© Ă  rĂ©inventer tout le cycle avec une intensitĂ© liĂ© Ă  l’investissement dans l’instant reste Ă©poustouflant. Le piano complice d’Helmut Deutsch (qui a prĂ©cĂ©demment jouĂ© avec Kaufmann, le cycle du Winterreise en concert), partenaire des plus grands, ajoute Ă  la valeur de l’enregistrement : voici un Schubert qui n’a jamais mieux respirĂ©, ni mieux coulĂ© comme une caresse sombre et tragique, d’un artiste Ă  l’autre. Un Schubert rĂ©inventĂ© tel qu’on n’osait plus en rĂȘver. N’Ă©coutez qu’un seul lied : la plage 5 : Der Lindebaum (Le tilleul) : une invitation palpitante, racĂ©e … un appel Ă  la plus grande paix de l’Ăąme. Du trĂšs grand art. Evidemment l’album Schubert de Jonas Kaufmann est un immense coup de cƓur de Classiquenews.com en fĂ©vrier 2014.

Franz Schubert : Winterreise D911. Joans Kaufmann, tĂ©nor. Helmut Deutsch, piano. Enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  GrĂŒnwald (Allemagne) en octobre 2013. 1 cd Sony classical 88883795632

Arte. Jonas Kaufmann chante Beethoven, Weber, Wagner

kaufmann_448_jonas_kaufmannArte. Jonas Kaufmann chante la sensucht : Beethoven, Schubert, Wagner. Le dimanche 9 fĂ©vrier 2014, 18h30. Maestro cĂ©lĂšbre le talent du plus grand tĂ©nor actuel : Jonas Kaufmann. Il a dĂ©butĂ© dans Fierrabras de Schubert sous la direction de Claudio Abbado, et dĂ©jĂ  cet expressivitĂ© ardente et fiĂ©vreuse au service du mot, sans excĂšs pathĂ©tique, sans enflure thĂ©Ăątrale : uns posture concentrĂ©e sur l’intĂ©rioritĂ© naturellement musicale du chant ; en quelques annĂ©es, le tĂ©nor a chantĂ© tout le rĂ©pertoire romantique allemand, il lui reste encore le lied Ă  parcourir mais avant il est passĂ© par plusieurs incarnations de poids et de choc : chez Wagner, Lohengrin puis Parsifal et depuis peu, pour son nouveau label Sony classical, Verdi dont on attend prochainement aprĂšs un rĂ©cent Don Carlo,  Otello frappĂ© par l’intelligence et l’intensitĂ© dramatique. Arte diffuse un rĂ©cital germanique oĂč Jonas Kaufmann incarne Siegmund (La Walkyrie de Wagner), mais aussi Fidelio de Beethoven et Oberon de Weber. Style flexible et sincĂšre, virilitĂ© sombre et subtile : il n’y pas un tĂ©nor aujourd’hui qui Ă©gale le tempĂ©rament de Jonas Kaufmann. RĂ©cital Ă©vĂ©nement.

arte_logo_175Rediffusion le 14 février 2014 à 5h10.

Jonas Kaufmann : The Verdi album (Sony)

CD. Jonas Kaufmann: The Verdi Album. EnregistrĂ© pour son nouveau label, Sony classical, en mars 2013 Ă  Parme (Italie), ce rĂ©cital Verdi affirme le talent inĂ©galable aujourd’hui de l’immense tĂ©nor munichois, Jonas Kaufmann. AU crĂ©dit de ce programme Ă©blouissant pas moins de … 11 premiĂšres pour le disque. C’est l’interprĂšte qui le prĂ©cise, documentant dans le livret chacun des rĂŽles prĂ©sentĂ©s.
La couleur et le timbre si repĂ©rables, d’un grave et d’une intensitĂ© essentiellement romantique, s’allient Ă  une rare intelligence dramatique qui couplĂ©e Ă  l’expertise d’un diseur, produit in fine cet abattage incarnĂ© d’une finesse inouĂŻe.

