CD Ă©vĂ©nement, critique. JOHAN SEBASTIAN BACH : Ouvertures for orchestra bwv 1066 – 1069 (Concerto Italiano, Rinaldo Alesandrini, 2 cd NaĂŻve, 2018)

BACH-JS-ouvertures-orchestra-rinaldo-alessandrini-naive-2-cd-critique-cd-review-critique-baroque-classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, critique. JOHANN SEBASTIAN BACH : Ouvertures for orchestra bwv 1066 – 1069 (Concerto Italiano, Rinaldo Alesandrini, 2 cd NaĂŻve, 2018). Le chef Rinaldo Alessandrini poursuit son exploration du continent BACH chez NaĂŻve avec ce double coffret. Après les Brandebourgeois qui remontent Ă  la pĂ©riode de Coethen, voici les Ouvertures pour orchestre… EnregistrĂ© en dĂ©c 2018 Ă  Rome, le programme met en perspective autour des 4 Ouvertures pour orchestre de Jean-SĂ©bastien, les Suites des autres « Johann » du clan, ses cousins, Johann Bernhard et Johann Ludwig. On a souvent classĂ© le style d’Alessandrini, comparĂ© Ă  celui de son confrère baroqueux, Biondi, comme le plus intellectuel des deux : l’épure conceptuelle du premier, a contrario de l’organique imaginatif et gĂ©nĂ©reux du second, confinant parfois Ă  une sĂ©cheresse qui contredit la sensualitĂ© pourtant inscrite dans la musique italienne.

S’agissant de Jean-Sébastien Bach, le chef bénéficie des excellentes personnalités qui composent son ensemble Concerto Italiano, collectif capable de restituer cette synthèse magistrale d’un Bach alors en pleine maîtrise de ses moyens et qui se joue des styles italiens et surtout français, en une pensée germanique qui organise et structure pour la cohérence et l’unité globale.

 

 

 

Danses françaises et italiennes

 

 

 

Le chef italien s’intéresse aux Ouvertures BWV 1066 à 1069, et jouées de façon chronologique : la n°2 bwv 1067 est bien malgré son numéro, la plus tardive du corpus, datée de 1738 ; les œuvres depuis récemment, ne sont plus classées dans le corpus des partitions de Coethen (1717-1723), mais plus tardives, datées de la période de Leipzig : Jean-Sébastien a composé nombre de partitions profanes, purement instrumentales, pour les musiciens virtuoses du Collegium Musicum (dirigés auparavant par Telemann). Cela simultanément à ses cantates et Passions. Les instrumentistes professionnels avaient coutume de donner leurs concerts à Leipzig au Café Zimmermann, de 1723 à 1741. JS dirigea le collectif très applaudi à partir de mai 1729 (et jusqu’en 1741). Les instrumentistes de Saint Thomas dont il était Cantor et Director Musices purent se mêler aux instrumentistes du Collegium pour l’exécution de Cantates ambitieuses et des Passions, dont la Saint-Mathieu.
Certaines Ouvertures ont pu ĂŞtre composĂ©es antĂ©rieurement Ă  Leipzig, quand JS Ă©tait le compositeur de plusieurs cours : Coethen donc jusqu’en 1728 ; Saxe-Weissenfels dès 1729 ; puis en 1736, Dresde, composĂ©es dans l’un de ces contextes pour un Ă©vĂ©nement dynastique: l’Ouverture n°2 bwv 1067 est liĂ©e Ă  la Cour de Dresde de façon sĂ»re – sa partie de flĂ»te Ă©tant dĂ©diĂ©e au soliste Buffardin alors au service de l’Electeur de Saxe, Auguste III ; quand la n°4 serait bien de Coethen…

Dès la majestueuse ouverture  BWV 1068, sommet d’élégance roborative, à laquelle succède immédiatement une fugue des plus ciselées par un Bach supérieurement inspiré, le geste du maestro italien affirme une évidente précision, un souci de la clarté, voire une stricte lisibilité verticale, au détriment d’un certain abandon ; ce qui s’exprime dans une coupe sèche mais d’une motricité rythmique nerveuse ; Alessandrini souligne le relief de l’écriture concertante, et surtout l’opposition / dialogue tutti / soliste, d’un caractère alterné très italien. L’ouverture pointée rappelle bien sûr l’esthétique française et son esprit dansé, d’une immuable souplesse ; quand le style fugué revient au seul génie de Bach et révélateur bien souvent de cet élan lumineux et solaire qui le caractérise. Il faut donc trouver le liant évident entre la partita (séquentielle) et la suite de danse, qui respire et s’unifie pourtant de l’un à l’autre épisode.

