Compte rendu, danse. Paris. OpĂ©ra National de Paris (Palais Garnier), le 3 fĂ©vrier 2014. «OnĂ©guine» ballet en trois actes. John Cranko, chorĂ©graphe. Tchaikovsky, musique. Karl Paquette, Ludmila Pagliero, Mathias Heymann… Ballet de l’OpĂ©ra. Orchestre de l’OpĂ©ra. James Tuggle, direction.

Le Ballet de l’OpĂ©ra National de Paris aborde le ballet nĂ©oclassique de John Cranko, « OnĂ©guine ». Le Palais Garnier s’habille donc avec les couleurs de la Russie impĂ©riale romantique pour cette exploration chorĂ©graphique du cĂ©lĂšbre roman en vers d’Alexandre Pouchkine. L’Orchestre de l’OpĂ©ra dirigĂ© par James Tuggle interprĂšte plusieurs arrangements de piĂšces mĂ©connues de Tchaikovsky, sans pourtant toucher la musique de l’opĂ©ra Ă©ponyme du maĂźtre.

Une tragédie romantique de grande dignité


ONEGUINE DE CRANKO PARISJohn Cranko (1927 – 1973) est un chorĂ©graphe sud-africain nĂ©oclassique de formation anglaise. C’est grĂące Ă  lui que le Stuttgart Ballet se modernise et devient une vĂ©ritable compagnie internationale plutĂŽt renommĂ©e. Son langage et son style a influencĂ© des grands chorĂ©graphes contemporains tel que William Forsythe et John Neumeier (ce dernier a dĂ©diĂ© notamment le 4e mouvement de son ballet TroisiĂšme Symphonie de Mahler Ă  la mĂ©moire du Sud-africain l’annĂ©e qui a suivi sa mort). Son ballet « OnĂ©guine » crĂ©e en 1965, raconte l’histoire d’un quatuor amoureux ; le noble et blasĂ© EugĂšne OnĂ©guine, dont la jeune et naĂŻve Tatiana est Ă©prise, et l’ami d’OnĂ©guine Lenski, Ă©pris lui d’Olga, la jeune sƓur de Tatiana. La tragĂ©die romantique ne perd rien de son charme ni de son Ă©motion dans la chorĂ©graphie de Cranko. Au contraire, le moyen s’avĂšre idĂ©al pour un tel artiste, qui met lucidement en mouvement la froideur et l’insouciance d’OnĂ©guine avec autant de facilitĂ© que la naĂŻvetĂ© et la candeur de Tatiana, mais pas seulement. AprĂšs l’avoir rejetĂ©e et humiliĂ© OnĂ©guine rĂ©apparaĂźt dix ans aprĂšs et la retrouve mariĂ©e au Prince GrĂ©mine. Il essaie de la reconquĂ©rir, mais Tatiana refuse malgrĂ© elle et le rejette avec la mĂȘme force qu’il avait eu auparavant.

Pour la premiĂšre le couple d’OnĂ©guine/Tatiana est interprĂ©tĂ© par les Etoiles Karl Paquette et Ludmila Pagliero. Ils commencent un peu rĂ©ticents. Une certaine froideur se dĂ©gage dans leurs premiĂšres interactions mais cela s’accorde heureusement avec le livret. Si nous remarquons quand mĂȘme rapidement les belles pointes et les dons d’actrice de Pagliero, ainsi que la tenue princiĂšre et dĂ©tachĂ©e de Paquette, nous devons attendre jusqu’au pas de deux « du miroir » Ă  la fin du premier acte pour ĂȘtre… Ă©bahis. Elle nous impressionne avec une extension insolite, une pantomime un peu technique mais authentique, une coordination et une agilitĂ© sans dĂ©fauts. En plus, pendant les trois actes nous remarquons que le personnage l’habite, quand elle ne danse pas, elle participe avec des regards furtifs, des soupirs. Sa performance est globalement extraordinaire. Quant Ă  Paquette c’est un partenaire plus que solide, il n’impressionne pas moins avec sa maĂźtrise absolue des portĂ©s redoutables (trait que Cranko transmettra Ă  un Forsythe ou un Neumeier). Dans leur pas de deux au dernier acte, se met en place un concert de sentiments contradictoires saisissant au point de susciter les frissons.

L’autre « couple » est formĂ© par le Lenski de l’Etoile Mathias Heymann et l’Olga du sujet Charline Giezendanner. L’Olga de Giezendanner est pĂ©tillante et candide, avec un bel investissement scĂ©nique. Mathias Heymann est un Lenski inoubliable. Autant il est toute lĂ©gĂšretĂ© et toute finesse au premiĂšre acte, autant il est expressif et touchant, avec un legato d’une beautĂ© singuilĂšre, au deuxiĂšme pendant son solo « sous la lune ». Le corps de ballet est fabuleux, surtout au premier acte. Le ballet les inspire jusqu’Ă  la jouissance et leur performance ravit  le public.