 

 

CD coup de coeur
RĂ©cital Verdi de Jonas Kaufmann

Jonas Kaufmann, ténor verdien au sommet

 

Jonas_Kaufmann_verdi_ album_Sony classicalA priori on ne l’espĂ©rait pas chez Verdi mais la conduite de la ligne (RadamĂšs), le contrĂŽle des pianissimi (mĂȘme RadamĂšs), l’accentuation ciselĂ©e de chaque mot, l’Ă©tonnante flexibilitĂ© des nuances et accents renouvellent de bien des façons notre approche des rĂŽles concernĂ©s : exactement comme son prĂ©dĂ©cesseur Jon Vickers, Kaufmann rĂ©gĂ©nĂšre aujourd’hui la comprĂ©hension et l’approfondissement dramatique de chaque rĂŽle investi : Kaufmann serait-il en passe (lire ensuite) de renouveler le rĂŽle d’Otello comme l’avait fait son royal aĂźnĂ© ?

Les rÎles pour ténor verdien sont ici parfaitement défendus dans un programme équilibré ... : des courts mais expressifs Duc de Mantoue (Rigoletto) et RadamÚs (Aida) aux caractÚres ambitieux, aussi dramatiques que vocaux tels Don Carlo, Alvaro (La force du destin), et bien sûr Otello.
Mais son souci du verbe et le raffinement des intentions tĂ©nues du texte sont tout autant remarquablement ciselĂ©s pour Gabriele (Simon Boccanegra) et en particulier un Rodolfo sanguin, tragique, tout Ă  fait schillĂ©rien (Luisa Miller)…

A quoi tient le miracle Kaufmann ? Sa technique vocale est mise au service d’un jeu dramatique d’une exceptionnelle acuitĂ©. Il exprime toutes les failles et les blessures Ă  peine tues puis l’allant d’un dĂ©sir irrĂ©pressible qui Ă©treignent l’esprit de Riccardo (Un Bal masquĂ©) ; du TrouvĂšre (Trovatore), sa fĂ©linitĂ© en filigrane, Ă  la fois mordante et tendre Ă©blouit et embrase le caractĂšre entier et passionnĂ© de Manrico (quel tempĂ©rament et quelle Ă©vidence …) ; notre prĂ©fĂ©rence va Ă©videmment Ă  son Rodolfo (Luisa Miller) de braise et d’Ă©clats idĂ©alement SchillĂ©riens : la passion sauvage, l’intensitĂ© de l’ardeur juvĂ©nile sont saisissantes de sincĂ©ritĂ© et de vĂ©ritĂ© dans l’ivresse Ă  pleine voix, comme dans les piani gorgĂ©s de douleur amĂšre, d’innocence sacrifiĂ©e et trompĂ©e (Oh! fede negar potesi … Quando le sere al placido, plage 6)… une couleur troublante et si riche comparable Ă  son approche du rĂŽle de Macduff (Macbeth) en fin de programme ; l’urgence panique, le chant embrasĂ© font toute la valeur de ses Gabriele et Don Carlo qui suivent.

Le sommet attendu Ă©tant Otello (qu’il prĂ©pare pour une prochaine prise de rĂŽle) : il connaĂźt comme il le dit lui-mĂȘme dans la notice et le livret de l’album, idĂ©alement documentĂ©s, la partition ayant chantĂ© depuis longtemps le rĂŽle de Cassio ; pour le rĂŽle-titre, la densitĂ©, l’Ă©paisseur terrassĂ©e du personnage, entre folie et tendresse, sensualitĂ© impuissante et sauvagerie du sentiment de soupçon surgissent en un feu vocal digne d’un immense acteur. Voici “Le Kaufmann” qui mĂ»rissait depuis quelques annĂ©es : justesse de l’intonation, style impeccable, souffle et contrĂŽle dynamique, surtout intensitĂ© et couleur font ce chant habitĂ©, dĂ©sormais Ă  nul autre comparable. Avec une telle prĂ©sence, un tel naturel dramatique, cet Otello exceptionnel, bigarrĂ©, multiforme, d’une imagination et crĂ©ativitĂ© de premiĂšre classe, confirme Ă  quel niveau d’intelligence artistique et vocale est parvenu le tĂ©nor munichois. Ayant dĂ©jĂ  un agenda plus que complet pour les 10 ans Ă  venir, Jonas Kaufmann, offrant le rĂ©cital verdi le plus bouleversant qui soit, aiguise encore notre dĂ©sir de le voir et de l’Ă©couter. Son Otello Ă  venir devrait ĂȘtre le prochain grand Ă©vĂ©nement de la scĂšne lyrique des mois Ă  venir.
Soutenant et dialoguant avec le chant clair obscur d’un interprĂšte nĂ©, l’orchestre parmesan sous la direction de Pier Giorgio Morandi sait rester Ă  sa place, trouvant souvent de vives et fines couleurs. Le travail des musiciens et du chef fait aussi la rĂ©ussite du programme.
Voici au registre des nouveautés, le disque convaincant que nous attendions cette année Verdi 2013. Récital événement, coup de coeur de classiquenews.

