STREAMING : CONCERT BERNSTEIN par l’Orchestre National de LILLE / Alexandre Bloch (janv 22)

orchestre-national-de-lille-bernstein-alex-bloch-symphonie-jeremiah-concert-critique-classiquenewsSTREAMING : l’ON LILLE / Alexandre Bloch jouent Bernstein : On the town, Symphonie n°1 Jeremiah… C’était en janvier de cette annĂ©e, le National de Lille en grand effectif jouait l’un de ses compositeurs fĂ©tiches, Bernstein (Lenny, d’ailleurs mis en avant aussi Ă  l’OpĂ©ra National de Paris simultanĂ©ment car Kent Nagano assurait l’entrĂ©e au rĂ©pertoire de son ultime opĂ©ra, A QUIET PLACE…).   -   A partir du lundi 21 mars et jusqu’au 21 juin 2022, l’Orchestre National de Lille diffuse sur sa chaĂ®ne Youtube qui est son auditorium digital (AUDITO 2.0), l’intĂ©gralitĂ© du concert (ce soir 20h). Le programme cĂ©lèbre l’exultation symphonique et la danse (ON THE TOWN), puis immerge dans la gravitĂ© et la compassion : la Symphonie n°1 « Jeremiah », Ă©laborĂ©e Ă  partir de 1939 en Ă©cho Ă  la barbarie nazie, rĂ©actualise le chant douloureux de JĂ©rĂ©mie pleurant JĂ©rusalem dĂ©vastĂ©e, en ruines… (Photo © Ugo Ponte / ON LILLE 2022 / Orchestre National

L’ONLille permet ainsi aux internautes de revivre son premier concert de l’annĂ©e 2022 : les musiciens de l’Orchestre National de Lille consacrent une soirĂ©e Ă  Leonard Bernstein,avec la mezzo-soprano Rinat Shaham. Au programme de cette soirĂ©e festive qui scelle les retrouvailles du plein orchestre et de son public :
On the town, première comédie musicale de Leonard Bernstein qui ressuscite l’activité ardente et urbaine de New York à travers trois marins en permission dans dans la « Big Apple » (adapté au cinéma en 1949 par Gene Kelly et Stanley Donen avec Gene Kelly et Frank Sinatra dans le rôle des marins). Le National de Lille jouent « Three Episodes » (synthèse des séquences clés, plutôt que suite symphonique : « The Great Lover Displays Himself », « Lonely Town » est la reprise d’une des chansons célèbres, et le final « Times Square : 1944 » élaboré à partir du standard « New York, New York ».

SYMPHONIE n°1  –  D’abord esquissĂ©e comme une lamentation pour soprano en 1939, la partition est reprise en 1941/42 sous la forme symphonique, augmentĂ©e d’un premier mouvement et d’un scherzo avec le chant d’une mezzo. Les premières mesures chantĂ©es de la Lamentation s’inspire d’une liturgie hĂ©braĂŻque qui regrette la destruction de JĂ©rusalem par Babylone Ă  travers le cri dĂ©sespĂ©rĂ© de JĂ©rĂ©mie qui a tentĂ© de la sauver en vain.

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ORCHESTRE-NATIONAL-DE-LILLE-AUDITO-2.00-concert-digital-en-direct-depuis-l-auditorium-du-nouveau-siecle-lille-annonce-critique-concert-classiquenewsVOIR le concert BERNSTEIN PAR ALEXANDRE BLOCH – A. BLOCH / R. SHAHAM- ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE sur la chaîne youtube de l’Orchestre national de Lille / L’AUDITO 2.0 :
https://www.youtube.com/watch?v=QHmgYIPYAcY

CD, critique. BERNSTEIN : Symphonies 1, 2, 3 (Orch. Acad. Santa Cecilia, Pappano – 2 cd Warner)

bernstein symphonies antonio pappano cd warner box set par classiquenews critique cd 0190295661571CD, critique. BERNSTEIN : Symphonies 1, 2, 3 (Orch. Acad. Santa Cecilia, Pappano – 2 cd Warner). Le doute, la question existentielle exacerbĂ©s par le sens de la foi au XXè : tels sont les questionnements qu’éprouve et exprime Leonard Bernstein dans chacune de ses 3 symphonies, si personnelles, voire autobiographiques (au point qu’on les a tenues pour bavardes et « oiseuses » ; mais pouvons nous en dire autant des Symphonies de Mahler ?) ; en particulier, Ă  travers la 2è, ou « Age of anxiety » dont il fait un Concerto pour piano avec une transposition très virtuose et presque fantaisiste de la forme variation. Evidemment qu’on ne s’y trompe pas, sous l’éclectisme parfois fanfaronnant de la forme (ce cĂ´tĂ© hollywoodien, souvent dĂ©monstratif – « râcoleur » diront les mauvaises langues), il y a bien une question fondamentale qui est posĂ©e ; celle de « la ferveur » chez un compositeur non croyant, un homme du XXè. Dans Mass, de 1972, le compositeur savait dĂ©construire et reconstruire un rituel liturgique, parodiant sermon, hymnes choraux, avec toujours ce questionnement affĂ»tĂ©, insolent et mĂŞme blasphĂ©matoire (le choeur de rue) qui optimisait dans le genre comĂ©die musicale, toutes les objections Ă©noncĂ©es face Ă  la loi et l’autoritĂ© autoproclamĂ©e du dogme (Ă  travers le personnage clĂ© de son prĂŞcheur).
Antonio Pappano s’engage corps et âme, dévoilant sans filtres, la chaleur et la sincérité des larmes de Jérémie, dans la Symphonie n°1 (1942), qui contexte historique oblige, recueille le traumatisme né de la Shoah : comment Dieu a t il permis que se réalise cette barbarie qui demeure une faute pour l’esprit, contre l’humanité ?
Dieu existe-t-il ? Comment justifier la notion même de guerres, meurtres, massacres, génocides… ? Jérémie se lamente ainsi face à Jérusalem : c’est Bernstein qui prophétise et se lamente lui aussi sur les dérives et la course du monde à son époque.
Révolté, Bernstein l’est totalement, contre la société du XXè, contre son père aussi ; sa quête est celle d’une identité à conquérir, qu’il ressent comme refusée. Dans sa chair, dans l’intimité de son milieu familial. Bisexuel et juif, le citoyen du monde et l’humaniste qu’est Bernstein interrogent dans la 3è, « Kaddish », l’humanité dévoyée, qui a perdu son humanisme; le compositeur s’est intéressé comme nul autre à peindre le portrait d’une humanité non humaine, c’est à dire dans son état de barbarie « ordinaire »… sur fond de choeur (liturgie restituée), Bernstein devenu orant, prêcheur critique, questionne directement Dieu, le somme d’expliquer pourquoi l’humanité s’écarte de l’humanisme.
Carrée, directe, la direction du britannique Antonio Pappano recherche surtout l’efficacité et la puissance du discours. On regrette cependant de la finesse et cette suggestivité tendre que savait cultiver l’auteur lui-même avec il est vrai des solistes autrement plus engagées (Ludwig pour Jeremiah / la volubile et inquiète Caballé dans Kaddish : deux enregistrement signés Bernstein chez DG). De sorte que pour son centenaire, Bernstein reste indépassable dans l’interprétation de ses symphonies. Pappano a le courage d’affronter la ferveur selon Bernstein, mais en éludant la profondeur au service de l’expressivité immédiate. A écouter en second choix. Le premier choix restant Bernstein par Bernstein.

CD, critique. BERNSTEIN : Symphonies 1, 2, 3 (Orch. Acad. Santa Cecilia, Pappano – 2 cd Warner)