Remarquons les dĂ©cors et costumes somptueux de JĂŒrgen Rose, de facture historique et aux couleurs vives, ainsi que les lumiĂšres efficaces de Steen Bjarke. La belle performance de l’Orchestre de l’OpĂ©ra dirigĂ© par James Tuggle ajoute Ă  cette rĂ©ussite. Le chef rĂ©alise une lecture des piĂšces de Tchaikovsky arrangĂ©es et orchestrĂ©es par Kurt-Heinz Stolze aussi somptueuse, pertinante et jouissive que la chorĂ©graphie. Paris. OpĂ©ra National de Paris (Palais Garnier), le 3 fĂ©vrier 2014. «OnĂ©guine» ballet en trois actes. John Cranko, chorĂ©graphe. Tchaikovsky, musique. Karl Paquette, Ludmila Pagliero, Mathias Heymann… Ballet de l’OpĂ©ra. Orchestre de l’OpĂ©ra. James Tuggle, direction. A ne pas rater Ă  l’OpĂ©ra National de Paris encore les 8, 10, 11, 16, 23, 24, 25, 26 et 28 fĂ©vrier ainsi que les 4 et 5 mars 2014.

 

Ballet. Onéguine par John Cranko

Ballet : Onéguine de John Cranko. Du 3 février au 5 mars 2014

oneguine_crankoS’inspirant du roman en vers d’Alexandre Pouchkine, John Cranko en Ă©pure l’intrigue et concentre le rĂ©cit sur les sentiments de ses quatre protagonistes. Amours inachevĂ©s, duel et regrets rythment ce ballet Ă  l’écriture mordante voire haletante, elle-mĂȘme traversĂ©e par le souffle de l’action prĂ©cipitĂ©e par la course du temps: qui est OnĂ©guine ? un vieux loup solitaire insensible ou plutĂŽt une Ăąme ardente qui déçut reporte toujours la rencontre amoureuse qu’il espĂšre en secret ? Trop attendre suscite l’accomplissement du destin, ici particuliĂšrement douloureux et amer… Un drame tragique et dĂ©sespĂ©rĂ©, sublimĂ© encore par la musique tirĂ© de l’opĂ©ra de TchaĂŻkovski sur le mĂȘme sujet.  Paris, Palais Garnier, Du 3 fĂ©vrier au 5 mars 2014.

Palais Garnier
saison 2013-2014

 

13 dates, du 3 février au 5 mars 2014
2 horaires : Ă  19h30 et Ă  14h30

Oneguine,
ballet de John Cranko
d’aprĂšs Pouchkine et TchaĂŻkovski

Musiques : Piotr Ilyitch Tchaikovski
Chorégraphie : John Cranko
Les Étoiles, Les Premiers Danseurs et le Corps de Ballet‹Orchestre de l’OpĂ©ra national de Paris‹James Tuggle, direction

 

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Ballet. Onéguine par John Cranko

Ballet : Onéguine de John Cranko. Du 3 février au 5 mars 2014

oneguine_crankoS’inspirant du roman en vers d’Alexandre Pouchkine, John Cranko en Ă©pure l’intrigue et concentre le rĂ©cit sur les sentiments de ses quatre protagonistes. Amours inachevĂ©s, duel et regrets rythment ce ballet Ă  l’écriture mordante voire haletante, elle-mĂȘme traversĂ©e par le souffle de l’action prĂ©cipitĂ©e par la course du temps: qui est OnĂ©guine ? un vieux loup solitaire insensible ou plutĂŽt une Ăąme ardente qui déçut reporte toujours la rencontre amoureuse qu’il espĂšre en secret ? Trop attendre suscite l’accomplissement du destin, ici particuliĂšrement douloureux et amer… Un drame tragique et dĂ©sespĂ©rĂ©, sublimĂ© encore par la musique tirĂ© de l’opĂ©ra de TchaĂŻkovski sur le mĂȘme sujet.  Paris, Palais Garnier, Du 3 fĂ©vrier au 5 mars 2014.

Palais Garnier
saison 2013-2014
13 dates, du 3 février au 5 mars 2014
2 horaires : Ă  19h30 et Ă  14h30

Oneguine,
ballet de John Cranko
d’aprĂšs Pouchkine et TchaĂŻkovski

Musiques : Piotr Ilyitch Tchaikovski
Chorégraphie : John Cranko
Les Étoiles, Les Premiers Danseurs et le Corps de Ballet‹Orchestre de l’OpĂ©ra national de Paris‹James Tuggle, direction

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