 

Jonas Kaufmann, tĂ©nor. The Verdi Album. Orchestre de l’OpĂ©ra de Parme. Pier Giorgio Morandi, direction. 1 cd Sony classical. Enregistrement rĂ©alisĂ© en mars 2013 (Parme, Italie).

 

 

CD. Jonas Kaufmann, ténor (Best of, 1 cd Decca 2013)

CD. Jonas Kaufmann, tĂ©nor : best of, rĂ©cital Verdi, Puccini, Wagner, Bizet, Massenet … 1 cd Decca 2013   …

Quelle ivresse vocale et quelle splendeur dramatique … Kaufmann est bien le tĂ©nor allemand, mozartien, schubertien, wagnĂ©rien d’une totale conviction Ă  ce jour. Le rĂ©cital Decca Ă©ditĂ© en septembre 2013 laisse … Ă©merveillĂ© par tant d’intelligence stylistique. Son Don Carlo de Verdi exprime le dĂ©sarroi d’un prince dĂ©fait et dĂ©truit ; comme son Werther est d’une Ă©toffe noire, tragique et tout autant digne, blessĂ©e mais intense. Son italien comme son français (Faust de Gounod, immĂ©diat, saisissant) sont plus qu’acceptables : racĂ©s, mordants, incarnĂ©s.

 

Irrésistible Kaufmann

 

4786029L’Ă©quilibre rĂ©gnant sur ce rĂ©cital Ă©tonnant, on y retrouve autant de germanisme que de … vĂ©risme. Ses Puccini (Cavaradossi excellent), dans le sillon des Verdi (stylĂ©s), font aussi place aux non moins trĂšs bien dĂ©fendus : Giodano (Fedora), surtout Cilea (L’Arlesiana : superbe lamento de Federico : lyrique et Ă©pique, tendre et habitĂ©, Ă©perdu et amer)… tant de versatilitĂ© assumĂ©e et crĂąnement caractĂ©risĂ©e (psychologiquement et dramatiquement) laisse sans voix.
Comme il est envisagĂ© dans le choix du visuel de couverture, Jonas Kaufmann cultive volontiers son cĂŽtĂ© bad boy, un travers marketing sur lequel surfent aussi ses confrĂšres barytons basses chez DG, RenĂ© Pape ou Bryn Terfel … mais sous le regard noir et l’oeil fixateur du tĂ©nor se dĂ©voile aussi un Ăąme entiĂšre et passionnĂ©e taillĂ©e pour les rĂŽles les plus romantiques voire dĂ©sespĂ©rĂ©s. On aurait du mal Ă  le croire fonciĂšrement mauvais et malĂ©fique tant son timbre exige naturellement l’embrasement des hĂ©ros ivres et passionnĂ©s, amoureux et dĂ©sirants.

CĂŽtĂ© inĂ©dits, propres au programme : Apri la tua finestra d’Iris de Mascagni laisse s’Ă©panouir ce feu sombre et noir du tĂ©nor allemand (va-t-il suivre les pas d’un Domingo durable et mĂȘme ressuscitĂ© depuis son nouveau timbre de baryton ?). Et CĂ€cilie de Strauss dans sa somptueuse version orchestrale scintille elle aussi d’un feu, ou plutĂŽt d’un torrent d’effluves portĂ© par un pur dĂ©sir : Kaufmann nous promet-il ainsi un prochain rĂ©cital straussien ? Nous en somme dĂ©jĂ  impatients.