Depuis le modèle de Lully transmis en Allemagne par Muffat, l’élégance est française. Et Bach sur ce plan connaît bien son affaire ; il faut articuler et faire parler la musique pour éviter d’en dissoudre le caractère et l’expression.
De sorte qu’en guise d’Ouvertures, Alessandrini nous comble par un catalogue de pièces dansantes aux nuances expressives, idéalement restituées.
La lente Courante (noble, solennelle, majestueuse – la plus « française », qui ouvre comme au bal, l’Ouverture n°1 bwv 1066), le rapide Passepied y paraĂ®t (n’est-il pas un menuet mais en plus Ă©lectrique voire rustique c’est Ă  dire pastoral?), semblant Ă©carter dĂ©finitivement toute Allemande, au profit des sĂ©quences authentiquement « françaises » soient : bourrĂ©es, gavottes, menuets, alors très Ă  la mode. Quand la seule Gigue (qui referme la pĂ©tulante bwv 1068) est dans le style italien.
Avec beaucoup de subtilitĂ©, et d’imagination aussi, Alessandrini soigne la Sarabande de la bwv 1067 (plus rapide et plus expressive que la Courante qui reste formelle et contrĂ´lĂ©e, mais tout autant majestueuse) – mĂŞme attention particularisĂ©e pour le Menuet, danse qui a le plus grand succès et le plus durable au XVIIIè – rapide, nerveux mais lĂ©ger et sautillant : allègre, badin. Sautillante tout autant, la forlane qui doit ĂŞtre expressive comme la gigue. Quant Ă  la gavotte, JS Bach n’oublie pas son caractère lui aussi pastoral (comme le passepied).
Qu’elles soient dansées ou jouées comme arrière fond fastueux pour les événements politiques qui en sont le prétexte, les 4 ouvertures orchestrales de Bach expriment la quintessence du mouvement. Avouons que précis et architecturé, le geste du chef sait aussi respirer, rebondir, fluidifier…

ComplĂ©ment utile Ă  la richesse chorĂ©graphique des Ouvertures de Jean SĂ©bastien, le programme ajoute l’Ouverture pour cordes seules (très française) de son cousin et ami Johann Bernhard Bach (1676 – 1749) qu’il fait jouer, signe de reconnaissance, par les instrumentistes du Collegium. Plus liĂ©es et alanguies, moins syncopĂ©es et donc hâchĂ©es avec un sens de la ligne plus naturel, les 8 sections (comprenant les Rigaudons par trois; absents chez JS) sonnent plus Ă©vidents, en particulier l’excellente bascule du Menuet (9): que des cordes donc, mais quel feu contrastĂ© : quel soin dans l’articulation. Un chambrisme mieux abouti. Auquel le hautbois proche d’un Couperin Ă  cette mesure française dans l’Air qui suit (10)…

Enchaînée la suite BWV 1065 s’affirme davantage encore par son caractère et ses tempéraments idéalement contrastés qui propre à JS, semblent s’élever vers des hauteurs jamais visitées avant lui. La très belle Forlane, vivace et rustique, déploie une activité intérieure solaire, gonflée d’une saine ardeur, portée par un assise rythmique parfaite. Enfin le passepied qui conclut cette guirlande enivrée, rappelle évidemment ce qu’en fera Haendel dans Watermusic

Dans le CD2, on note la mĂŞme qualitĂ© inventive chez l’ainĂ© des trois Bach, ici rĂ©unis, le Bach de Meiningen, Johann Ludwig (1677 – 1731) dont JS joue les Ĺ“uvres Ă  Leipzig en 1726 et 1750, preuve lĂ  encore d’une belle estimation.
CLIC_macaron_2014De Johann Sebastian, Alessandrini joue enfin les deux ouvertures bwv 1069 et surtout bwv 1067, la plus dĂ©veloppĂ©e et la plus inventive ne serait-ce que dans la Sarabande, la BourrĂ©e en 3 parties ; l’élĂ©ment très original en est la Polonaise, avec flĂ»te initialement confiĂ©e Ă  Buffardin qui dĂ©ploie cette autoritĂ© militaire, idĂ©alement caractĂ©risĂ©e, Ă  la fois hautaine et nerveuse grâce Ă  laquelle Bach rend hommage Ă  Auguste III, Electeur de Saxe et roi de Pologne depuis 1734. De mĂŞme la « Battinerie » pour Badinerie (conclusion) est bien jouĂ©e scherzando, lĂ©ger et Ă©lĂ©gant, fulgurante comme une bambochade et selon l’esprit fouettĂ©e, Ă©lĂ©gante, lĂ©gère, fugace d’un Fragonard. Ce travail de ciselure instrumentale, portĂ© sur l’intonation, l’articulation, la rĂ©alisation des ornements, en prĂ©servant la ligne du souffle, les phrasĂ©s, la respiration accrĂ©dite donc une excellente lecture. Du fort bel ouvrage qui dĂ©montre s’il en Ă©tait besoin, la conception gĂ©niale de JS Bach pour le CafĂ© Zimmermann Ă  Leipzig. CLIC de CLASSIQUENEWS de l’automne 2019.

 

 

 

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CD Ă©vĂ©nement, critique. JOHAN SEBASTIAN BACH : Ouvertures for orchestra bwv 1066 – 1069 (Concerto Italiano, Rinaldo Alesandrini, 2 cd NaĂŻve, 2018).

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