Le tĂ©nĂ©breux sait aussi sĂ©duire d’une voix languissante, d’une nostalgie suspendue murmurĂ©e : comme sa consoeur RenĂ©e Fleming elle aussi dans son dernier rĂ©cital titre (Guilty Pleasures), Jonas Kaufmann choisit Ombra di Nube de Licinio Refice, une mĂ©lodie qui convient idĂ©alement Ă  son timbre passionnĂ© de jeune hĂ©ros sacrifiĂ©.
Son Tamino mozartien puis Huon wébérien ont une grùce et une légÚreté irrésistibles. Mais le ténor sait autant mordre et accrocher excellemment chaque mot du texte.
S’il n’Ă©tait qu’un rĂŽle qui le rend Ă  nos yeux inĂ©galable, c’est Ă  dire bouleversant, gardons au sommet, son Siegmund (Walkyrie de Wagner) que nous connaissions dĂ©jĂ  sous la direction (si limpide et liquide) de Claudio Abbado (l’air Ă©tait prĂ©cĂ©demment au programme de son prĂ©cĂ©dent album rĂ©cital chez Decca) : sens du verbe, Ă©loquence lyrique, ivresse sentimentale, palpitation de chaque instant, voici un Wagner idĂ©al servi par un interprĂšte en Ă©tat de grĂące : il est vrai en fusion totale avec la baguette envoĂ»tante d’Abbado. Dans la diversitĂ© rĂ©ussie de chaque rĂŽle, Jonas Kaufmann est bien le plus grand tĂ©nor actuel. RĂ©cital Ă©vĂ©nement.

The best of Jonas Kaufmann, ténor. Récital best of : Verdi, Puccini, Leoncavallo, Ciliea, Mascagni, Bizet, Gounod, Massenet, Strauss, Weber, Mozart, Wagner. 1 cd Decca 478 5943

Ténors wagnériens: le match. Kaufmann ou Vogt ?


Match Klaus Florian Vogt / Jonas Kaufmann

actualité cd (Sony, Decca)

Vogt versus Kaufmann

2 ténors wagnériens au disque

WAGNER_VOGT_cd_sonyL’annĂ©e Wagner produit ses premiers effets. Deux majors Ă©ditent simultanĂ©ment en fĂ©vrier 2013,  deux nouveaux rĂ©citals lyriques mettant en avant les qualitĂ©s de leur champion respectif: Sony classical sans traduction française dans le livret (anglais et allemand essentiellement) cĂ©lĂšbre le beau chant Ă©lĂ©giaque voire rien qu’angĂ©lique de Klaus Florian Vogt, tandis que Decca joue la carte du bad boy (lumiĂšre jaune, frontale et bilieuse sur sa face diabolisĂ©e) avec l’immense Jonas Kaufmann: la parution des deux rĂ©citals titres est d’autant plus passionnante qu’il s’agit lĂ  de deux styles diamĂ©tralement opposĂ©s.
Cependant les deux interprĂštes, chacun dans deux styles diffĂ©rents, partagent ce goĂ»t, ce style, cette finesse souvent absentes des performances wagnĂ©riennes. La comparaison quant Ă  elle s’impose dans le choix des morceaux retenus  : on y retrouve Rienzi et Siegmund, ici et lĂ  bien prĂ©sents, diversemment dĂ©fendus.

Chacun Ă©crit et rĂ©Ă©claire Ă  sa façon l’histoire du chant wagnĂ©rien, finalement peu connu et souvent schĂ©matisĂ© jusqu’Ă  la caricature, oĂč les dĂ©cibels l’emportent sur toute intonation et nuance. Ici le studio aidant, la ciselure prosodique en gagne un relief et une nouvelle prĂ©cision: chant articulĂ©, chant surtout intimiste que les conditions alĂ©atoires des salles de thĂ©Ăątres ou de concerts ne rĂ©alisent pas toujours. Le studio et l’enregistrement rĂ©tablissent donc le chambrisme proche du texte, rĂ©vĂ©lant la qualitĂ© de diseur plutĂŽt que celle du stantor. L’un Vogt, par la clartĂ© du timbre illumine le texte de Wagner s’intĂ©ressant apparemment moins Ă  la situation dramatique ; le second aspire, concentre, intĂ©riorise toute la force dramatique du personnage, n’hĂ©sitant pas a contrario de son collĂšgue, la noirceur, les couleurs les plus brumeuses de sa tessiture… de barytĂ©nor ?

VOGT WAGNER (Sony classical, Bamberg 2012)

WAGNER_VOGT_cd_sonyApothĂ©ose du chant extatique et clair, voire d’angĂ©lisme blanc… Klaus Florian Vogt s’impose surtout dans le rĂŽle qui lui va naturellement, et qu’il a chantĂ© en 2012 Ă  Bayreuth, celui de Lohengrin dont il exprime la grĂące active, comme la caresse du hĂ©ros Ă©lu par sa mission salvatrice, cultivant cette couleur adolescente voire garçon du personnage chevaleresque: le texte n’a jamais Ă©tĂ© aussi limpide, les aigus prĂ©cis, l’accentuation juste, l’intensitĂ© dĂ©clamatoire sans excĂšs, et cette couleur ineffable mais bien prĂ©sente d’une langueur mĂ©lancolique qui n’appartient qu’Ă  Wagner (et que les D’Indy, Franck, Chasson, Vierne sauront si justement adapter la gravitĂ© tragique, le poison substantiel, en produire d’autres parfums sans en perdre l’esprit). RĂŽle touchĂ© par la compassion, plus complexe et moins lisse que Lohengrin, Parsifal ne met pas plus en difficultĂ©s le tĂ©nor allemand. La blessure qui affleure, celle essentiellement de Amfortas mourant, paraĂźt dans un chant frappĂ© par la vĂ©ritĂ© comme le mystĂšre. Le chant devient passion lacrymale: acte d’une rĂ©vĂ©lation et d’un accomplissement d’une superbe clartĂ© d’Ă©mission. La musicalitĂ© du timbre sa finesse est Ă  l’opposĂ© du texte touchĂ© par l’expĂ©rience de la douleur et de la souffrance ; de ce contraste naĂźt la forte expressivitĂ© et l’impact de Vogt: voix transparence et cristalline pour chant ardent et embrasĂ©. Jamais en force et toujours nuancĂ©, Vogt rĂ©forme Ă©videmment notre idĂ©e reçue du chant wagnĂ©rien. Il s’inscrit Ă©videmment dans la tradition des diseurs habitĂ©s, d’une cĂ©leste grĂące, Ă©lĂ©gant jusque dans les affres de la passion la plus dĂ©lirante ou traumatique, celle d’un Helge Brilioth, si proche du texte, dĂ©nichĂ© et mis en lumiĂšre par Karajan dans sa TĂ©tralogie absolument incontournable.
Avec Rienzi, Wagner Ă©labore sa premiĂšre vision du hĂ©ros providentiel: un ĂȘtre marquĂ© par l’abnĂ©gation et le sacrifice vertueux pour le bien collectif mais comme Lohengrin, Siegfried, soit trop parfait ou trop naĂŻf, condamnĂ© Ă  l’Ă©chec. Seul Parsifal, ĂȘtre suprasensible et fraternel, rĂ©ussit oĂč tous ont Ă©chouĂ©. Difficile de rĂ©sister Ă  la langueur suspendue du duo central du II de Tristan, ici chantĂ© avec Camilla Nylund… dont le timbre de KF Vogt souligne et relance la vapeur Ă©tirĂ©e, comme un oratorio d’amour pur.

Pour autant, Tristan frappĂ© par une superbe intensitĂ©, son Siegmund dans la Walkyrie paraĂźt trop lisse, presque terne proche de l’asthĂ©nie, prĂ©cautionneux : (et c’est lĂ  que la comparaison avec Kaufmann se prĂ©sente, incontournable dans ” Ein Schwert verhieß mir der Vater”…): Vogt prend le texte avec une Ă©locution minutieuse qui freine tout Ă©panchement expressif, comme distanciĂ© et dĂ©sincarnĂ©, plus narratif que sujet traversĂ© par une ardeur croissante ; puis, dans le second extrait de La Walkyrie, il est vrai que Nylund partage ce manque de fiĂšvre, plus vaporeuse et d’une ligne plus inĂ©gale que celle de son partenaire: le duo Sieglinde/Siegmund est l’un des plus poignants jamais Ă©crit Ă  l’opĂ©ra, et certainement l’expression de l’humanisme wagnĂ©rien Ă  son sommet. Le serment et l’Ă©vocation de l’Ă©pĂ©e Notung sonne Ă©trangement appliquĂ© et pincĂ©: le rĂŽle ne sied pas Ă  KF Vogt. HĂ©las l’orchestre de Bamberg mĂȘme impliquĂ©, s’agite plus qu’il n’articule le texte symphonique, contredisant de facto l’Ă©locution transcendante du tĂ©nor Ă  son meilleur (Lohengrin, Parsifal, Rienzi…).


KAUFMANN WAGNER (Decca, Berlin 2012)

WAGNER_KAUFMANN_CD_DECCAKaufmann apporte un tout autre souffle Ă  l’interprĂ©tation wagnĂ©rienne: on ne lui connaĂźt pas de prĂ©dĂ©cesseur Ă  ce jour: sauf peut-ĂȘtre John Vickers; son timbre cuivrĂ©, traversĂ© par la passion volcanique apporte le sanguin et le latin dans le chant germanique. En tĂ©moigne, le premier air, “Ein Schwert verhieß mir der Vater“, Ă©galement sĂ©lectionnĂ© par Klaus Florian Vogt, et qui dans le rĂ©cital de Jonas K, ouvre le rĂ©cital: couleurs sombres, Ă  la fois schubertiennes et weberiennes, le tĂ©nor aborde l’air Ă  la façon d’une incantation infernale oĂč l’effort pour se libĂ©rer du poison de la malĂ©diction s’exprime avec ardeur. A l’heure oĂč les Siegfried manque terriblement, capables d’un chant de force, hĂ©roĂŻque mais aussi Ă©motionnel et subtil, Kaufmann montre Ă  quel point dans le second air, il est prĂȘt pour chanter le rĂŽle: le hĂ©ros vainqueur du dragon Fafner, s’ouvre miraculeusement aux sons de la nature, rĂ©vĂ©lant sous l’armure du preux valeureux, la puretĂ© d’une Ăąme sensible dont la fragilitĂ© secrĂšte s’exprime dans la quĂȘte des origines (qui Ă©tait sa mĂšre?). La richesse des nuances, l’ambivalence expressive de l’incarnation, le sens du texte (et lui aussi, quel fabuleux diseur qui sait son Bach et son Schubert) promet l’un des Siegfried les plus captivants Ă  Ă©couter bientĂŽt sur la scĂšne.

Plus gĂ©nĂ©reux que Vogt dans son rĂ©cital Sony, Kaufmann nous offre AllmĂ€cht’ger Vater de Rienzi, dans tout son dĂ©veloppement: l’occasion sur la durĂ©e de pĂ©nĂ©trer dans ce premier portrait de figure admirable: Wagner y aborde pour la premiĂšre fois, avant Lohengrin, Siegfried et Parsifal,  l’homme providentiel, sujet d’une irrĂ©sistible carriĂšre au service de la vertu politique Ă  laquelle rĂ©pond inĂ©luctablement son pendant tragique et noir: sa solitude, son exil, sa mort finale. Donald Runnicles et l’Orchestre der Deutschen Oper de Berlin savent Ă  l’exemple du soliste, affiner et colorer dans la subtilitĂ© le lyrisme pluriel de la musique (superbe entrĂ©e par l’orchestre)… VoilĂ©, brumeux, flou mais terriblement prĂ©sent comme le chant d’une Ăąme maudite aspirant Ă  la perfection, le style de Jonas Kaufmann s’impose Ă  nous dans sa force, sa justesse, sa touchante vĂ©ritĂ©. Son Lohengrin moins lisse que celui de Vogt, porte toutes les tempĂȘtes endurĂ©es: le fils de Parsifal s’y dĂ©verse en rancƓur, frustration, imprĂ©cation, telle une transe Ă©motionnelle qui en impose par ses teintes et ses nuances expressives. Un immense acteur, interprĂšte accompli se dĂ©voile Ă  nouveau ici.

Lyrique selon une sĂ©lection choisie, le rĂ©cital de Kaufmann gagne davantage de poids encore dans sa seconde partie, d’autant qu’il est accompagnĂ© par un orchestre aux accents et nuances complices, d’une richesse poĂ©tique exemplaire.
Diseur embrasĂ© et hallucinĂ© mĂȘme, chantre de l’Ăąme romantique qui en terres germaniques fait surgir ses accents Sensucht, entre nostalgie et mystĂšre impĂ©nĂ©trable, le tĂ©nor relĂšve encore le niveau dans les 5 mĂ©lodies d’aprĂšs Mathilde Wesendonck, l’amour inaccessible de Wagner… alors en pleine crise.  S’il ne devait rester qu’un seul titre, la 3Ăš s’impose, prĂ©figuration de Tristan: Wagner est alors le hĂ©ros qui s’efface, dĂ©truit par une langueur amoureuse inguĂ©rissable, emprisonnĂ© tragique Ă  la douleur d’une passion avortĂ©e… Ă  la fois sombre et magnifiquement articulĂ©, le chant de Jonas Kaufmann demeure irrĂ©sistible.